Notes (finales) de l'auteur : et ben apparemment, pour exploser le record de reviews en 24h, il suffit de tuer le personnage principal et de terminer sur un gros cliffhanger !

Sinon, tadaaaaam ! Et paradoxalement, c'est le chapitre le plus facilement écrit… Merci d'avoir suivi, et en espérant que ce dernier moment de lecture vous plaira. En fait, le pire, c'est que je sais qu'il va plaire… (j'en soupçonne même certains de pousser des petits cris de musaraigne heureuse à la lecture…)


Chapitre 10 : Ce poids sur mes lèvres

Chaque nouvelle inspiration ravivait la brûlure de sa gorge. Il avait le souffle court, irrégulier. Et aucune putain d'idée d'où il se trouvait, ou de comment il était arrivé là.

Tous les muscles de son corps lui faisaient un mal de chien, comme si un de ces engins des enfers lui avait roulé dessus encore et encore. Etait-il blessé ? Mort ? Il ne parvenait pas à bouger, un poids sur ses hanches empêchant tout mouvement.

Il grogna, sans être certain qu'un son était sorti de sa gorge. Le monde autour de lui était assourdissant. Tellement bruyant. Tout était confus. Il tenta d'ouvrir les yeux mais les referma sur le champ, agressé par la violente lumière du soleil.

L'aube est terminée. Je suis mort.

Tout se mélangeait dans sa tête. Par les Dieux, que s'était-il passé ?

Et ce poids sur son corps, autour de son visage, sur ses lèvres. Bordel.

Autour de lui, des milliers de gens parlaient, criaient. Il entendit la voix du gamin. Etait-il descendu aux enfers avec lui ? Le boucan le submergeait, il en avait la nausée …

Il sentit confusément qu'on le redressait, qu'on l'obligeait à boire malgré ses haut-le-cœur. Sa gorge le brûla à nouveau. Depuis quand l'eau ravageait-elle plus que le rhum ?

Il tenta de maîtriser sa respiration, les battements de son cœur.

Un frisson le parcourut soudain : il n'était pas là, dans sa poitrine. Il avait perdu son cœur dans la bataille.

A nouveau, la confusion, le bruit. Deux claques sur ses joues déjà douloureuses. Le poids sur ses lèvres, encore. Bordel.

« Bon Dieu Killian, allez ! »

La voix d'Emma.

Il ouvrit de nouveau les yeux, la vision brouillée et se força quelques secondes à ne pas clore les paupières malgré la lumière bien trop brillante. Il sentit les larmes couler sur ses joues.

Tout était trop vif. Trop vivant. Tout en lui était agressé, ses sens submergés.

Il referma les yeux, se concentrant sur son souffle. Il inspira longuement, toussa et cracha ses poumons au lieu d'expirer calmement. Il se força à inspirer de nouveau, laissant le parfum salé de la mer l'emplir. Autour de lui, le boucan s'apaisa enfin et il comprit confusément que seule une poignée de personnes étaient avec lui.

Une main essuya doucement ses joues puis s'attarda sur ses lèvres.

Un soupir.

Il ouvrit les paupières, pour de bon cette fois.

Assise à califourchon sur lui, ses yeux verts embués de larmes, Emma Swan lui faisait face. Emma et ses cheveux en bataille, du sang séché sur sa chemise, un bleu sur sa pommette. Emma qui riait et pleurait en même temps.

Emma Swan qui se pencha vers lui et –

Wow. Donc le poids sur ses lèvres…

Un brusque souvenir le fit violemment se redresser pour regarder derrière elle, vers ses pieds, la déséquilibrant au passage. Comme par réflexe, son bras entoura la taille de la jeune femme, l'empêchant de tomber. Elle se retourna aussi vers ses pieds, interloquée.

Le soleil qui brillait à sa droite renvoyait l'ombre de son corps à sa gauche. Comme si elle n'avait jamais quitté ses côtés.

Il fronça les sourcils, confus. Pourtant, Pan avait…

La voix d'Henry s'éleva soudain, claire, étonnamment joyeuse. Il n'avait pas souvenir d'un enfant heureux à Neverland…

« Emma l'a recousue avec vos cheveux ! »

Il se retourna vers celle-ci, la question sur les lèvres. Elle sourit et essuya d'un geste un peu brusque une larme qui avait commencé de couler sur sa joue. Ses yeux étaient enflés, son nez rouge, et elle ne lui avait jamais paru aussi magnifique.

« Un peu de magie, c'est tout. », dit-elle doucement en baissant la tête, ses cheveux cachant son visage qui arborait un incarnat qu'il ne lui connaissait pas. Qu'il avait mille fois tenté de provoquer, sans jamais y parvenir.

Il avait toujours su que rougir lui irait bien.

Il entendit David grommeler quelque chose et vit du coin de l'œil Snow lui donner un coup de coude.

Un silence incongru s'installa soudain et il prit conscience de la scène. Il était assis sur le pont du Jolly Roger, sous un soleil plus brillant que jamais, les jambes d'Emma Swan de chaque côté des siennes, tandis que debout autour d'eux se trouvaient ses parents, son fils, Regina et le crocodile.

Lequel avait retrouvé tous les aspects d'un homme.

Il secoua la tête. Il avait dû rater un sacré morceau de la bataille, qu'ils avaient apparemment gagnée. Il se souvenait confusément d'avoir été transporté à travers la jungle à un moment, mais pour être honnête, tout était flou depuis que Pan avait…

Il déglutit.

« Pan ? » demanda-t-il, la voix rauque.

« Détruit » lui répondit Snow avec fermeté. Les autres n'avaient pas l'air aussi sûr, mais il s'en contenterait. Et le gamin avait l'air d'être entier, c'était ce qui importait.

Il hocha la tête. Le silence se réinstalla et il sentit Emma s'agiter à nouveau sur lui. Le bras qu'il avait passé autour d'elle l'empêchait probablement de se relever et il fit un mouvement pour se détacher d'elle. Alors qu'il relâchait la pression de sa main autour de la taille de la jeune femme, les yeux du pirate furent soudain attirés par un éclat lumineux qui provenait sa paume droite. Emma se racla la gorge.

« Oui, j'ai dû… » Une pause. « Tu nous as fait un petit arrêt cardiaque. »

Il regarda son cœur, puis Emma, puis son cœur à nouveau.

Confus.

Il s'était attendu au noir. Avait espéré le rouge. La jeune femme haussa les épaules, incapable d'offrir une réponse à sa question silencieuse. Au creux de sa main, elle tenait un organe cristallin aux légers reflets roses, qui semblait attraper les moindres rayons de la lumière du jour. Qui les renvoyait de façon aveuglante.

« Je vais te le remettre, je n'ai pas eu le temps, tu as commencé à te réveiller et puis… »

Elle arrêta soudain son babillage nerveux et rougit de nouveau. Morbleu, il avait dû atterrir dans un monde parallèle. Cette femme-là était bien trop différente… Fébrile, en larmes, heureuse. Sans parler qu'elle avait son corps pressé contre le sien.

Jamais Emma Swan n'aurait…

Et pourtant, tout semblait réel.

Les questions se bousculaient dans sa tête mais avant qu'il n'ait pu les formuler à voix haute, Emma avait posé sa main gauche sur son épaule et plongé celle qui tenait son cœur dans sa poitrine. Son souffle se coupa un instant.

Et soudain, les sensations affluèrent, d'une puissance phénoménale. Un ensemble de sentiments emmêlés déferla en lui et il ferma les yeux, incapable de résister au flot qui l'emportait. Un vertige le prit et pendant quelques secondes, le monde tourna, et tourna, et tourna. Et changea. S'il avait physiquement ressenti les minutes précédentes, la vague émotionnelle était sans comparaison. Un vrai tsunami.

Tout se mélangeait.

La peur en la voyant au sol dans cette caverne. La confusion en apprenant que Bae était en vie… La rage en brisant le sextant. Et le moment où Pan avait arraché son ombre, cette douleur indicible. Et le soleil chauffait maintenant sa peau, son corps si longtemps gelé.

Ils étaient en vie. Soulagement.

Son cœur battait trop fort.

Il était exténué. Il était heureux.

Par les Dieux, il allait crever, submergé par toutes ces sensations, noyé sous le poids du bonheur, de la crainte, de l'espoir… Il était impossible de –

Emma gigota au-dessus de lui et il ouvrit brutalement les yeux.

Emma Swan était à califourchon sur lui. Emma Swan avait pleuré, ri, rougi pour lui. Elle l'avait sauvé. L'avait embrassé. Et elle était présentement à califourchon sur lui.

Il déglutit. Sa main n'avait finalement pas quitté la taille de la jeune femme et ses doigts étaient en contact avec la peau, juste au-dessus du pantalon de toile. Il aurait dû bouger, la retirer, la poser au sol. Mais la chaleur qui émanait d'elle… Elle était trop près. Beaucoup trop près. Parfaitement à sa place. Depuis qu'il s'était redressé, il sentait le souffle d'Emma sur son visage. Il aurait pu compter ses tâches de rousseur…

Trop près. Trop puissant.

Il sentait la main sur sa poitrine, le pouce qui le caressait imperceptiblement. Son cœur accéléra et Emma sourit en le percevant. Les yeux de Killian se fixèrent soudain sur ses lèvres et il sentit soudain sa bouche s'assécher.

Il fallait qu'il –

Le raclement de gorge peu discret de Regina mit fin à sa transe. Le peu de rationalité qu'il conservait l'en remerciait – Emma Swan était à califourchon sur lui devant ses parents et son fils et il… – mais il s'entendit soupirer. Il se tourna vers elle, prêt à lui aboyer dessus.

Qu'est-ce qui te prend crétin ? Regarde autour de toi !

La Reine ne lui laissa pas le temps de protester.

« Etant donné que ma magie est revenue, je vais protéger le bateau et le rendre invisible. Juste au cas-où. »

Emma acquiesça et elle commença à se redresser pour se lever. Bien malgré lui, Hook enfonça ses doigts dans la chair de sa hanche, la maintenant en place. Elle lui lança un regard faussement courroucé et le pirate sentit un sourire éclore sur son propre visage. Il haussa les sourcils avec un air innocent et Emma secoua la tête avant de se tourner à nouveau vers les autres.

« Tout le monde devrait aller se reposer, il nous faut récupérer des forces. Nous tenterons de quitter Neverland dès demain. »

« Comment ? » intervint Snow.

« Poussière de fée » répondit Hook. « Elle s'est faite rare sur Neverland, mais quelque chose me dit que cela va changer… »

Le couple princier approuva d'un mouvement de tête puis Snow entraîna son mari qui grommelait à nouveau vers les cabines. Comme si son avis importait. Et Killian n'était de toute façon pas dupe, il avait acquis le respect de David depuis plusieurs semaines déjà. Mais celui-ci semblait décidé à maintenir la façade, du moins pour quelques temps encore.

Emma se tourna ensuite vers son fils. Henry avait toujours ce sourire ravi aux lèvres, mais la fatigue se lisait sur son visage. Le garçon s'était appuyé contre un des mâts et ses yeux brillants se fermaient par instants malgré ses tentatives désespérées de rester éveillé.

« Henry, tu vas accompagner Regina et aller te reposer. Tu dors debout, gamin. »

Le môme commença à protester mais deux paires d'yeux maternels le firent taire immédiatement. Il s'approcha du couple toujours assis sur le pont du bateau et enserra sa mère dans ses bras un instant, forçant le pirate à s'écarter et la main d'Emma à quitter sa poitrine. Son corps entier protesta.

Hook vit la jeune femme enfouir son nez dans les cheveux de son fils, les embrasser, les respirer.

« Je viens te border dans quelques minutes »murmura-t-elle, embrassant sa joue.

Le gamin se détacha d'elle et attrapa la main de Regina, qui le guida à l'intérieur du navire. Emma le suivit des yeux jusqu'à ce qu'il soit hors de vue. Hook l'entendit soupirer et ses doigts effleurèrent à nouveau sa taille. Elle sourit.

Un nouveau raclement de gorge les fit brusquement se tourner. Gold était debout à côté d'eux, immobile. Humain, songea le pirate. Il ne restait aucune trace du crocodile qui avait gâché sa vie. Devant lui se tenait l'homme qu'il avait rencontré des siècles auparavant. Qu'il avait méprisé pour son manque de courage.

Killian se rendit soudain compte à quel point il avait été cruel. Il se demanda un instant s'il s'adoucissait, si c'était son cœur, Emma ou bien lui qui avait changé.

« Miss Swan… »

« Je vous laisse choisir la stratégie » dit-elle, anticipant sa question. « Storybrooke ou la Forêt Enchantée d'abord, comme vous préférez, mais on ne laissera pas Neal là-bas. On retourne le chercher. »

Rumplestilskin acquiesça en silence, visiblement soulagé, et s'éloigna sans bruit.

Ils se retrouvèrent seuls. Emma se retourna vers lui et hésita un instant. Son visage se fit sérieux et elle mordit sa lèvre.

« C'est le père de Henry et je dois – »

Elle baissa la tête. D'un geste mesuré, il la releva avec son crochet et planta ses yeux dans les siens. La jeune femme retenait sa respiration.

« Nous devons aller le récupérer. Je ne laisserai pas Baelfire séparé de son fils. De son père. »

Il hésita.

« De toi si… »

Elle l'arrêta en reposant sa main sur sa poitrine. Son cœur battit à nouveau la chamade.

« Je… Il reste des choses à régler mais… »

Elle se tut. Soutint son regard et lui sourit. Il avait toujours su lire en elle, mais pour la première fois, les barrières n'étaient pas là. A la place régnait une certitude qui aurait pu les effrayer. Aurait dû les effrayer.

Qu'il avait tant espéré retrouver.

Le silence les entoura de nouveau et Killian sentit une sensation nouvelle l'envahir. Une sensation qui allait de pair avec la certitude, l'espoir et l'amour. Une sensation fugace, qui ne durerait probablement pas, mais qui reviendrait régulièrement le visiter, parce que c'était elle, parce que c'était eux. Parce que, enfin…

Pour la première fois depuis des siècles, pour la première fois peut-être, Killian Jones se sentit apaisé. Complet.

Il ferma les yeux, renonçant aux mots pour quelques secondes encore. Son front s'appuya en douceur contre celui d'Emma et il devina le sourire de la jeune femme.

Quelques secondes encore…

Juste le bruit de la mer, son corps contre le sien, le soleil sur leurs peaux.

Juste quelques secondes.

« Swan, tu viendras me border aussi ? »

.

.

.

FIN (ou début, au choix)