Bella

Chapitre 7 : Un piano dans les escaliers


Les garçons travaillaient dur, et faisaient un boucan d'enfer, mais je laissais passer, après tout, ce qu'ils faisaient n'étaient vraiment pas facile. Assise dans le canapé du salon, je les entendais rire, jurer et gémir par la fenêtre ouverte. Cela m'amusait beaucoup. Je lisais avec intérêt le livre « Expiation » de Ian McEwan, et malgré mon grand intérêt pour le romans, je cédai bien vite à la curiosité de les regarder travailler. Je posai donc mon livre, et me dirigeai vers la fenêtre.

Les quatre garçons qui m'avaient surprise en tenue légère s'attelaient à sangler le piano, aidés par un cinquième jeune homme. Edward quant à lui parlait à un homme blond, qui semblait nettement plus vieux que lui. Malgré la distance à laquelle je me trouvais et la différence de couleurs de cheveux, je compris instinctivement qu'il s'agissait de son père, la ressemblance était plus qu'évidente. « Bon sang, le sex appeal c'est de famille chez eux ou quoi ! » pensai-je. En effet, son père avait certainement plus de quarante ans, pourtant il dégageait une impression de vitalité et d'assurance qui lui donnait largement dix ans de moins.

Quant à Edward, eh bien, dire qu'il était « époustouflant » contribuait déjà à l'enlaidir. Étrangement, je ne m'en étais pas rendu compte plus tôt, mais c'était vrai, Edward était certainement l'homme le plus magnifique qu'il m'avait été donné de voir. A l'instant même où cette pensée me traversa l'esprit, et comme si le hasard faisait bien les choses, il leva la tête et nos regards se rencontrèrent. Il me fît un petit sourire et je rougissais comme une tomate. En un mouvement, nettement trop rapide, je me reculai de la fenêtre et tombai à la renverse. Les fesses sur la moquette, je jurai dans ma barbe, en tentant difficilement de me relever, dehors j'entendais le rire d'Edward. Un peu vexée, je me dirigeai vers ma chambre sans même jeter un coup d'œil à la fenêtre. Une fois à l'intérieur, j'attrapai mon appareil photo dans le tiroir de mon bureau, et sortais de l'appartement avec l'intention d'aller prendre quelques clichés à l'improviste dans les rues du quartier. En descendant les escaliers je tombai nez à nez avec l'homme blond que je supposais être son père.

-Bonjour, dit-il avec enthousiasme.
-Bonjour, répondis-je en lui tendant ma main.

Il me regarda avec surprise, pensant surement que je n'étais qu'une voisine, je dissipai rapidement ce léger malentendu.

-Je suis Bella, la colocataire d'Edward.

-Oh, pardon, je n'avais pas compris, Carlisle, Carlisle Cullen, le père d'Edward, enchanté, s'enthousiasma-t-il en me serrant vigoureusement la main.
-J'en étais sure ! M'exclamai-je. Je vous ai aperçu tout à l'heure, et j'ai immédiatement pensé que vous étiez son père, la ressemblance est vraiment frappante !
-On me le dit souvent, pourtant Edward a tout de sa mère, Jasper son petit frère est surement celui qui me ressemble le plus, n'est-ce pas ?

Carlisle avait lancé cette dernière question en direction du bas des escaliers et je dus me pencher vers lui pour voir à qui il parlait. Edward apparut dans mon champ de vision, il montait, un carton dans les mains. Ses yeux firent la navette entre moi et son père, visiblement, il n'avais pas suivi la conversation. Il allait prendre la parole, mais Carlisle le devança.

-Bella trouvais que tu me ressemblais beaucoup, physiquement parlant.
-Ça se voit que tu n'as jamais rencontré Jasper, mon petit frère, hormis la couleur de cheveux, ce sont de vraies photocopie. Dit-il en s'adressant à moi.

Les deux hommes se mirent à rire de bon cœur. Carlisle me gratifia ensuite d'un sourire franc et reprit la parole

-Bon, Bella, tu veux passer peut-être ? Demanda-t-il en se collant contre le mur
-Oui, merci, j'ai pensé que vous auriez besoin de place pour installer le piano, alors je ne voulais pas vous déranger.

Je passais devant Carlisle en lui faisant un sourire, il fît de même et continua à gravir les marches, je me retrouvais juste en face d'Edward

-Tu n'es pas obligée de partir, tu ne déranges personne tu sais. dit-il en me regardant droit dans les yeux. Je rougis légèrement en baissant la tête.
-Ne t'inquiète pas pour moi, je vais aller prendre quelques photos, et puis ce sera plus simple pour vous.
Je me déplaçai vers la droite pour le laisser passer, mais il m'imita dans mon geste. Un second mouvement sur la gauche nous mena au même résultat, après quelques piétinements, je posais mes mains sur ses épaules
-Stop, bouge plus ! M'exclamai-je

Je me collai contre le mur et lui laissai donc la voie libre. En passant, son bras frôla ma poitrine et je frémis légèrement à ce contact. Une très agréable odeur emplit mes narines, une sorte de mélange subtil et envoutant entre la senteur des amandes, l'arôme du cacao et la fraicheur d'une pluie estivale. Je le suivais du regard, quand il se retourna et posa son carton sur l'une des marches.

-Bella, j'ai réfléchi et je crois vraiment qu'on est parti du mauvais pied tous les deux, je ne supporte plus cette mauvaise ambiance qui règne dans l'appartement, et je voudrais vraiment que nous repartions sur de bonnes bases, je suis sur que nous pourrions très bien nous entendre si nous prenions le temps de nous connaitre.

Je souris de toutes mes dents, et voyant mon enthousiasme, il fît de même.

-Je suis tellement contente que tu sois d'accord avec moi ! Je me désespérais de nous voir en froid comme ça, je suis désolée pour mes réactions et ce que je t'ai dit, j'ai vraiment été odieuse.
-Ne t'inquiète pas, tu es toute pardonnée, j'ai largement dépassé les bornes aussi et je m'en excuse. Donc, ok, on repart à zéro ?...Je suis Edward, Edward Cullen me dit-il en me tendant la main.
-Ed' déjà en train de draguer les jolies voisines ? T'as pas perdu de temps dis moi !

Alors que je m'apprêtais à répondre, cette voix grave m'avait interrompue, je me retournai vivement et me trouvai à dix centimètres d'un véritable géant, je dus lever la tête franchement pour voir son visage, il était très musclé, presque trop, et arborait des cheveux noir charbon.

-Emmett, je te présente Bella, ma colocataire. Bella, mon frère, Emmett.
-Enchanté de te connaitre ! S'esclaffa-t-il en me serrant dans ses bras comme si nous nous connaissions depuis tout petit.
-Moi de même, dis-je en acquiesçant.
-C'est ta colocataire et ce n'est que maintenant que tu lui dis ton nom ? T'as emménagé quand rappelle moi ? Reprit-il à l'intention d'Edward tout en me passant devant.
-Je lui avais déjà dit mon nom mais les choses se sont passées de telle manière que j'ai...enfin...
-P'tit frère, si tu commences à perdre la boule au point de plus savoir à qui tu dis ton nom, tu devrais vraiment en parler à Papa, se moqua-t-il en enjambant le carton posé sur une marche.
-Emmett, arrête un peu !
-Fais gaffe à pas te faire interner sans t'en souvenir, t'aurais des surprises au réveil !

Il avait dit cette dernière phrase du haut des escaliers, et je ne pus m'empêcher d'éclater de rire, au dépend d'Edward. Il me fît une moue vexée, et je me forçai à me ressaisir.

-Désolée, Isabella Swan, repris-je en lui tendant la main.

Il la serra, sa paume était fraiche, alors que cet escalier était étroit et que nous mourrions de chaud.

-En tout cas je suis content qu'on ait enfin pu se parler.
-Moi aussi !
-Bon, je te laisse, il faut que je monte ça, fais de belles photos !
-J'y compte bien !

Je le regardai prendre son carton et monter les escaliers, visiblement content de notre discussion. Dehors, sur le trottoir, un magnifique piano à queue attendait patiemment d'être monté, les quatre garçons de ce matin étaient là, et l'un d'eux me gratifia d'un regard mauvais. Je le lui rendis sans ménagement, il soutint le face à face pendant un court instant et finit par lâcher prise.

Je ne l'avais pas vu, tout à l'heure, de loin, mais le piano d'Edward était vraiment beau et très imposant, noir, brillant, avec des touches blanches nacrées impeccables. Il avait tout d'un piano professionnel. Le nom de la marque, « Bohemia » était gravé en lettre d'or sur le coté dans un style XVIIIème très classieux. Le pupitre était incurvé à plusieurs endroits, créant des motifs de forme arrondie. Je laissais distraitement mes doigts courir sur le clavier d'un blanc immaculé.

J'avais fait du piano étant petite, ma mère avait insisté, mais je n'étais pas très douée. Elle me voyait déjà en grande virtuose, et j'allais aux cours pour lui faire plaisir, pour qu'elle soit fière de moi. Elle m'encourageait beaucoup à l'époque, me faisant réviser mon solfège, m'achetant sans cesse de nouvelles partitions, mais surtout, à chaque fin de cours, elle était toujours en avance à la sortie du conservatoire. Et nous passions tout le trajet du retour à discuter de mon professeur, de mes progrès ou du morceau que je venais de jouer... Elle avait même pour projet de m'acheter un piano, pour que je puisse m'entrainer à la maison, et faire mes gammes tous les jours. Ce projet ne se concrétisa jamais. Un jeudi soir où je sortais de mon cours, je fus surprise de découvrir que ma mère n'était pas dans le parking, garée à sa place habituelle, comme c'était toujours le cas. Nous étions en Mars, une importante averse détrempait toute la ville. Ma mère ne vint jamais me chercher, j'avais sept ans, j'étais seule sous la pluie, et elle m'avait abandonnée. Je ne retournai jamais à mes cours de piano.

Je secouai la tête, comme pour effacer ces mauvais souvenirs de mon esprit et m'engageai dans la rue menant au petit parc.

L'après-midi fila à toute allure, je n'eus même pas le temps de le voir passer. En effet, j'avais pris quelques photos dans les environs, me baladant sans but précis, capturant des enfants téméraires, des ménagères désespérées ou encore des hommes d'affaires pressés sans me soucier de l'heure. Ce n'est que quand je m'arrêtai au bar « Summer Side », un café ambiance 70's, pour boire un verre, que je me rendis compte de l'heure qu'il était. Dix neuf heures passées ! Je n'avais pas préparé le lit de Jane, les placards était quasiment vides et l'appart' était un vrai chantier, il fallait vraiment que je rentre ! Je payai donc mon Irish coffee et sortis du bar à vive allure. Heureusement pour moi, la supérette était encore ouverte, j'achetai à manger pour ce soir et demain, et rentrai directement à l'appartement.

Arrivée devant la porte, j'entendis des voix dans l'appartement, deux personnes au moins étaient en train de se disputer, et l'une d'elle était Edward, son timbre de voix était totalement inimitable, et je n'avais pas eu besoin de beaucoup l'entendre pour vite le mémoriser. La curiosité me fît me coller contre la porte d'entrée, veillant à ne faire aucun bruit qui puisse révéler ma présence. Une voix féminine que je n'avais jamais entendu était en train de parler.

-Mon chéri, s'il te plait, fais moi cette faveur là, j'aimerais tellement t'entendre à nouveau.

Mon chéri ? Il parlait à sa petite amie ? Et de quelle faveur parlait elle ? L'entendre à nouveau ? Je ne comprenais rien.

-Tu sais bien que je ne peux pas, à chaque fois que je joue je pense à elle, ne me demande pas ça, je t'en supplie.

Edward avait de la colère dans sa voix, mais la fin de sa phrase était d'une tristesse à fendre l'âme. Cette fille lui demandait certainement de jouer du piano et lui refusait à cause d'une autre femme. Un coureur de jupons ?
-Fais le pour moi, Edward, j'aime tellement quand tu joues cette mélodie.

Un petit toussotement derrière moi me fît sursauter, et je tombai par terre une fois encore, Emmett me regardait en rigolant.

-Fais attention où tu mets les pieds Miss Maladroite ! Et laisse pas trainer tes oreilles, me dit-il en m'aidant à me relever. Il m'épousseta les épaules et les cheveux comme si j'avais dix ans, et entra dans l'appartement sans même s'annoncer. Les joues rouge pivoine, je le suivis en refermant la porte derrière moi.

-Bonsoir Bella ! Dit Carlisle avant même que je ne me sois retournée.
-Voici donc la fameuse Bella ! Je suis Esmée, la mère d'Edward, dit la belle femme accrochée à la main de Carlisle.

Bon, de toute évidence, j'étais vraiment nulle pour écouter aux portes, la voix féminine avec laquelle il parlait n'était absolument pas (celle de) sa petite amie, mais de sa mère ! Je me sentais vraiment idiote d'avoir pensé cela.

-Bonjour, dis-je, le rouge aux joues.
-Pourquoi fameuse ? Demanda Edward avec froideur.
-Pour rien, pour rien, dit Carlisle, Edward, tu ne veux vraiment pas jouer un peu de piano, pour ta mère ?
-Non, bon sang ! C'est la troisième fois que je vous le dis !
-Je suis certain que Bella adorerait t'entendre jouer, fit Emmett
-Emmett, s'il te plait...s'énerva Edward
-Bah, t'as qu'à lui demander, Bella ?

En un instant tous les regards se vrillèrent sur moi, chacun me scrutait pour essayer de connaitre mon point de vue sur la question. Surprise d'être d'un seul coup le centre d'attention, je restais muette comme une carpe l'espace d'un instant. Je mourrais d'envie d'entendre Edward jouer.

-J'aimerais beaucoup t'écouter Edward, mais si...
-Oh tu vas pas t'y mettre aussi, toi ! Explosa-t-il, ne me laissant même pas finir ma phrase.

Il se dirigea à grandes enjambées vers sa chambre, et claqua sa porte avec rage. Esmée lui emboita le pas, en tambourinant à la porte.

-Edward, excuse moi, c'était stupide, je n'aurais pas du tant insister. Sors de là, mon chéri, s'il te plait. Le supplia-t-elle presque.
-Foutez-moi la paix tous, vous me fatiguez.
-Laisse, maman, il se calmera tout seul, tu l'appelleras demain, il sera de meilleure humeur, j'en suis sur, dit Emmett en me faisant un clin d'œil.

Comment devais-je prendre ça ? Emmett voulait que je parle à son frère ou quelque chose du même acabit ? Mais c'était pas mes affaires et je refusais de m'en mêler, surtout compte tenu du ton sur lequel il m'avait parlé ! J'étais pas masochiste !

Carlisle et Esmée passèrent la porte préoccupés, et ils me dirent un petit « au revoir ». Emmett s'arrêta sur le palier et se retourna vers moi.

-Ma p'tite Bella, on te le confie, occupe t'en bien !
-Edward est un grand garçon, je suis certaine qu'il sait parfaitement ce qui est le mieux pour lui, quant à moi, je suis pas sa mère, sa sœur, sa nounou et encore moins sa copine, et je n'ai pas à m'occuper de lui, il le fait très bien tout seul.
-A ta place je n'en serais pas si sure.
-A quel sujet ?
-Un peu tous en fait, mais ça tu le découvriras bien par toi-même, dit-il en m'embrassant sur la joue et en dévalant les escaliers.

Edward était un peu étrange, c'était certain, mais il n'arrivait pas à la cheville de son frère. Emmett était vraiment un spectacle à lui tout seul, mais je l'aimais bien. Et malgré l'incident qui venait de se dérouler, j'avais passé une journée pleine de surprise.