9. Le camp
Le lendemain matin, le temps s'était couvert. Des nuages sombres parcouraient le ciel à toute allure. La pluie ne tombait pas encore, mais, aussi certain que Lavande Brown n'avait pas d'araignée de compagnie, il pleuvrait avant ce soir.
Les trois sorciers sortirent de la maison à dix heures, fins prêts. Habillés de capes de voyages, baguettes en poche ou plutôt au bras, leur permettant de la dégainer très rapidement au cas où, ils s'avancèrent vers les hypogriffes. Hermione portait dans sa cape son sac, réduit à la dimension d'une voiture miniature, avec dedans de quoi survivre pendant une traversée du Gobi, des potions diverses afin de se soigner si nécessaire, des livres et le tendon de centaure. Ron portait Excalibur dans le dos, lui évitant ainsi la gêne d'avoir le fourreau et l'épée sur son côté. Harry, quant à lui, se contentait d'être là. Son ouï et sa vision s'étaient développés depuis qu'il se métamorphosait régulièrement en hibou. Il entendait des bruits qu'il n'avait jamais entendus auparavant. Ils protégèrent Argos, Raziel et Alawa avec la rune apprise la veille. Enfin, ils enfourchèrent leurs montures et s'envolèrent. Leur but était de voler jusqu'à l'extrémité de la Cornouaille avant de traverser la Manche. Ils avaient d'abord projeté de passer par Calais afin de ne pas trop survoler de mer, mais Harry avait fait remarquer que les mangemorts surveillaient sans doute ce point stratégique afin de contrôler les allées et venues. Mais vu le temps qu'il faisait, ils devrait attendre pour traverser la Manche : malgré la puissance des hypogriffes, il était inutile de prendre ce risque.
Le voyage se passait sans incidents. Ils avaient dépassé vers midi Saint Austell et volaient à présent au dessus d'une plaine parsemée de buisson. La pluie avait commencé à tomber et leur fouettait le visage à cause de leur vitesse. Ron en tête, ils n'échangeaient aucun mot. Soudain, Harry crut discerner quelque chose au sol. Son entrainement d'attrapeur et le développement de sa vision – qui avait rendu ses lunettes inutiles- lui permirent de distinguer un jet de lumière sous eux. Aussitôt, il avertit Hermione et Ron.
En dessous, cria-t-il en faisant signe. De la magie.
On ne peut pas descendre ! répondit Hermione.
Peut-être a-t-on besoin de nous ? hurla Ron.
Je descend voire, hurla Harry à son tour dans le vent, posez vous à deux cents mètres vers l'ouest, acheva-t-il.
Ce qui suivit fit crier Hermione. Heureusement, ils furent les seuls à l'entendre. Argos amorça un tonneau, passant sur le dos. Harry lâcha la bête et tomba dans le vide, tête la première. Deux secondes plus tard, un oiseau fonçait droit vers le sol avant de se fondre indistinctement dans le paysage.
Il est fou ! cria Hermione.
Je trouve que ça a du style, répondit simplement Ron avant d'amorcer la descente suivit d'Hermione et d'Argos, sans monture à présent. Ils atterrirent sous une pluie battante et se dissimulèrent derrière des bosquets épais et sortant leur baguette. Hermione se changeât en louve. Nez au vent, elle reprit quelques minutes plus tard sa forme humaine.
Harry revient dit-elle simplement.
En effet, quelques secondes plus tard, le grand-duc vint se poser au sol et Harry leur annonça sur un ton où pointait la rage :
Cinq mangemorts dont Greyback. Ils ont fait prisonnier des sorciers dont Neville. Là, ils sont en train de torturer paisiblement McGonagall, rapporta Harry, la voix rauque. Hermione avait plaqué sa main sur sa bouche.
On doit aller les aider, dit calmement Ron qui avait le bras droit qui remontait vers son dos où était accroché Excalibur.
Il nous faut un plan, et vite. Les prisonniers sont dans une tente, sans autres gardes que la peur et ils n'ont pas de baguettes. Je crois que la plupart sont des nés-moldus. Si nous les attaquons de front, ils vont se servir des prisonniers comme otages. Et je ne peux pas faire de magie au risque de voir débarquer le cinglé et sa troupe de l'horreur.
Ils se regardèrent, se remémorant les douloureux instants de leur dernière excursion à Privet Drive.
J'ai un compte à régler avec Greyback, déclara Ron. Contournez-les sous votre forme d'animagus et libérer-les. Je ferai durer le combat le temps nécessaire.
Harry était d'accord avec ce plan, mais Hermione hésitait. La peur se lisait sur le visage.
Ron, es-tu sûr de pouvoir affronter cinq mangemorts experts en combats à toi tout seul ?
Je ne compte pas les affronter tous les cinq en même temps. Je veux juste affronter Greyback en duel pour ce qu'il a fait à mon frère. La détermination se lisait sur son visage.
Bien, dit Harry. Allons-y et bonne chance à toi, Ron.
Ron se dirigea vers la troupe, réfléchissant aux sorts qu'il allait utiliser. Il arriva dans le dos des mangemorts.
Pour la dernière fois, siffla Greyback, dit-nous où se trouve Potter, articula-t-il entre deux doloris.
Tu n'as jamais été doué pour comprendre vite, Fenrir, dit la vielle femme à terre, le corps convulsé de spasme. Au grand étonnement de Ron, elle articula clairement en regardant son tortionnaire droit dans les yeux : Va-te-faire-foutre.
Sale…commença Greyback, la baguette levée. Avada …
GREYBACK, hurla Ron, je te défis en duel !
Les cinq mangemorts se retournèrent, surpris. Le loup-garou fixa le suicidaire qui l'avait hélé.
Mais avec plaisir, Weasley. À une condition : c'est un duel à mort.
À mort ! Dit simplement Ron.
Sur ces mots, une enceinte les entoura, les séparant du monde qui les entourait. Personne ne pourrait agir avant que l'un d'eux ne meure. Eux-mêmes, pouvaient voir ce qui se passait à l'extérieur, mais n'entendaient rien. Un marquage au sol apparut.
À une cinquantaine de mètres sur le côté, une louve blanche et un oiseau avançaient furtivement, contournant les six sorciers. La louve s'arrêta quelques instants pour regarder lorsque les deux sorciers se mirent dos à dos et commencèrent à avancer chacun de leur côté, comptant leurs pas. Le hibou se posa légèrement sur le dos du canidé et exerça une légère pression avec ses serres tranchantes sur le dos de l'animal. Ils se remirent en route et arrivèrent à l'opposée de là où ils étaient partis. Par terre, sur le sol boueux, la vieille femme regardait les deux hommes finir de compter leurs pas et se retourner. À ce moment, elle sentit quelque chose de froid dans son cou. Elle tourna brusquement la tête et découvrit une magnifique louve blanche qui la fixait avec – était-ce possible ?- bienveillance ? Aussitôt après, un hibou se posa sur une branche juste à côté. Il la regarda. Les yeux de McGonagall furent rapidement attirés par des plumes noirs qui formaient un éclair.
Potter ?
La Professeur se tourna vers la louve qui avait laissé place à Hermione.
Miss Granger ? Comment ? Que faites-vous ici ?
Hermione mit son doigt sur sa bouche. Elle fit un signe à Harry qui s'envola vers la tente située à une cinquantaine de mètres.
Nous allons vous sortir de là. Comment vous sentez-vous Professeur ?
Faible. Mais comment avez-vous réussit votre transformation en animagus en si peu de temps ?
Plus tard, Professeur. Pour le moment, dit-elle, Accio baguette Minerva lança Hermione. La baguette de la vieille femme s'échappa de la ceinture où elle était sans que son « nouveau » propriétaire ne s'en rende compte. Hermione tendit sa baguette à McGonagall.
Harry va libérer les prisonniers, Ron détourne seulement leur attention.
Mais il va se faire tuer, gémit McGonagall.
Hermione ne répondit rien et regarda la scène. Ron et Greyback se tenaient face à face, se dévisageant. Ron faisait exprès de faire durer le duel. Greyback, quant à lui, réfléchissait comment il ferait souffrir ce stupide garçon. Il n'avait même pas sortit sa baguette. Il était vraiment stupide. Il commencerait en douceur.
Furoncilis
Mais à sa plus grande surprise, le roux saisit un objet dans son dos qu'il n'avait jusque là pas aperçu et vint frapper son trait magique au moment où celui-ci allait le toucher. Il fut encore plus surpris lorsqu'il reconnu une épée. Mais pas n'importe laquelle. Une aura s'en échappait. Une aura puissante. Et aucune trace de furoncle sur son visage. Il sentit une raie froide lui glisser dans le dos. Ce n'était pas normal. Le garçon avait pris une position défensive excellente, jugea-t-il en tant qu'ancien bretteur.
Petrificus totalus.
Stupefix
Incarcerem
Expulso
Mais aucun trait n'atteint le jeune homme qui les frappait tous du tranchant de son épée dans un geste parfait, sans la moindre hésitation.
Essayons ceci, pensa le mangemort :
Accio épée
Comme il l'escomptait, le garçon ne fit pas attention et arrêta le sort de son épée. Mais là où l'épée aurait du lui échapper des mains, elle s'entoura simplement d'une lueur rouge et resta où elle était. Un éclair passa dans les yeux du roux. Une raie froide dans le dos de Greyback. Il commençait à sentir la peur. Il ne l'avait plus sentit depuis qu'il était loup-garou. Le garçon aurait du perdre l'épée. Que ce passait-il ? Il commença à enchainer des sorts de plus en plus vicieux, la peur au ventre. Mais ni la puissance des sorts, ni la cadence à laquelle il les envoyait ne semblait éprouver le moins du monde son adversaire qui frappait chacun de ses sorts avec une précision parfaite, comme si l'épée savait où frapper. L'épée semblait même se gorger de puissance et il commençait à émaner une lueur rouge d'elle. Désespéré, il lança :
Avada Kedavra
Mais le sort, comme les autres, fut arrêté par l'épée du gamin.
Ca va Greyback, tu t'amuses bien ?
Tais-toi ! Montre voir si tu te débrouilles aussi bien au corps à corps.
Greyback transforma sa baguette en une redoutable épée, aussi tranchante qu'un rasoir. Il s'approcha de son adversaire, l'épée en garde. Après avoir estimé là où son adversaire était le plus faible, il engagea le combat. Mais il eu beau attaquer avec toute sa science, Ron paraît toujours avec des parades de coups de tranchant. Ses parades composées n'eurent aucun effet, la défense du roux était infaillible. Par contre, ses attaques étaient pitoyables, on aurait dit qu'il n'avait jamais combattu à l'épée avant, ce qui, vu sa défense, était impossible. Il finit par sortir sa botte, celle qui l'avait plus d'une fois sauvé la vie, mais Ron la parât superbement.
Et bien gamin, on fatigue, le nargua Greyback. Mais intérieurement, il était effrayé sa seule chance pensa-t-il, était de le déconcentrer.
Dis-moi Weasley, t'es djà allé voir la famille de ton ami à Privet Drive ? J'y ai laissé une surprise.
Ron comprit aussitôt.
C'est toi ! Assassin !
Ron changeât son épée de main, la saisissant de la main gauche et chargea Greyback avec une telle violence que celui-ci dut reculer. A présent, il ne faisait plus que parer. La fin de l'estrade sur laquelle ils combattaient se rapprochait dangereusement.
Impuissant, les quatre mangemorts assistaient au combat, encourageant inutilement leur « héros ». Ils ne remarquèrent pas le hibou qui revint vers les deux femmes, debout derrière eux. L'oiseau fit un signe de la tête et s'envola plus loin.
Harry a pu libérer tous les prisonniers, dit Hermione à McGonagall. Séparons-nous, nous devrons affronter les quatre autres mangemorts quand ce sera fini.
Les deux femmes se séparèrent, entourant le groupe de sorcier.
De son côté, Greyback sentait sa fin approchée. Les coups du sorcier se faisaient de plus en plus violent, il ne semblait ressentir aucune fatigue. Dans une tentative désespérée, Greyback tenta une dernière attaque. Il tenta un coup droit, mais d'un mouvement de poignet, Ron brisa l'épée de Greyback. Il se retrouva avec un moignon de baguette dans la main. Il releva les yeux pour voir son adversaire amorcer un mouvement horizontal avec son bras gauche. Ses yeux s'agrandirent sous l'effet de la peur. La dernière chose qu'il vit fut une haine pure dans le regard de Ron. Sa tête vola en arrière, arrosant les quatre autres mangemorts de sang, l'enceinte ayant disparu.
Stupefix, hurlèrent les deux femmes au même moment. Deux des mangemorts s'effondrèrent. Les deux autres se retournèrent, surpris. Mais ils esquivèrent les deux autres sorts. McGonagall dut protéger Hermione d'un sort vicieux et fut désarmée. Hermione expulsa un des deux hommes. Mais le second la désarma à son tour. Ron qui n'avait pas encore dégainé sa baguette cria. Il se concentra fortement et sauta, mais retomba aussitôt. Ses jambes avaient disparues, laissant place à deux puissantes pattes félines qui l'empêchait à présent de se relever.
Vous êtes peut-être doué au maniement de l'épée, Weasley, mais pas en métamorphose, ricana la mangemort, enlevant son masque. C'était le père de Goyle. Je vais vous tuer. Mais d'abord vous, Professeur. Il se tourna vers la vieille femme.
Avada Kedavr…
Mais il n'acheva jamais sa phrase. Profitant d'une éclaircie, une boule de plume avait foncé sans aucun bruit vert le mangemort, le soleil dans le dos et s'était abattu sur la gorge de l'homme, serres en avant, les lui enfonçant profondément dans la gorge et lui sectionnant trachée et carotide d'un geste sec. L'homme leva sa baguette avant de la baisser et de glisser doucement vers le sol, le hibou toujours accroché au cou. Harry reprit apparence humaine. Il était barbouillé de sang.
Professeur, Hermione, ça va ?
Potter ! C'était … c'était… très gentil de votre part.
Hermione alla ramasser sa baguette et rendit à McGonagall la sienne d'un mouvement de poignet, celle-ci fit disparaître le sang de la robe d'Harry.
Loin de moi l'idée d'être impoli, mais l'un d'entre vous pourrait-il m'aider ? demanda Ron, toujours au sol avec ses pattes de lion.
Mmh, vous devriez faire attention, M Weasley. Les accidents de métamorphose en animagus peuvent être irréversible.
C'est promis, la prochaine fois que je voudrais vous sauver, j'y penserai à deux fois, Professeur, dit ironiquement le jeune homme.
Pendant que McGonagall récitait une longue et compliquée incantation, Hermione demanda à Harry :
Merci Harry. Sans toi, c'était fini.
Ce n'est rien. Tu aurais fait pareil.
Tuer de sang-froid, dit-elle en tremblant.
Je n'avais pas le choix, répondit-il, mais ses épaules s'affaissèrent tout de même.
Excuse-moi Harry, ce n'est pas ce que je voulais dire.
Potter, dit McGonagall, vous n'avez pas à vous en vouloir. Je ne dis pas seulement cela parce que vous avez sauvé ma vie, mais parce c'était la seule solution. Jeter un sort aurait alerté les autres mangemorts. En disant cela, elle ficela les trois autres hommes encore vivant solidement.
D'où vient votre épée M Weasley ? Et qui vous a appris à vous battre ainsi ?
Cette épée, expliqua Ron qui avait de nouveau retrouvé des jambes « humaines » est Excalibur. Je n'ai jamais appris à me battre. Je sais simplement si un sort où une attaque quelconque me menace et Excalibur sait quelle parade opposer.
Excalibur ? répondit une McGonagall éprouvée par les derniers évènements. Elle tendit la main vers Ron qui lui donna Excalibur après un instant d'hésitation qui ne passât pas inaperçu d'Harry. Elle l'examina silencieusement. Elle était très impressionnée. Le porteur d'Excalibur devait être une personne au grand courage et de parfaite loyauté. Assurément, il ferait de grande chose. Elle lui rendit l'épée.
Je ne peux que vous conseiller de vous entrainer à vous métamorphoser.
Merci Professeur, marmonna Ron qui rangea l'épée dans son fourreau.
