Encore de nombreux mercis pour vos gentils commentaires ! Je fais mon possible (quand j'ai le temps) pour répondre personnellement aux revieweurs loggés, donc si vous avez un compte sur ffnet, n'hésitez pas et pensez à vous connecter avant de me laisser des petits mots !

Je vous propose un chapitre pour bien commencer le week end, et aussi bien commencer les vacances pour les plus chanceux.
Je suis sûre que l'auteur de la dernière review en date adorerait pouvoir m'envoyer ses commentaires en ayant découpé les lettres dans des magasines, comme à l'ancienne ; ceci dit la moindre empreinte risquerait de le - de la confondre. Loupe à la main, je poursuis néanmoins mon investigation !

Bon chapitre à tous !


9.

Il y a eu un frottement, des pas, et une main sur son épaule. Elle ne peut pas s'empêcher de pousser un soupir, pas vraiment ravie qu'on la sorte du sommeil.

« Je croyais que Biro était de garde ? » lui demande Carson, l'extirpant définitivement de sa somnolence. Elle se redresse tout en essayant de redonner une allure correcte à ses cheveux, et grimace : s'endormir sur son bureau n'était vraiment pas un bon plan, et ses vertèbres le lui faisaient savoir.

« Oui, elle l'était.

- Alors qu'est-ce que tu fais là ? Faudrait que tu penses à rentrer chez toi de temps en temps, tu sais, cette pièce qui t'es réservée, c'est pas seulement pour y entreposer tes affaires, tu peux aussi y dormir ! » taquine-t-il, lui adressant un énième coup de marteau sur le clou déjà bien planté de 'tu n'as décidément rien d'autre dans la vie que ton travail'.

« J'ai sûrement du m'endormir en relisant un dossier...

- Oui tu parles ! dit-il en prenant une chaise. Alors explique moi. Avant, tu passais tout ton temps ici au cas où il se réveille ; et maintenant c'est quoi l'excuse, au cas où il décide soudainement de retomber dans le coma ?

- Tu sais bien que les rechutes sont possibles dans des cas de...

- Anna ! Rentre chez toi, prends une douche, et prends ta journée !

- Carson, tu sais bien que je peux pas prendre ma journée. Il vient juste de refaire surface, je peux pas le laisser comme ça...

- Dis, tu sais que je suis aussi médecin n'est-ce pas ? S'enquit-il d'un sourire en coin.

- ...Ce que je veux dire, c'est que... Je suis son médecin, enfin, j'ai suivi son cas, depuis le début, j'étais là à chaque étape et je peux tout simplement pas le...

- T'es qu'une accroc du boulot. File d'ici, et reviens seulement fraîche comme une rose et l'estomac plein, et oui, c'est un ordre, jeune fille ! »

Elle acquiesce avec un sourire, de toutes manières il n'est que sept heure, elle a le temps de prendre une douche en vitesse et de revenir pour assurer son devoir.

Avec la hâte au coeur, à l'idée de pouvoir parler à son patient en sachant qu'enfin, il lui répondra.

°0°

Les infirmières sont passées tôt, je leur ai fait croire que je dormais encore et que leur venue m'avait réveillé, mais à vrai dire ça faisait plus d'une heure que je pensais en boucle aux mêmes choses et mêmes questions... J'essaie de me faire à l'idée que ce temps à passé, mais c'est pas une mince affaire. C'est affreusement angoissant, je crois que j'ai jamais eu autant la trouille qu'aujourd'hui. C'est compliqué de se dire qu'un bout de votre vie a été mis entre parenthèses. Oui je sais, d'un côté, ça ne sont que onze semaines. On voit tout le temps à télé ces gars qui se réveillent au bout d'un, trois, huit, quinze ans de sommeil ! Pour les plus malchanceux, presque toute leur vie est détruite. Leurs parents sont morts, les voisins ont déménagé, les enfants ont grandi, leur femme s'est remariée... La vie a continué sans eux...

Moi, je devrais m'estimer heureux. Je suis un homme libre, sans attache. Rien que mère et soeur au loin qui me croient bloqué dans une guerre inutile quelque part au Moyen Orient, parce que de toutes manières c'est l'excuse la plus crédible qu'on ait à formuler de nos jours.

Ils se sont passés de moi durant onze semaines, tous les gars de l'expédition, je ne suis qu'un soldat, je n'ai rien d'irremplaçable. La cité est toujours debout, les gens ont continué de vivre, et c'est normal, qui pourrait leur demander de s'arrêter ? Certains jours peut-être certains se seraient dit « Ah oui, ce type-là était sympa, pauvre vieux regardez le maintenant ! »

La capacité à exprimer de la pitié est un trait typiquement humain, qui à l'origine n'a rien d'une compassion hypocrite, mais qui, quand on se retrouve à la place de l'estropié, donne l'impression d'être le pauvre petit toutou abandonné sur le bord de la route, avec tout le monde qui lui passe à côté avec un regard doux sans pour autant le ramener à la maison.

Et quand le tableau se dresse sous la pluie, tout prend une consonance encore plus terrible. Et voilà, aujourd'hui il pleut, et tout sonne au dramatique. Parce qu'en onze semaines, des gars sont sûrement morts et que si les autres ont déjà fait leur deuil, moi je serais le type qui aura dans les mains cette liste de noms, des types que je reverrai jamais. Avec toujours cette idée futile au coin de ma tête qui dit 'et si j'avais été là ce jour là', 'si j'avais fait partie de l'équipe de sauvetage', 'si ça avait été moi et non lui' et toutes ces autres conneries dignes de circonstances qu'on se dit et qu'on se répète sans cesse.

Le Dédale a du faire au moins deux allers-retours depuis le jour où je me suis « endormi ». Ce qui fait des tas de nouvelles têtes, de nouveaux hommes et femmes pour qui je ne suis que 'le type qui est dans le coma – ah bon, il est réveillé ?'

Je peux pas m'empêcher de retourner dans ma tête des noms et des visages que je connais, en me demandant lesquels sont sur la liste, celle qui dit lesquels ont eu le droit de rentrer à la maison, un rapatriement de fortune pour sommeiller dans une caisse en bois jusqu'à la fin des temps. Et les gars qui sont rentrés, entiers ou presque, parce qu'ils supportaient plus cette foutue ambiance et ce goût de mort ambiante, je comprends bien ceux qui baissent les bras, ceux qui baissent la tête et qui ne voient plus que la terre où reposent les autres, ceux qui baissent les yeux pour éviter les regards des vivants où on lit toute la misère du monde et ce pourquoi on se trouve ici. Ce qui me surprend le plus c'est qu'on a jamais recensé de suicide sur Atlantis, à croire que la psy fait un sacré bon boulot ou qu'ils se font renvoyer avant qu'une catastrophe survienne. Parce que c'est certain qu'aucun type n'est assez fort pour affronter ce qui se passe ici, on a beau avoir subit tous les entraînements, avoir vécu sur Terre les pires tortures ou malheur et s'en être sorti la tête haute, y'a rien qui peut nous préparer à vivre ce qui se passe dans cette galaxie.

Bien évidemment la vie ici n'est pas faite que de mort, il y a aussi les alliés, les soirées télé, les décolletés des scientifiques, les parties de poker, les cheveux de Sheppard, les barres chocolatées, enfin tout ce qui fait ici office d'attraction, ce qui fait vivre le centre touristique d'Atlantis. Mais étant donné qu'aujourd'hui il pleut...

Je lève les yeux quand la porte s'ouvre, et je vois le Doc entrer dans ma chambre. Encore une personne que je vais devoir apprendre à connaître, même si en fait c'est peut-être bien le cadet de mes soucis pour un type qui a des côtes à peine ressoudées, un genou démantelé et un cerveau privé d'air pendant trop longtemps.

Je jette un coup d'oeil à la fenêtre, la pluie continue de s'abattre avec force sur les tours.

Je soupire. Je sens que la journée va être longue.


Cette fois ci, je vous souhaite de joyeuses fêtes ! N'oubliez pas que le meilleur cadeau à faire à un auteur de fanfic à Noël, c'est tout plein de reviews !
(Ceci dit, vous n'êtes pas obligé(e)s d'attendre le 25 pour en poster...)
Et qui sait, si vous êtes sages (et que je travaille bien) on se reverra peut-être avant l'année prochaine !