Vos avis et conseils sont toujours les bienvenues.

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Le retour au restaurant de Luigi se fit sans que personne ne prononce un mot. Aussi bien Alex que Gene semblaient plonger dans des pensées insondables dont l'importance capitale nécessitait le silence le plus total. Bien entendu, la vérité était tout autre. Gene ne voulait pas risquer de perdre le peu de dignité qu'il lui restait après cet affront tandis qu'Alex, pourtant brillante psychologue en temps normal, ne savait pas trop comment réconforter son patron sans abîmer son ego de mâle. Ils arrivèrent chez Luigi à la nuit tombante et la première phrase de Gene fût pour le restaurateur.

Gene : Luigi, une bouteille de scotch !

Le petit italien au front dégarni apparut aussitôt, comme sorti de nulle part.

Luigi : Signor Hunt, Signora Drake, que vous est-il arrivés ?

Alex songea qu'ils devaient avoir une mine épouvantable vu la réaction de Luigi.

Alex : C'est rien Luigi, juste un petit accident de voiture.

Luigi : Mais vous êtes blessés tous les deux.

Gene : Ouais bah ça c'est pas le scoop du siècle. Elle vient cette bouteille !

Luigi : Si c'est ce que vous voulez, voilà. Mais c'est d'un bon repas dont vous avez besoin pour vous requinquer.

En bon italien, ce cher Luigi était persuadé que tous les problèmes pouvaient se résoudre avec une bonne assiette de pasta.

Alex : Merci Luigi, c'est gentil.

Gene venait déjà de finir son premier verre de scotch, la soirée promettait d'être longue.

Alex : Luigi, avant d'aller en cuisine j'aimerais du vin s'il vous plaît.

Gene : Je suis pas toubib Rothschild mais vos médocs et la piquette de Luigi ça risque de pas faire bon ménage.

Alex : Vous avez raison... vous n'êtes pas toubib.

Gene : Comme vous voulez Bolly mais comptez pas sur moi pour vous mettre au lit. Allez Luigi, sers la dame.

Les deux flics remplirent leurs verres et trinquèrent ensemble.

Gene : A cette journée de merde.

Alex : Santé.

Ils avaient ce soir là le coude prompt à se lever et l'ambiance se détendit assez rapidement. Au moins pour un temps car si tout se déroula bien pendant une grosse demi-heure, les choses se gâtèrent quand Luigi eut la mauvaise idée d'allumer la télévision. Le journal venait de commencer et le braquage de la Royal Banque était LE fait du jour. Un journaliste pincé expliquait en long en large et en travers l'affaire dans tous les détails. Vinrent ensuite des images de Gene poussant les membres de la presse puis le reportage se termina en apothéose avec le message ridiculisant Gene inscrit à la peinture rouge.

Journaliste : "Une question se pose alors, les riverains sont-ils réellement en sécurité avec ce genre d'homme à la tête de la police ? Selon un récent sondage..."

Luigi avait éteint la télévision.

Luigi : Désolé Signor Hunt.

Gene : Pas grave, c'est pas comme si j'étais devenu l'ennemi public numéro 1. Ah bah si, en fait si.

Luigi : Vous verrez Signor Hunt, vous aurez des jours meilleurs. En attendant venez vous installer ici avec la charmante Signora, votre repas est prêt. Les lasagnes de Luigi, recette de ma mère.

Alex : Ca a l'air parfait Luigi, merci. Allez venez patron.

Il avait l'air réticent à l'idée de quitter le bar.

Alex : Prenez la bouteille de scotch si vous voulez. Et celle de vin aussi.

Gene : Vous savez parler aux hommes Bolly.

Ils prirent place à une table un peu en retrait et commencèrent à manger, mais le contenu de leurs verres descendait plus vite que celui de leurs assiettes.

Gene : Dix-neuf ans. Je suis rentré dans la police à l'âge de dix-neuf ans, vous vous rendez compte ? Et voilà comment je finis ma carrière, comme un paria.

Alex : Vous ne devriez pas dire ça, Luigi a raison, bientôt ça ne sera plus qu'une vieille histoire.

Gene : Je ne suis pas le flic modèle mais mon seul but a toujours été de protéger les habitants des voyous, des dealers et autres déchets de l'humanité.

Alex : Je sais, et même si je suis la première à trouver vos méthodes... moyenâgeuses, je dois reconnaître que vous obtenez des résultats.

Elle ne l'avait jamais vu si désemparé et ne pût s'empêcher de le réconforter. Elle laissa tomber sa fourchette et posa sa main sur la sienne.

Alex : On va l'avoir. On aura Donald et tout redeviendra comme avant.

Ce simple contact avec sa peau lui redonna du baume au coeur. Elle avait les mains douces comme de la soie.

Gene : J'ai été mis à pied je vous rappelle. Sûr que cet enfoiré de Patkinson doit jubiler à l'heure qu'il est.

Alex : Mais vous êtes le Lion de Manchester, vous devez vous battre, mordre, griffer ! Patkinson croit que vous êtes à terre, battu, ne lui donnez pas satisfaction ! Quand je suis arrivée ici, vous m'avez dit que même si on voulait vous saquer, vous feriez votre boulot jusqu'à la dernière seconde, et bien c'est le moment de le prouver !

Elle s'était laissée emporter par son tempérament fougueux et avait légèrement élevée la voix sans même s'en rendre compte.

Gene : Feriez une bonne avocate.

Alex : Vous allez vous battre ?

Elle avait raison, il le savait, il ne pouvait pas se laisser aller, surtout que Bolly semblait vraiment croire en lui et le soutenir.

Gene : S'il n'y a que ça pour vous faire plaisir.

Alex : Je vous aiderais.

Gene : Allez pas vous faire saquer pour mes beaux yeux Rothschild.

C'était pour lui qu'elle se battait, effectivement, mais sa fierté légendaire lui empêchait de le reconnaître directement.

Alex : Je croyais que je faisais déjà jaser avec mes tenues de tapineuse et mes nombreuses liaisons.

Gene : Pas si nombreuses que ça finalement, juste le connard Thatchériste.

Alex : Je crois que mon futur moi aurait eu honte de ça, mais puisque personne ne le saura jamais...

Gene : Vous êtes complètement bourrée.

Alex : Pas plus que vous. Et puis ça m'empêche de penser à cette horrible douleur.

Gene : Vos côtes ?

Alex : Affirmatif.

Gene : Montrez-moi ça.

Alex : Vous rêvez.

Gene : Allez, faites pas votre chochotte. J'ai déjà vu votre croupion et eut un fugace aperçu de vos nibards, c'est pas ça qui va me bouleverser.

Elle le fixa quelques secondes, sans rien dire, hésitant manifestement à accepter. Elle ne doutait pas des intentions louables de Gene, elle doutait d'elle-même. Serait-elle capable de résister à la tentation en étant seule, avec lui, dans son appartement ? Mais, au fond d'elle, elle savait parfaitement que ce qui l'effrayait le plus, c'est qu'elle cède et qu'il la repousse. Dans ce monde, en 1981, c'était la pire chose qui pouvait lui arriver. Cependant, l'alcool aidant, elle finit par accepter de prendre des risques.

Alex : D'accord, montons.

Gene attrapa son manteau, se leva et suivit Rothschild au premier. A quelques mètres de là, Luigi n'avait rien perdu de la scène et un sourire éclatant illuminait son visage.

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