Ce Qu'il Nous Reste
Disclaimer, rating et genre : voir le premier chapitre de cette histoire.
Relectrices : Gwendoline, Lilou Black et Deb Lygg : un grand merci à vous les filles pour votre incroyable disponibilité quand j'en ai besoin.
Bonjour tout le monde ! Non, vous ne rêvez pas, c'est bien moi avec un nouveau chapitre. Je n'ai pas updaté depuis un moment pour des raisons que je vous avais donné (un énorme câlin à vous tous. Vos messages m'ont vraiment touchée ). Pour tout vous dire, ma vie perso ne va pas mieux, enfin si un peu, mais rien n'est réglé. Toutefois, j'avais très envie de retrouver Hermione et Severus, et tout le petit monde que j'avais mis de côté. J'espère que ce chapitre 8 vous fera autant plaisir qu'à moi qui l'ai écrit.
Je vous en souhaite une excellente lecture !
8
Le Passé Entrelacé
Hermione nageait dans un océan de félicité encore jamais égalé. Elle se sentait si bien. Son amant lui faisait des choses qui menaçaient de la faire défaillir. Sa langue, terriblement coquine, était remontée à l'intérieur de ses cuisses et titillait le point culminant de son désir.
— Oh Sev ! balbutia-t-elle. Severus ! s'écria-t-elle quand l'orgasme la submergea tel un immense raz de marée.
L'homme embrassa son ventre avant de revenir sur elle. Hermione se retrouva prisonnière des yeux sombres de celui qu'elle aimait tant : Severus. Il ne dit pas un mot, préférant capturer sa bouche pour un baiser vorace. Elle ? Amoureuse de cet homme ?! Dire qu'ils allaient avoir un bébé tous les deux... Tandis qu'il s'apprêtait à lui faire l'amour une nouvelle fois, quelque chose de confus s'agita dans sa mémoire. Sa tête tournait, sa vision devint floue avant qu'elle ne tombe dans le vide.
Elle se retrouva emportée dans un tourbillon de noirceur avant de sombrer corps et âme dans le néant et...
oO§Oo
Hermione se réveilla en sursaut. Toute en sueur, le cœur battant, elle s'assit dans son lit. Relevant légèrement la tête, elle observa l'obscurité de la pièce. La sorcière mit un moment à se rappeler où elle se trouvait. Perturbée, elle posa ses deux mains tremblantes contre ses cuisses. Elle sentait encore la force de son orgasme. Cela, elle ne l'avait pas seulement rêvé, mais le reste... Elle ferma les yeux avec force pour tenter de se calmer et de chasser ce qu'elle avait cru voir. C'était tellement gênant et étrange en même temps.
Severus Snape, elle avait rêvé de lui. Il était si différent dans ses songes. Il l'avait regardée avec un tel amour et une telle intensité... Il avait su l'éveiller à des choses qu'elle n'avait jamais encore expérimentées avec un homme. Une douleur diffuse se logea dans sa poitrine lui rappelant que si, elle avait déjà dû vivre tout cela un jour. Elle avait juste tout oublié.
Mais pourquoi ? se demanda-t-elle, confuse. Pourquoi avait-elle fait un rêve érotique avec Severus Snape ? Il est vrai qu'elle avait beaucoup apprécié la soirée passée en sa compagnie. Malgré l'incident avec Draco, sortir un peu lui avait fait du bien et la promenade qui avait suivi avait été des plus agréables. Severus s'était montré presque galant avec elle.
Était-ce pour cela ? Elle se sentait si seule, si démunie et depuis si longtemps. Peut-être était-il temps de combler ce trou béant qui ne cessait de s'élargir au fil des années dans son cœur qui s'étiolait. Mais qui voudrait d'une moitié de femme ? Elle ne pourrait plus jamais donner la vie. La guerre, les horreurs qu'elle avait subies, puis oubliées avaient fait en sorte qu'elle perde son enfant, sa douce, sa belle petite fille et qu'elle ne puisse plus jamais en avoir d'autres. Repenser aux souvenirs disparus, au chagrin qui l'avait envahie quand elle s'était réveillée à l'hôpital, au corps sans vie de son bébé, eut raison d'elle. Elle s'effondra sur son lit en gémissant de douleur. Les larmes jaillirent par flots intarissables. Toute à ses geignements, elle n'entendit pas la porte de sa chambre s'ouvrir, ni une personne s'asseoir près de son lit avant de l'étreindre avec force.
— Pourquoi ? gémissait-elle, anéantie. Pourquoi moi ?
— Chut, ma douce, ma belle enfant, calme-toi, je suis là... Chut.
Une main rassurante lui caressa le dos tandis qu'Hermione se laissait aller contre le corps chaud qui ne cessait de l'étreindre avec fermeté. Ses pleurs se tarirent enfin et elle réussit à se calmer. Se redressant, un peu honteuse, elle capta le doux regard de Sélena. Cette dernière prit un mouchoir de la poche de son peignoir qu'elle passa sur le visage de la jeune sorcière.
— Allez-vous mieux, Hermione ? demanda-t-elle avec douceur.
La jeune femme acquiesça, un peu honteuse de s'être laissé aller ainsi devant Sélena.
— Je suis désolée, marmonna-t-elle avec un reniflement disgracieux. Je ne sais pas ce qu'il m'a pris.
Sélena lui caressa le visage.
— Vous n'avez pas à l'être. Vous semblez avoir vécu beaucoup de choses horribles par le passé. Laissez-vous du temps, un jour vous finirez par ne plus y penser.
À ces mots, Hermione émit un rire teinté de beaucoup d'amertume.
— Le souci, c'est que j'ai tout oublié. Je ne me souviens de plus de rien. Tout ce qu'il me reste, c'est le sentiment douloureux d'avoir perdu des choses que je ne retrouverais probablement jamais.
— Je comprends, répondit Sélena en se levant. Mais, Hermione, sachez que nous sommes là. Si vous en avez besoin, Severus et moi-même serons là pour vous écouter. Surtout lui, termina-t-elle avant de se diriger vers la porte.
— Merci, Sélena, dit Hermione d'une petite voix.
La sœur de Lucius Malfoy lui fit un signe de tête avant de sortir.
oO§Oo
Derrière la porte se tenait Severus, fou d'angoisse.
— Alors ? murmura-t-il à la sorcière rousse.
Il ne voulait pas qu'Hermione l'entende.
— Alors ?! cracha Sélena, furieuse, c'est toi qui aurais dû la consoler ! C'est vers toi qu'elle devrait se tourner, Severus. Pourquoi m'as-tu forcée à le faire à ta place, bon sang ? Es-tu si lâche que ça ?
La mine crispée, le maître des potions attrapa avec rudesse le bras de Sélena et l'entraîna au rez-de-chaussée. Une fois dans la cuisine, Severus ferma la porte et insonorisa la pièce pour que personne ne les entende.
Contre toute attente, il poussa un hurlement de rage qui fit sursauter Sélena, puis il bourra la table en formica de coups de poing furieux.
— Severus ! s'exclama-t-elle choquée. Qu'est-ce qu'il te prend, par Merlin ?!
L'homme s'arrêta aussi brusquement qu'il avait commencé et se tourna vers elle, le souffle court, les cheveux devant ses yeux hagards, pleins de larmes de rage et d'impuissance.
— Ce qu'il me prend, pauvre idiote, c'est qu'à ta place, je n'aurais pas supporté son désarroi. Comprends que je n'ai jamais pu, ni jamais su faire le deuil de tout ce qu'il nous est arrivé à cette affreuse époque. Sais-tu pourquoi elle était dans cet état ? finit-il par lui demander plus calmement.
Sélena acquiesça, mal à l'aise. Elle n'aimait pas lire dans les pensées des gens, mais Severus avait insisté. Il voulait savoir ce qui pouvait la mettre dans un état pareil.
— Elle pleurait ce qu'elle avait oublié et ce qu'elle a perdu... Votre fille.
— Elle ne t'a pas sentie entrer, au moins ? cracha-t-il plus sombre que jamais.
— Pour qui me prends-tu ? soupira Sélena en s'appuyant contre le mur de la pièce. Cela devient malsain, Severus, reprit-elle d'une voix triste. Je ne comprends pas que tu ne te sois pas plus battu contre la vieille Écossaise. Elle n'avait aucun droit légal sur Hermione.
Severus se passa les deux mains dans les cheveux.
— Rien ne sert de me le rabâcher tous les jours, Sélena. Ce qui n'a pas été fait n'a pas été fait, c'est tout. Comment vais-je pouvoir lui permettre de se souvenir de nous et du reste sans la blesser davantage ?
— Tu n'as pas avancé dans tes potions ? voulut-elle savoir en croisant les bras.
— Non, soupira-t-il. Mon seul espoir réside dans le fait qu'elle se souvienne. Ce soir, je suis passé un peu plus tôt dans sa chambre et j'ai espionné ses rêves.
— Oh ! s'étonna Sélena. Et, qu'as-tu trouvé ?
— Nous !
— Vous ?
— Elle rêvait de vieux souvenirs, du temps où nous étions cachés dans la maison de mes grands-parents maternels.
À ces mots, Sélena s'écarta du mur, un large sourire se dessinant sur ses lèvres plaines.
— C'est une magnifique nouvelle, Severus. Cela veut dire que certaines choses remontent à la surface ! C'est très bien, s'enthousiasma-t-elle, heureuse pour lui.
Il approuva même s'il lui semblait prématuré de s'accrocher à ce trop mince espoir.
— Ce que je pense, continua Sélena, c'est que tu devrais titiller sa mémoire. Sortez, séduis-là et si d'ici quelques mois rien ne se passe, sans doute devras-tu envisager de tout lui dire.
Le visage de Severus s'assombrit devant cette éventualité sur laquelle il ne voulait se pencher qu'en dernier recours. Il avait peur de la perdre pour toujours, qu'elle ne puisse jamais plus l'aimer. Il ne supporterait pas un refus de sa part. Si Hermione se détournait de lui comme l'avait fait Lily par le passé, il n'était pas sûr de sa réaction.
— Hermione n'est pas Lily et tu n'es plus un adolescent couvert de boutons, murmura Sélena avec compassion.
— Arrête de lire dans ma tête, grogna-t-il, vexé.
— Je n'ai rien fait, objecta-t-elle en souriant à moitié. Bien, il est tard, je vais me coucher. Bonne fin de nuit, Severus.
Et elle le laissa seul avec ses espoirs et ses doutes. Comment faire pour qu'Hermione se souvienne qu'elle était bien plus qu'une simple nounou pour Sebastian et lui ?
oO§Oo
Plusieurs jours après son fameux rêve, Hermione était toujours mal à l'aise en présence de Severus et faisait tout pour l'éviter le plus possible. Ce jour-là, par exemple, elle avait réussi à convaincre Sélena de les laisser sortir, Sebastian et elle, jusqu'au petit parc pour enfants moldus qui se trouvait à quelques pâtés de maisons de l'Impasse du Tisseur.
La jeune femme avait pris un roman qu'elle lisait distraitement d'un œil, tout en surveillant le fils de son employeur de l'autre. Ce dernier jouait dans son coin, tout en jetant des regards avides vers un petit groupe d'enfants un peu plus loin. Elle dut se faire violence pour ne pas le rejoindre et l'inciter à se faire des copains de jeu. Elle savait par expérience toute personnelle que forcer quelqu'un était le meilleur moyen de le braquer. Toutefois, s'il ne faisait rien pour aller les voir, elle aborderait le sujet avec lui. Sebastian était un enfant adorable, mais un peu trop renfermé sur lui-même. Cela dit, comme il sortait rarement, cela ne l'inquiétait pas outre mesure.
Elle venait de lire une page quand ses yeux captèrent un ballon qui passa non loin d'elle. Relevant la tête, elle aperçut Sebastian qui parlait à un autre enfant à peu près du même âge. Ils se mirent à rire avant qu'une petite fille vienne s'ajouter à la bande. Bientôt, la petite troupe s'envoya la balle en hurlant d'excitation avant de la laisser de côté pour quelques tours de toboggan.
Quand elle l'appela pour rentrer, Sebastian s'était fait quelques copains qui lui tapèrent l'épaule en espérant le revoir le lendemain.
— Hermione ! Hermione ! s'écria-t-il fou de joie, les joues rouges et les yeux brillants de plaisir, Hermione ! Dis, on reviendra demain, dis, on pourra...
— Oui, Sebastian, le coupa-t-elle en riant. Je vois que cette idée de parc ne t'effraie plus comme lorsque nous sommes partis ce matin, termina-t-elle avant de lui prendre la main pour traverser la route.
— En fait, reprit l'enfant, les enfants moldus sont trop super. Je savais pas qu'on pouvait aussi bien s'amuser sans magie ! J'ai adoré !
Hermione éclata de rire devant la bonne humeur du petit garçon. Quand ils franchirent tous les deux la porte de la maison, un chaos sans nom régnait à l'intérieur. Des éclats de voix retentirent alors.
— Oups, murmura Sebastian en se mordillant la lèvre inférieure, je crois que papa et Sélena sont en train de se disputer. On devrait monter dans ma chambre pour ne pas les déranger.
Hermione secoua la tête, la mine sombre. Elle n'aimait pas les disputes. Cela lui rappelait toujours de mauvais souvenirs à Poudlard lorsqu'elle servait d'intermédiaire entre Harry et Ron à l'occasion de leurs conflits. À en croire ce que lui racontait Ginny, ça n'avait pas trop changé. Sauf que ce n'était plus elle qui se retrouvait au milieu et ça ne lui manquait pas du tout.
— Va dans ta chambre, Sebastian, intima-t-elle au garçonnet avant de prendre son courage à deux mains pour affronter le terrible ouragan qui semblait dévaster le tout petit salon.
Le fils de Severus ne demanda pas son reste et détala aussi vite qu'il le put et sans se prendre un livre – qui volaient en tout sens dans la pièce – en pleine figure. Quand Hermione entra à son tour, elle écarquilla les yeux de surprise. Severus et Sélena se jaugeaient furieusement, chacun tenant l'autre en joue de la pointe de sa baguette. Très mature, vraiment, songea-t-elle.
À sa vue, Severus émit un juron sonore avant de passer une main dans ses cheveux emmêlés.
— Par Merlin, Sélena, jura-t-il, tu ne perds rien pour attendre !
Il rangea sa baguette dans la poche intérieure de sa veste prévue à cet effet, après avoir remis un semblant d'ordre dans la pièce. Puis, il dépassa Hermione d'un pas vif.
— Suivez-moi, Granger ! hurla-t-il tandis qu'il ouvrait la porte d'entrée à la volée.
La jeune sorcière soupira. Cela faisait longtemps qu'il ne l'avait pas appelée ainsi et de cette manière. Pour un peu, elle se serait crue de retour à Poudlard. Secouant la tête, elle finit par se résoudre à l'accompagner dehors.
Il l'attendait en bas des marches.
— Où allons-nous ? demanda-t-elle d'un ton légèrement craintif.
Il ne lui répondit pas, se contentant d'avancer à grands pas avant de tourner au coin de la rue. Elle le rattrapa en courant avant qu'il ne lui agrippe le bras. De là, il les fit transplaner sans attendre.
Hermione, qui ne s'y attendait pas, faillit vomir le reste du petit-déjeuner qu'elle avait pris quelques heures plus tôt. Comprenant que son ancien professeur ne lui dirait rien et ne s'excuserait pas, elle lui lança un regard noir.
— Ce n'est pas parce que vous êtes furieux que vous devez passer vos nerfs sur moi, Professeur ! jeta-t-elle froidement entre ses dents serrées.
Aussitôt avait-elle craché sa rancœur qu'elle s'en voulut. Elle avait vu son dos se crisper au mot « Professeur ». Elle savait qu'il préférait qu'elle l'appelle Severus, mais cela avait été plus fort qu'elle, elle avait voulu le blesser. Elle n'avait pas toujours été comme ça avant... Avant le grand trou noir de sa conscience.
Il ne lui avait pas répondu et s'était avancé vers la vieille maison qui surplombait une petite colline. L'endroit était calme et la bâtisse entourée de hautes herbes folles aurait bien eu besoin d'être rafraîchie.
La sorcière fronça les sourcils. Elle avait l'impression d'une sorte de déjà-vu, comme si elle connaissait déjà cet endroit. Mais c'était impossible, n'est-ce pas ? Avisant Severus, elle le vit ouvrir la grille et lui faire signe de le rejoindre. Contrairement à ce qu'elle pensait, l'intérieur avait été aménagé. L'entrée, qui était un long couloir sombre, donnait sur deux pièces puis, plus loin, un grand escalier menait à l'étage.
— Venez par ici, Hermione, dit Severus d'une voix plus calme.
Elle le suivit et se retrouva dans un douillet petit salon. Elle écarquilla les yeux devant la décoration et les six rangées de bibliothèques qui occupaient tout le mur du fond. Severus lui indiqua un canapé recouvert d'une courtepointe rouge et or – étrange pour un Serpentard, mais elle ne releva pas – et tandis qu'elle y prenait place, il s'installa sur une chaise en face d'elle.
— Je ne comprends pas pourquoi vous m'avez amenée ici, le questionna-t-elle, un peu mal à l'aise.
Elle n'était pas certaine d'apprécier la manière dont il la dévisageait.
— Dites-moi, Hermione, commença-t-il d'une voix douce et qui détonnait avec son humeur précédente. N'avez-vous pas l'impression de connaître cet endroit ?
Elle sursauta et analysa sa question. Elle avait certes une impression de déjà-vu, comme si la scène lui était familière, mais pour le reste... Elle n'était pas sûre.
— Non, je ne pense pas être venue ici, ça ne me dit rien, finit-elle par répondre.
Ce n'était pas l'entière vérité, mais c'était la seule qu'elle n'aurait pas à expliquer. Elle n'aurait jamais su comment le faire de toute façon.
L'ancien maître des potions se caressa le menton avant de soupirer.
— Pourtant, vous êtes déjà venue ici, il y a longtemps, murmura-t-il comme à regret.
— Où sommes-nous ? demanda Hermione qui commençait à avoir la chair de poule.
Il ne faisait pas si froid que cela, pourtant.
— Ici ? dit Severus d'un ton qu'elle ne lui avait jamais connu. Nous sommes dans l'ancienne demeure de la famille Prince.
— La famille Prince ? bégaya-t-elle ? Mais...
— Il s'agit de la demeure de la famille de ma mère, reprit-il en se levant du fauteuil. Je vous ai emmenée ici durant la guerre contre Voldemort.
Si elle fut étonnée qu'il puisse prononcer le nom de l'ancien mage noir, elle n'en dit rien.
Il s'arrêta avant de pousser un long soupir chargé de choses qu'elle n'arrivait pas à interpréter. Était-ce du regret ? Elle détourna le regard un instant.
— Vous deviez me protéger à cause de ma grossesse ? demanda Hermione, qui n'avait jamais imaginé que Severus Snape serait celui qui saurait lui dire ce qu'elle avait oublié.
Elle avait bien essayé de faire parler ses amis, même McGonagall, mais ces derniers lui avaient fait croire qu'ils n'étaient pas en mesure de lui dire quoi que ce soit. Pour que la mémoire lui revienne, il fallait qu'elle se débrouille seule. Elle n'avait pas cru un instant à cet odieux mensonge, bien entendu, mais elle se sentait bien trop faible alors pour se battre pour sa mémoire et puis... elle avait peur de ce qu'elle y découvrirait.
— Personne ne vous a jamais rien dit de ce que vous aviez oublié, n'est-ce pas ? demanda Severus tout en admirant le tableau – une nature morte des plus étranges– qui se trouvait au-dessus de la cheminée.
Hermione se pinça la cuisse pour s'éviter de trembler.
— Non, on ne m'a rien dit. Tout le monde semblait penser que c'était mieux ainsi, que c'était pour mon bien, mais...
Elle s'arrêta, incapable de savoir si elle devait s'épancher auprès de cet homme qu'elle connaissait si peu. Elle l'avait rarement vu après sa sortie de l'hôpital et les seules fois où il avait daigné lever les yeux sur elle, elle y avait lu des ténèbres bien trop noires à décrypter pour sa pauvre âme brisée.
— Mais quoi ? l'encouragea Severus en se retournant à moitié vers elle.
La jeune femme se passa une main dans les cheveux avant de la laisser retomber. Elle pesait le pour et le contre. Elle avait envie de parler, de se confier enfin. Un instant, elle repensa au rêve qu'elle avait fait il y a plusieurs nuits de cela, et ses joues prirent une belle couleur carmin. Elle eut tout à coup très chaud et osa un bref regard vers lui avant de le reporter ailleurs. Imaginer son ancien professeur honni en amant potentiel, mais qu'est-ce qui avait bien pu lui passer par la tête ?! Et cette douleur qu'elle avait ressentie à son réveil ? Le manque de cet enfant perdu... Elle avait dû en faire le deuil sans savoir qu'elle l'avait porté, sans savoir qui était son père... Tout d'un coup, la douleur de ce passé oublié remonta à la surface et déferla sur elle comme une longue vague dévastatrice. Les larmes dévalèrent ses joues sans qu'elle les ait senties venir. Un long sanglot la secoua et elle s'effondra littéralement, tombant du canapé et se roulant en boule par terre. Elle en oublia tout ce qui n'était pas sa peine, elle en oublia jusqu'à l'homme, qui, surpris, la dévisagea un instant avant d'oser un pas vers elle.
— Hermione, murmura-t-il.
Son prénom prononcé ainsi était bien plus qu'une question. Inconsciemment, la jeune femme sut qu'il s'inquiétait vraiment pour elle. Qu'il s'en préoccupait vraiment. Pour la première fois, et ce depuis bien longtemps, quelqu'un la considérait autrement que comme un simple fardeau.
— J'ai mal, Severus, murmura-t-elle en reniflant bruyamment avant de se redresser. Elle ne s'assit pas et préféra se poster devant la fenêtre, mettant ainsi une certaine distance entre eux. Elle en avait besoin.
— Parfois, continua-t-elle, j'ai l'impression d'être ingrate. J'ai eu de la chance que Minerva veuille bien me prendre sous son aile et que mes amis ne m'aient pas tous abandonnée après ce qui m'était arrivé. J'aurais pu aussi ne pas survivre à la torture que j'ai subie, bien que je ne me souvienne de rien, termina-t-elle avec amertume.
Elle émit un petit rire sarcastique.
— Je ne me souviens de rien, reprit-elle en le regardant droit dans les yeux. Ma dernière année m'a été enlevée, tout ! Et le pire dans tout cela, c'est que je ne peux rien y faire ! Rien. Ce qui est quand même assez fort quand on sait que c'est moi-même qui aie jeté un sort que je ne connais même pas ! Minerva m'a expliqué que ce n'était pas un simple Oubliette. Si ça avait été le cas, j'aurais trouvé une solution depuis longtemps. J'ai cherché, vous savez... J'ai cherché alors qu'on m'encourageait à avancer, à oublier ce que j'avais oublié. Avancer, mais comment ? Quand on ne peut pas faire le deuil des horreurs subies et d'un enfant perdu ?
Elle avait prononcé les derniers mots d'une voix suraiguë, faisant sursauter son ancien professeur. Il avait pali, elle l'aurait juré.
— Vous vous faites inutilement du mal, répondit-il d'une voix posée.
Elle haussa les épaules. Cette phrase, elle l'avait déjà entendu, bien trop souvent à son goût.
— C'est ce qu'on me dit, mais sachez que ce qui me fait actuellement beaucoup de mal, c'est ce qu'il y a quelque part ancré en moi, sans que je ne puisse le faire remonter à la surface. Je souffre comme une damnée et la seule personne à qui je peux en vouloir, c'est moi seule. Quelle ironie du sort !
Elle se passa furieusement le dos de la main sur ses yeux pour en chasser les dernières larmes. Elle ne se sentait pas mieux, seulement un peu plus forte pour tenir encore debout et faire semblant d'avancer quelques jours encore.
— Nous devrions rentrer, Severus marmonna-t-elle, gênée de s'être laissé aller devant lui.
Elle allait sortir du salon quand il l'a retint par l'épaule.
— Attendez Hermione, vous ne savez même pas pourquoi je vous ai emmenée ici, objecta-t-il.
Elle l'observa. Il semblait nerveux tout d'un coup, puis il éclata de rire. Un rire franc et lumineux qu'elle ne lui connaissait pas et elle l'en trouva beau.
— J'agis comme une enfant égoïste, déclara-t-elle en rougissant. Pourquoi sommes-nous ici ?
— Je voulais vous faire visiter l'endroit. Un peu avant la naissance de Sebastian, j'avais émis l'idée de rénover la maison pour y vivre un jour. Il paraît que la campagne est meilleure pour y élever des enfants.
— C'est vrai, approuva Hermione. Je pense la même chose.
Elle ne l'avait pas quitté des yeux, trouvant ceux de son interlocuteur tout à coup fascinants. Avant qu'elle ne songe à ce qu'elle faisait, elle fit un pas devant lui, puis un autre avant d'oser pousser de ses doigts une des mèches sombres de l'homme une qu'elle lui remit derrière l'oreille.
Les yeux noirs de Severus s'étaient écarquillés, brillants d'une lueur étrange tandis qu'elle reculait honteuse de ce qu'elle venait de faire.
— Je ne sais pas ce qu'il m'a pris, je suis désol...
Elle ne termina jamais sa phrase. Il venait de la prendre dans ses bras et la serrait contre lui comme si leur vie en dépendait avant de la relâcher tout aussi brusquement.
— Partons, décida-t-il tout à coup sans lui laisser le loisir de dire quoique ce soit.
Que venait-il de se passer exactement ? songea-t-elle, décontenancée. Et pourquoi son cœur s'était-il mis à cogner aussi sourdement dans sa poitrine... ? Et... pourquoi avait-elle des papillons dans le ventre aussi ? Qu'est-ce que cela voulait dire ?
À suivre
N'hésitez pas à me laisser une review, pour me dire ce que vous en pensez. Comme vous l'aurez remarqué (et mes relectrices aussi), ça avance enfin entre eux... Mais si, je vous assure !
