Suite à son discours les autres deuxièmes années s'étaient légèrement éloignées d'elle. L'atmosphère d'entente qui avait régnée avant les vacances d'été avait bien pris fin. Même Swan passait davantage de temps avec les premières années. Il venait désormais vers Etaine plus pour les devoirs que pour autre chose. Intérieurement la Fourchelang s'en voulait : si elle avait été moins méfiante elle aurait parfaitement pu devenir amie avec l'hyperactif. Mais c'était non seulement plus simple mais aussi plus sage : elle ne le désignait pas comme un pion à manipuler ainsi. Extérieurement elle ne témoignait pas la moindre émotion, elle était comme un morceau de glace que rien ne pouvait faire fondre.
La bibliothèque était redevenue son sanctuaire. Ses recherches sur les Malefoy avaient confirmées qu'ils avaient de tout temps été partisans de l'idéologie de Voldemort. Lors de la chute du Seigneur des Ténèbres Lucius Malefoy avait prétendu être soumis à l'imperium et renié son allégeance. Il était maintenant particulièrement proche du ministère dans lequel il possédait de nombreux contacts. Il avait bien réussi et il serait dangereux de s'en faire un ennemi dans sa situation irrégulière il serait bien capable d'enquêter et de trouver. Ce ne lui serait d'ailleurs pas difficile, il en avait certainement parlé avec Rogue. Rogue. Rogue qui lui avait donné un cours particulier lundi malgré la défense de Dumbledore. Il semblait décidé à désobéir aux consignes du directeur. Ils en avaient d'ailleurs parlé.
-Je ne vois aucune raison de lui obéir sur ce point, avait dit le professeur de potion. La justification qu'il m'a donnée est sans fondement quand on voit votre réaction par rapport à un épouvantard. Passe-moi l'ellébore.
-N'est-ce pas risqué ?
-C'est vous qui me demandez ça, miss Knightley ?
-Tout est toujours risqué, c'est vrai. Mais là il s'agit d'un ordre direct.
-Il vous l'a demandé, à vous aussi ?
-Non, il me l'a annoncé, nuance.
-Un broc d'eau et trois feuilles de béladone, réclama Rogue.
Etaine regarda silencieusement la mixture passer du bleu au rose fuchsia. La potion tue-loup était extrêmement difficile à réaliser et dépassait le niveau de nombre de Maîtres des potions. Severus Rogue ne semblait pourtant n'y éprouver pas plus de difficultés qu'à l'habitude mais la Fourchelang se souvenait l'avoir vu réaliser une décoction explosive qui avait fait fondre le verre des bocaux qui s'alignaient contre les murs quand elle avait brusquement jaillit du chaudron.
-M. Zabini m'a parlé d'un incident dans le train, lâcha-t-il en mirant un flacon rempli d'un précipité orangé.
-Lucius Malefoy avait raison les rumeurs vont vites.
-Quand arrêterez-vous d'esquiver mes questions ? soupira-t-il.
-Probablement jamais, je ne le fait pas exprès, répondit-elle en lui tendant les ailes de billywig.
Il haussa un sourcil, n'ayant pas encore demandé cet ingrédient.
-Comment avance la tue-loup ? se contenta-t-il de demander en les ajoutant dans la mixture.
-Je dirais une dizaine de minutes, répondit la Fourchelang en jetant un coup d'œil au deuxième chaudron qui bouillait, quatorze mesures et demi d'eau et pas moins de cinq mesures de tue-loup à l'intérieur.
-Pas d'approximation, miss Knightley, l'exactitude est nécessaire à la préparation des potions.
-Certes, mais c'est la première fois que je vois une potion tue-loup, et c'est vous le Maître des potions ici.
-La flatterie ne vous mènera à rien.
-Ça vaut toujours la peine d'essayer, rit-elle, mais ce n'était qu'une vérité générale.
-Passe-moi la poudre de cloporte.
La jeune fille lui tendit le bol dans lequel elle avait soigneusement écrasé les animaux. Rogue s'absorba dans les tours qu'il devait faire pour amener la potion jusqu'à sa deuxième phase.
-Pourquoi en faire une telle quantité puisqu'elle sera périmée dans quelques semaines ? questionna-t-elle quand il reposa la louche.
-Parce qu'on n'a pas encore trouvé moyen de diminuer le volume, mais je compte m'en occuper cette année. Ce sera notre principal sujet d'étude. Trois minutes, jugea-t-il en voyant le contenu de la deuxième marmite.
Il s'assit sur un bureau et chercha à croiser son regard. Etaine, habitué à ce qu'il tente de fouiller son esprit quand il n'arrivait pas à la cerner se concentra sur son épaule, technique qu'elle utilisait depuis l'année précédente pour s'esquiver.
-Où en étions-nous ?
La Fourchelang sourit et demanda :
-Qui cherchez-vous à approvisionner pour faire cette potion si près de la pleine lune ?
-A vous de le découvrir, miss Knightley, je n'ai pour ma part pas le droit de parler.
-Pas plus que vous n'aviez celui de continuer ces leçons.
-Que s'est-il passé avec le détraqueur ?
-En quoi cela vous intéresse-t-il ?
-Votre réponse confirme ce que m'a rapporté M. Zabini.
-Les informations fournies par Blaise m'ont permises d'avancer plus rapidement dans mes recherches.
C'était vrai, elle savait désormais la formule du sort, mais pas son action.
-Pour contrer les détraqueurs ?
-Cette déduction était simple, professeur.
-C'est un sort d'un très haut niveau.
-On me l'a dit. Mais en la circonstance je crois que je préfère me retrouver face à un détraqueur en le connaissant qu'en l'ignorant.
-Sage décision, comment comptez-vous procéder ?
-Comment me conseilleriez-vous de le faire ?
-Vous ne savez pas encore comment faire fonctionner ce sortilège, n'est-ce pas ?
-Non, mais je trouverais.
-Le contraire m'étonnerait.
La Fourchelang inclina légèrement la tête, se demandant ce qu'il pouvait bien sous-entendre par ce ton ironique légèrement amer.
-Vous serez une sorcière d'exception, il n'y a pas de doute à cela, murmura-t-il, visiblement pour lui-même.
-Il est plongé dans des souvenirs douloureux, siffla soudain Saernel.
-Vous l'avez déjà dit, professeur, et pas qu'une fois. Mais mon image est associée à un autre souvenir…
-Vous aussi visez juste, miss Knightley.
-J'ai de l'aide en la personne de Saernel.
-Et rebelote, lança le serpent.
-C'était voulu.
Elle regarda de nouveau le professeur de potion.
-Le passé est difficile à oublier, et je pense que je ne vous y aide pas.
-Je n'ai besoin de personne, miss Knightley, et surtout pas de soutien moral.
-J'ai l'habitude de réfléchir à voix haute.
Il lui jeta un regard noir avant de retourner à sa potion. Le message était clair : le sujet était clôturé. Etaine lâcha un soupir silencieux et entrepris de découper des racines. Son rôle était davantage celui d'un assistant que d'un élève. Rogue la laissa partir une demi-heure plus tard, légèrement en retard sur l'horaire prévu. Mais ce n'était pas exceptionnel. En remontant des cachots elle tomba sur Terry qui parut gêné de la voir. Il masqua rapidement sa surprise et lui proposa de l'accompagner à la Grande Salle. La Fourchelang accepta et ils se mirent en route. Terry n'était pas particulièrement bavard mais tout de même de bonne compagnie. Ils se séparèrent à l'entrée de la Grande Salle et chacun alla rejoindre ceux de son année, déjà attablés. La jeune fille se demanda fugitivement pourquoi il n'était pas arrivé en même temps qu'eux avant de chasser cette pensée de son esprit. Elle s'assit à côté de Scott qui ne leva même pas la tête.
-Alors, demanda Anne, comment allait la terreur des cachots ?
Etaine haussa les épaules, peu désireuse de relancer la fille blonde sur sa prétendue liaison avec le professeur de potion.
-Allez, insista la fille blonde.
-Comme d'habitude, à ce qui me semblait, lâcha la Fourchelang en s'emparant d'un bout de pain.
Saernel quitta sa chevelure pour s'avancer vers des pilons de poulets.
-Je ne m'habitue pas à le voir, glissa Anne en fixant le reptile.
-Il comprend, tu sais, répliqua doucement Etaine, surprise qu'elle continue la conversation. Une cible en vue pour toi ?
-Une cible ?
La sorcière leva les yeux au ciel.
-Un gars si tu préfères.
-Terry me plaît bien, avoua la blonde sans la moindre pudeur, mais je crois que c'est toi qu'il veut.
-Analyse, miss entremetteuse, s'il te plaît, réclama la Fourchelang, curieuse de voir quels indices elle avait trouvé.
-Je t'en prie, s'exclama Anne comme si elle était particulièrement bornée. Tu lui parle le premier jour et il t'accompagne à la Grande Salle la semaine suivante, il ne faut pas être devin.
-C'est un gamin, les gamins se fichent de ce genre de chose, l'année dernière il n'y avait que toi pour t'en préoccuper.
-On ne dirait pas, tu l'as vu ? Si je ne savais pas qu'il est en première j'aurais cru que c'était une troisième.
-Sur ce point je dois admettre que tu as raison. Il y a quelque chose d'étrange chez lui, ajouta-t-elle en se rappelant ce qu'avait dit Saernel.
-Quoi ?
Etaine sourit à la fille blonde et changea de sujet.
-C'est vrai que Black a été vu ?
-Ouais, t'as un train de retard Etaine, lança Swan en tendant la main pour attraper un morceau de pain. Ça date de la semaine dernière.
-Où ?
-Pas loin d'ici, confia Emma.
-Il vient à Poudlard, pronostiqua Zane.
-Mais non, répliqua Scott en riant.
Pourtant Zane avait raison. La soirée d'Halloween le confirma. Peu après le festin, alors que les deuxièmes années étaient installés dans le salle commune pour livrer un tournoi d'échec le professeur Flitwick apparut et demanda à tous les Serdaigle de redescendre dans le grande salle. Les élèves s'exécutèrent avec un tourbillon de questions. Les Gryffondor étaient déjà là, les autres maisons arrivèrent en même temps qu'eux. Dumbledore attendait les étudiants.
-Les professeurs et moi-même devons fouiller systématiquement le château, déclara le vieil homme que tous fixaient en l'attente de réponse. Je crains que, pour votre propre sécurité, il soit nécessaire que vous passiez la nuit ici. Je demande aux préfets de monter la garde aux portes de la Grande Salle et je confie au préfet et à la préfète-en-chef le soin d'organiser les choses. Tout incident devra m'être immédiatement signalé.
Il s'adressa ensuite aux deux préfets en chef, Pénélope Deauclaire et un Gryffondor, leur demandant de solliciter les fantômes si le besoin s'en faisait sentir. Le directeur s'apprêtait à quitter la salle lorsqu'il sembla se raviser :
-J'oubliais, vous allez avoir besoin de…
Il ne finit pas sa phrases mais des sacs de couchages violets, un pour chaque élève, apparurent sur le sol tandis que les tables étaient repoussées contre les murs. Etaine ouvrit de grands yeux, de deux gestes négligents Dumbledore avait métamorphosé la Grande Salle. C'était une belle démonstration de pouvoir. Le vieil homme leur souhaita un bon sommeil et quitta la pièce en refermant les portes derrière lui. Un brouhaha s'éleva aussitôt et les deuxièmes années de Serdaigle se précipitèrent vers leurs homologues de Gryffondor pour entendre toute l'histoire.
-C'est Sirius Black, révéla Ginny.
-Il a agressé la grosse dame qui garde notre salle commune, renchérit Stephen.
-Mais comment est-ce qu'il a pu entrer ici ? s'étonna Emma.
Les Gryffondor n'eurent pas le temps de répondre que leur préfet en chef les interrompait.
-Tout le monde dans les sacs de couchages, cria le Weasley. Fini les bavardages ! Extinction des feux dans dix minutes !
Les Serdaigle grommelèrent et s'installèrent contre un mur, entre un groupe de Poufsouffle de cinquième année et des Gryffondor de troisième. Le débat faisait rage. Scott suggéra que Black avait peut-être transplaner, un Poufsouffle qu'il s'était déguisé, un Gryffondor qu'il avait volé jusqu'ici à l'aide d'un balai… Mais Etaine savait qu'aucune de ces suppositions n'étaient juste. Une Gryffondor prit la parole, invoquant l'Histoire de Poudlard, et démonta toutes les théories en présence. Et avant qu'on ait pu en formuler d'autres le préfet en chef fit s'éteindre toutes les lumières et réclama le silence.
Etaine se glissa dans son sac de couchage comme tous les autres mais discuta avec Saernel.
-Magie noire ? soupçonnait le serpent.
-Avec un tel niveau et sans baguette ? Et pourquoi avoir attendu si longtemps ?
-Il a trompé les détraqueurs ou les a corrompu, en tout cas.
-La corruption n'est pas impossible. Le règne du Seigneur des Ténèbres était une bonne période pour les détraqueurs, et on dit de Black qu'il était l'un des plus fidèles à Voldemort.
-Et tu crois qu'il va chercher à le rejoindre ?
-Peut-être, mais pourquoi aller à Poudlard ? A moins que le Seigneur des Ténèbres n'y soit toujours depuis l'année dernière…
-Non, Dumbledore aura fouillé encore et encore le château. Il n'y est plus, répondit la vipère.
-Dans ce cas peut-être cherche-t-il quelque chose pour le compte de son maître. Quelque chose qui serait gardé à Poudlard comme la Pierre Philosophale il y a trois ans.
-C'est fort possible. Mais la question est s'il est seul ou en mission pour Voldemort.
-Qu'est-ce que tu veux dire, Saernel ?
-S'il a déjà rencontré Voldemort celui-ci aurait pu réagir de deux manières : garder Black avec lui pour l'aider ou l'envoyer chercher quelque chose d'essentiel à son retour. Si c'est le cas Black est ici à la recherche d'un objet magique précis.
-Et s'il ne l'a pas rencontré Black fait cavalier seul et cherche à venger sa déchéance. Il est ici pour Potter, pour anéantir celui qui a détruit son maître, comprit Etaine.
-Le tout est de savoir laquelle de ces deux possibilité est la bonne.
-Rogue est légilimens, déclara la sorcière, et Dumbledore probablement aussi, tu as vu son regard quand il te fixe ? C'est la même chose que Severus. Je ne pense pas que Voldemort aurait permis à quelqu'un connaissant sa localisation de s'approcher si près de son pire ennemi sachant que celui-ci pourrait la découvrir… Black est seul. Seul et désespéré ou en tout cas à moitié fou.
-Tu as probablement raison, admit le serpent. Mais depuis quand appelles-tu Rogue « Severus » ?
-Je l'ai appelé Severus ?
-Oui.
Etaine ouvrit la bouche, puis la referma.
-Je n'en ai franchement aucune idée. La théorie d'Anne doit commencer à me taper sur les nerfs.
La fille blonde ne s'était pas démontée et revenait de temps en temps à la charge. A un moment la Fourchelang avait même été tentée de lui faire croire qu'elle avait raison. Mais si cela était venu aux oreilles de Rogue, et ce serait assurément le cas, elle aurait perdu des avantages. Son regard commençait lentement à changer.
Réfléchissant à la façon dont Sirius Black avait pu entrer à Poudlard elle ne trouva pas le sommeil. Il avait sûrement procédé de la même manière que pour s'évader d'Azkaban, mais comment ? Elle l'ignorait elle avait l'impression de se retrouver dans une veillée funèbre comme en fin de l'année précédente.
Toutes les heures un professeur revenait dans la Grande Salle pour s'assurer que tout allait bien, lui permettant de mesurer le temps. Ils échangeaient à chaque fois quelques mots avec les préfets puis repartaient. Vers trois heures du matin ce fut au tour du professeur Dumbledore qui se dirigea vers Percy et s'arrêta à quelques pas d'elle. La pièce était silencieuse, la plupart des élèves s'étant endormi. Ils échangèrent dans un murmure à propos de Black qui n'avait pas été retrouvé et de la grosse dame. La porte se rouvrit et un troisième s'approcha.
-Le deuxième étage a été entièrement fouillé, annonça Rogue. Il n'y est pas. Et Rusard a inspecté les sous-sols, rien là-bas non plus.
-Et la tour d'astronomie ? La pièce du professeur Trelawney ? La volière ? questionna le directeur.
-Tout a été fouillé, assura le professeur de potion.
-Très bien, Severus. Je ne m'attendais pas à ce que Black traîne dans les parages.
-Avez-vous une idée de la façon dont il est entré ?
Etaine remarqua qu'elle n'était pas la seule à épier la conversation. Devant elle l'un des Gryffondor venait de bouger la tête.
-J'en ai beaucoup et elles sont toutes aussi invraisemblables les unes que les autres, répondit Dumbledore.
-Vous vous souvenez de la conversation que nous avons eue, monsieur le directeur, juste avant le début du trimestre ? dit Rogue dans un souffle, comme s'il ne voulait pas qu'on l'entende.
-Je me souviens, Severus.
Quelque chose sonnait comme une menace dans la voix du directeur. Le professeur de potion soupçonnait quelque chose qui n'était pas du goût de Dumbledore.
-Il parait presque impossible que Black ait pu pénétrer dans l'école sans une complicité interne, continua néanmoins le Maître des potions. Je vous ai fait part de mes inquiétudes lorsque vous avez nommé…
-Je ne crois pas que qui que ce soit dans ce château ait aidé Black à y entrer, le fit taire le vieil homme. Il faut que j'aille voir les détraqueurs à présent. Je leur ai dit que je les préviendrais quand nos recherches seraient terminées.
C'était donc Lupin que Rogue soupçonnait ?
-Ils n'ont pas proposé de nous aider, monsieur le directeur ? demanda le préfet en chef.
-Oh, si, répondit le vieil homme avec une froideur sans équivoque, mais je puis vous affirmer qu'aucun détraqueur ne franchira l'enceinte de cette école tant que j'en serai le directeur.
La Fourchelang prit le risque d'ouvrir les yeux pour voir l'air de profonde rancœur sur le visage du Maître des potions quand Dumbledore lui tourna le dos.
