Les quatre autres gardiens voient ces temps-ci Jack et Harold s'éviter. Ce n'est pas vraiment le cas, selon eux. Ils n'osent seulement pas avancer l'un vers l'autre, ont quasiment signé l'accord tacite de ne pas en parler, de ne pas se parler, avant d'avoir résolu leur problème majeur – celui des enfants.
C'est le jour. Chacun d'entre eux se trouve dans un lieu différent de la Terre, à chercher des traces puisqu'ils n'ont pour l'instant que ce moyen pour trouver des indices. Jusqu'à ce que soudain, deux yétis apparaissent devant Nord, qui fonce dans l'un deux – lequel proteste. Nord s'en détache et se masse le front.
« Combien de fois j'ai dit d'arriver sur le côté ? s'énerve-t-il, mais les deux créatures protestent dans une langue indescriptible.
– Quoi ? L'homme de la –… »
Il lâche son front d'un coup, rejoint les yétis dressés en face de lui, lance une boule à neige semblable à celle qu'ils ont utilisée pour que Naama leur indique la possible cachette de leur ennemie invisible, à la différence que cette boule-ci affiche un lieu intérieur, aux meubles majoritairement faits de bois. Au milieu de la pièce se dresse une version miniature de la Terre.
Ils y parviennent quelques secondes plus tard. Dès lors, le père Noël ne prend pas le temps d'examiner les lieux pour tourner une manivelle et appuyer dessus, ce qui fait émaner des continents du Globe diverses aurores boréales.
Fée se trouve près d'un lac quand elle en aperçoit le reflet. Elle s'envole dans la minute.
Bunny est plongé dans des villages de montagnes. Il n'est pas mécontent de quitter cet environnement glacial, qui aurait plus convenu à Jack, quand il tape du pied par terre et plonge dans le Terrier que ce geste a formé.
Sab effectue ses recherches auprès de collines verdoyantes dans lesquelles vivent des habitants, qui ont voulu se couper au maximum de ce monde qui leur convient aussi peu qu'à Harold. Il forme avec son sable un faucon pèlerin au col duquel il s'accroche. Le vent fouette son corps à cent quatre-vingt kilomètres heure.
Jack fouille dans la toundra. C'est difficile. Tout ce blanc qui s'étend à perte de vue habitue la rétine et chaque piste qu'il a crue trouver n'était qu'une hallucination. Il appelle le vent qui l'emmène à son tour.
Harold et Krokmou cherchent dans des égouts depuis ce matin. Ils ont la chance de se trouver près d'une bouche quand les aurores surgissent dans le ciel Krokmou informe Harold de leur présence. Le viking monte sur son dos et Krokmou s'élance jusqu'à la sortie près de laquelle ne vit aucun humain, rappelons que les habitants de ce monde-là ignorent complètement que les dragons existent.
Globalement, ils parviennent tous en même temps au Pôle. Aucun d'entre eux n'a besoin de poser la moindre question quand ils voient que la Lune est anormalement visible à travers la fenêtre, dans ce ciel clair et sans nuages. Même Harold comprend, Jack lui a expliqué la manière de communication de l'Homme de la Lune avant qu'ils soient en froid.
A côté de l'ombre habituelle de Pitch se dessine peu à peu une figure féminine plus précise que celle dont parlait l'Homme de la Lune la première fois. Quatre ailes aussi grandes que son corps lui poussent dans le dos. Ses cheveux ondulés s'allongent jusqu'à son ventre, elle a les oreilles d'un elfe et les cornes d'une chèvre, différentes pourtant de celles que portent ces animaux puisque la forme des siennes est creuse là où la leur est bombée.
Les cinq gardiens s'observent, complètement perdus. L'Homme de la Lune a trouvé l'identité de leur ennemie, la leur montre mais aucun d'entre eux tous ne sait la reconnaître. Ils ne l'ont jamais vue. Jamais, jamais, jamais, vue.
« C'est la fille du Roi des Aulnes. »
Ils se tournent comme d'un seul corps vers Harold et sa mine grave, son air de chef qui protège les siens est revenu d'un coup. Il a compris, lui. Il sait.
A Beurk et dans les villages alentours, on dit du Roi des Aulnes qu'il envoûte les garçonnets. Il n'a lui-même pour enfants que des filles et prétend avoir l'intention de leur donner des frères, ou de futurs époux, humains. A coups de louanges et de belles promesses, ceux qu'il parvient à faire céder sont en fait asservis et ceux qui lui résistent meurent subitement.
Sa benjamine, celle qu'on nomme LA fille du Roi des Aulnes, on en sait peu sur elle. On sait uniquement qu'elle suit son père, envoûte autant garçonnets que fillettes, notamment en prenant l'apparence de leur mère. On dit aussi qu'elle est plus dangereuse que celui qui l'a mise au monde.
Harold raconte tout ça et les autres blanchissent. La fée des dents en frémit même.
« Et où vit-elle ? s'enquit Jack et c'est la première fois depuis leur précédente conversation qu'il s'adresse à Harold, que ses yeux bleus, durs aujourd'hui, rencontrent le vert des siens.
– Sur une île adjacente à Beurk. »
