Encore une fois, un grand merci pour vos gentils commentaires, je n'ai pas les mots pour vous témoigner à quel point chaque review est un plaisir, et décuple mon envie de faire avancer l'histoire, non seulement plus pour moi, mais aussi pour vous. Et je suis ravie que ma version de Sirius vous plaise.

Manea-Thesan: je joue un peu avec le feu en me servant du contexte historique pour nourrir mon histoire (l'Encyclopédie Harry Potter me sauve la vie) mais si ça fonctionne, alors c'est super! (les voilà les éclaircissements sur Tam et Camillius! ;))

Shiriliz: Encore merci pour ta remarque, parfois je m'emballe et même à le relecture je laisse passer des choses...

Summerisover: Merci beaucoup, voici le neuvième! :)

Ceycey: Merci mille fois, ça me touche énormément!

J'espère que vous apprécierez ce chapitre, qui fait office d'introduction au prochain: déjà dix chapitres, il va falloir marquer le coup!

Merci de prendre la peine de me lire, des bises!

***Sirius***

Nous étions fin octobre. Le temps s'était considérablement rafraîchi et des trombes d'eau se déversaient quotidiennement sur les paysages alentours. La plupart des conversations portaient sur le bal d'Halloween dont la seule évocation suffisait à faire se pâmer la plupart de mes camarades. Toute cette effervescence me dépassait un peu. Plus d'un mois s'était écoulé depuis l'altercation avec mon père. Noyée dans l'angoisse et la peur provoquées par l'attaque du centre d'étude des moldus, elle était plutôt passée inaperçue. Seuls les professeurs et mon petit groupe d'amis étaient au courant. Regulus ne semblait pas avoir relaté la nouvelle chez les serpentards, et je lui en était reconnaissant, bien qu'il ne cherchât jamais à m'adresser la parole après ça, s'en tenant à sa ligne de conduite habituelle. Craignant pour ma sécurité, Monsieur et Madame Potter avaient tenté de nous convaincre, James et moi, de quitter l'école pour revenir habiter chez eux pendant quelques temps. Il avait fallu toute la force de persuasion de Dumbledore pour les rassurer et les convaincre d'abandonner l'idée. Je ne l'avais pas vu car on m'emmenait déjà à l'infirmerie à ce moment là, mais on m'avait raconté que James était entré dans une colère phénoménale quand il avait su ce qu'il s'était passé avec mon père. Le soir, quand les drogues avaient cessé de faire effet, je l'avais trouvé assis sur mon lit à ma gauche, les yeux rougis d'avoir pleuré. Tamsine avait sans doute été la plus touchée par les événements la peur et l'humiliation engendrée par les insultes de mon père, l'avaient rendue physiquement malade pendant deux jours. J'avais quitté l'infirmerie pour la retrouver prostrée dans son lit. Elle avait évité obstinément de me regarder, ne supportant pas la vue de mon visage ravagé, mon œil pareil à un ballon rouge flottant sur une marre d'essence. Ça avait été un moment particulièrement difficile, plus encore quand elle m'avoua avoir eut honte, et peur que je n'accorde du crédit aux propos de mon père. Je l'avais bien sûr assurée du contraire, mais j'avais bien vu qu'elle était profondément blessée, et que les paroles les plus aimables du monde n'y feraient rien. Le soir venu, assisté de James, Peter, Remus et Franck, j'avais donc déménagé tout le dortoir des garçons dans celui des filles, le transformant en un innommable capharnaüm de matelas, de draps et d'oreillers. Sonja et Mélanie, les deux autres filles qui occupaient le dortoir de Tamsine, avaient été un peu réticentes devant notre arrivée inopinée, mais elles s'étaient rapidement prises au jeu, le charme de Remus aidant. Nous avions passé la soirée à manger, à rire et à boire tous ensemble, exorcisant les démons laissés par les événements des jours précédents.

Maintenant que la pluie balayait les carreaux de la Tour Gryffondor, je réalisai que tout cela me semblait loin. La vie reprenait son cour, inexorablement.

« La Terre appelle Sirius, je répète...

Assise à côté de moi dans un vieux divan défoncé, Kitty Babbling tentait d'attirer mon attention en parlant dans un parchemin roulé en cornet. Je sortais avec elle depuis un peu plus d'une semaine et je commençai à le regretter amèrement. Bien que tout à fait charmante et sympathique, Kitty était une infatigable bavarde qui n'avait pas volé son patronyme. Et à l'évidence j'avais loupé une partie de la conversation.

-Excuse-moi, j'étais ailleurs.

Installés à même le sol autour de la petite table qui faisait face au divan, Remus, Tamsine et Peter échangèrent un regard entendu.

-Le bal, grand nigaud, le bal !

-Oui, le bal, eh bien ?

-Je veux savoir si tu as choisi ton costume, et si oui de quelle couleur il est ! Juste histoire d'accorder ma robe.

Bon, apparemment il était décidé que j'allais au bal, et avec elle par-dessus le marché. Je ne me rappelai pas avoir donné mon accord, mais bon...

-Je... Non, j'ai pas encore choisi.

Les sourcils de Kitty se froncèrent et elle pris une grande inspiration, prête à se lancer dans une diatribe pleine de remontrances. Je la coupai juste à temps.

-Vous y allez, vous ? Demandai-je à la tablée qui avait de plus en plus de mal à contenir son amusement.

Remus haussa les épaules.

-Probable. Il me faut juste une cavalière. Peter, tu veux être mon héros ?

-Désolé, je suis déjà pris. Tallulah Quinn m'a invité hier midi, répondit Peter, pince-sans-rire.

Tallulah Quinn était une allumée que James avait brièvement fréquenté l'an précédent. J'espérais juste que son invitation ne visait pas à se rapprocher de lui Lily étant de moins en moins encline à laisser la gente féminine s'approcher de James, la soirée risquait de virer à l'affrontement.

-Ah dommage, nos costumes auraient été hyper raccord (il m'adressa un regard furtif débordant de moquerie) Tamsine ?

Elle haussa imperceptiblement les sourcils avant d'adresser un immense sourire à Remus.

-Tope-là.

Tamsine et Remus scellèrent leur accord par une vigoureuse poignée de main. Malgré moi, je ressentis un léger agacement. Je n'eus pas le temps de m'y pencher car déjà Kitty commençait une description détaillée chaussures qu'elle allait porter.

Plus tard dans la journée, je profitai que Kitty rejoigne ses amies pour retrouver Remus qui potassait à la bibliothèque. Il ne m'accorda même pas un regard lorsque je m'affalai en face de lui à la table de travail. Il se contenta de sourire énigmatiquement tout en continuant de gratter son parchemin.

« Alors, ça va ?

Il hocha la tête toujours souriant. Je laissai passer quelques secondes avant de m'éclaircir la voix et de reprendre sur un ton le plus enjoué possible :

-Dis donc, je savais pas que Tam et toi vous vous étiez rapprochés...

Remus leva au ciel deux poings victorieux, me déconcertant légèrement.

-J'en étais sûr ! S'écria-t-il.

-Quoi ? Répondis-je, un peu sur la défensive.

-Oh arrête, t'avais qu'à l'inviter si t'es jaloux !

-Tu délires Lupin, je suis pas jaloux, je trouve ça juste un peu étonnant.

Il continuait de sourire pendant que je me justifiais et cela commençait à me taper prodigieusement sur le système nerveux.

-Arrête de sourire.

-Sirius, franchement, t'as peur de quoi ?

-De rien ! Je savais pas que tu l'aimais bien, c'est tout.

Ma voix sonna plus renfrognée que je ne l'aurais voulu et Remus roula des yeux, toujours clairement amusé.

-C'est juste un bal, commence pas à te faire des idées. Et oui, je l'aime bien, Tam est sympa, plutôt mignonne, et elle fait partie du groupe. Je me suis dit que ça pourrait être cool d'y aller ensemble.

-Pas à moi Remus, je te vois arriver avec tes grosses pattes ! Même ton invitation était fine comme du gros sel !

Cette fois ce fut lui qui se vexa.

-J'étais sûr que tu le prendrais mal...

-Alors pourquoi tu l'as fait ?

-Donc tu le prends mal ?

-J'ai pas dit ça !

Nous prîmes simultanément une profonde inspiration, nous fusillant du regard.

-Écoute, je te promets que c'est tout ce qui a de plus innocent. Une soirée, point.

-Pas de problème, tu fais ce que tu veux.

-Sirius, s'il te plaît...

Je secouai la tête réalisant soudain le ridicule de la situation.

-Excuse-moi, je m'emballe pour rien.

Remus sembla sur le point de dire quelque chose mais se ravisa au dernier moment.

-Kitty m'a pris la tête toute la journée et j'ai une migraine carabinée, j'arrive plus à aligner deux pensées cohérentes.

-T'inquiète pas pour ça. Et puis moi aussi j'ai déconné, j'aurais dû te dire que j'avais l'intention d'inviter Tam. C'est plus ta copine que la mienne...

Un peu honteux, je laissai Remus à ses livres avec la désagréable sensation qu'il savait quelque chose que j'ignorais encore.

Le lendemain matin, une fois n'est pas coutume, en plus de la Gazette, deux lettres atterrirent devant mon assiette. La première venait de Gringotts. Mes parents m'ayant coupé les vivres depuis plusieurs mois et mon coffre contenant maintenant un vide intersidéral, je me demandais ce que pouvaient bien vouloir les gobelins. Pas bien réveillé, je déchirai plus l'enveloppe que je la décachetai. Ce fut le chiffre faramineux en bas de la page qui attira d'abord mon attention. Je me frottai les yeux et commençai ma lecture.

« De bonnes nouvelles ? S'enquit Peter en mâchonnant une tartine.

J'opinai du chef, tout en poursuivant.

Une minute plus tard j'explosai de joie. Mon rire fit se retourner toutes les têtes dans ma direction.

-Quoi, mais quoi ? M'interrogea James que mon allégresse semblait déjà contaminer.

-C'est mon oncle ! Alphard ! Il me donne une véritable fortune !

Je ne tenais plus en place, et je m'allongeai presque en travers de la table pour désigner à James et Lily les chiffres s'alignant au bas du parchemin. La bouche de Lily s'arrondit.

-C'est complètement dingue ! Mais pourquoi ?

Incapable de me calmer je commençai à déchirer fébrilement la deuxième enveloppe.

-Je sais pas ! Je sais pas ! Peut-être parce que... Parce que...

Mon regard tomba sur le feuillet bien endommagé à moitié sorti de son enveloppe que je tenais maintenant dans les mains. Mon sourire s'effaça et je déglutis péniblement.

-… parce qu'il est mort.

***Tamsine***

Alice faisait partie de ses personnes constamment enthousiastes. Un article de Sorcière Hebdo, de la tarte au potiron au menu du soir, Franck fraîchement rasé... Tout, absolument tout était prétexte à des élans de joie incommensurable. En temps normal c'était gentiment agaçant, mais à l'approche du bal d'Halloween c'était devenu parfaitement irritant.

« Je sais pas, celle-ci fait peut-être un peu trop sport pour l'occasion...

Je jetai un coup d'œil à la robe sur papier glacé qu'elle me désignait. Je ne voyais pas ce qui pouvait faire « sport » dans une robe en tulle, mais ce n'était pas la première fois que son pseudo-vocabulaire de professionnelle de la mode me dépassait. Je me calai un peu plus confortablement sur le bord de mon lit. Elle m'avait coincée dans le dortoir après la journée de cours, prétextant avoir besoin d'aide pour choisir sa future tenue. Pensant que le plaisir de partager un moment avec ma meilleure amie surpasserait l'exaspération provoquée par son zèle à analyser des bouts de chiffon, j'avais accepté. J'avais eu tort.

-Ouais, carrément, répondis-je enfin.

Elle sembla satisfaite de mon intervention et tourna la page du catalogue.

-Et celle-ci ? Dis-je en lui désignant une robe courte drapée.

Alice tordit la bouche et s'accorda une seconde de réflexion.

-Elle fait cheap.

Même si son prix n'avait rien de « cheap », moi elle me plaisait bien cette robe. Je gardai la référence dans un coin de ma tête.

-Tu sais, je suis contente que tu ailles au bal avec Remus.

L'air de rien, Alice tourna trois pages d'un coup. Les robes ne l'intéressaient plus...

-Oui, moi aussi. Sinon j'aurais refusé.

Elle leva un regard désapprobateur vers moi.

-Tu sais très bien ce que je veux dire.

-En toute franchise, pas du tout.

Alice referma le catalogue en soupirant, avant de s'installer face à moi et de prendre ma main.

-J'ai eu peur de te voir y aller avec Sirius, ne te fâche pas, ajouta-t-elle en me voyant ouvrir la bouche, c'est juste que je m'inquiète, c'est pas un garçon pour toi, et après la manière dont il a agit avec Camillius j'ai...

Cette fois je la coupai.

-Quoi ? Qu'est-ce qui s'est passé avec Camillius ?

-Enfin Tam, il s'est purement et simplement mis entre vous ! Tu ne vas pas me dire le contraire ! Si il ne t'avait pas mesquinement rapporté toutes ses rumeurs à propos de Narcissa, aujourd'hui tu sortirais sûrement avec Camillius !

-Mais ça n'était pas que des rumeurs, c'était vrai ! Lui même me l'a confirmé !

Il arrivait souvent que les raisonnements d'Alice me fassent grimper au plafond, mais là elle s'était surpassée. J'étais d'autant plus hors de moi qu'elle était la seule à qui j'avais raconté ma conversation avec Camillius. Déjà elle levait les yeux au ciel.

-Et il a rompu avec elle ! Il n'était déjà plus ensemble quand vous avez mis tout ça au clair. Je pense que la moindre des choses aurait été de lui donner une deuxième chance. Il a eu le mérite d'être franc avec toi et je pense que ça excuse sa maladresse. Et franchement Tam, c'est pas comme si vous étiez VRAIMENT sortis ensemble ! Pour une fois que tu t'entichais d'un gentil garçon, il a bien fallu que Black vienne mettre son nez dans tes affaires !

J'étais bouche bée. Je n'arrivais pas à comprendre pourquoi Alice me faisait ça. Il me fallu un instant pour remettre un peu d'ordre dans ma tête avant de répliquer :

-Premièrement, si Camillius a rompu avec Narcissa c'est parce qu'il a compris qu'elle se servait de lui pour rendre son frère jaloux. Il semble qu'il ne l'ai pas supporté puisque lui-même se servait de moi pour la rendre jalouse. Deuxièmement, « franc » n'est pas le qualificatif qui sied le plus à Camillius. Il me mentait depuis des semaines avant d'être confronté à ses mensonges.

Tout mon corps se mit à trembler de rage. Alice, mal à l'aise, ne pipa mot. A l'évidence je n'avais toujours pas digéré cette histoire. Je pris une profonde inspiration et poursuivis.

-Et troisièmement, Sirius vaut dix Camillius. Si il m'a mise en garde c'est parce que j'ai l'audace de croire que nous sommes amis. La dernière fois que j'ai vérifié les amis prennent soin les uns des autres, et ne s'engouffrent pas à travers la première brèche pour remuer le couteau dans la plaie. En tout cas j'espère que tu te sens mieux maintenant que tu as vidé ton sac.

Je dégageai ma main qu'Alice n'avait toujours pas lâché depuis le début de la conversation, et sortit du dortoir, furieuse. Alice ne fit rien pour m'arrêter. J'étais abasourdie, triste, mais par-dessus tout, dans une colère noire. Mon cœur battait violemment dans ma poitrine et je dus m'arrêter un instant pour reprendre ma respiration. Je n'avais envie de voir personne, et je décidai d'aller me réfugier dans un coin de la bibliothèque jusqu'au dîner, histoire de pouvoir ruminer en paix. Je fus accueillie par un flot d'élève s'échappant de la double porte. Je m'infiltrai à contre-courant lorsqu'un bras passa sous le mien m'obligeant à repartir à reculons.

« Hé, tu vas où comme ça ?

Devant mon air défait, Sirius fronça les sourcils. A côté de lui, Kitty Babbling serrait ses livres contre sa poitrine, et continuai de babiller, n'ayant manifestement pas noté ma présence.

-Qu'est-ce qui t'arrive ? Reprit Sirius en nous écartant des portes, me permettant de retrouver une allure plus digne.

Kitty nous suivit, visiblement contrariée.

-Rien, je me suis un peu pris la tête avec Alice.

Sirius acquiesça.

-Méchant crêpage de chignon ?

-Plus ou moins. T'inquiète pas, laisse tomber.

-Bon. Tu fais quoi demain ? Me demanda-t-il tout à trac, passant d'un air vaguement concerné à tout à fait enthousiaste.

Kitty tiqua légèrement mais s'abstint de tout commentaire.

-Euh... Bein demain c'est samedi, et je euh... Bein rien de spécial.

-Cool ! Toi et moi on va faire du shopping !

C'en fut trop pour Kitty.

-Je vais vous laisser tranquille Sirius ! Je voudrais surtout pas que ma présence soit un embarras ! S'exclamma-t-elle de sa voix haut-perchée.

Sirius lui exprima son assentiment par un signe de tête, et Kitty s'éloigna, la démarche saccadée.

-Dis, tu devrais peut-être essayer de la garder au moins jusqu'à Halloween...

Il fit un vague geste de la main dans sa direction, illustrant le peu d'intérêt qu'éveillait chez lui sa copine.

-Bon alors, pour demain ? Steuplè, dis oui ! Depuis que j'ai décroché le jackpot j'ai les gallions qui me brûlent les poches, et surtout il faut que j'aille chez le coiffeur et j'ai besoin de quelqu'un pour me tenir la main, ça me fiche une trouille bleue.

Je considérai les cheveux de Sirius.

-Tu veux pas les garder longs pour le bal ? Tu pourrais faire des anglaises, ça serait pas mal...

-C'est pas idiot, ça pourrait être joli avec ma tiare. Alors tu veux ou pas ?

-J'imagine que tu auras besoin d'un garde-fou pour ne pas dépenser tout ton pactole en lingerie fine...

-T'es la meilleure Tam. On se voit demain.

Et il me laissa plantée là.