Les jours passaient et se refroidissaient de plus en plus alors qu'une couche de neige avait recouvert tout Londres, offrant à ses habitants la rare occasion d'un Noël blanc. Le soir du vingt-quatre décembre, Holmes et Watson le passèrent ensemble dans leur appartement. Encore une fois, Mrs Hudson était partie dans sa famille, cette fois pour célébrer les fêtes. Les deux amis étaient seuls ce soir-là, ils avaient rapproché leurs fauteuils du feu pour éviter au pauvre médecin frileux de geler. Ils avaient encore une fois passé leur soirée à discuter tandis que leur chien dormait paisiblement en face des flammes. Alors qu'il allait bientôt être minuit, Watson s'excusa auprès de son ami pour partir quelques minutes de la pièce avant d'y revenir pour se rasseoir aux côtés de Holmes en lui tendant une boite noire.

« Joyeux Noël Holmes. »

Watson sourit à son ami qui le regardait vraisemblablement amusé. Holmes prit d'une main la boite que le médecin lui tendait pour ensuite l'ouvrir. Il ne put s'empêcher de rire en voyant le cadeau de son ami. Il s'agissait d'une pipe des plus élégantes, son foyer et son tuyau ébonite étaient en ébène alors que sa tige et son talon étaient en argent gravé. Holmes vit qu'elle était accompagnée d'une assez petite boite à tabac d'argent gravée à ses initiales.

« Je pense que vous devriez arrêter de fumer mais si vous tenez à continuer, faites-le au moins avec classe. »

Holmes ne put s'empêcher de sourire puis de rire à cette remarque ainsi qu'au cadeau qu'il avait reçu de la part de fidèle compagnon. Il sortit ensuite la pipe pour l'admirer plus en détail.

« C'est un si bel objet qu'il serait dommage de l'abîmer, c'est presque une œuvre d'art. »

Le détective dériva son regard de l'objet qu'il avait dans ses mains pour le poser sur son ami. Il tendit ensuite la main vers Watson pour attraper la sienne et la serrer doucement quelques secondes.

« Merci. »

Les deux amis échangèrent un regard et un sourire. Holmes lâcha la main du médecin pour ranger l'objet dans sa boite. Soudainement, son visage changea d'expression, il semblait contrarié, soucieux. Il se passa une main dans les cheveux en grimaçant, pinçant les lèvres en plissant des yeux quelques secondes, il semblait gêné. Il tourna de nouveau la tête vers Watson, ouvrant la bouche pour lui parler, mais avant qu'un seul son ne traverse ses lèvres, plusieurs coups se firent entendre, résonnant depuis la porte d'entrée. Le médecin allait se lever pour voir qui pouvait bien venir leur rendre visite à une telle heure mais à peine eut-il commencé à se lever qu'il sursauta violemment en voyant Holmes littéralement bondir devant la porte de leur salle de vie.

« Non! »

Watson ouvrit la bouche pour commencer à demander une explication à cette réaction si soudaine qui l'avait autant surpris qu'effrayé mais Holmes tendit un bras devant lui pour lui interdire toute action.

« On se fixe! »

Watson ne fit plus un geste, osant à peine respirer. Il trouvait les actions et l'expression sur le visage de son ami réellement étranges.

« Asseyez-vous. »

Encore une fois le médecin s'exécuta sans réfléchir, il était dans un état de totale incompréhension. Il vit Holmes sortir de la pièce alors que les coups sur la porte d'entrée se répétaient. Watson resta assis près d'une minute avant de se lever pour aller voir ce qu'il se passait, sa curiosité commençant à réellement le malmener. Il ouvrit aussi silencieusement qu'il put la porte, sortant à moitié de la pièce pour entendre ce qu'il se passait.

« Magenta... vous m'affirmez que cette chose est... magenta...

- Oui c'est bien magenta.

- Ah... alors, c'est quoi rose? Je suis curieux, si cette chose est magenta alors j'aimerais savoir ce que c'est rose.

- À vrai dire... je crois que peut-être... il y a aussi quelques reflets roses, c'est juste... »

Alors qu'un silence aussi pesant que comique s'installait, Watson commençait à manquer d'air tant il devait user de forces pour se retenir d'éclater de rire, ce qui aurait eu pour cause de trahir immédiatement sa présence.

« Bien... j'avais pourtant certifié que je désirais une boite bleue roi.

- Comme vous venez de le dire, ce n'est que la boite donc, ce n'est pas si important que cela.

- Si, ça l'est! Après la fortune que cette chose m'a coûtée, vous osez venir me l'apporter dans une boite rose! Avez-vous conscience que c'est pour un homme?! Je ne vais pas tendre une boite rose à un homme! De plus, j'ai cru que vous ne viendriez jamais!

- Excusez-moi, je n'avais plus que cette couleur en velours rigide, j'ai énormément de commandes durant les périodes de Noël, d'autant plus que cette pièce m'a pris presque deux mois de travail, vous pourriez être indulgent! J'ai suivi toute vos instructions à la lettre! Tout a été fait de mes propre mains, cela a pris des semaines entières de travail! J'ai dû refuser bon nombre de commandes pour satisfaire pleinement vos critères! D'autant plus que je risque ma carrière avec ce que vous m'avez fait faire, je ne pense pas que notre Prince apprécierait que je m'inspire d'un dessin de sa garde de robe privée!

- Ça, je n'en ai rien à faire! »

Watson entendit la porte d'entrée claquer violemment alors que Holmes maugréait en marchant d'un pas lourd. Il se dépêcha de fermer la porte le plus discrètement possible et de retourner s'asseoir à sa place, osant à peine croire ce qu'il venait d'entendre. Le porte s'ouvrit ensuite sur Holmes qui portait sur le visage une expression profondément mécontente. Il s'approcha de Watson, passant une main dans ses cheveux en se raclant la gorge pour ensuite tendre une grande boite "magenta" à son ami, osant à peine le regarder. Il tenta de garder l'air le plus digne possible dans une situation qu'il trouvait tout bonnement ridicule. Watson, lui, hésitait s'il devait fixer son ami ou la boite qu'il lui tendait. Il finit par prendre l'objet dans ses mains pour l'ouvrir sous le regard de Holmes. Il écarquilla les yeux, entrouvrant les lèvres en voyant ce qu'il s'y cachait. Il sortit avec précaution une tunique à col mao en velours très ras, d'un bleu-gris très pâle aux reflets argent, dont le col, la ligne de boutons et les manches à poignets mousquetaires étaient brodées d'arabesques baroques en fils d'or blanc. Chaque bouton, dans la même matière, était minutieusement sculpté pour se marier parfaitement au reste. Dans la boite, il y avait aussi un pantalon, simple dans le même velours. Watson était si émerveillé par la beauté, l'élégance et le raffinement du costume qu'il en oublia presque de respirer. Il laissa ses yeux se balader sur l'habit, époustouflé par tous les minuscules détails qui le parsemaient. Il fut réveillé de son admiration par le bruit de Holmes qui se raclait de nouveau la gorge.

« La doublure est en soie. Comme ça, le frottement du tissus ne rendra pas votre cicatrice douloureuse. »

Watson releva les yeux vers le logicien quelques secondes. Il ne savait réellement pas quoi dire, chaque syllabe qu'il tenta resta bloquée dans sa gorge. Il posa avec précaution les vêtements dans leur boite pour se lever et s'approcher de Holmes puis il noua ses bras autour de son cou en le serrant plus fort que jamais alors que celui-ci lui tapotait le dos d'une main, faisant signe qu'il commençait à agoniser sous l'emprise qui le faisait sérieusement manquer d'air. Watson desserra légèrement sa prise pour instinctivement poser un baiser sur la tempe de son ami qui se mit à rire doucement.

« Je pense que cela me consolera pour la couleur de la boite. »

Les deux hommes partagèrent un léger rire alors que Watson desserra un peu plus son emprise pour pouvoir voir son visage.

« C'est un beau "magenta".

- Je savais que vous ne pourriez pas vous empêcher de venir écouter.

- Vous avez tout fait pour. La réaction que vous avez eue était des plus comique.

- Je devine.

- Vous êtes fou de m'offrir une pareille merveille.

- Vous savez voir et apprécier la beauté des choses ainsi que leur valeur. J'ai pensé que vous apprécieriez celle-ci.

- C'est un magnifique cadeau, sûrement le plus beau que je n'ai jamais reçu.

- Oh vous savez... il m'a suffi de voler quelques croquis parmi ceux de ce cher monsieur Hoffman et de négocier avec lui pour qu'il me refasse -moyennant quelques modifications personnelles- une tunique dont la forme du modèle m'a beaucoup plu. Hoffman m'a présenté plus d'une dizaine de velours de couleurs différentes qu'il avait composé avant de trouver celle que je voulais exactement. Pauvre homme, il a dû supporter mes caprices, en y repensant, j'ai été pire qu'un dictateur. Vous connaissez mon obsession du détail, n'est-ce pas? Nous en avons déjà parlé, il me semble. Cette fois, je ne peux chercher le défaut de l'œuvre entière vu que je l'ai composée. Elle est donc parfaite.

- Votre modestie vous étouffera.

- Je vous signale tout de même qu'il n'y a d'origine que la forme du vêtement. Les bouts de manches à poignets mousquetaires sont mon idée, ainsi que les boutons et les arabesques que j'ai dû imaginer. »

Watson lui sourit encore une fois. Il sentait une boule de chaleur grossir dans son ventre, ainsi qu'un pincement au cœur et d'un nœud dans sa gorge tant il se sentait touché de ce que son ami avait fait pour lui.

« Tout cela évidemment à l'abri de votre regard... sauf cette fois où vous m'avez vu dans le magasin de ce pauvre monsieur Hoffman. Oui, je vous ai vu passer et j'avoue avoir été très embêté à l'idée que cette surprise puisse être gâchée.

- Vous êtes vraiment fou d'avoir fait tout ça.

- Oh, depuis quelques mois, je n'ai plus grand chose à faire de mes journées, il faut bien que je me tienne occupé sinon l'ennui aurait eu raison de moi, surtout qu'aucune enquête de valeur ne se présente à moi. »

Durant quelques secondes, les deux compères partagèrent un regard et un sourire avant que Watson ne resserre ses bras autour du cou de Holmes encore une fois. Cette fois-ci, il lui répondit en serrant doucement ses bras autour du corps du médecin. Watson colla un peu plus son corps à celui de son ami. Il était heureux de voir que Holmes ne cherchait plus à fuir les contacts comme celui-ci, il lui arrivait même parfois de les provoquer. Un air gauche et attendrissant persistait dans ses gestes. Après des années, il était enfin décidé à s'ouvrir et se laisser aller à quelques subtilités superflues qui n'avaient rien d'utiles, si ce n'était pour ressentir un moment de bien-être, de douceur et d'une tendresse qui lui avaient certainement manqués toute sa vie. Holmes desserra l'étreinte autour du corps de son ami pour que tous deux puissent retourner s'asseoir à leurs places. Une fois dans leurs fauteuils respectifs, Watson rangea soigneusement les vêtements que son ami lui avait offerts avant de repartir sur un autre sujet de conversation.

« J'ai oublié de vous en parler mais j'ai trouvé une lettre sur notre palier ce matin.

- Ah oui?

- Oui, j'ignore si cela vous plaira ou pas mais apparemment, vous avez fait un certain effet à ce cher monsieur Flynn, car il nous invite tous les deux à passer le nouvel an dans son club. »

Holmes poussa un soupir d'exaspération en fixant un point imaginaire en face de lui pour cacher l'état de mécontentement dans lequel il était.

« Je pensais que cela ne vous plairait pas. Nous ne sommes pas obligé d'y aller, vous savez.

- Nous irons, ne vous inquiétez pas. »

Watson se tut. Il se souvenait de ce qu'il s'était passé la dernière fois qu'ils s'étaient rendus dans cet endroit. Beaucoup de choses ayant changé depuis, cela se passerait sûrement différemment. La soirée reprit son court, ils commencèrent une nouvelle discussion jusqu'à une heure avancée jusqu'à ce que Watson demande à Holmes de lui jouer du violon, ce qu'il fit avec plaisir, avant qu'ils ne se retirent dans leurs chambres respectives.

Quelques jours plus tard, Ils se préparaient à la soirée qui les attendait. Watson, lui, avait décidé de mettre les vêtements que son ami lui avait offert. Lorsqu'il les eut enfilés, il constata avec surprise qu'ils étaient parfaitement cintrés. Pourtant, il n'avait jamais remarqué qu'un seul de ses habits avait disparu de son armoire et si Holmes avait pris ses mesures, il l'aurait tout de même vu. Une fois apprêté, il sortit de sa chambre pour aller toquer à la porte de celle de son ami pour ensuite y entrer. Il vit Holmes finir de se préparer, il avait remis le costume qu'il portait la fois dernière et s'était tout autant soigné. Ses cheveux étaient encore une fois peignés même s'il ne les avait pas coupés et il était rasé de près. Alors qu'il enfilait sa veste, le détective lui accorda un regard. L'air mécontent et inconfortable qu'il portait sur le visage fut vite remplacé par un large sourire et un regard aussi tendre qu'amusé. Il s'approcha pour lui parler en le détaillant.

« Cela vous va encore mieux que je ne l'espérais, vous êtes magnifique, on pourrait vous confondre avec un Prince. »

Le détective eut un léger rire amusé à l'attention de son ami alors que celui-ci répondait à sa remarque d'un sourire discret, tentant de cacher vainement aux yeux experts de l'homme en face de lui le sang qui lui montait au joues.

« Vous avez une telle manière de dire les choses qu'il est dur de savoir si vous êtes sérieux ou non et lorsqu'elles sont sérieuses, vous avez le don de les tourner en ridicule. Vous avez toujours peur de paraître risible si vous montrez vos faiblesses?

- Je pense que tout homme un peu trop fier est ainsi.

- Cela demande plus de courage de révéler ses insécurités et ses peurs plutôt que les cacher. Cela demande beaucoup de force à un homme d'accepter les choses plutôt qu'essayer de les dominer sans cesse. Il y a plus de "virilité" à trouver en apprenant à accepter que tout ne peut être sous notre contrôle constant et vivre avec, plutôt que de réagir dans un réflexe aveugle. La puissance d'un homme réside dans son âme et son esprit, pas dans ses muscles et son esprit immature. »

Holmes sourit à la remarque alors qu'il s'approchait encore d'un pas.

« C'est vrai. Beaucoup pourraient dire que ce sont des paroles sans aucun sens, ridicules et "faibles". Mais je pense que vous avez raison, le cerveau d'un homme a plus de valeur que sa force physique. »

Ils échangèrent un regard avant que celui du détective ne dérive le sien pour regarder au niveau de l'oreille gauche de son ami.

« Je crois voir quelque chose briller... »

Watson adressa un regarde empli de questions à Holmes, qui, lui, approcha sa main tendue vers le côté de son visage. De deux doigts, il donna une caresse brève derrière l'oreille puis le lobe avant de lui montrer un petit objet qu'il venait de faire apparaître dans ses doigts. Le médecin lui adressa un regard amusé et impressionné.

« Comment avez-vous fais cela?

- Un escroc ne dévoile jamais ses combines. »

De son autre main, il claqua des doigt pour faire apparaître un autre objet identique au précédent et qui n'étaient autre que des boutons de manchettes en or blanc, assortis à ceux de la tunique. Holmes attrapa ensuite l'un de ses poignets pour attacher un des boutons, faisant ensuite de même avec l'autre.

« J'avais oublié de glisser ceux-ci dans la boite ou plutôt, je n'en ai pas eu le temps. Elle est arrivée si en retard, j'ai presque cru ne jamais l'avoir.

- Vous m'offrez beaucoup trop.

- Si je ne voulais pas le faire je ne le ferais pas. »

Lorsque Holmes lâcha les poignets de Watson, celui-ci effleura les boutons de manchettes que son ami lui avait mis, constatant encore une fois que la coupe du vêtement était si parfaite qu'on aurait cru lui avoir taillé sur le corps.

« Comment avez-vous fait pour avoir mes mesures?

- Oh, j'ai un mètre dans l'œil,voilà tout. »

Watson lui adressa un léger sourire avant que tous deux ne se dirigent vers la porte. Soudain, le médecin se retourna vers Holmes pour le détailler d'un air préoccupé.

« Vous avez oublié quelque chose... »

Holmes releva un sourcil, curieux de savoir de quoi il parlait. C'est avec étonnement qu'il vit Watson s'approcher de lui pour défaire sa veste et la lancer sur l'élément surélevé le plus proche, qui fut le lit. Il sentit ensuite les doigts du médecin qu'il laissa défaire les boutons de son gilet pour ensuite le lui retirer et le jeter au même endroit. Les mains de Watson attrapèrent la cravate pour la dénouer et la retirer en tirant dessus, après quoi elle rejoignit les autres vêtements, puis il s'affaira à défaire le bouton du col et le premier de la chemise pour laisser voir sa clavicule. Holmes se laissait faire, observant, amusé, les actions de son ami dont il avait hâte de connaître la conclusion. Le médecin défit ensuite les manches pour les rouler jusqu'à ses coudes. Il releva ensuite le visage vers celui de son ami pour le regarder dans les yeux et lui sourire en coin. Watson glissa ses main dans le cou de Holmes, remontant vers sa nuque pour se perdre dans ses cheveux et les ébouriffer en les frictionnant avec vigueur.

Watson retira ses mains des cheveux pour en glisser une dans la poche du pantalon de l'homme en face de lui. Il en sortit la pipe d'argent et d'ébène ainsi que la boite à tabac et des allumettes. Le regard de Holmes se fit d'autant plus surpris, son sourire s'élargit en voyant son ami bourrer sa pipe de tabac pour ensuite la prendre entre ses lèvres après quoi, il craqua une allumette pour allumer le tabac. À peine eut-il commencé à aspirer la fumée que celle-ci arriva dans une vague épaisse qui lui brûla littéralement l'intérieur des joues, la gorge et le nez. Il se mit à tousser comme un damné sous les yeux de Holmes qui lui, ricanait en le voyant tenter de respirer. Watson retira la pipe de sa bouche, toussant toujours quelques quintes.

« Petite nature.

- Seign...eur... cette chose est... infecte! »

Watson se racla la gorge, tentant de la dégager, l'odeur atroce du tabac brun au goût fort coincée dans le nez. Il finit par se ressaisir, tendant ensuite la pipe vers le visage de Holmes qui entrouvrit les lèvres et les dents pour qu'il puisse lui glisser le bout entre. Holmes referma ses lèvres là où celles de son ami s'étaient posées quelques secondes plus tôt, inhalant la fumée avec plaisir.

« Et qu'est-ce que tout cela veut dire?

- Vous vous étiez presque oublié. »

Watson adressa un sourire fier à son ami qui lui répondit d'un léger rire. Holmes caressa brièvement sa joue, y déposant une très légère tape, au moins aussi douloureuse qu'une autre caresse. Alors que Watson se retournait vers la porte pour l'ouvrir, il vit Holmes retirer sa montre de sa poche pour la poser sur son bureau recouvert de paperasses en tous genres avant de venir le rejoindre et passer la porte à sa suite. Ils prirent donc un fiacre pour se rendre ensemble à l'endroit où la soirée devait avoir lieu. Alors qu'ils en descendaient, Watson ne put s'empêcher de s'inquiéter pour Holmes en repensant à l'incident de la dernière fois qu'ils avaient mis les pieds dans cet endroit.

« Comment vous sentez-vous?

- Comme un Oscar Wilde aux côtés de son Bosie. »

Holmes adressa un sourire à son ami qui le lui rendit en le traitant d'imbécile. La porte s'ouvrit sur le propriétaire du Club qui sembla troublé par la tenue de "Stevenson". Néanmoins, il les laissa entrer mais Holmes cette fois-ci resta aux côtés du médecin. Tout homme qui croisa Watson ne tarit pas d'éloge sur l'élégance et la beauté de sa tenue alors que le détective prenait un malin plaisir à faire ressortir le pire de ses côtés. Désagréable, narcissique, narquois, moqueur, il ne pouvait commencer une conversation sans faire fuir la personne qui lui faisait face, à l'exception du médecin qu'il accompagnait.

« Holmes, puis-je savoir ce qui vous prend cette fois?

- Absolument rien.

- Vous vous comportez comme le dernier des imbéciles.

- Je ne tiens pas à m'attarder, qu'on nous retienne ou que l'on nous approche, j'agis donc en conséquences. »

Watson poussa un soupir d'exaspération. Alors qu'il commençait à se déplacer pour tenter une conversation normale, il sentit Holmes lui saisir le bras.

« Watson... »

L'interpellé se tourna vers lui, voyant qu'il blêmissait de secondes en secondes.

« Retenez ma tête, je vous prie. »

Au moment même où il finit de prononcer ces mots, Holmes s'effondra. Watson, comme à sa demande, empêcha sa tête de heurter en parvenant à lui attraper la nuque et les épaules avant qu'il ne touche le sol.

« Holmes! Holmes, réveillez-vous! »

Le médecin claqua des doigts près du visage de son ami en lui tapotant la joue pour qu'il ouvre les yeux, ce qu'il fit avec difficultés dans les secondes qui suivirent.

« Cet endroit me porte malheur. »

Watson poussa un soupir de soulagement en l'aidant à se relever, alors qu'il remarquait qu'un silence avait pris place dans la pièce. Il sentait des dizaines de paires d'yeux les fixer, ce n'est qu'à ce moment là qu'il se rappela qu'il avait appelé le nom de Holmes en face de ceux qui le prenaient pour un autre. Sans dire un mot, Watson aida son ami à marcher vers la sortie. Le propriétaire du Club leur ouvrit la porte en les fixant l'un après l'autre.

« Monsieur "Stevenson", c'est cela? »

Holmes ne répondit pas, se contentant de lancer un regard méprisable et hautain à Flynn qui, lui, l'observait d'un air calme.

« Vous auriez pu nous dire qui vous étiez, nous aurions été ravis de vous rencontrer réellement.

- Je méprise profondément les gens dans votre genre... je hais les hypocrites, c'est pour cela que je reste chez moi et cache mon identité à des gens comme vous, qui sont tellement superficiels qu'ils se pensent importants lorsqu'ils sont en présence d'un être reconnu. De plus, croyez bien que je n'ai pas besoin d'amis, j'ai ce qu'il me faut. »

Holmes fit signe à Watson de le suivre pour qu'ils puissent tous deux rentrer. Une fois dans le fiacre et celui-ci en mouvement, le médecin lui adressa la parole.

« Comment vous sentez-vous?

- Parfaitement bien. »

Voyant le visage souriant fier et amusé de son ami, Watson ferma les yeux une seconde pour se reprendre en poussant un long soupir de profonde exaspération.

« Vous faisiez semblant.

- Je n'avais plus envie de rester.

- Alors vous auriez pu le dire au lieu d'agir ainsi ! J'ai cru que vous alliez réellement mal, je m'inquiétais!

- Voyons Watson, vous êtes médecin! Vous auriez dû le voir!

- Vous jouez bien la comédie... pourquoi vouliez-vous à ce point partir? »

Holmes garda le silence quelques secondes. Il s'approcha légèrement de son ami pour lui prendre une main en le regardant dans les yeux. Watson sentit son cœur se pincer douloureusement à ce contact avant que son battement n'accélère. Il était troublé par ce geste et ce qu'il pouvait insinuer. Soudain, la pression baissa d'un cran lorsqu'il sentit l'autre main de Holmes relever légèrement sa manche, posant ses doigts sur son poignet pour trouver sa pulsation cardiaque, fermant ensuite les yeux. Watson se sentit idiot d'avoir pensé que ce geste voulait dire une tout autre chose. Il se gifla mentalement d'avoir imaginé des choses aussi folles.

Une fois le fiacre arrêté, Holmes rouvrit les yeux, sortant en premier, suivi rapidement de Watson. Tous deux montèrent dans leur salle de vie, la soirée étant loin d'être terminée, il restait près de deux heures avant la nouvelle année. Alors que Watson restait dans son fauteuil, perdu dans ses pensées, il entendit quelques bruits venant du côté de son ami. En tournant la tête vers lui, il vit Holmes poser deux verres à dose sur la table basse qui les séparait, sur laquelle il y avait déjà un autre verre plus petit, une bouteille, un sucrier rempli de sucre en morceau, un pichet d'eau et une soucoupe dans laquelle était déposée une pipette de verre.

« Qu'est-ce que cela?

- De l'absinthe, une des meilleures. Une absinthe suisse à soixante-douze pour cent. »

Holmes posa sur chaque verre une cuillère à absinthe, débouchant ensuite la bouteille.

« Cette boisson rend fou, Holmes.

- Mais je le suis déjà. Et je pense sincèrement que vous aussi, ou que vous n'en êtes pas loin pour rester à mes côtés après tout ce que je vous ai fait et vous fais subir. »

Le détective remplit les doses des verres du liquide translucide vert aux délicats reflets jaunes. Il plaça ensuite un sucre sur chaque cuillère avant de prendre le pichet d'eau pour en verser dans le plus petit verre. Il prit ensuite la pipette pour la remplir d'eau et faire tomber le liquide goutte à goutte sur chaque sucre, commençant par celui du verre de son ami. Lorsqu'ils furent ramollis par l'eau froide, Holmes prit le pichet pour remplir chaque verre dont le liquide se troubla pour prendre une couleur blanche opaque ainsi qu'un aspect laiteux. Watson restait silencieux, regardant attentivement effectuer le rituel avec attention, presque gracieusement. Holmes retira de chaque dessus de verre la cuillère à absinthe qui y était posée puis prit en main celui de son ami pour le lui tendre. Le médecin le prit, touchant ses doigts au passage, le temps que le logicien lâche l'objet pour prendre le sien qu'il entrechoqua doucement avec celui de son ami avant de le boire, vite suivi de Watson, tout d'abord réticent. Il fut dangereusement enchanté du goût fruité, doux et sucré du breuvage dont la douceur dissimulait entièrement la plus qu'importante présence d'alcool.

Plusieurs heures passèrent, l'alcool commençait à leur monter à la tête. Watson était bien plus touché que son ami, son corps étant peu habitué à ce genre de traitement. Dans un moment de lucidité, il décida qu'il était temps qu'il aille se coucher. Il se leva en souhaitant la bonne année à son ami après quoi il se dirigea vers la porte. À peine l'eut-il entrouverte qu'il sentit une main se poser sur celle qu'il avait sur la poignée pour la refermer. Il vit ensuite la main de Holmes glisser vers le verrou pour le bloquer. Watson se retourna vers lui. Il était oppressé par sa proximité, il le fut d'autant plus lorsqu'il sentit sa main libre se plaquer sur la porte à côté de son visage, lui empêchant toute fuite. Le regard assombri de Holmes de planta dans le sien. Watson sentait son cœur battre dans sa poitrine, si fort qu'il aurait cru qu'il voulait s'en arracher.

Il sentit son cœur palpiter de plus en plus vite alors qu'il voyait le visage de Holmes se pencher dangereusement vers le sien. Lorsque le logicien se stoppa, leur lèvres n'étaient qu'à quelques millimètres de se toucher. Watson était plus troublé et sous le choc que jamais. Il avait du mal à penser correctement de par la multitude de choses qui lui venaient en tête, mélangées aux brumes de l'alcool.

Il savait que cette distance infime était un choix qu'il devait faire. S'il s'éloignait et partait, leur relation resterait amicale, bien qu'il sache qu'il y aurait quelque chose de profondément changé, même s'ils faisaient de cette nuit un sujet tabou. S'il supprimait cette distance, leur relation en serait changée du tout au tout. Ils ne pourraient compter que l'un sur l'autre face aux regards de ceux qui pourraient savoir. En y repensant, Watson se rendit compte qu'il n'avait jamais pu compter sur quelqu'un d'autre que Holmes. Maladroit ou pas, il avait toujours été là pour le soutenir depuis le premier jour où ils s'étaient rencontrés. Jamais il n'avait rien demandé en retour car ce qu'il faisait, il le faisait par envie de l'aider, de le soutenir. Tout simplement par amour.

Watson sentit son cœur s'emplir d'une douce sensation de chaleur à ces pensées. Il lui fallut plusieurs seconde pour être capable de se souvenir qu'il savait parler et bouger. Dans un geste doux, il captura les lèvres de Holmes pour un baiser chaste et doux après lequel ils se séparèrent pour se regarder dans les yeux. Watson sentit les mains de son ami se poser à la base de son cou pour monter dans sa nuque. Cette fois, ce fut Holmes qui offrit un baiser auquel le médecin répondit. Chaque baiser qu'ils partageaient se faisait de plus en plus long, doux et fougueux. Watson ignorait pourquoi mais il sentait un fort sentiment de soulagement, comme si inconsciemment, il attendait cela depuis toujours. Il frissonnait à chaque contact des lèvres de Holmes contre les siennes.

Le goût du tabac et de l'absinthe mélangé à la chaleur douce et humide de la langue du logicien lui faisait perdre pied, chaque baiser en réclamait un autre plus fort encore que le précédent. Comme quelqu'un qui prend goût à la drogue en sachant que c'est dangereux de s'y abandonner complètement, mais sans pouvoir s'en empêcher. C'était ainsi pour lui, sauf que sa drogue était une sensation en elle-même, pas une substance capable d'en donner. C'était imparable, cette façon de se laisser envoûter par la transgression d'un tabou, cette faiblesse de l'homme, qui nous rend malléables au point de vouloir outrepasser les conventions qui nous brident délibérément, tout ça pour un simple sourire. C'est dans cette faiblesse-là qu'il s'était enlisé pour mieux se perdre. Se perdre dans ce regard brun pétillant de malice et de vie, dans les modulations subtiles de sa voix et de son image lorsqu'il jouait un rôle, dans ses beaux cheveux d'ébène qui le rendaient fou autant de par leur douceur que leur coiffure constamment en bataille, dans son jugement dur et implacable envers les coupables. Se perdre dans son être, autrefois si froid et complexe qui aujourd'hui se dévoilait si invitant et captivant.

Watson tira plusieurs fois en vain sur la chemise de Holmes qui lui offrait de nouveaux baisers en caressant sa nuque. Le médecin descendit ses mains sur le corps de son ami jusqu'à heurter la boucle de sa ceinture qu'il empoigna, tentant de tirer dessus. À peine eut-il fait ce geste qu'il sentit un grognement de la part de Holmes mourir dans sa bouche alors qu'il attrapait fermement ses mains dans les siennes pour les stopper en secouant la tête. Holmes se racla la gorge en reprenant une voix et une expression qu'il voulait normales en lâchant ses mains pour ouvrir le verrou de la porte.

« Il est temps d'aller vous coucher. »

Déboussolé, croyant à peine ce qui venait de se passer et toujours sous l'emprise de l'alcool, Watson tenta un baiser mais Holmes l'esquiva. Il ouvrit la porte pour qu'ils puissent sortir, après quoi il se retira dans sa chambre alors que Watson, lui, resta un long moment en face de la porte de la sienne sans y entrer. Il tenta de rassembler ses esprits un instant, après quoi il se dirigea vers la porte de la chambre de son ami pour l'ouvrir sans frapper. Il vit Holmes, allongé sur son lit, toujours habillé, qui le regardait d'un air surpris.

« Vous ne pouvez pas agir comme si rien ne s'était passé!

- Cela n'a jamais été mon intention. »

Watson le regarda, confus, il avait agit d'instinct en ouvrant la porte, il ignorait à présent ce qu'il devait faire. Il entendit Holmes pousser un soupir, puis il le vit s'asseoir sur le rebord de son lit en lui faisant signe d'approcher. Le médecin s'approcha de son ami qui, dès qu'il fut assez près, lui attrapa un bras pour l'attirer à lui avant de se laisser tomber en arrière pour qu'il puisse s'allonger sur lui. Rapidement, il bascula Watson sous lui pour poser sa tête contre l'épaule du médecin, semblant vouloir s'endormir ainsi. Celui-ci ne le vit pas du même œil, il releva le menton de son aîné pour quémander un baiser qu'il lui accorda en se redressant.

Plusieurs fois, Watson tenta de toucher le corps de Holmes, mais dès qu'il descendait plus bas que son torse, celui-ci lui giflait ses mains en poussant un grognement de plus en plus mécontent contre ses lèvres. Le détective finit par les attraper en poussant un long soupir exaspéré.

« Pourriez-vous arrêtez cela? Vous avez peut-être du mal à comprendre car vous êtes au moins aussi têtu que je peux l'être mais que cela soit clair : je ne veux pas.

- Pourquoi?

- Pourquoi, voyons voir... parce que cela ne fait que quelques minutes que nous avons échangé notre premier baiser, ensuite, vous êtes saoul donc si je vous laissais faire, demain vous me tueriez, puis je n'en ai absolument pas envie donc cela est inutile d'insister et pour finir, avez vous la moindre idée de quoi faire? »

Holmes le regardait, relevant les sourcils à son attention, attendant une réponse qui ne vint pas. Watson secoua la tête pour former une réponse négative à l'homme au-dessus de lui qui laissa ses mains partir. L'expression et le sourire moqueur de Holmes ne l'aidaient pas à le mettre plus à l'aise. Soudain, il se sentit incroyablement stupide de ce qu'il venait de faire, prenant conscience des conséquences que ses actes pourraient avoir. Un autre que Holmes aurait pu profiter de sa faiblesse et lui faire regretter ce petit moment d'égarement.

Voyant son air gêné, Holmes lui caressa la joue du revers des doigts pour lui faire signe que c'était oublié en posant un nouveau baiser sur ses lèvres alors que Watson laissait une de ses mains caresser la nuque de son aîné, se perdant ensuite dans ses cheveux. Soudain, il entendit Holmes pousser sans raison apparente un grognement plus mécontent encore que les autres, lâchant ses lèvres pour pousser un profond soupir d'exaspération.

« Que se passe-t-il? »

Watson vit le visage mécontent de Holmes qui regardait par-dessus sa tête. Il donna un coup de menton pour désigner ce qui le contrariait. Le médecin rejeta la tête en arrière pour voir l'origine des soucis de son ami, à peine eut-il enclenché le geste qu'il sentit une langue épaisse et baveuse lui lécher copieusement le visage sous le rire indélicat de Holmes.

« Holmes! Je suis attaqué par une bête féroce! »

Le détective s'assit aux côté de son ami, une main posée sur son visage pour tenter de se ressaisir tandis que Watson, lui, essuyait comme il le pouvait la bave de leur chien qui était discrètement monté sur le lit, semblant penser que ses deux maîtres s'amusaient ensemble, il voulait se joindre à eux.

« Cela n'a rien de drôle Holmes!

- Oui, oui... »

Watson se vexa en entendant de nouveau le rire que Holmes ne put retenir. Il sentit une grande fatigue l'assaillir alors qu'il tentait d'ignorer son ami, celui-ci le vit et l'invita à s'allonger de nouveau sur le lit. Tous deux sur le flanc, Holmes passa un bras autour de lui, l'attirant à lui pour s'endormir rapidement ainsi. Watson le suivit rapidement dans les bras de Morphée tandis que Gladstone, lui, se roulait en boule à leur pieds sur le matelas.


Voilà pour le chapitre neuf.

J'avoue que je ne sais vraiment pas ce que vous allez en penser, il est très différent des derniers... j'espère que vous l'avez tout de même aimer parce que j'avoue que je ne sais pas quoi en penser et qu'il commence à me faire un peu complexer et douter X(.

Réponses aux Reviewers sans compte:

Mahare : Aaaah tiens, ça faisais longtemps, je croyais que tu avais arrêté de me suivre. Je suis content d'avoir de nouveau ton avis. C'est vrai que j'aime beaucoup jouer avec le moment où l'amitié et l'amour s'emmêlent, on voudrait plus mais on ose pas se l'avouer et on le nierait bien. j'espère que mon histoire te plait toujours après son nouveau tournant.

Mimi111 : Merci de ta critique sur ma fiction. Justement j'essaye de respecter au mieux les caractères, surtout la manière dont ils sont présentés dans le film parce que c'est vraiment ainsi que je vois Holmes et Watson et pas autrement. je suis très content que mon histoire te plaise, n'hésite pas à me laisser de nouveau ton avis :).

Sylae : Ah, j'ai cru que tu avais toi aussi cessé de suivre ma fic, content qu'elle te plaise toujours, vraiment, j'espère que toi aussi tu n'es pas déçue du tournant qu'elle prend.