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Love Actually


Point de vue KATE


Le Poudlard Expresse s'est garé à Pré-au-Lard. Je tire ma valise pour la donner au contrôleur qui la rangera dans le wagon de la bagagerie. Ruby et moi attendons Mylène qui tarde à venir nous rejoindre. Elle émerge finalement de la foule des élèves. Toutes les deux montent dans le train pour garder des places tandis que je reste à l'entrée du wagon des Serdaigle. C'est mon devoir en tant que préfète de vérifier si tous les élèves sont bien montés dans le train.

Je monte finalement à l'intérieure avec Geoff qui me tient la porte pour me laisser passer en premier. Je le remercie et continue ma route jusqu'au compartiment que Ruby et Mylène ont gardé. Je m'installe avec elles et regarde pendant quelques minutes le château de Poudlard qui s'éloigne tandis que le train démarre.

Pendant que Mylène et Ruby parlent entre elles, je réfléchis encore à ce que je vais faire pendant mes vacances. Cela fait deux mois que je suis avec Hugo. C'est beaucoup pour une éternelle célibataire ! Je suis fière de moi. Le problème c'est que je ne sais pas si j'ai envie d'aller dormir chez lui ou pas. Enfin dormir… j'ai bien compris le sous-entendu.

Il y a des tas de filles qui me diraient qu'à deux mois de relation c'est bon, je devrais l'avoir fait depuis longtemps. Mais pour moi c'est… nouveau, en fait. J'ai passé dix-sept ans de ma vie complètement célibataire sans jamais embrasser un seul garçon et voilà qu'en deux mois… boum ! Tout change ! Parfois je n'arrive pas à y croire, je pense que ce n'est pas réel. Ça fait bizarre quand même.

J'en ai parlé à Ruby de cette histoire et elle m'a répondu : « Là, c'est toi qui vois ! Moi, je ne peux pas décider à ta place. » C'est vrai, en même temps. Je suis d'accord avec elle mais… j'ai un peu peur. Et en même temps, je n'ai pas envie de donner à Hugo une raison d'aller chez Judith.

Elle, je n'en reviens toujours pas ! Elle a invité tout le monde à son anniversaire, même Mylène ! Et moi… rien ! J'attends toujours son invitation. Elle n'a pas invité Ruby aussi mais de toute façon les deux se taperaient dessus si elles se retrouvaient dans la même pièce sans moi pour les en empêcher. Elles ne peuvent plus se voir depuis la deuxième année, quand Judith nous a laissé tomber pour aller traîner avec Victoria. Celle-là aussi je n'arrive pas à l'encadrer. Je ne sais pas… c'est physique ! Je ne l'aime pas, c'est tout il n'y a rien d'autre à comprendre.

Après plusieurs heures de route, le Poudlard Expresse arrive finalement en gare. Je vois déjà mon père qui s'est terré au fond du quai pour rester le plus discret possible. Il est comme ça mon père, il n'aime pas se faire remarquer. Et pour cela je trouve que c'est plutôt pratique. C'est toujours lui qui vient nous chercher Ed et moi à la gare après son service car ma mère est encore en train de travailler à sa boutique de parfumerie.

« Bon, on n'oublie pas de s'écrire ! Nous rappelle Ruby en descendant du train. Et Mylène, tu nous diras comment c'était l'anniversaire de Judith.

_Non mais t'es malade ! Je n'y vais pas, elle me déteste et elle me le fait bien ressentir tous les jours. Je n'irais pas à son anniversaire !

_Dommage, tu aurais pu jouer les espionnes. » Soupire Ruby.

On rit toutes les trois. Justement en parlant du loup, Judith descend du train et nous passe devant avec un air de reine supérieure qui ne prête aucune attention aux petits roturiers. Je crois que plus ça va et moins je ne l'aime. Avant, je l'aimais bien Judith mais quand j'ai su qu'elle avait feint tout ça pour s'assurer que je ne me rapprocherai pas d'Hugo… bref ! Ne parlons pas de cet épisode.

Je vais prendre ma valise et je dis au revoir à mes amis en leur souhaitant de bonnes vacances. Il y a les filles de premières années qui se sentent toujours honorer quand je leur souhaite de passer de bonnes vacances. Une fois, l'une d'elle m'a écrite qu'elle voulait être comme moi plus tard, que j'étais son modèle. Ça m'a bien fait rire ! Mais quand j'étais en première année, moi aussi j'admirais ma préfète de maison.

Je fais un signe de la main à Hugo qui est déjà occupée avec sa mère. Celle-ci, en voyant qu'il me sourit, se retourne et me fait de grands signes de la main. Je souris timidement. C'est la première fois que je rencontre sa mère. Je vois Hugo partir en baissant la tête et ça me fait rire.

Je rejoins mon père et mon frère qui m'attendent dans un coin de la gare. Ils discutent tous les deux de ce trimestre scolaire. Mon père me demande comment ça va. Il a la bonté de ne pas me demander qui était ce garçon à qui je viens de faire signe. Avec Ed à côté, je me serais sentie mal.

Mon père ne parle pas beaucoup sur le chemin du retour, c'est appréciable. Il nous demande simplement l'essentiel sans trop approfondir par respect pour notre jardin secret. Il est cool mon père !

J'habite à plusieurs kilomètres de Londres dans un petit village de cinq cent habitants. C'est un peu paumée comme quartier, il y a plus de moutons que d'humains mais mes parents trouvaient que c'était un bon endroit où habiter. Ma maison est plutôt grande, je l'admets. C'est une belle maison de campagne, un peu au milieu des champs. On avait une voisine, avant, qui avait perdu son mari très tôt, du coup elle s'occupait toute seule des champs de maïs derrière sa maison. Quand on était petits, elle avait plusieurs fois essayé de nous écraser moi et mon frère lorsqu'on jouait dehors avec un ballon. Elle se plaignait qu'on faisait trop de bruit. Enfin c'était surtout moi qui faisais du bruit. Ed s'amusait à me tirer dessus avec son ballon et moi je hurlais en pleure et j'appelais mon père à chaudes larmes.

Aussi loin que je m'en souvienne je n'ai jamais appelé ma mère ou très peu de fois car elle me disait toujours que ce n'était pas beau une fille qui pleurait. Elle me grondait, en fait. Du coup, je pleurais encore plus et elle finissait par m'envoyer dans ma chambre le temps que je me calme.

De retour chez moi, je monte mes valises jusque dans ma chambre. Je souffle de soulagement quand je les pose au milieu. C'est fait ! Je les rangerai plus tard. Lorsque je descends, ma mère rentre en même temps de son travail. Elle soupire, elle marmonne, elle grogne. Elle fait toujours ça quand elle rentre et quand elle est vraiment énervée, elle s'écrit encore contre un client. Lorsqu'elle m'aperçoit enfin son visage s'éclaire.

« Oh, là, là ! Tu as encore changé… S'exclame-t-elle. Elric ! Regarde comme notre fille a changé !

_Euh… mouais, marmonne mon père sans remarquer aucun changement.

_Oh si, tu es belle. Tu es grande… tu m'as définitivement dépassé, je suis ridicule à côté de toi. Oh, mon bébé… Dire que tu étais toute petite et toute fragile quand tu es née… »

Oui, c'est ma mère. Elle trouve toujours que j'ai changé quand je reviens. Mon père n'observe jamais de changements, et mon frère s'enferme toujours dans sa chambre pendant plusieurs heures avant de descendre pour enfin retrouver la famille. C'est notre rituel. Après ça, je propose à ma mère de l'aider à faire la cuisine. Elle accepte volontiers en faisant remarquer à mon père que moi au moins je ne reste pas inactive. Il hausse les épaules et bougonne qu'il a eu une grosse affaire au travail aujourd'hui.

Tandis que j'épluche les pommes de terre et que ma mère prépare la sauce, je lui parle de la fête d'anniversaire chez Judith et je fais comme si j'étais moi aussi invitée. Elle me demande tout d'abord qui est Judith et si elle la connaît. Je lui réponds que oui et lui explique à nouveau l'histoire de Judith en deuxième année.

« Ah oui, celle-là… Marmonne-t-elle. Oui, et c'est quand ?

_Jeudi prochain, chez elle.

_Et c'est où « chez elle » ? »

Je me retiens de soupirer. Il faut toujours passer par un interrogatoire avant d'avoir le droit de sortir avec ma mère. Imaginez si je lui avais dit que je comptais aller chez Hugo ! Finalement, cette Judith va peut-être servir à quelque chose dans ce monde…

« Elle n'habite pas très loin de Londres, elle aussi. » Je réponds bien que c'est totalement faux.

Judith habite à Brighton, tout le monde le sait. Elle habite au bord de la mer dans la ville la plus appréciée des touristes ! C'est aussi la ville où il fait le plus beau en Angleterre. Vous comprenez, elle habite dans le sud, au bord de la mer, il y a de beaux touristes… Moi, j'habite dans une campagne paumée.

« Je pourrais y aller en bus, comme ça.

_En bus ? Non, c'est hors de question ! Pas en bus, il n'y a que des voyous dans les bus.

_Maman… Je soupire.

_C'est non ! Pas le bus. Une belle jeune fille comme toi, toute seule dans un bus… On ne sait jamais ce qui peut arriver.

_Je ne serai pas toute seule, j'irais avec Ruby, je propose.

_Encore pire ! Deux belles jeunes filles seules dans un bus… Kate, je suis désolée mais comprends bien que ce n'est pas que je n'ai pas confiance en toi. Je me méfis des autres, on ne sait jamais ce qu'il peut se passer dans la tête de tous ces gens ! Demande à ton père, tu verras ! »

Je soupire. Si je demande à mon père, c'est foutu. Il travaille dans la Brigade de la Police magique alors imaginez un peu le sermon qu'il va me faire. Il serait capable de venir avec moi accompagné de toute sa brigade, baguette en main, prêt à stupéfixer le premier qui m'approcherait un peu trop.

Il faut donc je trouve un autre moyen. Comment me rendre chez Hugo sans me faire accompagner de mes parents ? Un pari difficile à surmonter.


Point de vue HUGO


« HUGO ! Hurle ma mère dans la buanderie. Hugo, viens là tout de suite !

_Attend ! Attend, deux secondes… Je suis arrivé au boss…

_Hugo, tu viens immédiatement ! »

Je ne réponds pas cette fois. J'appuis de toutes mes forces sur les touches de ma manette au cas où ça ne marcherait pas. Oh purée j'ai perdu la moitié de mes PV ! Vite, il me faut une potion pour guérir. Rah, ce monstre ne me laissera jamais tranquille ! Je vais me cacher dans un coin. Ouf ! Un éclair vient de me raser. J'ai cru que j'allais être foudroyé. Je ne peux pas perdre ! Pas maintenant que je suis arrivé au boss du niveau douze ! Je n'ai jamais réussi à aller jusque là !

Je prends une potion à toute vitesse et puis je bouge de place. Maintenant je fais un sort pour augmenter ma force. Et…

« PAN ! PAN ! PAN ! TAAAAAAH ! Je l'ai explosé ! »

Je m'affale dans le canapé, soulagé. J'ai réussi le niveau douze, j'ai battu le boss ! Je suis vraiment trop fort. Il me reste encore trois niveaux et j'aurais terminé le jeu.

« Hugo, arrive ma mère furax dans le salon. Je t'avais demandé une chose pour aujourd'hui ! UNE chose ! Il fallait que tu étendes le linge propre de la machine sur la corde !

_Ah oui… j'ai oublié, je marmonne tout en regardant ce que j'ai gagné après avoir battu le boss.

_Tu m'éteins ça tout de suite, et tu vas étendre le linge ! Je voulais lancer une nouvelle machine… et à cause de toi… ! J'espère que tu ne vas pas passer tes vacances dans le canapé à hurler comme un sauvage ! Je ne t'ai pas élevé pour ça, bouge-toi un peu au lieu de te traîner comme un poulpe desséché sur la plage ! »

Je grogne. Ça fait deux jours que je suis rentré, et ça fait deux jours que j'ai envie d'étrangler ma mère. J'ai encore ce rêve de pouvoir l'enfermer dans une chambre forte insonorisée… je ne l'entendrais plus de la journée ! Le rêve… Mon père travaille pendant les vacances et ma mère… a pausé sa semaine de congé. Su-per ! Elle m'énerve déjà, elle crie tout le temps ! Je vois de là à quoi vont ressembler mes vacances…

Je me traîne jusque dans la buanderie et m'exécute à faire ce que j'ai eu la flemme de faire pendant toute la matinée. J'entends d'ici la cocotte qui tourne dans la cuisine. Ma mère va encore me faire une purée de pommes de terre et carottes… Avec ça, je parie que je vais avoir un morceau de viande impossible à couper.

Après avoir étendu le linge, je commence à peine à sortir quand je l'entends hurler :

« Bah tiens, pendant que tu y es lance une machine, ça m'avancera ! »

Ouais… on fait comment ? Je soupire encore. J'ai dû lancer trois machines à tout casser dans ma vie et j'ai encore oublié comment on fait. Je décide de ne pas le dire à ma mère sinon elle va encore crier et partir dans un monologue qui pourrait durer une pièce entière au théâtre !

Je bourre le linge sale dans la machine, et verse un peu de produit dedans. J'appuis sur plein de boutons avant d'entendre la machine s'allumer enfin. C'est parti ! Cette fois, direction canapé ! Je me glisse à petits pas dans le salon et vais doucement m'asseoir dans le canapé. J'attrape la manette et… oui ! Ça y est, je peux jouer !

« A table ! »

Tous mes efforts sont vains, je suis à présent désespéré. Je n'ai aucune envie de manger ce que ma mère a préparé et je n'ai pas envie de manger avec elle.

« Et tout de suite ! » Me prévient-elle sèchement.

Je ne me le fais pas redire une seconde fois. Je me hâte de rejoindre la cuisine et je m'assois à ma place. Ma mère apporte tous les plats sur la table, elle me demande si je veux de l'entrée et me sert. Pour le plat chaud, j'ai droit à… purée de pommes de terre et carottes avec un morceau de viande impossible à couper même avec un bon couteau à viande !

Il y a un grand silence et on n'entend que la musique de mon jeu que je n'ai pas encore éteint. Ma mère me regarde, elle me sourit. Je mâche mollement mon bout de viande qui n'a aucun goût, c'est vraiment dégelasse. Je me décide finalement de demander enfin à ma mère la question que je cherche à aborder depuis deux jours :

« Dis, vous faites quoi jeudi soir prochain avec papa ?

_Je ne sais pas, rien sans doute. Pourquoi ?

_Je me disais que vous pourriez aller voir un film au ciné et aller manger au resto juste après. Et il y a une soirée dansante au Chaudron Baveur, jeudi ! Vous pourriez passer pour voir ce que c'est.

_Qu'est-ce que tu veux faire jeudi ? Si c'est encore une fête dans le garage avec votre musique infernal… c'est non ! J'avais retrouvé un préservatif usagé sous mon lit le lendemain ! »

Ah oui, ça c'était Killian comme d'habitude. Je me retiens de sourire parce que c'était un pari qu'on avait fait.

« Non, je ne veux pas faire une soirée mais je comptais inviter quelques personnes comme ça.

_Pour une soirée, conclut ma mère en secouant aussitôt la tête.

_Non ! Si je te dis que ce n'est pas pour une soirée… Bon d'accord, je vais te dire ! Je me décide en voyant son regard qui me dissuade de mentir encore plus. Je voulais inviter… une fille.

_C'est celle qu'on a vu à la gare ? Demande-t-elle méfiante.

_Oui, c'est elle, je soupire en me rappelant l'épisode le plus humiliant de ma vie.

_Elle s'appelle comment ?

_Kate. Kate Edgecombe.

_Je connais ce nom, il me dit vaguement quelque chose… Marmonne-t-elle.

_Oui, bref ! Je la coupe. Je voulais l'inviter à la maison mais… sans vous.

_Oui merci, j'ai bien compris. On va voir, je vais peut-être appeler les parents avant parce que quand même.

_Maman… Je soupire. Ils n'ont pas de téléphone, de un. Et de deux, s'il te plaît, pour une fois essaie de faire les choses simplement.

_Bah oui mais c'est quand même une jeune fille qui va venir chez nous et t'es un jeune homme… je trouve ça normale d'appeler les parents pour prévenir !

_Prévenir de quoi ? Maman, c'est déjà assez embarrassant de parler de ça avec toi alors si au lieu de creuser tu disais simplement oui ou non, hein ?

_On va voir avec ton père. » Répond-t-elle avec un ton qui signifie qu'elle ne changera pas d'avis.

J'hoche la tête. C'est déjà mieux, elle s'améliore ! En plus mon père, il est cool alors je suis presque sûr qu'il dira oui. Ça leur fera une sortie comme ça ! Ils seront tous les deux et nous on sera tous les deux, ce serait parfait si seulement ma mère pouvait éviter de vouloir encore se mêler de tout… !


Point de vue KATE


Ma chouette se pose sur le bord de ma fenêtre et laisse tomber une lettre. J'envois mon livre valser à travers la pièce et je me précipite sur cette lettre. Elle vient d'Hugo. J'ai le cœur qui bat. Je la serre contre moi et l'embrasse avant même de l'avoir ouverte. Je lis le contenu à grande vitesse, assise sur le sol. Je n'ai même pas pris la peine de m'installer à mon bureau. Je dévore chaque mot de cette lettre.

Une fois que j'ai fini de la lire, je reste silencieuse. Il m'invite chez lui. Comme prévu il m'invite au lieu d'aller chez Judith. Je pèse le pour et le contre. J'ai monstrueusement envie d'y aller et c'est ce qui m'étonne le plus. Mais derrière cette incroyable envie, il y a aussi cette peur. J'ai beau essayé de me rassurer, elle ne disparaît pas.

Je m'allonge complètement sur le plancher de ma chambre et ferme les yeux. Je m'imagine un instant avec Hugo dans sa propre chambre. Je sens mon cœur qui crépite. C'est incroyable comment il arrive à me rendre heureuse ! Mais ce bonheur est serré et contenu dans une cage qui s'appelle la peur. Allons Kate, la peur de l'inconnu c'est tout à fait normal ! Tout le monde ressent ça, non ? Ça prouve justement que je suis humaine, c'est un bon signe. Non ?

Je soupire. Même si je décidais d'y aller, il y a toujours un problème. Comment expliquer à mes parents que je vais soi-disant chez Judith et que je dois y aller par mes propres moyens ? Jamais ils ne me laisseront y aller seule. Ils voudront à tout prix me déposer eux-mêmes. Hier encore, pendant le dîner mon père m'a dit qu'il ne me laisserait jamais me promener seule à Londres. Comme je l'avais deviné, il m'a fait un long sermon sur tout ce qui pourrait arriver. Mes parents sont donc d'accord sur ce point et ils ne changeront jamais d'avis. Même Ed ne voudrait pas me couvrir… Si seulement je pouvais le convaincre de m'aider mais c'est perdu d'avance.

Tiens, quand on parle du loup ! Ed entre dans ma chambre après avoir frappé à la porte. Il observe la lettre que je tiens entre les mains. Je la range dans le tiroir de mon bureau pour éviter de l'enrager.

« Je sais pourquoi tu veux aller chez Judith toute seule, me dit-il en s'asseyant au bord de mon lit.

_Comment tu le sais ? » Je soupire.

Mon frère sait toujours tout ! Je ne peux jamais rien lui cacher, c'est dingue ! Il m'espionne tout le temps ou quoi ?

« Judith ne t'a jamais invité à son anniversaire, me dit-il comme si c'était une évidence. Ruby l'a hurlé sur tous les toits pendant une semaine en jurant qu'elle finirait par lui briser les côtes.

_Ah oui… J'acquiesce car maintenant je comprends.

_Moi je suis invité, explique-t-il.

_Bon et… tu vas faire quoi ? Me dénoncer ?

_Tu crois vraiment que je te veux du mal ? C'est vraiment ça que tu penses de moi !?

_Non, bien sûr que non.

_Pourtant, j'ai cette impression. Et j'ai toujours cru que c'était ce que tu pensais.

_Ed, ce n'est pas ça. T'es juste trop… envahissant, c'est tout. Parfois j'ai l'impression d'être avec papa, je suis toujours sous ta surveillance. Ça me rend dingue, Ed. Il faut que t'arrête, j'ai dix-sept ans, je sais me défendre, et je ne suis pas idiote. Je sais reconnaître le dernier des cons et le premier des vantards ! Et je sais aussi reconnaître quelqu'un qui… est simple, et peut-être pas très sérieux, mais qui ne pense pas mal.

_C'est vraiment ce que tu penses d'Hugo ? Soupire-t-il.

_Ed… Je dis en m'asseyant à côté de lui. Je sais que tu ne l'aimes pas, je sais ça. Mais je sais aussi que tu ne l'aimes pas parce qu'il traîne avec Bray et tous les autres. Pourtant, regarde moi et Ruby. On est toujours ensemble et on s'accorde tout le temps, mais est-ce qu'on est pareilles pour autant ?

_Non, encore heureux ! Avoir une hystérique comme sœur… non merci ! Ricane-t-il.

_Et bien si tu vois que Ruby et moi sommes différentes, je suis sûre que tu peux voir aussi que Bray et Hugo sont différents.

_Oui, ils sont différents… Mais Hugo n'est pas forcément mieux, note-t-il.

_Peut-être, j'acquiesce. Mais comment tu peux le savoir si tu ne le connais pas ? C'est ça que je te reproche, Ed. Si tu ne l'aimes pas et bien c'est ton problème, mais que tu n'essais pas de le connaître… c'est ça qui me dérange ! »

Il soupire en levant les yeux au ciel. Je me mors la lèvre inférieure. J'aimerais bien lui demander de me couvrir auprès de nos parents mais je sais qu'il ne voudra jamais. Pourtant, c'est la seule solution. En tout cas la seule que je vois. Ils me laisseraient sortir si j'étais avec Ed, j'en suis sûre. C'est un garçon, Ed. Ça m'énerve parce que du coup il y a moins de risques avec lui !

« Ne me regarde pas comme ça ! Me lance-t-il avec un sourire au coin des lèvres. Je sais ce que tu penses. Tu espères que je te couvre pour que tu puisses aller chez lui.

_Oui… c'est un peu près ça, je réponds même si c'est exacte ce qu'il vient de dire.

_Mais tu sais que je ne le ferai pas, conclut-il en se levant et commençant à partir.

_S'il te plaît ! Je l'implore en le rattrapant. Ed, s'il te plaît ! Il faut que tu le fasses pour moi ! T'as juste à venir avec moi ! Tu vas à l'anniversaire de Judith et moi chez Hugo. T'as juste à dire que tu viens avec moi… c'est tout ! Tu peux convaincre papa et maman de nous laisser y aller tous seuls, toi. S'il te plaît ! S'il te plaît…

_Je pose une condition ! Dit-il en s'adossant contre la porte.

_Si tu veux… Je soupire.

_Je vais te révéler quelque chose mais tu ne dois rien dire après ça, d'accord ? Tu ne diras rien, tu ne me donneras pas ton avis, tu resteras silencieuse, muette comme une carpe ! Tu ne feras aucune réflexion. Tu ne me feras jamais aucun reproche après ce que je vais te dire. Ok ?

_Oui, vas-y dis ce que t'as à dire ! Je le presse.

_Tu me le promets ?

_Oui !

_Je sors avec Victoria. »

Il tire la porte de ma chambre et la referme juste derrière lui. Comme promis je reste silencieuse mais surtout je reste estomaquée. Je suis totalement sous le choc si bien que je mets un temps à tout enregistrer.

« QUOI ? » Je crie toute seule dans ma chambre.

Victoria… Victoria ? Victoria, Victoria ? Le truc tout petit et tout moche qui ressemble à un caniche croisé avec un ourson en peluche le tout avec un air de petite fouine ? J'ai envie de vomir ! Mon frère sort avec ça ? C'est sérieux ou c'est une blague ? Je vais devoir supporter ça à longueur de journée ? Il va aller à la soirée de Judith et bécoter Victoria Graham ? EURK ! J'ai un haut de cœur, j'ai des spasmes… C'est dégoûtant ! Mon frère ne peut pas sortir avec ça, c'est hors de question ! Jamais de la vie mon frère ne sortira avec la meuf qui est blonde mais qui a des racines noires dans ses cheveux ! Jamais !

Je me laisse tomber sur le sol. Je n'en reviens toujours pas, j'ai l'impression d'être sonnée. Je ne peux pas le croire ! Je ne peux pas croire ce qu'il m'a dit là… C'est impossible, ça ne peut pas être réel ! Non, c'est hors de question !

Je m'arrête dans ma réflexion. Et si… Ed ressent exactement la même chose vis-à-vis de moi et Hugo ? Si ça se trouve c'est ce qu'il pense… Maintenant je comprends pourquoi il ne me parlait plus. Je ne vais plus lui parler, moi aussi ! Je vois pourquoi il ne peut pas le supporter parce que je ne peux pas supporter que mon frère se fasse bécoter par Victoria.

Il m'a bien eu ! Maintenant j'ai promis que je ne dirai jamais rien ! Pff… J'étais tellement trop contente de savoir qu'il allait me couvrir pour aller chez Hugo que je ne me suis même pas préoccupée de ce qu'il allait me dire. T'es nulle, Kate ! Vraiment, je crois qu'on ne peut pas être pire grande sœur que je ne le suis. Il m'a bien roulé, mon frère ! Il s'est servi de moi, il m'a manipulé… Et moi je me suis laissée faire !


Point de vue HUGO


Ma mère sort de sa chambre et fait le tour d'elle-même pour montrer à moi et à mon père comment elle est habillée pour ce soir. Ce qui est parfaitement inutile puisqu'on peut très bien le voir de nous-mêmes. Elle se met pile devant la télé pour bien attirer notre attention. Mon père et moi grognons en même temps comme il s'agit d'un match de rugby très important.

« Alors ? Nous demande-t-elle en souriant de toutes ses dents.

_Très bien, tu es magnifique ! Lance mon père en se penchant pour mieux voir la télé.

_Hugo ? Se tourne-t-elle vers moi.

_Ouais, bien.

_Tu ne regardes même pas ! Remarque-t-elle. Tu pourrais faire un effort !

_Mais c'est bien comment t'es habillée ! Tu peux te pousser c'est la fin du match ? Je la prie.

_Ah d'accord ! Et dis-moi tu comptes ouvrir à ta copine comme ça ?

_Comment ça « comme ça » ? Je relève en haussant les sourcils.

_Bah… tu ne mets pas la table ?

_Si, si ! Je le ferai après. Ne t'inquiète pas, j'ai tout prévu.

_Oh… mon fils qui a tout préparé pour une fille… S'exclame-t-elle tandis que mon père augmente le son de la télé. Mon fils… un romantique ! Alors, tu lui cuisines quoi ?

_Hein ? Je fais. Je ne cuisine pas, moi ! Je ne sais faire que des pates.

_Tu lui fais des pates à la bolognaise ! Elle va adorer, c'est romantique.

_Non mais maman… j'ai commandé ce qu'on va manger, je lui réponds en levant les yeux au ciel.

_Quoi ? Oh non ! Hugo, tu n'as pas fait ça ? C'est nul ! Tu pourrais cuisiner, ça montre que t'as de l'intérêt pour elle, que tu cherches à lui plaire, et elle va être impressionnée !

_Ouais… bah pas avec ma cuisine. Bon, maman, c'est la fin du match tu peux…

_Ok, je me tais ! »

Je la remercie. Elle a compris depuis longtemps qu'elle ne devait pas parler pendant un match. C'est mon père qui l'a éduqué depuis le début de leur relation. Il m'adresse un regard de remerciement. Apparemment lui aussi commençait à en avoir marre. Comme quoi elle n'agace pas que moi !

On sonne à la porte. Je me lève immédiatement. Ma mère se précipite dangereusement vers la porte d'entrée. Ce n'est pas bon, ce n'est pas bon ! Non !

« Non ! Maman, arrête ! Je lui crie.

_C'est moi qui ouvre la porte ! » Proteste-t-elle en se précipitant.

Je lui coure après mais trop tard. Elle a pris trop d'avance. Je m'arrête dans ma course quand elle ouvre la porte sur Kate. Je hais ma mère ! Kate a l'air un peu surprise de tomber sur ma mère ce qui est normale puisque je lui avais dit qu'ils seraient partis. Pourtant elle ne le montre pas trop et elle arrive même à supporter ma mère qui la couvre de compliments.

Mon père arrive à petits pas, toujours ne gardant un œil sur la télé pour suivre le match. Je reste derrière à les regarder saluer Kate qui semble un peu intimidée.

« Entrez, entrez ! L'invite ma mère surexcitée. Vous êtes ravissante !

_Merci, dit Kate avec un sourire gêné.

_Vous pouvez garder vos chaussures, ne vous inquiétez pas. En plus, elles sont très jolies.

_Bon, papa… Je soupire. C'est l'heure, non ? Vous devez aller au ciné… Je lui rappelle en lui lançant un regard appuyé.

_Oui mais le match…

_Pour avoir les meilleures places au ciné, il faut arriver à l'avance ! Je le coupe.

_Ah oui… Bon, on vous laisse les jeunes… Marmonne-t-il en éteignant la télé.

_Passez une bonne soirée ! Nous lance ma mère en prenant son sac même si elle s'adresse plus à Kate qu'à moi. Bon, désolé mais il n'a pas voulu cuisiner… Lui confit-elle en me désignant. Il est un peu timide, du coup il a commandé… Je lui ai dis que c'était nul, mais ce sera pour la prochaine fois !

_Oui, ce n'est pas grave, répond Kate. Au revoir ! »

Je lance un regard meurtrier à ma mère avant de fermer la porte derrière mes parents. Ouf ! Enfin seuls ! Je crois que je vais étriper ma mère quand elle reviendra… Elle ne m'avait encore jamais fait ce coup-là ! En même temps, je n'ai jamais invité une fille chez moi donc ça peut se comprendre.

Je me retourne vers Kate et lui sourit. Elle me sourit. Elle sourit toujours, sans doute parce qu'elle est intimidée. J'avoue que je ne sais pas trop quoi faire pendant un instant avant de m'apercevoir qu'elle a toujours son manteau et son sac.

« Euh… viens, je vais te montrer où poser tes affaires. »

Elle hoche la tête. Piouf ! Je n'imaginais pas que c'était si intimidant d'être tout seul avec une fille chez soi. J'ai le cœur qui bat à fond et je regrette un peu de ne pas avoir fait le ménage à fond dans ma chambre. Quand j'ouvre la porte, mon bureau est en total pagaille. Je crois que ça fait moyen… Je me mets devant pour éviter que ça ne se remarque trop.

« Bon euh… voilà ma chambre, je lui dis en désignant la pièce. Tiens, met tes affaires là dans un coin… où tu veux d'ailleurs, on s'en fou. »

Elle rit sans doute parce que je dois être un peu ridicule. Il faudrait que j'arrête de marmonner ça ne le fait pas du tout. Il faudrait que je montre que j'ai l'air assuré même si ce n'est pas le cas mais bon…

« Elle est jolie ta chambre, me dit-elle en désignant tous les posters qui ornent les murs. Je ne connais pas les équipes de sport moldus mais...

_Ce n'est pas grave, en plus c'est un peu compliqué le sport moldu. Tu veux que je te fasse visiter la maison ?

_Oui, je veux bien. » Acquiesce-t-elle.

Je pars dans une visite complète de la maison en passant même par la buanderie, le garage, les toilettes… Ma mère a eu une petite folie pour décorer les toilettes. Il y a plein de stickers partout et il y a un bonhomme assis sur son pot de chambre au-dessus du papier toilette. C'est très ridicule mais ma mère tenait à rendre la pièce vivante. Bref ! Je vais dans la cuisine et je lui montre au passage le salon avec la salle à manger.

« Au fait, tu as pu venir sans problème ? Je lui demande.

_Euh oui… presque ! J'ai dis à mes parents que j'allais chez Judith. Au départ, ils ne voulaient pas que j'y aille seule, ils voulaient m'accompagner…

_Aïe ! Je fais en faisant la grimace.

_Mais au final Eddy m'a couverte parce qu'il est invité à la soirée de Judith.

_Attend… Eddy ? Je répète parce que dans ma tête ça fait : « ERREUR ».

_Oui, je sais c'est fou mais… il a bien voulu à une condition… Elle soupire en levant les yeux au ciel. Il sort avec Victoria et je ne dois pas lui donner mon avis. »

J'éclate de rire. Quel marché dit donc ! J'aurais signé sans hésiter ! J'ai un instant l'image d'Eddy avec Victoria mais elle s'efface tout de suite. Ca ne marche pas, je ne les vois pas ensemble. Je n'arrive pas à contenir mon rire.

« Arrête, ce n'est pas drôle ! Proteste Kate avec malgré tout un léger sourire. Je ne l'aime pas, elle…

_Ouais, elle est affreuse, je ris toujours. Désolé mais… ton frère avec Victoria… C'est trop ! »

Je m'esclaffe encore une fois. Non mais quand même, il faut le faire ! Eddy Edgecombe, le puceau de première avec Victoria Graham, la salope de première. J'entends encore Killian me parler d'elle et leurs ébats sexuels ensemble… Eurk ! Je ne vois pas comment on peut être attiré par cette fille, elle n'a aucuns atouts. Si, un cul surdimensionné. C'est vrai qu'il est bien rebondi. Le reste… c'est une planche à pain.

Kate me tape l'épaule pour que j'arrête de rire.

« Maintenant je vais devoir les supporter tous les deux, se plaint-elle.

_Tu t'en fous, on ira les narguer. On se mettra à côté d'eux et on s'embrassera… comme ça ! »

Je l'attire contre moi en rigolant et je l'embrasse. Elle se met sur la pointe des pieds et m'entoure de ses bras. Je sais qu'elle rit en même temps. Je la serre dans mes bras. Elle a mis plus de parfum que d'habitude. Elle est en jean mais j'avoue qu'il lui va bien. J'ai tout de suite remarqué qu'il lui moulait les fesses et ses grandes jambes. Je ne la vois pratiquement jamais en jean à Poudlard à cause de nos uniformes. Souvent pendant les week-ends, elle met une tunique avec des collants opaques. Ça doit être l'une des rares fois où je la vois en jean et du coup, je trouve que ça lui va mieux qu'à d'autre fille.

On sonne à la porte. Je soupire. Kate lance un regard noir à la porte d'entrée et me serre contre elle en chuchotant : « Non, tu restes avec moi. »

Je ris, elle rit encore. J'essaie de me dégager, elle me garde contre elle. Elle a de la force mais pas assez ! Je la repousse tandis qu'elle me rattrape en riant. On manque de tomber tous les deux alors on décide de s'arrêter. « Jeu de main, jeu de vilain ! »

J'ouvre la porte encore en riant et je regarde le livreur qui vient m'apporter ma commande de nourriture. Il me regarde l'air de dire : « C'est bon arrêtez avec votre bonheur ! Vous, vous êtes avec une belle fille, et moi je livre de la nourriture ! » J'ai envie de compatir mais… non. Je lui donne le chèque que mon père m'a laissé sur la table et je le remercie avant de refermer la porte.

« Ta-dam ! Je fais en revenant dans la maison.

_C'est quoi ? Demande Kate.

_Haha ! Tu vas voir, tu vas voir ! Assis-toi… je vais chercher les couverts. »

Je vais chercher quelques couverts et des serviettes avec une bouteille d'eau que je dispose sur la table à toute vitesse. J'avoue que je pourrais manger devant la télé sans rien d'autre que mon plat mais comme Kate est là, je fais un petit effort.

« Qu'est-ce que c'est ? S'impatiente Kate qui n'a même pas osé ouvrir la boîte quand j'étais dans la cuisine.

_Attention, attention… Sushi ! Je m'écrie en ouvrant la boîte.

_Oh ! Je n'en ai jamais mangé !

_Je sais, tu me l'as dit à Poudlard. Du coup, au lieu de commander une pizza comme je fais d'habitude, j'ai commandé des sushis. Et il y a même les baguettes !

_Oh non ! Tu ne te moques pas de moi je n'ai jamais mangé avec des baguettes ! »

Je lui montre comment on fait et je lui fais un petit test avec un premier sushi. Elle me regarde attentivement et rit quand je le fais tomber sur la table sans faire exprès. Vive le maître !

« Alors attend… tu fais… comme ça ? Me demande-t-elle.

_Le poignet ! Mais ce ne va pas du tout ! Tout est dans le poignet ! Je m'exclame en l'imitant.

_Arrête ! Je ne suis pas comme ça !

_Oh que si !

_Non, quand même… Bon attend, j'essaie. Eum… Lequel je vais prendre ? Tu préfères lesquels ?

_Je préfères ceux aux saumons, ce sont les meilleurs. Mais ceux avec de la crevette aussi sont pas mal. Et avec des concombres aussi, j'aime bien. »

Je la vois hésiter. Entre tous ceux que je lui ai conseillés elle les jauge et hésite. Elle hésite encore et encore avec ses baguettes en l'air.

« Bon, prend au saumon sinon on est encore là demain ! Je lui fais en riant. N'oublie pas : tout est dans le poignet !

_Arrête de te moquer ! Attend, attend… je prends…

_Oui vas-y, je te regarde !

_Tu te moques encore ! Rit-elle. Oui, je l'ai ! » S'écrie-t-elle.

Elle s'est écriée un peu trop vite car le sushi vient s'exploser contre la table. Je la regarde en riant. On explose de rire. La pauvre tranche de saumon qui s'est littéralement splashée contre la table ressemble à une sorte d'éponge gorgée d'eau. Les grains de riz sont éparpillés un peu partout sur la table que ma mère a nettoyée pour l'occasion.

« Bon, on prend les vrais couverts, je propose en posant mes baguettes pour prendre ma fourchette et mon couteau.

_C'est une bonne idée ! »

On continue donc de manger avec de vrais couverts. Après les sushis j'apporte de la salade et une corbeille de fruits. Bon… ce n'est pas fameux comme repas mais on aura bien rigolé au moins !

On parle un peu de tout, on rit surtout. Avec sa pomme, Kate s'amuse à tourner la tige en récitant l'alphabet à chaque tour. Pas de chance, elle tombe sur « G ».

« Une lettre de plus et c'était un « H » comme Hugo, dit-elle déçue.

_Oui mais c'est un « G » comme… Geoff ! Je réplique en faisant mine de réfléchir.

_Rah ! Ne prononce pas son nom, me supplie-t-elle.

_D'accord, il va s'appeler Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, je ricane.

_Ça lui irait bien… Non, je rigole ! C'était vraiment méchant !

_C'était juste méchant mais après t'as le droit d'être méchante de temps en temps. De toute façon, il n'entend pas ! A moins qu'il ne nous espionne quelque part… Oh, au fait t'es sûre que ton frère est bien allé à la soirée de Judith ? Parce que lui, je suis sûr qu'il pourrait nous espionner en ce moment !

_Oh ! Non, arrête ! T'es méchant avec lui, je veux qu'il fasse un effort avec toi mais fais un effort aussi !

_Oui d'accord, je ferai un effort… un petit effort. » Je précise en me prenant aussitôt un coup de pied de la part de Kate.

Quand on a fini de mangé, on débarrasse tous les deux la table. On teste en même temps notre équilibre en se poussant l'un l'autre. J'ai failli gagner parce que Kate a rattrapé au vol son verre avant qu'il ne se fracasse au sol. A partir de ce moment on décide d'arrêter car aucun de nous deux n'a envie de nettoyer des bouts de verre.

On s'installe ensuite dans le canapé après avoir décidé qu'on voulait tous les deux regarder un film. Moi parce que j'aime bien regarder la télé, et Kate parce qu'elle n'a pas de télé chez elle donc c'est nouveau pour elle. Elle n'en a jamais vu sauf en cours d'Etude des Moldus.

Je lui montre notre bibliothèque de DVD et je lui laisse choisir avant de me rendre compte qu'elle ne sait pas du tout ce qu'elle aime ou pas comme films puisqu'elle n'a jamais regardé un film. Je lui sors alors les DVD un par un et lui explique rapidement de quoi ils parlent.

« Tiens, on n'a qu'à regarder Terminator ! C'est génial comme film, un chef d'œuvre ! Tu vas adorer !

_Euh… ouais… Marmonne-t-elle apparemment peu emballée par la couverture du disque.

_Bon c'est un film d'action mais c'est bien… Non ? Bon d'accord… euh, il y a… Ah, qu'on soit clair il est hors de question qu'on regarde ce film !

_C'est quoi ? Demande-t-elle l'air intéressé par la couverture.

_Love Actually, et il est hors de question qu'on le regarde ! Ma mère veut toujours le regarder pendant les vacances de Noël… j'en ai marre ! »

Elle hoche la tête, déçue. Elle prend quand même la pochette pour lire le résumé. Je maudis ce film ! Je continue alors à sortir d'autre disque pour faire distraction. Malheureusement, quand elle a fini de lire le résumé, Kate dit :

« Il a l'air bien ! »

Je lui jette un regard noir auquel elle répond par un immense sourire. Je secoue aussitôt la tête. Quand une fille commence à jouer de son charme, ce n'est jamais bon pour un homme ! Je continue à sortir tous les autres disques en m'arrêtant au passage sur des films pour nous deux comme King Kong, Mission Impossible…

« On regarde Love Actually ? Me demande-t-elle au bout d'un moment.

_Non !

_S'il te plaît ! Il a l'air bien… Ça à l'air mieux que… Fast and Furious, lit-elle sur la pochette d'un DVD que j'ai sélectionné.

_Mais on n'est pas obligé de regarder ça, on peut regarder… Spiderman ! Je fais en brandissant la pochette.

_Mouais… »

Elle regarde la pochette, lit distraitement le résumé avant de me faire un sourire et de me tendre Love Actually. Je soupire et la prie de changer d'avis. Rien n'y fait, elle garde toujours son sourire en tenant bien en mains la pochette. Je soupire encore une fois.

« T'es vraiment sûre que tu veux regarder ça ? Tu sais c'est nul, hein.

_Ce n'est pas grave, je verrai bien.

_Bon… d'accord, on regarde Love Actually… Je marmonne en allumant la télé.

_Ouais ! Merci !

_C'est ça… »

Je mets le disque et lance le film. Love Actually commence… Su-per ! Je m'installe dans le canapé et je prends Kate dans mes bras. Elle pose sa tête sur mon épaule pendant le film. Petit à petit, on glisse tous les deux sur le canapé jusqu'à finir complètement vautrés dessus comme deux phoques sur la banquise.

Kate n'arrête de s'exclamer, de rire, de dire : « Oh… c'est trop mignon. » Moi… je regarde. Quelle nullité ce film ! Je crois que je n'ai jamais rien vu de pire ou c'est peut-être parce que je le regarde tous les ans à Noël. En plus de ça, Kate n'arrête pas d'hurler dès qu'il y a Hugh Grant qui passe à l'écran. Il n'a rien d'exceptionnel lui non plus.

Je finis par décrocher du film tellement c'est nul. Au lieu de ça je m'amuse à souffler dans les cheveux de Kate qui grogne. Eh, eh ! T'as voulu regarde Love Actually… je vais me venger ! Je lui souffle encore dans les cheveux jusqu'à ce qu'elle me menace de changer de fauteuil. D'accord j'arrête.

Je m'amuse à lui glisser mon doigt le long de son bras pour lui faire des chatouilles. Elle rit et me demande d'arrêter au bout de quelques secondes. Je l'embrasse alors sur la tempe, sur la joue, sur la bouche, sur la nuque… Quand elle s'écrie :

« Oh ! Regarde le petit qui avoue son amour pour une fille de son école ! »

Et vas-y c'est reparti : « c'est trop mignon… ! » C'est nul ! Le petit gamin là-dedans il n'a compris qu'il ne reverra plus jamais la fille de son école… Il est nul !

Je décide de siffler à l'oreille de Kate qui cette fois me repousse aussitôt. Je ris tout seul parce qu'elle est concentrée sur le film. C'est le moment où les deux personnages trop coincés s'embrassent dans l'histoire alors il ne faut pas qu'elle rate ça ! Je me précipite sur Kate et je la serre contre moi. Elle proteste et me dis qu'elle regarde le film. Je soupire. Je m'avoue vaincu face à Hugh Grant ! C'est vrai ça, il ne lui a rien dit et elle lui accorde plus d'intérêt qu'à moi qui essaie d'attirer son attention depuis tout à l'heure ! Il a un secret Hugh Grant… J'en suis sûr !

Je promets à Kate que je vais la laisser tranquille alors elle revient dans mes bras et surtout elle revient parce qu'elle commence à avoir froid. Je la serre contre moi et lui écarte quelques mèches devant ses yeux. Elle est belle aussi dans la pénombre, concentrée devant un film, une larme au coin de l'œil parce que tout le monde applaudit quand les deux personnages se sont embrassés. Et là, ça se termine en Happy end avec des gens qui sourient, qui pleurent, et qui lancent des confettis blancs pour faire comme si c'était de la neige. Et ça met : « Merry Christmas ! » et… Fin ! Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants.

En gros une heure et demie de film pour avoir ça… Une fin forcément heureuse et tout le monde au début du film comprend qu'ils vont finir ensemble ! Un film qui ne sert à rien !


Point de vue KATE


Je verse ma petite larme à la fin du film. J'ai adoré ! Je n'ai jamais vu de film puisque je n'ai pas de télé mais je pense en acheter une quand j'aurais ma propre maison. Un film comme ça c'est magique ! Je suis heureuse après avoir vu ça, j'ai envie de sourire à la vie et de crier : « Faites l'amour, pas la guerre ! » Je me sens bien après avoir regardé ce film. Il était drôle et forcément romantique mais j'ai passé un super moment malgré Hugo qui m'a embêté pendant une bonne moitié du film !

Maintenant, on décide d'aller se coucher. J'ai une boule au ventre et toutes les heureuses sensations que j'ai ressenties pendant le film s'évaporent. J'ai peur, c'est presque de l'angoisse. C'est sans doute de l'angoisse. J'ai envie de partir en courant et de dire que finalement je ne peux pas rester.

Heureusement, Hugo a la gentillesse d'aller se changer dans la salle de bain. Ca me fait un stresse en moins même si j'ai toujours un peu peur. J'espère que ça ne se voit pas et surtout que je ne tremble pas ! Je me sentais bien pendant toute la soirée et là… j'ai envie de vomir. Je peux faire croire que ce sont les sushis qui sont mal passés ?

Non, je sais que je vais le regretter après. J'avoue que j'ai rêvé de ce moment pendant mes deux dernières années de célibat. Et renoncer à ce que j'ai rêvé ce serait vraiment de la pure lâcheté. J'avais tellement hâte de venir que maintenant ça me semble étrange d'avoir peur. Je ne dois pas être nette !

Une fois en pyjamas… bon, je n'ai pas pris mon vrai pyjamas parce que le miens fait un peu pitié. Il y a un Niffleur qui sourit en disant : « Bonne nuit ! » Très ridicule… Alors du coup, j'ai pris un jogging et un vieux débardeur. D'accord, ce n'est pas du tout sexy mais je me suis dit que je me sentirais trop mal si j'avais un short. Ca me fait un stresse en moins.

Quand Hugo revient dans la chambre, il m'embrasse sur le front en me disant que je peux aller dans la salle de bain. J'y vais, j'y coure presque pour aller me laver les dents. J'ai même prévu un bain de bouche à la « menthe fraîche et forte » pour l'haleine ! J'ai même pris ma crème de jour que je compte appliquer cette nuit pour ne pas être trop affreuse.

En ôtant mon maquillage je me rends compte que je ressemble vraiment à un cadavre… Je suis horriblement laide ! Je ne sais pas comment je vais faire pour qu'il est envie de moi mais s'il réussit ce sera clairement un exploit !

Je reviens dans la chambre… Non, je passe aux toilettes avant ! Je n'ai pas envie de me pisser dessus pendant… bref ! Il faut que je vide tout ce que j'ai sinon je vais avoir envie d'y aller pendant la nuit en plus. Pour me détendre, je m'amuse à regarder tous les stickers que la mère d'Hugo a collés dans les toilettes. Il y a même un petit bonhomme sur son pot de chambre au-dessus du papier toilette. Ça me fait rire, je trouve ça sympa ! Elle a de l'imagination sa mère.

Après ce détour aux toilettes, je n'ai plus qu'à rejoindre la chambre. Brr ! J'ai froid et pourtant il fait chaud dans la maison. J'entre dans la chambre et je referme la porte derrière moi. Bon, c'est officiel que j'ai envie de partir en courant. Je pourrais ouvrir la fenêtre de la chambre et sauter pour m'échapper. De toute façon, c'est une maison de plein pied donc je ne risque pas d'avoir bien mal.

Hugo est assis sur son lit. Wah ! C'est vrai qu'il est beau gosse mon copain quand même ! Il me sourit… Piouf ! Il est vraiment beau ! Encore plus quand il sourit. Finalement… je vais peut-être rester et abandonner le plan « sauter par la fenêtre ». Je vais le rejoindre et m'allonge dans son lit près de lui.

Il laisse la lumière allumée et s'allonge près de moi. Il me demande si je vais bien. Je trouve que c'est une question stupide à poser en fin de journée jusqu'à ce que je voie dans son expression qu'il me demande en réalité si je veux le faire ou pas.

Bon, là c'est le moment où je dois prendre la décision du siècle ! En gros, soit je fais échouer complètement cette soirée, soit je…

« Oui. » Je réponds en me glissant près de lui.

Finalement, je me sens bien avec Hugo. J'avais peur et là, en ce moment, je n'ai pas envie de dire non. Il colle sa tête contre moi et me demande ensuite si j'ai passé une bonne soirée. Je lui réponds que j'ai adoré le film pour plaisanter. Il rit et me dit que c'est bien parce que c'est moi qu'il a accepté. Je souris et je me rends compte qu'il m'a prise complètement dans ses bras.

Mon cœur bat vite et doucement à la fois. Il cogne fort contre ma poitrine. Il bat d'inquiétude, de bonheur, d'excitation… Je ne sais pas et je ne veux pas penser à ça. Je m'abandonne contre lui et je crois que c'est la première fois que je me sens si légère, si libre, si belle. Je me sens irrésistible avec lui ! Je glisse et je nage dans un océan. Je flotte, je suis légère et les vagues jouent doucement avec mes cheveux et mon corps. Puis elles deviennent plus violentes et redoublent d'intensité. Je me noie et j'adore ça !

Même dans la sombre lueur qui provient de la lampe de chevet, Hugo reste beau, irrésistible. Je mesure combien je l'aime. Ses yeux gris presque bleus me donnent encore des frissons. Je vois dans ses yeux qu'il partage mes sentiments. Je me demande à qui je dois cet amour ? Qui là-haut m'a permis la chance d'être aimée de lui ? A qui je dois cet amour dans ces yeux ? Je ne sais même pas comment on peut espérer vivre sans connaître ça. Sans amour, je me rends compte que nos vies sont vides. C'est bien la seule étoile qui nous guide dans la nuit.

Mes sentiments pour Hugo sont aussi intenses qu'est ce moment. Je ne suis plus inquiète. Il a su me rassurer, me faire comprendre que je ne regretterai rien. Il a su me faire gagner sa confiance. Désormais, je lui voue une confiance aveugle car je sais que je peux le croire sur parole.

Hugo n'est pas seulement beau mais c'est aussi quelqu'un qui me rend totalement heureuse. Et c'est tout ce que j'attendais. Sa seule main qui glisse le long de mon corps me rend heureuse. Je sens ma vie comme un arc-en-ciel grâce à lui. Je me sens bien je le garde contre moi. Il est fort et doux. Il me rend heureuse et je l'aime. Je vibre de ce bonheur.

Le lendemain, je me réveille avant Hugo. Il dort encore contre moi. Je ne bouge pas pour ne pas le réveiller. Je repense encore à cette nuit, je repense à toutes les sensations qui m'ont traversé. Je souris seule dans le noir, j'ai presque envie de rire. J'embrasse le front d'Hugo qui dort encore. Merci Hugo ! Si tu savais comme je t'aime… Je me mords la lèvre inférieure pour ne pas rire. Je suis débile mais justement je me sens trop heureuse alors j'ai envie d'être une débile ! J'ai envie de faire la débile, de crier partout, de courir partout…

J'entends la cafetière qui s'allume dans la cuisine. Je devine que les parents d'Hugo sont levés. Bon, calme-toi Kate. Tu ne vas pas courir en sous-vêtements devant les parents d'Hugo et tu ne vas hurler non plus ce que tu as fait hier soir.

J'inspire profondément. Hugo commence à se réveiller. Je m'engage à me calmer aussitôt pour éviter qu'il ne se réveille avec une cinglée à côté de lui. Il ouvre un œil. Il est beau quand même. Même en ressemblant à un bossu, il reste superbe.

« Hey ! Je lui fais en l'embrassant encore sur le front.

_Hey ! Dit-il d'une voix encore endormie. Vu ton sourire j'en déduis que ça t'as plût hier, fait-il en souriant.

_Et vu ton sourire je dois en déduire quoi ?

_Que ça ma plût aussi, me confit-il en m'embrassant. Je t'aime.

_Moi aussi, je t'aime. »

Il me sourit et m'attrape pour me serrer contre lui. Je ris et roule contre lui. Il roule aussi et on finit saucissonner dans la couverture riant comme deux cinglés. On roule dans l'autre sens, on se taquine, on se chatouille. On hurle de rire même. On s'embrasse en même temps, on glisse l'un contre l'autre. On s'embrasse encore et on rit parce qu'on est cinglés tous les deux sûrement. On se serre dans nos bras. J'ai l'impression de vivre la fin d'une comédie romantique comme dans Love Actually.

On frappe à la porte et la voix de sa mère nous parvient à travers la porte :

« Le petit-déjeuner est prêt ! »

Hugo grogne et marmonne : « Ce n'est pas vrai… Elle n'a pas osé… » Il s'écarte de moi et prend sa pantoufle au pied de son lit pour la jeter contre la porte. Je ris et le prends dans mes bras pour le calmer alors qu'il commence à jurer.

Il me caresse le visage en m'écartant quelques mèches et me sourit. Il m'embrasse et me caresse à nouveau le visage en me souriant. Je passe mes mains sur son torse, son dos, sa nuque, ses cheveux que j'ébouriffe en souriant. Il enfoui sa tête contre moi et m'embrasse sur la poitrine, l'épaule, le cou, le menton, le coin des lèvres… Il m'embrasse enfin !

On sort de la chambre une bonne heure plus tard. Les parents d'Hugo ont déjà fini de manger et sont installés tous les deux devant la télé en train de regarder une émission qui présente une sorte de machine pour couper l'herbe dans le jardin. On prend tous les deux notre petit-déjeuner dans la cuisine pour être tranquilles.

Le téléphone sonne. Je reconnais la sonnerie car en cours d'Étude des Moldus notre professeur nous avait consacré une séance pour nous apprendre à passer un appel. Je mange ma tartine quand la mère d'Hugo débarque dans la cuisine avec le combiné à l'oreille. Sur le coup, j'ai peur que ce ne soit mes parents avant de me rappeler que nous n'avons pas de téléphone.

Hugo lance un regard noir à sa mère et lui chuchote :

« Maman… On mange là !

_Hugo… c'est la mère de Bray. » Lui dit-elle d'une voix très sombre que j'interprète comme un mauvais signe.

Tandis qu'elle écoute la mère de Bray dans le combiné, je la vois qui regarde son fils et qui de temps en temps passe son regard sur moi. Je crois qu'elle est un peu gênée de parler devant moi. Hugo et moi avons tous les deux arrêtés de manger et nous fixons le combiné d'où s'échappe une voix inaudible.

« Qu'est-ce qu'il a ? Qu'est-ce qu'il se passe ? » Demande Hugo en se levant tandis que sa mère l'écarte avec de grands gestes.

La mère d'Hugo raccroche et nous regarde tous les deux. Elle regarde plus son fils que moi mais à son air je comprends très vite qu'il ne s'agit certainement pas d'une invitation pour passer des vacances au bord de la mer.

« Bray est à St Mangouste, il va bien ! Dit-elle précipitamment ce qui me rassure aussitôt. Hier soir, il était à une fête d'anniversaire et il a… Il a fait un coma éthylique mais heureusement les personnes qui étaient à cette fête ont tout de suite appelé l'hôpital et…

_Il va bien ? T'es sûre ? Qu'est-ce qu'elle a dit sa mère ? Demande Hugo avec une voix enrouée par l'inquiétude.

_Oui, il va bien ! Il venait de se réveiller quand elle a appelé. Elle voulait nous prévenir et…

_Je veux aller le voir, dit-il précipitamment en quittant la cuisine.

_Hugo ! L'appelle sa mère en le rattrapant. Il y a Kate, tu ne vas pas partir comme ça…

_Euh… mon frère va arriver dans pas longtemps, j'interviens. Ca va, je comprends. »

J'adresse un sourire rassurant à sa mère et suis Hugo dans sa chambre. Il sort en grande hâte un jean et un sweat tout en marmonnant : « Ce n'est pas vrai… mais qu'est-ce qu'il a fait… coma éthylique… mais comment il a pu ? »

Je me mets en travers de sa route et le prends dans mes bras. Je le sens soupirer contre moi et vider une quantité importante d'air. Je lui promets que ça va aller et le rassure en lui répétant que Bray s'est réveillé et qu'il va bien.

« Je suis désolé, me souffle-t-il alors en me serrant contre lui.

_Mais non, ne t'inquiète pas. Je comprends et puis de toute façon, mon frère va arriver. »

En effet, quelques minutes plus tard mon frère sonne à la porte. Je dis au revoir à toute la famille et notamment à Hugo puis sors et suis mon frère pour prendre le Magicobus. Sur le trajet, je lui demande s'il va bien et ce qu'il s'est passé à la soirée.


Point de vue HUGO


Dès que le médicomage m'a annoncé la chambre et l'étage où se trouve Bray, je fonce et je ne prends pas la peine de monter dans l'ascenseur bondé de vieux en fauteuil et à l'article de la mort. Je n'ai vraiment pas envie de perdre la moindre seconde. Je monte les marches quatre à quatre et je coure encore dans le couloir. Je frappe à la porte et j'entre dans la chambre. Je trouve les parents de Bray assis près de son lit.

Je me précipite moi aussi à son lit et le regarde avec tous ses fils, tous les chiffres qui s'allume et s'éteignent sur l'écran. Bray me sourit.

« Salut mec ! »

Je regarde les parents de Bray qui sortent dans le couloir avec mes parents. Ils referment la porte. Je soupire enfin et me penche vers Bray pour regarder sa tête affreuse avec un immense cocard à l'œil.

« Bordel, mais qu'est-ce qu'il s'est passé ?

_Oh… rien de grave ! Ricane-t-il d'une voix rauque.

_Tu plaisantes ? Ta mère nous appelle pour nous dire que t'es à St Mangouste ! Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?

_Rien, je me suis bagarré avec un pote à l'autre Edgecombe… Il m'a fait ça ! Me dit-il en désignant son cocard. Et j'ai un peu trop bu pendant la soirée… c'est tout, j'ai perdu connaissance après.

_Oui, t'as trop bu ! Mais vraiment trop… pour faire un coma éthylique, bordel, Bray il faut vraiment être cinglé ! Et pourquoi tu t'es bagarré ?

_En fait, ce n'est pas moi qui aie commencé ! Je draguais la copine du mec et il n'a pas apprécié qu'elle me préfère à lui alors…

_Pff ! T'es taré, je lui dis en soupirant et m'asseyant sur une chaise près de son lit. Je ne suis pas là pour te surveiller pendant une soirée et tu te retrouves à l'hôpital. Tu crains !

_Ouais… tu m'as manqué pendant la soirée ! J'ai essayé de trouvé une occupation, quoi ! Une fête sans toi c'est nul ! Je me sentais moins sexy. Alors toi au fait ? T'as passé une bonne soirée, beau gosse ? Me demande-t-il en souriant à pleine dent.

_Génial ! Juste… génial ! Tu sais je l'aime.

_Ouais je crois que j'avais compris ça tout seul, tu sais. Pour ne pas venir à une soirée avec plein de belles filles sexy… et passer sa soirée avec une seule fille… il faut être amoureux pour ça ! Ricane-t-il. Tu l'as pécho au moins ?

_Arrête… Je soupire.

_Quoi ? Tu veux que je te demande ça comment ? Tu lui as fait l'amour ?

_Pff ! Tu crains vraiment, tu sais ?

_Ouais bon aller dis-moi ! T'as eu la sœur d'Edgecombe ou pas ?

_Mais oui, roh ! Laisse-la tranquille un peu. Tu lui fais peur aussi.

_Moi ? Je fais peur à ta Kate ?

_Ouais toi et Killian… Arrêtez de me poser des questions bizarres et arrêtez de la mater aussi !

_Tss… Ne t'inquiète pas, je ne chasserai pas sur tes terres.

_Oh, tais-toi ! Retourne dans ton coma d'alcool, là !

_Avoue, t'as trop flippé !? Me lance Bray avec son immense sourire de vainqueur.

_Bah bien sûr que j'ai flippé ! J'ai eu la peur de ma vie ! Mec, tu ne me refais jamais ça, hein ?

_A voir… Ricane-t-il. Non, je déconne. Bien sûr que je n'ai pas envie de perdre conscience à nouveau ! J'ai affolé tout le monde à la soirée. Mon père m'a défoncé quand je me suis réveillé et ma mère pleurait comme à l'enterrement de mon grand-père, je ne t'explique même pas la scène ! Mon père m'a dit que Judith… ouh… elle a pris cher avec ses parents ! Pouah ! Mec, je me suis fait défoncer à cause d'elle, tu te rends compte ? Parce que ses parents sont venus voir comment j'allais quand j'étais encore inconscient et ils flippaient trop.

_T'es un fou, je conclus. Arrête un peu avec tes histoires, ça va trop loin.

_T'inquiète, je vais ralentir. »

J'hoche la tête. Je me sens tellement soulagé que j'aie comme l'impression de pouvoir voler. Perdre mon meilleur ami, c'était juste impensable ! Je ne m'imaginais pas continuer sans Bray. C'est dingue mais quand j'ai vu le visage de ma mère avec le combiné et qu'elle m'a dit « Bray », mon sang s'est glacé immédiatement. C'était affreux ! J'étais en train de rire avec Kate et la seconde d'après j'étais au bord de la crise. Je m'enfonce dans ma chaise à côté du lit de Bray, soulagé.


Voilà ! J'espère que ce chapitre vous a plus ! J'interviens juste pour vous prévenir que je risque de mettre un bout de temps avant de poster la suite parce que pour moi les révisions commencent. Je ne compte pas m'empêcher d'écrire pour mes révisions mais je risque de poster mes chapitres un peu en retard. Voilà, voilà ! Merci d'avoir lu ce chapitre en espérant que vous l'avez aimé ! :)