Les lames s'entrechoquèrent avant de se séparer, les deux adversaires repoussés de quelques pas du point de collision. Les combattants se fixèrent, suivant des yeux le moindre tressaillement de muscle qui pouvait prévenir d'un nouvel assaut. La respiration légèrement haletante, Etaine regarda une veine palpiter dans le creux de la clavicule avant de se reconcentrer sur les épaules de l'homme en face d'elle. Leurs deux corps étaient tendus, prêts à l'attaque comme à la défense ou à l'esquive.
Seule l'infime contraction d'un muscle proche de cette veine l'informa que son adversaire passait à l'attaque. La Fourchelang se laissa tomber à genoux par terre, plaçant une jambe de manière à pouvoir prendre son élan sur elle. La première lame balaya l'air au-dessus d'elle, la deuxième s'abattit droit sur sa tête, parée durement par celle qui sortait du bras de la légilimente. Elle leva son coude pour que son bras vienne se trouvé collé à celui de l'assaillant et lui agrippa le poignet de sa main. Tirant, elle l'entraîna à terre en utilisant son propre élan, faisant ainsi changer de direction à la deuxième main de l'homme, elle aussi armée, qui se dirigea non plus vers elle mais vers le sol pour amortir sa chute. Etaine se lova contre le torse nu un instant avant de s'extirper de cette étreinte comme une savonnette en utilisant sa jambe pliée pour se donner de l'élan.
Encore en l'air, elle se retourna d'une torsion pour retomber sur ses pieds en face de son adversaire. Celui-ci s'était retourné comme un chat avant de toucher le sol et était déjà à moitié relevé. Elle se rua sur lui avec autant de prudence qu'il était possible sans lui laisser le temps de réagir. Toujours pas assez vite. Avec une inhumaine rapidité, il esquiva le premier coup de taille qui visait sa jugulaire et se penchant en arrière pour éviter celui de son autre main qui cherchait à l'éviscérer. Ses jambes fauchèrent celles de la Fourchelang sans qu'elle ait le temps d'anticiper, ce qui la fit tomber durement sur le dos. Elle se redressa aussitôt à demi par la force des abdominaux, uniquement pour trouver son bras armé gauche se faire prendre dans l'étau d'une jambe tandis qu'une main agrippait son poignet droit. L'homme avait été plus rapide qu'elle. Et plus fort. Elle ne parvint pas à dégager sa main gauche et se trouva donc plaquée contre le sol sans rien pouvoir faire pour s'y opposer. Les muscles de la jambe de son adversaire se contractèrent pour maintenir son genou plié qui retenait la main gauche de la légilimente et il se laissa tomber sur la droite. Les deux lames de l'homme s'enfoncèrent dans le sol de pierre, de chaque côté du cou d'Etaine, croisées à quelques centimètres de sa gorge.
La Fourchelang relâcha ses muscles, admettant la défaite, et rencontra le regard incarnat de son adversaire. Il semblait amusé. Un sourire fatigué se dessina sur les traits de la légilimente. Jusqu'à un peu plus d'une semaine, elle avait cru que son grand-oncle ne savait pas se battre au physique puisqu'elle lui avait si facilement asséné un coup de poing au visage il y avait quelques années. Elle avait dû réviser son jugement depuis. C'était un expert.
Etaine entretenait avec Voldemort une relation étrange. La Fourchelang n'était pas tout à fait sûr de pouvoir faire confiance à celui qui était après tout le Seigneur des Ténèbres mais elle le voulait. Elle n'avait jamais eu personne avant cela capable de comprendre son ambition sans voir en elle un monstre de puissance. Et même si certains ne la considérait pas comme un futur seigneur sombre, cela mettait toujours une certaine distance entre elle et les autres. Ce n'était pas le cas avec Voldemort. Son grand-oncle disposait de la même puissance qu'elle et il connaissait en conséquence la manière dont les autres réagissaient. La manière dont les rumeurs couraient, les accusant d'être sombres, parfois même inhumains. La bien-pensance de ceux qui les craignaient autant qu'ils les enviaient. Et il connaissait tout aussi bien les conséquences sur leur propre comportement. Leur froideur jamais totalement effacée, leur colère renfermée inconsciente qui ne demandait qu'un moyen, un bouc émissaire pour s'exprimer. A soixante ans de distance, les deux avaient suivi le même schéma sans s'en rendre compte. Ils avaient développé une carapace pour prendre ragots et rumeurs à leur place. Quand les camarades Serdaigle d'Etaine mentionnaient ces rumeurs ils se taisaient aussitôt en s'apercevant de sa présence. Un, plus courageux que les autres, lui avait jadis demandé s'il était vrai qu'elle avait du sang de démon. Elle avait ri et était repartie sans nier. Cela n'aurait servi à rien. Et elle se doutait bien qu'en son temps son grand-oncle avait eu droit aux mêmes suspicions.
En tout cas, Voldemort ne semblait pas s'étonner de son attitude si similaire à la sienne. Il y avait parfois dans ses yeux un éclair de surprise à un geste ou une réflexion de sa part mais c'était tout. Il n'avait pas essayé de la changer. Il n'avait pas projeté un modèle à suivre. Il était juste resté lui-même. Inconsciemment, cela avait fait ressortir le côté Serpentard d'Etaine, si semblable à son grand-oncle. Les gens avaient au moins eu raison en cela.
-Primal six, ters deux, annonça le Seigneur des Ténèbres, à peine fatigué au ton de sa voix.
Son regard se porta sur elle, en question. Etaine secoua légèrement la tête ; elle était trop exténuée pour continuer. Inutile d'apporter à son grand-oncle d'autres victoires puisqu'ainsi qu'il avait mentionné, il avait remporté six des huit duels, dont le premier. La Fourchelang n'en avait gagné que deux, le troisième et le cinquième. Aux Gyrs, Voldemort était un match pour Salazar, pas pour elle.
Elle était loin d'être une experte dans l'art de manier les lames, même si elle ne se défendait pas si mal. Les deux, en revanche, étaient des maîtres.
Voldemort lui tendit la main pour l'aider à se relever, comme Rogue des années avant, puis se détourna pour attraper sa robe noire. Etaine le regarda un instant avant que le vêtement sombre ne masque le haut de son corps. Son torse était bien défini et musclé sans pour autant tomber dans les tablettes de chocolat. Disons plutôt qu'on devinait des câbles d'acier sous sa peau de petites écailles imbriquées. Il avait dû être très beau, avant.
Une mèche de cheveux tomba devant ses yeux, échappée de sa tresse. La Fourchelang attrapa la natte et entreprit de défaire le maillage. Elle ne les nouait que lorsqu'elle savait qu'elle allait se battre. Ce n'était plus le cas à présent.
Une main se posa sur son épaule. Etaine tourna la tête en rejetant sa chevelure d'un geste et jeta un coup d'œil interrogateur au Seigneur des Ténèbres. Son grand-oncle la conduisit jusqu'à un canapé que l'on n'avait pas pu enlever de la salle puisqu'il était ancré dans le sol. Il fit apparaître un miroir sur le mur d'un geste de main, impressionnante démonstration de magie sans baguette. Elle était loin d'avoir ce niveau, s'étant plutôt concentré sur les Arcanes. Son grand-oncle lui semblait ignorer leur existence ou avait plus probablement trouvé leur utilisation négligeable. Elle ne voyait vraiment pas ce qui l'aurait mené à ce constat, mais bon.
Voldemort s'installa derrière elle et plaça son visage en face de la glace. Etaine obéit sans protester, attendant de voir où il voulait en venir. Le Seigneur des Ténèbres saisit les mèches autour de son visage et les ramena en arrière de ses longs doigts fins. Etaine ne comprit que les premiers croisements faits qu'il s'agissait d'une tresse. Ou plutôt d'une demi-tresse puisqu'il s'arrêta dès qu'il fut sûr que son visage était bien dégagé, laissant le reste de sa chevelure libre. Ainsi, sa ressemblance avec le jeune Tom Jedusor était frappante. Son grand-oncle plaça sa tête sur son épaule. Même maintenant, on voyait encore un air de ressemblance entre le visage pâle aux traits fins d'Etaine avec des yeux gris et celui couvert d'écaille, sans nez et aux yeux incarnats de Voldemort. La légilimente acquiesça doucement.
Etaine apparut dans le Devonshire. Elle jeta un coup d'œil autour d'elle aux collines vallonnées pour repérer ce qu'elle était venue chercher. Ses yeux s'arrêtèrent sur le manoir McKinnon. Il était entouré d'innombrables arbres qui indiquaient son état de propriété principale de la famille et l'ancienneté de son occupation par celle-ci. Sans nul doute avait-elle également un arbre pour elle ici. La Fourchelang rangea sa baguette et se dirigea vers le portail pour étudier les quartiers. Elle n'était pas une experte, mais elle connaissait le minimum. Les McKinnon étaient une famille lumière comme le prouvaient les protections. De puissantes barrières qui tiraient leur force dans les arbres familiaux. C'était bien pensé. Ce n'avait toutefois pas empêché Voldemort et ses mangemorts de faire irruption en 1978 pour exterminer la famille opposante, exception faite de Rose McKinnon qui était absente ce soir-là, préférant passer les fêtes de Noël avec son fiancé, Alfred Knightley.
Etant une McKinnon, elle n'eut pas à forcer les quartiers comme l'avait fait le Seigneur des Ténèbres. Et son sang lui permit de passer outre la barrière qui avait détecté sa Marque des Ténèbres. Tant mieux, elle aurait détesté se faire éviscérer. C'était la seule protection agressive qu'elle ait détectée.
La grille s'écarta devant elle, la laissant entrer dans le domaine familial par une allée menant jusqu'au porche, bordée d'arbres. Contrairement à la maison où elle avait passé son enfance qui était remplie de souvenir, cet endroit ne lui évoquait absolument rien.
Les arbres bruissèrent à son passage. Etaine s'immobilisa un instant et fit un balayage magique de l'endroit. La situation n'était pas la même que lorsqu'elle avait passé la grille. Là, le jardin lui était apparu parfaitement calme. Maintenant, les arbres semblaient prendre vie. Elle voyait une magie verte remonter le long de leurs troncs, les faisant frissonner. Leurs branches bougeaient de plus en plus.
Mauvais… Très mauvais… pensa la légilimente. Elle n'avait jamais affronté une armée d'arbres ensorcelés.
-Derrière ! s'exclama Saernel sur son épaule.
La Fourchelang fit un bond en avant en se retournant. Une racine s'abattit à l'endroit où elle se trouvait la seconde d'avant, traçant une tranchée dans le sol. Elle déglutit. Ok, des arbres sacrément vindicatifs. Et elle ne pouvait faire que de la magie sans baguette sans être repérée par le ministère.
A côté de l'allée, un frêne s'arracha de la terre avec un bruit de fin du monde. Le chêne qui avait essayé de la tuer dégageait sa racine du trou qu'il avait creusé. Les arbres alentours imitèrent le frêne, plus ou moins vite selon leur taille. Un bouleau ploya sa haute taille vers elle. La légilimente lui décocha une boule de feu et cria.
Dans sa tête, une autre voix cria en même temps qu'elle. Mal ! hurla le bouleau. La douleur s'éteignit progressivement dans sa tête pour ne plus rester qu'un fond lancinant. Les arbres s'étaient arrêtés.
-J'ai entendu sa voix.
-Impossible, c'est une mangemorte, contre une seconde voix.
-Si, elle a parlé. Et elle a senti aussi, ajouta une troisième.
-Elle a crié en même temps que Stefan, se joignit une quatrième.
-Elle ne peut pas être une McKinnon, elle aurait connu le dispositif ! s'exclama la deuxième voix.
-Qui êtes-vous bordel de merde ! cria Etaine en jetant un regard aux alentours.
Elle ne voyait personne. Un nouveau balayage renforça son impression. Certes, quelqu'un aurait pu se dissimuler à sa perception, mais alors pourquoi parler de manière tout à fait audible ?
-Ah, vous voyez, elle nous entend ! se réjouit la troisième.
-Tour de mage noir ! s'exclama la deuxième.
-Oh, tais-toi Locias, déclara la première. Tu sais très bien qu'un mage noir ne serait pas capable de nous entendre.
-Si !
-Le sort est basé sur le sang, elle a forcément une ascendance McKinnon.
-Quelqu'un pourrait un peu s'inquiéter pour moi ? demanda une cinquième voix. J'ai les feuilles cramées !
Ce devait être Stefan. Mais les feuilles cramées…
-Attendez, s'exclama Etaine, vous êtes les arbres ?
-A qui est-ce que tu parles ? demanda Saernel, perdu.
-Une fille intelligente cette gamine, railla Stefan, tu as mis, quoi, trois minutes à t'en rendre compte ?
-Oh, toutes mes excuses, j'aurais dû savoir que les arbres parlaient et attaquaient à vue, je suis tellement désolée, rétorqua Etaine avec mauvaise humeur.
-Oui ! Tu aurais dû le savoir, s'exclama Locias, une McKinnon aurait été au courant de ça !
-Suffit Locias ! intervint une sixième voix.
-Mais…
-J'ai dit silence ! hurla cette voix, faisant taire tous les chuchotis des arbres. Et toi tu te tais !
On pouvait quasiment voir un doigt désapprobateur pointé le soupçonneux.
-Oui Martha, se rendit Locias.
-Bien, petite, dis-moi un peu qui tu es, reprit Martha d'une voix plus douce.
-Euh, je m'appelle Etaine Knightley et je suis la fille de Rose McKinnon, tenta la légilimente. Et vous ?
-Tu pourras m'expliquer quand tu auras fini ? interrogea la vipère.
La légilimente acquiesça sans relever le sarcasme.
Martha rit doucement.
-Nous sommes les McKinnon. Je suis Martha, née Prewett, l'arrière-arrière-grand-mère de Rosie. A notre mort, nous avons laissé une part de nous dans nos arbres comme certains le font dans des tableaux. C'est pour ça que tu ne verras pas un seul tableau représentant l'un de nous dans le manoir. Si nos enfants vivants veulent nous parler ils viennent ici, dans le jardin.
-Comment avez-vous fait ? interrogea Etaine.
-Ca, c'est un sort de famille, fillette, intervint Stefan. Et qui est bien pratique, comme ça nos descendants peuvent nous demander de petits services. Comme empêcher les mangemorts d'atteindre la maison dans les années 70…
-Bien sûr on pensait pas qu'on aurait une McKinnon mangemorte sur les bras, grommela Locias. Si c'est vraiment une McKinnon…
-Locias ! s'exclama Martha.
-J'ai dit quelque chose ? Non, alors ne me crie pas dessus !
-Ca soulève quand même plusieurs questions, intervint la première voix : comment es-tu devenue mangemorte, comment se fait-il que tu ignorais notre présence et la raison de ta venue.
-Je me suis engagée il y a deux semaines quand mon grand-oncle paternel m'a mis au pied du mur. Ma mère ne m'a jamais rien dit sur vous parce qu'elle est morte quand je n'avais même pas un an. Je suis venue discuter avec Marco Terrence pour qu'il cesse de faire obstruction sur mon coffre en tentant de voler mon argent ; je commence à avoir du mal à payer ma scolarité, lista la légilimente.
-C'est sûr qu'une mort ce n'est pas pratique pour la transmission des connaissances. Où est Rose ? demanda la troisième voix.
-Personne n'a réalisé le sort pour elle, soupira Martha. Elle n'est pas ici, ni dans les tableaux puisque nous avons toujours refusés de nous faire représenter sauf pour des choses officielles.
-Par « discuter » tu n'entendrais pas « régler une succession d'héritage » ? demanda Locias, toujours soupçonneux.
-Je comptais lui faire peur, répondit Etaine en passant une main dans ses cheveux. Mais s'il faut en venir à des mesures extrêmes je ne vois pas de raison d'hésiter.
Il y eu des bruits de protestation parmi les arbres.
-Vous parlez de la personne qui dilapide la fortune familiale, bloque le compte d'une enfant de douze ans en tentant de la rayer de l'arbre généalogique et n'a rempli aucune de ses fonctions de tuteur légal et magique en me laissant croupir dans un orphelinat moldu, répliqua la Fourchelang en haussant le ton.
-Un orphelinat moldu ! s'exclama Locias en changeant d'opinion. Je vais lui faire la peau moi, à ce jeune freluquet ! On n'abandonne pas un McKinnon chez les moldus !
-Tu es sûr qu'il savait ? demanda avec inquiétude Martha.
-Peut-être pas jusqu'à ma première année, reconnut Etaine. Mais il a entamé les procédures avant ma deuxième et je serais encore à l'orphelinat si je n'avais pas fugué. J'ai tenté de lui écrire à plusieurs reprises mais il n'a jamais rien fait ni même daigné répondre.
-Et il te reste quoi comme monnaie, là ? demanda Stefan.
-Trois gallions et deux noises que j'ai obtenus par trafique d'ingrédients de potion. Plus quelques livres moldues que j'ai volé.
Bon, il y en avait pour vingt gallions, mais inutile de le dire. Autant que les arbres pensent qu'elle n'avait vraiment plus rien et en était réduite à l'illégalité par la faute de Terrence.
Les arbres restèrent silencieux.
-D'accord, va faire ton numéro d'intimidation, fillette, grommela Locias. Ce ne sera pas une perte.
-Locias ! s'exclama Martha.
-Quelqu'un capable de trahir la famille à ce point n'est pas un McKinnon ! hurla Locias en retour. C'est un saligaud de sang-mêlé traitre à son sang.
-Vous voulez que je vous soigne ? demanda Etaine à Stefan, histoire de s'attirer les bonnes grâces de cette famille assez étrange.
-Oh, ça ira, répondit celui-ci en agitant ses branches comme si ce n'était rien.
Etaine les salua d'un signe de tête avant de prendre la direction de la maison.
-Donc ?
-Donc je viens de faire la rencontre de ma famille qui a décidé qu'au lieu d'un simple portrait il valait mieux s'enfermer dans son arbre de naissance.
-Vous autres humains avez des coutumes vraiment étranges, se désola le serpent. Comment faites-vous pour naître d'un arbre alors que vous avez déjà deux parents humains ?
La légilimente pouffa et entreprit de lui expliquer à mi-voix pour ne pas être entendue par les arbres. Si ses ancêtres avaient mal perçu la marque des Ténèbres, elle ne pensait pas que le Fourchelang serait mieux accueilli.
