Bonsoir ! Alors, il faut savoir que j'ai fini ce chapitre comme ça, parce que ça faisait un tout intéressant. Seulement dans le prochain chapitre, je reviendrai à un entre-deux. On pourra dire que c'est un flash-back.

Antonio craignait de revenir en Espagne. Seulement, il ne pouvait fuir plus longtemps son pays et surtout son domicile.

Il avait appris de Francis que Lovino et Felicia avaient fait une tentative d'indépendance avec son aval. Francis devrait se mêler de ce qui le regarde, c'était forcément une manœuvre retorse pour le fragiliser alors qu'il était au loin.

Il traîna sur le chemin du retour.

Il n'avait pas envie de revoir Lovino. D'après ses amis, l'Italien avait grandi en son absence et il avait toujours aussi mauvais caractère, sauf quand il s'adressait à sa jumelle.

Antonio fut grandement étonné des changements dans son domaine. Il était certes évident qu'après deux siècles d'absence sa maison ne soit plus la même. Il y avait beaucoup d'activités dans les jardins qui avaient été transformés en terrains agricoles. Une piste d'écurie avait été mise en place et un jeune homme montait un cheval noir dans celle-ci et franchissait des obstacles.

Il n'aimait pas vraiment autant d'activités dans son lieu de refuge, mais il n'avait pas vraiment son mot à dire après l'avoir abandonné aux mauvais soins de Lovino.

Curieux, Antonio s'approcha de la piste équestre.

Le jeune homme devait avoir seize ans tout au plus. Il avait un corps mince, mais athlétique. Plutôt bien foutu de son avis, mais trop jeune pour l'intéresser. Dommage, les cavaliere étaient plutôt tactiles. Antonio profita du spectacle. Il était rare de voir un cavalier assez doué pour faire autant de choses à un cheval sans qu'il rechigne.

Quand Antonio eut l'impression qu'il eut fini de s'entraîner, il le héla.

Le cavalier s'approcha de lui. Il avait de très beaux yeux qui lui rappelaient vaguement quelqu'un.

« Bonjour. Qui êtes-vous ? Le domaine n'est pas ouvert au public aujourd'hui, nous attendons quelqu'un d'important. J'espère qu'on ne vous a pas mal renseigné.

- Ah, bonjour ! Je cherche Lovino Vargas. Sûrement votre maître…

- Je vous ai demandé qui vous étiez, pas qui vous cherchiez à rencontrer. Êtes-vous envoyé par le gouvernement espagnol ?

- Ah, en quelque sorte… Je suis Antonio Fernandez Carriedo.

- Je ne t'avais pas reconnu, bastardo », soupira le cavalier.

Il enleva son casque et Antonio put reconnaître à son boucle de cheveux si caractéristique Lovino. Qu'est-ce qu'il avait grandi et changé !

« Le salon est toujours à la même place. Attends-moi là-bas. Je ramène Esperanza à son boxe et je me change. »

Déboussolé d'avoir échangé des mots en espagnol avec Lovino, Antonio se dirigea vers l'entrée de sa maison. Il avait l'impression de redécouvrir son chez soi. Il était surpris, avait perdu ses repères, mais ne pouvait nier que l'endroit était bien entretenu, vivant et dégageait une bonne ambiance.

Lovino ne fut pas très accueillant. Il fit le strict minimum pour le mettre à l'aise, échangea quelques mots avec lui, mais il était clair et net qu'il faisait tout son possible pour ne pas s'énerver contre lui. Antonio lui avait apporté un cadeau pour se faire pardonner et pour le remercier de s'être occupé de sa maison. Lovino ne jeta qu'un bref coup d'œil au collier en or avec ses initiales dessus.

Antonio comprit ensuite en discutant avec le jeune homme que le jardinage l'intéressait autant que l'équitation.

« J'ai des plants de plantes extraordinaires ! On pourrait les planter. Tu verras, tu n'auras jamais goûté de telles choses ! »

Lovino sembla alors beaucoup plus intéressé par ses expéditions et la conversation fut plus aisée.

Antonio, qui avait fui sa maison parce qu'il ne la reconnaissait plus, avait l'impression de la retrouver, peut-être différente de ses souvenirs, mais de nouveau comme son point de chute.

En côtoyant Lovino, il put plus facilement s'entendre avec lui que lorsqu'il était enfant. Il était moins buté, il lui en voulait toujours, mais mettait de l'eau dans son vin. Antonio savait que c'était une entente factice, Lovino était toujours en colère contre lui pour l'avoir abandonné et recherchait à lui soutirer des informations. Lovino était enfin une nation digne de ce nom et Antonio n'avait aucun remords à enclencher des manœuvres courtoises avec l'Italien en vue d'échanges diplomatiques dans le futur, malgré les rancunes qui les liaient.

Antonio comprit très vite que Lovino ne pensait pas s'attarder en Espagne, avait en tête de rejoindre son royaume et de tenter une nouvelle réunification avec Felicia.

D'habitude, une nation voulait son indépendance pour elle-même dans un sursaut égoïste, mais ce n'était pas du tout le cas des deux Italies. Les jumeaux voulaient représenter le même pays, ensembles. Etrange bête que les deux Italiens.

Antonio profita qu'ils avaient passés une bonne journée bien fatigante aux champs pour aborder le sujet difficile. Ils venaient de manger, Lovino était repus et légèrement endormi :

« Es-tu sûr que représenter le même pays que Feli soit une bonne idée ?

- Moui… Je m'entends très bien avec Feli.

- Il se pourrait que l'un de vous prenne le dessus sur l'autre », dit Antonio avec prudence.

Lovino le regarda avec de la colère qui démarrait au quart de tour.

« Qu'est-ce que ça peut te foutre ? Et merde ! C'est ma décision et celle de Feli ! Tu dis ça parce que tu aimerais me garder pour toi, prisonnier en Espagne, bastardo !

- Tu n'es pas prisonnier Lovi ! Tu peux faire ce que tu veux ! Tu es libre, maintenant ! Je préfère t'avertir du danger que votre association représente !

- Ne t'inquiètes pas pour ça ! Rome nous a mis en garde, très jeunes ! Lui au moins était concerné par notre avenir ! T'es pas mon frère, t'es pas mon tuteur, t'es rien pour moi, connard !

- Je t'ai hébergé, j'ai payé tes frais d'étude, j'ai dû engager du personnel pour s'occuper de toi parce que tu étais infernal, c'est mon argent que tu as dépensé pour le domaine ! Je me suis occupé comme j'ai pu de toi !

- Je me suis occupé de ton pays à même pas dix ans, j'ai rénové ta maison et j'ai renfloué tes caisses personnelles, idiota ! C'était bien, voyage –voyage à l'autre bout de la planète ?

- Je faisais mon travail ! Et l'or que j'ai récolté a surtout servi à entretenir tes terres Italiennes et a finalement été utile pour ton indépendance !

- Parce que j'ai demandé à tes dirigeants de faire un geste pour les miens, pendant que t'étais pas là pour voir mes manœuvres contre toi !

- Très bien, on est quittes maintenant, sale petit vicieux !

- Dans tes rêves, connard ! »

Lovino se leva et brisa la table du salon. Antonio fut étonné de sa force, mais surtout en colère de constater que Lovino pouvait provoquer facilement et volontairement des catastrophes chez lui. Lovino semblait gêné et au bord des larmes.

Antonio se leva, dépité, se demandant si un jour il pourrait retrouver sa maison, son refuge de nation. Il avait hâte que Lovino s'en aille reconquérir l'Italie avec Felicia. Il allait partir dans sa résidence à Madrid quand Lovino le retint par le bras.

« Je suis désolé, dit Lovino. Je ne peux m'en empêcher quand je suis très en colère. Je perds mes moyens, je fais tout pour me contrôler, je n'y arrive pas toujours. Je suis désolé. Je la ferai remplacer dès demain. Ne pars pas. »

Antonio pouvait entendre que la voix de Lovino tremblait tout comme sa main qui le retenait.

« Je ne partirai pas, dit-il finalement en soupirant et en comprenant que Lovino était encore jeune et inexpérimenté pour une telle force. Je suis désolé d'avoir pris peur et d'avoir fui quand tu étais enfant. Bonne nuit ! Réfléchis à ce que je t'ai dit. »

Le lendemain, Antonio alla chercher des morceaux de bois aux aurores et il revint pour le petit déjeuner. Lovino avait l'air d'avoir pleuré toute la nuit.

« Hé, Lovi ! Regardes ! »

Lovino avait une bouille adorable le matin. Il n'était pas encore très réveillé. Antonio cassa un bâton en deux.

« Quand tu es en colère, casses-en un en deux, tu verras, ça ira mieux après et c'est moins cher en réparation. C'est magique. »

Lovino lui fit un petit sourire, avant de prendre l'une des branches fines qu'il lui tendait.

« J'essaierai la prochaine fois que tu me mets en rogne, bastardo ! Et je serai avec Feli ou rien du tout !

- D'accord.

- On fera attention ! On sait ce que l'on fait !

- Bien sûr, Lovi !

- Arrêtes d'être d'accord avec moi, idiota !

- D'accord ! »

Lovino brisa le bâton qu'il avait dans les mains, fit un regard noir à Antonio qui attendait un nouveau bris ou un verdict favorable à sa méthode. L'Italien avait l'air vraiment en colère.

« En fait, ça marche ton truc !

- Tu t'es foutu de moi !

- Casses un bâton, tu verras, c'est magique, bastardo ! »

Antonio ne put s'empêcher de rire avec Lovino. Ils prirent le repas du matin ensemble en discutant de manière plus légère que d'habitude. Puis, ils abordèrent le sujet qui tenait tant à cœur à Lovino.

« Je me casse après avoir bouffé ! Je vais gérer mon royaume et, ce soir, je vais aller t'emmerder l'autrichien avec une guitare sous ses fenêtres et je vais encore demander à Feli de s'enfuir avec moi… »

Antonio se dit alors qu'il avait de la chance que Lovino l'ait à la bonne en ce moment.

« … Je vais te faire un de ces tapages nocturnes. Il va s'en souvenir, Roderich. En plus, il a les oreilles sensibles…

- Je sais, dit Antonio. Es-tu vraiment obligé de te le mettre à dos ?

- Je l'ai déjà à dos ! Il retint prisonnier Feli et nous empêche d'être réunis sous le même drapeau !

- Prisonnière, Lovino !

- Ouais, si tu veux…

- C'est quand même bizarre… »

Antonio s'arrêta avant d'aborder le sujet étrange qu'était le sexe véritable de Felicia.

« Bon, va secourir ta princesse en détresse ! Je prends les choses en main.

- Tu me devras cette faveur au centuple !

- C'est que tu as le sens des affaires. On avait dit qu'on était quittes », sourit Antonio.

Avec ses autres interlocuteurs, son sourire permettait de faire passer n'importe quoi, mais avec Lovino, c'était une autre paire de manche.

« Qu'est-ce que tu as dit, bastardo !

- Prends un bâton, Lovi !

- Je le casse et je me casse, avant qu'on s'engueule à nouveau !

- Au revoir, Lovi chéri !

- Dans tes rêves, connard !

- Si tu veux revenir cajoler tes chevaux, il n'y a aucun souci.

- Faudrait pas te les laisser, tu serais capable de les laisser s'échapper, marmonna Lovino sur le pas de la porte. Je reviens en fin de semaine et pas pour toi !

- J'ai compris, Lovi ! »


Roderich avait su au moment même où il avait vu Lovino que ce serait l'Italien le plus terrible des deux. L'avoir collé à Espagne avait été une riche idée. Seulement, Antonio avait été laxiste au point de donner sa pleine liberté d'action à Lovino et Lovino n'avait qu'un seul grand désir dans la vie, s'unir à sa sœur pour former un pays fort et prospère, alors qu'il avait déjà tout ce qu'il fallait pour lui tout seul.

Roderich trouvait que c'était très louche de la part de deux nations de vouloir diriger le même pays. Une nation voulait sa nation, pas une moitié de nation. De son point de vue, seules deux nations très amoureuses, comme lui et Elizabeta, pourraient en arriver à cette extrémité. Il avait donc une trouille monstre de ce que cette union italienne pouvait vouloir dire aux yeux des jumeaux.

Ils étaient en pleine adolescence. Ils avaient cette envie depuis l'enfance. Il fallait à tout prix les empêcher de faire quoi que ce soit ensemble. C'était peut-être une envie innocente et bizarre de jumeaux, qu'est-ce qu'il en savait ? Seulement, il valait mieux prévenir que guérir.

Roderich avait donc barricadé Felicia dans sa chambre alors que son frère, peut-être amoureux d'elle, lui contait fleurette et indépendance sous la fenêtre.

Il n'aurait jamais cru être confronté à de l'inceste italien sous son toit.

« Feli ! Je suis là ! Sautes dans mes bras ! Et allons faire la révolution ! J'ai un cheval ! Nous galoperons dans la nuit, armes au poing, pour réveiller notre peuple et chasser les autrichiens de chez nous ! »

Roderich avait envie de lui dire de se barrer chez lui et de le laisser dormir en paix. Seulement, une fois qu'il se serait montré, Lovino l'abreuverait d'insultes sans qu'il ne puisse répliquer à sa verve.

« Je t'ai composé une chanson ! »

Oh, non, pas ça ! Lovino s'améliorait de nuit en nuit à la guitare, mais ne maîtrisait pas encore l'art délicat de la musique.

« C'est le moment, Feliciano ! »

De plus, il pensait que sa sœur était un garçon !

Roderich entendit un grand bruit provenant de chez lui ! Il alla à la fenêtre pour voir Felicia faire le mur !

« Felicia, reviens ici ! Lovino n'a pas des intentions pures en t'emmenant dans les bois !

- Je sais, dit-elle avec toute l'innocence du monde.

- Reviens, Felicia. Tu ne sais pas à quoi tu t'exposes ! »

Roderich descendit les marches en quatrième vitesse, mais ne put les rattraper. Ils étaient déjà au loin. Lui stressait, comme jamais il ne l'avait fait, à ce qu'il pourrait arriver entre eux. Ils les avaient bien vus leurs petits regards en coin. Il ne se trompait jamais sur ce genre de chose.

Il ravala sa fierté et alla voir Antonio. A sa connaissance, il était le seul à pouvoir raisonner Lovino ou à l'occuper assez longtemps pour l'aider à récupérer Felicia.

Quand Roderich expliqua la situation à Antonio avec les mots d'usage pour faire passer son inquiétude profonde, Antonio se mit à rire à gorge déployée.

« Je ne me moque pas de toi, Antonio. La situation est critique.

- Je pensais plutôt qu'ils auraient des problèmes à se partager le territoire et toi, tu dis, qu'ils veulent partager le même lit.

- Exactement, ce n'est pas convenable.

- D'où tu tiens l'info ? C'est Feli adorée qui te l'a dit !

- Tu n'as jamais entendu Lovino sous tes fenêtres. Il est en plein romantisme.

- Mais, c'est sa sœur ! Tu vois des sous-entendus là où il n'y en a pas !

- Est-ce que tu crois vraiment que l'un d'eux nous en aurait parlé ?

- Enfin, ce n'est pas comme un couple d'adolescents qui a fugué !

- Si, dit Roderich.

- Oh, ils t'ont filé sous le nez ! Trop marrant !

- Antonio, un peu de sérieux !

- J'essaie d'en avoir, mais tu ne m'aides pas depuis le début. Je parlerai à Lovino à la fin de la semaine…

- Ce sera certainement trop tard !

- Je ne peux pas m'imposer chez lui. Il n'a peut-être pas de bâton sous la main… »

Roderich lui lança un regard torve. L'Autrichien, pratiquant le sadomasochisme et connaissant le goût d'Antonio pour se faire fouetter par le passé, eut comme un doute sur la relation entre Lovino et Antonio.

« … je crois que tu n'as pas assez dormi. Tu vois le mal partout, dit Antonio en lui proposant une chambre.

- Je ne vais pas dormir. Je suis trop inquiet.

- D'accord, dit avec emphase Antonio. C'est le moment pour moi de me faire engueuler. »

Effectivement, il le fut par Lovino quand il rejoignit le campement de l'Italien et de sa sœur.

« On fait la révolution ! Ne t'en mêles pas ! Retournes dans ton lit, le vioc !

- Je suis désolé, Antonio. Lovino est sur les nerfs, dit Felicia pour les apaiser.

- Roderich se fait du souci pour vous. Pour qu'il aille me voir pour que j'intervienne, c'est qu'il se fait beaucoup de soucis.

- Tout va bien, lui dit Felicia. Je suis avec Lovi chéri. »

Et là, Feli eut un de ces regards langoureux envers Lovino. Antonio se frotta les yeux pour s'assurer qu'il n'avait pas rêvé.

« Oui, bien sûr… C'est justement le problème… Si on vous a séparé jeunes, c'étaient pour d'excellentes raisons que je ne citerai pas pour votre bien à tous les deux.

- S'il y a un foutu problème, dis-le nous en face au lieu de tourner autour du pot, sinon je vais devoir massacrer cet arbre à la hache, bastardo !

- Vous êtes très proches… trop proches ! »

Les deux Italies lui firent les yeux ronds, ne comprenant apparemment pas où il voulait en venir. Tant mieux, fausse alerte. Cet Autrichien venait de le tourner en ridicule bien comme il faut.

« Espèce de pervers !, se mit soudainement à hurler Lovino, la lumière se faisant dans son esprit.

- Ah, non !, se défendit Antonio. C'est Roderich, le pervers !

- Tu n'es pas mieux, tu l'as cru !

- Qu'a-t-il cru ?, demanda innocemment Felicia.

- Rien, Feli ! Ne l'écoutes pas ! Penses à notre indépendance ! Réfléchis à un plan pendant que je chasse cet intrus !

- Mais tu veux que je fasse quoi pour Roderich !

- Dis-lui que c'est un pervers et qu'on va lui botter le cul, bastardo !

- D'accord ! Je vous laisse faire la révolution ! Ne vous blessez pas, les enfants !

- Retournes en Espagne ! Desuite ! »

Ils ne firent la révolution que pendant un an, mais ils recommencèrent dix ans plus tard, formant le Royaume d'Italie en 1861.

La Vénétie de Feliciano n'était pourtant toujours pas libérée. En 1866, Feliciano signa un pacte avec Prusse pour annexer la Vénétie à l'Italie, ce qui lui vaut le surnom du Vénitien. Il avait fallu un intermédiaire, mais ils avaient réussis à réunir presque tous leurs territoires.

Lovino insista pour obtenir Rome et en faire leur capitale en 1870, ce qui lui vaut le surnom du Romain.