Note : J'avais déjà tenté d'écrire cette histoire il y a un bon moment, mais c'était mauvais et j'avais tout effacé. Mais finalement l'idée me plaisait bien, et je n'en avais pas d'autre pour le thème "fleur", donc je l'ai récrite différemment et je pense que cette fois, ça fonctionne. Vous me direz ^o^.


TOC TOC TOC

Pendant quelques longues secondes, l'immobillité de la scène fut si parfaite que l'on aurait pu croire que le temps avait arrêté sa course. Severus avait momentanément oublié la nécessité de respirer ; Sirius, lui, semblait coincé dans sa position absurde, le bras tendu, les doigts crispés. Puis, sortant peu à peu de sa torpeur, Severus aspira un filet d'air et son regard remonta péniblement jusqu'au visage de Sirius, légèrement plus coloré qu'à l'ordinaire, avant de redescendre vers sa main.

« Qu'est-ce que c'est que cela ? » articula-t-il avec lenteur, le nez froncé.

Sirius haussa les épaules.

« Tu vois bien ce que c'est, dit-il d'un ton bourru. C'est une rose. »

Les sourcils de Severus se haussèrent et ses yeux suivirent le mouvement. Sirius ne cilla pas malgré son regard perçant.

« C'est une plaisanterie ?

– Non non, je t'assure, c'est bien une rose.

– Je le vois, que c'est une rose ! Pourquoi est-ce que tu me tends une rose, bougre d'abruti ?

– Mmh, fit semblant de réfléchir Sirius. Pour que tu la prennes ?

– Qu'est-ce que tu me chantes ? Tu es venu m'attendre à ma porte pour me donner une… une fleur ?

– En fait, non. (Severus commença à exhaler un soupir de soulagement, qui mourut presque aussitôt.) Je pensais que tu serais dans tes appartements. »

Severus regarda la rose comme si c'était un poulet mort. Cette situation était bien trop grotesque pour qu'il sache par quel bout la prendre pour s'en débarrasser.

« Tu as attendu combien de temps au juste ?

– Oh, une petite heure.

– Une…?! »

Il ferma les yeux le temps de se ressaisir.

« Qu'essaies-tu de faire au juste, Black ?

– J'essaie de te donner une rose.

– Mais enfin, que veux-tu que j'en fasse !

– Ah, bonne question. Je voudrais que tu la places sous ton oreiller, cette nuit. »

Il y eut un bref silence.

« Mon oreiller.

– Le gros coussin sur lequel tu poses ta tête pour dormir.

– Je sais ce qu'est un oreiller ! s'énerva Severus.

– Ah, bon. »

Sirius brandissait toujours aussi obstinément sa rose, impassible.

« Tu n'es pas sérieux, décida Severus avant de contourner Sirius pour atteindre la porte de ses appartements.

– Au contraire, c'est très sérieux.

– Alors tu as perdu l'esprit ! Dans tous les cas, je ne suis pas intéressé. Fiche-moi le camp.

– C'est juste une rose, Snape.

– Eh bien je n'en veux pas.

– Là n'est pas la question », s'impatienta Sirius.

Severus, qui venait d'ouvrir sa porte, se retourna sur le seuil.

« Pardon ? Comment ça, là n'est pas la question ? Pourquoi me donnes-tu une foutue fleur ? N'as-tu donc aucun sens du ridicule ?

– Pour être tout à fait honnête, si. Je me sens parfaitement stupide.

– C'est parce que tu l'es. Maintenant, hors de ma vue. »

Severus recula dans ses appartements.

« Severus ! » appela Sirius dans une ultime tentative désespérée.

Severus se figea, horrifié par l'emploi de son prénom.

« Prends… Prends cette rose, s'il te plaît », fit Sirius doucement.

Sans voix, Severus claqua la porte.


Voilà qui était bizarre, songea Severus en se servant un verre de firewhisky.

Il ne faisait aucun doute que Black avait une mauvaise idée derrière la tête, mais comment avait-il pu s'imaginer qu'il accepterait cette fleur ? Le plus probable était qu'il soit en réalité venu dans l'intention de s'introduire dans ses appartements ; seulement les protections magiques l'avaient empêché d'entrer et il avait dû improviser en le voyant arriver.

Voilà, c'était cela.

Ça, ou bien une habile manipulation psychologique pour le déstabiliser ? Black essayait peut-être de lui faire perdre ses moyens. Severus devrait ouvrir l'œil dans les temps qui viendraient car il n'en avait probablement pas fini…

Et si c'était exactement ce qu'il voulait ? S'il n'avait fait que le pousser à s'interroger encore et encore dans le seul but de lui gâcher sa soirée ? L'ignorer serait certainement bien plus efficace pour contrecarrer ses plans.

Rien. N'était. Arrivé.

Au bout d'une demi-heure à essayer de lire la toute nouvelle édition de la Grande Encyclopédie des Végétaux Magiques en grignotant des macarons à la pistache, Severus referma le livre dans un claquement sec, les sourcils bas et la bouche pincée.

Bon.

D'une, il n'aurait jamais pensé à Black si ce stupide bouquin ne parlait pas de roses.

De deux, rien ne l'empêcherait de finir son macaron à la pistache. (Il glissa alors un regard vers sa main et constata qu'il avait inconsciemment serré le poing sur le pauvre macaron, dont il ne restait plus à présent que des miettes collantes. Mais peu importe !)

De trois, il avait sommeil de toute façon.

Severus vida un verre de firewhisky d'un trait et se prépara pour aller au lit. S'il se couchait si tôt, ce n'était pas pour ne plus penser à Black et sa maudite rose, non. Il avait tout bonnement eu une journée exténuante. Et d'ailleurs, il s'endormit presque aussitôt.


Au réveil, Severus avait oublié l'incident de la veille. Il commença par prendre une douche froide pour chasser ce qu'il refusait d'appeler une légère gueule de bois, même lorsqu'il se fit tomber le pommeau de douche sur la tête. Après quoi il s'enroula vaguement le cou dans une serviette, se rasa les ailes du nez sans enthousiasme et mâchouilla mollement sa brosse à dents avant de se rappeler comment s'en servir.

Mais Severus n'avait jamais été du matin.

Ce n'est que lorsqu'il s'assit à son bureau pour boire un café qu'il commença à avoir les idées claires. Juste au moment où l'étrange scène qui s'était déroulée devant sa porte lui revenait comme un vieux goût d'oignons, on frappa à sa porte. Trois coups énergiques, toc, toc, toc.

Un coup d'œil à son œillère magique lui confirma ce qu'il redoutait : Black était de retour.

« Qu'est-ce que tu veux ? demanda Severus à travers la porte, tout en replaçant plus correctement la serviette de bain autour de sa taille.

– Que tu m'ouvres serait un début.

– Mmh… Non. Au revoir Black.

– Je sais comment forcer la porte, tu sais.

– C'est cela, force la porte », ricana Severus.

Il y eut un moment de silence. En tendant l'oreille, Severus s'aperçut que Sirius était en train de contourner les protections magique avec aisance.

« Bon, ça suffit ! s'ecria-t-il en ouvrant grand la porte. Voilà, tu es content ? »

Les yeux de Sirius tombèrent sur la serviette de bain tandis que sa bouche formait un petit "o".

« Tu n'es pas habillé, constata-t-il.

– Si c'est ce que tu penses, il ne vaut mieux pas que tu saches ce qu'il en était au moment où tu as frappé à la porte.

– Tu ne vas pas me rendre la tâche plus facile, hein ? » soupira Sirius.

Avant que Severus n'ait pu s'interroger sur le sens de ces paroles, Sirius avait franchi les quelques pas les séparant, violant sans vergogne son espace vital. Et il embrassait Severus sur les lèvres.


Severus se réveilla en sursaut.

Haletant, il cligna des yeux dans la lumière du matin. Un rêve, ce n'était qu'un rêve. Il avait tout rêvé.

Les jambes encore flageollantes, Severus se leva. Son mal de tête l'empêchait de réfléchir ; il fila prendre une douche froide. Lorsque le pommeau de la douche lui tomba sur le crâne, il eut une étrange sensation de déjà-vu, mais sans plus.

Toutefois, cette sensation perdura tandis qu'il se faisait une écharpe de sa serviette de bain, et encore lorsqu'il s'étala de la mousse à raser sur le nez. Finalement, après avoir mordillé sa brosse à dent pendant quelques minutes, il se figea.

Saisi d'un doute affreux, il sortit en trombe de la salle de bain et s'engouffra dans sa chambre. Soulevant son oreiller, il trouva en-dessous ce qu'il identifia comme une rosa chinensis de couleur écarlate, à peine flétrie, sensiblement identique à la rose que Sirius lui avait tendue la veille. Severus eut un rire creux.

Sirius était tout sauf stupide. Il n'avait jamais eu l'intention de lui faire prendre cette rose, il avait juste trouvé ce moyen pour déguerpir alors qu'il avait failli être pris la main dans le sac à sortir de ses appartements. Il avait trouvé comment contourner ses protections magiques : dans le rêve il avait paru évident qu'il l'avait déjà fait.

Le rêve !

Severus se jeta sur sa Grande Encyclopédie des Végétaux Magiques. Il lui fallu seulement quelques seconde pour y retrouver l'article intitulé "Roses".

"Selon d'anciennes croyances qui furent longtemps moquées avant d'être magicalement éprouvées, une rose rouge que l'on se procure le jour du solstice d'été et que l'on fait fumiger pendant cinq minutes au-dessus d'un feu de souffre vous permettra, une fois placée sous l'oreiller, de faire un rêve prémonitoire concernant l'amour à venir."

Le solstice d'été était la veille. Approchant avec réticence la fleur de son nez, Severus lui détecta une nette odeur de souffre. Son bras retomba, et la fleur lui échappa des doigts. L'esprit vide, la respiration fébrile, il contempla la tâche rouge sur son sol gris, si colorée qu'elle resta imprimée sur sa retine lorsqu'il ferma les yeux.

Un rêve prémonitoire concernant l'amour à venir.

Sous peu, il entendit frapper à sa porte ; trois coups énergiques, toc, toc, toc.