Chapitre 8
Le devoir de mémoire
Tonks était dans le noir. Métaphoriquement et littéralement. Elle était allongée sur son lit et repassait dans sa tête les derniers événements de sa vie. D'abord sa rencontre avec Rémus. Il lui avait plus tout de suite. Même lorsqu'elle avait su pour sa condition de loup-garou. Elle avait continué de l'admirer en secret jusqu'à ce jour, dans l'infirmerie. Fleur lui avait donné la force de s'affirmer et de faire comprendre à Rémus qu'elle l'aimait et que rien ne pourrait la faire changer d'avis.
C'est radieuse qu'elle s'était rendu jusqu'à l'autel dans sa robe blanche. Rémus avait ce regard brillant qu'il lui réservait lorsqu'il était vraiment heureux. Lorsque le mage les avait déclaré mari et femme, Tonks pensait être la plus heureuse du monde. Elle se trompait. A peine quelques mois plus tard, elle avait appris qu'elle était enceinte. Mais la première réaction de Rémus n'avait pas été celle qu'elle espérait.
« Quoi ? Tu es sur de ce que tu avances ?
- Oui Rémus, j'ai fait des examens complémentaires et je suis vraiment enceinte.
- Ce n'est pas possible ! Je ne peux pas avoir fait ça ! »
Ensuite, Rémus s'était mis à crier qu'il ne pouvait pas avoir d'enfant, que c'était trop dangereux pour elle, qu'il allait transmettre sa lycanthropie à l'enfant ! Tonks n'avait pas réussi à le retenir. Elle avait attendu quelques heures ne sachant pas quoi faire et caressant machinalement son ventre. Puis il était revenu et ils avaient longuement parlés. Elle avait réussi à le rassurer.
Au fil des mois, son ventre s'était arrondi et Rémus, malgré la menace du Lord Noir, était régulièrement souriant. Puis vint la naissance de Teddy. Rémus s'était précipité à la chaumière aux coquillages pour annoncer la nouvelle. Il était revenu vers sa femme et son fils avec un sourire immense.
« Harry a accepté d'être le parrain ».
Tonks vécut ce jour-là le plus grand bonheur de sa vie.
Puis arriva la bataille, le rayon vert, le regard écarquillé de Rémus et sa chute. Tonks ne cessait de revivre la scène. Elle aimait son mari, et se devait de le garder en mémoire. C'était son devoir d'épouse et de mère. Elle s'en voulait énormément de ce qui était en train de se passer avec Hermione. Elle avait l'impression de trahir Rémus. Elle imaginait déjà les réactions des gens. La pauvre veuve éplorée qui n'est pas si éplorée que ça, la mère indigne qui a peine quelques mois après la perte de son mari flirte avec quelqu'un d'autre. Tonks se redressa et enfouit son visage dans ses mains. Elle ne savait plus quoi penser ni quoi faire. Combien de temps fallait-il pour se remettre d'un deuil ? Depuis quelques jours elle se sentait de plus en plus mal. Elle ne pouvait en parler à personne. Sa mère ne comprendrait pas, Minerva non plus… Prise d'une impulsion subite, Tonks se dirigea vers le bureau du directeur. Arrivée devant la porte, elle hésita puis entra. Le regard bienveillant et malicieux de Dumbledore l'accueillit.
« Tu as l'air perdue Nympadora »
Tonks regarda l'ancien directeur d'un œil mauvais. Celui-ci sourit.
« En quoi puis-je t'aider ? »
Tonks soupira et commença à expliquer à Dumbledore la raison de sa présence. Celui-ci resta silencieux pendant son explication. Une fois qu'il fut bien sûr qu'elle lui ai tout raconté, il prit la parole.
« Je ne peux pas t'aider à te sentir mieux Nymphadora. Mais je peux t'indiquer une personne qui vit la même chose que toi et qui pourra t'aider. Mais avant toute chose, je dois être sûr. Pourquoi te sens-tu coupable ?
- J'ai l'impression de trahir Rémus. De ne pas respecter sa mémoire.
- Tu parles de la mémoire comme si c'était un devoir.
- C'en est un.
- Non ma chère enfant. La mémoire c'est avant tout conserver une part de l'autre en soi. Rémus voudrait que tu vives ta vie, pas que tu te morfondes à cause de lui,
- C'est bien facile de faire parler les morts... »
Tonks rougit devant l'ironie de ce qu'elle venait de dire.
« Effectivement, pour certains c'est plus facile, sourit Dumbledore derrière ses lunettes en demi-lune, mais garde à l'esprit qu'il est plus facile de faire parler les morts que de consoler les vivants. »
L'ancien directeur disparut du tableau sans laisser à la jeune femme le temps de répondre quoi que ce soit. Elle se leva lentement et rejoignit la cheminée. Elle pencha sa tête et murmura quelques mots. Lorsqu'une tête apparut dans l'âtre, Tonks se redressa.
« Angelina ? C'est Tonks. Je peux te parler ? »
