Chapitre 9 – Pommier et cœur d'églantier.
La rue, étroite, était bordée de nombreuses boutiques ainsi que d'étals de marchands ambulants qui avaient posé là leurs abondantes marchandises, véritable bric-à-brac, tohu- bohu de formes et de couleurs, impossibles à décrire. Ce lieu assumait le rôle de regrouper tout ce qui pouvait se fabriquer, s'inventer, se vendre ou se voler en provenance du monde entier. On se serait volontiers cru sur quelque marché oriental au long de la Route de la Soie ou transportés à l'époque médiévale par quelque sortilège inconnu. Des musiciens animaient les lieux, répandant une atmosphère de fête.
Les deux Français s'entre-regardèrent, étonnés mais aussi émerveillés par ce spectacle haut en couleur. Les difficultés du monde paraissaient avoir épargné l'endroit, reléguant la guerre et les ténèbres loin de là, dans une région virtuelle.
Cependant, à bien y regarder, le côté guilleret du Chemin de Traverse, accentué par la chaude présence d'un beau soleil de la fin août, ne parvenait pas à cacher complètement les regards angoissés que jetaient parfois les gens sur leur environnement. En outre, certaines boutiques gardaient clos leurs rideaux, leurs propriétaires ayant préféré gagner d'autres cieux.
Christophe ne s'y trompait pas. Dans la foule apparemment affairée ou joyeuse, il croisait des regards et des allures bien différents de ceux du commun. Le Chemin était sous haute surveillance et son œil exercé détecta sans l'ombre d'un doute ceux dont la fonction consistait à protéger les lieux. Mais il croisa une fois ou deux des individus qui surveillaient aussi mais dans un tout autre but, peut-être interlope ou, qui sait, plus proche de celui de l'Ennemi. Ici, il n'y avait pas de combat, mais la guerre prenait des quartiers discrets au milieu de cette ambiance particulière, ce qui donnait à l'atmosphère une impalpable lourdeur devenant vite oppressante.
Non loin du Chaudron Baveur, Mrs Weasley attendait en compagnie de Ron et Ginny. Harry et Hermione, naturellement, s'étaient joints au groupe stationné devant une boutique où de nombreux clients pénétraient l'air affairé. Ils étaient accompagnés d'un inconnu, assez âgé, au visage marqué, de toute évidence par une vie agitée. Mais ce qui retenait l'attention ou plutôt ce qui l'arrachait, c'était cet œil mobile qui tournait dans tous les sens comme un gyrophare. Cette apparente difformité répandit une impression de malaise chez les nouveaux arrivants. On ressentait une attention permanente et acérée et rien de ce qui bougeait ne semblait lui échapper.
- Alastor Maugrey, un ancien Auror présenta Molly. Il est chargé de nous escorter pendant que nous faisons nos achats pour la rentrée scolaire.
A son tour, Christophe présenta le couple. L'homme se contenta de répliquer par une solide poignée de main, sans relâcher un seul instant cette attention dardée sur les alentours, ne tolérant aucune approximation dans sa vigilance.
- C'est ici que tous les sorciers, ou presque, viennent acheter ce qui leur faut, reprit l'imposante femme, se sentant des dons de guide touristique. Nous ne pourrons pas tout visiter mais nous verrons l'essentiel. Dumbledore vous a-t-il donné une liste de fournitures à acheter ?
- Tout à fait, répondit Christophe. Il nous a aussi vivement conseillé d'aller consulter Mr Ollivander pour ma baguette.
- C'est à l'autre bout, mais ça ne fait rien, allons-y tout de suite. Nous remonterons la rue ensuite. Ca va Fol-Œil ?
- Mouais, grogna le vieil homme, mais restons groupés ! Allons, partons d'ici, nous ne nous sommes que trop attardés !
Le groupe poursuivit sa route, tandis que les Français racontaient à Mrs Weasley leur aventure à l'hôtel. Tonks préféra observer le silence, un peu dépitée d'avoir été la cause d'un incident. Puis, en riant de cette histoire, ils parvinrent sur le devant d'une officine conservant l'air ancien d'un lointain passé.
- Voici la boutique de notre seul fabriquant de baguettes magiques, certifia Molly. Enfin… ce n'est pas le seul, évidemment, mais c'est certainement le plus ancien. Il soutient mordicus que ses ancêtres, ou lui-même, en vendaient déjà pendant l'Antiquité mais j'avoue que j'en doute un peu. En tout cas, c'est certainement le meilleur dans son domaine.
- Qui vient avec nous ? proposa Christophe.
Hermione accepta l'offre tout de suite, les autres jeunes gens préférant rester dehors pour discuter sous la protection de Maugrey. Molly, quant à elle, opta également pour rester à l'air libre, peu envieuse de pénétrer dans cet endroit petit et vaguement poussiéreux. Seuls entrèrent le couple Barenton, Hermione et Tonks.
Ce fut le vieil Ollivander en personne qui les accueillit. Il reconnut instantanément Hermione, un peu étonnée, lui serrant la main avec chaleur, salua également Tonks puis prit la parole :
- Je n'ai l'honneur de connaître ni madame ni monsieur… Que puis-je pour vous ?
- Nous sommes français, déclara Christophe, c'est pourquoi nous ne fréquentons pas votre maison. Nous sommes là sur recommandation de Mr Dumbledore. J'ai hérité d'une baguette magique et j'aurais bien aimé que vous y jetiez un coup d'œil, si ce n'est pas trop vous déranger !
Ce disant, il sortit l'objet sans attendre l'invite de son auditeur. Celui-ci s'en saisit avec des doigts d'orfèvre, la regarda, la caressa en fronçant les sourcils, son doigt glissant dans les inégalités du bois, visiblement intrigué. Puis après quelques secondes passées à cet examen, le vieil expert lâcha :
- Venez, suivez-moi dans l'arrière boutique. Ne restons pas là !
Ils crurent discerner comme l'ombre d'une crainte respectueuse dans sa voix. Tous traversèrent la boutique, ce qui constituait un rare privilège, assura Hermione. Rares étaient ceux qui étaient admis dans le saint des saints situé derrière la salle, occupée par des rayonnages garnis de tiroirs longs et étroits. Cécilia eut l'impression de pénétrer dans le Labyrinthe en quête du Minotaure.
Le fait est que leur traversée dura plus longtemps que ce qu'ils imaginaient mais ils parvinrent enfin au bout de leur chemin, une toute petite pièce sans aucune décoration où Ollivander entretenait son sanctuaire de fabriquant de baguettes magiques. L'une d'entre elles gisait, visiblement en cours de conception, coincée à chaque bout sur un archaïque appareil. Une petite porte, bien dissimulée, conduisait vers un lieu encore plus profond et chargé de mystère.
C'est là qu'il doit les rendre magiques, pensa Cécilia.
- Entrez et tâchez de rester silencieux pendant que j'examine cette baguette, ordonna le vieux sorcier.
Puis, sans rien ajouter, il entama un nouvel examen de l'objet apporté par Christophe. Le temps s'écoula, durant lequel l'homme manipula la baguette, l'observant de tout côté, l'agitant comme s'il jetait un sort quelconque. Enfin il alluma une lampe dans un coin, répandant une étrange lueur à laquelle il reprit plusieurs des gestes qu'il avait faits auparavant.
Enfin il se détendit, rendit sa baguette à Christophe, éteignit la lampe, réfléchit encore un instant puis demanda :
- Puis-je vous demander comment vous avez obtenu cette baguette ?
- Par ma mère, rappela Christophe. Elle est morte il y a peu et je l'ai découverte dans sa maison. Non ! Plus exactement c'est Cécilia, ma femme, qui l'a trouvée cachée sous une bibliothèque.
Ollivander hocha la tête.
- C'est vrai, vous m'avez dit il y a un instant, que vous en aviez hérité. Et c'est donc madame qui l'a trouvée ! C'est très étrange.
- Ah ? s'étonna son interlocuteur, et pourquoi donc ?
- Parce qu'un sorcier ne trouve pas la baguette qui lui convient, c'est, dans l'immense majorité des cas, celle-ci qui vient à celui qui la cherche.
- Comme celui qui poursuit un chemin vers la Lumière, lâcha Cécilia sans presque s'en rendre compte. Celle-ci finit toujours par venir à sa rencontre.
Le vieil Ollivander sourit et fit une sorte de salut à l'adresse de la jeune femme.
- Ravi de vous l'entendre dire, Madame !
Le ton parut à tous singulièrement déférent. Mais le curieux personnage reprit aussitôt, s'adressant à Christophe :
Elle vous a donc été transmise. Et, croyez-moi, votre baguette vient de très, très loin dans le passé. Il s'agit, en fait, d'une des plus anciennes qui puisse exister. Elle a été conçue pour faire de la magie blanche exclusivement. Bois de pommier avec, à l'intérieur un rameau d'églantier : beaucoup de pureté et de force là-dedans. On ne fait plus de baguette de pommier depuis des âges. Seul un expert parmi les experts pourrait tenter l'opération. Je dis bien, tenter. Le créateur d'un tel objet doit choisir l'arbre dans lequel il le fabriquera, accomplir tout un rituel pour remercier ce dernier de lui donner un peu de lui-même et doit poursuivre tout le processus jusqu'à la naissance de la nouvelle baguette, puis à sa consécration.
Le vieil homme marqua une pause, fixant chacun tour à tour d'un profond regard, s'assurant de leur parfaite attention et de leur compréhension.
Donc, il faut pour cela, un homme ou une femme d'une grande pureté intérieure pour être à même de réaliser une œuvre comme celle-ci. En fait, il faut être alchimiste ou autre chose d'approchant. C'est un magnifique héritage que vous avez reçu. D'après mes connaissances, de tels objets furent très rares dès leur conception et tout ce que je peux vous dire c'est qu'elle n'a pas été créée par mes ancêtres, ni même en Angleterre. Allez chercher plutôt du côté de l'Ecosse !
Hermione fit une mimique, montrant qu'elle désirait poser une question.
- Ah ! Une question de quelqu'un d'attentif ! Je m'y attendais ! Je vous écoute.
- Vous avez parlé de consécration ?
- Oui, jeune fille, de consécration. Un artisan comme moi ne fabrique pas de baguettes magiques, il les fait naître. C'est pour ça qu'elles vont au sorcier et non l'inverse. Elles deviennent comme vivantes ! La consécration… c'est bien autre chose… d'indéfinissable. Seuls ceux qui ont les pouvoirs de l'esprit sont à même de procéder à cette opération.
- Je suis de plus en plus intriguée, chuchota presque Cécilia.
Ollivander lui lança un regard appuyé.
- Vous pouvez, madame !
Il fit une pause que personne ne songea à interrompre, puis il reprit :
- Les pouvoirs de l'esprit ne font pas partie de ceux que partagent les sorciers. Ils sont différents. Peut-être… non ! Je ne veux pas trop en dire, ne possédant pas cette Science-là !
Il se tut, laissant un silence profond durant lequel chacun se plongea dans ses pensées. La révélation du vieil Ollivander supposait tant de choses, suscitait en eux tant de sensations inhabituelles qu'il leur était impossible de parler. Le calme se faisait si profond qu'on eût dit qu'un ange prenait possession des lieux et imprégnait chacun de ceux qui étaient présents d'une paix qu'ils avaient rarement ressentie.
Le maître des lieux respecta cette profonde méditation, puis après un bon moment convia nos amis à retourner dans la boutique.
- Merci ! murmura Cécilia à l'adresse du vieux monsieur.
Celui-ci lui sourit, puis se tournant vers Christophe, en plaçant sa main sur son épaule, il chuchota :
- La Lumière... Quelle responsabilité !
Là, ils se séparèrent d'Ollivander, dont le regard brillait étrangement dans la demie obscurité, n'échangeant de paroles qu'à voix basse, pour retrouver ceux qui les attendaient au-dehors.
Ils ne s'aperçurent pas d'un détail très inhabituel chez leur hôte : ce dernier les suivit longuement du regard jusqu'à ce qu'ils disparaissent dans une autre boutique, puis se dirigea vers le fond de l'officine, plongé dans sa perplexité. Là, il se saisit d'un miroir, donna un nom et attendit qu'on lui répondît.
A leur sortie, Maugrey montra son impatience. La visite avait été assez longue, le soleil assez chaud mais surtout les risques encourus par un groupe stationnant depuis un certain temps pouvaient se montrer importants. Surtout quand l'assemblée comprend des gens aussi célèbres qu'Harry et ses amis. Néanmoins Tonks plaida en faveur des Français en assurant qu'il aurait été bien difficile d'interrompre le fabriquant de baguettes magiques au milieu d'une expertise fort intéressante au demeurant ! Maugrey n'en continua pas moins ses bougonneries mais fut bien dans l'obligation de se résigner.
Tous partirent en direction de la ménagerie magique afin d'acheter un hibou pour Christophe et Cécilia. Harry, Ron et Hermione se mirent un peu en retrait du groupe en prenant bien la précaution de ne pas se laisser distancer. Maugrey n'était pas de très bonne humeur et son œil magique ne laissait rien passer. Quant à Tonks, elle fermait la marche et empêchait ainsi toute velléité de séparation ou retard intentionnel ou non.
- Alors ? chuchota Ron, curieux de savoir ce qui s'était passé.
- Très intéressant, lâcha Hermione. Très intéressant !
- Raconte-nous tout, fit Harry, ne te fais pas prier.
Hermione leur sourit, ravie de son petit effet.
- C'est une baguette en pommier avec un cœur d'églantier, concéda-t-elle enfin..
- Ah ? Et alors ? interrogea Ron.
Elle leur raconta alors tout ce qu'elle venait d'apprendre.
- Curieux pour de simples Moldus, lança Ron d'un ton inquisiteur.
- Moins fort ! exigea Hermione. Pour l'instant je ne vois rien d'inquiétant. J'ai discuté avec Cécilia et l'impression qu'elle m'a laissée c'est une clarté totale. De plus les propos d'Ollivander confirment totalement.
- Je suis d'accord ! estima Harry. Qu'est-ce qu'on fait ?
- Je pense que nous devons chercher de notre côté s'il existe quelque chose dans les livres concernant les baguettes de pommier et les pouvoirs de l'esprit, proposa la jeune fille.
- C'est ça ! Dans l'Histoire de Poudlard, j'imagine, ironisa Ron que l'éventualité de longues stations à la bibliothèque n'enchantait guère.
Ron persiflait mais, à sa grande déception, Hermione hocha la tête en signe d'approbation.
- Oui, déjà en tout premier lieu et tu ferais bien de te porter volontaire pour cette exploration, assura-t-elle. Je vous ai toujours dit à tous les deux que cela vous ferait le plus grand bien de la lire enfin, cette Histoire.
Le jeune Weasley sembla trouver une soudaine inspiration dans le vol des mouches au-dessus du Chemin de Traverse.
- Comme si nous n'avions pas assez de travail ! bougonna t-il.
Hermione secoua la tête, désapprouvant la sortie du Gryffondor.
- On peut faire autre chose que du Quidditch, proclama-t-elle un peu sèchement. De plus, Ron, je te rappelle que nous sommes en guerre et pas loin des meilleures loges, alors tout nous concerne !
Harry prit le relais de la jeune fille :
- C'est malheureusement la triste réalité des choses, je le crains. Donc nous chercherons partout où il le faudra.
Ron préféra se réfugier dans un silence bougon. Une fois de plus ses amis avaient raison mais personne n'avait particulièrement besoin d'encaisser un nouveau problème alors que le conflit avec les Ténèbres s'amplifiait à chaque instant.
Pendant ce conciliabule les Barenton se demandaient aussi quel serait l'impact des révélations du vieil Ollivander.
- Nous avons déjà un dénominateur commun entre ce que t'a dit ce monsieur et certains événements, constata Cécilia. A savoir l'Ecosse. D'abord cette banque, la Templars, où ta mère possédait des avoirs importants. Maintenant on nous dit que ta baguette y a certainement été fabriquée.
- Exact, et il y a autre chose : quand j'ai fait mon expérience avec Mlle Etchegorria, j'ai vu un églantier qui poussait dans l'enceinte.
- Je trouve cela assez normal, affirma-t-elle, si nous admettons que cet enclos te représente au plus profond de toi-même, il paraît logique que la baguette contienne de l'églantier, puisque ton être profond en inclut un.
- Encore faudrait-il comprendre quel en est le sens !
- Il s'agit d'un symbole alchimique. L'églantine est la Rosa Canina, la Rose des chiens, c'est-à-dire quelque chose de terriblement banal, donc accessible à tous. Sur la Croix, elle représente l'éclosion de la Conscience de l'Homme en rapport à la résistance du monde physique et aux épreuves que nous subissons. Nous apprenons ainsi à devenir de véritables humains, plus profonds, plus aimants et plus connaissants.
Christophe lança un coup d'œil admiratif à son épouse puis répondit :
- Tu en sais des choses ! Mais en ce qui me concerne, quel sens trouver en tout cela ?
- Mon chéri, tu m'en demandes beaucoup ! Je pense qu'il te revient d'y réfléchir et que tu trouveras ce que tu cherches moyennant un peu de patience.
- Je veux bien. Mais les événements l'auront-ils, cette patience ?
- Il ne faut pas traîner, c'est sûr, tout le monde sent bien que l'Histoire s'emballe !
Le silence, seul, répondit à la réplique de Cécilia. Du reste le petit groupe parvint devant la porte de la ménagerie magique. Tout le monde entra, sauf Maugrey qui resta dehors pour surveiller les alentours. Quant à Christophe, il s'attarda un instant avec le vieil Auror.
- Nous sommes suivis, assura-t-il à ce dernier.
- Vous les avez remarqués ? interrogea Alastor visiblement surpris. Ce sont deux hommes du ministère mais je ne sais pas ce qu'ils font ici. J'ignorais qu'ils étaient en mission officielle.
- Qui prouve qu'ils le soient ?
- Vous avez raison ! Mais nous ne sommes que deux pour vous escorter et je ne veux pas risquer de vous laisser à découvert.
- Je m'en occupe, lança Christophe.
Avant même que Maugrey puisse proférer un seul mot, il entra dans la boutique, tira un porte- carte de sa poche, l'exhiba bien haut, et s'avança au fond en sautant par-dessus le comptoir.
- Scotland Yard ! Excusez-moi ladies and gentlemen, je ne fais que passer !
Personne n'eut même le temps de protester que Christophe sortait déjà par la porte de derrière dans les cris stridents des animaux dérangés par le remue-ménage. Il contourna la maison, retrouva le Chemin de Traverse hors du champ de vision des deux suiveurs puis poursuivit sa manœuvre pour parvenir derrière deux hommes qui, effectivement, surveillaient attentivement Maugrey.
Elémentaire mon cher Watson ! pensa Christophe, ravi de plonger un peu dans l'action.
- Tu parles d'une mission, toi ! bougonna l'un des hommes.
- Ouais, j'irai bien prendre une bieraubeurre !
- Ne vous inquiétez pas, messieurs, voilà un peu de diversion ! fit une voix enjouée derrière eux.
Ils esquissèrent un mouvement pour se retourner mais la voix les interrompit.
- On ne bouge pas ! Au moindre mouvement, vous regretterez votre après-midi ! Posez vos baguettes à vos pieds, et dépêchez-vous !
- Nous sommes en service commandé, tenta l'une des victimes de cette agression.
- C'est ce que nous verrons, jeta Christophe d'un ton sans réplique. Faites ce que je dis. Je n'ai pas que ça à faire. Et pas d'entourloupe, je connais la musique.
- Vous aurez des ennuis, promis le second.
- Et vous, vous en avez déjà. Je compte jusqu'à trois. Un… deux…
- Bon ça va, coupa le même homme en obtempérant aux ordres de Christophe, aussitôt imité par son comparse.
- A la bonne heure gentlemen, avancez gentiment et discrètement surtout. Inutile d'ameuter toute la ville.
Ils avancèrent lentement vers le Chemin de Traverse. Le Français en profita pour ramasser les baguettes sans perdre ses clients de vue, puis il dirigea son petit monde vers Maugrey qui attendait, étonné. Entre temps Cécilia était sortie de la boutique pour s'enquérir auprès de ce dernier.
- Voici de la visite, triompha Christophe quand il parvint à portée de voix.
Le vieil homme regarda brièvement les prisonniers.
- Nous voilà bien en pays de connaissance, ironisa ce dernier. John Bonniseur et Hubert Bath. Ils appartiennent au ministère comme Aurors, mais comme vous disiez tout à l'heure, sont-ils en mission officielle ?
- Parfaitement, s'écria l'un d'eux. Nous sommes là pour assurer la sécurité de Mr Potter !
Ce bon prétexte venait bien providentiellement et puis l'homme l'avait dit un peu vite pour ne pas éveiller les sens d'un enquêteur un peu soucieux de son travail.
- Ah ? s'étonna Christophe, et comment saviez-vous que votre protégé viendrait précisément aujourd'hui ? Et pourquoi ne pas avoir pris contact avec nous quand nous sommes tous arrivés ?
- Je ne suis pas obligé de répondre à vos questions, intima l'un des hommes.
- A monsieur, non, rétorqua Maugrey, mais si vous ne vous montrez pas un peu plus bavards je vous colle un rapport. Alors ?
Les deux Aurors s'entre regardèrent hésitants, pesant visiblement le pour et le contre. Un rapport de leur ancien collègue ne les effrayait pas trop, ce dernier n'étant pas en odeur de sainteté au ministère, mais ils savaient que derrière lui se profilait la silhouette de Dumbledore. Il était hors de question de rivaliser avec le directeur de Poudlard.
- Bon, finit par lâcher Hubert Bath, on te le dit, Fol Œil, mais ne va pas le crier sur tous les toits !
- Ca va, les enfants, allez-y ! Ne vous faites pas prier, je déteste ça !
- On n'est pas là pour Harry Potter ! Ce serait plutôt pour monsieur et madame, continua le même en montrant les deux Français.
- Et qu'est-ce que vous nous voulez exactement ? répondit Christophe assez sec.
L'autre resta obstinément tourné vers Maugrey, pensant prendre sa revanche en marquant un cordial mépris son agresseur. Il sortit alors des papiers de sa poche et les exhiba avec fierté. Christophe n'hésita pas à s'en emparer. Il s'agissait de photos, sur lesquelles l'on reconnaissait le couple Barenton malgré le flou rendant l'arrière-plan méconnaissable. L'impression dominante faisait penser que les clichés avaient été pris à l'intérieur d'une maison. Il eut un léger haut-le-cœur mais resta silencieux.
L'ancien Auror, quant à lui, se borna à lancer un coup d'œil rapide aux documents sans perdre de vue les deux lascars dont il se méfiait encore.
- Qui vous a ordonné de nous suivre ?
- Son ton bourru n'admettait pas la moindre réplique.
Alford ! Finit par jeter John Bonniseur, après un lourd silence.
Pourquoi l'as-tu dit, espèce d'idiot, s'écria Hubert Bath avant que Fol Œil eût songé à poursuivre.
- Parce que de toute façon il finira par le savoir et Dumbledore derrière lui ! Voilà ! Après tout Alford n'est pas notre chef et il ne nous a même pas offert à boire !
- Voyez-vous ça ! ironisa Christophe. Pas même une compensation ! Les pots de vins, on ne connaît pas au ministère de la magie ! Encore un radin, oui ! Et que vous a ordonné ce monsieur… Alford ?
Alford a de l'influence ! Il nous a chargé de surveiller le Chemin de Traverse, histoire de voir et de lui signaler si vous y veniez.
- Et vous l'avez fait ?
Le ton de Christophe s'était encore durci.
- Non, nous cherchions à en voir davantage, certifia le même, la photo est plutôt floue et nous voulions vérifier qu'il s'agissait bien de vous.
- Parole ! Nous n'avons rien dit, approuva son acolyte.
- Ca suffit ! interrompit Maugrey.
Se tournant vers Christophe, il demanda :
- Qu'en faisons-nous ? Je les lâche ou j'appelle des renforts ?
Ce sont de vulgaires lampistes, laissons-les !
- Vous avez entendus, espèces de loufiats ? Monsieur et sa dame sont sous la protection de Dumbledore et Alford n'a rien à voir avec ces gens-là ! Alors disparaissez et allez boire une bieraubeurre à notre santé.
Ce disant, Maugrey tira une pièce de sa poche et le leur donna.
- Allez, et sans rancune, hein ? fit-il d'un ton mi goguenard, mi impérieux. Vous n'avez rien vu ni entendu ! Vu ?
- Entendu ! assura l'un d'eux.
- Vu ! s'écria l'autre en même temps.
Christophe leur restitua leurs baguettes et les regarda s'éloigner. Cécilia se rapprocha.
- Me voilà encore un peu plus débiteur ! constata-t-il. Combien vous dois-je ?
Le visage du vieil homme s'éclaira d'un semblant de sourire.
- C'est une toute petite somme, histoire de vous remercier, pour l'amusement.
- Qui est au juste cet Alford ? questionna le Français.
- William Alford, rétorqua Maugrey. Ancien Auror, muté depuis deux ou trois ans au Département des Mystères du ministère. Je suis à la retraite mais je connais encore pas mal de monde. Méfiez-vous de ce zigue, c'est un ambitieux, un retors de la pire espèce. Quant aux gens qui bossent aux Mystères, on les appelle les Langues de plomb , si vous voyez ce que je veux dire. C'est un véritable état dans l'état, croyez-moi, tout le monde les craint plus ou moins, même le ministre à ce qu'on dit.
Les deux Français se regardèrent.
- Charmante perspective, confia Cécilia. Mais, cette photo, où et quand a-t-elle pu être prise ?
- A première vue, estima son mari, nous avons affaire à un intérieur. Mais le flou m'a empêché de reconnaître le décor. On dirait que ce cliché a été pris maladroitement.
Un amateur en somme ?
- Possible, ou alors la personne n'ayant pas le temps ni de viser correctement, ni de faire de bons réglages, a fait comme elle a pu.
- Christophe ! Je ne vois pas du tout comment une telle chose aurait pu se produire en Angleterre, nous y sommes depuis trop peu de temps et jusqu'à aujourd'hui, nous n'étions que chez les Weasley. Quant à l'hôtel, c'est trop récent.
- Sur le bateau peut-être, mais Dumbledore avait pris beaucoup de précautions.
- Justement ! C'est donc en France et dans un intérieur, encore, que nous nous sommes fait piéger. Donc ?
- Les deux loustics affirment avoir été envoyés pour voir si nous ne passions pas par ici, ce qui veut dire que celui qui les a commandités ne disposait pas de tant d'informations que ça. Il n'avait aucune idée précise de ce que nous devenions. Donc ?
Cécilia eut un large sourire.
- Donc, nous pensons la même chose, lança-t-elle.
- Tout vient de France ! Nos amis Bésatout et Rossignol seraient dans le coup. A l'origine, plutôt.
Fol Œil, qui n'avait pas pris part au débat, n'en écoutait pas moins attentivement ce qui se disait, et son œil magique tournait plus que jamais. A la fin, il se racla la gorge se décidant :
- Alors la situation pourrait être assez grave ! Il faut prévenir Dumbledore !
- Je crois qu'il faut le faire assez vite, approuva le Français. Quant à nous, nous ne devrions pas trop nous attarder, on ne sait jamais.
- D'après toi, c'est dangereux ? demanda Cécilia, l'inquiétude se sentant légèrement dans sa voix.
- Tu as entendu ce que disait Dumbledore le jour où il est venu à la maison ? Il n'avait pas l'air du tout désireux que le Département des Mystères se mêle de nos affaires. Il parlait de la France mais, à mon avis, les gens de son pays ne valent guère mieux.
- Finissons-en avec toutes ces courses, grogna le vieil Auror. Je pense que les deux zoulous se tairont mais je n'ai qu'à moitié confiance.
Le couple rentra donc dans le magasin et Christophe s'empressa d'aller présenter des excuses à la patronne pour son intrusion. Celle-ci les accepta avec une dignité toute britannique et un léger sourire, montrant qu'elle avait saisi l'humour de la situation.
- Désolée, s'excusa-t-elle, pointant son regard de myope sur son interlocuteur, mais je n'ai pas saisi exactement : Scottland Yard ! De quoi s'agit-il, au juste ?
- Vous ne savez pas ce qu'est Scottland Yard ? interrogea Christophe ouvrant de grands yeux sidérés.
Cécilia vint à la rescousse en riant :
- Chéri ! Réveille-toi ! Nous sommes sur le Chemin de Traverse !
- Mais oui ! C'est bien sûr, s'exclama-t-il, réconforté. Il s'agit de la police anglaise côté moldu.
- Oh yes, of course ! Je me suis bien amusée ! Do you wish a cup of tea ?
Malheureusement il leur fallut refuser une offre aussi tentante faite avec un sourire aussi charmant mais leurs mentors attendaient.
- Vous reviendrez alors, demanda la dame en Français, avec son doux accent.
C'est entendu, promit Christophe et je crierai de nouveau : Scottland Yard !
Tout le monde s'esclaffa. Cet humour et cette chaleur faisaient du bien à chacun dans un contexte aussi sombre.
Ils s'intéressèrent davantage au décor qui les environnait et qui les plongeait dans le ravissement. La boutique offrait un cadre des plus pittoresques avec tous ces animaux multicolores et bien souvent inconnus pour nos amis qui découvraient le monde magique. Cécilia ouvrait de grands yeux émerveillés, on aurait dit une gamine voyant la mer pour la première fois. Cela suscita le sourire attendri de Molly. Malheureusement ils ne purent s'attarder en raison des événements qui venaient de se produire. Néanmoins, après quelques explications en bonne et due forme de Mrs Weasley, ils firent l'achat d'un magnifique hibou brun, au maintien altier et au regard martial.
Il s'appelle Duncan, assura la patronne, ce qui signifie en gaélique " le guerrier roux ". Vous verrez, ce sera un excellent postier, très rapide ! Malgré son air un peu farouche, il est très gentil, et je vous fais un prix est très intéressant !
Harry, qui s'y connaissait avec Hedwige, amie ailée de tous les instants, conseilla la marque de nourriture et le tout fut enlevé en moins de deux. Dès lors, Duncan décida d'élire l'épaule gauche de Cécilia comme son perchoir attitré et tout le monde quitta les lieux, à la grande satisfaction d'Alastor, les félicitant d'avoir été aussi rapides. Durant le trajet qui les amena vers une boutique de vêtements, il discuta avec Christophe qui put lui révéler quelles étaient ses occupations dans le monde moldu. Du coup, considérant le Français comme un collègue, il se mit à rire, comprenant pourquoi la scène précédente avait tourné comme cela. En arrivant à destination les deux hommes étaient à tu et à toi, toute glace étant rompue.
Tonks commençait à se dérider un peu, se permettant même de jouer avec Duncan. L'oiseau de proie quitta l'épaule de Cécilia pour celle de la jeune Auror, comme conscient que sa nouvelle maîtresse devait faire des essayages. Sans complexe, elle ne se priva pas de fouiller un peu partout, là aussi plongée dans un univers qu'elle découvrait à peine. Néanmoins, elle ne souhaita pas s'habiller comme une sorcière car, ne se considérant pas comme telle, elle ne voyait pas pourquoi elle aurait fait mimétisme.
- Je ne suis pas un caméléon, décida-t-elle fermement.
Harry et ses amis observaient la scène, tandis que Ginny qui avait grandi, achetait des vêtements neufs en compagnie de sa mère.
- Je me demande comment Rogue va recevoir ces deux –là ?dit Ron sans trop prendre de précaution en matière de niveau sonore.
Hermione secoua la tête en signe de reproche.
- Tu ne peux pas parler plus doucement, non ? intima-t-elle à voix basse. Tu sais bien comment ça se passera ! Rogue ne supporte personne.
- Il va y avoir du sport, continua le rouquin. Et pas seulement du Quidditch !
- Il va y avoir du sport, reprit Harry sur un ton beaucoup plus sombre, mais pas seulement en matière de rapports humains !
Ron eut du mal à réprimer un frisson.
- Tu penses à Tu Sais Qui… Naturellement ! Ne nous gâche pas la fête, je t'en prie !
- Voldemort ! réprimanda de nouveau Hermione. Il faudra bien t'y faire un de ces jours ! Voldemort !
Cette fois, le jeune homme trembla pour de bon mais ne rajouta rien. La jeune fille contempla Harry, la même réflexion que lui dans le regard. Visiblement Ron n'était pas prêt, mais qui l'était réellement ? Ils savaient tous deux, avec trop de lucidité, qu'aucun de leurs amis, ni eux-mêmes, n'étaient prêts. Ils partageaient une appréhension : si le Seigneur des Ténèbres lançait ses Mangemorts contre eux maintenant, quels moyens, quelles armes leur opposer ? Rien de ce qui leur était enseigné à l'école ne constituait en soi une quelconque parade aux sortilèges mortels que ne manqueraient pas de lancer les sbires de leur ennemi. Certes, ils avaient lancé l'AD et commencé à préparer leurs camarades de classe à l'éventualité d'un combat, mais combien seulement savaient nommer Voldemort sans passer par une irritante périphrase ? Comment espérer lutter avec un adversaire dont on n'ose même pas prononcer le nom ?
- Nous y arriverons, certifia Hermione avec certitude.
- Oui ! se contenta de répondre Harry, beaucoup moins sûr de lui qu'il n'y paraissait.
La sortie de Ron avait jeté un froid dans le groupe de jeunes gens qui tombèrent dans un silence lourd de sombres inquiétudes.
Pendant ce temps, apparemment insouciante, Cécilia avait jeté son dévolu sur une cape d'un bleu de nuit, toute simple mais fabriquée dans un tissu de grande qualité, qui lui allait parfaitement, lui donnant un air de profonde dignité. Christophe, admiratif, dénicha une broche en métal argenté en forme d'arbre arrondi.
- Et si c'était un pommier ? glissa la jeune femme en souriant.
Du coup, chacun de nous deux aurait le sien, toi sur ta cape et moi dans ma baguette ! Il te va parfaitement, il embellit la cape tout en la rendant moins sévère.
Elle hésitait, le prix le justifiant, mais son mari insista, soutenu en chœur par Molly et les jeunes enthousiastes. En fin de compte elle se décida, légèrement ennuyée par ce cadeau conséquent mais qui lui plaisait beaucoup.
Quant à Christophe, il préféra faire l'acquisition d'une robe de sorcier de bonne coupe afin de passer quelque peu inaperçu dans l'école, conscient que sa position d'élève sans l'être pourrait se révéler un peu difficile à tenir.
Le groupe termina ses achats dans la boutique et poursuivit l'acquisition de tout ce dont ils avaient besoin pour les uns et les autres. Malheureusement, au grand désespoir de Maugrey, tout cela dura assez longtemps malgré les efforts de chacun pour rester le moins de temps possible. Néanmoins, il ne se passa rien de fâcheux jusqu'au moment de leur séparation. Là, le Français offrit une tournée générale de glaces chez Florian Fortarôme au grand plaisir de chacun. Une atmosphère cordiale et joyeuse les réunit tous pendant quelques minutes. Même Maugrey accepta un sorbet qu'il dégusta dehors, bien sûr, en compagnie de Tonks. Avant de partir, Molly insista pour amener Duncan avec elle afin d'éviter certains regards dans l'hôtel moldu des Barenton. Décidément, Christophe et Cécilia se sentaient de mieux en mieux adoptés par cette famille de gens ouverts et cela les réconforta pour la suite des événements.
Dès qu'ils rentrèrent dans leur chambre, Tonks se mit en devoir de vérifier chaque recoin afin de s'assurer que personne n'avait posé de sortilège ou d'objet plus ou moins malveillant. Ne décelant rien, elle décida de se retirer malgré l'invitation de ses protégés à dîner avec eux.
Après le départ de la jeune Auror, ils discutèrent un moment des événements du jour puis appelèrent Dumbledore. Celui-ci ne mit pas longtemps à se manifester :
- Mrs et Mr Barenton ! Je suis heureux d'avoir de vos nouvelles ! Comment allez-vous ?
- Pas trop mal, répondit Christophe. Les Weasley et ceux que nous avons rencontrés sont très sympathiques !
- S'ils ne l'étaient pas, ce ne seraient pas mes amis, sourit Dumbledore. Maugrey m'a appelé. J'ai beaucoup apprécié votre intervention sur le Chemin de Traverse mais, méfiez-vous, la prochaine fois vous pourriez tomber sur des embûches beaucoup plus sérieuses.
Négligeant l'avertissement du directeur de l'école, Christophe poursuivit :
- Croyez-vous à l'histoire de ces types ?
- Il me semble, oui. Voldemort vous aurait envoyé des gens autrement plus capables, encore que la formation que reçoivent les Aurors n'en fasse pas des enfants de chœur. Quoiqu'il en soit, je me réjouis de vous voir arriver à Poudlard demain soir.
- C'est vraiment dangereux ?
- Pour l'instant les Mystères ne savent pas grand-chose. Ils vous cherchent. J'avais envisagé cette éventualité, c'est pourquoi j'ai eu recours à un hôtel ne recevant que des Moldus. Mais ne vous trouvant pas, ils finiront par élargir le champ de leurs investigations. Quant à Voldemort, nous n'avons rien en ce qui vous concerne, mais ceci ne signifie pas que cette partie vous ignore.
- Cécilia et moi, nous aimerions vous parler de certaines choses…
- A votre arrivée vous vous installerez et puis nous partagerons le repas du soir avec les professeurs. Ensuite nous discuterons tranquillement tant que vous voudrez. Dès sept heures, demain matin, Tonks viendra vous chercher et vous accompagnera chez les Weasley. Vous partirez ensuite pour Poudlard. Ne vous inquiétez pas si vous êtes suivis, le dispositif qui vous entoure a été renforcé dès ce soir.
- Je ne me suis rendu compte de rien, cette fois.
- Tant mieux, sourit Dumbledore, je leur ai fait dire quel limier vous étiez, alors ils se font un point d'honneur de tromper votre vigilance. Malheureusement, le devoir m'appelle avec force et je dois vous quitter. A demain !
Tout le monde se souhaita le bonsoir et la communication fut interrompue. Le calme qu'émanait le professeur se voulait rassurant mais les risques n'échappèrent pas à nos deux amis. L'étau ne se refermait pas encore mais ils ne pouvaient ôter sa présence oppressante de leur pensée. Qu'adviendrait-il bientôt, recherchés par le Département des Mystères pour un motif qu'ils ne pouvaient cerner, demain objets de la convoitise de Voldemort et de ses acolytes, ils se verraient enfermés dans Poudlard comme des animaux aux abois. A quand l'hallali ?
Certes, cette école de sorciers les incitait à rêver. Comment, pour des gens ayant reçu une éducation éliminant tout mystère, refusant tout inconnu, endormant chacun dans d'illusoires certitudes, allaient-ils ressentir leur arrivée dans ce nouveau monde ? Ils s'imaginèrent en Christophe Colomb prenant pied sur cette Amérique tant convoitée ! Mais ils comprirent vite quelle différence fondamentale les séparait de l'explorateur. Le cœur de Colomb était rempli de certitudes, notamment celle de la supériorité, toute supposée, de l'homme européen sur toute autre forme de civilisation. Christophe et Cécilia, eux, préféraient ne s'attendre à rien, pour être prêt à tout. C'est peut-être ce qui valait le mieux dans les circonstances qu'ils vivaient.
C'est sur ces réflexions que le couple s'enfonça, l'un dans les bras de l'autre, dans un sommeil qui les amena à l'autre bout de la nuit.
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