8 – Remise en question

Le clan de Denali avait été très surpris de notre visite, surtout celle de leur ami Carlisle qui quittait rarement sa demeure. Mon grand-père avait insisté pour que nous attendions Ryan et moi dans la voiture pendant qu'ils allaient s'annoncer. Je n'aimais pas ça, mais je savais pourquoi ils le faisaient… Encore une fois mon grand-père avait commis l'erreur de mettre un humain dans le secret, et ce n'était pas bien vu auprès de nos semblables.

- Je ne comprends pas trop pourquoi nous sommes là… Marmonna Ryan en regardant distraitement par la fenêtre.

- Je pense que nous sommes ici pour voir un vampire en particulier, mais je ne suis pas sûre. Soupirai-je en jouant avec une boucle de mes cheveux.

Ryan n'insista pas, conscient que je n'avais pas envie de meubler la conversation. J'étais perdue dans mes pensées, essayant de comprendre le but de tout cela… De rassembler les morceaux du puzzle. Ma mère, mon rêve, ma famille, Ryan… Ou cela pouvait il bien nous mener ? Tout était si complexe. Des pas se firent alors entendre et je quittai abruptement mes songes. Ryan chercha autour de la voiture sans rien voir ni entendre, normal, seules mes oreilles pouvaient percevoir le bruit feutré qui approchait.

Mon pauvre ami sursauta en poussant un cri quand un vampire se matérialisa devant sa fenêtre avant de nous ouvrir la porte. Il s'agissait de la nouvelle recrue des Denali à ce que j'en jugeais. Ses prunelles dorées laissaient encore apercevoir quelques traces rougeoyantes d'un passé carnassier. Grand et imposant, l'homme nous somma de le suivre, ce que je fis sans broncher. Ryan déglutit difficilement puis m'attrapa le poignet tandis qu'il prenait notre suite. Le vampire nous fit pénétrer dans la sublime demeure du clan avant de se planter devant une grande porte à deux battants. Sans cérémonie il l'ouvrit et nous laissa passer devant.

- Carlisle ! Dieu qu'elle a grandi c'est fou !

Tanya s'était exclamée en me voyant passer la porte et se mit à me dévisager sans vergogne, comme tous ceux présents dans le grand salon. Carlisle acquiesça avec un sourire emplit de fierté. Les Cullen faisaient face aux Denali, et de les revoir ainsi rassemblés me remémora l'enterrement de ma mère. Garrett était toujours là, aux cotés de Kate, comme il le lui avait promis, et je fus ravie de voir la lueur dorée de ses prunelles autrefois rougeoyantes. Tanya vint à ma rencontre et me prit les mains avec la grâce que lui valait sa race.

- Ce qu'elle te ressemble Edward c'est fou ! Continua-t-elle de sa voix cristalline tout en envoyant des sourires exagérés à mon père.

Les Denali me scrutaient avec curiosité et émerveillement, et je me senti un peu gêné, jusqu'à ce que je remarque qu'un des vampires ne m'avait même pas jeté un œil. Les siens étaient rivés sur l'humain qui se tenait à mes cotés. Je ne savais pas pourquoi, mais quelque chose en lui me disait de rester sur mes gardes. Je ne fus pas la seule à le remarquer car mon père s'avança doucement pour se poster de l'autre coté de Ryan, le visage vide de toutes expressions. Qu'avait' il pu bien lire en lui ?

- Alors c'est pour celui-là que nous vaut l'honneur de votre petite visite Carlisle ? Commença le vampire en fronçant les sourcils.

- Eleazar, laisse-moi t'expliquer… Répliqua doucement mon grand-père.

- Es-tu conscient de ce que tu amènes impunément dans notre demeure ?! Rétorqua-t-il en haussant la voix.

Les Denali, tout comme le reste des Cullen s'interrogèrent de cette subite ambiance, et Carmen alla auprès de son compagnon pour le questionner des yeux. Mon père se tendit sous les pensées d'Eleazar et un feulement sourd naquit au fond de sa gorge alors qu'il relevait un bras protecteur devant mon ami. Ryan fit un pas en arrière, le visage livide, et je lui attrapai la main pour le retenir. Heureusement Jasper eut la bonne idée de lancer une vague d'ondes apaisantes. Les vampires semblèrent se détendre quelque peu et Carlisle avança pour faire face à son ami énervé.

- Ne te méprends pas ! Nous ignorons de quoi il est capable et il l'ignore lui-même ! Nous savons juste qu'il est capable de rejeter tout ce qui peut être nocif ou anormal pour son corps ! Il a réussit à rejeter notre venin, ce qui me semble être une première ! Expliqua Carlisle de sa voix calme et posée.

Mais ses explications ne soulagèrent pas le vampire car à l'annonce du rejet du venin il grogna furieusement en montrant les dents. Mon père se mit devant nous et feula tout aussi fort. Même les ondes de Jasper ne parvinrent pas à calmer l'assaillant et les Denali durent venir le retenir physiquement tandis que les Cullen nous faisaient reculer. Garret tenait fermement Eleazar par les épaules.

- VOUS AVEZ FAILLI TRANSFORMER CE MONSTRE EN VAMPIRE ???!!! Hurla-t-il en se débattant comme un diable pour sauter à la gorge de Ryan.

Mon père se tourna alors vivement vers moi, conscient de ce que j'allais faire car il venait de le lire, et tenta de m'attraper au passage. Mais j'étais déjà près du vampire fou et collai mes mains contre son visage. Tout le monde se tût tandis qu'Eleazar cessât tout mouvement et se tint immobile. Il regardait toutes les images que je lui envoyais… Celle de mon père et Ryan dans le parc, celles du bureau de Carlisle, celles de notre surprise face au rejet du venin… Quand je laissai enfin tomber mes mains il rouvrit les yeux et nous contempla effaré.

- Alors ce n'était qu'une coïncidence ? Vous ne saviez rien de cet humain et ne l'avez pas mordu intentionnellement pour contrôler son don ?

Les Cullens secouèrent la tête et le vampire se reprit. Il réajusta ses vêtements d'un air soucieux puis inspira profondément. Tanya et Kate fixèrent leur compagnon avec une curiosité intense, tout comme moi. Eleazar avait le pouvoir de déceler les dons, que se soit chez les humains ou les vampires. Sa soudaine colère devait certainement provenir de ce qu'il avait lu chez mon ami… Je regardai alors celui-ci. Il était terrifié et ses yeux turquoise balayaient l'assemblée de vampires avec panique. Le malheureux ne devait rien comprendre.

- Les mystères de la science te font perdre la raison cher ami ! Reprit Eleazar à l'attention de mon grand-père. Celui-ci acquiesça avec un sourire.

Le Denali soupira puis fit quelques pas en avant en levant les mains en direction de Ryan. Celui-ci paniqua de plus belle et tenta de partir à l'opposé de ce fou furieux mais mon père lui attrapa le bras. Il lui lança un regard entendu en hochant doucement son beau visage, comme pour l'assurer qu'il n'y avait rien à craindre. Ryan secoua vivement le sien en se débattant toujours, mais que pouvait-il contre la force de mon père ? Il laissa tomber mais attrapa fermement ma main. Je la lui serrai en réponse à sa peur, lui expliquant par ce geste que je ne le laisserai pas. Mon père fit un pas sur le coté pour laisser passer Eleazar qui posa ses mains sur le front de mon ami terrorisé.

- Voyons exactement ce qui se cache dans tes entrailles

Je n'aurais pas choisis cette allusion là pour parler d'une recherche plus approfondie de son don… Ryan tremblait de tout son être et serrait ma main de plus en plus fort. Eleazar ne mit pas longtemps pour bien cerner le problème, et il recula avec grâce, bien que son visage fermé et soucieux ne présage rien de bon. Mon père regardait mon ami avec tout autant de sérieux. Après une courte réflexion Eleazar se tourna enfin vers mon grand-père.

- Cet humain n'est pas juste capable de rejeter les toxines… Il est capable de contrôler la moindre cellule de son corps.

Tout le monde poussa une petite exclamation. Ryan et moi devions être les seuls à ne pas saisir la gravité de la chose, nous nous regardions tout les deux avec étonnement. Carlisle se mit alors à faire les cent pas et Jasper entama un discours passionné avec mon père. Les Denali en faisaient de même de leur coté. Cette attente était insupportable pour moi qui ne comprenais rien. Comme toujours je me sentais exclue, comme si je n'étais encore que la petite fille de la famille.

- Carlisle, te rends-tu compte du danger que pourrait engendrer sa transformation ? Ce pouvoir serait décuplé et dieu seul sait de quoi il serait capable ! Lança Garret au bout d'un moment.

- Le problème ne se pose pas puisque son corps rejettera le venin…

- Je le pense aussi… Son corps réagit automatiquement sous la douleur, car nous savons bien que l'on ne peut strictement rien faire pendant la transformation si ce n'est souffrir. Tant qu'il sera humain, ce contrôle ne sera qu'inconscient, comme lors d'une situation de danger.

Mon grand-père acquiesça en se frottant le menton. De nouveaux débats commencèrent alors, pour mon plus grand agacement. J'essayais d'attraper le regard de mon père au passage, mais celui-ci se faisait trop fuyant. Dans le creux de ma main, je sentais la tiédeur moite de celle de mon ami. Ses battements de cœur s'étaient un peu calmés, mais la chair de poule n'avait pas encore quitté la surface de sa peau.

- Nous devons maintenant discuter de sa protection… Je n'ose imaginer ce qu'il se passerait si cet humain tombait entre de mauvaises mains. Malgré le fait qu'il ne puisse pas être transformé, en théorie, il ne faut pas tenter le diable. Commença Tanya en se rapprochant indistinctement de mon père.

- Le reste de ma famille s'occupe actuellement de ce problème. Ils tentent de savoir si ma petite-fille ou mon fils ont été aperçu par des nomades près de Portland. Un vampire qui aurait senti notre soudaine arrivée en masse dans le parc se serait douté de quelque chose.

- Très bien ! Acquiesça la sublime blonde.

Elle contempla tour à tour la main de Ryan serrant la mienne, puis s'attarda sur le visage de mon père. Je n'aimais pas du tout la façon dont elle le dévorait des yeux. Alice m'avait raconté l'attirance qu'elle ressentait pour mon père depuis toujours. Je ne pouvais pas lui en vouloir, après tout Edward était somptueux… Mais je ne pouvais pas laisser passer son indélicatesse vis-à-vis de la récente mort de ma mère. Elle se rendit compte de mon regard appuyé car elle lâcha mon père des yeux et rejoignis Kate l'air de rien. Je surpris tout à coup une conversation mentale entre mon grand-père et mon père, et celui-ci hocha la tête avant de venir auprès de nous. Je me doutais malheureusement de ce que Carlisle avait demandé à mon père.

- Hors de question ! Sifflai-je quand il arriva face à moi avec son sourire en coin.

- Chérie, ça va durer un bon moment, nous devons en discuter sérieusement.

- Pourquoi suis-je toujours mise à l'écart ?! C'est injuste ! Je ne suis plus une petite fille !

- Rénesmée, ce n'est pas négociable. Prends la voiture et ramène Ryan à la maison. Tu y attendras Esmée, Alice et Emmet.

- Je croyais qu'il fallait protéger Ryan… Bougonnai-je en croisant les bras. Edward rit de bon cœur.

- Il ne craint rien du tout, et Carlisle serait plus rassuré de le savoir chez nous. Mais je félicite ta noble tentative trésor, je sais au moins de qui tu tiens ta tête de mule.

- Papa, j'aimerai rester…

- Non je crois qu'il a raison ! C'est une très bonne idée ! Laissons-les planifier mon horrible avenir tranquille ! S'exclama mon ami en me tirant la main avec impatience.

Mon père semblait jubiler et me regardait de ses yeux pétillants. J'étais tiraillée entre la curiosité et la raison. Quelque chose en moi ne voulait pas être encore mise à l'écart et de l'autre, je savais qu'il était plus judicieux de rentrer et de les laisser entres adultes. Après tout je n'avais que 7 ans et je ne comprenais pas un traître mot à leurs histoires. Je poussai un long soupir exagéré tandis que mon père embrassait mon front avec une vilaine moue victorieuse. Si je ne l'avais pas autant aimé je l'aurais détesté.

- C'est bon je veillerai sur lui, mais à une seule condition… Marmonnai-je en lui lançant un regard entendu.

Il hocha la tête et attendit. Par prudence je ne parlai pas à voix haute mais c'était tout comme. Je fis résonner aussi fort que possible dans ma tête ma condition. « Hors de question de te laisser approcher par la blonde ». Si tôt l'eussè-je pensé que mon père baissa le visage pour contenir son sourire. Mes joues rosirent tant cette image de mon père me rendait heureuse. Quand il releva le visage il me fit un clin d'œil puis me montra la porte d'un signe de menton. Obéissante je tournai les talons, pour le plus grand plaisir de Ryan.

- Par pitié tirons-nous de là et vite ! Couina-t-il en se jetant littéralement sur le siège passager.

Il attacha fébrilement sa ceinture et se plaqua contre le siège en fermant les yeux. Je pouvais sentir sa détresse et son désir puissant de quitter les lieux au plus vite. J'enfonçai la clef et le moteur rugit. Je m'en voulais de lui faire subir tout ça, lui qui n'avait rien demandé et m'avait toujours suivi sans jamais rien réclamer en retour. Honteuse et énervée, j'écrasai l'accélérateur et le cabriolet démarra dans un nuage de fumée aux odeurs de pneus brulés.

Nous ne décrochâmes pas un mot durant tout le trajet, tant sa panique était toujours présente et moi ma culpabilité. Jamais je ne regrettais ce que je faisais… Mais là, au plus profond de moi je maudissais de ne pas avoir jeté Ryan hors de la décapotable avant que toute cette histoire ne nous tombe dessus. Après tout, mes gestes n'étaient dictés que par un cauchemar stupide. Ma curiosité et ma détermination ne semblaient plus être de bonnes alliées à présent. Elles avaient ramené mon père auprès de moi, mais pour le reste rien n'allait comme il faut.

Arrivés à la villa blanche, je ne sortis pas de mon mutisme pour autant. J'abandonnai Ryan et allai m'affaler sur le canapé. Il me regarda tristement puis monta à l'étage. Quelques minutes plus tard j'entendis l'eau ruisseler. J'eus l'impression que chaque goutte d'eau s'amoncelait sur ma poitrine et rendait ma respiration difficile. Que pouvait-il bien m'arriver ? Pourquoi mon corps tremblait-il ? Pourquoi mes yeux devenaient-ils humides ? Pourquoi ma confiance en moi venait-elle de se briser en milles morceaux ?

Parce que je venais de le réaliser…

… Moi, Renesmée, 17 ans, je ne suis qu'une gamine.

Une gamine qui voulait se persuader qu'elle valait tout aussi bien que ses semblables, qu'elle pouvait prendre sa vie en main et prendre de grandes décisions. Que ses misérables 7 ans de vie pouvaient égaler les siècles d'expérience. Voilà le résultat… Une famille dispersée aux quatre coins pour rattraper ses erreurs, un humain qui venait de perdre sa liberté par sa faute et un père revenu prématurément parce qu'elle le lui avait obligé. Les larmes perlèrent le long de mes joues au rythme des autres gouttes d'eau à l'étage.

Je m'étais allongée sur le seul lit de la maison, dans la chambre de mon père, écrasée par le chagrin et la culpabilité. Je ne fis pas attention au bruit d'eau qui cessa, trop anéantie pour écouter quoi que se soit. Rares étaient les fois ou mon moral prenait un coup aussi dur. Ce ne fut que l'exclamation surprise de Ryan qui daigna me faire réagir. Il se tenait dans l'embrasure de la porte, ruisselant d'eau et n'ayant pour vêtements qu'une serviette nouée autour de la taille. Il rit doucement sous la surprise en posant une main sur son cœur puis s'avança vers le placard en chantonnant.

- Esmée m'a dit que je pouvais me servir dans les affaires de ton père !

Il attrapa une chemise en chantonnant toujours puis se tourna pour me dire quelque chose, mais ne le fit pas. Son visage se ferma et il me contempla avec inquiétude et curiosité. Il se mordit la lèvre inférieure, sans doute car l'envie irrésistible lui venait de me demander ce qui n'allait pas, mais vu mon humeur depuis Denali, il devait hésiter. Pourquoi était-il si prévenant ! Bon dieu ! Ne pouvait-il pas me hurler dessus ou même me gifler ! Je le méritais tant ! Les larmes remontèrent et il s'assit avec précaution près de moi.

- Tu vas me transformer en Milk-shake si je te demande ce qui ne va pas ? Dit il doucement en posant ses prunelles turquoise dans les miennes. Je lâchai un grognement et m'attrapai la tête entre les mains.

- Je t'en prie Ryan arrêtes !

- Comme tu veux… Que dois-je arrêter au juste ? Me répondit-il en fronçant les sourcils.

- Tout ce qui arrive est de ma faute ! Je ne fais que des erreurs ! J'en ai plus qu'assez que ma famille répare toujours tout sans jamais me réprimander ! Depuis ma naissance je ne leur cause que des ennuis ! Alors je t'en supplie ne fais pas la même chose !

Ma voix se brisa dans un sanglot et j'eus du mal à reprendre ma respiration, je me penchai en avant pour la récupérer, la tête entre mes genoux. Ryan se décala pour se rapprocher et passa un bras autour de ma taille avant de se pencher à son tour. Ce que je devais être pitoyable… Je regardai mes jambes, perdue. Encore une fois on me consolait pour mes propres erreurs, moi, la petite princesse demi-vampire. Son corps était chaud, je n'avais pas l'habitude de ces contacts. Le seul qui me réchauffait de cette même façon était mort, et encore une fois à cause de moi.

- Avons-nous le droit de vivre lorsque tant de personne souffrent par votre faute ? Murmurai-je en me redressant pour le regarder dans les yeux. Ceux-ci me toisaient gravement, empreints d'incertitude et de questions muettes.

- Je pense que dès le moment où une personne vous aime, on ne devrait pas avoir le droit d'abandonner. Répondit-il dans un même murmure.

- Je sais… Je reprochais tellement à mon père de m'avoir laissée. Si je n'avais pas été une gamine capricieuse j'aurai compris pourquoi il le faisait.

- Tu n'es pas une gamine capricieuse… Sourit-il en relevant un sourcil craquant. Je lui envoyais un rire jaune en relevant vers l'arrière les boucles sombres qui coulaient devant mon visage.

- Ryan, sais-tu au moins quel âge j'ai ? Sifflai-je en le toisant gravement. Il sembla hésiter, le regard fuyant. Des gouttes s'écoulaient le long de ses mèches dorées pour venir continuer leur route le long de son torse.

- Hum… Je ne suis pas assez calé niveau vampires pour ce genre de devinettes…

- Quel âge me donnerais-tu si tu me croisais dans la rue ? Insistai-je. Il éclata de rire, faisant voleter de nouvelles gouttes hors de sa chevelure.

- T'ayant déjà croisée dans la rue je peux t'assurer que ton âge à été la dernière chose à laquelle j'aie pensé ! Rit-il en passant une main derrière sa nuque. Je le poussai avec un air offusqué, mais un sourire se dessina tout de même sur mes lèvres et mes joues rosirent. Il semblait rayonner, ravi de m'avoir redonné un peu de pêche.

- J'ai 7 ans Ryan. Lâchai-je alors en perdant tout sourire. Son visage paru interrogateur, comme s'il ne saisissait pas trop le problème.

- Cela ne fait pas 7 ans que j'ai été mordue… Je suis née il y a 7 ans. Expliquai-je alors en insistant bien sur chaque mot.

Il savait que je n'étais pas un vampire comme les autres, Carlisle lui en avait touché deux mots une après-midi. Mais je savais que ce genre de chose le dépassait, vu comment il regardait mes échanges physiques avec mon père. Sa vision humaine de la vie ne pouvait pas expliquer ce qu'il avait sous les yeux… Comment une fille aux allures d'adolescente ne pouvait avoir que 7 ans ? Il cligna plusieurs fois des yeux, comme si son cerveau avait du mal à encaisser la nouvelle. J'étais ravie qu'enfin quelqu'un s'étonne de ma condition et ne passe pas son temps à dire le contraire comme les Cullen. Je soupirai en me laissant tomber sur le dos. Ryan resta immobile quelques instants puis s'allongea aussi, le visage tourné vers moi. Je lâchai un feulement, consciente de ce qu'il allait faire, mais il s'en moqua.

- Crois ce que tu veux ! Ton âge et ta royale petite personne ne sont pas les seuls à causer ces problèmes. Sourit-il en fermant les yeux avec cet horrible petit air hautain que je commençais à trop connaître. Comme toujours il me faisait réagir au quart de tour.

- Mais bien sûr que si ! Comme tu viens si bien de le dire je ne pense qu'à ma royale petite personne ! Clamai en tournant vivement mon visage vers le sien. Il rit et tourna également le sien et nous restâmes un instant à nous toiser, nos têtes à quelques centimètres l'une de l'autre.

- La fausse culpabilité ça ne marche pas avec moi ! Je sais très bien ce que tu essayes de faire ! Reprit-il le regard pétillant.

- Ha oui et qu'est-ce que c'est ?! Crachai-je mauvaise.

- Attirer l'attention sur toi ! Acheva-t-il victorieusement.

Je lui envoyais un coup d'épaule et lui tournai le dos en maugréant. Il rit quelque fois derrière moi puis s'accouda sur le lit pour regarder par-dessus mes épaules boudeuses. Des gouttes tombèrent dans le creux de ma nuque et je frissonnai.

- Ce ne doit pas être facile d'être la seule demie-humaine dans cette drôle de famille. C'est normal d'essayer de faire comme les autres, personne ne te reprochera rien.

- Je ne veux pas être différente…

- Mais tu l'es ! Et c'est ça qui est génial ! Tu ne veux pas ressembler à ces effrayantes femmes en Alaska…

Intriguée par cette métaphore, je me tournai sur le coté pour le regarder. Il s'était quelque peu redressé en soulevant le haut de son corps avec ses avant-bras et me surplombait avec un large sourire.

- Tu les as trouvées effrayantes ?!

Il fit une grimace et hocha doucement la tête, m'aspergeant de quelques gouttes au passage. Il s'en aperçu et rejeta ses mèches rebelles en arrière avec un rapide geste de la main. Sa réplique me laissa perplexe… Aucun humain ne résistait à la perfection des vampires, tout comme je savais qu'ils trouvaient tout de même dérangeant cette beauté parfaite, ces corps sculptés dans le marbre, et qu'ils s'étonnaient de leur caractère étrange… Mais je ne l'avais encore jamais entendu de la bouche d'un humain. En même temps, que connaissais-je des humains ? Contrairement aux autres je n'avais jamais été scolarisée et ils ne m'avaient jamais laissé me mêler à cette curieuse race.

- Me trouves-tu effrayante ? Continuai-je alors. Ma voix avait perdu toute son animosité, remplacée par une curiosité naissante. Il rit de nouveau, et même si son rire n'avait rien de la splendeur de ceux de ma race, je le trouvai beau.

- Je dirais plutôt gâtée-pourrie, mais pas effrayante pour un caramel !

- Je pourrai te tuer d'un seul doigt ! Rétorquai-je vexée en posant mon index sur son torse penché sur moi.

- Je n'en doute pas une seconde ! Sourit-il avec une fossette au coin de la joue.

Quelque chose se réveilla alors dans une partie de mon cerveau alors que je ne m'y attendais pas. Je n'avais laissé que le vampire contrôler la scène, mais l'humaine se débattait tout à coup pour sortir au grand jour. Tout devint clair. Sa posture, les battements de son cœur, son regard et même son odeur… Comment avais-je pu ignorer tous ses signes. Peut être parce que je n'avais jamais eus l'occasion d'y être confronté. Ma croissance trop rapide ne m'avait pas laissé le temps de quitter l'enfance… Mes 17 ans d'humaine de valaient rien pour moi. Et pourtant, ils m'arrivaient maintenant en pleine face.

Tous les signes étaient dans cette chambre depuis le début et je n'avais rien vu. Une nouvelle goutte vint s'écraser sur ma joue et mon cœur s'emballa. J'étais pétrifiée sous ce regard si doux que j'avais volontairement ignoré. Il leva la main et essuya ma joue délicatement. J'étais perdue, j'ignorais tout de ce qu'il était en train de faire. Je ne pouvais plus continuer à contempler ses pupilles aux couleurs d'eau, et tournai le visage sur le coté, les joues brulantes. Trop de nouvelles émotions jaillissaient en moi et mon pauvre corps ne parvenait pas à toutes les contrôler en même temps.

Il posa alors une main sur le lit, de l'autre coté de mon visage pour mieux s'appuyer au dessus de moi et je me senti emprisonnée, incapable de bouger, alors qu'un simple geste l'aurait envoyé contre le mur. Au fond peut être ne voulais-je pas me libérer. Mon cœur accéléra de nouveau quand il pencha son beau visage et que son corps vint frôler le mien. Il n'était appuyé que sur ses coudes à présent et tout allait si vite. Ses lèvres se posèrent sur ma nuque si doucement que je me demandais si mon imagination ne me jouait pas de tours. Mais son souffle chaud me caressa alors le cou et je su que je ne délirais pas.

- Ryan… Lançai-je entre deux halètements en posant mes mains sur son cou pour le repousser.

Mais toutes mes forces m'abandonnèrent, comme si tout mon corps avait décidé de me trahir et de rester allongé contre celui de cet humain. Le désir était une émotion trop complexe pour mon ignorance. J'abandonnai alors. J'avais là la chance de me prouver que je n'étais plus la fillette de mes cauchemars. Il allait pouvoir réveiller cette part d'humanité trop longtemps dissimulée derrière mon immortalité. Mes mains qui devaient le repousser glissèrent alors et se perdirent dans sa chevelure alors que son beau visage brulait toujours le creux de mon épaule. Mes doigts se crispèrent tout à coup et ma respiration se coupa. J'écoutai. Il releva vivement la tête pour me regarder, mes mains toujours emmêlée dans chevelure dorée.

- Que se passe-t-il ?! Demanda-t-il haletant.

Mais je l'avais déjà repoussé vivement, un peu trop fort même, car il vacilla dangereusement sur ses pieds et se tint au mur. Il rattrapa au vol la serviette qui se dénoua légèrement de ses hanches et me regarda quitter précipitamment la chambre avec un air désemparé. Il fallait que je sois le plus loin possible de lui et vite. Je voulu sauter par-dessus la rambarde mais au lieu de ça je fus coupée dans mon élan par la surprise et restai plantée contre le fer forgé.

En bas, Emmet me regardait les mains dans les poches, son superbe visage relevé vers moi. Son expression m'était inconnue, et je voulu dire quelque chose, n'importe quoi, le saluer peut être… Mais Ryan déboula hors de la chambre, se demandant ce qui m'avait pris, et à son tour son regard se posa sur Emmet. Mon oncle observa tour à tour la serviette puis nos airs surpris puis se tourna pour quitter la pièce, sans que son expression n'ait changée.

A ce moment là, le bruit du 4x4 qui se garait dans le garage retentit. Absorbée comme je l'étais je n'avais même pas fait attention, et j'avais entendu trop tard qu'ils arrivaient, Emmet le premier, comme il le faisait toujours quand je l'attendais. Il sautait de la voiture et rejoignait la maison en courant. Quelque chose se déchira en moi, même si je n'avais rien fait de mal. Je soufflai et laissai ma tête tomber sur la rambarde alors que Ryan courrait se changer. L'expression de mon oncle me déchirait le cœur et je ne parvenais pas à savoir pourquoi…