CHAPITRE 9

Preuves d'Amour

Ben tenait l'enveloppe entre ses mains. Elles tremblaient légèrement. Leia, Rey et Han le regardaient en retenant leurs respirations.

-« C'est bon, vous pouvez respirer, les réprimanda Ben.

-Oh! Mais tu vas l'ouvrir cette foutue lettre à la fin! s'impatienta Rey.

-Rey, ça le regarde. Il l'ouvrira quand il se sentira prêt, la raisonna Leïa.

Mais sous son apparent calme, la mère de Ben bouillait. Elle savait que ce programme serait un sésame précieux qui ouvrirait à son fils les portes des plus prestigieuses universités l'année prochaine.

Ben soupira un grand coup et déchira l'enveloppe avant de déplier le délicat papier à l'en-tête frappée du logo de la fameuse agence spatiale américaine. de très longues secondes s'écoulèrent dans un silence de cathédrale.

-Alors?finit par le presser Rey qui n'arrivait plus à tenir en place.

-Je suis refusé.

Quoi?

-Je suis refusé. « Cher monsieur Organa, votre projet a retenu toute notre attention. Il démontre votre esprit vif, ingénieux et brillant. Nous serions honorés de vous avoir parmi nous pour la prochaine session cet été. Toutefois votre situation financière et familiale ne rentrant pas dans nos critères d'obtention d'une des cinq bourses, il vous sera demandé de réglé au plus vite les frais du stage. Sachez que des facilités de paiement et blablabla… » lut Ben d'une voix blanche.

-Tu n'es pas refusé! s'exclama Leïa. Ils t'acceptent dans le programme, Ben. ils ont trouvé ton projet ingénieux et brillant!

Mais je n'ai pas de bourse et sans cela…

Han lui arracha la lettre des mains.

-Attends voir! C'est quoi ces facilités de paiement?

-P'pa, non…

-Si! Déjà… on peut revendre une des voitures!

Il se tourna vers Leïa pour quérir son approbation.

-Qu'en dis-tu Leïa? Une seule nous suffit bien. Tu l'utiliseras pour ton travail. Moi je trouverai bien une solution. Et puis je ne me sers pratiquement pas de la mienne de toute façon, je suis tout le temps en vadrouille avec mes fouilles.

-Et moi je vais arrêter le foot, ça ne me plaît pas tant que ça finalement. ça fera… 5 années de cotisations d'économiser! surenchérit Rey.

-Tu vois, fiston! On va y arriver.

Ben avait les larmes aux yeux.

-Je vous adore. C'est vrai. Vous m'agacez au plus haut point quelquefois avec vos manières d'homme et de fillette préhistoriques et c'est difficile de vous supporter au quotidien mais je suis vraiment heureux aujourd'hui de vous avoir dans ma vie.

Rey lui donna un coup de poing dans l'épaule pour cacher son émotion.

-Mais je ne peux pas accepter vos sacrifices. Ce serait complètement disproportionné!

-Un crédit? proposa Han.

-Non, on n'a pas les moyens. Je dois me faire une raison et vous aussi.

-Princesse! Raisonne ton fils!

-Je le trouve parfaitement raisonnable.

-Mais…

-Han.

Le regard éloquent de sa femme le fit taire.

Une fois Ben monté dans sa chambre, des devoirs à finir avait-il argué, elle se tourna vers son mari.

-Il a le coeur brisé. Pour la deuxième fois. Il a beaucoup pris sur lui pour nous cacher sa peine et sa déception. Il essaye de se montrer digne et fort, alors, aidons-le, ok?

Han et Rey acquiescèrent.

-C'est trop co… bête quand même », maugréa la jeune fille.


Rey déjeunait dans le parc jouxtant le lycée avec Finn, Hux et Poe. C'étaient les derniers jours de l'année scolaire et l'ambiance était plus détendue.

Toutefois le regard de Rey était triste. Elle leur avait raconté la déconvenue de Ben, sans préciser que cela faisait beaucoup malgré ses larges épaules après son râteau avec Poe. Celui-ci restait étrangement silencieux. Puis, toujours sans un mot, il se leva et s'éloigna.

« -Vous ne le trouvez pas bizarre depuis un moment? Je veux dire, plus que d'habitude, questionna Finn.

-Cette histoire avec Ben l'a perturbé, répondit Hux.

-ça fait deux mois! Et c'est pas lui qui s'est pris une veste!

-Merci de ta délicatesse, Finn.

-Mais Rey, supplia le jeune homme en voyant la jeune fille se lever à son tour, épousseter l'arrière de son jean et partir à son tour avec une moue boudeuse.

-T'en rates pas une, toi! » lui lança Hux, désabusé.


Ben quittait le lycée pour la dernière fois après son dernier cours de l'année la tête basse. Il donnait de temps en temps des coups de pieds dans les cailloux qui se trouvaient sur son chemin. La semaine suivante, il aurait pu commencer son programme d'été. Quand soudain une voix qu'il n'avait pas entendu depuis longtemps l'interpella:

« -Ben! Hey, Ben!

-Poe? Sa… salut.

Ben se passa la main dans les cheveux pour se donner une contenance.

-ça va?

-On marche un peu?

-Heu… Ouais, ok.

Ils marchaient en silence depuis quelques mètres quand Poe lança de but en blanc:

-Je déménage. À la rentrée. Mon père est muté dans une nouvelle base à plus de 1000 kilomètres d'ici.

Ben eut l'impression de recevoir un uppercut en plein estomac. Il ne savait même pas que le père de Poe était militaire. En fin de compte il n'avait pas essayé plus que ça de connaître le jeune homme, d'en apprendre plus sur lui, sa famille autres que ses lubies et ses collections étonnantes. Quel gâchis! Il était vraiment un idiot fini!

-Tu… Tu ne feras pas ta dernière année de lycée avec nous? fut la seule chose qu'il réussit à articuler.

-Non. ça me rend triste. Je sais que je suis original, que les autres se moquent de moi et m'appelle le zarbi ou l'extra-terrestre.

Ben rougit, un peu honteux.

-Je ne retrouverai jamais des amis comme Rey, Finn, Hux… ou toi.

-Mais on restera ami, Poe!

Le jeune homme lui sourit. Ben se sentait tellement triste pour lui. Lui, il aurait encore sa mère, Han, Rey, qui n'était finalement pas si agaçante que ça quand elle faisait un effort, et Phasma.

-Et tu leur as dit? À Rey, Finn et Hux?

-Non, pas encore. Je les vois demain soir. Je leur dirai à ce moment-là. je ne voulais pas gâcher mes derniers jours au lycée avec eux. J'ai appris pour ton programme à la NASA. Je suis désolé.

-Ce n'est pas grave.

-Si. Je sais que tu as travaillé dur. Je t'ai vu à la bibliothèque et Rey nous en a beaucoup parlé. Elle t'admire, tu sais. C'est injuste, tu le méritais.

Il tourna la tête et regarda l'horizon un moment sans parler, une lueur indéchiffrable dans les yeux, perdu dans les méandres de son esprit toujours en ébullition. Ben eut envie de l'embrasser. Mais il hésita trop longtemps et le moment magique passa.

-Bon, je dois y aller, à plus Ben!

-Oui…. À plus, alors! »


« -BEEEEEEN!

Rey se jeta littéralement sur lui à peine eut-il franchi le seuil.

-T'es malade! Qu'est-ce qu'il t'arrive!

Il jeta son sac dans l'entrée et s'avisa de sa mère et Han, droits comme des « i » dans le salon, un sourire extatique aux lèvres.

-Vous avez subi un lavage de cerveaux ou quoi? c'est quoi ces têtes de bienheureux?

Il s'avança, méfiant. Rey, excitée comme une puce, lui tendit une lettre.

-Tu as reçu ça aujourd'hui.

-Vous l'avez ouverte?

-Désolée, mon chéri. on n'a pas pu résister en voyant de qui elle venait.

Le logo de la NASA apparaissait sur l'enveloppe. Son coeur se mit à battre plus vite.

-« Cher monsieur Organa, après concertation et vu le caractère exceptionnel de la situation, nous avons décidé de vous attribuer une sixième bourse qui prendra en charges la totalité de vos frais, seul le transport jusqu'à notre siège sera à vos frais. En espérant vous compter parmi nous, recevez monsieur Organ….

-Tu y vas! Tu es reçu! hurla Rey dans ses oreilles avant de se jeter à son cou.

-C'est pas possible… murmura t-il, hébété.

Il n'y croyait plus.

Il fut enlacé par sa mère et Han, dans un état second.

-Je… je dois le dire à Poe.

sa famille le regardèrent, un peu décontenancée.

-C'est compliqué à expliquer mais je dois lui dire. Et ça lui fera plaisir. Je crois.

-Bon et bien vas-y alors! l'autorisa Leïa.

Et il disparut come une tornade.

-Je crois qu'il veut l'impressionner pour une dernière chance de l'emballer.

-Han! »


« -Bonjour, madame Dameron. Poe est là?

Shara Bey Dameron était une très belle femme à l'allure un peu guerrière qui impressionna Ben.

-Oui, il est dans sa chambre. Tu peux monter.

-Merci.

Ben monta à l'étage et devant la porte de son ami toqua doucement.

-Entre!

-Salut, Poe! C'est moi.

-Salut, Ben!

Il ne semblait pas étonné de le voir. Mais venant de Poe cela ne le surprit pas plus que ça. il avait peut-être vraiment des pouvoirs psychiques et l'avait « vu » arriver. Il parcourut des yeux la chambre de son ami toujours aussi… originale. Le clown de l'affiche le fit de nouveau frissonner. Une pile de vieux magazines menaçait de s'écrouler. L'étagère pleine de vhs antiques. Pourtant, Ben tiqua, il y avait quelque chose de changer depuis qu'il était venu la première fois. Bref, il ne venait pas pour ça!

-Je suis venu te dire, finalement je suis reçu pour le programme d'été à la NASA. Ils… Ils m'ont octroyé une bourse exceptionnelle.

-C'est génial, Ben. C'était sûr qu'ils allaient réaliser que cela aurait une erreur monumentale de ne pas t'avoir.

-Je n'irai pas jusque là, marmonna Ben, gêné.

Ses yeux fuyaient ceux de Poe. Ils se posaient un peu partout. Les affiches, les vhs, les pantins de bois, une étagère vide…

-Enfin, bref, je pars dans une semaine. On ne se reverra plus d'ici que tu t'en ailles alors, je… je voulais te dire au revoir.

Son coeur se serra. C'était la dernière fois qu'il le voyait. Il tenta de mémoriser chaque détail de son visage, de son corps, ses petites mimiques adorables, son regard flou, son sourire mutin.

-J'avoue que tu m'as décontenancé bien des fois mais j'ai aussi appris des choses que je ne pensais jamais devoir savoir, tenta t-il de plaisanter. Notamment sur tes foutues boîtes de…

Les boîtes de sardines. Ben se retourna de nouveau vers l'étagère vide. Enfin, pas tout à fait vide. Il ne restait qu'une boîte. SA boîte, celle qu'il lui avait offert dans un moment de pure folie.

-Poe, ta collection? Où est-elle?

-Oh! Je l'ai vendu, répondit le jeune homme d'un ton faussement désinvolte. ça ne m'intéressait plus.

Mais Ben ne fut pas dupe. Il y avait tellement de tristesse dans sa voix.

-Quoi? Mais c'était ta passion! J'ai dû supporter un exposé de deux heures sur l'histoire de la conserverie!

Poe rit.

-Ouais, je suis vraiment dingue, hein?

-Et elle valait sûrement une fortune! Je le sais, j'ai dû étudier le marché de la boîte de sardines de collection pendant des semaines!

-J'en ai retiré une très jolie somme, oui. À croire que je ne suis pas le seul original amateur de boîtes de sardines au monde!

Poe sembla soudain très sérieux.

-J'ai été un peu déçu quand même, marmonna t-il avec une petite grimace de déconvenue.

-Poe? Pourquoi tu aurais vendu..?

Ben sentit une larme couler sur sa joue quand tout se fit clair dans son cerveau. Il n'y avait jamais eu de bourse exceptionnelle.

-C'est toi? C'est toi qui a payé mon programme. Je ne peux pas…

-C'est trop tard pour revenir en arrière.

-Mais pourquoi tu as fait ça? s'étrangla Ben, des sanglots plein la voix.

-Parce que tu comptes bien plus que n'importe quelle boîte de conserves, Ben.

Il s'approcha doucement et leurs visages ne furent plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre.

-De sardines, murmura Ben.

Poe rit.

-Sauf la tienne. Celle-ci, je n'ai pas pu m'en séparer », dit Poe d'une voix douce.

Cette fois, Ben ne laissa pas passer le moment. Il prit le visage de Poe entre ses mains et posa ses lèvres sur les siennes.

À suivre…