Birth of a Pirate

By Scarlett Sparrow

DISCLAIMER : Moi aussi, j'ai balancé ma soupe dans la tronche de Disney, je me suis déguisée en lui, je l'ai enfermé à ma place dans le cachot et je me suis évadée en emmenant tous les personnages de PotC. Nananère.

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Chapitre 9 - Au Bainbow's Church

Cutler Beckett parcourait d'un pas rapide et nerveux la grande pièce qui lui servait de bureau. Il s'efforça de réfléchir posément à la manière la plus efficace de se sortir de la situation embarrassante dans laquelle il se trouvait. La journée commençait décidément très mal.

Un peu plus tôt, alors que Beckett profitait d'une tasse de thé devant la cheminée de l'antichambre, le garde au visage abîmé du nom de Mercer avait frappé à la porte et l'avait prié sans introduction de descendre aux cachots. Cutler Beckett ne mettait habituellement jamais les pieds dans les sous-sols sordides qui abritaient les prisonniers; cependant, la voix encore plus morne qu'à l'ordinaire de son homme de main lui permit de savoir immédiatement qu'il s'agissait d'un cas de force majeure.

Il n'avait posé aucune question et suivi le grand homme maigre entièrement vêtu de noir jusqu'à la cellule la plus reculée de la prison. La cellule dans laquelle, en toute logique, aurait dû se trouver Jack Sparrow.

La pièce exigüe, toutefois, ne comportait aucune trace du jeune homme. En revanche, les yeux de Beckett s'écarquillèrent légèrement lorsqu'il aperçut le gardien qui devait être de service ce matin-là, très légèrement vêtu, le visage rouge et gonflé en plusieurs endroits, enfermé derrière les grilles et allongé sur la paillasse crasseuse, visiblement sonné.

Beckett sentit un frisson lui parcourir le dos. Il se tourna vers Mercer, une lueur menaçante dans le regard.

"Que diable s'est-il passé ici, Monsieur Mercer ?"

L'homme au visage grêlé désigna le malheureux gardien du menton, l'air dédaigneux. "C'est à lui qu'il faut le demander, Sir. Il prétend que Sparrow l'a assommé en lui renversant un bol de soupe bouillante sur la tête, puis lui a pris tous ses vêtements et s'est enfui avec son compagnon de cellule..." - Mercer hésita, recherchant le nom dans sa mémoire - "... Joshamee Gibbs, le fauteur de troubles du Victory."

Beckett resta un moment immobile, le regard fixé sur le gardien qui essayait tant bien que mal de retrouver une allure décente, grimaçant de douleur alors qu'il passait une main sur sa joue brûlée. Puis il s'accroupit brusquement à hauteur de l'homme, et le saisit par le col de sa chemise ouverte.

"Monsieur Engleton, puis-je savoir comment vous avez réussi à vous faire assommer par un garçon enfermé derrière ces barreaux ?" demanda-t-il d'une voix glaciale en faisant un geste vers la grille métallique.

Le dénommé Engleton se mit à bégayer, visiblement apeuré. "Le garçon... Sparrow... Il... Il n'allait pas bien. Il avait l'air sur le point de s'évanouir, et il voulait... il voulait me parler, alors j'ai rapproché mon oreille de son visage..."

Cutler Beckett plissa les yeux, le regard plus froid et dur que jamais. Engleton déglutit.

"Sparrow n'allait pas bien ?" répéta-t-il. "Il allait en tous cas assez bien pour vous mettre hors d'état de nuire et sortir en quelques minutes d'un bâtiment rempli de membres de la Company."

"Il... ce devait être une mise en scène", tenta d'expliquer le gardien, de plus en plus nerveux. "Mais je ne pouvais pas... Même son camarade avait l'air inquiet... Ce Sparrow possède un talent de comédien tout à fait remarquable, Sir..."

Beckett lâcha le col d'Engleton et se releva, se mordillant la lèvre inférieure. Le fait que Jack Sparrow ait un don pour jouer la comédie ne l'étonnait pas outre mesure. Il était rusé, il fallait l'admettre. Rusé et courageux.

La veille au soir, Cutler Beckett l'avait vu sortir de son bureau chancelant et à peine capable d'aligner deux pas. Et voilà qu'il s'était envolé dans la nature, accompagné d'un autre fugitif. Joshamee Gibbs avait commis une erreur monumentale, songea Beckett. Sa peine venait juste de grimper de quelques semaines de cellule à la mort par pendaison. Complice d'un homme coupable de piraterie, récita-t-il mentalement.

Il ordonna à Mercer d'envoyer plusieurs groupes de soldats parcourir les rues de Londres à la recherche des deux hommes, bien décidé à les retrouver tout en sachant qu'il pouvait aussi bien chercher une aiguille dans une botte de foin, puis tourna les talons et retourna à son bureau.

*

* *

Ce soir-là, l'ambiance était animée et chaleureuse au Bainbow's Church. Toutes les tables étaient occupées et le tavernier peinait à servir aussi rapidement que sa clientèle consommait.

Debout sur l'une des grandes tables en bois, deux hommes passablement éméchés produisaient des mélodies approximatives sur leur violon. A leur droite, affalées sur un banc, trois prostituées commentaient en pointant du doigt les différents clients potentiels qui peuplaient l'établissement. Un vieux marin à la barbe extraordinairement fournie dormait à même le sol en ronflant bruyamment. L'air était saturé de l'odeur d'alcool, de sueur et des rires gras des ivrognes.

Assis à une petite table ronde dans un coin de la grande salle au plafond bas, Jack Sparrow avala une longue gorgée de rhum. La bouteille qu'il tenait était quasiment vide. Il n'avait pas l'habitude de boire beaucoup, mais il estimait que l'état d'agréable torpeur généré par l'alcool était plus que bienvenu étant donné les circonstances.

Il n'avait évidemment pas un shilling en poche pour payer la nourriture et la boisson qu'il avait commandées. Fort heureusement, Jack Sparrow n'était jamais à court de bons arguments lorsqu'il s'agissait de négocier, et il avait vite trouvé le plan idéal. Un peu plus tôt dans l'après-midi, il avait ainsi réussi à convaincre le gérant du Bainbow's Church de rembourser ses consommations en travaillant quelques heures dans son établissement. Le gérant s'était empressé d'accepter sans poser de questions : le garçon tombait à pic pour effectuer un nettoyage de fond en comble de la salle et des cuisines, tâche laborieuse à laquelle lui-même ne s'était pas adonné depuis bien trop longtemps. Il avait donc servi le jeune homme comme l'un de ses clients habituels, en lui demandant de commencer son travail lorsque les derniers habitués auraient quitté les lieux.

Jack, de son côté, considérait que dans le cas où les sbires de Beckett envahissaient la taverne, il serait bien mieux dissimulé en travaillant qu'en tant que simple client. Les hommes ne s'attendraient certainement pas à ce que, quelques heures à peine après leur avoir échappé et avec le sceau de la piraterie fraîchement gravé sur l'avant-bras, leur jeune fugitif ait déjà trouvé un emploi - qui plus est, totalement légal.

Il avait donc serré la main du gérant en certifiant qu"il passerait la fin de la soirée à ranger, frotter et astiquer - ce qui, étant donné l'état déplorable des lieux, promettait de lui prendre la nuit.

Il avait passé la fin de la journée assis à sa table, sa bouteille entre les mains, à savourer la chaleur qui se diffusait dans son corps à chaque gorgée.

Il prenait cependant garde à rester suffisamment lucide pour ne pas détourner son attention de la porte d'entrée de la taverne, s'attendant à chaque instant à voir tout un escadron de soldats de la East India Trading Company faire irruption dans la pièce et se jeter sur lui.

Juste avant de se rendre au Bainbow's, Jack s'était autorisé une visite au port, en dépit des risques - l'endroit regorgeait d'hommes de la Company. Il avait retourné dans sa tête la phrase terrible que Cutler Beckett avait lancée sur un ton aussi badin que s'il annonçait la pluie et le beau temps : "J'ai déjà ordonné que votre navire soit remorqué jusqu'à l'endroit le plus reculé du port, et détruit par le feu." Tout en sachant qu'il perdait son temps, Jack avait marché sur les docks, scrutant l'eau sombre, espérant peut-être voir flotter un débris de son Wicked Wench. Le Wench qui était devenu, depuis un an, sa nouvelle maison, le seul lieu où il se sentait parfaitement à l'aise et en sécurité, et que Beckett lui avait pris en même temps que tout le reste. Assis au bord de l'eau, Jack avait réfléchi intensément à la manière dont il allait pouvoir opérer sa vengeance.

En règle générale, il avait appris que, conformément au dicton, la vengeance est un plat qui se mange froid, et qu'une vengeance tardive n'en devenait que plus efficace. Toutefois, il brûlait d'une telle rage envers son ancien supérieur qu'il ne se sentait pas capable d'attendre trop longtemps: en outre, il voulait rendre à Beckett la monnaie de sa pièce pendant que celui-ci était encore en train de savourer pleinement son propre triomphe. Il devait agir vite.

Jack prit une nouvelle gorgée de rhum et retourna pour la énième fois dans sa tête le plan qu'il avait prévu.

L'idée lui était venue un peu par hasard, un peu plus tôt dans la journée. Sa première réaction lorsqu'elle lui avait effleuré l'esprit avait été un ricanement intérieur. Il n'y avait pas cru. Puis il y avait repensé, et plus la soirée avançait, plus il la trouvait tentante.

Méchante, mais tentante.

*

* *

"C'est bon, mon gars. Je te libère. Vas-y."

Jack releva la tête, essuyant la sueur de son front avec la manche de sa chemise. Il avait travaillé pendant des heures, à genoux sur le sol gras et collant, astiquant chaque centimètre carré de la taverne du Bainbow's Church sous l'œil attentif du propriétaire visiblement heureux de voir son établissement reprendre enfin un aspect acceptable. Il ne sentait plus ses bras et avait mal au dos à force d'être constamment courbé en deux.

Jack fronça les sourcils. Vas-y. Aller où ? Il se sentait bien trop fatigué pour entamer de nouvelles subtiles négociations, aussi décida-t-il de tenter le tout pour le tout.

"Monsieur, il fait très froid. Personne ne va m'ouvrir sa porte à cette heure de la nuit, et si je dors dehors, je vais geler. Cela ne vous coûterait rien de me laisser me reposer dans une de vos chambres."

Le propriétaire ouvrit la bouche, désarçonné.

"Plus aucun client ne viendra à cette heure-ci", poursuivit Jack, imperturbable. "Plusieurs de vos chambres sont vides et le resteront, alors ma présence ne fera pas baisser votre chiffre d'affaires, savvy ?"

Le visage de l'homme prit un instant une teinte rouge vif, comme s'il était sur le point d'exploser. Jack eut soudain peur d'être allé trop loin. Mais après avoir étudié son jeune employé de ses petits yeux porcins pendant un long moment, le tavernier eut soudain une réaction agréablement inattendue. Il s'approcha de Jack et lui administra une claque monumentale dans le dos.

"T'es gonflé, mon bonhomme. T'es très gonflé. Mais j'aime bien les gars qui osent. Viens par là." Il passa le bras autour des épaules d'un Jack passablement étonné et quelque peu inquiet, et le conduisit au premier étage du Bainbow's, où il lui ouvrit la porte d'une petite chambre basse de plafond, sommairement meublée.

"Tu peux passer la fin de la nuit ici. Je te préviens, mon bonhomme : à la première heure de la matinée, tu sors d'ici. Compris ?"

Sans attendre la réponse, il lança la clef de la chambre sur le lit et referma la porte derrière lui.

Jack resta un moment debout au centre de la pièce, indécis. Puis décida que la chance était trop belle pour ne pas la saisir. Il retira ses bottes et sa chemise, dénoua le bandage improvisé qui entourait son poignet et s'allongea sur le lit, savourant le contact moelleux des draps sur sa peau. Il n'avait pas dormi dans des conditions décentes depuis son arrestation, deux semaines auparavant.

Il s'endormit en quelques minutes.

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A suivre...

Chap. 10 : It's just good business