Yo !

Ce chapitre n'a pas grand-chose à voir avec celui d'origine, si ce n'est le titre et le premier jour de cours des enfants. J'en profite pour continuer les modifications, mais aussi et surtout pour introduire un peu l'ambiance de Poudlard « vu de l'intérieur », autrement dit, le point de vue de ceux qui y grandissent et y ont grandis. Premier point de vue de Sev sur la situation, donc… et révélations sur quelques points du quotidien des enfants de l'école. Comme quoi le château n'est pas forcément le même pour tous, et la situation interne peut parfois laisser à désirer.

Bref, que de modifications ! Mais j'espère que cela donne davantage de relief au monde dans lequel Harry vient de débarquer, que l'on n'a pas l'impression que tout va être simple et surtout que les adultes n'ont pas eux aussi leur vision des choses.

Réponses aux reviews :

Je vais faire une réponse groupée, désolé. Si j'ai mis que c'était le couloir du Deuxième étage, eh ben ce doit être une erreur de ma part, je corrigerais à l'occasion. Oui, les Erudits auront leur importance, mais pas avant un certain temps, donc il faudra être un minimum patient. Enfin, Wyra est en effet un peu spéciale, mais vous aurez tout le temps de voir à quel point dans les prochains chapitres.

Bonne lecture et review !

Kael

CHAPITRE 6 : La Pousse de Lave

« Edmund ! Potter ! Debout ! »

Harry papillonna des yeux, encore engourdi par le sommeil. Il lui fallut quelques secondes pour se souvenir d'où il se trouvait, et des éléments dramatiques de la veille. Il ne risquait pas de pouvoir oublier facilement ce qui s'était passé, vu que Drago Malefoy se trouvait devant lui, visiblement agacé de sa lenteur, et qu'Edmund Rogue était allongé sur le lit voisin. Harry ne connaissait pas les autres garçons du dortoir, et se fichait pas mal de les connaître. En vérité, il avait fait en sorte de les éviter toute la soirée.

Harry se redressa sur son lit et attrapa au vol son uniforme que venait de lui lancer Drago. Le garçon paraissait malade, comme hanté par le fait que son frère et lui fussent séparés. Edmund avait vaguement expliqué au Survivant la veille, alors que le blond s'était endormi, que les jumeaux Malefoy avaient une relation particulière, autant entre eux qu'avec leurs parents, et que l'envoi de Jasper à Poufsouffle risquait de faire réagir leur famille. Et visiblement, ce n'était pas une bonne chose.

Une autre chose qui ne semblait pas être bonne, c'était la façon dont Drago se comportait avec lui. Harry ne savait pas très bien comment réagir, au vu de ce qu'il avait pu entendre de la part d'Hagrid et de celle d'Edmund. Apparemment le jeune Malefoy ne représentait pas quelqu'un à croire sur parole et le Survivant ne savait pas très bien sur quel pied danser. Hormis Edmund lui-même, Drago semblait représenter la seule bouée de cette Maison, et autant dire qu'il préférait ne pas s'en éloigner, surtout après certains regards haineux qui l'avaient suivi la veille, lorsqu'il était monté se coucher. Mais visiblement, la présence d'Edmund à ses côtés semblait avoir mis les choses au clair avec les élèves plus âgés, qui savaient parfaitement à qui ils avaient affaire. L'un dans l'autre, Harry n'avait pas l'impression de risquer grand-chose, mais il n'en était pas moins retourné.

Edmund se leva paresseusement, bailla à s'en décrocher la mâchoire et commença à s'habiller avec lenteur. Harry lui trouva l'air particulièrement fatigué, alors même qu'ils s'étaient tous endormis environ à la même heure. Lorsqu'il fut prêt, les trois garçons descendirent en silence à la Grande Salle, tous perdus dans leurs pensées. Finalement, alors qu'ils s'étaient attablés depuis une dizaine de minutes, Edmund lâcha d'un ton morne, si bas que seul Drago et Harry, assis de part et d'autre de lui, purent l'entendre.

« Arrête de tergiverser, ça ne sert à rien. Jasper et toi ne pouviez pas atterrir dans la même Maison, c'était impossible. Et je suis sûr qu'en plus tu t'en doutais. »

Le blond lui adressa un regard venimeux.

« Tous les Malefoy vont toujours à Serpentards, ça fait des siècles que ça dure sans le moindre problème ! » Il souffla un grand coup, tâchant visiblement d'évacuer sa colère, mais sans grand résultat. « Tu imagines ce que vont dire Père et Mère ? »

« Ils ne sont pas forcés de le savoir » intervint doucement Harry, se voulant rassurant.

Mais à la façon dont Drago le regarda, il jugea préférable de se pencher davantage sur son assiette.

« T'en as de bonnes, Potter ! » grinça-t-il d'un ton glacial. « Je suis supposé leur écrire ce soir, et si jamais je leur raconte que Jasper est avec moi, il y aura forcément un moment où une famille de Sang-Pur invitée au Manoir leur révélera le pot aux roses. Ça ne sera que pire ! D'ici à ce que certains d'entre eux ne leur écrivent… »

Et à ces mots, il darda sur ses camarades Serpentards un regard noir tel que plusieurs, trop loin pour l'entendre, baissèrent quand même les yeux. Edmund attrapa son cousin par l'épaule dans un geste apaisant.

« Du calme. Si ça se trouve, tu t'énerves pour rien. De toute manière, soyons sérieux : comment voulais-tu que Jasper et toi soyez envoyés dans la même Maison ? Et puis, ce n'est pas la fin du monde non plus, il suffit juste que tu prennes un peu de temps le week-end et en fin de journée pour aller discuter avec lui, au lieu de faire le mariole en cours. »

Le ton paraissait un peu trop raisonnable pour plaire à Drago, mais celui-ci n'eut pas le temps de lui sortir une remarque bien sentie car les emplois du temps, distribués par le père d'Edmund, le redoutable Severus Rogue. Il n'adressa aucune parole à son fils lorsqu'il lui tendit le bout de parchemin dans un geste formel, mais son regard s'attarda sur Harry, qui se sentit soudain profondément mal à l'aise. Il était presque sûr d'avoir vu passer dans le regard noir du professeur de la colère, et une lueur d'autre chose, quelque chose d'indéfinissable. Il prit l'emploi du temps et plongea le nez dans son assiette pour ne plus avoir à croiser le regard de l'homme.

A peine celui-ci s'était-il éloigné qu'Edmund se pencha vers Harry, de sorte à ce que lui seul entende ce qu'il s'apprêtait à dire.

« Ne fais pas attention, surtout pas. Si jamais il a l'air de cogiter un peu trop en te regardant, ne lui parle pas. De toute façon, essaie de ne pas avoir à lui adresser la parole une seule fois. »

« Pourquoi ? » s'étonna le Survivant à mi-voix.

Il n'arrivait pas à croire que son nouvel ami lui déconseillait de parler à son père, qui s'avérait être à présent son directeur de Maison.

« Parce qu'avec lui, on ne sait jamais » souffla Edmund.

Il n'eut pas le temps d'en dire plus car Drago lui tapa sur l'épaule en se levant, signe qui signifiait clairement qu'il souhaitait quitter la table. Harry avala à la va-vite sa dernière part d'œuf et les rattrapa précipitamment.

A une vingtaine de mètres de là en effet, Severus Rogue réfléchissait, tout juste de retour à la table professorale. L'arrivée du fils Potter lui avait donné un goût amer dont il n'était pas parvenu à se débarrasser jusqu'à présent, mais étrangement, ce n'était pas de cette façon là dont il l'avait imaginée. Le garçon lui apparaissait naïf et stupide, ravi de se donner en spectacle, et il aurait pu continuer longtemps la liste de tous les défauts qu'il lui trouvait, s'il ne s'était pas figé comme les autres à l'annonce du Choixpeau qui l'expédiait à Serpentard. Un Potter à Serpentard ? Voilà qui avait le mérite de titiller sa curiosité. Curiosité qui avait pris des proportions nettement plus impressionnantes au sortir de sa réunion expresse avec le Directeur. Certes, il n'avait pas été seul avec lui, ce qui l'avait empêché de poser un certain nombre de questions, mais Dumbledore avait été très clair : il souhaitait que lui – Severus Rogue, Directeur de la Maison Serpentard – travaille en étroite collaboration avec sa très estimée et détestée collègue Minerva McGonagall, Directrice des Gryffondors. Une chose que le vieil homme ne s'était plus risquée à demander depuis des années, vu les résultats catastrophiques de ses précédentes tentatives. Sans que personne ne comprenne véritablement pourquoi, les deux professeurs se vouaient une animosité qui allait bien au-delà de l'éternelle rivalité entre les lions et les serpents, et ce depuis le tout premier jour d'enseignement de Severus, qui était de loin le plus jeune des deux. Jamais Albus Dumbledore lui-même n'était parvenu à comprendre les raisons de cette animosité, d'autant qu'il ne lui avait jamais semblé, du temps où Severus était encore à l'école en tant qu'élève, que Minerva ne se soit acharnée sur lui.

Cette presque-haine était d'autant plus dérisoire qu'il leur était arrivé un nombre incalculable de fois de crier dans le même sens : à savoir celui de leur rejeton respectif, après qu'Edmund et Wyra aientencore fait une bêtise. Et le plus drôle – du moins d'un point de vue extérieur – c'était que la fois où les deux collègues s'étaient le plus énervés, c'était contre Rusard, après que celui-ci ait plus ou moins délibérément mis en danger les enfants.

Quoi qu'il en soit, leur agressivité avait le mérite d'égayer un peu les longs dîners cérémonieux – de l'avis de Wyra en tout cas. Mais il demeurait que les faire travailler ensemble relevait souvent de l'exploit, et Severus doutait d'en être encore capable après leur dernière dispute. Il est vrai que celle-ci était particulièrement mal tombée, puisqu'il s'agissait ni plus ni moins que de la dispute qui leur avait empêché d'entendre leurs ennemis s'introduire dans la maison et qui avait été indirectement à l'origine des deux semaines que Minerva avait passé à l'hôpital Ste Mangouste. Depuis, même s'il préférerait sans doute mourir que de l'admettre, Severus se sentait affreusement coupable, et craignait que son sale caractère ne vienne encore plus envenimer leurs échanges, alors même que sa collègue ne semblait pas lui en vouloir – ce qu'il trouvait presque pire que des regards chargés de rancune.

Secouant la tête pour ne pas penser à cette douloureuse constatation, Severus darda sur l'improbable trio d'enfants un regard calculateur. Potter à Serpentard, cela laissait présager toutes sortes de choses, plus ou moins bonnes. Cela signifiait que peut-être la débilité congénitale de James Potter avait un tant soit peu épargné son descendant. Cela signifiait aussi que quelque chose d'assez étrange était à l'œuvre. Severus n'était pas un novice, il savait parfaitement que quelque chose de noir, de non naturel s'était produit durant la Répartition, la veille au soir. Que Dumbledore ne sache pas de quoi il s'agissait avec exactitude n'était pas ce qu'il pouvait trouver de plus rassurant. Mais quoi qu'il en soit, Potter était chez lui, à présent. Ce qui signifiait un certain nombre de choses plus ou moins intéressantes. Déjà, il était prêt à parier que le cerveau formaté de Drago avait envisagé des dizaines de façons de se rapprocher de lui. Ensuite, il ne faisait aucun doute qu'Edmund l'avait mis en garde et allait garder un œil très attentif sur son cousin et sur Potter. Enfin, si le jeune Rogue n'était pas trop idiot, Severus était prêt à parier qu'il allait également se montrer méfiant envers lui.

C'était quelque chose de dérangeant et de décevant, mais en même temps d'inévitable. Edmund, tout comme cette satanée gosse de sauvage qu'était Wyra McGonagall, avait grandi entouré d'adultes qui devaient montrer un sens inné de la diplomatie pour se sortir de leurs affaires et passaient une grande partie de leur temps à échafauder des plans et ce qu'il était presque possible d'appeler des complots en compagnie de différents alliés. Difficile, dans ces conditions, que les enfants ne deviennent pas très tôt conscients de ce qu'il fallait dire, ne pas dire, et de qui il fallait se méfier. Le fait même qu'Edmund n'ait jamais été mentionné aux parents Malefoy donnait bien le ton. Ici, les enfants du personnel grandissaient vite, apprenaient à garder des secrets et à se méfier même de leurs amis lorsqu'il s'agissait d'échafauder des plans plus tordus les uns que les autres. Au début, Severus avait bataillé avec ça, refusant que son fils ne soit victime de ce système qui exigeait de n'avoir aucune pleine confiance en personne, mais il avait rapidement réalisé que c'était impossible. Même s'il vouait à Dumbledore et à la plupart de ses collègues un certain respect, il ne pouvait nier l'évidence : il y avait toujours au moins l'un d'eux pour chercher à tirer profit d'une situation.

Le camp de la Lumière n'était pas aussi dénué de machinations que tout le monde voulait bien le faire croire, et dans la mesure où presque tous les enseignants de Poudlard se trouvaient être des membres de l'Ordre du Phénix, il ne fallait jamais oublier que les impératifs du moment pouvaient les pousser à prendre des décisions délicates. Dumbledore lui-même se révélait être un fin manipulateur, qui, pour sauvegarder l'Ordre et ceux qu'il défendait, avait déjà maintes et maintes fois prouvé ses capacités à se surpasser dans ce domaine, plaçant ses pions les uns après les autres sur l'échiquier des alliances, détournant l'attention du Ministère ou jouant au contraire de ses faiblesses. Severus avait été surpris, désillusionné un peu aussi, mais il s'était adapté, comme il l'avait toujours fait. Le seul bémol était l'éducation d'Edmund, qui en avait souffert. L'homme savait que son fils avait pour l'ensemble des habitants récurrents de Poudlard un amour très fraternel, les considérant tous comme étant de sa famille, mais il ne savait pas très bien comment ou pourquoi. Quoi qu'il en soit Edmund avait intégré sans en paraître trop blessé que certaines choses devaient demeurer secrètes, et que malgré toute l'affection que lui portait le corps enseignant, il ne devait pas oublier qu'en cas de nécessité, ce n'était pas vers eux qu'il devait se tourner, mais vers son père.

Ce qui l'amenait à Potter. Avec l'intelligence qui était la sienne, Edmund avait sans doute déjà compris que le garçon allait se voir proposer sous peu des alliances déguisées, ou bien allait subir l'animosité de beaucoup, mais il avait probablement déjà supposé que Potter ferait également l'objet d'une attention toute particulière auprès des adultes, et il avait sans doute déjà réfléchit à la meilleure manière de le protéger. Severus soupira intérieurement.

A quelques mètres de lui, à son siège doré de Directeur, Albus Dumbledore n'était pas en reste. Lui aussi s'interrogeait sur ce qui s'était produit la veille, faisant de multiples suppositions, tirant des conclusions puis recommençant toute sa réflexion en modifiant son point de vue. Le but était bien sûr d'obtenir le plus de scénarios probables afin de pouvoir les étudier, les éliminer un à un puis se pencher sur celui qui resterait. Après seulement, il commencerait à faire des plans, même si une partie de son cerveau s'y était déjà attelée. On ne pouvait pas décemment laisser Harry à Serpentard, c'était bien trop risqué. Merlin seul savait ce qui pouvait lui arriver dans cette Maison où tous chercheraient à l'influencer de la mauvaise manière. Non que Dumbledore eût un seul instant des doutes sur Edmund, qui semblait avoir pris les choses en mains vis-à-vis du Survivant, mais il ne pouvait en dire autant de son autre compagnon, Drago Malefoy, dont la famille était réputée très proche de Voldemort avant sa chute, et dont Dumbledore savait pertinemment qu'elle était prête à tous pour que les idéaux des Mangemorts prennent le dessus.

En clair, s'il ne parvenait pas à sortir rapidement Harry de là, il faudrait songer à s'arranger pour que le jeune Malefoy ne puisse pas l'approcher de trop près. Et également veiller à ce que les autres Serpentards ne soient pas trop présents autour de lui, même si c'était là une chose aisée à régler : il suffisait de demander à Wyra de prendre en charge le Survivant, et tout irait bien. Mieux valait qu'Harry devienne ami avec elle plutôt qu'avec un Malefoy.

Bien loin de toutes ses considérations, Harry suivait sans broncher les directives d'Edmund, qui après les avoir fait repasser par le dortoir pour récupérer leurs affaires de classe, les conduisait jusqu'à leur cours de Botanique, le premier de leur journée. De part et d'autres, quelques élèves se dirigeaient vers leurs salles de classes, mais les trois garçons furent les premiers à atteindre les serres, de l'autre côté du château.

Bien qu'il écoutât Edmund avec attention, Harry jetait fréquemment des coups d'œil bref à Drago, qui paraissait sur le point de casser quelque chose. Le blond était crispé, visiblement à bout de nerfs, et le Survivant se demandait avec appréhension si la présence de plusieurs Poufsouffles à quelques mètres d'eux n'y était pas pour quelque chose. D'après ce qu'il avait cru comprendre les jumeaux Malefoy n'avaient jamais été séparés ou presque, et devoir se trouver dans deux Maisons différentes allait leur être particulièrement difficile. Ce qu'en revanche il avait du mal à cerner, c'était la raison de l'importance quasi-sacrée que tous les Malefoy soient envoyés à Serpentard. Mais c'était une chose sur laquelle il ne souhaitait pas demander de précisions pour l'heure, alors que Drago paraissait si irritable.

Harry était bien loin du compte. Drago n'était pas seulement irritable, il était furieux, rempli de colère, et ne demandait qu'une seule chose, une seule : un exutoire. Maintenant.

Devant la serre qui portait le numéro 2, une femme d'âge mûr, pas tellement plus grande qu'eux, aux cheveux grisonnants en bataille et habillés de vêtements de jardinage à l'aspect un peu étrange, les accueillit avec un large sourire.

« Bonjour, tant… professeur ! » se reprit Edmund de justesse.

Il grimaça devant cet élan de familiarité, et Harry fut quasiment sûr qu'à une seconde près il appelait l'enseignante « tante ». Une erreur que le jeune Rogue paraissait bien embarrassé d'avoir faillit commettre.

« Bonjour, Eddy » sourit le professeur Chourave sans paraître offusquée le moins du monde. « Alors, prêt à attaquer ton premier véritable cours ? »

Le garçon lui adressa un sourire reconnaissant en hochant la tête. Oh que oui, il avait hâte !

« Tu verras, c'est moins drôle lorsqu'on doit assister à tous les cours » le taquina le professeur.

« Ça vous voyez, j'en doute ! »

Il se tourna vers Drago et Harry, restés en retrait.

« Les gars, je vous présente le professeur Chourave, la maîtresse des plantes en tout genre, capable de faire pousser n'importe quoi n'importe où, y compris des Pousses de Lave au fond du Lac Noir ! »

Harry adressa un salut poli à l'enseignante, un peu intimidé. Il ne savait trop que penser de la familiarité qu'Edmund se permettait, et cela le mettait légèrement mal à l'aise de se trouver embarquer là-dedans. En même temps, le professeur Chourave avait l'air d'être plutôt contente de voir son jeune camarade.

« En parlant de Pousse de Lave… Devine qui a enfin reçu la sienne ? »

Edmund écarquilla les yeux, un sourire d'une oreille à l'autre.

« Sérieux ? »

« Sérieux » approuva l'enseignante. « Serre numéro 9. »

Edmund s'y précipita aussitôt, Harry et Drago à sa suite, le blond étant nettement moins enthousiaste que son cousin. Qu'il sache ou non ce qu'était une Pousse de Lave ne semblait pas jouer beaucoup, il était de mauvaise humeur, c'est tout.

La serre numéro 9 était entièrement vide, à l'exception d'un pot de la taille d'une télévision qui occupait le centre de la pièce, et d'une pousse, qui ressemblait à un épi de maïs, qui émergeait du centre.

« C'est ça une Pousse de Lave ? » s'enquit Harry avec déception.

Il ignorait pourquoi, mais il s'était attendu à quelque chose d'un peu plus impressionnant. Et la plante était absolument tout, sauf impressionnante. Il en était à se demander ce qu'Edmund lui trouvait de si fascinant lorsque la Pousse de Lave émergea pleinement de pot. D'une couleur orangée, elle mesurait désormais presque un mètre de haut et se penchait dans la direction. Il sembla alors à Harry que la température ambiante grimpait brusquement de plusieurs degrés. Intrigué, presque fasciné, il ne prêta pas attention au coup de coude que lui administra Edmund, et réalisa au dernier moment que de minuscules flammèches tournoyaient autour de la Pousse de Lave. Soudain, il se sentit tiré en arrière. L'instant d'après, l'intégralité de la serre baignait dans les flammes.

Affalé dans l'herbe sur le dos à côté d'un Drago debout au sourire clairement moqueur, Harry vit, horrifié, les flammes lécher la porte et les murs transparents de la serre. Edmund était debout à côté du blond, l'air complètement fasciné par le spectacle, tandis que le professeur Chourave, juste derrière lui, avait sorti sa baguette. Visiblement, le Survivant lui devait de ne pas avoir fini en hot-dog.

« M… merci… » bafouilla le garçon en se remettant debout.

« Aucun problème Potter » sourit le professeur Chourave. « Mais à l'avenir vous saurez qu'il ne faut pas se fier aux apparences. Notre amie ici présente est du genre susceptible et il est préférable pour vous de vous en tenir éloigné. »

« A qui allez-vous la faire étudier ? » s'enquit Edmund que l'attaque semblait avoir excité au plus haut point.

« Oh, je ne sais pas… Les Septième Année, peut-être les Sixième aussi… Si elle se calme. »

Toujours en état de choc, Harry emboîta le pas à Edmund lorsque celui-ci gagna la serre n°1, où se déroulaient les cours de Première Année. Les enfants s'installèrent chacun devant un pot en terre de taille tout à fait banale au fond de la serre. Le professeur Chourave était retournée dehors faire signe aux autres élèves du lieu exact de leur cours.

Tandis que Drago dardait un sourire goguenard sur Harry, toujours en état de choc, Edmund ne tarissait pas d'éloges sur la nouvelle acquisition de l'école et le temps que cela leur avait fallut pour l'obtenir, tant et si bien que le Survivant finit par s'en étonner.

« Comment ça se fait qu'il vous ait fallut presque dix ans pour l'avoir ? »

« Algaraz – c'est le prédécesseur de Fudge » précisa Edmund devant le regard perdu d'Harry, « et Fudge ne voulaient pas nous donner les autorisations nécessaires. Et on est obligé de prévenir le ministre et de lui demander son accord pour faire venir sur le territoire une plante dite ARisquesMajeurs. Je n'arrive pas à croire que Dumbledore ait réussi à avoir ces foutues autorisations. » Il laissa un sourire réjoui naître sur son visage. « Bon sang, elle est pas magnifique ? »

« Pour quiconque apprécie les plantes capables de faire griller n'importe quoi, sans doute » concéda Drago.

Tandis qu'Edmund secouait la tête d'un air désespéré, Harry se sentit un peu mieux en songeant qu'après tout le blond semblait être de meilleure humeur qu'il ne l'avait craint. Peut-être quelque chose venait-il de le mettre de meilleure humeur, n'importe quoi… Et le n'importe quoi en question sauta rapidement aux yeux d'Harry : les élèves qui pénétraient désormais dans la serre venaient des quatre Maisons. Ce qui signifiait que Jasper ne devait pas être loin.

Et en effet, quelques deux ou trois minutes plus tard le petit blond à lunettes rouges fit son apparition, juste devant Ron Weasley et les jumeaux Granger. Une nouvelle fois, Harry se fit la réflexion que le garçon – Klaus, il lui semblait – avait l'air un peu étrange, mais il n'arrivait pas à savoir en quoi exactement. Puis, songeant que ce n'était sans doute pas très poli de dévisager le Serdaigle de la sorte – et se souvenant de son malaise au Chaudron Baveur – il détourna le regard pour se focaliser vers Jasper, qui courrait à leur rencontre.

« Salut frérot » sourit-il en serrant affectueusement le poignet de Drago, comme si une démonstration d'affection plus importante eût mit son frère mal à l'aise.

Puis, se tournant vers Edmund et Harry, il leur adressa un sourire particulièrement large.

« Alors, comment ça va ? »

« Plutôt bien » répondit le jeune Rogue avec bonne humeur.

Harry suivit pour sa part le jeune Weasley du regard, ainsi que les jumeaux Granger, qui s'installèrent de l'autre côté de la serre, le rouquin à plus de deux mètres des deux autres. Visiblement, ils n'avaient pas liés connaissance comme le Survivant l'avait d'abord pensé. En fait, ils ne paraissaient pas avoir échangés ne serait-ce que quelques mots tant ils paraissaient ne pas s'être vus. Ron était en pleine discussion avec deux autres garçons de Gryffondor dont Harry n'avait pas retenu le nom, tandis que les Granger avaient pour camarade un garçon au visage lunaire qui, si le jeune Potter se souvenait bien, répondait au nom de Neville Longdubat.

« Et toi, Harry ? » s'enquit Jasper pour ce qui semblait être au moins la deuxième fois.

« Potter, on répond quand on est poli » signala Drago en donnant une tape sur la nuque de l'intéressé avec sa baguette, dans un geste agacé.

« Eh ! » protesta Harry. « Désolé, Jasper. » Il hésita une seconde avant de poursuivre. « En fait, j'avais pas vraiment pensé atterrir à Serpentard. C'est pas vraiment la rentrée telle que je l'avais imaginée. »

Il se sentait un peu idiot de dire ça, alors que quelques semaines plus tôt à peine il ignorait l'existence du monde de la magie, mais c'était la vérité. Cependant il n'eut pas le temps de développer, car l'ensemble des enfants de la classe semblait être arrivé et le professeur Chourave, à l'autre boute de la longue et large table sur laquelle se trouvaient les nombreux de fleurs, avait pris la parole.

« Bonjour à tous, les Première Année. Je suis le professeur Chourave, et je serais votre professeur de botanique et d' herbologie pour les années à venir, alors sachez tout de suite qu'il faudra se montrer dans ce cours bien plus attentif que dans les autres. Non que je croie ma matière plus importante que celles de mes collègues, mais il y à peu de chance que vous courriez le moindre risque dans une salle de cours normale, ce qui ne sera pas le cas ici. C'est bien compris ? Bon. Nous allons commencer cette année par une plante qui ne représente pas de difficulté majeure, si vous n'y voyez aucune objection. »

Sur ces mots, elle souleva du pot placé devant elle une pousse de ce qui ressemblait à s'y méprendre à du muguet.

« Qui peut me dire de quelle plante il s'agit ? »

Aussitôt Hermione Granger leva le bras aussi haut que possible. Ce fut le seul.

« Oui, Miss… ? »

« Granger, professeur. C'est de la Sépharine. »

« Très bien » dit le professeur Chourave avec satisfaction. « Cinq points pour Gryffondor. Et pouvez-vous me dire, Miss Granger, quelles ne sont les propriétés ? »

La fillette s'apprêtait à répondre quand elle avisa son frère, juste à côté d'elle. Même de là où il se trouvait, Harry ne manqua pas son regard.

« Je suis désolée professeur, je ne me souviens pas. » Elle inclina la tête vers son frère. « Peut-être que… »

Personne ne dit rien, aucun enfant ne semblant savoir répondre, mais l'enseignante paraissait avoir compris.

« Mr Granger, c'est cela ? Pouvez-vous me donner les propriétés de la Sépharine ? »

Klaus Granger, qui avait le regard fixé sur la table, se mit alors à débiter d'une voix atone, sans lever les yeux :

« Sa sève est employée dans la fabrication du Philtre de Sommeil, qui est une potion faite pour endormir quelqu'un pendant dix à quinze heures. Quand on respire la fleur de Sépharine, on a des vertiges et on devient somnolent, parce que même ses pétales ont des propriétés soporifiques. »

« Parfait, Mr Granger » approuva le professeur Chourave avec un sourire à l'adresse de l'enfant qui n'avait toujours pas levé les yeux. « Cinq points pour Serdaigle. Comme vous l'avez sans doute remarqué, il y a une fleur de Sépharine dans chaque pot, mais pas suffisamment de pots pour tous. Aussi, vous allez vous mettre trois par trois, arroser la fleur et essayer de la réveiller. Pour le moment, elle est en sommeil. Réveillez la Sépharine, et répondez aux questions. »

Sur un coup de baguettes, elle fit tomber devant chaque élève un questionnaire marqué sur une feuille de parchemin. Harry jeta un œil. Il y avait une dizaine de questions.

Les garçons échangèrent de brefs regards puis Edmund fit signe aux jumeaux Malefoy de se mettre ensemble et d'accueillir un autre élève de Serpentard à tête de rat qu'Harry avait croisé dans le dortoir sans parvenir à mémoriser son nom. Lui et le jeune Rogue héritèrent quant à eux d'un petit Gryffondor, et Harry pensa avec insistance au « petit ». A côté, lui-même paraissait très grand pour son âge, presque un géant à l'aspect particulièrement mature. Maigre, le nez en trompette, les cheveux noirs coupés courts, un visage qui l'aurait sans mal fait passer pour un de ces élèves de CM1 qu'Harry croisait parfois au détour d'un couloir à l'école de Privet Drive, le garçon s'installa juste à côté d'Harry sans lui lancer de regard particulièrement hostile ni dégoûté, comme pouvaient le faire certains de ses camarades aussi bien de Gryffondors que d'autres Maisons.

Il sembla hésiter avant de finalement tendre la main à Harry, à côté duquel il se retrouvait.

« Euan Abercrombie(1). »

« Harry Potter » répondit Harry en lui serrant la main. Il était plus touché qu'il n'y paraissait, après les regards que toute l'école lui adressait depuis la veille.

« Je sais » dit simplement le Gryffondor en arrosant la plante.

Il salua Edmund de la même manière, puis reporta son attention sur son devoir. Ils se mirent tous au travail, tandis qu'il semblait à Harry que les jumeaux Malefoy étaient aux prises avec leur voisin de travail. Il fallut néanmoins attendre que le ton monte un peu pour que cela arrive jusqu'aux oreilles d'Harry et d'Edmund.

« Retire ce que tu viens de dire tout de suite, Smith ! » exigeait Drago avec fureur.

« Sinon quoi ? » s'enquit l'intéressé. « Tu écriras à tes parents pour te plaindre ? Tu sais qu'ils seront ravis d'apprendre que leur famille n'est pas si pure que ça ? »

Drago se figea, son visage ayant perdu toutes couleurs. Il leva son regard gris vers le garçon de Zacharias Smith. Jasper s'était lui aussi immobilisé, mais lui regardait son frère avec attention, comme s'il craignait qu'il ne se jette soudain sur l'autre.

« Qu'est-ce que tu insinues, Smith ? » s'enquit Edmund d'un ton doucereux.

A ses côtés, Harry et Euan avaient levé les yeux de leurs travaux pour darder un regard anxieux sur les quatre autres.

Néanmoins, en dépit des apparences, Zacharias Smith n'était pas un imbécile. Aussi, lorsqu'il rencontra le regard noir du fils de son directeur de maison, jugea-t-il préférable de se taire. Il reporta son attention sur son questionnaire et Edmund tendit une nouvelle plume à Drago, qui, livide de colère, venait de casser la sienne en deux. Ses oreilles bourdonnaient. Mâchoire crispée, poings serrés, il resta un moment immobile, incapable de bouger. Dans sa tête, un véritable combat s'était engagé.

D'aussi loin qu'il se souvenait, Drago avait toujours été sujet à des crises de cette nature, comme si son cerveau, son esprit ou il ne savait quoi se scindait en deux parties qui lui criaient des avis différents, se mettaient à converser intérieurement comme si deux êtres s'étaient trouvés dans sa tête.

« Rabats le caquet de cet prétentieux. Vas-y. »

« Arrête, ça ne sert à rien. »

La première voix était la sienne, traînante, dure, hautaine… La sienne en pire.

La seconde, plus douce, avait les accents raisonnables et insupportables de Jasper. Pourtant ce n'était pas la sienne, mais bien celle de Drago. Mais en plus calme, en plus… Non, il n'en savait rien. Et puis, la décrire semblait impossible. Simplement, elle lui faisait penser à la voix que l'on prêtait à la conscience du héros dans les contes pour enfants.

« Ce serait stupide de se battre dès le premier jour. Ne réponds rien, laisse tomber. »

« Ilainsultétonfrère !Ill'atraitédeTraîtreàsonSang ! »

« La ferme » murmura Drago à voix haute, les dents serrées.

Par Salazar, ce qu'il pouvait détester ça !

« Drake, ça va ? »

La voix de son cousin lui parvint comme à travers un épais brouillard, mais il distingua l'once d'inquiétude, pourtant à peine audible. Edmund n'était pas enfant à faire état de ses pensées, même lorsqu'il s'agissait de sa famille. Mais il n'avait pas encore l'expérience de son père dans ce domaine, et parfois certains de ses sentiments filtraient en dépit de ses efforts. Drago articula péniblement :

« Ça va. »

Drago rouvrit les yeux et sourit brièvement à son cousin. Au même instant, il sentit la main frêle de Jasper vint l'attraper par le poignet, et le nouveau Poufsouffle lui offrit un sourit de réconfort qui lui sembla le réchauffer de l'intérieur.

« Il y en a que pour deux heures. Tu peux le faire. »

« Ouais, c'est ça. »

Le cours de botanique touchait à sa fin.

Si Harry était parvenu à se détendre un peu en échangeant quelques mots avec Euan, Drago prenait sur lui de fixer son regard ailleurs que sur Smith ou n'importe quel autre Serpentard. Il évitait également soigneusement les deux Sang-de-Bourbe de la classe. Leur seule présence suffisait à le rendre fou de rage, à lui donner envie de se jeter sur l'un d'eux pour le rouer de coups, lui faire dire, jurer même, que Jasper avait sa place chez les serpents, que sa répartition était due à un vieux chapeau rabougri incapable de différencier un Malefoy d'un Sang-de-Bourbe. Mais il sentait peser sur son épaule la main d'Edmund, et il se doutait que déclencher une bagarre sous le nez d'un professeur, dès le premier jour, n'était pas une bonne idée. Aussi, il respirait le plus calmement possible, se forçant à rester loin de ceux qui auraient pu le pousser à commettre une bêtise. Lorsque le professeur Chourave, sur un coup de baguette, récupéra les questionnaires, il n'esquissa pas un geste. Et quand elle leur donna l'autorisation de sortir, il s'exécuta d'une démarche raide.

Il espérait que cela se passerait bien, que Smith avait retenu l'avertissement dans la voix d'Edmund, mais il se trompait. Et cela se manifesta d'une manière telle qu'il ne l'aurait pas imaginé. A peine étaient-ils sortis de la serre qu'une fille à tête de bouledogue, une Serpentard du nom de Pansy Parkinson, cria pour attirer l'attention des quelques élèves encore présents.

« Eh, vous savez quoi ? Zacharias, les autres et moi, on a un scoop à vous annoncer ! »

« Les Malefoy sont déshonorés ! » hurla Smith. « L'un de leurs fils est un Traître à son Sang de Poufsouffle ! Comment croyez-vous qu'ils vont pouvoir revendiquer leur pureté, à présent ? »

Ni Edmund ni Jasper ne parvint à réagir suffisamment vite : Drago brandit sa baguette.

« EXPELIARMUS ! »

Il ne connaissait que peu de sorts, mais celui de désarmement était probablement un de ceux qu'il maîtrisait le plus. Seulement, il le prononça avec une telle force que Smith effectua un vol plané qui s'acheva contre la serre voisine, la serre numéro 9. Fou de rage, Drago ne s'arrêta pas là et se précipita sur lui lorsque, chancelant, il se relevait quand même. Tétanisés, les élèves ne bougeaient pas, totalement figés. Jasper fut le premier à réagir, se jetant sur son frère pour tenter de le traîner le plus loin possible de Zacharias Smith, avec l'aide d'Harry. Edmund avait pour sa part empoigné l'élève à tête de rat pour l'empêcher de frapper le blond, en vain.

« Drake ! » supplia Jasper en se débattant. « Lâche-le ! »

Profitant qu'Harry et le Poufsouffle soient parvenus à éloigner Drago de quelques centimètres, Smith donna un coup de pied dans la rotule d'Edmund qui le lâcha sous le choc, lui laissant le champ libre. Il se redressa, se jeta sur le blond, momentanément immobilisé, et lui administra un prodigieux coup de poing dans le ventre. Jasper délaissa son frère aux mains du Gryffondor pour pousser violement Zacharias le plus loin possible. Ce fut cet instant que choisirent Crabbe et Goyle, deux autres élèves du dortoir de Serpentard, pour se jeter dans la mêlée. Le premier heurta Harry de plein fouet, le projetant le nez dans l'herbe, tandis que le second se jetait sur Jasper.

Harry se redressa difficilement en se protégeant la tête, que Crabbe s'occupait à bourrer de coups de poings, mais l'un d'eux l'atteignit à la base de la nuque et le garçon retomba brutalement dans l'herbe en étouffant un cri de douleur. Le Serpentard au visage patibulaire s'apprêtait à l'achever lorsque Drago, qui semblait enfin s'être redressé, le poussa rudement au sol.

« Laisse-le tranquille ! »

L'ordre jeta un froid sur les serpents, sans doute par ce que malgré les propos de Zacharias, les Malefoy conservaient une autorité naturelle sur leurs semblables. Mais Smith semblait bien loin de ces considérations et sortit sa baguette.

Il ne put cependant jamais jeter le moindre sort, car au même instant Euan Abercrombie le heurta de plein fouet, le faisant basculer contre la porte de la serre numéro 9, qui s'ouvrit sous le choc. Edmund se releva au même instant pour repousser Goyle avec violence alors que celui-ci bombardait Jasper de coups de poings. Se dressant de toute sa taille, recouvrant visiblement un semblant de calme, Drago hurla à nouveau :

« Laissez-nous, c'est un ordre ! »

Crabbe et Goyle s'immobilisèrent, ayant apparemment réalisés que le jeune Malefoy demeurait quoi qu'il en soit un chef parmi eux, comme autrefois, avant qu'ils ne rentrent à Poudlard. Edmund s'était lui aussi écarté des serpents récalcitrants comme pour leur signifier qu'il n'avait pas le même statut qu'eux et que de ce fait les autres lui devaient plus ou moins obéissance. Cependant, Harry réalisa que ce type de considérations n'avait plus cours lorsqu'il releva la tête et aperçut, horrifié, Euan et Zacharias dans la serre.

« La Pousse de Lave ! »

Edmund et Jasper firent volte-face d'un même mouvement, horrifiés, alors qu'Euan, qui luttait au sol avec Smith, levait soudain les yeux. La Pousse était d'une belle couleur orangée, et elle mesurait à présent plus d'un mètre. Lentement, elle se tourna vers les intrus et pencha sa « tête » vers eux. Les enfants, pétrifiés par la peur, osaient à peine respirer. Lorsque la température commença à grimper et que la Pousse vira au rouge foncé, Harry hurla.

« DEGAGEZ ! »

En une seconde, la chaleur devint insoutenable. Edmund saisit Euan par le bras, Jasper se pencha pour empoigner Smith, Harry se releva pour saisir le jeune Rogue et le Poufsouffle chacun par le bout de la robe, et tous reculèrent précipitamment vers la porte. La Pousse de Lave déversa sur eux un jet de flamme qui manqua Abercrombie de peu, et alla s'écraser sur le mur de la serre. La plante se tendit au maximum et toute la salle prit soudain feu. Harry tira de toutes ses forces ses camarades vers lui et tous allèrent s'écraser au sol. Drago claqua la porte de toutes ses forces et les flammes meurtrières léchèrent la paroi ignifugée de la serre.

Les enfants étaient tous écroulés sur l'herbe, à présent. Essoufflés, les cheveux roussis, les yeux rouges de larmes de terreur, le cœur battant à cent à l'heure, ils s'entre-regardèrent. Ils avaient évité de peu la catastrophe.

« Par la barbe de Merlin, qu'avez-vous fait ? »

Le hurlement du professeur Chourave les fit tourner la tête dans un bel ensemble, mais avant que quiconque n'ait pu amorcer une justification, les yeux de la sorcière se déportèrent vers la serre enflammée et elle devint rouge de rage.

« Chez le directeur ! IMMEDIATEMENT ! »

« Ainsi donc, vous vous êtes battus, et c'est là la raison qui vous a poussé à entrer dans la serre et à réveiller notre chère Pousse de Lave ? » s'enquit Albus Dumbledore en dardant sur chacun des fauteurs de troubles un regard pétillant d'amusement.

Pétillant et, le devinait sans mal Edmund, calculateur. Calculateur, parce que ce n'était pas fréquent de devoir faire face à une bagarre de plusieurs Première Année mettant en scène des Serpentards, un Gryffondor et un Poufsouffle. Cela sortait des sentiers battus, et le garçon ne doutait pas un seul instant que déjà le Directeur réfléchissait aux diverses manières de conclure cette affaire.

Songeant qu'il était hors de question que lui et les autres payent injustement, Edmund prit les devants. Il savait que Dumbledore n'était pas dupe, mais il savait aussi qu'il lui fallait établir la vérité en détails et au plus vite.

« Non, monsieur. Dans la bagarre, Smith est tombé sur la porte qui s'est ouverte… Ce n'était vraiment pas intentionnel. »

Les enfants se trouvaient à présents dans le bureau directorial, tout en dorure et en objets plus fascinants et étranges les uns que les autres. Les tableaux des précédents directeurs de l'école les observaient avec un mélange de curiosité et de déception.

Intimidés, tous avaient laissé le soin à Edmund d'expliquer les faits. Il n'était bien sûr pas trop rentré dans les détails, mais après avoir dit que Smith avait provoqué Drago dès le début du cours en insultant copieusement Jasper, et que lui et Pansy Parkinson avaient délibérément cherché l'affrontement à la sortie de la serre, il apparaissait avec certitude au jeune Rogue qu'ils s'en tireraient bien. Zacharias avait souhaité protester plus d'une fois, mais le regard dur de son Directeur l'avait rendu tellement mal à l'aise qu'il s'était abstenu. Pansy, qui avait été envoyée elle aussi dans le bureau de Dumbledore, ne pipait mot depuis le début.

Harry jeta un regard à Jasper, dont les cheveux étaient ébouriffés et qui arborait à présent une lèvre inférieure en sang. Malgré cela le Survivant se sentait un peu plus mal vis-à-vis d'Euan, qui avait pris un mauvais coup sur la joue. Personne n'avait demandé au Gryffondor de s'en mêler, et c'était celui qui en avait le moins de raison. Qu'il se soit jeté dans la bagarre avait touché les autres, même si Drago ne lui avait rien dit de particulièrement gentil. Le blond avait lui aussi mauvaise mine : il était plus pâle que d'ordinaire, encore sous le choc de l'incident de la Pousse de Lave. Seul Edmund semblait s'être remis de leur mésaventure, et seul lui était capable de s'entretenir sans crainte avec le Directeur.

« Bien, bien… » fit celui-ci pensivement. « Je ne vous cacherais pas que vous êtes en passe de rentrer dans les records de l'école – je ne crois pas que même Wyra ou les jumeaux Weasley aient jamais réussi un tour de force pareil, dès le premier jour de cours. Néanmoins, bien que n'étant pas intentionnel, ce que vous avez fait était très dangereux, et je me verrais donc dans l'obligation de vous punir. Voyons voir… Je vous enlève à chacun vingt points, j'enverrais une lettre à vos familles respectives et vos directeurs de maison seront informés au déjeuner. »

Drago manqua de s'étrangler. Quatre-vingt points. Ce vieux fou venait de leur retirer cent points dès la première heure ! Alors que les Gryffondors et les Poufsouffles, eux, n'en avaient perdu que vingt chacun !

« Espèce de vieux fou sénile ! »

« Allons, du calme. Vingt points, ce n'est pas énorme… »

« Ta gueule ! »

Le blond ferma les yeux quelques secondes. Mais par Salazar, quand ces voix allaient-elles le laisser en paix ?

« A présent » fit Dumbledore en se calant confortablement contre son dossier, « il serait peut-être judicieux de retourner en classe, ne croyez-vous pas ? Je crains que vous ne deviez sécher votre seconde heure de cours, vu que nous en sommes à plus de la moitié, mais pourquoi ne pas aller vagabonder près de la bibliothèque ? Je vous serais également reconnaissant de ne pas aller aux mêmes endroits s'ils vous aient impossible de cohabiter. »

Sur quoi, il fit signe aux enfants qu'ils pouvaient partir. Ceux-ci s'exécutèrent sans se faire prier, mais le regard de Dumbledore s'attarda sur Edmund et celui-ci, comprenant le message, fit signe aux autres de ne pas l'attendre. La porte se referma sur Harry et le Serpentard se retrouva seul avec le Directeur.

« Je vois que plus de six ans en compagnie de Wyra t'auront marqué » glissa Dumbledore avec amusement.

Les yeux du vieillard brillaient intensément, et Edmund s'accorda un demi-sourire sans pour autant relâcher sa vigilance. Il ne savait pas très bien où le vieux mage voulait en venir, et il le connaissait suffisamment pour savoir que l'attention de Severus était loin d'égaler celle d'Albus en matière de danger potentiel.

Le silence s'étira quelques secondes, et Edmund comprit que Dumbledore attendait qu'il se justifie. Cette simple idée lui hérissa les cheveux sur la nuque, mais il savait qu'il n'avait pas le choix : il devait s'y plier.

« Je vous l'ai dis, ce n'est pas de notre faute » dit-il alors d'un ton neutre.

Il était un Rogue, que diable, il n'avait pas à supplier Dumbledore de le croire ! Surtout lorsqu'il savait que l'intérêt du vieillard était tout autre.

« Oh, je n'en doute pas. Il n'empêche… »

Se sentant perdre patience, Edmund s'ordonna mentalement de jouer le jeu. Il n'avait pas le choix, il le fallait, mais c'était quelque chose qui l'exaspérait. Il n'aimait pas faire les diplomates, et en même temps grandir ici ne lui avait pratiquement enseigné que cela.

« Je sais, vous allez devoir en référer à Sev. »

Le ton qu'employa le garçon, associé à sa mine ennuyée, acheva de faire sourire Dumbledore qui comprit néanmoins le message. Fini de tourner autour du pot, Edmund souhaitait qu'il en vienne aux faits.

« Dis-moi Edmund, en parlant de chose dont il faille référer… As-tu l'impression qu'il va falloir que nous parlions de la Répartition de notre jeune Potter ? »

Edmund haussa les épaules. Rendre des comptes lui déplaisait, mais il ne voyait pas de raison de taire ce qu'il savait à Dumbledore, et ensuite ce n'était pas exactement comme s'il en avait la possibilité.

« Il ne s'attendait pas à atterrir à Serpentard. Ça ne veut pas dire qu'il risque quelque chose » ajouta-t-il en coulant un regard vers la porte du bureau derrière laquelle avaient disparu les autres.

Dumbledore hocha la tête, mais Edmund sentit bien que ce n'était pas ce qu'il avait souhaité entendre, et qu'apparemment il ne voulait pas laisser Harry chez les serpents. Le garçon ignorait pourquoi, mais il en avait la quasi certitude.

« On saura veiller sur lui » ajouta-t-il, mais il eut la désagréable impression que Dumbledore ne l'écoutait plus. Quand bien même, Edmund savait qu'il ne l'aurait pas cru : lui-même devait admettre que les prochaines semaines seraient difficiles, car la présence d'Harry Potter au sein de la Maison Serpentard allait causer un certain nombre de difficultés par la suite. Zacharias n'était pas très dangereux, car il se contentait de ridiculiser Drago en sous-entendant que les Malefoy n'étaient pas purs à cent pour cent, mais le réel danger viendrait des élèves plus âgés, plus calculateurs, qui voudraient sans doute entraîner Harry de leur côté.

Dumbledore hocha vaguement la tête, mais le garçon savait que ce n'était pas à son attention, qu'en vérité le vieil homme était perdu dans ses pensées.

« Tu peux y aller » fit-il en agitant la main vers la porte.

Haussant les épaules, Edmund tourna les talons. Il avait posé la main sur la poignée de la porte lorsque la voix de Dumbledore s'éleva à nouveau :

« Tant que tu es dans les couloirs, pourrais-tu m'envoyer Loan, s'il te plaît ? Il doit être en train de vagabonder sur les toits, près de la Grande Salle. Je crains que son cours de Défense Contre les Forces du Mal ne lui plaise pas beaucoup. »

Edmund hocha imperceptiblement la tête et quitta le bureau du Directeur.

Informations sur l'histoire :

- (1) Euan Abercrombie ne m'appartient pas, c'est un élève qui fait son apparition lors de la Répartition du tome 5 d'Harry Potter. Je l'ai juste rendu plus âgé, afin qu'il soit dans la même classe que les enfants.

- Ce chapitre est beaucoup plus court que l'original, mais je trouve avec le recul que les chapitres de la première version traînaient parfois en longueur, tant je voulais en mettre dans un même chapitre.

- Quasiment pas de Ron ou d'Hermione dans ce chapitre, mais ils apparaîtront plus loin.

- J'aimerais savoir ce que vous pensez de la nouvelle vision de l'école, de son côté calculateur qui pousse Edmund à se méfier de presque tout et tout le monde. J'aimerais beaucoup vos avis sur la question.

Kael