Hello tout le monde ! Je suis heureuse de vous retrouver ! J'espère de tout cœur que ce chapitre vous plaira parce que voici venir la fin de "Let's Talk", le chapitre suivant ayant de grandes chances d'être le dernier... M'enfin bon ! Merci à tous pour vos reviews, je m'excuse de ne pas avoir trouvé le temps récemment pour répondre aux reviews, c'est le seul moment où je peux avoir un contact ''réel'' avec vous et c'est vraiment stupide de ma part de laisser ce lien s'altérer de la sorte. Pardon.
Peneloo, tu es formidable, je ne sais pas ce que mes fics seraient sans toi.
And the hardest part
Was letting go,
not taking part...
/
Et le plus dur
était de laisser aller,
de ne pas y prendre part...
Mycroft Holmes n'était pas sensible. Sa personnalité ne lui permettait pas ce genre d'excentricité. Toutefois, il devait admettre que lorsqu'il s'agissait de sa famille, dont les seuls membres étaient sa mère bien-aimée, son petit frère et lui-même, il pouvait faire preuve de ce qui se rapprochait le plus d'une hyper-sensibilité malsaine.
Retirant ses lunettes de lecture d'un geste lourd, il pivota son fauteuil de façon à pouvoir observer la vue panoramique que lui offrait sa baie vitrée. Les toits de Londres, vêtus de blanc, se dessinaient sous son regard indifférent, de petites volutes de fumée noirâtre s'échappant de cheminées aux formes variées se dressant sur leurs surfaces comme autant de couvre-chefs dotés de vie. Sa mère ne lui causait aucun souci. Mais il aurait souhaité pouvoir en dire autant de Sherlock. En effet, depuis que celui-ci s'était lié d'amitié avec un personnage dont les troubles psychologiques auraient suffi à faire pâlir de honte le docteur Jekyll, le gouvernement peinait à trouver le sommeil. Il constatait les légers moments d'égarement qu'avait son frère, sa façon de mélanger par inadvertance l'anglais et le baragouinage sauvage qu'il entretenait avec son ami et ne pouvait réprimer l'horreur s'insinuant en lui à chaque erreur.
John Watson devait disparaître au plus vite. Mycroft n'avait jamais douté de son frère, de sa force ainsi que de sa détermination. Aussi, si celui-ci s'entêtait à vouloir rejoindre son compagnon dans sa folie, nul doute qu'il finirait par y parvenir. Mais c'était sans compter sur l'aîné Holmes. Si la drogue n'était pas parvenue à lui retirer son frère, nul n'y parviendrait. Pivotant derechef sur son fauteuil, il saisit son téléphone :
« Procédure A1. »
« Tout de suite monsieur. »
Manœuvrant sa souris d'ordinateur, le roux démarra le programme espion qui, après une poignée de secondes, afficha la fenêtre du premier étage de l'immeuble sis 221 B Baker Street. Zoomant de façon à obtenir une vue parfaite à l'intérieur du salon, l'agent gouvernemental se pencha en avant, sa mine déjà pâle blêmissant davantage. Dans la matinée, Mycroft avait enclenché le même programme, effectué la même manœuvre et avait pu observer son frère droit au centre de la pièce à vivre, John Watson lui faisant face, les doigts apposés aux tempes du consultant, tous deux demeurant d'une immobilité parfaite, leurs yeux sans vie se perdant dans leurs confrères. C'était il y a quatre heures et leur position restait identique, sans la moindre évolution.
Pris d'une impulsion pleine de frustration, le gouvernement ferma brusquement le programme, piocha dans le paquet de cigarettes roulées par sa secrétaire et alluma rageusement son bâton de plaisir. Ça n'allait pas du tout. A ce rythme, nul doute qu'il pourrait les interner tous deux dans les semaines à venir. Mais quelle était donc cette folie ?
« Bon Dieu, Sherlock... Bon Dieu. » Siffla le roux, les hiéroglyphes de sa cigarette allant couvrir ses traits tendus.
XXX
La nuit s'étalait sur Londres en un voile de ténèbres bleutées, de grands nuages sombres laissaient deviner leur volume au gré du vent et les rue scintillant sous milles soleils factices étaient assaillies par ses créatures nocturnes aux yeux fardés, au sexe moulé dans des vêtements faisant éloge à l'obscurité, d'une noirceur vêtue de cuir, leurs longues jambes osseuses portant leurs carcasses enivrées de bar en bar, les lèvres gercées par le froid, la tête remplie de désespoir euphorique. À la fenêtre de sa chambre, Sherlock observait d'un œil passif la jeune femme assise sur une poubelle depuis ce qu'il lui semblait être une heure, sa bouche sombre paraissait scotchée à sa bouteille d'alcool qu'elle biberonnait avec de petit gémissements dont on ne savait s'ils étaient de plaisir ou de souffrance. C'était une enfant adorable, si triste que son allure misérable n'en était que plus belle encore.
Deux bras se glissèrent sur les hanches du détective tandis qu'une tête venait se nicher dans son cou. La poitrine de l'ex-soldat dégageait une chaleur agréable dans son dos et le cœur de celui-ci battait contre ses omoplates en une cadence hypnotique.
« Je suis content qu'ils l'aient retrouvée. » Chanta John en une mélodie aérienne, les rétines rivées à l'enfant-poubelle.
« Vas-tu aller lui rendre visite ? » S'enquit nonchalamment le génie, ses mains venant couvrir celles de son comparse.
« J'ai peur de le faire. »
Plutôt dans la soirée, ils ignoraient tout deux à quelle heure précisément, un coup de téléphone de l'inspecteur Lestrade les avait sortis d'une transe mélodieuse où leurs corps s'étaient dissous, libérant leurs esprits qui s'en étaient allés, vagabondant librement dans le monde s'offrant à eux. Ils avaient retrouvé Harriet. Celle-ci se portait bien. À dire vrai, elle n'avait jamais été en danger. Moriarty n'avait fait que bluffer afin qu'ils perdent leurs moyens, stratégie qui avait fonctionné à merveille.
Inspirant profondément, ses paupières s'abaissant avec lenteur, le détective plongea une main dans la poche de son peignoir, le chant gonflant dans sa gorge s'échappant de ses lèvres délicates, avant de s'étendre dans la nuit avec virtuosité, se mêlant aux relents de sueur des danseurs effrénés, aux larmes des enfants perdus, à la nuit souveraine les couvant de ses teintes imperceptibles, la tête de l'enfant-poubelle se dressant à l'entente de ses accords funestes. Les doigts du consultant s'enroulèrent autour du contenu de sa poche qu'il porta au dehors de sa prison et laissa tomber par la fenêtre lui faisant face. Les pounds touchèrent le sol en premier, vite suivis par trois billets de vingt livres sterling qui voletèrent sous le vent avant d'échouer gracieusement sur le bitume. La jeune fille se dressa sur ses jambes, la figure dirigée vers la fenêtre du premier étage habitée par une ombre difforme. Elle titubât pauvrement jusqu'au butin jeté au sol, essuya de son bras sa bouche humide et bleuie par le froid, ses joues rouges se gonflèrent sous la pression de son sourire éclatant et dégageant ses cheveux de son visage, elle déclara d'une voix faible mais somptueuse :
« Merci. »
Le détective observa silencieusement son visage émacié d'une juvénilité incontestable, d'une candeur douloureuse. Qu'elle était belle. Refermant sa fenêtre d'un geste souple, il se retourna pour tomber sur la figure du docteur sur laquelle il se pencha avec dévotion, baisant ses joues avec une application admirative.
« Je t'aime. »
Le blond sourit gentiment, de cette façon qui lui était propre et cueillit les lèvres du génie, la douceur avec laquelle il accomplit cet acte faisant frissonner le brun de surprise. Souriant de toutes ses dents, l'homme de science posa son front sur l'épaule du docteur, les spasmes de son fou-rire agitant ses boucles en cadence.
« Je suis heureux. »
XXX
Le soleil se couchait à l'horizon en un brasier rougeoyant, ses flammes iridescentes couvrant la surface agitée de la Tamise d'éclats de couleur vive. Les touristes friands de spectacle, se penchaient au-dessus du PontdeWestminster, prenaient des clichés d'une originalité moindre où l'on pouvait voir leurs figures insipides décorées d'un sourire tout aussi trivial tandis qu'ils s'émerveillaient bruyamment dans un anglais approximatif ou dans leur langue maternelle, ce qui équivalait en tout état de cause à un baragouinage intempestif dont Jim savourait étonnement l'harmonie. Remontant ses lunettes de soleil sur son nez aquilin, le génie du crime avala une longue lampée de whisky, sa gorge s'enflammant au passage du liquide ambré, le bouquet vanillé de l'alcool enflammant ses sens tandis que la température extérieure lui glaçait les joues. Lançant un clin d'œil malicieux à l'enfant posant sur lui un regard interrogatif, il rangea soigneusement sa flasque dans la poche intérieure de son manteau, prenant gracieusement appui sur la rambarde dans son dos. Dans sept minutes sonneraient six heures.
Dressant sa figure vers le ciel raturé de rouge, les tympans assaillis par les échos fiévreux de la fourmilière battant à ses côtés, le jeune homme s'interrogeait. Était-ce propre à ceux dont l'esprit sublimé, présentait quelques fantaisies inexplicables que d'aimer la foule comme il le faisait ? À son contact, ses muscles, toujours étaient parcourus d'ondes douloureuses de plaisir dantesque, si malsain que tout son génie demeurait incapable de le rationaliser. Depuis son plus jeune âge, il adorait la façon dont elle saisissait la moindre particule d'un être, annihilant sa personnalité, son passé, ses souvenirs et ses peines, pour ne plus en faire qu'un personnage lambda, un pantin dénué de substance propre. La foule ne refusait personne, son amour était inconditionnel. Elle était agitée, monotone, triste, affligeante dans sa soumission, belle dans ses rébellions. Constituée de milles visages, elle était unique, surhumaine et grandiose. Jamais le psychopathe n'avait éprouvé plaisir plus grand que lorsqu'une de ses balles rectiligne et suprême fendait cet essaim sensationnel, son bras secoué par le recul de son arme, l'odeur tonique et étouffante de la poudre dansant sous ses narines frémissantes alors que la cohue s'éparpillait en tous sens, la victime du destin s'écroulant à terre, incrédule et inanimée. Car, si la foule procurait la douce illusion d'être intouchable, inatteignable, sous le flot de ses membres par milliers, Jim Moriarty avait pour devoir de ramener les hommes à la réalité.
Quelle surprise ! Quelle expression d'hébétude enfantine sur leur visage quand de foule, titan aux milles visages, ils passent à victime anonyme parfaitement insignifiante.
Les lèvres rose aquarelle du criminel s'étirèrent avec ravissement comme la silhouette obscure du détective consultant émergeait des touristes et passants agglutinés sur la surface bétonnée. Sherlock Holmes, la moue indifférente, le pas nonchalant, glissait au-dessus des braves gens, sa consistance, à l'instar de la sienne, étant bien trop riche, suave et particulière pour être absorbée par quelque effet de masse que ce fusse. Ils étaient similaires, frères de déchéance, de savoir et de folie. Sûrement le ressentait-il lui aussi, face aux soupirs langoureux, aux caresses continuelles de cette foule, cette excitation formidable, l'afflux étourdissant de son sang vers son sexe et cette incroyable envie de tuer encore et toujours.
« Sherlock Holmes. » Salua langoureusement le criminel, hochant la tête avec élégance.
« Moriarty. »
« Je suis heureux que vos activités ne vous aient pas empêché de venir à ma rencontre. » Entama Jim, charmeur, ses rétines courant sur la face pâle et harmonieuse du détective non sans contentement.
« Nulle occupation ne présentait un danger d'égale ampleur. » Nota sardoniquement l'homme de science, glissant une cigarette entre ses lèvres avec délicatesse comme il prenait appui aux côtés de Moriarty, les rétines ancrées aux eaux stagnantes sous ses pieds.
« Je ne vous inspire aucune crainte ? » Rit moqueusement son interlocuteur, reportant sa flasque à ses lèvres.
« J'ai pour vous un mépris si grand qu'il m'est impossible de nourrir à votre égard la plus petite frayeur. » Répondit placidement le consultant, une langue de fumée s'enroulant gracieusement à la sienne avant de s'élancer dans l'air glacial.
« Peut-être me faudrait-il tenter d'éveiller en vous, un sentiment plus noble, un plaisir nouveau. » Souffla Moriarty, sa voix délicieuse, rauque et maudite, laissant apercevoir quelques promesses du pire, d'obscures malédictions délectables à l'ouïe.
Lassé, le détective passa une main aérienne dans ses boucles balancées par le vent, questionnant, atone :
« Que me voulez-vous ? »
« Ma foi, vous devez en savoir suffisamment sur ma personne pour vous figurer ma surprise lorsque j'appris être soupçonné de meurtre et d'infamies innommables. J'en ai été si profondément troublé qu'il m'est devenu inconcevable de traiter cette affaire aberrante avec la procédure habituelle. Vous m'aviez interloqué Sherlock Holmes et sans même vous connaître, je savais du plus profond de mon être que je vous devais la plus belle des prestations. Vous connaissez l'adage, tout se paie, même votre insolence. Toutefois, je suis un homme bon, c'est pourquoi je vais plutôt vous offrir quelque chose. »
« Venez-en au fait. » Abrégea l'érudit, glacial, ses iris intransigeantes ancrées à celles sans vie de son interlocuteur.
« Je veux jouer avec vous monsieur Holmes, m'ancrer si profondément dans votre existence qu'il vous sera impossible de penser à un autre que moi. J'ai été un sujet d'enquête pour vous, la source d'une suite d'interrogations sans fin auxquelles vous n'avez tardé à me substituer les réponses. Je suis sorti de ma tanière et maintenant j'exige de vous que vous m'amusiez. Car vous me le devez bien. » Déclara doucereusement le psychopathe, ses rétines observant les reflets lumineux changeants des eaux sur les chairs porcelaines du consultant à ses côtés, la danse effrénée de ses mèches d'ébène sous le vent, les courbes enchantées de ses lèvres parées de rose.
Son œil froid admirant ce corps à sa disposition, les fêtes interminables qu'il lui promettait, ce plaisir fait de sang et de crime. Qu'il serait bon de jouer de ce corps-là ! Quelle musique ! Quel bonheur à venir !
« Je vous ferai arrêter, Jim. » Répondit le détective avec une simplicité indifférente, observant le criminel avec détachement.
Presque paresseux, il le guettait du coin de l'œil, sa phrase raisonnant dans l'air à la façon d'une vérité divine.
« Cette ville brûlera avant et votre cœur ne sera plus qu'un ignoble tas de cendre. »
« C'est un défi ? »
« Une promesse, monsieur Holmes. » Rectifia le criminel, le souffle court, grisé, transi d'une folle envie de sang. « Sachez que je vais revenir, spécialement pour vous. Aussi, assurez-vous d'être prêt. »
« Je le suis toujours. » Assura sombrement le détective, se retournant pour présenter une figure dénuée d'expression au jeune homme dont le corps s'était imperceptiblement penché dans sa direction. « En revanche, vous semblez quelque peu tendu. »
Jim eut un rire cristallin, d'une joie candide dont les éclats étaient chauds à l'écoute comme il couvrait du revers de son manteau, la bosse évidente gonflant son pantalon.
« Au revoir monsieur Holmes ! Faites attention à vous ! » Salua-t-il chaudement tandis qu'il se retirait avec gaieté, un sourire étincelant fendant son visage d'une beauté délicieuse, sa silhouette se dessinant sur le tableau resplendissant d'un coucher de soleil sur sa fin.
« Au revoir, Jim. »
Et voilà ! J'espère que ça vous a plu !
Merci et à bientôt !
A.
