Je tiens tout d'abord à remercier ceux qui m'auront suivit jusqu'ici (vous êtes bien courageux !). J'espère que vous avez eu du plaisir à me lire, et que vous conseillerez cette fanfiction ;p N'hésitez pas à m'écrire vos commentaires, je les lirai avec grand plaisir. Les critiques (tant qu'elles sont constructives) sont bien sùr les bienvenues !

Ce chapitre se déroule lors des volumes 53 et début 54 d'Animorphs. C'est la fin de la guerre... Les 3 prochains chapitres seront les conclusions des aventures d'Elbarn (et de Harkar, qui a finalement pris plus d'importance que prévu '). Ce chapitre est très long, et je m'en excuse, mais les suivant seront beaucoup plus courts, promis !

Il existe aussi dans ce chapitre quelques "clins d'oeil" très légers et assez bien cachés. Le petit jeu sera de les retrouver. Ils ne sont pas remarquables, donc si vous lez trouvez, vous êtes très fort ! (clin d'oeil à : Ce cher Dexter (roman), Les Rescapés du Survivaure (aventure MP3) et à la littérature japonaise)

Sur ce (désolée pour la longue introduction), bonne lecture !


Chapitre 9

Les derniers jours de guerre

Quelques heures plus tard, nous nous étions rassemblés avec de nombreux autres Contrôleurs dans un des centres du Partage. Le sous-Vysserk 42, qui avait pris la tête de notre groupe de rescapés, reçut très bientôt les nouvelles instructions du Vysserk et nous en fit part.

Je ne fus pas le seul à être abasourdi par cette annonce.

« Bon, vous avez bien compris, reprise le sous-Vysserk d'une voix enrouée, les pilotes rejoignent les bases de l'Est et du Sud, accompagnés chacun d'un copilote. Là-bas, vous prenez un vaisseau disponible, de préférence petit et maniable…

- Un Cafard, quoi, chuchota l'homme à côté de moi, trop faiblement pour que notre chef ne l'entende.

- … et vous allez raser la ville autour du… de l'ancien… Bassin, sur environ trois kilomètres de rayon. Le sol doit être plat, il ne faut plus aucun bâtiment, aucun obstacle. C'est clair ? ajouta-t-il en balayant du regard les visages atterrés de son auditoire.

- Vous voulez dire…, sous-Vysserk, que nous devons ratisser la ville… ? » hasarda un audacieux. Certainement un pilote.

Le sous-Vysserk le fusilla du regard, impulsant un petit mouvement de recul à celui qui l'avait interrompu.

« J'ai dis que vous alliez raser cette ville, et c'est ce que vous allez faire. On ne vous demande pas votre avis, et on ne vous demande pas de comprendre pourquoi. On vous donne un ordre, vous l'exécutez. »

Malgré ses paroles, notre boss avait l'air moins fâché qu'angoissé. Pensait-il à la privation de rayons du Kandrona ? Ses yeux étaient exorbités et rougis, et il transpirait. Peut-être ne s'était-il pas nourri depuis longtemps et avait-il peur de mourir… Sentait-il déjà un début de manque ?

Certains Contrôleurs quittaient déjà la salle de réunion. Mais nous étions encore nombreux à attendre une affectation, n'étant ni pilote ni copilote.

Le sous-Vysserk s'apprêtait à sortir, mais il se ravisa soudain en se rappelant notre présence. Il ne semblait pourtant pas savoir quoi nous dire. Il commença par désigner un groupe qui irait à l'ancien Bassin pour tenter de sauver le maximum de survivants – yirks bien sûr – des décombres, et un autre qui devrait aller au Sud pour s'occuper des Taxxons qui nous restaient. Des propos bien mystérieux, d'après moi. Pourquoi rassembler les Taxxons au Sud ? Et pourquoi nous laissait-on dans l'ignorance ? Pourquoi le sous-Vysserk ne nous expliquait-il rien ?

Je chuchotai mes interrogations à Harkar, qui se contenta tout d'abord de hausser les épaules sans même me regarder. Il était concentré sur les ordres incohérents qui franchissaient les lèvres du gradé. Après un instant, toutefois, il me glissa avec un regard éloquent :

« Sûrement ont-ils peur des traîtres et des déserteurs. S'ils dévoilent leurs plans trop à l'avance, qui sait si l'un de nous n'ira pas parler à ces Animorphs.

- Ces quoi ?

- Animorphs. C'est comme ça qu'ils se font appeler. La bande de gamins et le jeune Andalite.

- Comment le sais-tu ? » demandai-je, surpris.

Nouveau haussement d'épaules. Son regard était de nouveau posé sur le sous-Vysserk. Il me cachait certainement quelque chose, mais je décidai de laisser couler.

Le boss continua à baragouiner un moment sans vraiment dire quoi que ce soit d'intéressant, à part nous conseiller de rester loin de la partie de la ville qui allait disparaître – Normal 0 21 MicrosoftInternetExplorer4 !-- / Font Definitions / font-face font-family:"MS Mincho"; panose-1:2 2 6 9 4 2 5 8 3 4; mso-font-alt:"MS 明朝"; mso-font-charset:128; mso-generic-font-family:modern; mso-font-pitch:fixed; mso-font-signature:-1610612033 1757936891 16 0 131231 0; font-face font-family:"\MS Mincho"; panose-1:2 2 6 9 4 2 5 8 3 4; mso-font-charset:128; mso-generic-font-family:modern; mso-font-pitch:fixed; mso-font-signature:-1610612033 1757936891 16 0 131231 0; / Style Definitions / p.MsoNormal, li.MsoNormal, div.MsoNormal mso-style-parent:""; margin:0cm; margin-bottom:.0001pt; mso-pagination:widow-orphan; font-size:12.0pt; font-family:"Times New Roman"; mso-fareast-font-family:"MS Mincho"; mso-fareast-language:JA; page Section1 size:612.0pt 792.0pt; margin:70.85pt 70.85pt 70.85pt 70.85pt; mso-header-margin:36.0pt; mso-footer-margin:36.0pt; mso-paper-source:0; div.Section1 page:Section1; -- On ne l'aurait pas deviné ! –, et nous ordonner de retrouver les Contrôleurs qui auraient pu se perdre. Il nous donna aussi rendez-vous le lendemain midi à l'ancien Bassin.

Finalement tout le monde s'éclipsa, et je n'étais pas fâché de quitter cette boîte à sardine. Cette salle n'était pas prévue pour de tels rassemblements. Enfin, bientôt, elle ne serait plus prévue pour quoi que ce soit, car elle se trouvait dans la zone de désertification.

La zone de… trois kilomètres de rayon… C'est grand… très grand…

Je relevai soudain la tête, pour me retrouver nez à nez avec mon ami, qui semblait m'étudier attentivement depuis de longues minutes.

« Et les Humains ? » lançai-je.

Il ne parut pas surpris par mon étrange question, ce qui me laissa quelque peu perplexe. Mais il ne répondit rien et continua de me fixer.

Je me repris :

« Les Humains qui vivent dans cette zone, ils ne sont pas au courant que…

- Viens, trancha-t-il, suis-moi. »

Je commençais à regretter mes propos. Et s'il me dénonçait ? Avoir de la compassion pour les autres espèces en ces temps de guerre était terriblement mal vu dans notre société.

Voyant que j'hésitais, il revint vers moi et me donna une tape dans le dos en souriant.

« Fais pas cette tête ! J'ai vu une camionnette de marchand de glace pas loin. On pourrait utiliser le haut-parleur pour prévenir les gens rapidement tout en roulant. »

Je n'en revenais vraiment pas. Harkar, un traître ? Ou un pacifiste ? Lui qui semblait toujours tellement à l'aise dans ses fonctions de militaire… Je n'arrivais pas à l'imaginer en résistant… et pourtant…

Et pourtant, je le suivis. Sans faire d'histoire. Sans même lui en vouloir. Aucune colère n'assombrissait mon cœur.

Non, ce que je ressentais pour mon ami était plus proche de l'admiration, presque de l'adoration et de la dévotion. Il avait donc eut le courage de faire ce que je n'avais jamais osé, par peur… parce que j'étais terrifié à l'idée de mourir. Je savais que Ronny pensait tout comme moi. Il le trouvait « tellement cool ».

Arrivé à la camionnette, Harkar se retourna vers moi pour me jeter un clin d'œil : « Quelle chance que mon hôte ait piqué des bagnoles dans son adolescence ! » et je ne pus m'empêcher de lui répondre par un sourire des plus bêtes. Il leva un sourcil intrigué, puis ses yeux pétillèrent de malice. Je le pressai de se dépêcher, avant qu'il ne puisse se moquer ouvertement de moi. Mes joues me chauffaient. Et j'avais honte. Comme un jeune homme qui prend conscience de son homosexualité. L'amour chez notre peuple était-il donc à ce point tabou ? Nous n'avons certes pas à proprement parlé de sexualité ni de vie de famille – être un Humain apporte de grandes expériences dans ces domaines – mais l'on peut malgré tout être pris d'affection pour l'un des nôtres. Est-ce la guerre qui nous a rendu si insensibles ? Ou sont-ce les Humains qui nous apprennent ce que les Gedds, les Hork-Bajirs et les Taxxons ne font au mieux qu'effleurer ? Combien aurais-je aimé naître en période de paix, ne serait-ce que pour pouvoir comparer.

Ecarlate jusqu'aux oreilles et incapable de faire refluer le sang – les corps humains sont parfois bien indomptables ! – je montai dans le camion qu'il venait d'ouvrir et examinai l'appareil du haut-parleur. Celui-ci était branché sur une cassette audio, qui répétait très certainement une musique typique des marchands de glaces ambulants. En fouillant un peu dans les boîtes à gants et sous les sièges, je trouvai un vieux micro poussiéreux. Après avoir soufflé dessus et aspiré la moitié de la poussière, je modifiai les branchements en toussant copieusement. Harkar, quant à lui, tentait de faire démarrer la camionnette en connectant deux fils, et en pouffant de rire presque discrètement. Mon visage était plus chaud que la braise à présent, et j'eux bien du mal à retenir les deux mots – la ferme ! – qui me brûlaient les lèvres.

Finalement, quand tout fut prêt, nous partîmes en direction du centre-ville. Les rues semblèrent tout d'abord assez vides, mais je compris vite pourquoi. Les ambulances, les pompiers, les policiers encore libres, rejoints par de nombreux badauds, s'étaient rassemblés autour de l'ancien Bassin.

« T'attends quoi ? » me lança soudain Harkar, en pointant son pouce sur le micro que je tenais à la main.

Sortant de ma contemplation, je l'approchai de mon visage en appuyant sur le bouton de mise en marche. Mais je restai coi. Et si des Contrôleurs nous voyaient, nous entendaient prévenir les gens… ?

Alors je me lançai :

« Tous les civils doivent quitter la ville sur-le-champ. Ceci est un état d'urgence… », résonna ma voix déformée par le haut-parleur. Mais je faillis m'étrangler en remarquant la grimace que m'adressait Harkar. Les yeux ronds, un sourcil levé, l'autre froncé, la bouche et le nez plissé par ce qui ressemblait à du dégoût, il me fixait, l'air éberlué, sans plus tenir compte d'où il roulait ! Je me jetai sur le volant et donnait un grand coup avant qu'on ne rentre dans une ambulance. Il sortit de sa torpeur pour me dire combien j'étais un abruti de faire des annonces aussi stupides à l'aide du haut-parleur d'un camion de marchand de glace.

Et je dus admettre qu'il me fallait adapter mon discours… enfin un peu.

« Tous aux abris ! C'est la guerre ! Ils vont attaquer ! Ils ont détruit le centre-ville, et ils continueront en détruisant tout ce qu'il y a autour. Ils vont détruire vos maisons, et vous avec ! Fuyez ! Fuyez vite tous loin de la ville ! »

Et cette fois-ci, mon ami eut beau secouer la tête de dépit et d'embarras, mon annonce eut l'effet escompté. Les Humains se précipitèrent chez eux pour ressortir quelques minutes plus tard encombrés de valises et de gosses…

Il faut dire que l'arrivée des premiers vaisseaux Cafards et leurs tirs au canon Dracon sur les bâtiments entourant le Bassin, tout en épargnant soigneusement ce dernier – où j'aperçus le groupe des secouristes-Contrôleurs –, appuya mes dires… et nous dissuada de nous attarder nous-même.

Filant à travers la ville parmi la population affolée, aussi vite que nous le permettait la camionnette fatiguée et le chaos ambiant, je réitérai maintes fois mes promesses apocalyptiques.

Nous finîmes par passer près du quartier où habitaient mes… les parents de Ronny, et devant l'insistance de ce dernier, je demandai à Harkar de faire un détour pour aller les prendre.

Je me doutais qu'ils seraient difficiles à convaincre, et je ne m'y trompais guère. Le quartier était encore assez tranquille et ils ne comprenaient pas les raisons de mon agitation. Quitter leur maison, qu'ils n'avaient pas encore fini de rembourser, était hors de question. Finalement, je recourus à la violence. Je sortis mon lance-rayon Dracon et tirai sur les meubles, les bibelots et les murs à côté et derrière eux. Affolés, ils me dévisagèrent de leurs yeux ronds.

« Sortez maintenant ! Prenez votre voiture et quittez la ville au plus vite. Obéissez ou je vous assomme et je vous emmène moi-même, ordonnai-je, calme et assuré en apparence.

- Mon chéri…, couina la mère.

- Y'a plus de « chéri » en temps de guerre. Partez ou mourrez, » dis-je d'un ton qui ne laissait la place à nulle réplique.

Ils longèrent les murs pour s'éloigner du fils qu'ils croyaient autrefois connaître, montèrent à l'étage prendre quelques affaires et sortirent précipitamment. Rangeant mon lance-rayon, je les suivis dehors, où Harkar patientait. Je remontai dans la camionnette et regardai la voiture des parents s'éloigner entre les arbres. Harkar se remis au volant et souleva un sourcil interrogateur devant mon air renfrogné. Comme je ne répondais pas, il remis le contact. Nous roulâmes encore plus de deux heures en ville pour prévenir les gens. Entre les immeubles, nous voyions les vaisseaux Cafard tourner et tirer sans répit. Des hurlements nous parvenaient parfois des réfugiés en fuite qui voyaient les bâtiments exploser ou s'effondrer à côté d'eux. Certains habitants étaient fauchés en pleine course. Les vaisseaux ne les visaient pas, mais ils ne déviaient pas leurs tirs si des gens étaient sur le passage du faisceau. Un instant un couple courait, entraînant un gosse pleurnicheur, l'instant suivant seuls demeuraient les pleurs de l'enfant, assis au milieu de la route, tenant encore de ses mains potelées le bras inerte de sa mère. L'asphalte et le béton étaient creusés de longues tranchées au bords brûlés, comme d'immondes balafres. Les Humains couraient en tous sens, tel un troupeau affolé, et j'eux soudain hâte de fuir cette folie.

« Allons manger, lançai-je sans préambule, et j'eus droit à un nouveau sourcil interrogateur. Dans la ville d'à-côté. J'en ai marre… de tout ça, » conclus-je en balayant l'horizon du bras.

Il acquiesça et nous quittâmes au plus vite la ville, laissant derrière nous destruction, désolation et désespoir.

Nous passâmes la soirée dans un café-restaurant proche d'une route nationale. Au début ce fut très calme. Plutôt déprimant en fait. Discuter avec mon ami ne faisait pas disparaître les images de mort qui continuaient de défiler derrière mes paupières.

Mais peu à peu, les « migrants » commencèrent à affluer. Nombreux étaient ceux qui n'avaient pu partir en voiture, soit parce qu'ils s'y étaient pris trop tard et étaient restés coincés dans les embouteillages, soit parce qu'ils n'avaient pas pu ou pas eu le temps d'atteindre leur véhicule, ou bien encore n'en avaient-ils tout simplement pas. Tout ce qu'ils avaient pu marcher avant la nuit ne les avait pas mené bien loin, puisque nous n'étions qu'à douze kilomètres des tirs des vaisseaux. En fait, ceux qui étaient arrivés si loin à pied portaient en général très peu de bagages et étaient rarement accompagnés de jeunes enfants ou de personnes âgées.

Ainsi, le restaurant s'anima des questionnements, des plaintes et du soulagement d'être en vie, des nouveaux venus. Certains racontaient tout ce qui leur était arrivé, tout ce qu'ils avaient vu, sans pouvoir s'arrêter. D'autres s'enfermaient dans le silence et mangeaient en fixant leur assiette.

Passé minuit, la fatigue eut raison de nous et nous trouvâmes un motel pour la nuit. Le soleil finit par me réveiller vers dix heures.

Dix heures ?!

Je réveillai Harkar en tout hâte. Nous allions être en retard au rendez-vous ! Mais lui n'était apparemment pas stressé et il me convainquit de prendre un petit-déjeuner sur le chemin.

« On ne servira pas mieux le Vysserk en arrêtant de nous nourrir, » bailla-t-il tout en s'habillant.

Le Vysserk se moque bien de ce genre de détails, pensai-je.

Son hôte ne devait pas être du matin. Il me fallut presque le traîner jusqu'à la camionnette, et je regrettai de n'avoir jamais appris à conduire ces véhicules. A y réfléchir, je ne savais ni conduire ni piloter aucun engin. Quel idiot je faisais !

Il réussit malgré tout à nous amener au centre-ville à midi… avec seulement quelques minutes de retard. En effet, trouver un café dans une ville en voie de destruction n'avait pas été une mince affaire.

En approchant, nous eûmes droit à un contrôle, et l'on nous prévint de rester à une distance de cinq cent mètres du bord du cratère. Nous comprîmes vite pourquoi. Juste après notre arrivée au milieu du regroupement de Contrôleurs, le vaisseau Mère apparut dans le ciel et atterrit lentement et pesamment au-dessus de l'ancien Bassin. Vu du sol, il était véritablement gigantesque, et Ronny se demanda comment un tel mastodonte pouvait bien prendre son envol. A dire vrai, je me posais aussi un peu la question. J'avais trop peu de connaissances en mécanique spatiale pour y répondre.

Quand il fut tout à fait posé, et stable sur ses trois immense « pattes », tout le monde se rapprocha. Alors, je remarquai certains regards posés sur Harkar et moi. Certains suspicieux, d'autres surpris. Bien sûr, se balader dans toute la ville dans une camionnette colorée en beuglant dans un haut-parleur qu'il fallait évacuer les lieux n'avait aucune chance de passer inaperçu. Nous – les Contrôleurs – étions partout. Nous étions à présent si nombreux qu'il était difficile de faire quoi que ce soit sans que cela ne se sache. Mon estomac se serra, mon coeur me parut doubler de volume tant il battait fort. Je comprenais les expressions effarées : « Des traîtres qui reviennent à leur poste après avoir tombé le masque ? Du jamais vu, » devaient-ils se dirent. Et je rajoutai en mon for intérieur : « Quels crétins ! » Nous n'aurions jamais dû revenir ! Il est vrai que je n'avais pas vraiment le choix si je ne voulais pas mourir de faim, mais Harkar, lui, l'avait.

J'allais me tourner vers lui quand la foule s'arrêta. Je faillis rentrer dans la personne devant moi, et, apercevant le diamètre de ses biceps, me félicitai d'avoir su freiner à temps. Le sous-Vysserk prit alors la parole. Debout sur une sorte d'estrade, il nous expliqua de quoi il retournait. Les Taxxons s'efforceraient de construire un nouveau grand Bassin, en plein air cette fois, un peu plus au Sud, sous la vigilance de nombreux Hork-Bajirs et des canons Dracon déjà installés tout autour. En attendant, les Contrôleurs devraient se nourrir soit dans le bassin du vaisseau Mère, soit dans les différents Bassins disséminés sur la planète. Le Vysserk craignait de ne plus avoir suffisamment de sous-fifres près de lui, mais il était conscient que le bassin du vaisseau ne suffirait jamais. Aussi, le sous-Vysserk était-il chargé de nous affecter chacun à un Bassin et parfois à un vaisseau. Tous les Hork-Bajirs, les Taxxons-Contrôleurs, le personnel du vaisseau et les Humains-Contrôleurs ayant de bonnes compétences en combat conservèrent leur place en ville. Les autres furent envoyés au loin.

Un vaisseau du type vaisseau Cargo, mais spécialisé dans le transport de personnel, vint nous prendre et nous accompagna à nos nouvelles « maisons » en faisant plusieurs escales. Harkar et moi descendîmes à la troisième. Là, le sous-Vysserk 32 m'embaucha comme garde du corps. Son hôte était un homme, la quarantaine, assez riche, avec un fort accent anglais. Ce dernier détail n'avait rien de surprenant étant donné que nous étions dans l'un des Bassins les plus importants d'Europe, situé sous un quartier de la ville de Londres. J'aurais toutefois préféré venir visiter cette belle cité dans d'autres circonstances.

Je dus suivre mon nouveau patron partout où il se rendait. Je n'étais pas bien habitué à la panoplie de garde du corps – costume et lunettes noirs – qu'il m'incitait à porter et ne pouvais m'empêcher de rougir ou de me retourner lorsqu'un passant me lançait un regard trop appuyé. Se rendaient-ils compte que des extraterrestres attaquaient leur planète ? Se soupçonnaient-ils les unes les autres ? A présent, la guerre était vraiment déclarée et je me sentais vulnérable, et particulièrement voyant dans ces habits.

Toutefois, nos trois premières journées en Angleterre se déroulèrent sans incident. Les habitants étaient un peu différents de ceux des Etats-Unis, mais je n'y habituai vite, les trouvant finalement bien agréables. Il est d'ailleurs intéressant de remarquer combien le mental d'un Yirk est affecté par ses hôtes. Certains sont même à la limite de la symbiose, ne faisant plus aucune différence entre leur hôte et leur propre personne. Ce phénomène apparaît surtout chez les Humains-Contrôleurs. Il est certain que les sociologues et les psychiatres – qui d'autres que les Humains auraient pu inventer cela ? – auraient pris grand plaisir à étudier les causes et les conséquences de ces modifications psychologiques.

Le quatrième jour mis fin à ce genre de réflexions et me sépara de Harkar.

Le sous-Vysserk reçut un message crypté de Vysserk Un le prévenant de la présence probable d'un vaisseau Dôme andalite dans le système solaire et de la possibilité d'une attaque prochaine. Quelques minutes plus tard, les ordinateurs indiquèrent le décollage du vaisseau Mère, qui se mit en position orbitale.

Ensuite, l'incompréhension s'installa. Le vaisseau Mère semblait avoir tiré sur le vaisseau Amiral, qui en représailles avait détruit ses réacteurs. Nos deux plus puissants vaisseaux se faisaient la guerre !

Décidé à ne pas rester sans rien faire devant un tel spectacle, le sous-Vysserk appareilla à bord de son vaisseau, accompagné de ses pilotes et de ses gardes. Cet engin était d'une nouvelle génération. Plus grand qu'un vaisseau Cafard, mais plus petit qu'un vaisseau Amiral et presque aussi bien armé que ce dernier. Nous décollâmes environ vingt minutes après les premiers échanges de tirs, suivis de près par une petite flotte de vaisseaux Cafards.

Le temps d'arriver en vue de la position du vaisseau Mère, le vaisseau Amiral avait disparu. Le sous-Vysserk tenta alors de demander des explications au Vysserk mais la connexion fut à chaque fois refusée. Perdant patience, il envoya un message écrit et obtint enfin une réponse. Bien que vague et apparemment envoyée dans l'urgence, elle nous informait de la capitulation du Vysserk et du vaisseau Mère après une attaque menée par les Animorphs.

Mais comment croire qu'une petite bande d'adolescents capables de morphoser ait pu mettre au pas celui que les Andalites surnommaient l'Abomination ? Comment imaginer qu'ils aient pu prendre le contrôle de l'un de nos vaisseaux les plus puissants ? Le sous-Vysserk devait être dénué d'imagination car il répondit immédiatement que c'était une absurdité et que l'équipage du vaisseau Mère devait forcément avoir la capacité de se défendre contre toute attaque. Et c'est ainsi que la discussion prit fin. Plus aucun message n'arriva en retour, malgré les nombreuses relances. Malgré tout, nous n'approchâmes pas plus de l'immense vaisseau, et face au mutisme imperturbable des communications, notre chef commanda un repli stratégique. C'est alors qu'un vaisseau Cafard qui nous avait devancé nous envoya une image des abords du vaisseau Mère.

Alors que nous nous éloignions de ce dernier, nous fixions avec horreur le nuage blanc-gris qui était apparu sur nos écrans. Flottant près des propulseurs et légèrement scintillante, une nuée de petits cristaux auxquels étaient mélangés les corps sans vie de milliers de Yirks, figés dans la glace dès leur sortie dans le froid de l'espace, dérivait doucement. Des Yirks dans leur forme originelle, aveugles et sans défense. Ils n'avaient pas même compris ce qui leur arrivait. Qu'avaient-ils fais pour mériter une mort aussi absurde ? Qu'avions-nous fait pour attiser une telle haine ?

Bien sûr, au fond de moi, je le savais. Nous connaissions tous la réponse.

Et aucun de nous ne bougea. Pendant ce qui parut une éternité, le temps lui-même sembla se figer. Aucun bruit. Pas même un souffle. Comme moi, ils devaient tous avoir arrêté de respirer. Un seul cœur battait-il encore ou avaient-ils tous été brisés, broyés par la cruauté de la guerre ? Les yeux me piquaient mais aucune larme ne pouvait couler. J'essayai d'avaler ma salive, mais elle resta coincée dans ma gorge.

Trop peu de temps pour assimiler ce qui venait de se passer. Nous devions faire quelque chose ! Mais quoi ? Aller les chercher ? Les réchauffer ? Et ensuite quoi ? Les ressusciter ?

Je tournai la tête cers le sous-Vysserk, espérant une idée, une explication, un ordre… n'importe quoi qui puisse faire redémarrer l'écoulement du temps. Il se tenait droit, blanc comme un linge, la bouche ouverte, la lèvre inférieure légèrement tremblante. A bien y regarder, nous avions tous à peu près la même attitude. Des visages de la pâleur de cadavres, de la sueur froide perlant délicatement à nos tempes et notre cou, ne bougeant pas même un cil, nous formions une belle armée de statues.

Alors le sous-Vysserk esquissa un geste. Sa bouche se referma, il déglutit, puis la rouvrit, certainement dans l'intension de parler. Mais aucun son ne perça. Après quelques secondes d'essais infructueux, il ferma et la bouche et les yeux, secoua la tête et déglutit encore. Puis, reprenant quelque peu contenance, il fit signe à l'un des pilotes de changer d'image. La vidéo s'éteignit et les écrans de contrôles montrèrent tous de nouveau l'espace environnant.

Cet interlude avait laissé au vaisseau Mère le temps de quitter sa position pour aller en direction de l'orbite de la Lune. Notre chef, passablement recoloré, envoya un vaisseau Cafard à leur suite afin de les filmer et de comprendre ce qu'ils faisaient.

Quelques minutes plus tard, l'image réapparu, montrant le vaisseau Mère et ses vaisseaux Cafard déployés tout autour de lui. Arrivés à l'orbite lunaire, ils s'arrêtèrent. Et alors, sans explication, tous les petits vaisseaux explosèrent silencieusement. Des dizaines de petites étoiles se formaient et s'éteignaient, dotées d'une existence plus courte que celle d'une luciole.

Il n'en fallut pas plus pour porter le coup de grâce au sous-Vysserk, qui s'affala sur un siège, se prit la tête entre les mains et se figea ainsi, dans une représentation particulièrement déprimante du Penseur de Rodin.

Les secondes, puis les minutes et enfin les heures s'égrainèrent durant lesquelles j'observais la statue vivante qui aurait dû nous commander. Autour de lui, des chuchotements méprisant enflèrent peu à peu.

Sur les écrans, un vaisseau andalite presque aussi grand que notre vaisseau Mère s'en approcha, mais je regardais cela d'un œil distrait. Je ne pouvais m'arracher à la contemplation de la déchéance de ce chef yirk que j'avais fini par apprécier.

Soudain, une autre image prit la place de cette des deux immenses vaisseaux se dirigeant vers la Terre. Le message semblait destiné à tous les vaisseaux yirks sans exception. Le visage jeune et fatigué de Jake Berenson apparut, avec à ses côtés d'autres Animorphs, des Hork-Bajirs, quelques Andalites et plusieurs – anciens ? – Humains-Contrôleurs. Il nous annonça la reddition de l'ensemble de l'équipage du vaisseau Mère l'emprisonnement de Vysserk Un et l'accord qu'ils avaient passé avec le sous-Vysserk 74. Tous les Yirks avaient le choix entre combattre et mourir, ou capituler et morphoser à jamais.

En entendant cela, notre sous-Vysserk se leva, mais – tandis que nous attendions un ordre – il se rendit dans une cabine, lentement, sans une parole, et s'y enferma. Alors les commentaires résonnèrent de tout côtés, le traitant d'incapable, de lâche qui nous laissait sans ressources. Peu à peu, la discussion tourna sur la recherche d'une solution. Mais les avis divergeant trop, l'on se décida à appeler la planète Mère. Le Conseil des Treize avait déjà été informé du désastre et donna l'ordre de combattre à tous les vaisseaux qui les contactèrent.

L'un des gardes du corps, qui voulait se donner de l'importance, décida de prendre le commandement. Il voulait suivre les ordres du Conseil et ne nous laisserait aucun choix. Nous fonçâmes donc en direction du vaisseau prisonnier.

Sous nos yeux, alors que nous approchions, plusieurs vaisseaux Cafard et un vaisseau semblable au nôtre attaquèrent… et furent balayés en quelques secondes. Le fou autoproclamé chef appela d'autres vaisseaux à la rescousse.

« Si nous attaquons tous à la fois, en approchant par les angles morts, nous pourrons l'avoir ! » jubilait le fin stratège. Qui essayait-il de convaincre en exposant ses plans absurdes ?

Certainement pas moi. Et, qu'ils le croient ou non, aucun autre membre de l'équipage n'osa se rebeller.

Des vaisseaux avaient répondu à l'appel et se tenaient prêts. Nous allions foncer vers notre mort. Une mort rapide et incroyablement inutile. A cause d'un imbécile. A cause de tous ces imbéciles qui nous commandaient depuis des années, qui nous regardaient crever de loin, et restaient bien à l'abri. Va, petit Yirk ! Combat, fournit-nous des hôtes et meurt dans l'honneur. Tu ne sers qu'à cela. Il n'y a pas d'autre destinée pour les petits Yirks esclaves de l'Empire.

Alors la Rage, sourde et brûlante, s'empara de moi. Et sans que je ne puisse une seule seconde songer à l'arrêter, mon poing fusa. Il heurta la tempe de l'autoproclamé-commandant avec une violence donc je ne m'aurais jamais cru capable. Il était plus baraqué que moi, et je crus un instant que ce qui me semblait un choc des plus brutal ne le laisse imperturbable. Je l'imaginai déjà me réduire en bouillie d'une seule main, pour cet affront. Mais soudain il s'effondra sur le sol et ne se releva pas.

Finalement, ces heures de musculation dans cette salle surchauffée, bondée et puant la sueur, n'avaient peut-être pas été vaines.

J'exultai intérieurement et pris le commandement.

« Mettez cet abruti aux arrêts. Fini de mourir pour ces planqués de Conseillés et cet Empereur tyrannique ! – et je vis du coin de l'œil de nombreux visages soulagés qui acquiesçaient timidement – Envoyez immédiatement un message aux Bassins et aux autres vaisseaux leur conseillant de se rendre. Et répondez au vaisseau Mère que nous capitulons. »

Les mots étaient à peine sortis de ma gorge que je fus pris d'une terreur presque incontrôlable. Et si je faisais une erreur ? Je n'avais pas l'étoffe d'un chef ! Quelle folie s'était emparée de moi ? Qui étais-je pour ainsi décider du sort des miens ?

((Tu as fais le bon choix,)) me rassura Ronny.

((Je l'espère,)) répondis-je. ((Je l'espère tellement…))