Bonjour, bonjour, voici le chapitre 9, que j'aime particulièrement je dois dire. J'espère qu'il vous plaira (et vous donnera l'envie de laisser un petit mot ?).

Bien à vous.

LN.


Chapitre 9 :

« Tu retrouves ton accent russe à chaque fois que tu mens, Heather. »

L'obstination était une caractéristique renommée de la famille Proskoff. Pour une fois, Heather n'était pas peu fière de revendiquer son héritage génétique. Au grand dam de son amie, la jolie russe ne démordait pas de son idée de découvrir les petits secrets des Maraudeurs. Toute la journée durant, et malgré la masse de devoirs assez considérable que leur avaient donné leurs chers professeurs, Heather griffonna des idées sur un petit livre dont la couverture de cuir bordeaux semblait en avoir vu de belles. Elle adorait les mystères, et rien ne l'excitait plus que se lancer à la recherche d'un secret.

Assise à l'ombre des arbres, Lily Evans jeta un regard mi-amusé mi-excédé à son amie.

- Par Merlin, Heather, tu vas lâcher ce bouquin oui ou non ? Ou tu veux que je le jette directement au fond du lac ?

Heather haussa les épaules, peu effrayée par les menaces la jolie rousse. Pourtant, nombre d'élèves craignaient les colères de la Préfète-en-chef. A raison.

- HEATHER PROSKOFF, SI TU NE LACHES PAS CE CARNET JE TE LE FAIS BOUFFER, SUIS-JE ASSEZ CLAIRE ?

Lily s'était levée, baguette à la main et faisait face à Heather. Cette dernière consentit à laisser tomber sa plume - sur laquelle se jeta Ismène avec une joie toute féline.

- D'accord, Maman, sourit la russe de sa voix au délicieux accent. Promis j'arrête !

Sa camarade eut une moue sceptique. A chaque fois que Heather mentait, elle retrouvait son accent slave si caractéristique. Mais l'attitude de Lily ne prêtait pas à discussion. D'autorité, la Préfète enfouit le fameux carnet au fond de son sac.

- Bon, et maintenant, tu m'expliques ton plan !

Leur plan, fort simple, tenait en trois mots : observation - déduction - action. Il s'agissait d'observer les escapades des Maraudeurs, en vu de trouver l'objectif de leurs sorties nocturnes, et surtout, comment il pouvait échapper à la surveillance du concierge depuis tant d'années. Lorsqu'elles auraient compris le pourquoi du comment de leurs échappées belles, elles n'auraient plus qu'à les surprendre. A ce moment viendraient les délicieuses joies du chantage.

Mais pour battre les Maraudeurs sur leur terrain tout en maintenant à la fois leur quota de sommeil et leurs résultats scolaires, les deux amies allaient avoir besoin d'une organisation parfaite. Heather s'étira comme un chat, savourant les derniers rayons de soleil de ce mois de septembre. Au creux de son cou, Ismène ronronnait doucement. Elle était confiante, les Maraudeurs avaient trouvé plus fort qu'eux.

C'est donc dans la joie que les deux jeunes filles se rendirent au dîner ce soir-là. A tel point que Heather ne répondit pas aux multiples provocations de Black, qui sembla fort surpris de ne pas réussir à provoquer la fureur de la russe. « Si tu savais ce que je te réserve, sombre con.. » songea-t-elle avec un sourire carnassier.

De son côté, Lily ignorait superbement Potter, dont les sourires ravageurs restaient sans réponses de la part de la préfète mais attiraient à défaut les regards d'une bonne majorité de la population féminine de la table.

Lorsque son regard émeraude croisa celui, cerné, de Lupin, Lily eut un pincement au cœur. Elle ne lui reprochait rien à lui, bien au contraire. Mais son envie de ridiculiser à son tour les deux coqs passait par-dessus tout. Comment pouvait-il supporter les imbéciles avec qui il passait tout son temps ?

Au moment de quitter la table, Heather fut arrêtée par la forte voix de son capitaine :

- Proskoff, entraînement demain matin. A 7h30 précise au terrain, je ne tolérerai pas le moindre retard !

Son ton froid tira un sourire à la nouvelle Attrapeuse Gryffondor ; visiblement l'indifférence de Lily à son égard l'avait mis fort en colère.

«

samedi 14 septembre 1977,

Visiblement, 1ère escapade constatée dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14. Potter, Black et Pettigrow ont disparu après le dîner et ne sont rentrés au dortoir qu'aux premières lueurs de l'aube. Sales, boueux, ils revenaient apparemment du parc. Et c'était visiblement une habitude.

Lupin était à l'infirmerie, confirmée par Mme Pomphresh : migraine persistante.

Le tout est maintenant de découvrir :

Comment ils peuvent déjouer la surveillance de Rusard et des professeurs dans le château.

Comment ils arrivent à sortir du château : portes et fenêtres sont fermées et scellées par McGo tous les soirs. Impossible de sortir par là. A moins peut être de sauter du haut d'une tour. Peu probable.

Que vont-ils faire dans le parc ?

A quel intervalle se produisent ces escapades ?

Pour cela, nous pouvons compter :

Sur le témoignage de Londubat (via Alice) et des pintades qui ont servi de copines à Black ou à Potter.

Sur l'aide d'Alice pour savoir s'ils sont dans leur dortoir la nuit.

Des registres de sanctions de Rusard. Minutieux comme il est, il note tout sur chacune des punitions qu'il inflige : où, quand et dans quelles circonstances ils découvrent des élèves dans les couloirs. Si certains endroits reviennent fréquemment, il faudra aller y jeter un œil. (Lily n'est pas trop pour. Je m'en chargerai donc, ma réputation ne craint pas grand-chose par rapport à la sienne.)

C'est tout - pour le moment. »

Heather ferma son carnet avec satisfaction avant de le glisser entre son matelas et les lattes du lit. Les garçons n'ayant pas accès au dortoir des filles elle ne risquait pas grand-chose, mais il lui fallait rester prudente. Demain elle chercherait à la bibliothèque un enchantement permettant d'en empêcher la lecture des pages compromettantes par quelqu'un d'autre que Lily . Le reste du carnet avait peu d'importance : toutes ces pensées d'Heather étaient rédigées en russe ou en tchèque. Incompréhensible pour la population anglophone qui composait Poudlard.

Le brouillard matinal était visiblement un facteur d'énervement, au même titre qu'avoir été privé de grasse matinée. Groupés autour de leur capitaine, les Gryffondors écoutaient avec impatience ce dernier leur débiter un discours d'où ne ressortait qu'une chose : s'ils n'étaient pas à la hauteur, des remplaçants seraient faciles à trouver. Pour la dernière année de Potter à Poudlard, il était impensable qu'ils ne gagnent pas le tournoi.

Après s'être échauffés, ils travaillèrent plusieurs exercices de façon à développer leur complicité lors du jeu. Il fallut du temps pour que chacun y mette véritablement du sien, grâce au capitaine. Potter avait peut être tous les défauts du monde, mais il était un capitaine hors du commun, pensa Heather en observant la façon dont il conseillait ou réprimandait chacun de ses joueurs. Peut être un peu dur tout de même. Pour un premier entraînement, Potter se montrait intraitable, poussant ses joueurs à bout.

Ces exercices furent pour Heather l'occasion de se familiariser avec chacun des membres de l'équipe.

Il y avait les deux jumeaux, aux postes de batteurs. Shelly et Martin Turner, tous bruns aux yeux d'un bleu presque translucides, étaient en 5ème année et avaient véritablement un don pour manier une batte. Chacun de leur tir était d'une précision admirable, même par un tel brouillard. Heather nota tout de même que Shelly manquait un peu de puissance dans ses tirs, mais sa rapidité et sa vivacité compenseraient très largement.

Aux postes de poursuiveur Potter avec choisi deux 6ème années, Robert Duncan et Will McConnor. L'un était d'une rapidité et d'une agilité admirable, tandis que l'autre avec une remarquable précision de tir. Complémentaires donc. Enfin, au poste de gardien, un certain Olivier Cooper faisait des merveilles. A la fois rapide et précis, il arrêtait la grande majorité des Souaffles sans problèmes. C'était une bonne équipe.

Mais personne n'arrivait à la cheville du capitaine. James Potter avait un talent unique pour voler. Semblant ne faire qu'un avec son Nimbus 1000 - le plus récent du marché -, il virevoltait, rattrapant le Souaffle du bout des doigts, marquant des buts spectaculaires. Il était particulièrement doué dans l'art de la feinte, s'attirant l'admiration de ses joueurs. Heather admettait rarement qu'on puisse lui être supérieure. Mais face à Potter, elle ne pouvait que mettre son orgueil de côté ; jamais elle n'aurait ce talent sur un balai.

Aux environs de 10 heures, la fatigue et le froid eurent raison de la résistance de l'équipe. Alors que James les enjoignait à continuer, Shelly fut la première à s'arrêter.

- J'en ai ma claque, Potter ! Ça fait trois heures qu'on est là à se geler, et à supporter ta mauvaise humeur ! Moi, je me casse. Pour le prochain entraînement, choisis un meilleur horaire et sois de meilleure humeur !

-TURNER JE T'INTERDIS DE QUITTER LE TERRAIN AVANT QUE J'AIE DIT QUE C'EST FINI ! rugit le capitaine.

Le geste obscène que lui fit la jeune fille fut assez éloquent pour provoquer une bordée d'injures de la part du capitaine. Heather sentit que le moment était parfait pour entrer en scène. D'un coup de rein elle dévia sa trajectoire pour se ranger au côté de la jolie batteuse.

- Shelly a raison, on gèle, on est crevé, ça sert à rien de nous casser en deux dès le premier entraînement, Potter !

Juché sur son Nimbus, il la fusilla du regard. Si un regard pouvait tuer… Mais bien vite, constatant que les deux filles n'en démordaient pas, il baissa les bras, levant les yeux au ciel :

- Merlin, pourquoi ai-je accepté des filles dans cet équipe.. ?

Après une douche brûlante, Heather profita d'être seule dans le vestiaire avec Shelly pour engager la conversation. Elle avait bien conscience que la jeune fille se méfiait grandement d'elle. Il ne servirait à rien de tourner autour du pot.

- Écoute, Turner, visiblement tu ne m'aimes pas. Je pense en connaître les raisons ; les rumeurs sont plus rapides à traverser ce château que Potter le terrain. Bref. Je ne vais pas essayer de te faire croire que ce que tu as entendu sur moi est faux, ou que je suis une fille bien, gentille et fréquentable. Mais on joue dans la même équipe, et on va être amenée à se voir souvent. Alors je ne propose d'établir une relation « professionnelle » et cordiale.

- Ça me va.

Les yeux océans de la jeune fille ne trahissaient aucune émotion. Celle-là serait difficile à convaincre, mais elle finirait bien par trouver comment déjouer ses barrières. Un peu déçue de n'avoir pu briser la glace, la russe sortit du vestiaire, les cheveux encore humides. Elle croisa Cooper, qui la rejoignit avec un sourire :

- Ouf, tu nous as sauvé la vie, deux minutes de plus et je tombais de mon balai !

Heather retint un sourire victorieux : le gardien lui était déjà tout acquis. Lui offrant son plus beau sourire, elle répondit, de ce ton aux accents slaves si charmeurs :

- Je savais bien que je n'étais pas la seule à en avoir assez ! Mais c'était un bon entraînement, Potter est peut être un peu dur mais il connaît son job !

Cooper acquiesça, et Heather lui posa quelques banales questions. Histoire de lui faire croire qu'elle lui portait un quelconque intérêt. D'un ton enjoué, le gardien lui fit la conversation jusqu'à leur arrivée à la Salle Commune.

Lily Evans haussa un sourcil. Heather avait un regard qu'elle détestait. Le regard du tigre prêt à bondir sur sa proie. Ce pauvre naïf de Cooper était tombé droit dans ses filets.

- Heather… siffla la préfète en fermement violemment son manuel de sortilège.

Celle-ci se retourna d'un air faussement innocent. De son accent chantant, elle dit au revoir à Cooper, et se dirigea vers Lily. Le gardien la suivit du regard jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans l'escalier.

Affalée de tout son long sur son lit, Heather écoutait distraitement son amie lui faire la morale depuis une vingtaine de minutes déjà. Il est vrai qu'elles avaient convenu de quelques règles concernant leur opération contre les Maraudeurs. Pour parvenir à leur fin, elles ne devaient en aucun cas s'abaisser à leur niveau. En conséquence, pas de mensonges. Pas de manipulations. Pas d'enfreinte au règlement hors cas de force majeure. Il ne devait pas y avoir de victimes collatérales. Mais Cooper n'en serait pas une ; enfin, pas vraiment. Dans le pire des cas il en serait quitte pour une bonne désillusion en constatant que l'Attrapeuse n'avait besoin de lui que pour lui en apprendre plus sur leur capitaine.

- Heather, tu m'écoutes ?

- Oh Lily, tu m'emmerdes !

Se redressant, la jolie russe fixa ses yeux bruns dans ceux émeraudes de son amie.

- Je ne suis pas toi, Lily, je ne le serai jamais. Je ne suis pas Préfète en Chef, première de la classe. Je n'ai pas respect ou compassion pour les gens. Pour moi un règlement est fait pour être transgressé, les limites, pour être dépassées. Je n'ai pas ta bonté d'âme, et le seul talent social que j'ai est le mensonge et la manipulation. Ne me demande pas de faire semblant d'être quelqu'un d'autre.

Lily, qui avait habituellement réponse à tout, resta interdite. Sans un mot, elle s'allongea sur son lit et rouvrit un livre. Une façon comme une autre de réagir à une vérité assénée un peu trop violemment.

« Miss Proskoff,

Je serai ravi si vous acceptiez une invitation à dîner dans mes appartements vendredi 19 septembre, à partir de 20 heures.

Cordialement,

H. Slughorn. »

Heather replia soigneusement la courte missive de son professeur de potion. Il lui semblait se souvenir de quelque chose que Lily avait appelé le « club de Slug » quelques jours auparavant, et dont elle faisait manifestement partie les années précédentes. Elle ne pensait pas y aller. Elle avait autre chose à faire que de manger des petits fours en écoutant son professeur de potion blablater sur les derniers potins de la mondanité sorcière.

- Tu es sure ? lui demanda Lily, apparemment déçue. C'est plutôt sympa comme soirée, et puis on mange bien. Ça permet de sortir un peu de notre cercle de Gryffondors. Et puis, Slug est le seul professeur à n'absolument pas tenir compte de notre ascendance. Il se fout que je sois née-moldue comme de son premier chaudron.

Heather haussa les épaules et se resservit de l'excellente part de tarte posée devant elle. A l'autre bout de la table, elle n'aperçut pas Black blanchir brusquement à la vue d'une lettre écarlate déposée devant son assiette.

Mais elle l'entendit.

« SIRIUS ORION BLACK, TRAÎTRE A TON SANG, FILS INDIGNE, SALE INGRAT !

Tu as vraiment cru pouvoir être en mesure de me battre à ce jeu-là ? Non content de trahir ta famille en allant à Gryffondor, en te faisant ami avec les Sangs de Bourbes et les Traîtres à leur sang, de batifoler avec les pires gourgandines, il te fallait aussi en venir aux mains avec ton frère ?

Kreatur a effacé ton nom de la tapisserie ce matin, tu sais ce que ça signifie. N'espère pas pouvoir un jour remettre les pieds au square Grimaurd, encore moins demander notre aide lorsque ces traîtres à leur sang de Potter ne voudront plus de toi chez eux. Aucun des Black ne t'acceptera plus jamais sous son toit. Apprécie ta solitude.

Et n'oublie pas que tout se paie. »

La Grande Salle retint son souffle. La voix, insoutenable de méchanceté, se tut enfin. Heather n'avait pas quitté Black des yeux. Les yeux fixant un point invisible devant lui, il ne disait rien. Pâle comme la mort, les poings serrés à en exploser, Sirius Black luttait contre les larmes de rages qui menaçaient de le submerger. Ses yeux où brillait habituellement une étincelle de joie semblaient à cet instant receler des flammes de haine.

A la table des Serpentards, des rires moqueurs se firent entendre. Rogue notamment, semblait trouver la situation hilarante. Heather les fusilla du regard avant de reporter son attention vers les Maraudeurs. Potter avait posé une main sur son épaule dans l'espoir de lui apporter un peu de réconfort. Mais son ami s'en dégagea violemment, et quitta la table sans un mot. Potter le suivit du regard tristement. Dans ses prunelles noisettes, l'infini amour qu'il avait pour Black brillait de douleur.

Sans savoir pourquoi, Heather se leva précipitamment à son tour et le suivit dans le parc. Mieux que quiconque ici, elle comprenait ce que pouvait ressentir Sirius à cet instant. Il haïssait sa mère, autant qu'il en avait peur ; peut être l'ignorait-il lui-même. Mais Heather, elle, savait. En un sens, Druella Black ressemblait beaucoup à Vladimir Proskoff.

Elle le retrouva au bord du lac, lançant rageusement des galets dans l'eau sombre. A lancer tes pensées, comme on lance des pierres. En l'absence de lune, seul les lueurs lointaines du château éclairaient la vaste étendue d'eau. Elle ne savait pas réellement pourquoi elle était là. Pour le narguer ? Voir dans ses prunelles sombre luire la haine, la colère ? Ou pour quelque chose de plus inattendu ?

- Dégage Proskoff ! cracha-t-il sans même se retourner.

- Écoute, Black, ce soir je fais ma B.A. de l'année. Te fais pas d'illusion, ça a une durée limitée. Demain ça sera fini, alors profites-en maintenant.

Intrigué, le Maraudeur suspendit son geste et le galet roula sur la berge.

- Qu'est-ce que tu veux ?

Sa voix tremblait de colère, et elle avait l'impression qu'il hésitait entre fondre en larme ou se jeter sur elle pour la passer à tabac.

- Je sais ce que tu ressens. Je suis peut être la seule personne de ce château à réellement savoir ce que tu ressens vraiment.

- Et je ressens quoi d'après toi ? cracha-t-il avec mépris. Au dernière nouvelle, tu n'es pas dans ma tête.

- T'as mal. Tu tuerais plutôt que de l'avouer, mais t'as mal. Parce que ça y est, le mot famille vient officiellement de disparaître de ton vocabulaire. Comme ton prénom vient de disparaître du leur. Choisir de partir ce n'est pas se faire mettre à la porte. L'un est libérateur, l'autre destructeur. Il n'y a plus de mère, de père, de petit frère qu'on essayait de protéger. Il n'y aura plus jamais de hiboux avec des nouvelles, des friandises pour le petit déjeuner. Plus d'accueil sur le quai 9 ¾ ou ce bonheur simple d'être chez soi, même un chez soi haï. Orphelin, tu deviens étranger au monde. Alors tu caches tout sous le masque de la colère et de la haine. Mais il faudra bien que ça sorte un jour, Black. Parce que malgré ta stupidité hors du commun, j'ose supposer que tu as quand même des sentiments un tant soit peu humain, et que te retrouver soudainement orphelin ne te laisse pas indifférent.

Il ne répondit pas, et une nouvelle fois elle vit l'étincelle de ses yeux se voiler. De tristesse cette fois. Sans un mot, il se laissa glisser au sol, les yeux fixés sur la rive opposée. Sans un mot, Heather s'assit à côté de lui. Il ne l'en empêcha pas. Les minutes s'écoulèrent silencieusement.

- Aller, viens-là, murmura-t-elle doucement, d'une voix qu'il ne lui connaissait pas.

Elle n'avait pas prévu ça. Mais Black lui semblait plus fragile qu'il ne l'avait jamais été. Seul, démuni. Malgré elle, il lui rappelait Alexander. Elle lui ouvrit ses bras. Après une seconde d'hésitation, le Maraudeur posa sa tête contre sa poitrine. D'un geste tendre, comme elle l'avait mainte fois avec son petit frère, elle l'entoura de ses bras. Comme si cette maigre barrière pouvait retenir les assauts de la souffrance. Elle percevait le souffle court de Black, les battements désordonnés de son cœur. Elle appuya sa joue contre la tête du Maraudeur, sa souciant peu de l'incongruité de la situation. Elle avait la sensation de bercer un enfant apeuré.

- Tu verras, on s'habitue. Et puis ça s'estompe avec le temps.

Lorsqu'elle sentit des larmes rouler le long des joues du Maraudeur et venir s'échouer dans son propre cou, Heather ne dit rien. Finalement, Sirius Black était un être humain comme les autres.