Douceur (suite du chap 4 Addiction)
Thème : douceur
Écrit en 1h30
Hannibal avait mené ses projets à bien, du moins presque tous. Il avait réalisé la première tenue qu'il avait dessiné pour l'empathe, ainsi que le pantalon et la veste de la seconde tenue et il ne lui restait à faire que le pull en laine pour que tout soit fin prêt. La partie la plus difficile du projet, à savoir trouver une occasion d'offrir les vêtements confectionné par ses soins, avait également été résolue. Noël n'était que dans deux mois et ce serait le moment idéal pour offrir un présent à Will.
Il ne lui restait plus qu'à apprendre à tricoter. Pour commencer, il se procura du matériel dans une boutique assez fréquentée qui organisait des cours régulièrement et se joignit au groupe d'élèves déjà existant, toutes des femmes. Il avait acquis les bases dès le premier cours mais y retourna plusieurs fois, ayant apprécié l'ambiance intimiste du lieu et les conseils avisés d'une grand-mère qui semblait avoir un petit faible pour lui.
Comme prévu, il progressa rapidement et son premier pull était une réussite, mais il était perfectionniste et en recommença un autre, voulant que le cadeau de Will soit parfait. Il n'avait jamais parlé de sa situation personnelle mais avait bien perçu un intérêt certain chez plusieurs des habituées du lieu, cependant il tricotait un pull pour un homme, et un pull qui n'était pas à sa taille. Il supposait donc que ces dames pensaient qu'il était en couple avec un homme, et que le vêtement était destiné à son compagnon, et il lui sembla même entendre quelques exclamations attendries. Il ne dit et ne fit rien pour infirmer ou confirmer cette hypothèse, discret sur sa vie privée, comme toujours.
Il aurait pu ne jamais retourner à la boutique une fois son travail terminé, mais il avait eu une autre idée et avait eu à nouveau besoin de conseils. Ce qu'il comptait tricoter était assez particulier et il dût prendre quelques renseignements afin de mener à bien son projet. Sur la dizaine de cours auxquels il assista, il apporta à plusieurs reprises d'excellents vins, des chocolats fait maison et d'autres gourmandises et sa popularité au sein du petit groupe ne fit que croître. Non seulement il était le seul homme, mais ses manières raffinées, sa conversation et son amabilité séduisaient ces dames, et elles le défendirent bec et ongles le jour où Jack fit irruption dans la boutique.
Un témoin dont Jack refusa évidemment de lui révéler l'identité disait l'avoir vu la veille en soirée, dans une rue où un corps mutilé avait été découvert. Hannibal nia les faits avec d'autant plus de conviction que cette fois, il n'avait vraiment rien à se reprocher, et qu'il avait un alibi en béton armé puisqu'il se trouvait précisément au cours. Il avait presque terminé son cadeau supplémentaire pour Will et aurait aimé poursuivre tranquillement son activité, mais Jack ne voulu rien entendre. Alors que ce dernier lui demandait de le suivre pour simplement enregistrer sa déclaration des faits, l'une des vieilles dames de la boutique s'interposa. L'Éventreur pinça les lèvres pour ne pas rire alors que d'autres vieilles (et moins vieilles) dames se joignaient à la conversation, disant à Jack combien lui, Hannibal, était un homme charmant et serait parfaitement incapable d'horreurs pareilles. Il ne fit rien pour aider le chef du FBI jusqu'à ce que ce dernier reçoive un coup de sac vicieux de la part d'une petite grand-mère autoritaire, et il songea que parfois, en de très rares occasions comme celle-ci, il était capable d'apprécier une légère incivilité.
Il calma rapidement les esprits et suivit Jack, niant officiellement les faits qui lui étaient reprochés. Il put partir aussitôt et enquêta pour savoir qui avait pu le dénoncer, et il le découvrit bien plus vite qu'il ne le pensait. En effet, l'intéressé vint lui avouer sa faute le soir même, en pleurs. Hannibal assura à Franklyn qu'il le pardonnait et qu'il n'était pas nécessaire qu'il avoue son mensonge à Jack, mais il lui demanda tout de même, curieux, comment il avait su qu'un corps se trouvait dans la ruelle qu'il avait indiqué. La réponse était toute simple, à savoir que l'amateur de fromages avait fait une promenade tardive, et qu'il était tombé tout à fait par hasard sur le corps. Sachant que des soupçons pesaient sur son psychiatre après avoir écouté aux portes chez lui (une conversation avec Will), il avait décidé de le dénoncer. Pour le mobile, le psychiatre n'eut pas besoin de demander : il savait que Franklyn avait voulu se venger après avoir été en quelque sorte éconduit puisqu'il avait refusé d'être plus longtemps son thérapeute. Après cet incident, Franklyn ne dérangea plus Hannibal, mais ce dernier était très loin de l'avoir oublié. Lorsque la période des fêtes commença, il s'occupa de lui et utilisa son sang en quantité pour faire d'excellents boudins de Noël, et il prit également son foie et son cœur. Par mesure de prudence, il ne l'exposa pas et l'homme ne fut jamais retrouvé.
Pour la soirée de Noël, il invita (en partie par politesse) plusieurs personnes que lui et Will côtoyaient, mais la chance fut de son côté. La plupart de ces personnes passaient Noël dans leur famille mais Will qui était en mauvais termes avec son père, son seul parent encore en vie, accepta son invitation. Le psychiatre aurait pu, comme il le faisait souvent, passer cette soirée en compagnie de personnalités dans le monde de l'art, de la musique ou de sa profession, mais tout ce qu'il souhaitait cette année, c'était rester en compagnie du profiler. Will était un peu tendu en début de soirée parce qu'ils se retrouvaient rarement seuls en-dehors des séances de psychothérapie, mais l'alcool aidant, il se détendit, surtout que finalement, ils avaient décidé de passer la soirée chez lui à Wolf's Trapp. Hannibal se comporta de façon bien plus souple qu'à l'habitude et le profiler finit par abandonner ses chaussures sous la table et à plaisanter avec lui, plus ouvert et plus à l'aise. Il osa même lui demander pourquoi il avait choisi de passer sa soirée avec quelqu'un comme lui, peu connu pour sa sociabilité, plutôt qu'avec les nombreux amis qu'il devait avoir.
Ils avaient quitté la table pour le confort du canapé, assis l'un près de l'autre avec les chiens à leurs pieds, et à cette question le psychiatre se rapprocha et répondit sincèrement :
« Parce qu'aucun d'eux n'est réellement un ami. Vous l'êtes, Will. »
Le profiler le regarda longuement dans les yeux, lui qui pourtant n'aimait pas les contacts visuels prolongés, puis il hocha doucement la tête sans ajouter un mot. Hannibal lui répondit par un sourire et alla chercher le cadeau qu'il avait fait pour lui, curieux d'observer sa réaction. L'empathe parut surpris de recevoir des vêtements mais à sa façon de les manipuler et de les observer, le médecin sût immédiatement que le cadeau lui plaisait, ce que le profiler confirma :
« Vous avez vraiment bien choisi. Et tout me semble parfaitement à ma taille. Je ne sais pas quoi dire...à part merci, bien sûr. »
Il fit une pause puis ajouta avec un sourire : « Et que c'est bien plus élégant que ce que je porte habituellement.»
« Tout est à votre taille, je m'en suis assuré. Je suis ravi que cela vous plaise, je n'ai pas une longue expérience dans la confection de vêtements. »
« Vous voulez dire que vous avez tout fait vous-même ? »
« Naturellement. »
Il sembla au médecin que les joues de Will se coloraient légèrement, mais c'était peut-être l'effet de l'alcool.
« Ça a dû vous prendre beaucoup de temps. Merci. » répéta le jeune homme, puis il surprit Hannibal en ôtant son haut pour essayer le pull qu'il lui avait tricoté, l'air absolument enchanté.
« Rien à voir avec les pulls qui grattent que me faisait ma grand-mère. C'est doux... »
« Il y a encore un petit quelque chose... »
« Vraiment ? Vous n'auriez pas dû... »
« Et bien, ce n'est pas exactement pour vous. »
Will fronça les sourcils car Hannibal lui tendait malgré tout un paquet, et il le prit et l'ouvrit avec curiosité. Il sourit largement en découvrant une série de pulls à motifs (beaucoup de cerfs et quelques classiques flocons de neige) pour ses chiens, dont une bonne partie étaient un peu frileux et dociles. Il n'aurait aucun mal à leur mettre pour aller promener.
« Vous avez vraiment pensé à tout...C'est adorable. Hum...j'ai quelque chose pour vous, moi aussi.»
Hannibal n'attendait rien de la part de Will, mais il apprécia naturellement que l'homme qui occupait de plus en plus ses pensées lui offre quelque chose. Il défit l'emballage soigné sans le déchirer et découvrit un petit coffret qui contenait une montre suisse en or rose qui avait dû coûter plus d'un mois de salaire à l'agent spécial. Il enleva la sienne immédiatement pour la remplacer par celle-ci et regarda le profiler, à la fois curieux et touché.
« Merci beaucoup, Will. Je ne m'attendais pas à un tel cadeau. »
Pour toute réponse, Will réduisit la distance entre eux et posa ses lèvres sur les siennes. Le médecin approfondit immédiatement le baiser, frissonnant de plaisir alors que l'empathe lui enlevait son gilet et sa chemise pour ensuite se blottir contre son torse nu. Le baiser était merveilleusement doux, tout comme la sensation de la laine contre sa peau et il soupira d'aise quand son amant lui enleva le reste de ses vêtements. Il n'avait jamais pensé que la soirée se terminerait de cette façon, ni même que Will puisse être attiré par lui physiquement, mais il fut certain que c'était le cas quand ce dernier se dénuda. Il ne garda sur lui que son pull qu'il n'enleva qu'une dizaine de minutes et autant de caresses plus tard. Le psychiatre habituellement très pointilleux se fichait à présent d'être étendu le dos sur un canapé plein de poils de chiens et, alors qu'ils faisaient l'amour devant le feu de cheminée, il songea que c'était définitivement le meilleur Noël qu'il ait jamais eu.
