CHAPITRE 9
Distracting kiss

Remus se faisait toujours un devoir d'ignorer son sixième sens, hérité d'une certaine partie de lui qu'il considérait comme monstrueuse. Mais comme bien souvent à l'approche de la pleine lune, il lui était plus que difficile de faire taire son instinct. C'est pour cette raison qu'il se retrouvait au beau milieu de la nuit dans la bibliothèque des Potter dévorant les uns après les autres tout livre mentionnant de près ou loin les vampires. Et malgré une absence évidente de résultats, il ne parvenait pas à abandonner, convaincu qu'ils étaient passés à côté de quelque chose.

À bout de nerfs et frustré de ne rien trouver, il se laissa tomber dans l'un des fauteuils bien trop confortable de la bibliothèque. James avait menti à Maugrey. Il avait affirmé s'être documenté sur les vampires. James n'entrait jamais dans la bibliothèque. Il ne dormait même plus au manoir. Cela lui rappelait trop que ses parents n'étaient plus là. La bibliothèque était l'antre de Charlus Potter. Il ne la quittait que rarement et le vide qui l'emplissait depuis les tragiques événements de l'année passée n'était qu'un douloureux rappel de ce que l'ancien Gryffondor avait perdu.

Sirius détestait se réveiller seul. Il se redressa à la recherche de son amant qui avait quitté sans prévenir la chaleur de ses bras et la douceur des draps. Après avoir attendu quelques minutes, il se leva à son tour. De toute évidence, Moony n'était pas juste allé se servir un verre d'eau. Après avoir erré un moment dans le manoir, il découvrit le jeune lycanthrope installé dans la bibliothèque.

– Moony ? Qu'est-ce que tu fais ? demanda le sang pur en se baissant pour ramasser un des livres jonchant la moquette.

– Je la sens pas cette mission… admit le jeune homme en se relevant pour reprendre ses recherches.

– Tu t'inquiètes toujours beaucoup trop, répliqua Sirius en entourant de ses bras les épaules de Remus. Viens te coucher.

– Tu ne comprends pas, ce n'est pas la même chose cette fois.

– Explique moi alors. Tu as un début de piste ? demanda Sirius impatiemment, pressé de retourner dormir et peu disposé à subir la paranoïa nocturne du jeune loup.

– Non je ne trouve rien ! s'emporta ce dernier. Tu peux retourner te coucher si je t'emmerde Sirius, ajouta-t-il froidement en se dégageant de ses bras.

Sirius ne s'en offusqua pas. Remus était toujours plus taciturne à l'approche de la pleine lune. Il n'était plus vraiment lui-même et pouvait se montrer plus froid et parfois même cinglant. Il passa donc de nouveau ses bras autour de celui-ci en faisant un peu la moue.

– Dis pas ça. Je veux juste que tu viennes dormir avec moi.

– Je suis pas d'humeur Sirius. Je te dis qu'il y a un problème et toi tu t'en fiche, tu ne penses qu'à toi et à ton petit confort personnel.

– Je pourrais presque être blessé par tes propos si je ne savais pas pertinemment que c'est l'Autre qui s'amuse avec tes humeurs.

– L'Autre n'a pas toujours tort, rétorqua Remus.

– Je préfère quand l'Autre a envie de moi, susurra le ténébreux jeune homme en glissant sa main d'une manière assez suggestive vers une partie stratégique de l'anatomie de son amant.

– Sirius arrête ça ! s'emporta le garçon en coinçant son poignet. Aide-moi au lieu d'essayer de me déconcentrer.

L'héritier des Blacks abandonna l'idée de s'envoyer en l'air cette nuit et se mit à la recherche d'une preuve que tout allait bien en poussant des soupirs à fendre l'âme. Incapable d'attirer l'attention de son meilleur ami, il se concentra sur la tâche que celui-ci lui avait confié. Plus vite il trouverait, plus vite ils retourneraient se coucher. Ses recherches le menèrent jusqu'au bureau de Charlus. Moony l'avait laissé de côté probablement par respect. Sirius n'avait pas les mêmes scrupules à fouiller dans les affaires de celui qui avait été un père pour lui.

– Sirius tu ne devrais pas… commença Remus.

– Pourquoi ? demanda Sirius en ouvrant un tiroir. Il n'est même plus là pour nous punir.

– C'est un peu déplacé…

Malgré son agacement, Remus ne poursuivit pas sa phrase. Le ton faussement détaché de Sirius n'était qu'une façade. Il était fort probable que toucher aux affaires de Charlus n'était pas quelque chose qu'il faisait sans rien ressentir. Mais Sirius contrairement à James parvenait à faire passer les vivants avant les morts. Il était prêt à rouvrir une blessure qui venait à peine de cicatriser pour venir en aide à son meilleur ami.

– Moony il faut que tu voies ça.

La plupart du temps lorsque Sirius Black disait ce genre de chose il s'agissait d'une manœuvre pour montrer ce membre dont il était si fier, mais cette fois-ci l'intonation était bien différente. Si la personne la plus insouciante de cette planète était inquiète alors c'était pire que ce qu'il pensait. Remus rejoignit le garçon en deux enjambées, se saisissant anxieusement du dossier. C'était mauvais. Très mauvais. Les recherches de Charlus étaient en contradiction avec tout ce qu'ils avaient appris sur le peuple des vampires.

D'après Charlus, il s'agissait de la plus grosse arnaque de l'histoire du monde magique. Les créatures fantastiques avaient de tout temps apprit à mentir pour survivre. Il ne s'agissait nullement d'une nouveauté. C'était une manière de se protéger de ceux qui les persécutaient pour leur différence. Il est peu probable qu'un loup garou admette qu'il est vulnérable face à l'argent. De même une fée ne divulguera pas que son point faible est le fer. Les vampires avaient cependant su se montrer plus malins. Plutôt que de dissimuler leur faiblesse, ils en avaient créé de toutes pièces. Le soleil, les oignons, les crucifix. Tout n'était que mensonges destinés à dissimuler leur seule et unique faiblesse.

– C'est pas sérieux ! s'exclama Remus hésitant entre le rire et l'hystérie.

– Je peux avoir une récompense ? J'ai trouvé ce que tu voulais après tout, susurra Sirius d'une voix qui ne laissait aucun doute sur ses intentions.

Remus n'eut pas le temps de répondre. Sirius l'avait déjà fait basculer sur le bureau, le visage contre les dossiers éparpillés. Il aurait pu protester. Il aurait dû protester. Après tout, ils ne disposaient que de peu de temps pour prévenir James mais tout raisonnement disparu à l'instant où les mains de Sirius se frayèrent un chemin vers sa virilité qui ne se fit pas prier pour se gorger de plaisir anticipant ce qui n'allait pas tarder à suivre. Les protestations ne franchirent jamais ses lèvres, seuls les gémissements de plaisir que lui tirèrent les va et viens violents de son amant parvinrent à se frayer un chemin jusque-là.

Sirius comprit un peu tard qu'il venait de perdre un temps précieux et pour la première fois de sa vie il regretta de s'être laissé tenter par Moony. Le miroir à double sens ne fonctionnait pas. Il ne parvint pas à joindre James. Il n'avait aucun moyen de prévenir son meilleur ami.

Ce qu'ignorait Sirius était que James n'aurait dans tous les cas pas été "disponible".

Lily n'avait pas eu besoin de fouiller chaque tiroir du manoir des Potter pour remarquer que quelque chose clochait chez les vampires. À mesure que les jours passaient, les détails troublants s'amoncelaient. Les chambres des vampires étaient vides la journée. Et nul besoin d'être un génie pour comprendre que le petit bois près de l'étang n'abritait pas assez d'animaux pour nourrir une colonie entière de vampires. Peter et Hestia n'étaient pas capables de protéger leurs pensées. Elle se souvenait que James n'avait pas été bien brillant pour protéger son esprit lors des cours de Dorea mais elle devrait se contenter de cela. L'Occlumancie était une discipline complexe qui reposait essentiellement sur la volonté. Elle ne doutait pas que l'urgence de leur situation fournirait au jeune maraudeur la volonté nécessaire à dissimuler à la reine des vampires et à ses sujets leur doutes. Encore fallait-il qu'elle trouve le moyen de le voir seul. Hestia se séparait rarement de lui et Peter le suivait comme son ombre. C'est ainsi qu'elle se retrouva à se faufiler un peu après l'aube dans la chambre de celui qui désormais l'avait en horreur, priant pour qu'il ait été assez "professionnel" pour faire chambre à part avec sa coéquipière et petite amie officielle.

Elle ne pouvait pas parler. Elle ne pouvait pas éveiller les soupçons de leurs hôtes. Elle devait faire passer pour une visite qui n'avait rien à voir avec leur présence… elle devait faire passer cela pour une visite de courtoisie. Une courtoisie d'un genre nouveau. Lorsqu'elle ouvrit la porte, elle du retenir un soupir de soulagement de le voir seul. La vision d'une autre à ses côtés aurait brisé sa volonté et elle ne pouvait se permettre d'affaiblir son esprit pour de vains sentiments de possessivité et une jalousie déplacée aux vues de leur relation actuelle.

Ses pas la portèrent jusqu'au lit de son ancien amour et il ne broncha pas lorsqu'elle s'installa au bord de celui-ci. Il avait toujours eu le sommeil lourd. Elle ne put retenir un sourire en pensant à l'une des confidences de Sirius qui lui avait révélé que si les matchs de Quidditch se déroulaient dans la matinée, Gryffondor n'aurait plus aucune chance. Remporter un match sans leur meilleur poursuiveur aurait relevé du miracle. Elle disposait de peu de temps. Si leur conversation était écoutée -et l'ombre qui passa sous la porte le confirma– alors il fallait qu'elle fasse vite. Elle ne pouvait se fier à ses connaissances ni aux paroles des vampires. Elle ne pouvait que faire confiance à ce qu'elle avait vu. Et il y a une chose que les lamies semblaient apprécier plus que le sang : les secrets.

Les distraire. C'était uniquement pour les distraire. Pour qu'ils ne se concentrent pas sur ses pensées. Elle avait besoin de seulement quelques secondes. Elle se pencha au-dessus de James Potter. Elle ne recula pas lorsque ses cheveux lâchés caressèrent le visage du garçon endormi, le réveillant. Elle ne lui laissa pas le temps de réagir. Elle pressa ses lèvres contre les siennes.