Bonsoir tout le monde !

Voilà le chapitre 9 (déjà ?) de cette histoire, qui a mit quelques temps à s'écrire, mille excuses de ma part... Mais tant que vous êtes au rendez-vous, je suis comblée ! Mes remerciements vont à marions, ethrenne, Ketsuchi, Elisa et reytan. Merci les miss, merci d'être là pour moi, et pour Naruto et Sasuke !

J'espère que ça vous plaira, je vous retrouve tout en bas !


Une erreur ?

Lorsque, le matin suivant, Sasuke ne se montra pas, Naruto ne s'en alarma pas.

Il l'avait laissé dans un sale état la veille au soir, dans un très sale état. Naruto était quasiment certain que Sasuke n'était pas libre de ses mouvements : il avait probablement été hospitalisé, considérant la gravité de ses blessures.

Naruto savait que les filles de l'hôpital s'occuperaient bien de Sasuke. Un peu trop bien peut-être. C'est pourquoi il n'irait pas le voir. Jalousie, mais aussi et surtout peur du rejet. Après tout, ils ne s'étaient pas quittés en excellents termes…

Il aurait pu se renseigner, il avait quelques contacts à l'hôpital. Il aurait pu envoyer un petit crapaud espion. Mais il avait sa fierté, et il n'avait pas envie de forcer Sasuke. Naruto avait fait le dernier pas vers lui, à Sasuke de faire le prochain : ce soir-là, dans la discothèque, Naruto lui avait fait une proposition, que Sasuke avait semblé accepter. Puis Sasuke avait fait un pas vers lui, en l'invitant à diner. Naruto y avait répondu et s'était encore rapproché. Trop vite, trop tôt ?

Il l'ignorait. Mais il s'en rendait compte ce matin, cela avait été une erreur.

Il aurait pu mieux lui annoncer la nouvelle, le prévenir. Il aurait pu attendre quelques jours. Il aurait pu lui divulguer moins d'informations, y aller par étapes, en douceur. Mais qu'est ce qui lui avait pris ? Et dire qu'il pensait que c'était une bonne idée…

Naruto se surprit à être en proie aux regrets. Mieux valaient des regrets que des remords, disait-on ? Naruto aurait à ce moment vraiment préféré éprouver des remords et ne lui avoir pas encore fait part de cette nouvelle.

Ça lui apprendrait à agir sans réfléchir. Naruto soupira. Il s'était déjà dit cela plusieurs fois, et il n'avait pourtant rien appris du tout.

Mais pourtant, cette fois, il n'avait pas agi inconsidérément ! Il avait réfléchi, il avait même demandé conseil à sa meilleure amie… De cette discussion était ressorti le fait qu'il devait lui en parler. Mais – ah, oui ! – Naruto se rendit compte qu'il ne lui avait rien demandé quant à la façon de lui annoncer cette nouvelle, alors que Sakura aurait pu lui être utile. Elle n'était certes pas la plus fine ni celle faisant preuve du plus de tact, mais elle était certainement plus douée que lui sur ce terrain-là.

A bien y réfléchir, il ne connaissait personne qui était moins doué que lui sur ce terrain-là. À part Sasuke peut-être.

Enfin, il ne s'y était pas pris de la bonne manière, il avait déclenché l'une des pires crises de Sasuke – peut-être de toute l'histoire des Uchiwa – il l'avait presque tué et l'avait ensuite abandonné dans les ruines de sa maison, soit ! Il n'allait pas en faire toute une histoire ! De toute façon, maintenant que c'était fait…

Pour éviter de revenir sur cette culpabilité qu'il essayait de chasser, Naruto se plongea dans son travail. Oui, son travail ! Il avait une mission très importante à préparer, et Tsunade lui avait donné beaucoup d'informations. Il devrait connaitre le terrain, l'histoire, les enjeux diplomatiques, économiques et politiques de cette frontière. Il faudrait également qu'il se procure des vêtements un peu plus ordinaires que leurs équipements de ninja. Heureusement que le bureau de l'Hokage leur fournissaient de nouvelles identités, ou il aurait vraiment eu l'impression de tout faire pour cette mission. Et dire qu'il n'en était même pas le chef !

Tsunade abusait vraiment, parfois.

Mais de quoi pouvait-il se plaindre, alors que son travail – qui était passionnant, même s'il ne l'admettrait pas, et surtout pas devant elle – avait fait passer les heures sans lui laisser une seconde pour penser à Sasuke ?

Lorsque, deux jours après le combat, Sasuke ne parut pas, Naruto ne paniqua pas.

Après tout, Sasuke était en très mauvais état. Il était certainement toujours à l'hôpital. Même si, connaissait l'état de son ami, Naruto en doutait.

Sasuke souffrait certes de blessures graves, mais il détestait les hôpitaux. Il ne supportait pas l'inactivité, ne supportait pas l'idée de sa faiblesse, que l'établissement médical lui renvoyait en permanence.

La dernière fois qu'il s'était retrouvé à l'hôpital, s'en était ensuivi l'un des pires combats qui les avait opposés. Et puis, Sasuke était parti. C'était drôle, quand on y pensait. Ces derniers jours, l'histoire s'était comme répétée, mais à l'envers. Alors maintenant que Sasuke était rentré, qu'ils s'étaient si violemment battus et que son rival était hospitalisé, Naruto avait-il le droit d'espérer que la boucle était bouclée ? Il n'osait pas, mais il ne pouvait s'en empêcher.

Il voulait croire que Sasuke était tranquillement en train de guérir dans une chambre du centre hospitalier de Konoha, il voulait croire que ce dernier attendait sa visite, avec un bouquet de fleurs peut-être. (Naruto avait bien vu que le bouquet qu'il avait apporté le soir du rendez-vous avait fait très plaisir à Sasuke) Mais peut-être que cela ferait beaucoup de bouquets ? Naruto ne voulait pas gêner Sasuke, ni le couvrir de présents. Mais on n'allait pas rendre visite à quelqu'un – surtout à l'hôpital – les mains vides ! Ou peut-être des chocolats ? Non, pas dans un hôpital, et s'il avait des problèmes de foie ? Mais alors quoi ? Un livre ? Naruto n'avait pas la moindre idée des lectures de Sasuke. Il ne savait même pas ce qui intéressait son rival…

Alors qu'il commençait à paniquer, il tenta de reprendre ses esprits : en premier lieu, il ne savait même pas si Sasuke avait été admis à l'hôpital. Deuxièmement, il venait de se persuader que ce n'était pas à lui d'y aller, mais à Sasuke de venir à lui. Et voilà qu'il pensait déjà à ce qu'il allait lui apporter pour agrémenter ses journées au lit !

Non, non et non, Naruto n'irait pas le voir. Il ne le chercherait même pas. Il ne demanderait pas à Sakura, ni à personne d'autre si Sasuke Uchiwa était actuellement à l'hôpital. De toute façon, il devait y être. C'était obligé. Vu ses contusions, il ne pouvait pas ne pas y être… N'est ce pas ?

S'il le croyait vraiment ou s'il tentait de s'en persuader, nul n'aurait pu le dire. Pas même lui. Tout était bien trop confus dans son esprit. Mais cette pensée, cet espoir, ce désir de bonheur refusait de sortir de son esprit. C'était juste son caractère. Naruto Uzumaki. L'impossibilité totale d'entrevoir à la vie une autre issue que la meilleure possible.

Le troisième matin qui marqua lui aussi l'absence de Sasuke ne pouvait plus tromper personne, pas même le plus irréductible des optimistes.

En un mois, Sasuke n'avait pas manqué à l'appel une seule fois. Même les jours où il était pressé, où il avait beaucoup de choses à faire, où il était convoqué particulièrement tôt chez l'Hokage, il était passé. Il avait pris un petit-déjeuner éclair, mais il était tout de même venu. Et Naruto se doutait bien qu'une blessure physique ne l'aurait pas empêché de venir – qu'une blessure physique ne l'empêchait pas de venir.

Quelque chose l'empêchait de venir, mais certainement pas son corps. Naruto ne pouvait plus imaginer la moindre excuse à son absence. Sasuke l'évitait. Sasuke n'avait plus envie de le voir. Comment expliquer qu'il ne vienne plus sinon ?

Naruto s'était dit que peut-être, Sasuke se sentait mal après ce qu'il s'était passé. Peut-être qu'il culpabilisait ? Peut-être qu'il aurait aimé s'excuser, mais qu'il n'osait pas ? Peut-être ressentait-il, lui aussi, ce manque dans sa poitrine dû à son absence… Peut-être, peut-être, peut-être.

Mais il ne pouvait plus se raccrocher à des « peut-être », à des suppositions. Pas après deux jours. Plus aucune excuse ne trouvait grâce à ses yeux. Sasuke n'était même pas obligé de venir le voir le matin. Qu'est ce qui l'aurait empêché de venir le trouver au beau milieu de la journée, à sa sortie de l'hôpital, par exemple ? Ou bien dans la soirée ?

Rien ! Rien, Naruto l'aurait accueilli avec joie. Enfin, avec autant de joie que l'on accueille quelqu'un qui vous a férocement attaqué lors de votre dernière rencontre, mais dont vous êtes follement amoureux. D'accord, l'accueil aurait été…mitigé.

Mais il aurait été prêt à écouter, sinon les excuses, au moins les explications de Sasuke quant à son comportement. Et à pardonner. Il l'aimait bien trop pour lui en vouloir, il l'aurait presque remercié pour un combat qui s'était révélé somme toute fort intéressant. Mais là, il commençait à lui en vouloir. Pas seulement de son absence, mais aussi de son silence.

Pas un mot, pas une lettre, rien. Il n'avait rien fait transmettre à Sakura, n'avait cherché à le joindre en aucune façon. Indifférence totale. C'était ce qui blessait vraiment Naruto.

Mais soit.

Sasuke avait décidé de disparaitre de la circulation ? S'il pensait s'en sortir si facilement, alors il ne connaissait pas Naruto. Sasuke avait toujours le genre de personne à se confronter aux problèmes, non à les fuir. Naruto comptait le ramener à la raison, et il avait justement une occasion toute trouvée pour cela…


Ce troisième jour, il était justement convoqué par l'Hokage pour planifier cette mission d'infiltration. De nombreux points restaient sans réponse et ils devaient les mettre au clair avant de pouvoir établir un ordre de mission précis. Ils ne pourraient envoyer des ninjas qu'une fois que tous ces détails seraient réglés. Naruto n'avait aucune idée de la façon dont les missions étaient élaborées. Même si Hokage le Troisième lui avait expliqué le fonctionnement global au début de sa formation, il ne s'imaginait pas qu'un tel travail se cachait derrière ces papiers – qu'il croyait rédigés à la va-vite – qu'ils devaient détruire dès la première lecture.

Mais ces missions sont le fruit d'un travail fastidieux et méticuleux. Estimation des risques, études des missions précédentes, étude du terrain, de l'histoire, des sondages politiques et comparaison des qualités individuelles de chaque ninja à disposition de l'Hokage. Un travail herculéen.

Bien sûr, l'Hokage ne se chargeait pas de ce travail pour toutes les missions. Les missions de rang B, C et D pouvaient être réparties par des ninjas de niveau moyen sous la direction d'un ninja de niveau supérieur. Mais Tsunade, comme ses prédécesseurs, tenait à superviser personnellement la préparation des missions de rang A, et S naturellement.

C'est pourquoi elle avait réservé une grande partie de son après-midi à Naruto et à cette mission, qu'elle estimait déterminante pour la politique extérieure de Konoha. Il s'agissait d'une frontière qui posait problème depuis plusieurs années déjà.

Le pays du feu était arrivé à une paix relativement stable, bien que fragile, avec son voisin des montagnes, et ce après des semaines de négociation. Ils avaient situé la frontière les séparant dans une vallée, sans déterminer qui aurait le contrôle de la vallée, si l'un des deux pays aurait le droit de se l'approprier ou s'ils ne devaient chacun recevoir que la moitié de cette vallée.

Afin de ne pas entacher le processus de paix qui avait enfin été enclenché, ils avaient fait de cette zone une zone démilitarisée. Malheureusement, une organisation semblait avoir pris le contrôle de cette zone et Tsunade ne savait qu'en penser : s'agissait-il de malfrats indépendants qui n'avaient pour but que de prélever des taxes sur le commerce entre les deux pays ? Cela serait grave, mais pas insurmontable.

Elle soupçonnait pire. Il pouvait s'agir des services secrets du pays voisin. Si ces derniers avaient fabriqué cette organisation de toutes pièces ? S'ils essayaient de les faire passer pour des ninjas de Konoha et profitaient de cette occasion pour déclencher une nouvelle guerre ? Si tel était le cas, il faudrait disperser ce réseau aussi vite que possible. Mais si le gouvernement de leur pays frontaliers apprenait que Konoha avait atteint l'intégrité physique de certains de leurs ressortissants, il pourrait s'agir d'un casus belli, et Tsunade en porterait la responsabilité pleine et entière.

Bref, elle était dans l'impasse. Il ne lui restait qu'une solution : l'infiltration.

Pour cette mission extrêmement délicate d'un point de vue diplomatique, elle avait besoin d'une équipe réduite mais exceptionnellement efficace.

Elle avait choisi Shikamaru, pour ses capacités d'analyse et de déduction, et pour ses talents de combattant, même si elle espérait qu'il n'aurait pas à s'en servir. Il était excellent en infiltration car il savait pousser les gens qui mentent à la faute. Il trouvait toujours les contradictions, les zones d'ombres et les invraisemblances de leurs mensonges. Il lui ramènerait la vérité.

Mais, paresseux !, il ne savait pas toujours très bien tenir sa couverture. Il ne faisait pas de fautes, mais il manquait de conviction en tant qu'acteur. Avec lui, les gens sentaient toujours que quelque chose clochait. A cette équipe, il fallait ajouter un caméléon, quelqu'un qui rentrait dans toutes les peaux, qui attirait toutes les sympathies sans paraitre les rechercher, quelqu'un qui saurait détourner l'attention. Naruto, évidemment.

À ce duo convaincant mais un peu bancal, il manquait un moteur. Shikamaru était certes d'une intelligence rare, mais il faisait aussi preuve d'une paresse légendaire, et il était capable de mettre en place des plans sur des mois… Et Tsunade ne pouvait se permettre de perdre des mois sur cette affaire. Elle avait besoin de quelqu'un d'incisif, qui établirait un plan d'attaque audacieux mais rapide – que Shikamaru n'accepterait jamais, mais là n'était pas la question. Elle avait l'intelligence, la couverture, il lui fallait à présent la vitesse d'exécution et l'impatience. Il lui fallait Sasuke.

Ces trois-là formaient l'équipe parfaite – d'un point de vue théorique. Et si la situation venait à dégénérer, ils étaient tous les trois plus que capables de maitriser la situation face à n'importe quel ennemi. Et ils sauraient faire disparaitre toutes les traces nécessaires si elle le leur demandait.

Maintenant qu'ils étaient tous trois junin, cela lui donnerait en plus une bonne indication sur leur véritable niveau. Pas seulement technique ou stratégique, mais aussi en espionnage. Elle ne doutait pas d'eux, mais elle souhaitait voir comment ils réagiraient sous la pression. Elle voulait savoir si elle pourrait un jour les compter comme des membres de l'Anbu. Mais cela, contrairement au reste de la mission, elle ne leur en dirait rien.


Après s'être entretenue plusieurs heures sur les détails de la mission avec Naruto – qui, toujours sous prétexte d'apprendre le métier, soupçonnait d'être légèrement exploité – Tsunade l'avait envoyé se dégourdir les jambes quelques instants. Elle aussi aurait aimé sauter de toit en toit jusqu'à la forêt, mais elle avait malheureusement convoqué deux ninjas peu patients pour une mission de la plus haute importance.

Elle se reprit après quelques secondes de rêverie et mit ses deux subordonnés au courant de la mission qui les attendait.

Elle vit Shikamaru se plonger dans ses réflexions, ce qui lui épargna ses traditionnels grognements, mais lorsqu'elle leur demanda s'ils avaient compris ce qu'elle attendait d'eux, elle reçut de la part de Sasuke un bref hochement de tête et de son partenaire un soupir, suivi d'une légère plainte : « Et je suppose qu'on va partir avec Uz… »

Il ne put malheureusement pas finir sa phrase, à cause d'un coup violent porté contre la fenêtre du bureau de l'Hokage : Naruto venait de s'y encastrer.

- Tsunade, espèce de vieille peau, pourquoi tu as fermé la fenêtre ? J'aurais fait une entrée royale !

- Naruto, espèce de stupide gamin insolent ! Aurais-tu PAR HASARD déjà oublié que cette mission est top secrète et qu'il est hors de question que quiconque au village soit au courant ? Il me semble donc justifié de ne pas aller en crier les détails sur tous les toits. Encore une chose : arrête de m'appeler « vieille peau » si tu tiens à la tienne !

- Galèèèère…

- Nara. Tu le savais ?

- Que l'agité du bocal allait partir avec nous ? C'était prévisible. Tsunade fait toujours le même type d'équipe pour les infiltrations.

- Prévisible ? Comment ça, je…

- Je n'en suis pas, décréta Sasuke avant de tourner les talons.

- AAAAAAAAAAAAAAAAAAH !

Les trois ninjas se figèrent avant de regarder leur supérieure, l'air sceptique et concerné. Était-elle malade ?

-Avec des cas comme VOUS, il y a de quoi devenir malade, en effet, Nara ! Dois-je vous rappeler que vous êtes sous MES ordres, et qu'en tant que tel, vous n'êtes EN AUCUN CAS habilités à me manquer de respect (je ne suis NI vieille, NI prévisible, c'est compris ?) et encore moins à remettre mon autorité en question. Uchiwa, je t'ai fait l'honneur de te sélectionner pour cette mission, tu vas la faire, et tu vas la faire jusqu'au bout, et tu vas la faire parfaitement. Tous les trois, est ce que c'est clair ?

Elle ne reçut aucune réponse, mais des hochements de tête et des visages fermés. Elle n'aimait pas remettre d'aussi bons éléments à leur place, surtout de cette façon, mais elle ne pouvait pas décemment laisser passer de tels comportements ou elle risquait la mutinerie !

-Maintenant, Shizune va venir vous chercher pour vous emmener au service des identités. Je vous veux prêts dans trois heures, je testerai votre couverture moi-même. Et dès la nuit tombée, vous décollez. Vous pouvez disposer.

Les trois ninjas se retirèrent docilement – mais pas avant que Sasuke lui ait lancé un dernier regard noir. Elle poussa un long soupir et s'enfonça profondément dans son siège. Elle en avait fait assez pour aujourd'hui, c'était à eux maintenant. Pourvu qu'ils se montrent à la hauteur…


Dire que Naruto était désespéré aurait été un euphémisme. Il se sentait encore plus bas que désespéré, même s'il ne connaissait aucun mot capable de décrire un tel état. La réaction de Sasuke était pire que tout ce qu'il aurait pu imaginer.

Il avait bien sûr fait exprès de rentrer dans la fenêtre fermée, espérant détendre l'atmosphère, ou au moins faire apparaitre un sourire sur ce visage qu'il aimait tant. Premier échec. Puis Sasuke avait refusé de lui accorder le moindre regard. Deuxième échec. Et il avait voulu partir. Il avait accepté la mission, puis lorsqu'il avait appris que Naruto allait en être aussi, il n'avait même pas demandé la permission à Tsunade, il était juste parti.

Bilan de la réunion : trois coups de couteau dans le cœur. Et la journée n'était pas finie.

Avant le combat, avant cette horrible soirée, il avait espéré que cette mission lui permettrait de se rapprocher encore de Sasuke, voire d'approfondir leur relation. A présent, il n'osait même plus espérer que Sasuke viendrait lui parler. Quelle déchéance…

Mais une fois arrivés au service des identités, Naruto n'eut plus le temps de réfléchir à son ami. Il se savait bien trop étourdi pour se permettre de manquer la moindre information. Il se devait de rester parfaitement concentré. Il devait devenir cette autre personne qu'on lui décrivait. Il devait s'imaginer une autre vie, des anecdotes, de belles histoires mais aussi quelques petites hontes, une famille, des secrets, un métier, des passions. Il devait oublier Sakura, les ramens, Tsunade, ses rêves de devenir Hokage. Il devait oublier Sasuke, il voyageait avec son meilleur ami Saruke Uchida et le frère de ce dernier, Shikaramu.

Lorsque Tsunade revint les voir trois heures plus tard, comme elle le leur avait annoncé, elle les soumit à plusieurs exercices qu'ils réussirent avec une grande facilité. Cependant, elle les prévint, il était bien plus facile de ne pas se contredire lors d'un interrogatoire, aussi long et difficile soit-il, que pendant une mission de plusieurs semaines – voire plusieurs mois. Mais ils étaient aussi prêts qu'on peut l'être.

Elle les laissa partir, se sentant inexplicablement fière d'eux et de ce qu'ils étaient devenus. Mais la dangerosité de la mission lui mettait tout de même la peur au ventre. Pauvres enfants.


Ils avaient laissé beaucoup de leurs affaires derrière eux. Beaucoup plus que pour les missions habituelles. Ils ne pouvaient pas se permettre de se faire identifier à cause de leur équipement de ninja.

La séparation d'avec son bandeau avait été la plus difficile pour Naruto. Sasuke avait également semblé très contrarié de devoir enlever les bandages qui protégeaient ses articulations. Ils s'étaient finalement tous retrouvés habillés de la même façon, avec de larges pantalons, surmontés de larges vestes en toile, le tout recouvert de longs manteaux à capuche. Il s'agissait de cacher le plus possible leurs corps couverts de cicatrices, difficiles à expliquer pour des adolescents normaux.

L'obscurité les aidant, ils avaient quitté le village en tout anonymat, et avaient parcouru une grande distance dans la forêt avant l'aube. Shikamaru, que Tsunade avait désigné chef de mission, avait trouvé un endroit reculé pour qu'ils puissent dormir quelques heures. Alors qu'ils étaient tous les trois en train de sécuriser le périmètre – on n'est jamais trop prudents – Naruto en profita pour aborder Sasuke.

Mais avant que Naruto puisse aller plus loin que « Sasuke… », il fut coupé : « C'est Saruke. Et ne viens plus me parler. C'était une erreur. »

- Mais, Sasuke…

- Je suis occupé. Dégage.

Naruto était perdu.

Il comprenait que Sasuke lui en veuille. Il l'avait même prévu. Mais jamais, au grand jamais, il n'aurait pu imaginer que leur relation se dégrade à ce point. À vrai dire, il pensait que Sasuke lui en voudrait quelques jours, puis qu'il reviendrait vers lui. Il pensait que ce qu'ils avaient construit avait un sens, avait de la valeur. Apparemment non. Ou pas suffisamment.

Mais il aurait dû le savoir : Sasuke était toujours aveuglé par la rancœur. Incapable de pardonner, ou de voir au-delà de son énervement. Comme s'il n'avait pas de mémoire. Naruto se demandait même si Sasuke se souvenait du mois qu'ils avaient passé ensemble. Une « erreur » ? Sans autre commentaire ? Juste une erreur ?

Mais pourquoi ? Et comment en était-il venu à penser une chose pareille ? Naruto n'avait jamais considéré leur relation naissante comme une erreur, il aurait même affirmé qu'il s'agissait de l'une des meilleures choses qui soient arrivées à Sasuke – et, accessoirement, à lui-même.

Il ne pouvait pas laisser Sasuke dire des choses pareilles, il devait recevoir des explications, et il les recevrait, peu importe de quelle manière. Une erreur ? Non, vraiment, il fallait qu'il sache ce que Sasuke pensait vraiment, ce qui le poussait à lui dire des choses si blessantes. Car Sasuke devait savoir qu'en étant si méchant, il blessait Naruto, il le blessait vraiment, profondément.

Peut-être Sasuke croyait-il réussir à l'éloigner une bonne fois pour toute en étant si cruel ? Et bien, Naruto ne se laisserait pas faire. Il saurait ce que son ami avait sur le cœur, quitte à y laisser des plumes.

Il réussit à se retrouver face à Sasuke avant que ce dernier ne retourne au campement de fortune. Et il fit ce qu'il avait toujours fait avec Sasuke : lui hurler dessus.

- Une erreur ? UNE ERREUR ? Mais c'est quoi ton problème à la fin ? Tout ce passait très bien ! Pourquoi est-ce que tu as tout gâché ?

Cette attaque était légèrement teintée de mauvaise foi – il n'avait jamais eu l'intention d'accuser Sasuke de tout avoir gâché entre eux – mais maintenant que c'était sorti… Et puis, il était sûr de faire réagir son interlocuteur !

- Ce n'est pas moi qui ai tout gâché.

- Alors je m'excuse de t'avoir montré ces rouleaux. Je m'excuse, voilà, tu es content ? Mais reconnais au moins que tu m'en aurais voulu de t'avoir caché ça ! Qu'est ce que j'étais censé faire, hein ? Dis-le-moi, qu'est ce que tu aurais fait, à ma place ?

Sasuke sembla d'abord surpris de la réponse de son coéquipier. Puis il pinça les lèvres, serra les poings et lâcha un « Baka ! Mais tu ne comprendras donc jamais rien ? », qui vexa Naruto plus qu'il ne l'avouerait jamais. Il n'avait plus douze ans, tout de même !

-A ton comportement ? Non, ça c'est sûr ! Mais si tu agissais comme un humain normal, et si tu parlais, pour expliquer ce qui ne va pas, alors peut-être qu'à ce moment-là, je pourrais comprendre ?

- Tu as menti.

- Quoi ? Mais non, je t'assure, les parchemins étaient authentiques.

Naruto ne comprenait plus. Mais que lui reprochait donc son ennemi ?

- Oui, mais tu m'as menti.

- Mais, de quoi tu parles, Sasuke ?

- Tu as menti. Tu avais dit que je comprendrais. MAIS C'EST FAUX ! Je ne comprends pas, je comprends encore moins !

- Tu m'en veux parce que je suis l'un d'entre eux, n'est ce pas ? Je suis un villageois, un de ceux pour qui Itachi s'est sacrifié…

- IL NE S'EST PAS SEULEMENT SACRIFIE LUI-MEME ! IL A SACRIFIE TOUT MON CLAN !

- Et tu penses que nous n'en valons pas la peine ?

- Non.

- Alors, c'est qu'Itachi l'a fait pour quelqu'un d'autre.

- Quelqu'un d'autre ? Et qui ?

- Tu ne comprends toujours pas ? Pour toi, Sasuke. Pour que tu grandisses dans un monde sans guerre civile. Pour que tu deviennes fort, plus fort que lui. Pour que tu n'aies jamais de tels choix à faire. Pour que tu gardes de ta famille une image idéale. Pour que tu refondes le clan Uchiwa sur des bases nouvelles. De tous les membres du clan, tu étais le seul à être encore pur. Itachi a voulu que tu redonnes à votre nom une prestance, un honneur qu'ils ne méritaient plus depuis longtemps. Tout ce qu'il a fait, il l'a fait uniquement pour…

- TAIS-TOI ! TAIS-TOI TAIS-TOI TAIS-TOI TAIS-TOI ! Je ne veux plus t'entendre. Comment peux tu prétendre savoir ce que mon frère voulait, ou comment il pensait ?

- Je ne le prétends pas, Sasuke. Je ne le pourrais pas, je ne l'ai jamais connu, tu le sais. Et c'est dommage, c'était quelqu'un de bien, j'en suis sûr.

- Ferme-la, gronda Sasuke.

- Tout ce que j'ai dit est écrit, Sasuke. Tout est dans les rouleaux. J'ai un peu interprété, mais c'était évident. Vous vous ressemblez tellement…

- C'EST FAUX ! JAMAIS JE NE ME SERAIS SACRIFIE POUR UNE BANDE D'INCAPABLES COMME VOUS !

- Mais pour lui, tu l'aurais fait.

Sasuke s'enfuit en sautant dans un arbre. Naruto murmura :

- D'ailleurs, tu l'as fait. Tu lui as donné ta vie, ton innocence, tout l'amour et toute la haine dont tu étais capable. Tu as payé une dette que tu n'avais même pas envers lui. Vous êtes quittes.

Sasuke réapparut dans le champ de vision de Naruto. Il s'approcha et le fixa dans les yeux.

- Nous serons quittes quand je serais mort, et avec moi la pourriture associée au nom des Uchiwa.

A suivre...


Me revoilà ! Sans point de vue Sasuke, contrairement à ce que vous attendiez toutes... Il faudra attendre encore quelques temps, les amies ;)

En attendant, j'attends vos impressions, suggestions, commentaires, remarques et autres critiques !

Je vous embrasse, à très bientôt...

Liesel M.M.