Chapitre 8. Le match de Quidditch.
L'effervescence régnait dans les couloirs de Poudlard en ce samedi matin. En effet, c'était aujourd'hui qu'avait lieu le tout premier match de Quidditch de la saison qui verrait s'affronter Gryffondor contre Serpentard. Simon avait fabriqué pour l'occasion, une banderole aux couleurs de leur équipe et il avait demandé à un septième année de l'enchanter afin que le serpent slalome entre les lettres, s'arrêtant de temps en temps pour darder la langue. La Grande Salle était animée d'une joie rarement constatée par la fillette et, bien qu'elle ne connaisse du Quidditch que ce que ses amis lui avaient expliqué, elle se sentit happée malgré elle par l'engouement collectif.
« Ça va être d'enfer ! Tu vas voir Cass, tu vas pas être déçue ! s'exclama Simon en attrapant un croissant dans une corbeille avant de mordre avidement dedans.
— Oui, je vois ça, ricana-t-elle en l'observant.
— Qu'est-ce que j'aimerais moi aussi que ce soit mon premier match, dit-il d'un ton rêveur. Tu peux pas savoir à quel point je t'envie !
— Ah ? s'étonna la fillette, amusée.
— Bah oui ! Les sensations que tu ressens quand tu découvres à quel point ce sport est grandiose… !
— Tu t'emballes Oakwood, déclara Aurore qui venait de les rejoindre.
— Tu en as mis du temps à venir, pour une fois que je suis prête avant toi, nasilla Cassi.
— C'est vrai, il va neiger », se moqua son amie.
Cassi tira la langue d'un air mutin et enfourna une énorme bouchée de céréales dans sa bouche en observant la salle. Les membres de l'équipe étaient installés en bout de table et discutaient stratégie et les élèves terminaient les finitions de leurs banderoles ou de leurs chapeaux à l'effigie de l'équipe qu'ils supportaient. La fillette remarqua d'ailleurs que très peu d'entre eux étaient aux couleurs de Serpentard, et cela l'attrista quelque peu.
« Tiens, le professeur Londubat ne se soucie pas de la neutralité à ce que je vois, constata Simon.
— Ch'est le directeur de Gryffondor, normal qu'il shoutienne shon équipe », le défendit Cassi, la bouche pleine de flocons d'avoine, après avoir jeté un bref coup d'œil à leur professeur de botanique qui portait une écharpe rouge et or et ce qui devait être son pull de l'époque où il était élève, vu à quel point il le serrait au niveau du ventre.
Simon haussa les épaules en souriant et reprit ses griffonnages.
« Qu'est-ce que c'est ? demanda Aurore en remuant son chocolat chaud.
— Les paris, répondit Simon, le nez presque collé à sa feuille. Avec Alex, on a fait des pronostics sur les scores.
— Il y a quoi à la clé ? s'intéressa Cassi. On n'a pas le droit de jouer de l'argent à Poudlard.
— Et bien, si Serpentard gagne cent soixante-dix à trente, avec buts de Donnovan et Connors, Alex devra porter un serre-tête rose pendant une semaine, déclara-t-il triomphalement.
— Tu t'emballes encore Oakwood, railla Aurore. Tu as envisagé le fait que tu pouvais perdre ?
— Et bien, si ça arrive, je suppose que je devrais porter ça toute une semaine », dit-il en sortant avec une moue dégoûtée, un pantalon orné de petits cœurs roses.
Cassi et Aurore éclatèrent de rire et Simon remit l'objet de la honte dans son sac.
« Je donnerai cher pour te voir avec ça ! s'esclaffa Aurore
— Tu n'as plus qu'à prier dans ce cas que Serpentard gagne cent cinquante à vingt », se renfrogna leur ami.
C'était la première fois de sa vie que Cassi voyait un stade de Quidditch, et elle fut estomaquée par la grandeur du lieu, bien plus grand qu'un stade de foot. Les trois amis s'installèrent dans les gradins au milieu de leurs condisciples qui discutaient avec animation. Alex ne tarda pas à les rejoindre en compagnie de Jaden, l'autre camarade de dortoir de Simon. La brunette rougit à vue d'œil tandis que son amie la regardait d'un air malicieux lorsqu'Alex passa devant eux. Lyvia se joignit à eux également, bien trop heureuse d'avoir les trois garçons à portée de main.
« Tiens tiens, Aston. Tu ne colles pas aux basques de ta sœur cette fois ? railla Aurore.
— Figure-toi qu'elle se trouve dans les vestiaires en ce moment Schaeffer. Je ne pense pas pouvoir accompagner la Poursuiveuse jusque sur le terrain, il me semble.
— Ça lui fera des vacances ! » lâcha la jeune fille.
Furieuse, Lyvia alla s'asseoir à côté des garçons, le plus loin possible de Cassi et Aurore, et se colla à Alex de manière tellement ostentatoire que la fillette ne put douter de la volonté d'Aston de la rendre jalouse. Cela se voyait-il autant qu'Alex lui plaisait ? Elle baissa les yeux sur ses converses en rougissant et ne les leva plus jusqu'à ce que la voix de la commentatrice ne résonne dans les gradins.
« Bienvenue à tous pour ce premier match de Quidditch de la saison qui verra s'opposer Gryffondor à Serpentard ! »
Les acclamations de la foule tapant des pieds et sifflant fit vibrer les gradins et la bonne humeur gagna Cassi qui oublia totalement Lyvia.
« Et le professeur Bibine vient de siffler le coup d'envoi ! Vadim Connors attrape le Souafle aussi rapide que l'éclair, il passe à Cyrus Donnovan qui passe à Amelia Aston qui le repasse à Donnovan… Ça commence fort chez les Serpentard ! Les Gryffondor vont-ils suivre le rythme ? Il semblerait que oui ! David MacFerry s'empare du Souafle ! On dirait bien que les Gryffondor ont amélioré leur stratégie, les voilà qui effectuent une attaque en faucon en direction des cerceaux ! Ils vont marquer ! MacFerry tire eeeeeettt… Arrêt spectaculaire de Mehdi Mehrabti ! À croire que c'était aussi facile que de voler une dragée surprise à un enfant ! »
Des sifflements retentirent, à peine couverts par les acclamations des Serpentard et de quelques élèves de Poufsouffle et de Serdaigle. Cassi observa autour d'elle. Le rouge et or prédominait dans les gradins.
« Est-ce que c'est toujours comme ça pendant un match de Quidditch ? demanda la fillette à Simon.
— Comme quoi ? marmonna l'intéressé, les yeux rivés sur le match pour ne pas en perdre une miette.
— Et bien, les Serpentard ont pas l'air d'être très appréciés.
— Mmmh ?
— Je disais que les Serpentard…
— Cherche pas, il t'entend plus là, intervint Aurore avant de soupirer. Les hommes et le sport ! Va falloir t'habituer à ce genre de comportement Cassi. Je parle des autres maisons envers Serpentard. Il y a toujours eu et il y aura toujours des préjugés sur nous, mais on sait ce qu'on vaut et les seuls qui méritent notre amitié sont ceux qui décident de passer outre les apparences et les on-dit. »
Cette phrase fit écho en elle, et la brunette reporta son attention sur le match sans toutefois trop le voir. Harry lui avait déjà dit quelque chose de semblable avant sa rentrée. Qu'elle ne devait pas s'en faire, quelle que soit la maison où elle serait envoyée, elle s'y sentirait comme chez elle car le Choixpeau se trompe rarement.
« Et un but de Donnovaaaaaaaaaan ! hurla la commentatrice, faisant sursauter Cassi tandis que tous dans les gradins de Serpentard se levaient en hurlant.
— T'as vu ça ? Non mais t'as vu ça ?! criait Simon en direction d'Alex en se tenant les cheveux, une expression extatique sur le visage. C'était un truc de dingue ! »
La fillette ne put s'empêcher de sourire en voyant son ami sautiller de joie, tandis qu'Aurore levait les yeux au ciel en marmonnant quelque chose comme « les hommes sont des macaques », ce qui la fit rire encore plus. Elle regretta cependant de ne pas avoir vu le but marqué mais, en voyant la tête que faisaient les Gryffondor, ce devait être mémorable. La commentatrice ne cessait de s'extasier et cette fois, les sifflements de l'équipe adverse ne parvenaient pas à couvrir les cris de joie de Serpentard. Le match reprit aussitôt et l'équipe rouge et or sembla redoubler d'effort pour ne pas laisser de nouveau un but passer. Une jeune fille brune au teint hâlé revêtant les couleurs de Gryffondor fonça sur le Souafle.
« Et c'est Teresa Crowley qui s'empare du Souafle et qui fonce en direction des cerceaux. Est-ce qu'elle reprendrait ses mauvaises habitudes ? Hé, Teresa, le Quidditch ça se joue pas perso ! Hooooo, une magnifique Roulade du Paresseux pour éviter de justesse le Cognard envoyé par Isabelle Millers ! Bravo ! Et… Ouch ! Elle a pas été assez rapide pour éviter celui-là. Superbe Revers de Cognard par Marc Oakridge et Crowley lâche le Souafle qui est rattrapé par Aston ! Elle fonce vers les buts mais c'est sans compter sur MacFerry et Campbell qui effectuent une Pince de Parkin en se plaçant de chaque côté de son balai, mais sans Crowley, ça sert un peu à rien, à moins que… Hey ! Y a faute là ! Où est l'arbitre ? Le coudoyage est interdit ! Comment ça il n'y a rien eu ? protesta-t-elle devant les grands signes que le professeur Bibine lui faisait. Je suis pas aveugle quand même ! »
Cassi suivait la scène, mais à la distance où se trouvaient les joueurs, elle fut incapable de confirmer les dires de la commentatrice. Et ce fut sous les sifflements des Serpentard que le match continua.
« Alors ça c'est franchement n'importe quoi. Quoi professeur McGonagall ? Je ne prends pas parti, je ne fais que commenter ce que j'ai vu ! Ok, ok… Alors c'est à Lenny Campbell de récupérer le Souafle, il passe à McFerry, Donnovan tente une récupération en plein vol… Raté ! C'était de justesse quand même ! Mais voilà que Connors fonce sur McFerry ! Il va s'arrêter tout de même ? Se rappelle-t-il que le Boutenchoc est une faute ? Mais ma parole, ils vont se rentrer dedans ! Je ne veux pas voir ça ! Noooooon ! McFerry a effectué une esquive de dernière minute, mais il a lâché le Souafle, et c'est Donnovan qui rattrape la balle et fonce vers les buts ! »
Cassi suivait avec attention le match, le cœur battant. Cyrus Donnovan et Amelia Aston se passaient le Souafle avec adresse tandis que Vadim Connors s'était dirigé en vitesse vers les buts, attendant sagement ses coéquipiers sous le regard méfiant du gardien de Gryffondor qui le gardait bien en vue.
« Aston et Donnovan sont tout près des buts à présent, et les voilà qui se séparent chacun d'un côté. Oh lala ! La stratégie des Serpentard est bien rôdée cette année ! C'est Donnovan qui détient le Souafle mais à qui va-t-il le passer, et surtout, Nicole Eastright sera-t-elle assez rapide pour arrêter le tir ? Il lance à Aston qui tire eeeeeeet Eastright empêche le Souafle de passer ! hurla la commentatrice, forçant Cassi à se boucher les oreilles. Ah mes amis ! Quel match ! Eastright renvoie le Souafle à Crowley qui a l'air de pas mal souffrir de l'épaule, mais elle tient bon et renvoie la balle à Campbell, Campbell qui s'approche des buts, mais voilà qu'il fait une passe arrière à McFerry, qui ne prend même pas la peine de l'attraper, il donne un coup dans le Souafle et l'envoie directement dans un cerceau, Gryffondor maaaaaaaarque ! »
Une salve d'applaudissements et de cris accueillirent le but et quelques Gryffondor à portée de voix, lancèrent des piques aux Serpentard.
« Haha, vous faites moins les malins maintenant les verts !
— Qui c'est qui s'est pris un but comme un débutant ? C'est Mehrabti !
— Voilà ce qu'on gagne à vouloir faire les malins parce qu'on a marqué le premier but ! »
Quelques gentillesses du même acabit furent prononcées, mais bien vite, l'attention de tous se reporta sur le match. Au bout de plusieurs minutes de jeu, la commentatrice s'exclama soudain :
« Et mais… Heather White et Clhoé Eagleview viennent de descendre en chandelle, il semblerait que le Vif d'Or soit à quelques centimètres du sol. Oui ! Je le vois ! »
La foule retenait son souffle tandis que les deux attrapeuses descendaient en piqué à la poursuite du Vif. Sans s'en rendre compte, Cassi se releva de son siège en parfaite synchronisation avec les autres élèves, les mains serrées contre son cœur. Elle se surprit à prier pour que Clhoé Eagleview attrape la petite balle dorée. Le Vif effectua une montée en flèche, suivi de près par les deux jeunes filles qui ne se laissaient pas perturber par le silence pesant qui régnait dans le stade. Même les autres membres de l'équipe avaient cessé de jouer. Heather et Clhoé, le bras tendu, étaient à quelques centimètres du petit point doré qui battait frénétiquement des ailes et, au bout d'un long moment, le poing rouge et or se referma sur la balle. Il fallut presque autant de temps aux spectateurs pour réaliser ce qu'il venait de se passer et, sortant de leur torpeur, les gradins des Gryffondor explosèrent de joie tandis qu'Heather brandissait un bras triomphant en tenant entre ses doigts le Vif d'Or. Cassi jeta un coup d'œil à Simon, qui se tenait la tête dans ses mains en se lamentant tandis qu'Alex, l'air sombre, continuait de fixer le stade comme si celui-ci était responsable. Aurore, qui tapotait le dos de Simon d'un air compatissant, haussa les épaules lorsqu'elle croisa le regard de son amie. Cassi ne put s'empêcher de se sentir désolée pour ses camarades, même si, comme Aurore, elle ne comprenait pas un tel engouement pour ce sport.
« Ça va aller Simon, le rassura Cassi en s'accroupissant devant lui et en posant les mains sur les genoux de son ami pour se stabiliser. Il reste encore deux matchs pour se rattraper.
— Ce n'est pas ça ! » s'exclama le garçon d'un air désespéré.
Cassi l'interrogea du regard.
« Comment savoir qui a gagné le pari ? » expliqua-t-il.
Retenant un fou rire, la fillette esquissa un léger sourire en coin avant de déclarer :
« On peut dire qu'aucun de vous n'a gagné, donc vous avez perdu tous les deux. »
Voyant où elle voulait en venir, le jeune homme ouvrit de grands yeux scandalisés. La semaine promettait d'être hilarante.
« Mon rêve va se réaliser enfin ! railla Aurore. Je suis sûre que le rose te va à merveille Oakwood. »
Le concerné lança un regard dépité à Alex qui le fixait d'un air tout aussi désolé que lui. Regardant autour d'elle, la fillette vit les mines déçues de ses camarades qui contrastaient avec les effusions de joie des gradins d'en face. Elle remarqua cependant quelque chose de différent et mit plusieurs secondes à réaliser ce qui manquait.
« Où est passée Lyvia ? demanda la jeune fille.
— Elle est partie aux toilettes en milieu de match, répondit Jaden. J'ai pensé qu'elle était partie s'asseoir plus loin en revenant. »
Il scruta la foule de Serpentard à la recherche d'une tête blonde.
« Je ne la vois nulle part.
— Elle est sûrement retournée à la salle commune, déclara Aurore en haussant les épaules.
— Ou alors elle est partie attendre sa sœur devant les vestiaires », ajouta Cassi.
Les deux fillettes se levèrent avant tout le monde et se dirigèrent vers la sortie. Soudain, un cri déchirant retentit et plongea le stade entier dans un nouveau silence. Le sang de Cassi ne fit qu'un tour, et elle n'eut pas besoin de se tourner vers son amie pour savoir qu'elle aussi avait reconnu la voix qui venait de hurler. Lyvia. Sans attendre la réaction des autres élèves, elles prirent la direction des vestiaires en courant tandis que les martèlements des pas au-dessus d'elles indiquaient que leurs condisciples avaient décidé de leur emboîter le pas. Mais ce ne fut pas Lyvia que les filles trouvèrent à genoux devant les portes du stade.
« Amelia ? » s'écria Cassi en la voyant ainsi.
L'interpelée leva vers elle des yeux rougis et, après avoir jeté un bref coup d'œil aux alentours pour vérifier que personne ne l'avait vue dans cet état, se redressa, essuya ses joues et releva fièrement la tête.
« Retournez au château, je dois prévenir le professeur McGonagall…
— Mais… » protesta la fillette.
Elle fut incapable de continuer car son regard se posa sur ce que regardait Amelia un instant plus tôt. La tête se mit à lui tourner et il lui fallut plusieurs secondes avant de retrouver ses esprits et s'approcher de la photo, accrochée sur la porte, sous l'inscription : « Et il n'en resta plus que six ». Une boule dans l'estomac, les cris de ses camarades assourdis par le sang qui pulsait dans ses tempes, elle s'avança et attrapa l'image animée sur laquelle une fillette blonde se débattait contre ses liens, une lueur de défi dans le regard, assise sur une chaise en bois. La fierté et la force qu'elle dégageait, même face au danger, impressionna Cassi. Mais alors qu'elle se tournait vers Aurore, l'environnement changea et elle fut emportée par une nouvelle vision.
Lyvia luttait comme elle pouvait, entravée par ses liens aux poignets et le sac qu'on lui avait mis sur la tête afin qu'elle ne sache pas où on l'emmenait. Le souffle rauque de son ravisseur résonnait dans son oreille, et elle sentait des brindilles craquer sous ses chaussures. Elle savait à l'odeur de pins qui régnait, qu'on l'avait amenée hors de Poudlard, dans une forêt. Elle frissonna à l'idée de se retrouver dans la forêt interdite, mais se reprit ; elle s'imaginait qu'il n'était pas assez stupide pour enlever quelqu'un et le cacher si près du château. Malgré la panique qu'elle ressentait, elle se força à garder son calme. Ne pas lui donner satisfaction, surtout ne pas hurler ou pleurer. Garder la tête froide. Rester une Aston, coûte que coûte. Ils entrèrent dans ce qu'elle reconnut comme une cabane, à l'odeur de bois humide et au bruit de ses pas sur les planches. On la força à s'asseoir sur une chaise et on lui retira le sac qu'elle avait sur la tête. Cependant elle ne put voir clairement qui lui faisait face, une baguette illuminée par un Lumos maxima pointée sur elle. Les fenêtres avaient été condamnées, ne laissant filtrer aucune lumière.
« Vous me voulez quoi ? asséna la blonde d'un ton agressif en plissant les yeux et tentant d'apercevoir les traits de la silhouette massive qui se tenait devant elle. Vous me faites pas peur, vous savez ? Qui ça impressionne, une personne capable d'enlever des enf… »
Une gifle magistrale percuta sa joue gauche, la forçant à se taire.
Lorsqu'elle revint à elle, Cassi était à terre, les mains sur ses tempes, une migraine abominable pointant le bout de son nez, comme après chaque vision. Elle se demanda si elle finirait par s'habituer à tout cela un jour. Elle avait l'impression que cela empirait à chaque fois. Une chevelure rousse, légèrement troublée par la douleur, apparut dans son champ de vision, suivi par le regard vert et inquiet d'Aurore. Elles n'eurent pas besoin de mots pour se comprendre. Cassi acquiesça et Aurore reprit la photo avant de la tendre à Amelia et d'emmener son amie à l'infirmerie. Du moins c'est ce qu'elle prétexta car, aussitôt eurent-elles été hors de vue qu'elles se précipitèrent vers le château. Mais elles n'eurent pas à se rendre jusqu'à la volière pour contacter celui à qui Cassi voulait parler. En effet, dans le parc, à quelques mètres d'elles et marchant dans leur direction…
« Harry ! s'exclama Cassi en accourant vers lui. Harry, il se passe quelque chose d'a…
— Je le sais, la coupa-t-il en faisant tourner dans ses mains une pièce de monnaie. Le professeur McGonagall m'a appelé à l'instant et j'ai fait aussi vite que j'ai pu. Tu es toute pâle, tu n'es pas malade ? »
La brunette secoua la tête malgré les nausées qui l'assaillaient. Elle expliqua alors à son tuteur la vision qu'elle avait eue.
« Est-ce qu'on pourrait utiliser mon pouvoir afin de la retrouver ? demanda-t-elle, la voix pleine d'espoir.
— Je ne suis pas sûr que ça soit une bonne idée, Cassi. Vu comment ceux-ci t'affaiblissent, et puis, on ne sait même pas ce qui les déclenche, on risque de perdre plus de temps à chercher ça que tes camarades… »
Déçue, la jeune fille baissa la tête sur ses chaussures.
« Je sais que tu souhaites aider, se radoucit Harry. Tu as trouvé quelque chose d'intéressant grâce à la carte et la cape ? »
Elle secoua la tête, mais Aurore se crispa, se retenant visiblement de faire part de ses suspicions.
« Comment se fait-il que le Ministère ait attendu deux disparitions pour intervenir ? » demanda-t-elle à la place.
La franchise de la fillette désarçonna quelque peu Harry mais il se reprit.
« Ils ne savent pas que je suis ici. Disons que c'est une visite officieuse sur demande de la directrice. »
Comme si elle avait entendu que l'on parlait d'elle, cette dernière apparut à l'horizon en compagnie d'une silhouette vêtue de l'uniforme de Quidditch de Serpentard que Cassi reconnut comme étant Amelia. Harry s'avança vers elles, suivi des deux fillettes.
« Tu dois être Amelia Aston, déclara Harry d'un ton doux, trahissant ses réflexes de père.
— Oui, répondit doucement l'adolescente. Vous allez m'aider à retrouver ma petite sœur ? »
Harry échangea un regard avec la directrice avant de reporter son attention sur Amelia.
« Je vais faire de mon mieux, mais je n'ai pas de grandes libertés pour l'instant, étant donné que l'affaire appartient à la Brigade Magique des Mineurs. Ce n'est normalement pas du ressort des Aurors d'enquêter sur des disparitions d'enfants, mais j'ai appris à suivre mon intuition, et celle-ci me dit que ça va bien au-delà de simples enlèvements. »
Il lui sourit doucement et elle parut soulagée. Si quelqu'un pouvait retrouver Lyvia, ainsi que Stephany, c'était bien le Survivant.
« Allons dans mon bureau, décida McGonagall. Vous y serez plus à l'aise pour discuter. »
Puis elle sembla remarquer la présence de Cassi et Aurore.
« Et vous, rendez-vous dans vos dortoirs. Vous étiez les camarades de dortoir de Miss Aston, nous vous appellerons quand ce sera votre tour d'être interrogées. »
Interrogées ? Cassi déglutit avec difficulté, inquiète à l'idée de devoir répondre à des questions indiscrètes sur la vie de Lyvia. Elle culpabilisa quelque peu de ne pas s'être intéressée à la jeune fille plus tôt. Quelqu'un lui en voulait-il personnellement ? Aurait-elle pu éviter cela si elle avait été plus à l'écoute et si elle était passée outre le caractère détestable de la blonde ? Les deux amies acquiescèrent et Harry posa une main sur l'épaule de la fille de son parrain avec un sourire rassurant avant de s'éloigner en direction du château.
« Deux premières années enlevées, sans aucun rapport entre elles ? s'interrogea Cassi. Tu penses que ça veut dire quoi ?
— Aucune idée », marmonna Aurore.
Les deux filles arrivèrent à la salle commune. Leurs condisciples s'y trouvaient déjà, rassemblés par le préfet et ami d'Amelia. Quand elles entrèrent, les regards se tournèrent vers elles quelques instants, avant que tout le monde ne reprenne sa conversation. Simon émergea de la foule.
« Vous étiez où ? J'vous ai cherchées après le match, j'étais inquiet !
— On a croisé mon tuteur, expliqua Cassi. Apparemment, il souhaite nous interroger sur Lyvia. »
Elle poussa un soupir.
« On ne la connaît même pas vraiment, comment on va faire pour pouvoir le renseigner ?
— Moi je la connais, intervint Alex. Venez avec moi, on va s'installer dans un coin tranquille. »
