Hey hey heeeey !

Comme promis, ce chapitre est posté en même temps que le précédent. A lui seul, il fait presque 9k mots, mais il m'était impossible de le couper, alors installez-vous confortablement ! Les choses sérieuses sont là.

Bonne lecture !


Even if the world is in ruins tomorrow
chapitre 9

Lorsque le jour s'était levé, qu'Ennoshita était revenu avec Tanaka et Sugawara, Bokuto, Kuroo et Akaashi étaient déjà levés depuis plusieurs heures. Pendant qu'ils mangeaient le petit déjeuner, plutôt copieux vu le rationnement, qu'on leur avait apporté, Sugawara leur avait expliqué qu'ils avaient eu les résultats de leurs prises de sang, et qu'en dehors de quelques carences dues à leurs pauvres alimentation, ils étaient en bonne santé. Ainsi, ils pouvaient sortir de quarantaine et rejoindre le groupe du convoi.

Ce qu'ils firent après avoir fini de déjeuner. Les deux gardes les conduirent au rez-de-chaussée de l'hotel, dans le hall d'entrée où une vingtaine de personnes étaient déjà réunies.

Dans la grande salle, la tension était palpable. L'air était électrique, lourd, presque douloureux à respirer. Il était épais et coulait dans leur trachée comme une mélasse infecte, jusque dans leurs poumons où il s'écrasait désagréablement. Tout le monde ici était angoissé. Le transfer jusqu'à l'autre camp était un moment qu'ils devaient tous attendre depuis trop longtemps, mais ils savaient tous le danger qu'impliquait le fait de se retrouver dehors.

Il y avait là toutes sortes de personnes. Une blondinette aux cheveux courts qui dessinait dans un petit carnet aux côtés d'une grande jeune femme aux cheveux noirs et au regard profond qui gardait sur elle un regard protecteur et un peu soucieux. Il y avait un garçon avec une coupe iroquoise qui avait l'air de se disputer avec une jeune fille aux épais cheveux roussâtres attachés en couettes, il y avait deux mères avec leurs enfants, dont l'une d'elles portait un bébé dans ses bras.

Akaashi trouva remarquable qu'elle ait survécu jusqu'ici avec un bébé, et il admira à cet instant le pouvoir incroyable de l'instinct maternel.

Dans le hall, attendant fébrilement d'être évacués vers l'autre camp, il y avait toute une palette de personnes différentes, d'origines différentes, avec des histoires différentes, qui avaient toutes été réunies ici par leur désir commun de survivre et de se voir offrir une autre chance dans un monde où l'espoir semblait avoir disparu.

Ennoshita demanda à Akaashi, Kuroo et Bokuto de s'asseoir et d'attendre avec les autres. On leur avait restitué leurs pauvres armes, en leur disant bien de les garder sagement rangées sauf en cas d'absolue nécéssitée.

Ils avaient prit place à même le sol, contre le comptoir du gichet d'accueil.

Et l'attente avait commencé.

Ils étaient tous fatigués d'attendre, encore et encore. Ils venaient déjà de passer 24 heures enfermés dans une chambre avec pour seules distractions un livre même pas intéressant et un paquet de cartes. Ils étaient pleins d'énergie, et ne rêvaient que de remettre les pieds dehors aussi rapidement que possible.

Ils ne pouvaient que regarder les gardes s'agiter autour d'eux, aller voir les gens pour leur demander des choses ou leur donner des informations. A un moment, Tanaka s'accrocha avec le garçon à l'iroquoise qui disait en avoir assez d'attendre. Ennoshita et un autre garde étaient venus les séparer avant qu'ils n'en viennent aux poings. Cela avait au moins fait un peu l'annimation, pour une poignée de minutes.

Kuroo et Bokuto s'étaient lancés dans un petit jeu stupide, mais qui avait au moins le mérite de faire passer le temps. Ils prenaient une personne au hasard et, en se basant uniquement sur ce qu'ils voyaient d'elle, s'inventaient sa vie.

Aussi un garçon tout seul dans un coin, assis par terre et les genous remontés contre le torse, qui affichait une mine de tueur et dégageait une puissante aura d'anomosité s'était vu attribuer le doux nom de Jack Darkness (et Akaashi s'était demandé s'il s'agissait là d'un jeu de mot par rapport au personnage Jack Harkness de la série Torchwood). Il était devenu, dans leur imagination, un ancien tueur à gage renommé en lien avec un puissant groupe Yakuza, qui avait fini par quitter le monde du crime organisé après s'être découvert une passion pour les compétitions canines auxquelles il avait dès lors participé avec son caniche nain appelé Rainbow.

Ils avaient ri. Akaashi avait souri en songeant qu'il ne leur en fallait pas beaucoup, mais aussi qu'ils avaient vraiment une imagination débordante.

Le jeu s'était poursuivi pendant un moment, jusqu'à ce que soudain, une voix forte et autoritaire n'inspire à tout le monde dans la salle un silence religieux.

— Votre attention s'il vous plait ! avait appelé la voix.

Au centre de la pièce se tenaient cinq hommes en treillis, armés et complêtement fermés. Aucune émotion ne transparaissait sur leurs visages, autres qu'une solide détermination aussi admirable qu'intimidante. Et celui qui venait de parler, un peu en avant des autres, était celui qui se tenait le plus droit, le plus digne. C'était probablement leur chef ou quelque chose comme ça.

Il avait les cheveux bruns, très foncés, coiffés en piques. Il était large d'épaules, solidement battit (sûrement un adepte de musculation, ou du moins l'avait été). Il portait des rangers, un treillis et un t-shirt sur lequel apparaissait la silhouette de Gozzilla.

— Merci d'avoir été patients jusqu'à maintenant. Le convoi partira dans trente minutes à partir de maintenant. Nous allons vous escorter jusqu'au véhicule à l'extérieur de l'hotel. Je vous demande d'obéir aux soldats présents pour assurer votre sécurité, et de rester aussi silencieux que possible. Le voyage jusqu'au camp où nous vous conduisons durera trois heures. Nous autoriserons une seule pause à la moitié du chemin à un point de repos pré-défini dans notre itinéraire. Nous ne ferons pas d'autre pause, sauf en cas d'urgence majeure, alors s'il vous prend une envie de pisser, faudra prendre sur vous. Ou faire dans une bouteille, ça m'est égal. Mais en tout cas, y'aura pas de pause pipi, déclara-t-il avec autorité.

L'audience était silencieuse.

— Ils ont des voitures ? chuchotta Bokuto, surpris.

Cela faisait longtemps qu'ils n'avaient pas vu de véhicutes motorisés rouler. Ils ne pensaient pas qu'on pouvait encore trouver de l'essence.

— On dirait bien, répondit Akaashi à voix basse.

Finalement, cela le soulageait. Au moins, ils n'auraient pas à faire la route à pieds.

— Bien sur ce, veuillez vous regrouper et vous tenir prêts. Si vous avez des questions, vous pourrez nous les poser, mais je vous demande d'être avant tous coopératifs et de rester calmes en toute circonstance afin que tout se passe dans les meilleures conditions.

A la fin de l'annoncement, le brouhaha reprit ses droits sur la bande d'individus impatients. Les mères rassemblèrent leurs enfants, les tenant fermement par les mains, Jack Darkness se releva pour rejoindre tout le monde, non sans se départir de son regard antipathique, la blondinette rangea son carnet dans sa sacoche et s'approcha avec la jeune femme aux longs cheveux noirs.

Bokuto, Akaashi et Kuroo les rejoignirent aussi, et rapidement, un amas de personnes, de voix, de respirations fébriles, étaient réunies devant la large entrée de l'hotêl. A une époque, de belles portes vitrées avaient dû se trouver là, mais elles avaient été remplacées par des plaques de tôle, bien plus sûre par les temps qui couraient.

Le garde qui leur avait parlé un peu plus tôt était là, attendant que tous se soient rassemblés, et dès que ce fut le cas, c'est lui qui ouvrit le passage.

Dehors, le ciel était sombre, noir, orageux après la tempête de la nuit. Les épais nuages qui cachaient le bleu de l'horizon étaient entassés au dessus de leurs têtes, ne leur offrant qu'un bien triste paysage pour leur voyage. Akaashi songea qu'il aurait aimé avoir au moins un rayon de soleil avec eux. Le mauvais temps avait tendance à rendre les gens nerveux et mauroses. De tristes états d'esprits.

Cependant, il était fort probable que personne ici ne se souciait du ciel gris. Tous ne pensaient qu'au voyage et à leur destination. Akaashi vit quelques personnes sourire. Cela lui fit un peu chaud au coeur. Il voyait ces gens et pensait qu'il vivrait avec eux désormais, dans l'autre camp. Il songeait que certains avaient des visages engageants, et qu'il ne serait pas contre l'idée de devenir ami avec eux. Il pensa au fait que ces gens feraient partie de son future, et cette pensée lui faisait curieusement plaisir. L'idée de faire à nouveau partie d'une communauté, d'une société pleine de vies différentes le rendait doucement nostalgique, un peu excité.

Il avait hâte d'embrasser ce nouveau départ avec eux tous.

Il avait hâte de vivre cette nouvelle vie avec Bokuto. Avec Kuroo.

On les guida ainsi jusqu'à un camion qui avait appartenu à une société de livraison. Il n'était pas très gros, mais sans doute assez pour emporter une vingtaine de personnes. C'était là dedans qu'ils allaient voyager, alors ? Enfermés tous ensemble à l'arrière d'un camion, sans fenêtre, sans lumière naturelle, sans vue. Akaashi, même sans avoir jamais souffert de claustophobie, eut un frisson désagréable. Le trajet risquait d'être long.

Près du véhicule, il y avait une poignée de gardes. L'un d'eux était occupé à vérifier le moteur, deux autres semblaient discuter de l'itinéraire, une carte dépliée devant eux. Alors que le groupe arrivait, toujours le même garde à leur tête, l'un des hommes qui était là s'approcha d'eux à grands pas aussitôt qu'il les vit arriver.

Il avait le regard soucieux et la mine grave.

— Iwa-chan, ne me dis pas que tu vas vraiment le faire ! s'exclama-t-il en s'arrêtant devant leur guide.

Ce dernier se retrouva a s'arrêter aussi, et il plongea un long regard dans les yeux de son interlocuteur. C'était un brun avec les cheveux un peu en pagaille, qui avait un visage fin et incroyablement bien conservé, sans aucune cicatrice, aucune egratigure. Il était plutôt beau, et portait fièrement son arme sur l'épaule.

Mais plus important que son apparence ou sa stature, il semblait pétri d'inquiétude. Les poings serrés, le front plissé et les yeux brillants. Il avait l'air d'un enfant tremblant et terrifié qui se dresse bien fébrilement contre ses parents pour la première fois. Terrifié mais déterminé. Il voulait se donner de l'allure, mais il était évident qu'une angoisse infernale l'emprisonait.

— On en a déjà discuté, Tooru, répondit le garde précédemment surnommé "Iwa-chan".

Et alors il lui passa devant, purement et simplement, sans rien dire de plus, sans plus se soucier de lui ou de ses états d'âmes. Il le dépassa tranquillement pour arriver jusqu'au camion, et le groupe le suivit sans un mot, sans un regard.

Le jeune garde, Tooru apparemment, le suivit du regard. Il eut l'air d'avoir été rendu muet par la surprise pendant quelques secondes, mais rapidement, comme une énergie nouvelle sembla le prendre au corps, il les suivit, prêt à en démordre. Et il n'avait pas l'air prêt à lâcher l'affaire, quitte à provoquer un scandale devant tout le monde.

— Tu sais aussi bien que moi que c'est une mauvaise idée ! s'exclama-t-il en esquissant un large mouvement de bras. Vous devriez attendre !

— Ukai a donné ses ordres, répondit 'Iwa-chan' sans même regarder l'autre garde, occupé à mettre son groupe bien en ligne avant de les laisser entrer dans le camion chacun leur tour.

— Et c'était des ordres stupides, cracha-t-il. C'est pas sûr dehors en ce moment, ce qui s'est passé hier devrait vous alerter !

— L'incident d'hier nous a alertés, rectifia le premier garde en se tournant enfin vers son interlocuteur, le regard sévère. Et c'est la raison pour laquelle on a choisi de faire partir le convoi plus tôt.

— Si ça se trouve, vous allez tomber sur d'autres groupes d'infectés, insista l'autre garde. Ils sont annormalement nombreux, vous devriez vraiment pas partir maintenant !

— Tooru, l'arrêta 'Iwa-chan'.

Le garçon tressaillit vaguement, et, le regard plein de panique, il s'arrêta de parler. 'Iwa-chan' soupira et se passa une main dans les cheveux, la mine compliquée, comme s'il était en proie à un dilemme interne particulièrement prise de tête. Même contre leur gré, tout le monde se taisait et assistait à la scène avec attention, et une pointe d'angoisse aussi. Si ce garde insistait tant sur le danger de partir maintenant, ne vallait-il alors pas mieux l'écouter ?

'Iwa-chan' fit alors un pas jusqu'à Tooru, se retrouva juste devant lui, tout proche. Et alors, en le regardant bien droit dans les yeux, il lui sourit un peu, et il approcha les mains de son visage pour lui pincer les joues.

— Arrête de t'inquiéter, Idiot-kawa, fit-il d'un ton qui sonnait comme faussement colérique. Tout va bien se passer.

Probablement un peu vexé de ne pas être écouté, de ne pas être pris au sérieux, Tooru fronça durement les sourcils et il recula vivement. Son regard était devenu noir, plein de fureur et de tristesse. Ses épaules étaient tremblantes et ses poings serrés si fort que l'on voyait les jointures de ses doigts virer au blanc. Il était en colère. Sérieusement en colère.

— Arrête de toujours dire que tout va bien se passer ! hurla-t-il alors.

Il surprit tout le monde à se mettre ainsi à parler si fort. Akaashi sentit l'épaule de Bokuto presser un peu plus fort contre la sienne. Il leva les yeux pour trouver son regard et leurs iris s'accrochèrent pour un moment. Ils échangèrent silencieusement leur malaise. Ils avaient tous les deux, et sûrement que le reste du groupe pensait ainsi, le sentiment qu'ils n'avaient absolument pas à asister à la conversation (ou la tentative de conversation) qui se déroulait devant eux.

Et pourtant, personne n'osa s'interposer pour mettre fin à la gêne.

Et Tooru ne semblait pas avoir bien conscience du scandale qu'il était en train de causer. Il y avait des choses, visiblement, qui avaient besoin d'être dites. Et il devait bien se ficher que cela mette l'assitance mal à l'aise.

— Makki aussi avait dit que tout se passerait bien la dernière fois qu'il est sorti, et il est jamais revenu ! continua Tooru, la voix vibrante, tremblante de toutes les émotions qui l'agitaient à cet instant. Mon frère aussi avait dit que tout irait bien ! Mais tu peux pas savoir ! Tu dis que tout va bien se passer, mais si ça se trouve, c'est la dernière fois que je te vois en vie ! Tu peux pas savoir si tout va bien se passer, ok !? Tu peux pas savoir... et moi je veux pas que tu meurs...

Sa voix se brisa dans un sanglot et il plaqua une main contre sa bouche pour cacher le tremblement de ses lèvres, il ferma les yeux pour essayer de retenir les larmes qui s'y étaient ammoncelées. Il sembla se recroqueviller un peu sur lui-même, comme s'il était fatigué, trop fatigué du poids de tout pour se tenir debout.

Il fit alors peine à voir.

'Iwa-chan' le regarda avec tristesse, et comme l'air de le comprendre. Il comprenait la peur qui le mettait dans cet état, celle qui vous prenait au ventre et vous faisait suffoquer, lorsque vous aviez déjà perdu des êtres chers et ne vouliez sous aucun prétexte en perdre encore. C'était la peur de voir les gens que vous aimez mourir les uns après les autres sans pouvoir rien faire pour les arrêter. La terreur de les voir partir et la douloureuse perspective de finir par se retrouver tout seul.

— Tooru, s'te plaît... parla-t-il doucement, et il le prit par les épaules pour l'insiter à se redresser, et puis il l'attira contre lui pour l'enlacer très fort.

Et même s'il était fou de colère contre lui, Tooru ne perdit pas une seconde pour lui rendre son étreinte et se blottir contre lui de toutes ses forces, comme si c'était la dernière chose qu'il ferait. Il passa ses bras dans son dos, aggripa le tissus de sa veste, dissimula son visage contre son cou. Il était un peu plus grand qu'Iwa-chan' alors il devait se courber un tout petit peu. Cela n'avait pas l'air de le déranger.

— Je t'en supplie Iwa-chan... je t'en supplie n'y va pas... n'y va pas maintenant... s'il te plaît, c'est trop dangeureux... sanglotait Tooru, faiblement contre son épaule.

'Iwa-chan' glissa une main douce et appaisante dans ses cheveux. Il avait un peu rougi, sûrement parce que lui avait bien conscience qu'une vingtaine de personnes les regardaient. Cela n'avait pourtant pas l'air de l'affecter plus que ça. Il y avait plus important. Il y avait le garçon sanglottant dans ses bras qui ne voulait pas le voir partir parce qu'il avait peur qu'il ne revienne pas.

Akaashi se surprit à se demander quelle était la nature de leur relation, mais il se rappela lui-même très vite à l'ordre en songeant que cela ne le regardait pas, et qu'il était même impoli de seulement se poser ce genre de questions indiscrètes.

— Je t'assure que c'est le meilleur moment pour partir, continuait d'insister 'Iwa-chan'. Il a plu cette nuit, alors les infectés seront sûrement tous cachés quelque part à l'abris.

Oh, effectivement. Akaashi n'y avait pas pensé, et pourtant maintenant, le souvenir lui revenait clairement en mémoire. Même si les médecins et scientifiques du début de l'épidémie n'avaient pas eu le temps de pousser très loin leurs recherches, ils s'étaient tous accordés pour dire qu'il y avait 99% de probabilité pour que l'infection soit une mutation de la rage, plus résistante encore, plus insidieuse, et résistante aux vaccinations de prévention. Et l'un des symptômes de la rage, lorsqu'elle ateignait un certain stade, était le développement d'une très forte hydrophobie.

C'était alors plutôt malin ! Et Akaashi comprenait tout à coup pourquoi en arrivant ici la veille, il avait vu autour des grillages des rigoles remplies d'eau. C'était pour éloigner une partie des infectés, ceux qui seraient déjà touchés par l'hydrophobie.

— Mais, couina doucement Tooru, l'air défait, le regard fatigué, le visage tordu d'inquiétude. Ils ne se seront pas tous mis à l'abris... et peut-être que la pluie les aura énervés...

— Tooru, écoute, parla alors 'Iwa-chan' avec une grande mais douce fermeté. J'ai la vie de ces personnes entre les mains, d'accord ? J'ai promis de les emmener vers l'autre camp, où ils pourront avoir une vie au moins un peu meilleure. C'est mon devoir, et je peux pas y faillir. On a choisi de faire partir le convoie maintenant, et c'est ce qu'on fera. Et tu pourras pas m'en empêcher.

Tooru pinça les lèvres et sembla de nouveau au bord des larmes. Mais 'Iwa-chan' continua rapidement, un semblant de sourire sur les lèvres.

— Et puis on sera dans le camion, et on est armés. Si des infectés nous attaquent, on n'aura qu'à les tuer. Tu sais qu'on n'est pas des amateurs, pas vrai ? Alors, s'il te plait, fais-nous confiance. Fais-moi confiance.

Tooru le regarda, les yeux brillants. 'Iwa-chan' avait l'air confiant, ou du moins s'en donnait l'air, et il regardait son interlocuteur avec douceur et sincèrité, pour lui montrer qu'il croyait vraiment ce qu'il disait. Qu'ils seraient vraiment capables de s'occuper des infectés qu'ils pourraient éventuellement rencontrer, et qu'ils reviendraient.

Alors Tooru baissa les yeux, se mordit la lèvre inférieure, tordit un peu ses doigts, nerveusement, et puis il releva le regard, et il hocha la tête.

— Si jamais tu reviens pas...

— Je reviendrai, le coupa 'Iwa-chan'. Tu sais que je reviendrai toujours vers toi.

Le coeur de spectateur d'Akaashi se serra au fond de sa poitrine. Quel genre de belles paroles était-ce là ? Pour dire une chose si belle, si romantique, avec dans le regard tellement de tendresse, ces deux-là devaient avoir une relation très spéciale. Comme cela devait être dur pour Tooru de devoir laisser une personne à laquelle il devait tellement tenir aller au devant du danger.

Ils se tombèrent encore dans les bras l'un de l'autre. Peut-être qu'ils en profitèrent pour murmurer d'autres mots trop précieux, trop doux, trop intimes pour laisser qui que ce soit d'autre qu'eux-mêmes les entendre. Peut-être qu'ils échangèrent un sanglot, un souffle de tristesse, une autre promesse.

Dans le silence total, ils échangèrent une dernière étreinte bouleversante.

— Je serai vite de retour, promit encore 'Iwa-chan' lorsqu'ils se détachèrent l'un de l'autre.

— Ne me fait pas attendre trop longtemps, répondit Tooru en levant le menton pour se donner un air fier et brave.

'Iwa-chan' sourit, un peu amusé, et il hocha la tête. Il ne le ferait pas attendre. Il accomplirait sa mission juste comme il faut, et puis il rentrerait ici. Il reviendrait vers lui, pour rester près de lui. Ici.

Akaashi se fit la réflexion que ce petit camp de réfugiés, ce camp de 'transision' comme on l'avait appelé, où les survivants ne restaient généralement pas très longtemps avant d'être escortés vers l'autre camp, était pour eux leur maison. Eux, avaient leur maison. Ce n'était pas l'endroit le plus sûr, mais il l'était déjà bien plus que la plupart des endroits. Et c'était là qu'ils étaient ensemble. Sûrement que cela faisait suffisament leur bonheur pour qu'ils s'y sentent heureux et satisfaits.

Lorsque la vie des personnes qu'on aime ne tient plus qu'à un fil chaque jour qui passe, on se rend compte à quel point on veut passer tout le temps possible avec eux. On réalise comme le temps passé en leur compagnie est précieux, et comme finalement, on peut se sentir chez soi n'importe où tant qu'elles sont avec nous.

Akaashi chercha la main de Bokuto, et comme s'ils avaient pensé la même chose au même moment, ce dernier trouva la sienne à la même seconde.

— Allez, on embarque ! s'exclama alors 'Iwa-chan' à l'attention du groupe, et il ouvrit le rideau de fer qui fermait l'arrière du camion.

Le groupe, comme sorti d'une curieuse torpeur, se remit en mouvement, les voix s'élevèrent de nouveau. Il y avait des coussins plats et quelques couvertures sur le sol. Il y avait une lampe à huile qui pendait du plafond. 'Iwa-chan' monta en premier pour l'allumer, et puis il redescendit et fit embarquer le groupe. Chacun trouva, d'une façon ou d'une autre, une place pour s'asseoir. Ils étaient un peu serrés, certains ne pouvaient même pas s'adosser, mais ils rentraient tous, au moins.

— Vous êtes tous bien installés ? demanda le garde, juste pour la forme.

Et ils répondirent tous "oui", juste pour la forme. Alors Il leur confia un sac à dos qui contenait quelques bouteilles d'eau et de quoi grignotter pendant le voyage. Il leur rappela cependant encore de ne boire que le nécessaire car ils ne feraient pas d'arrêt-toilette. Et puis alors il attrappa le bord du rideau de fer. Leur lança un dernier regard circulaire.

— Bon voyage, fit-il.

Et il referma le rideau.

Et un court silence tomba lourdement avec le claquement métalique, avec le dernier éclat de lumière naturelle qui disparaissait. Ils se regardèrent tous, un peu nerveux, un peu gênés. Ils étaient mal installés, inquiets. Le bébé couinait et menaçait dangereusement de se mettre à pleurer tandis que sa mère le berçait désespérément, et que son grand frère, un petit garçon qui devait avoir dans les 8 ans, agitait un petit jouet en plastique devant lui pour le distraire. On entendait des respirations fortes, des battements de coeur lourds comme des coups de taiko.

Kuroo était assit tout contre le fond, Bokuto à sa gauche, et Akaashi à coté de ce dernier, collé de l'autre coté contre un homme d'une trentaine d'années.

Personne ne semblait vraiment vouloir briser le silence. Sans doute que personne ne savait même comment le briser.

Ils étaient là, tels des clandestins à qui on ferait passer illégalement une frontière, pleins de crainte, d'anticipation, mais surtout pleins d'une fébrilité, d'une impatience électrique. Ils entendaient, étouffées depuis l'extérieur, les voix des gardes, des gens qui s'agitaient autour du camion. Cela dura quelques minutes, probablement. Personne ne vérifia vraiment. Et puis au bout d'un moment qui sembla interminable, ils entendirent le moteur se mettre en marche. Ils sentirent le véhicule se mettre à vibrer, et rapidement, ils le sentirent se mettre en mouvement.

C'était presque étrange, presque nouveau comme sensation. Tous autant qu'ils étaient n'avaient pas été à bord d'un véhicule motorisé depuis plusieurs mois, alors la sensation était vraiment curieuse. Un peu nostalgique aussi. Akaashi se rapella brusquement l'époque des longs trajets en bus, quand le trafic était bouché et que faire dix mètres prenait cinq minutes. Il se souvenait coller sa tête contre la vitre et regarder à l'estérieur la rue sans vraiment la voir, son casque sur les oreilles, de la musique plein la tête. Il se souvint du ronronnement du moteur qui le berçait et le rendait somnolent après une longue journée.

A l'époque, il détestait prendre le bus. Ils étaient toujours en retard, ou trop en avance, ou bien il y avait trop de monde et il fallait jouer des coudes en évitant de se faire écraser pour monter, et puis il y avait toujours cette personne bizarre qui venait s'asseoir à coté de vous malgré le fait qu'il y avait plein d'autres places libres.

Maintenant, il se disait que finalement, ce n'était pas si mal. Au moins les fauteuils n'étaient pas trop inconfortables comparé aux coussins fins comme des feuilles de papiers qui leurs servaient de sièges maintenant.

Le camion s'ébranlait, trésautait un peu de temps en temps. A l'arrière, comme ça, les à-coups se ressentaient beaucoup, sûrement bien plus que dans la cabine. C'était désagréable, comme une mauvaise attraction de fête foraine, comme des autos-tamponneuses.

Akaashi avait chaud. A vingt dans un espace si confiné et sans fenêtres, la chaleur se faisait vite ressentir. Un désagréable relent de transpiration prenait à la gorge avec la suffoquante chaleur, rendant l'air douloureux à respirer. Le bébé chouinait, malgré les tentatives de sa mère de l'éventer doucement pour le rafraichir. La blondinette qui dessinait dans le hall de l'hôtel un peu plus tôt, semblait au bord du malaise et se faisait aussi éventer par la jeune femme qui l'accompagnait, et qui lui parlait doucement, sans doute pour essayer de la garder consciente et de la calmer. Apparemment, elle faisait une petite crise de claustophobie bien compréhensive.

Il faisait tellement chaud, tellement sombre, et ne rien voir de l'extérieur était tellement angoissant. Si ça se trouve, ils passaient près d'infectés, près de dangers mortels, et ils n'en savaient rien. Peut-être que c'était mieux de ne pas savoir, mais ce n'en était pas moins déstabilisant.

Peut-être parce que c'était mieux que d'attendre péniblement, Kuroo avait fermé les yeux et s'était rapidement assoupi, sans doute engourdi par la température ambiante. Bokuto avait les doigts d'Akaashi entrelacés avec les siens, et il caressait distraitement le dos de sa main avec son pouce. Akaashi avait laissé sa tête retomber sur l'épaule de Bokuto, molement, avec paresse, et il observait les autres personnes présentes, en silence.

Il se demandait où ils étaient, depuis combien de temps ils roulaient. Il se demandaient s'ils étaient en train de traverser les rues désertes d'une ville fantôme ou bien les grandeurs abandonnées d'une campagne, s'ils étaient sur un vieil autoroute ou un sinueux chemin de montagne. Il se demandait s'il s'était remis à pleuvoir, en pensant que cela l'apaiserait un peu finalement, si cela pouvait garder les infectés à distance.

Il repensa à ce que Tooru avait dit à 'Iwa-chan'. Il avait dit que les infectés étaient anormalement nombreux. Que ce n'était pas normal. C'était à cause de cela que le camp avait été attaqué, et qu'ils avaient encore perdu l'un des leurs. Y avait-il véritablement de quoi s'inquiéter ? Et si les infectés se regroupaient pour attaquer le camion, qu'ils étaient une trentaine, une cinquantaine ? Ils pourraient très bien les faire dévier de la route, causer un accident, et ensuite les tuer bien tranquillement. Enfin, les infectés n'avaient plus vraiment de conscience. Leur cerveau ne fonctionnait plus vraiment tant il était malade. Ils ne pourraient pas communiquer, mettre en place un tel plan d'attaque. De toute façon, cela ne leur rapporterait rien.

Non, il n'y avait vraiment aucune raison de s'inquiéter pour ça. 'Iwa-chan' avait raison, tout allait bien se passer. Bientôt, ils seraient chez eux.

— On s'fait chier quand même, déclara soudain le garçon avec une iroquoise.

Tous les regards se tournèrent vers lui ; certains un peu consternés par son langage, d'autres approbateurs, satisfaits que quelqu'un ait osé dire ce que tout le monde pensait tout bas. C'était vrai, ils s'ennuyaient. Tous. Ils trouvaient le temps affreusement long pour de nombreuses raisons, et le silence commençait à se faire sérieusement pesant aussi.

— Puisqu'on va vivre au même endroit à partir de maintenant, répliqua la jeune femme avec les longs cheveux noirs. On pourrait essayer de faire connaissance ?

— Bonne idée ! s'enthousiasma Bokuto, tout sourire. On peut faire un tour de présentation, comme le jour de la rentrée au collège !

Akaashi retint une petite grimace de désaprobation. Ce qu'il avait pu détester le jour de la rentrée jusqu'au lycée, à cause de ces tours de présentation que les professeurs leur faisait faire. Donner son nom, dire quel club on avait rejoint ou comptait rejoindre, partager un ou deux centres d'intérêts, avec les regards de tous les autres élèves braqués sur soi. C'était bien le summum du malaise.

Cependant, tout le monde semblait plus ou moins adérer à l'idée, alors il allait favoir faire avec. Comme c'était elle qui avait lancé l'idée, c'est la jeune femme aux longs cheveux noirs qui se présenta en première, et le tour irait dans le sens des aiguilles d'une montre.

Elle s'appelait Shimizu Kiyoko, elle venait de Miyagi mais étudiait la musique à Tokyo. Lorsque l'épidémie avait commencé, elle préparait son départ pour la France après avoir été admise aux Beaux Arts de Paris. Elle était passionnée de piano et étudiait également la musicologie.

En plus d'avoir dû abandonner sa merveilleuse opportunité et la musique à cause de l'apocalypse, elle avait aussi perdu deux doigts de sa main droite - l'annulaire et l'oriculaire, dans un piège posé par des mercenaires. Sans doute que jouer du piano avec deux doigts en moins était possible avec beaucoup d'entrainement, mais elle n'avait pas beaucoup d'espoir. Peut-être qu'au camp, il y aurait un piano.

Elle leur dit, d'une voix pleine de rêves, le regard doux, les lèvres relevées dans un charmant sourire, qu'elle voudrait plus que tout au monde pouvoir entendre à nouveau le son d'un piano.

La petite blondinette qui était avec elle se présenta ensuite. Yachi Hitoka. Elle parlait assez bas, en butant souvent sur ses mots et en évitant le regard de tout le monde, comme si elle était nerveuse de devoir se présenter devant l'assemblée.

Elle connaissait Shimizu depuis plusieurs années, elles s'étaient rencontrées à l'école d'art de Tokyo. Yachi y étudiait le dessin et les arts visuels dans le but de devenir graphiste. En leur racontant son histoire, elle serrait fort dans ses mains le carnet dans lequel elle n'arrêtait pas de griffoner. Elle leur raconta que le dessin lui permettait de s'évader. Cela lui faisait du bien.

Ils avaient tous leur façon de s'échapper un peu de ce monde infernal.

Après elle venait Jack Darkness, de son surnom donné par Bokuto et Kuroo. C'était le garçon à l'aura meurtrière qui restait dans son coin et ne parlait pas depuis le début. Il avait le regard très cerné, les cheveux noirs, courts et très crêpus comme s'ils étaient très abîmés. Il était assit les jambes remontées contre son torse, et la tête posée sur les genoux. Tout recroquevillé comme ça, il renvoyait un peu l'image d'un animal blessé qui se tasse dans un coin, un peu apeuré sans vouloir rien montrer.

Il ne semblait pas très disposé à coopérer, mais comme tous le regardaient en attendant qu'il se présente, il dit simplement :

— Kyoutani.

Avant de baisser la tête, les lèvres pincées et les sourcils froncés.

Sans doute qu'ils ne tireraient rien de plus de sa part.

Ils passèrent à la personne suivante.

Finalement, ils apprirent les noms de tout le monde. Le garçon à l'iroquoise s'appelait Yamamoto Taketora, et la jeune fille avec les couettes était sa petite soeur, Akane.

Il y avait un garçon de leur âge, appelé Yamaguchi Tadashi, qui avait une apparence contrastant grandement avec la personne qu'il avait l'air d'être. Il avait de nombreuses cicatrices apparentes, dont une large au bord de l'oeil gauche qui avait sûrement dû manquer de lui coûter la vue de celui-ci, les cheveux rasés sur les côtés, l'air de quelqu'un qui a vu trop d'horreurs pour être encore en vie. Et pourtant, lorsqu'il s'était présenté, il avait parlé de cette voix toute douce, toute candide, cette voix de gentil garçon qu'on n'imagine pas être un combattant.

Lorsque Kuroo s'était présenté, il avait parlé de comment il avait failli mourir une nuit, mais avait été sauvé par Bokuto et Akaashi. Il ne parla pas de ce qu'il avait subit avant ça, la perte de Kenma, les médecins qui les avaient enfermés. Il ne parla pas du fait qu'Akaashi avait voulu l'abandonner à son sort, comme si depuis le début, il n'accordait aucun crédit à ce détail.

Il les présenta tous les deux en héros.

— Akaashi est un leader né ! dit-il en souriant à l'attention de ce dernier. Il a toujours su prendre les bonnes décisions pour nous garder en vie. Et il nous protège toujours Bokuto et moi.

Et alors tout le monde regardait Akaashi avec un peu d'admiration et un peu de respect, un peu de confiance aussi, comme si savoir qu'il protégait ses amis faisait de lui quelqu'un digne de les protéger tous. Et Akaashi se sentait tiraillé jusqu'au fond de lui par un mélange de fierté et d'amertume, parce qu'il savait qu'il ne méritait pas vraiment ni les éloges de Kuroo, ni l'admiration de qui que ce soit.

Et pourtant, il sentait à son coté, le regard de Bokuto lui brûler la peau, et l'iradiation d'éblouissement et d'adoration qui émanait de lui le renverser comme un ras-de-marrée.

Pour Bokuto, Akaashi était comme une sorte d'ancre, de modèle sur lequel il pouvait toujours se reposer.

Pour Akaashi, c'était l'inverse. Il se savait incapable de les protéger tous, il savait qu'il n'était pas un héros, même s'il essayait de faire au mieux autant qu'il le pouvait. Et pour lui, c'était Bokuto qui était le plus méritant d'être admiré. C'était lui le vrai modèle. Lui, l'innocent, rayonnant garçon qui avait su rester pur malgré les horreurs, et qui aiderait toujours son prochain, quitte à mettre sa propre vie en danger.

Akaashi ne dit rien. Il garda les yeux fixés sur ses pieds, avec obstination, comme si croiser le regard de quelqu'un ici révèlerait sa médiocrité à tous. Comme s'il ne voulait pas qu'on lise ses démons dans son regard.

— Bon, c'est à moi alors ! déclara Bokuto en redressant le dos, tout souriant qu'il était, tout excité comme un enfant. Je m'appelle Bokuto Koutaro, j'ai vingt ans et j'adore les chouettes et le volleyball. Je cherche ma petite soeur depuis plusieurs mois et j'espère la retrouver au camp. Ravi de faire votre connaissance !

Son allusion à sa petite soeur souleva quelques réactions. La maman, qui avait réussi à finalement endormir son bébé, afficha une expression tout à fait peinée, Taketora eut un regard en coin vers sa propre petite soeur qui elle regardait Bokuto, les sourcils un peu froncés et les lèvres un peu pincées. Il flotta un court silence qui sembla malgré tout bien long, qui trahissait la compassion de tout le monde. Peut-être que certains étaient un peu jaloux aussi. Qu'il ait encore un espoir de retrouver sa soeur quand eux savaient qu'ils ne reverraient plus leurs proches, parce qu'ils les avaient vu se transformer, mourir sour leurs propres yeux.

Et puis une réaction différente s'éleva dans l'espace clos.

— Elle a quel âge, ta frangine ? demanda une voix.

Tous, surpris, tournèrent leur attention sur celui qui venait de parler. Toujours recroquevillé sur lui-même comme un animal sauvage, Kyoutani avait rivé son regard cerné et noir sur Bokuto, le toisant avec un air agressif.

— Huit ans, répondit Bokuto.

Et alors Kyoutani pouffa d'un rire blanc. Un rire sec, mordant. La lueur dans les yeux de Bokuto changea, comme si cet éclat de rire l'avait blessé en plein coeur. Mais il ne parla pas. Kyoutani ne le quittait pas des yeux.

— Tu crois qu'une gosse de huit ans a pu survivre dehors en étant livrée à elle-même ? demanda-t-il cruellement. Faut pas rêver. Elle est sûrement crevée depuis un bail.

— Eh, ferme-là ! feula alors Kuroo, les sourcils froncés avec colère.

— Quoi ? aboya à son tour Kyoutani, dirigeant son attention sur Kuroo. Vaut mieux qu'il se rende à l'évidence tout de suite. On a tous perdu des proches ici, dont certains étaient des adultes. Des gens endurcis qui savaient se défendre. Et pourtant, ils y ont pas échappé. Alors une gamine ? Laisse-moi rire.

C'était cruel, oh si cruel de dire de telles choses. Et pourtant.

Et pourtant, personne, hormis Kuroo, ne parla pour prendre la défense de Bokuto.

Pas même Akaashi.

Car autant qu'ils souhaitaient pour lui qu'il puisse retrouver sa famille, ils étaient lucides sur cette réalité. Même certains des meilleurs avaient péris à cause de la maladie. Alors une petite fille qui avait toujours été entretenue par ses parents, qui apprenait juste à comprendre le monde ?

A moins qu'elle ait été, par chance, prise sous l'aile d'autres survivants qui auraient prit soin d'elle, il était peu probable qu'elle ait survécu. Qu'elle soit arrivée jusqu'au camp. Qu'elle ait parcouru toute cette distance, pendant si longtemps, sans que rien ne lui arrive.

Et même si elle avait survécu, qu'est-ce qui assurait qu'elle avait juste voyagé jusqu'ici d'ailleurs ?

Définitivement, peu importe comment l'on regardait la situation, les chances de Bokuto de retrouver Mitsuha étaient infimes.

Akaashi se demandait s'il s'en rendait compte. S'il se voillait la face, refusait de l'admettre. Si au fond de lui, il savait, mais qu'il voulait se raccrocher à cet infime fil de soie qu'était l'espoir de revoir sa soeur, en sachant bien qu'il était si fragile.

— T'as pas à dire des trucs comme ça mec, insista Kuroo. Fout-lui la paix.

— Vaut mieux ça plutôt qu'il se voile la face.

— Qu'il se voile la face ou pas, ça t'regarde pas. Alors arrête ou j'vais être obligé de faire en sorte que tu la ferme.

Si Kyoutani avait été un chien, à ce moment-là, il aurait montré les crocs. La menace de Kuroo ne lui plut pas du tout. Et autant que ce dernier serait capable de la mettre à exécution, lui serait prêt à répondre. Ils seraient tous les deux prêts à se battre, là, à l'arrière du camion, avec tout le monde autour.

Ils se défièrent du regard, deux paires d'yeux lançant des éclairs. Akaashi se surprit à presque paniquer. Il songea qu'il devait faire quelque chose avant que la situation ne dégénère.

— Arrêtez, pas besoin de vous battre, dit alors Bokuto d'un ton très calme -trop calme.

Akaashi le regarda, un peu peiné. Il avait un petit sourire triste sur les lèvres, les yeux brillants. Kuroo le regarda aussi, surpris, la bouche ouverte comme s'il allait dire quelque chose, mais se stoppant dans sa lancée en le voyant comme ça.

— Je sais que l'espoir que j'ai de retrouver ma soeur est un peu bête, mais... c'est mon espoir un peu bête, et j'y tiens, expliqua-t-il doucement. On s'accroche tous à ce qu'on peut, pas vrai ?

Et il regarda Kyoutani, fixement. Et ce dernier, tout à coup, sembla décider qu'il ne voulait plus avoir à faire à eux. Il fit claquer sa langue contre son palet avec agacement, et puis il se tassa un peu plus sur lui-même, rentra le menton, et se renferma totalement. Il ne dit plus un mot dès lors.

Bokuto sourit un peu plus, comme s'il était content que le litige n'ait pas dégénéré, et puis il sourit ensuite directement à Kuroo. Pour lui montrer qu'il allait bien, sûrement. Pour lui faire croire qu'il allait bien, surtout.

Et le silence, à nouveau, reprit ses droits. Soudainement, plus personne n'avait vraiment envie de parler. ils n'avaient même pas fini leur tour de présentation, et c'était au tour d'Akaashi. Mais comme personne ne lui demanda de se présenter, il ne fit rien. Il resta silencieux, et son regard se perdit dans la contemblation d'un petit gravier blanc près de ses semelles.

Voilà qui avait bien ruiné l'ambiance.

Il n'osait pas regarder Bokuto. Il ne voulait pas le voir triste. Mais il n'avait toujours pas lâché sa main, et il la serra un peu plus fermement, d'une pression douce et rassurante. Et quand il sentit les doigts de Bokuto presser sa main à leurs tours, il sut que Bokuto savait. Qu'il savait qu'il était là. Qu'il le soutenait en silence.

Pendant un long moment après ça, plus personne ne pipa mot. Personne ne se regardait non plus. Ils étaient tous silencieux, les regards perdus dans des contemplations aveugles, occupés par leurs propres pensées. Le calme grondement du moteur et les voix étouffées des gardes à l'avant du camion, qui leur parvenaient faiblement, étaient les seuls sons qui empêchaient le silence de devenir tout à fait complet.

Il était difficile de dire combien de temps s'écoula comme cela. Akaashi n'osait pas regarder sa montre. Il avait l'impression d'être ici depuis des heures, et il craignait de découvrir que cela ne faisait qu'une poignée de minutes seulement.

'Iwa-chan' leur avait dit que le trajet durerait trois heures, avec une unique pause au milieu. Au bout d'une heure trente, en somme. Donc cela ne faisait même pas encore une heure et demi qu'ils étaient là, ballotés à l'arrière de ce camion, dans l'obscurité et la chaleur étouffante.

Aah, mais depuis combien de temps étaient-ils là ?

Et puis finalement, le camion s'arrêta, et cela sembla ramener tout le monde à la vie. Ils se redressèrent tous, sortis de leur torpeur, les sens aux aguets. Certains soupirèrent de soulagement à l'idée de pouvoir enfin sortir se dégourdir.

Voilà, cela faisait enfin une heure et demi qu'ils roulaient. Ils avaient déjà parcouru la moitié du trajet. Leur destination était plus proche que jamais. Leurs nouvelles vies étaient plus proches que jamais.

Ils attendirent, fébriles, qu'on vienne leur ouvrir le rideau de fer. Akaashi avait l'impression de ne pas avoir vu la lumière du jour depuis une éternité, et il avait des fourmies dans les jambes. Il n'avait qu'une hâte : se lever. Marcher. Respirer l'air frais du dehors.

Et pourtant. Le temps passa.

Les secondes, les minutes.

Personne ne vint.

Ils entendaient les gardes parler, sans comprendre ce qu'ils se disaient.

Finalement, en faisant plus attention, quelque chose n'allait pas.

Les voix qu'ils entendaient faiblement semblaient agitées, agacées. Comme si quelque chose les dérangeait.

Et alors Akaashi sentit son coeur s'écraser dans sa poitrine, et son ventre se tordre. Est-ce qu'il y avait un problème ? Est-ce que quelque chose était arrivé qui pourrait les mettre en danger, ou les empêcher d'atteindre leur destination ?

Il n'était clairement pas le seul à s'être rendu compte que quelque chose clochait, et autour de lui, tous commençaient à s'agiter, à se demander ce qu'il se passait.

— Qu'est-ce qu'ils foutent ? demanda Kuroo. Pourquoi ils viennent pas nous ouvrir ?

Akaashi tourna la tête pour regarder Bokuto. Au même moment, Bokuto tourna la tête pour regarder Akaashi. Ils échangèrent un regard. Chacun essayait d'avoir l'air presque un peu détaché, mais ils savaient tous les deux que l'autre était inquiet. Ils l'étaient tous.

Et alors seulement, Akaashi regarda sa montre. Cela ne faisait qu'à peine un peu plus d'une heure qu'ils étaient partis du camp. Ils n'auraient pas dû déjà s'arrêter.

Il y avait vraiment un problème.

A un moment, Taketora se leva d'un bond, pour aller tambouriner contre le panneau de métal qui séparait la cabine d'eux, pour attirer l'attention des gardes à l'avant.

— Eh ! appela-t-il férocement. Qu'est-ce qui se passe !? Répondez !

Pas de réponse.

Il continua à frapper. Tout le monde le regarda, mais personne ne réagit vraiment. Personne ne lui demanda d'arrêter, personne ne se joignit à lui pour attirer l'attention sur eux.

Et au bout d'une bonne minute, le rideau de fer s'ouvrit enfin.

Ils se relevèrent tous comme une seule personne, mais ne bougèrent pas d'avantage. Dans le carré de lumière naturelle, la silhouette d'Iwa-chan se découpait. Il avait les sourcils froncés et l'air dur. Il les regarda, froid. Il avait l'air énervé.

— Vous voulez attirer tous les infectés du coin à faire un boucan pareil ? demanda-t-il sèchement. Je vous ai dit qu'il fallait rester silencieux, non ?

Il l'avait dit, effectivement. Taketora baissa la tête. Personne ne parla, ni pour le dénoncer, ni pour prendre sa défense.

'Iwa-chan' les toisa encore un peu, et puis il reprit, un peu plus calmement.

— On a un petit problème : la route est devenue impraticable à cause de la tempête de cette nuit. Pendant qu'on essaye de contacter le camp, vous pouvez sortir un peu. Mais ne vous éloignez pas, c'est compris ? Et surtout : vous la bouclez. C'est clair ?

Ils acquiescèrent tous en silence, et le garde les laissa finalement descendre du camion.

Ce qu'ils firent, un peu nerveusement.

— Qu'est-ce que ça veut dire, que la route est devenue impraticable ? demanda Yamaguchi, la mine inquiète.

— Vous avez qu'à voir par vous-même, répondit 'Iwa-chan', et il accompagna sa réponse d'un large geste de la main, désignant l'avant de la route.

Tous curieux, ils se réplacèrent pour constater que la nationale, en effet, était bloquée. Un énorme arbre avait été déraciné par une coulée de boue, et s'était retrouvé sur la route, la barrant totalement. Le tronc était énorme, quelque chose comme trois ou quatre mètres de circonférence à vue d'oeil, et peut-être près de dix mètres de longueur. Les racines, à l'air au bord de l'asphalte, indiquaient qu'il s'était autrefois élevé là, tout contre la route.

Mais le géant n'était plus. Même un végétal si grand, à l'air si solide, ne pouvait rien contre la nature implacable, cruelle. Destructrice.

Et ils étaient tous là, hébétés, confus, désemparrés de constater ce qu'ils ne pouvaient nier : ils étaient bloqués. Et alors la panique, encore, commença à les électriser. On dansait d'un pied sur l'autre, on se mordait la lèvre, on tordait ses doigts ou le bord d'un t-shirt. On regardait partout autour, à la recherche d'une issue, quelque chose.

Akaashi regardait, sans pouvoir détourner les yeux, le tronc qui leur bloquait le passage, et il se demandait pourquoi, encore, on cherchait à faire entrave à leur bonheur. Pourquoi devaient-ils encore faire face à ce genre de chose, alors qu'ils avaient déjà tant fait preuve de leur bonne volonté, tant fait étalage de leur force et de leur désir de retrouver une vie sécurisante.

Ils avaient tous beaucoup subi. Ils n'aspiraient qu'à se reposer après avoir connu l'enfer.

Pourquoi était-ce encore trop demander ?

— On ne pourrait pas bouger le tronc ? proposa alors une voix, et Akaashi la reconnut comme celle de Bokuto. On est nombreux, on pourrait y arriver !

— T'as vu la taille de ce truc ? On n'y arrivera pas même en s'y mettant tous, répondit 'Iwa-chan'. Et même si on le pouvait, ce serait trop long. On ne peut pas se permettre de rester exposés là trop longtemps.

— Et avec le camion ? proposa à son tour Kuroo. Vous avez une chaine ? Quelque chose qu'on pourrait attacher à l'arbre pour le tirer avec le camion ?

'Iwa-chan', qui était occupé à essayer de faire fonctionner leur radio avec un autre garde, eut un tic nerveux à l'oeil en se tournant pour toiser Kuroo et Bokuto. Il avait l'air agacé, frustré, et les suggestions de ces deux-là avaient l'air de lui porter sur le système.

— Vous croyez qu'on n'y a pas déjà pensé, à ça ? demanda-t-il sèchement. Vous nous prenez pour qui ? Des amateurs ? On ne pourra rien faire avec le camion, vous l'avez vu ? Ce vieux truc est déglingué, on l'achèverait en lui faisant tirer un tel poids. Alors maintenant, soyez sympas et bouclez-là.

Et sur ces mots, il se retourna et s'acharna sur un bouton de la radio, sous l'oeil avisé de son collègue.

Kuroo et Bokuto échangèrent un regard, et Kuroo finit par hausser les épaules. Il n'y avait rien qu'ils puissent faire contre l'autorité des gardes. Ils leur devaient au moins ça, pour les avoir sauvés.

Le groupe s'était réfugié d'un coté du camion, pour voir la route devant, derrière, et d'un coté au moins. Un garde veillait sur l'autre coté. Ils s'étaient rassemblés, comme un troupeau d'animaux de ferme à l'approche d'un prédateur, car l'union fait la force, et qu'ils avaient peut-être l'air plus intimidants comme ça ?

— Qu'est-ce qui va se passer maintenant ? demanda Yachi.

— On va peut-être faire demi-tour, suggéra Akane.

L'idée de devoir faire demi-tour, de rentrer à leur point de départ, était plutôt déprimante. Avoir fait ce chemin pour rien, avoir eu leurs espoirs confortés pour rien... Même s'ils rééssayeraient probablement plus tard, en choisissant une autre route, il y avait quelque chose d'incroyablement frustrant dans cette histoire.

Ils étaient pourtant si proches de leur but...

Autour d'eux, tout était silencieux. Ils étaient sur une nationale, entourés par des bosquets, des champs à l'abandon. A gauche de la route, il y avait le lit d'un ruisseau rempli par les pluies de la nuit. Un peu plus loin devant eux, après le tronc qui bloquait la route, il y avait une voiture rouge, avec les portières ouvertes et la fenêtre au dessus du coffre cassée.

Il n'y avait pas un infecté à l'horizon, ou du moins aussi loin qu'ils voyaient à l'horizon. Mais le ciel était noir de nuages d'orage, et en plus de cela, la nuit commençait à tomber tout doucement. Les journées devenaient plus courtes rapidement ces derniers temps, à l'approche de la mauvaise saison. Bientôt, sûrement, ils se retrouveraient dans l'obscurité totale. Et alors la situation deviendrait encore plus angoissante.

Pour l'instant, il faisait encore assez clair, et ils se raccrochaient tous à la lumière grise de ce jour pluvieux pour ne pas céder à la panique.

Tout allait bien. Tout se passerait bien.

Tout se passerait bien, c'est ce qu'ils se disaient, pour se rassurer. C'est ce qu'ils voulaient penser.

— Bon, écoutez tous, déclara 'Iwa-chan', au bout d'un moment qui leur sembla interminable.

Tous se tournèrent vers lui, pressés d'en savoir plus sur leur situation fâcheuse, désireux d'être rassurés ; espérant être rassurés. Espérant entendre de bonnes nouvelles. Mais à la tête du garde, ce qu'il allait leur annoncer n'était pas bon...

— On ne parvient pas à joindre le camp, sûrement à cause de la tempête de cette nuit. Et on n'a pas réussi à communiquer avec notre base non plus. On ne peut pas emprunter cette route, et faire un détour maintenant serait trop dangereux. La nuit tombe plus vite que prévu. Alors remontez dans le camion, on rentre. On établiera un autre itinéraire une fois à la base, et on repartira dans quelques jours.

Un rumeur de contestations s'éleva. Taketora marmona qu'ils pourraient très bien faire ce détour, et traîta les garde de "tapettes" à voix basse. D'autres se contentèrent d'afficher une mine déçue et fatiguée. Personne n'avait envie de reporter leur transfert à plus tard, personne n'avait envie de remonter dans ce camion, personne n'avait envie de faire demi-tour, et de se dire qu'ils devraient encore attendre.

Un poids désagréable était tassé dans le ventre d'Akaashi, et un noeud d'angoisse lui tenait la gorge alors qu'une pensée désastreuse ne quittait plus son esprit. Et si ce n'était pas à cause de la tempête qu'ils ne pouvaient pas joindre le camp ? Et si il avait été attaqué par des infectés, et qu'il était tombé parce que finalement, il n'était pas aussi sûr qu'on voulait bien le dire ? Et si, finalement, il n'existait aucun endroit où ils pourraient se reposer. Et si, finalement, ils ne faisaient que voir d'oasis en oasis, pensant trouver quelque part où se reconstruire, seulement pour tomber dans le sable et réaliser qu'ils avaient poursuivi un mirage, une chimère, un espoir fou.

Alors qu'ils grimpaient à nouveau dans le camion, Akaashi avait peur pour leur avenir.

Et puis...

— Des infectés !

Le cri résonna dans un silence aussi soudain que glacé. L'un des gardes tenait son arme en joue, et son regard s'était allumé d'horreur. 'Iwa-chan' à son tour, se saisit de son arme, comme le troisième garde.

Le coeur d'Akaashi rata un battement, mais dans un élan d'adrénaline, il descendit du camion. Il entendit Bokuto l'appeler.

Il se retrouva dehors, et là, il les vit.

Ils étaient nombreux, une horde entière. Des infectés, venant du bosquet à leur droite. Ils sortaient d'entre les arbres comme une meute de loups qui encerclaient des moutons. Avec leurs yeux révulsés, la bave aux lèvres, criant, gesticulant, grognant comme des bêtes. Ils leur fonçaient dessus.

Ils étaient plus nombreux. Terriblement plus nombreux...

Akaashi était figé, et il les regardaient venir, incapable de faire un pas.

Et alors il songea que c'était encore un mirage utopique qui tombait en morceaux, et révélait le gouffre mortel qu'il avait jusqu'alors caché de sa lumière.


Ils sont dans la merde.

Comme j'ai eu plus d'un mois de retard, y'a moyen que le poste le chapitre suivant dans moins d'une semaine, pour compenser un peu. Enfin si j'y pense, et si j'ai le temps... mon emploi du temps va être chamboulé au boulot parce qu'on fait des travaux... enfin on verra !

En tout cas j'espère que ça vous a plu ! J'espère que la fin vous a un peu tendus ! J'ai beaucoup aimé écrire la scène entre Iwa et Oikawa au début du chapitre ! Donnez-moi vos avis!

A bientôt ! (et joyeux halloween btw!)