Ok, un très long chapitre ce dimanche, rempli de tout plein de choses, que vous avez tous beaucoup attendues! =D J'ai hâte que vous lisiez tout ça!

Pour que la fic soit plus claire à la lecture, j'ai signalé les bonds dans les temps et les flashbacks par des barres, vous me direz si ça va mieux. En tout cas ça fait beaucoup de barres!

Je ne sais pas encore si je reposterai un chapitre en milieu de semaine ou si j'attendrai dimanche prochain. MERCI à tous pour les reviews/alerts/favoris/menaces de mort/crises d'AIPM...

Bonne lecture et vive les reviews!


MarionNCISlove : Merci beaucoup! :) Chou05 : NON NON! Meurs pas! Littlebee : Merci! DG : Tu vas avoir le temps de découvrir les réactions de TOUT le monde :), et certaines sont... sont... Mwahahaha! Gwen : Allez, encore un peu de lecture! Alicia : La suite est là, juste là! Pas la peine de me torturer, hein, on est d'accord, hein? Sasha : Mais tu as de la chance, tu lis le jour où je poste la suite! Encore de jolies références dans ce chapitre, et Gibbs a une belle réplique qui tue concernant Tony :) Allez, arrête de courir, et retourne devant ton ordi!


Scene nine - Anthem of the angels (Hymne des anges)

Days go on forever (Les jours s'écoulent éternellement)
But I have not left your side (Mais je reste à tes côtés)
We can chase the dark together (Nous pouvons fuir l'obscurité ensemble)
If you go then so will I (Si tu pars je te suis)

There is nothing left of you (Il ne reste rien de toi)
I can see it in your eyes (Je peux le voir dans tes yeux)
Sing the anthem of the angels (Chanter l'hymne des anges)
And say the last goodbye (Et te dire au revoir une dernière fois)

I keep holding onto you (Je continue de m'accrocher à toi)
But I can't bring you back to life (Mais je ne peux pas te ramener à la vie)
Sing the anthem of the angels (Chanter l'hymne des anges)
Then say the last goodbye (Pour te dire au revoir une dernière fois)

Gibbs avala une gorgée de café, par réflexe. Peu importe s'il s'agissait du café sans goût de l'hôpital dont il avait horreur. Il remua le contenu du gobelet, écouta le liquide tournoyer dans le carton.

Tu aurais dû réagir plus rapidement. Ne pas attendre sans bouger qu'elle envoie le signal. Tu savais que ça allait finir ainsi, se répétait-il.

- Gibbs!

Il ne fut pas surpris quand la voix paniquée d'Abby résonna dans le hall, les interpellant Tim et lui. Cependant son étonnement fut grand quand il releva les yeux. Il distingua tout d'abord Abby et Ducky, puis ses yeux se posèrent sur Tony, traversant lui aussi le hall au pas de course. McGee fronça les sourcils et se leva de sa chaise, manquant de peu de renverser le café que Gibbs tenait dans sa main.

- On vous a donné des nouvelles? Demanda Ducky pendant que Abby se jetait dans les bras de McGee et le serrait fortement. McGee regarda par dessus l'épaule d'Abby et ses yeux se posèrent sur Tony. Gibbs ignora la question de Ducky, en partie car ils n'avaient eu aucune nouvelle. ça pouvait donc attendre. L'homme mort qui se tenait debout derrière Ducky attirait davantage son attention.

- Dinozzo... Tu as dix secondes pour m'expliquer pourquoi ton cadavre n'est pas en train de se décomposer là où on t'a enterré.

Tony déglutit, plus que nerveux.

- Euh... oui, Boss... Vance était censé te mettre au courant, en fait...

- Apparemment Vance n'est pas là. Mais toi oui. Neuf secondes.

S'il ne commençait pas rapidement à se justifier, Gibbs allait lui faire la peau.

- J'étais en mission sous couverture, dit Tony d'un trait. L'Agent Conrad et son équipe, ils traquaient un réseau de drogue, on s'est retrouvé mêlé à leur affaire, on m'a tiré dessus, alors ils ont décidé de me faire passer pour mort histoire d'agiter un peu la cellule pour qu'on puisse les attraper, et... ça a marché.

Gibbs écouta les explications de Tony sans broncher. Ce ne fut pas le cas de McGee. Plus Tony parlait plus l'incrédulité se lisait sur son visage. Quant Tony eut terminé, McGee repoussa doucement Abby et s'approcha de Tony jusqu'à ne plus se trouver qu'à quelques centimètres de lui.

- Le Ble...

Il n'eut pas le temps de terminer, le point de McGee heurta sa joue.

- McGee! S'écria Abby d'une voix mal assurée. Bien qu'il y a moins d'une heure elle avait elle aussi cogné Tony a plusieurs reprises. Ducky et Gibbs ne furent pas si surpris que ça.

- Pourquoi est-ce que tout le monde prend plaisir à me frapper aujourd'hui? Demanda Tony en reculant d'un pas. Il frotta sa joue qui prendrait bientôt une couleur violacée. McGee remua sa main dans le vide, déplia et replia ses doigts pour s'assurer qu'il n'en n'avait cassé aucun.

- Gibbs? Reprit Abby en se retournant vers le chef d'équipe. Et pour Ziva?

Gibbs détourna ses yeux de Tony et reporta son attention sur la jeune femme.

- On est en train de l'opérer, Abs. Elle a reçu un unique coup de couteau dans l'abdomen.

- Mais... Comment ça a pu arriver?


- Donne le signal et on arrive dans la seconde Ziva.


Gibbs serra les dents et baissa les yeux sur le gobelet de café dans sa main, avant de le jeter dans la poubelle la plus proche.

- Elle a abusé de ma confiance.


- On a perd le signal vidéo, l'informa McGee, une pointe d'inquiétude dans la voix. Il a retiré la barrette de ses cheveux. Mais on a toujours le son.

- Tu es un peu nerveuse chérie, hein? Entendirent-ils le suspect demander. Gibbs et McGee échangèrent un regard lourd de sens.

- Patron...

Gibbs s'était déjà levé de sa chaise. Il ouvrit brusquement la porte de la camionnette et bondit à l'extérieur. Il traversa rapidement la rue, son arme déjà sortie du holster. McGee le suivit de près.

- Agents fédéraux! Cria Gibbs alors qu'il se jetait dans la ruelle, l'arme pointée vers leur suspect. L'homme, qui plaquait toujours Ziva contre le mur, réagit dans la seconde. Il fit volte-face pour s'enfuir, lâchant Ziva. Elle s'écroula au sol. Gibbs réagit lui aussi au quart de tour. Il appuya sur la détente et une balle vint se loger dans une des jambes de l'homme. Il tomba dans un cri de douleur. Gibbs reporta ses yeux sur Ziva et n'aima pas ce qu'il vit. Elle ne s'était toujours pas relevée.

- McGee, occupez-vous de lui, ordonna Gibbs en replaçant son arme à sa ceinture. Il s'agenouilla aux côtés de Ziva. Elle gémit quand Gibbs la retourna. Son souffle se coupa quand il aperçut la tâche de sang qui se formait sur sa robe.

- Merde! McGee, appelez une ambulance, tout de suite!

Il plaça une main sur l'abdomen de Zia et compressa la blessure du mieux qu'il put, essayant de contenir la perte de sang. Il ignora le grognement de douleur qui traversa les lèvres de la jeune femme. De son autre main il attrapa la sienne et serra ses doigts dans le creux de sa paume.

- G...Gibbs, murmura-t-elle d'une voix serrée, rendant ce qu'elle disait presque incompréhensible. Avant qu'elle n'ait le temps d'essayer de dire autre chose, elle se mit à tousser, fortement. Un son rauque accompagna sa toux. Gibbs démêla leurs doigts et porta sa main à sa tête. Il la fit doucement rouler sur le côté. Alors qu'elle continuait de tousser, un crachat de sang s'échoua au sol.

- McGee, l'ambulance! Cria Gibbs par dessus son épaule.

- Elle arrive, Boss.

- Gibbs.

La voix de Ziva mourut dans sa gorge tandis qu'elle réessayait de parler. Elle leva faiblement une main et la déposa sur celle de Gibbs qui pressait son abdomen.

- Je... Je suis désolée, réussit-elle à murmurer en fermant les yeux, serrant fermement les paupières.

- Ne dis pas que tu es désolée, répondit automatiquement Gibbs avant de se reprendre et de se rappeler de ne pas lui montrer qu'il paniquait. Paniquer n'allait l'aider en rien.

Ziva rit faiblement. Son rire se transforma une fois encore en une toux douloureuse.

- Tu m'en voudrais si je te désobéissais? Parvint-elle à demander, comme si la main de Gibbs passant doucement dans ses cheveux l'apaisait.

- Si tu as conscience de ce qui est bon pour toi, tu ne me désobéira pas Ziva, répondit sèchement Gibbs.

Elle réussit à afficher un léger sourire alors qu'elle laissait ses yeux se refermer.

- Ziva... Hey! Ziva!


- Je savais que la laisser faire cette mission était une mauvaise idée, murmura Gibbs, plus pour lui même que pour les gens qui l'entouraient.

Il avait laissé Ziva abuser de sa confiance. Dès le départ il avait su que laisser Ziva partir en mission sous couverture n'amènerait rien de bon. Mais il l'avait laissée le convaincre. Et voilà le résultat.

- Est-ce qu'elle va s'en sortir? Demanda Abby dans un sanglot, après un moment, en tentant d'essuyer les larmes qui s'échappaient de ses yeux. McGee s'approcha de la jeune femme et enroula ses bras autour de son corps pour l'étreindre contre lui.

- C'est Ziva. Elle ira bien, comme toujours.

Tony observa McGee et Abby un long moment avant de se retourner vers Gibbs, qui semblait déterminé à fuir son regard. Ducky était le seul qui semblait bien vouloir lui prêter attention.

- Tu vas bien Anthony?

A l'entente de cette question, Tony réalisa qu'il pleurait. Rien d'extrême, mais quelques larmes roulaient tout de même le long de ses joues.

- Oui. Oui, je vais bien. Il passa une main sur ses joues, tentant de les sécher. Après tout, un Dinozzo ne pleurait pas.

- McGee et moi devons retourner sur la scène de crime, dit Gibbs, ramenant Tony à la réalité. Appelez nous dès que vous en savez plus.

- Bien sûr.

McGee jeta un œil à Tony avant de partir. Gibbs ne se donna pas cette peine. Tony ne sut pas lequel de ces deux gestes lui fit le plus mal.


C'était juste horrible, d'attendre des nouvelles de l'état de santé de Ziva. Ils ne parlaient pas beaucoup. Aucun d'eux ne savait quoi dire. Abby pleurait en silence, sa tête reposant sur l'épaule de Tony. Elle, au moins, semblait lui avoir pardonné son comportement. Ducky était assis à la gauche de Abby, ses yeux posés sur le sol. Tony laissa sa tête s'appuyer contre le mur et ses yeux se perdirent sur le plafond.

Elle ne peut pas mourir. Merde, elle ne peut pas mourir. Pas maintenant. S'il vous plait, pensa-t-il sans trop savoir à qui il s'adressait.


Ziva David était morte.

Même après avoir descendu sa sixième, voire sa septième, bière de la soirée, ce fait continuait de lui coller à la peau. Il pouvait toujours entendre Gibbs leur annoncer que le Damoclès avait coulé, qu'il n'y avait aucun survivant. Il pouvait toujours entendre Abby craquer et commencer à sangloter, McGee tenter mécaniquement de la réconforter.

Ziva David était morte.

Tony se remémora la dernière fois qu'il l'avait vue, il y a près de trois mois maintenant. Quand elle avait été suffisamment énervée après lui pour le jeter au sol et presser son arme contre sa poitrine. Elle avait dit à Gibbs qu'elle ne lui faisait plus confiance. Il aurait dû la haïr pour ça. Il ne devrait pas se soucier du fait qu'elle soit morte. Et pourtant il était là. A ne penser qu'à ça.


- Tu as mis toute ta carrière en jeu, et pour quoi?

- Pour toi.


Pour elle. Tout ce qu'il s'était passé, chaque décision que Tony avait prise depuis l'affaire Michael Rivkin, il avait tout fait dans l'intérêt de Ziva. Dans le but de protéger Ziva. Et pourtant tout ce qu'il avait réussi à faire c'était la conduire droit jusqu'à la mort.


- Tony!

Il sursauta, réveillé par ce cri. Il ne se rappelait même pas s'être endormi. Abby et Ducky était penché au-dessus de lui, accompagnés d'une femme à la peau mate qui portait une blouse bleue.

Tony bondit de sa chaise, son coeur ratant un battement.

- Ziva?

Le médecin sourit doucement.

- L'opération s'est bien passée, bien qu'une longue période de convalescence attende MmeDavid. Les blessures étaient plus importantes que prévues au niveau de son estomac, nous avons dû enlever une partie de sa rate. Mais elle devrait s'en remettre et pouvoir reprendre une vie normale.

Tony sentit ses genoux faiblir de soulagement. Abby se jeta contre lui et le serra dans ses bras.

- Dieu merci, murmura Ducky.

- On peut la voir? Demanda Tony, ignorant complètement les réactions de Ducky et Abby.

- Elle est en salle de réveil pour le moment. J'enverrai une infirmière vous prévenir dès qu'elle regagnera sa chambre.

Tony acquiesça, faute de pouvoir parler davantage. Ducky prit le relai et remercia le médecin avant qu'elle ne s'en aille. Le légiste sortit son téléphone, sûrement pour informer Gibbs. Tony regarda sa montre. 05h23. Six heures, sept minutes et environ vingt-cinq secondes avaient défilées depuis qu'il était réapparu au NCIS. C'était impressionnant de voir à quelle vitesse les choses pouvaient mal tourner.

Ils durent attendre encore une heure et demi avant qu'une infirmière ne les conduise jusqu'à la chambre de Ziva. Tony eut l'impression que ses jambes allaient se dérober sous son poids quand ses yeux se posèrent sur la femme allongée dans le lit.

Elle avait l'air si petite, enterrée de cette manière entre toutes ces couvertures et tous ces oreillers blancs. Il s'approcha en tremblant, leva une main pour la poser sur celle squelettique de Ziva.

Ziva...

Abby tira une chaise et la plaça derrière Tony. Il s'y effondra, et porta sa deuxième main sur celle de Ziva.


Tony sentit ses yeux se poser sur l'arrière de sa tête bien avant qu'il n'ose prendre la parole.

- Salut Patron.

Abby dormait, en boule, recroquevillée sur elle-même dans une chaise de l'autre côté du lit de Ziva. Ducky avait quitté la pièce une demi-heure plus tôt en promettant de revenir avec de la nourriture.

- Dinozzo, répondit froidement Gibbs. J'ai parlé à Vance et Conrad, reprit-il après un instant de silence.

Tony ne détourna pas ses yeux de Ziva quand il reprit la parole.

- Je dois toujours m'attendre à des représailles de ta part?

Une forte gifle sur l'arrière de sa tête lui servit de réponse.

- Patron...

- Tais-toi Dinozzo.

Gibbs avait l'air énervé à présent. Tony resserra sa prise autour de la main de Ziva pendant quelques secondes avant de la lâcher et de se retourner pour faire face à Gibbs.

- Pour quoi est-ce que tu m'en veux? Demanda-t-il d'une voix un peu plus assurée qu'il ne l'était réellement.

- Tu m'en veux d'avoir accepté une mission sous couverture sans te tenir au courant? Tu m'en veux d'avoir feint ma mort et de vous avoir menti à tous pendant un mois et demi?

- Oui. Et oui.

- Qu'attends-tu de moi alors? Que je m'excuse?

- Non.

Tony commençait à perdre patience. Que voulait Gibbs à la fin?

- Quoi alors?

Tony recula d'un pas alors que Gibbs le giflait une fois de plus.

- Je veux que tu prennes pleinement conscience des conséquences de tout ça. Réfléchi Dinozzo. Que pensais-tu que ça ferait aux personnes les plus proches de toi de penser que tu étais mort?

Ce n'était pas vraiment la réponse à laquelle Tony s'était attendu.

- Je... J'ai bien pensé que vous en seriez bouleversé, je savais que ça ferait certainement beaucoup de mal à Abby, mais je me suis dit que finalement vous réussiriez tous à... continuer d'avancer, passer à autre chose. Comme après Kate.

- Et Ziva?

Cette question prit Tony par surprise.

- Ziva?

- Oui, Dinozzo. Ziva. Environ 1m65, les cheveux bruns, ancien assassin du Mossad, allongée dans un lit d'hôpital derrière toi parce qu'elle vient de se faire poignarder...

- Quoi, Ziva, Boss? L'interrompit Tony, ne supportant pas plus longtemps les sarcasmes de Gibbs.

- Que penses-tu que ça lui a fait de penser que tu étais mort?

Tony ouvrit la bouche pour répondre... mais il la referma. Il la rouvrit. Il jeta un œil à Ziva par dessus son épaule. Les médicaments qu'on lui avait donné et la quantité de sang qu'elle avait perdu faisaient qu'elle dormait toujours. Il reporta ses yeux sur Gibbs, qui le regardait dans l'attente d'une réponse.

- Elle... Je pensais qu'elle s'en sortirait très bien, et passerait au-dessus de ça, comme elle le fait d'habitude, marmonna-t-il bêtement en frottant l'arrière de sa tête. Je veux dire... C'est Ziva. De quelle autre manière aurait-elle pu réagir?

Gibbs secoua la tête. Si auparavant Tony avait pensé que son patron était énervé, ce n'était rien comparé au regard qu'il affichait à présent.

- Tu as de la chance que McGee t'ait déjà frappé. S'il ne l'avait pas fait je peux te jurer que tu serais à terre maintenant.

Tony fut soudainement très heureux que McGee l'ait frappé en premier, plus tôt dans la nuit.

- Que s'est-il passé? Demanda-t-il enfin. Il avait un peu peur d'entendre la réponse. Le regard que Gibbs lança à Ziva ne fit qu'agrandir ses craintes.

- Rien de bon.

Tony hoqueta. Ce n'était pas très clair comme réponse.

- Mais encore?

Gibbs secoua la tête, une fois de plus.

- Ce n'est pas à moi de te raconter cela, Dinozzo. Si elle veut que tu saches ce qu'il s'est passé, alors elle te le dira.

Tony ne sut pas quoi répondre à ça.

- Je vais te dire une chose cependant. Penser que tu étais mort l'a détruite, Dinozzo. A petit feu. Réfléchis-y.

Il quitta la pièce sans un mot de plus. Tony resta un moment à fixer la porte qui venait de se refermer avant de refaire face à Ziva, incapable de penser alors qu'il l'observait.

Non. Non. Ziva devait être celle qui gérait les choses. Abby devait être celle qui pleurait, Ducky devait parler, raconter tout un tas d'histoires pour couvrir sa peine. Gibbs devait se jeter dans le travail, McGee dans ses trucs d'ordinateurs. Ziva devait aller bien. Elle était leur roc, celle qui gérait ses émotions, qui ne laissait rien l'atteindre. Jusque là elle avait toujours su passer à autre chose. Oui, comme tout le monde elle souffrait quand quelque chose se produisait. Mais elle ne laissait jamais sa peine l'affecter trop longtemps, et elle la cachait. Elle ne devait pas être celle qui souffrait. Elle ne devait pas en sortir détruite.

Elle devait être celle qui s'en sortait.


Ziva essaya de ne pas broncher quand l'homme enleva la barrette de ses cheveux, et la laissa tomber par terre. Elle savait que Gibbs et McGee attendait toujours qu'elle leur fasse signe. Mais ils viendraient certainement dès qu'ils verraient qu'ils ne recevaient plus la vidéo.

Merde.

- Tu es un peu nerveuse chérie, hein? L'homme rit tandis que Ziva remontait ses mains le long de sa cuisse. Ses doigts experts glissèrent discrètement dans le haut de sa poche. Le bout de ses doigts frôlèrent le manche du couteau qu'elle savait qu'il avait dans la poche.

- Tu l'es?

Ses doigts s'enroulèrent autour du manche du couteau. Ziva ne se rappelait que vaguement des quelques secondes qui suivirent.

L'homme réalisa finalement qu'elle avait trouvé son arme. Il recula d'un pas alors qu'elle le sortait de sa poche. Elle le leva en sa direction.

- Salope, lâcha-t-il, réagissant comme peu de personnes le feraient à la vue d'une arme pointée vers elles.

Il l'attrapa, sa main large et musclée s'enroulant autour de son maigre poignet. Il le serra fortement. Elle hoqueta de surprise, la pression qu'il exerçait sur elle faisant s'ouvrir ses doigts malgré sa volonté. Le couteau lui glissa des mains. L'homme la projeta contre le mur, la retenant d'une main pendant qu'il se baissait pour ramasser le couteau.

C'est là qu'il la poignarda dans l'abdomen.


Ziva résista au besoin pressant de gémir alors qu'elle reprenait peu à peu conscience. Une douleur vive lui brûlait le ventre. Un pénible souvenir du coup de poignard qu'elle avait reçu. Elle pouvait entendre une machine beeper quelque part à sa droite. Un moniteur cardiaque, comprit-elle après une seconde de réflexion. Bien sûr. Elle était à l'hôpital. Gibbs ne l'aurait jamais laissée mourir. Même si elle n'avait pas non plus couru après le mort.

Après quelques instants, Ziva fut certaine de deux choses. Tout d'abord, quelqu'un parlait. Ensuite, quelqu'un tenait sa main.

- Quand penses-tu qu'elle va se réveiller?

C'était Abby, bien sûr. Mais ça n'était pas Abby qui tenait sa main. La main sur la sienne était trop grosse, trop rêche... mais pas assez calleuse pour être celle de Gibbs. Qui, alors?

- Je ne sais pas Abs. Bientôt, j'espère.

Si le moniteur cardiaque n'avait pas continué de beeper régulièrement, Ziva aurait été sûre que son coeur avait cessé de battre. Oh mon dieu... Oh mon dieu...

- ça fait des heures. Tu crois que c'est mauvais signe qu'elle ne se soit pas encore réveillée?

La voix d'Abby était pleine de larmes. Si Ziva n'avait pas été entièrement concentrée sur la voix qu'elle venait d'entendre, elle se serait sentie coupable d'avoir tant inquiété Abby.

- Elle se réveillera quand elle sera prête. Ce n'est qu'une question de temps.

Abby garda le silence un moment avant de répondre.

- Je ne sais pas si elle sera un jour prête.

Le silence emplit la pièce une fois de plus. Ziva réfléchissait du plus vite qu'elle le pouvait. Non, non, non. Ce n'était pas possible. Ce n'était pas... Il était mort. Elle l'avait regardé saigner sous ses mains. Elle avait vu la vie le quitter seconde après seconde. Elle était allée à son putain d'enterrement. Il était mort.

- Ziva?

C'était Abby, et Ziva en fut en quelque sorte soulagée. Abby. Abby était vivante. C'était normal que Abby parle. Mais la main qui caressait sa joue, qui séchait les larmes qu'elle n'avait pas senti couler sur ses joues... ce n'était pas celle d'Abby.

- Ziva, hey... Zi, ouvre les yeux. Qu'est-ce qui ne va pas?

Elle était en train d'halluciner. Il n'y avait pas d'autre explication. Ziva éclata en sanglot alors que cette réalisation la frappait. Tout ça n'était qu'une hallucination.

- Ziva...

- C'est toi, le coupa subitement Abby. Elle ne sait pas... Je pense que tu lui fais peur.

Le silence suivit les mots d'Abby. Soudainement la main qui serrait celle de Ziva s'en alla, la faisant se sentir étrangement nue. Abby reprit la parole, parlant rapidement, comme si ce qu'elle avait à dire était trop important pour attendre, pour parler plus doucement.

- Ziva, je sais que c'est très étrange, mais il s'est passé plein de choses, des choses que tu devrais vraiment savoir, car ça changerait toute ta vie, alors s'il te plait... je t'en prie, ouvre les yeux.

Elle obéit à contre coeur, forçant ses paupières à s'ouvrir, clignant plusieurs fois des yeux quand elle réalisa que des larmes troublaient sa vue. Enfin Abby apparut dans son champ de vision, penchée au dessus d'elle, souriant, pleurant un peu elle aussi, mais pour une raison totalement différente.

- Abby... La voix de Ziva craqua alors qu'elle parlait et elle se sentit gênée. Cela fit légèrement sourire Abby.

- N'essaie pas de parler, d'accord? Contente-toi... d'écouter. Parce que je vais sûrement très mal t'expliquer tout ça. Et Gibbs devrait vraiment être là à ma place en train de te dire tout ça. Mais je n'ai aucune idée de quand il va revenir et tu dois vraiment savoir...

- Abby.

Abby se tut quand Ziva lui coupa la parole.

- Tu as raison. Les explications.

Elle prit une grande inspiration et ferma les yeux un moment.

- Ziva, il y a quelque chose que tu dois savoir, au sujet de Tony. Quand il est... mort.

Ziva tenta de ne pas faiblir au rappel de ce souvenir.

- Ce qui s'est passé, ça n'était pas... ça ne s'est pas vraiment passé comme on l'a cru. Un des autres chefs d'équipe, l'Agent... Conrad, ou quelque chose comme ça, il a monté ce plan de toute pièce pour utiliser le fait que Tony se soit fait tirer dessus comme un moyen de boucler une enquête. Le... le plan était de prétendre que Tony était mort, et de s'en servir pour... quelque chose, je ne sais plus vraiment, j'ai un peu arrêter d'écouter une fois arrivée à cette partie des explications...

Ziva regarda Abby un long moment, enregistrant ce qu'elle venait de dire.

- ça... Tu veux dire que... Il... Elle ne parvenait pas à finir sa phrase.

- Ziva.

Elle tourna lentement la tête. ça lui sembla durer une éternité avant que ses yeux ne le trouvent.

Il se tenait contre le mur, les mains serrées derrière le dos. Il la regardait de ses yeux verts où brillait un mélange d'inquiétude et de culpabilité. Quand leurs yeux se rencontrèrent, un léger sourire étira ses lèvres.

- ... Salut.

Le son de sa voix la frappa comme un boulet de canon.


- Allez, ne me regarde pas comme ça. Tu ne penses quand même pas que c'est ce qui va me tuer?... Tu ne peux pas te débarrasser de moi si facilement.


Ziva retint son souffle alors que les souvenirs la frappaient. Tony fit un pas incertain vers elle et commença à lever une main en sa direction.


Elle s'est effondrée au sol à son enterrement, éclatant en sanglot devant tous ces collègues et des étrangers... Elle a propulsé l'Agent Timmons contre la vitre sans teint de la salle d'observation, a enroulé ses doigts autour de son cou et a sérieusement envisagé l'idée de l'étrangler sur le coup... Elle a méticuleusement détruit son appartement pièce par pièce, passant sa rage de la seule manière dont on lui avait appris à le faire... Elle s'était de nouveau effondrée à la vue d'une photo d'eux deux, la seule chose qu'il lui restait de lui... Elle avait emménagé dans son appartement, s'était entourée de chacune de ses affaires... Elle avait fait une overdose de somnifères pour fuir cette réalité... Elle était allée en mission sous couverture, avait volontairement mis sa vie en danger, fatiguée de ne plus vivre, de se contenter d'exister...


- Stop.

Tony se glaça sur place, sa main s'immobilisa dans l'air, à seulement quelques centimètres des cheveux de Ziva. Sa voix était dure et froide. Tony ne l'avait jamais entendu lui parler sur ce ton auparavant, pas même avant qu'elle ne reste en Israël, quand il l'avait énervée au plus haut point. Abby fut elle aussi choquée par le ton qu'elle venait d'employer.

- Z...Ziva?

ça ne pouvait pas être vrai. Cette illusion dansait devant les yeux de Ziva, faisait tout pour la convaincre qu'il s'agissait de la réalité, avec cette main qui paraissait si vraie et qui était toujours si près de ses cheveux. L'homme qui lui faisait face paraissait tellement vivant. Rien de tout ça ne pouvait être vrai.

- Sors d'ici.

Ziva tenta de se redresser et de se rapprocher de la position assise. Elle essaya de ne pas grimacer alors qu'un éclair de douleur lui traversait l'abdomen. Elle refusa de regarder Tony même si elle se doutait bien qu'il l'observait d'un drôle d'air, essayant de trouver quoi répondre à ce qu'elle venait de lui ordonner.

- Sors d'ici. Maintenant.

- Ziva, je...

- Sors. D'ici.

Quand enfin il quitta la pièce, Ziva dut se retenir de toutes ses forces pour ne pas l'implorer de revenir auprès d'elle.