All is black (and nothing is right)

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Chapitre 9

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Encore une fois je m'excuse pour le délai lol, mais vous devez avoir l'habitude maintenant. Je remercie aussi toutes celles et ceux qui me lisent, commentent, suivent et "favoritent" cette fic !

Et comme d'habitude je vais répondre à mes "petit(e)s anonymes" ^^ :

A Guest: Félicitation pour ton bac ! Désolée pour l'attente interminable entre les chapitres, je sais à quel point c'est frustrant lol. Mais je suis contente que ça te plaise toujours autant, et j'espère que ce sera toujours le cas avec ce nouveau chapitre !

A Unelectrice: Merci beaucoup ! C'est pas grave si tu ne le dis pas à chaque chapitre, une fois de temps en temps c'est bien aussi, le principal c'est que je sache ce que tu en penses, et de savoir que ça te plaît autant, et que tu ne peux pas t'arrêter de lire, c'est la meilleure motivation qui soit ^^

A fan nanonyme: Merci ! Oui le délai est un peu long entre chaque chapitre, désolée. En général il est d'à peu près un mois. En tout cas je suis heureuse de voir que tu l'aimes et merci de laisser tes impressions ! ^^

A Rina: Merci ! :D Voilà la suite ^^


Tout était calme autour de lui. Sanji reprenait conscience petit à petit, son esprit ayant du mal à franchir cette limite entre le sommeil et l'état éveillé. Il était bien, confortable. Un oreiller moelleux sous sa tête, un matelas tout aussi doux sous lui. Et puis cette chaleur qui émanait de quelque part à côté de lui. C'était bien trop agréable pour s'extraire de ce cocon.

Pourtant petit à petit ses souvenirs de la veille se rappelèrent à lui. Il se souvint de son mal de tête atroce, il se souvint de Chopper l'installant dans un coin de l'infirmerie, et il se souvint de Zoro. Un sourire heureux étira ses lèvres lorsqu'il se remémora tout ce qu'ils s'étaient dit. Une douce chaleur envahit son cœur. Zoro lui avait avoué sa reconnaissance, sa confiance. Il avait attendu ce moment depuis longtemps. Même s'il se doutait qu'il avait le respect du sabreur depuis longtemps déjà, il ne lui avait jamais dit, et honnêtement, il s'était résolu à ne jamais l'entendre. Ils étaient comme ça tous les deux, incapables de dire clairement ce qu'ils ressentaient l'un pour l'autre. Pourtant leurs gestes et leurs actions les révélaient de temps en temps.

Doucement, il reprit conscience de son corps. Se rappelant la veille, juste avant de s'endormir, lorsqu'il avait glissé sa main dans celle de Zoro, il remua un peu ses doigts, mais ils n'étaient pas entravés. Par contre, il sentait quelque chose de doux et de tiède sous ses coussinets. La peau de Zoro. Il comprit que dans son sommeil, il avait posé son bras sur son torse. Maintenant qu'il en était conscient, il ressentait de petits fourmillements dans chaque centimètre carré de sa peau en contact avec la sienne. C'était à la fois étrange et agréable d'être si proche de lui, d'être physiquement en contact avec lui en dehors des bagarres. Il remua légèrement la tête, et son menton rencontra l'épaule large du sabreur. Il sentait son odeur, un mélange de musc, de sueur, avec étrangement comme une odeur d'herbe coupée et de soleil. Le mélange était fascinant et il prit quelques grandes inspirations pour remplir ses poumons et tout son être de ce parfum unique.

Et puis il reprit petit à petit ses esprits, réalisant qu'il aurait l'air vraiment bête si quelqu'un le voyait comme ça. Heureusement que Zoro dormait encore d'ailleurs. Lentement, pour ne pas le réveiller, il retira son bras et le ramena près de lui. Son voisin réagit légèrement, mais ne se réveilla pas. Sanji respira plus librement, puis se demanda ce qu'il allait faire. Il n'avait plus sommeil, mais comme il ne savait pas l'heure qu'il était, il n'était pas sûr que le jour soit levé. Mais en tendant un peu l'oreille, il entendit des voix au loin, et décida de se lever.

Il venait juste de s'asseoir dans le lit, cherchant un peu ses repères pour sortir sans déranger le dormeur ni risquer de donner un coup involontaire à sa blessure, lorsque la porte de l'infirmerie s'ouvrit.

— Ah Sanji, tu es réveillé, s'éleva la petite voix de Chopper.

Il semblait en bien meilleure forme que la veille.

— Oui, je viens juste, répondit-il.

— Ce serait bien que Zoro se réveille aussi, il va falloir que je change ses pansements.

— Est-ce qu'il va bien ?

— Oui, j'ai enlevé sa perfusion un peu plus tôt, et ses données sont bonnes. La blessure sera un peu longue à se refermer, mais s'il reste tranquille tout ira bien, expliqua le médecin.

Sanji acquiesça en silence. Il se sentait un peu gêné que Chopper les ait vus dormir ensemble, mais il décida de ne pas le mentionner pour éviter tout embarras supplémentaire.

— Et toi comment tu vas ? Est-ce que tu as encore mal à la tête ? demanda le petit renne.

— Non, tout va bien.

Il hésita un instant, puis se décida à poser une question à son nakama. Il y avait quelque chose qui le dérangeait depuis la veille.

— Chopper, est-ce que tu sais… est-ce que tu sais pourquoi j'ai retrouvé la vue hier ?

Le silence se fit, puis Sanji entendit son ami approcher la chaise du lit et s'y asseoir.

— Le docteur Nô a dit que ça pouvait arriver. En fait d'après mes livres ça semble assez récurrent. Je ne sais pas exactement pourquoi, mais ça semble une étape importante de la guérison.

— Mais pourquoi c'est arrivé à cet instant précis ? insista Sanji.

— Le stress. On était en danger, toi aussi potentiellement, alors tu as réagi en fonction. Ton cerveau a mis toutes les chances de son côté pour que tu survives. C'est comme un instinct. Ça peut aussi se produire quand tu as un choc émotionnel important, ou que tu éprouves une grande peur.

— Je comprends…

— D'ailleurs est-ce que tu peux me dire ce qu'il s'est passé exactement ? Comment c'est revenu ?

— Je ne sais pas, c'est venu d'un coup. J'ai ouvert les yeux et il y a eu cette lumière aveuglante. Je les aie refermés tout de suite, c'était insupportable. Et puis j'ai réessayé, et petit à petit j'ai commencé à deviner des formes. C'était flou au début, et puis c'est devenu de plus en plus normal.

— C'était ta vision d'avant ?

— Comment ça ?

— Tu voyais toutes les couleurs ? Pas de déformations ? De taches noires ?

— Non, c'était normal. Par contre avant que ça ne disparaisse, il y a eu des taches noires, qui se sont agrandies, jusqu'à…

— D'accord, répondit Chopper pour lui éviter d'avoir à continuer cette phrase qu'il ne voulait vraisemblablement pas finir. Je pense que c'est bon signe tu sais. Tout fonctionne comme il faut. Il va juste falloir que tu sois patient.

— Tu crois que ça va se reproduire ?

— Peut-être, on ne peut pas savoir. Mais je pense que c'est très probable. Je pense que tu vas en avoir d'autres, qui vont durer chaque fois un peu plus longtemps, jusqu'à ce que ce soit définitif et que tu retrouves la vue.

Sanji acquiesça une nouvelle fois sans répondre. Si c'était le cas, alors il allait devoir s'y faire. Accepter à chaque fois de perdre à nouveau la vue, de retomber dans l'obscurité… Mais maintenant qu'il était au courant, peut-être que ce serait plus facile, il se ferait moins d'espoir et saurait ce qui l'attendait.

Il remercia Chopper et descendit enfin du lit avant de se diriger vers la cuisine, son estomac lui rappelant qu'il n'avait rien mangé depuis longtemps.


Lorsque Zoro se réveilla, son premier réflexe fut de tâter le matelas à côté de lui, son second d'essayer de se relever. Dans les deux cas, ce fut un échec. L'espace à côté de lui était vide, mais encore un peu tiède, et lorsqu'il tenta de se redresser, un sabot se posa sur son torse pour l'en empêcher.

— Il est où ? demanda-t-il en fixant son regard sur Chopper.

— Il vient d'aller dans la cuisine, répondit celui-ci aussitôt.

Il ne manqua pas la petite lueur amusée dans ses yeux noirs et décida de ne pas insister.

— Reste allongé pendant que je prépare les nouveaux pansements, ordonna le renne en essayant de mettre une certaine menace dans son regard. Je t'aiderais à t'asseoir après, tu ne peux pas encore le faire seul sinon ça va tirer sur la blessure.

Zoro décida pour une fois d'écouter le petit médecin. Pendant qu'il fouillait quelque part près de son bureau, il tourna la tête vers l'espace où se trouvait Sanji encore quelques minutes plus tôt. Il pouvait encore sentir son odeur émaner de l'oreiller, et il sentait encore le toucher fantôme de sa main fine dans la sienne.

A la lumière du jour, il se sentait un peu stupide de lui avoir demandé de dormir avec lui. Pourtant il ne le regrettait pas. Il avait aimé sa présence à côté de lui. Il avait aimé être si proche de lui qu'il sentait son souffle contre sa peau, qu'il voyait ses cils papillonner contre ses joues dans son sommeil. Il ne savait pas ce que cela voulait dire, et il n'était pas vraiment sûr d'avoir envie de le savoir. Mais il avait aimé ça, et il n'était pas du genre à ignorer ce qu'il ressentait. Il l'assumait pleinement et si l'occasion se représenterait, il la prendrait sans y réfléchir plus. Il verrait bien comment Sanji réagirait.

Il tenta t'écarter le blond de ses pensées le temps que Chopper s'occupe de ses bandages, puis il suivit ses conseils et se rendormit, l'esprit tranquille.


Un peu plus tôt, ce matin-là, il y eut une réunion stratégique au cours du petit déjeuner collectif. Luffy avait décidé que ce jour serait le jour où il mettrait une bonne raclée à tous ces monstres qui s'en étaient pris à son sabreur et son médecin, et le jour où ils trouveraient le trésor. Et lorsque leur Capitaine était à ce point décidé, les autres mettaient tous leurs talents respectifs à contribution pour combler ses attentes.

Ils avaient une nouvelle fois écouté Chopper raconter leur aventure, décrire leurs ennemis, leurs forces, leurs armes… Ils avaient tout d'abord pensé à un plan, une fois la cible en vue, deux groupes qui attaqueraient de deux endroits différents, par surprise, mais finalement, ils décidèrent de jouer la prudence et de rester groupé. Ils allaient prendre le même chemin que Chopper, Zoro et Sanji la veille, armés le plus possible et prêts à tout. Ils finiraient bien par trouver ce qu'ils cherchaient. C'était le genre de plan simple et direct que Luffy affectionnait, et après avoir demandé la préparation de nombreux "bento de l'aventure" il était déjà prêt à débarquer. Il lui fallut pourtant ronger son frein le temps que ses nakama se préparent, et un peu plus d'une heure plus tard, ils mirent enfin pied à terre.


Lorsqu'il se réveilla la deuxième fois, Zoro fut assourdi par le calme qui régnait à bord. Il crut un instant qu'il était seul, mais le petit trot des sabots de Chopper près de lui lui apprirent que non. Il ouvrit l'œil et le chercha du regard. Le petit médecin rangeait des bandes un peu plus loin. Le sabreur se repositionna et attendit que son ami remarque qu'il était réveillé.

Il se sentait mieux que ce matin. A part le tiraillement de la blessure dans son flanc, tout semblait normal. Il ne ressentait pas celle dans son dos, mais il se doutait bien que dès qu'il se lèverait elle le rappellerait à l'ordre. Il se demanda combien de temps il allait devoir rester comme ça. Il commençait déjà à voir des fourmis dans les jambes et l'envie de se lever et de ne serait-ce que marcher se faisait de plus en plus forte.

— C'est calme, remarqua-t-il doucement, incapable d'attendre plus longtemps.

Il entendit son ami sursauter puis se rapprocher.

— Ils sont tous partis à la recherche des monstres et du trésor, annonça Chopper.

Zoro resta silencieux, mais l'inquiétude monta en lui à cette nouvelle.

— Luffy est avec eux, tout ira bien, le rassura le médecin qui semblait avoir senti son appréhension.

Il s'éloigna ensuite quelques instants avant de revenir vers lui, la mine un peu plus enjouée.

— Je vais profiter que tu sois réveillé pour vérifier la blessure dans ton dos, expliqua-t-il.

Le bretteur acquiesça, et avec son aide et un peu de difficultés au début, il réussit à s'asseoir sur le bord du lit. C'est là qu'il remarqua que la perfusion qu'il avait gardée toute la nuit avait disparu. Il resta immobile le temps que Chopper défasse les bandages qui l'entouraient et inspecte la plaie. Mais quand il revint dans son champ de vision et qu'il remarqua une bande entourant son bras gauche, il fronça les sourcils.

— Tu as été blessé aussi ? demanda-t-il.

— Oh oui, c'est rien, répondit Chopper semblant se rappeler tout à coup sa blessure. Ce n'est qu'une égratignure. Demain ça ne se verra même plus.

— Tant mieux, répondit Zoro, rassuré.

— J'espère que personne ne sera blessé, remarqua Chopper quelques instants plus tard. Ils étaient quand même forts, et on ne sait pas s'il y en a beaucoup d'autres…

Zoro s'apprêta à lui répondre, lui rappelant ce qu'il lui avait dit un peu plus tôt sur la présence de Luffy, quand un bruit de métal se fit entendre de l'autre côté de la porte.

— C'est Sanji, répondit Chopper à son lever de sourcil interrogateur. Il a insisté pour faire le repas de ce midi.

Une nouvelle inquiétude s'ajouta aux autres dans le cœur de Zoro. Certes il comprenait l'envie du Cook de reprendre son travail, mais c'était tout de même risqué de s'y remettre alors qu'il était seul en cuisine. Qu'arriverait-il s'il se brûlait, ou s'il se coupait. Est-ce qu'il était prêt à risquer ses précieuses mains, est-ce que ce n'était pas un peu trop tôt ?

— Je pense qu'il en a besoin, remarqua doucement Chopper. Ça lui manque vraiment.

Le sabreur ne répondit pas, mais il comprit ce que le petit médecin venait de dire. Lui-même allait probablement être interdit d'entraînement pendant quelques temps, et ça lui manquait déjà. Alors il comprenait vraiment bien ce que le Cook devait ressentir.

— Tu crois que je peux me lever et aller dans la cuisine pour manger ? demanda-t-il tout à coup.

Chopper prit le temps de terminer d'enrouler à nouveau la longue bande autour de son torse maintenant les pansements, avant de répondre.

— Ok, mais pas longtemps, après je veux que tu reviennes t'allonger.

— Merci Chopper, remercia-t-il, reconnaissant.


Pendant ce temps, les six autres membres de l'équipage avançaient à bon train en direction du centre de l'île. D'après les prédictions de Nami, ils atteindraient leur but en début d'après-midi, et aurait ainsi plusieurs heures avant la tombée de la nuit pour chercher et trouver leur cible.

Un peu avant la pause déjeuner, ils découvrirent les traces de la bataille de la veille. L'herbe était piétinée, des feuilles et des branches recouvraient le sol là où Sanji s'était évertué à construire un traîneau, Franky trouva même un morceau de lance oublié. Pourtant, il n'y avait nulle trace des deux corps qui auraient dû être présents, signe que quelqu'un était venu les chercher. D'après Robin, il ne faisait maintenant plus aucun doute que les deux géants n'étaient pas seuls sur cette île.

Nami décida de faire leur pause ici, au grand bonheur de Luffy qui n'en pouvait plus d'attendre le repas. Ils allaient entrer à partir de maintenant dans l'inconnu, et ils devaient reprendre leurs forces avant tout affrontement.

Au moment de partir, ils durent réveiller leur Capitaine qui s'était allongé après avoir englouti son bento, et ils décidèrent d'être de plus en plus prudents en remarquant qu'une fatigue anormale s'infiltrait de plus en plus dans leurs veines.

Après deux nouvelles heures de marche, qui leur parurent bien longues et fatigantes, ils atteignirent enfin le centre géographique de l'île. Les choses sérieuses allaient commencer.


Lorsqu'ils sortirent de l'infirmerie, Chopper et Zoro découvrirent Sanji affairé dans sa cuisine. Le bretteur prit quelques secondes pour l'observer tandis que son ami avançait dans la pièce. Les gestes du Cook n'étaient pas aussi assurés ni rapides que d'ordinaire, mais il devait avouer qu'il semblait se débrouiller plutôt bien. Une impression de normalité se dégageait de la scène et Zoro en était soulagé et heureux.

— Tu devrais t'asseoir Zoro, conseilla Chopper, le sortant de ses pensées.

— Tu l'as laissé sortir ? s'étonna Sanji qui n'avait pas remarqué sa présence.

Il se tourna vers eux et son expression sereine et heureuse ne manqua pas de faire sourire Zoro.

— Uniquement pour manger, répondit le petit médecin.

— C'est bientôt prêt, informa Sanji. C'est tout simple mais j'ai préféré faire quelque chose d'inratable.

— Ce sera toujours mieux que moi, remarqua Zoro.

Le Cook sembla se figer un instant à ce compliment caché avant de reprendre ses gestes. Zoro l'observait du coin de l'œil, appréciant de plus en plus ce sentiment que tout était rentré dans l'ordre. Il comprit à cet instant que la présence du cuistot en cuisine lui avait manqué, et que les choses n'étaient pas comme elles devraient l'être quand il n'y était pas. C'était sa place, là où il passait habituellement le plus clair de ses journées, là où tout le monde était sûr de le trouver. C'était son monde, son chez lui, là où il s'exprimait, et là où il se sentait le mieux. Cela transparaissait dans son attitude, dans ses mouvements. Il ne l'avait pas vu aussi heureux ni aussi bien dans sa peau depuis longtemps. A cet instant, il ne se souciait que peu de l'expression béate qui devait transparaître sur ses traits, ni du fait que Chopper était en train de le regarder en souriant. Il ne pouvait détacher ses yeux du Cook, détaillant chacun de ses mouvements et imprimant cette scène dans son cerveau.

Il ressentait quelque chose de nouveau pour le cuistot. Comme si un lien les unissait désormais, là où auparavant il n'y avait qu'une ligne discontinue. Il n'aurait jamais cru qu'un jour il se soucierait autant de lui, ni qu'il apprécierait autant sa présence, la recherchant même. Il ne savait pas ce qui avait changé, si c'était lui, ou le Cook, ou peut-être les deux. Il ne savait pas non plus ce que cela signifiait. Il n'avait jamais été très doué avec les relations humaines. Etait-ce le début d'une solide amitié ? Ou bien quelque chose de plus important, de plus profond ? Et puis au fond, peu importait. Il était le genre d'homme à agir selon ses envies, ses instincts, alors à quoi bon disséquer tout ce qu'il ressentait, il laisserait faire les choses et verrait bien ou tout cela le mènerait.

Il se releva pour aider Chopper à mettre la table, puis ils s'y installèrent tous quelques minutes plus tard, un grand plat de pâtes à la crème et aux dés de jambon pour repas devant eux. C'était comme à l'accoutumée délicieux, et là encore, il découvrit que cela lui avait manqué. Il approuva silencieusement quand Chopper félicita Sanji de cette réussite, appréciant le petit air de fierté qui se dessina sur le visage du cuistot.

— J'espère que ça va bien se passer pour eux, se demanda Sanji au milieu du repas, incapable de garder le silence plus longtemps.

— Bien sûr que ça ira bien, répondit Zoro d'un air agacé. J'ai réussi à en battre deux sans trop de problème, alors ça devrait être facile pour eux tous.

— Ouais, à part une lance qui t'a embrochée comme un cochon de lait, rétorqua Sanji, sarcastique.

Le regard noir de Zoro dans la direction de leur cuisinier incita Chopper à s'interposer.

— On se calme tous les deux, c'est vraiment si dur que ça d'être dans la même pièce sans se taper dessus ?

Il n'eut aucune réponse. Pourtant, après ce qu'il avait vu ce matin, il se serait attendu à un peu plus de civilité, mais les deux idiots semblaient se comporter comme si rien ne s'était passé, et cela dépassait le petit médecin. Quand allaient-ils enfin ouvrir les yeux et arrêter de se conduire comme des gamins ?

— Mais on ne sait pas s'ils sont nombreux, rappela finalement le petit cervidé.

— De toute façon on ne peut rien y faire, juste attendre leur retour et leur faire confiance. Luffy est avec eux, et il ne laissera personne se faire blesser, répondit Zoro.

Il avait décidé de mettre son inquiétude de côté et de placer ses espoirs dans leur Capitaine et le reste de leur équipage. Après tout, ils étaient tous devenus plus forts, et il ne doutait pas que même Usopp pouvait abattre l'un de ces géants s'il y mettait suffisamment du sien.

— Et puis on devrait aussi s'inquiéter pour nous, remarqua Sanji après un silence. Après tout, d'après les légendes, les navires aussi ont disparu. Qui nous dit qu'il n'y a pas quelques-unes de ces bêtes qui se dirigent vers nous à l'instant où on parle ?

S'il avait eu l'usage de ses yeux, il aurait vu leur petit médecin tressaillir d'effroi.

— Et avec un estropié et un aveugle, je ne donne pas cher de notre peau…, termina-t-il.

Il eut à peine le temps de terminer sa phrase qu'il sentit le pied du bretteur percuter douloureusement sa jambe sous la table. Il mit quelques instants à réaliser le pourquoi du geste et tenta de trouver une parade rapidement dans le but de rassurer leur ami.

— Mais c'est possible aussi que ce ne soit pas le cas, après tout ils n'avaient pas l'air si intelligent que ça…

Le silence lui répondit et il se demanda s'il avait réussi son coup. Mais il décida de ne pas insister plus et de s'enfoncer d'avantage.

— Je vais aller chercher le dessert, annonça-t-il en se relevant après quelques minutes.

Il revint avec un plateau en main, trois coupes de salade de fruits bien en équilibre dessus.

Zoro le regarda poser les coupes sur la table avec une aisance naturelle puis ramena la sienne vers lui. Il n'attendit pas pour l'entamer, mais s'arrêta après la première cuillerée. Le Cook avait eu la délicate attention d'ajouter de l'alcool dans la sienne, et il en fut touché. Il n'en dit rien cependant, de peur que Chopper lui interdise de la finir. Ce n'était pas grand-chose, mais il avait toujours été sévère avec l'alcool quand il était blessé et convalescent.

Ils terminèrent rapidement leur repas, parlant de sujets plus légers, puis Chopper aida Sanji à débarrasser la table avant de se diriger vers la porte.

— Je vais aller jeter un coup d'œil, voir si tout va bien, annonça-t-il. Zoro, je veux que tu retournes te coucher au plus vite.

Le concerné grommela son mécontentement, sans pour autant oublier de lui promettre qu'il le ferait. Le petit médecin disparut alors, laissant les deux hommes seuls. Un léger malaise s'installa immédiatement, aucun ne sachant quoi dire pour briser le silence. Finalement, Zoro se releva avec, même s'il refusait de l'admettre, un peu de difficultés, et se dirigea vers la cuisine.

— Qu'est-ce que tu fais ? demanda Sanji.

— Un café. Tu en veux ?

— Oui, s'il te plaît, répondit-il.

Le silence régna à nouveau le temps de la préparation du breuvage, puis Zoro se réinstalla à sa place.

— Désolé, murmura Sanji.

— Pourquoi ? s'étonna le bretteur.

— Tout à l'heure, avec Chopper. Je n'aurais pas dû dire ça.

— Tu n'as pas à t'excuser. Après tout, c'est la vérité. Et puis ça ne l'aidera pas à s'améliorer si on le protège constamment.

— C'est vrai…, reconnut Sanji avant de prendre une gorgée de sa boisson. Tu crois qu'ils vont venir ?

— J'en ai aucune idée. Mais j'espère que non. Avec un peu de chance, les autres vont accaparer leur attention et on sera tranquille. On aurait peut-être dû éloigner le Sunny de la côte avant qu'ils ne partent…

Ils restèrent silencieux à ce constat, chacun perdu dans ses pensées.

— Je devrais retourner m'allonger avant que Chopper ne revienne, annonça finalement Zoro en reposant sa tasse vide. Tu voudras de l'aide pour la vaisselle ?

— Non c'est bon, je la ferais plus tard, il n'y a pas grand-chose de toute façon.

— Ok, répondit simplement le blessé avant de se relever et disparaître dans l'infirmerie.

Sanji prit quelques minutes le temps de terminer sa cigarette, puis tâtonna sur la table et empila tout ce qu'il y trouva sur le plateau posé à côté de lui. Il emmena tout dans la cuisine et le posa près de l'évier avant de revenir dans la salle à manger. Il resta quelques instants, debout, réfléchissant, puis se décida et se dirigea à son tour vers l'infirmerie.

— Tu dors ? demanda-t-il en passant la tête par l'entrebâillement.

— Non, répondit simplement Zoro. Qu'est-ce que tu veux ?

— Est-ce que… est-ce que je peux passer un peu de temps avec toi ? demanda-t-il en faisant quelques pas à l'intérieur. Je ne sais pas quoi faire en attendant leur retour.

— Ok, acquiesça le bretteur après quelques secondes.

— Avant, j'aurais pris un bouquin ou profité de l'occasion pour faire l'inventaire ou nettoyer la cuisine, mais là…

— Tu n'as pas à te justifier tu sais, remarqua Zoro en souriant.

Il l'aida à s'asseoir sur le lit, dans lequel il était assis, le dos reposant sur des oreillers pour ne pas trop tirer sur ses blessures. A vrai dire, il n'était pas contre un peu de compagnie non plus. Il avait dormi une bonne partie de la matinée et le sommeil le fuyait.

— Au fait, merci pour l'alcool dans les fruits, commença Zoro assez maladroitement pour entamer un semblant de conversation.

— C'est rien, balaya Sanji d'un revers de la main. J'ai pensé que ça te ferait plaisir.

— C'est le cas, reconnut-il doucement.

Son regard se porta sur les mains de Sanji, qui jouaient distraitement avec les plis des draps. Il n'avait jamais vraiment pris le temps de les observer. Bien sûr, il connaissait leur aspect général, il savait qu'elles étaient fines, avec de longs doigts. Mais il fut surpris de constater qu'elles n'étaient pas si immaculées que ce à quoi il s'était attendu. Outre les quelques marques blanches, souvenirs d'anciennes coupures, elles avaient quelques callosités cachées dans la paume, dues au maniement quotidiens des couteaux. Et elles n'avaient rien de féminin non plus mis à part leur finesse. Elles étaient clairement des mains d'homme, et Zoro les apprécia d'autant plus. Il remarqua aussi les brûlures qu'il s'était fait la veille avec les cordes. Elles avaient bien meilleure mine que le jour précédent et semblaient guérir à vue d'œil, ce qui le rassura.

Sans trop savoir pourquoi, il rapprocha sa main de celle du Cook qui était la plus proche de lui. Doucement, il vint frôler ses doigts des siens, observant les changements sur le visage de Sanji. Il paraissait comme perturbé, mais il ne chercha pas à couper le contact pour autant. Cela le conforta dans ses intentions, et, comme Sanji l'avait fait la veille, il glissa ses doigts entre les siens et ne s'arrêta que lorsque leurs deux paumes se recouvrirent. C'était stupide à quel point un si petit contact lui faisait tellement de bien. Il sentait la chaleur passer de sa paume à la sienne, pour se diffuser dans tout son bras. Il se sentit tellement bien qu'il ferma l'œil et se concentra sur les battements de cœur qu'il percevait faiblement dans cette paume, sur la respiration régulière et douce du Cook, et sur le balancement lent du navire sous le clapotis des vagues.


— Zoro ? demanda doucement Sanji, porté lui aussi par la chaleur de sa main dans la sienne. Pourquoi tu fais ça ?

Il se sentait perdu, ne sachant ce qu'il devait attendre de cette intimité qui s'installait entre eux. Il ne savait pas s'il devait s'en réjouir. Il ne savait pas si ce n'était que passager, si ce n'était qu'une phase. Il ne voulait pas se donner de faux espoir, ayant peur de la chute le jour où Zoro en aurait assez, le jour où il arrêterait tous ces petits gestes et où il s'éloignerait de lui. Il ne savait plus quoi penser et devait en avoir le cœur net.

— Zoro ? répéta-t-il lorsqu'il n'eut pas de réponse.

Toujours aucune réaction.

— Tu dors ?

Il tendit l'oreille et perçut la respiration plus profonde et plus lente du blessé, et comprit qu'il s'était en effet endormi. Il soupira, résigné à devoir attendre encore avant d'obtenir des réponses à ses questions. Il resta immobile de longues minutes, sans oser retirer sa main de la sienne, appréciant ce bonheur éphémère, presque coupable, de cette connexion avec lui.

Et puis il se releva finalement et se pencha au-dessus du dormeur jusqu'à déposer un baiser sur son front. Il se redressa ensuite en laissant sa main caresser sa joue, puis quitta l'infirmerie sans un bruit.


Il fallut plusieurs minutes à Zoro pour reprendre entièrement conscience. Des bruits et des éclats de voix dans la pièce voisine l'avaient tiré de son profond sommeil. Lorsqu'il ouvrit finalement l'œil, la première chose qu'il remarqua fut qu'il s'était endormi sans s'en rendre compte, alors que Sanji était encore présent. La deuxième fut que le Cook en question avait maintenant disparu. Il fronça les sourcils, puis, lorsqu'il réalisa ce que les voix dans la salle à manger signifiaient, il entreprit de s'asseoir dans son lit pour se lever ensuite. Il avait hâte d'entendre leur histoire. A priori, aucun blessé n'était à déplorer puisqu'il était seul dans l'infirmerie, donc elle promettait d'être bonne.

Luffy fut le premier à remarquer sa présence lorsqu'il entra dans la pièce.

— Super, maintenant que Zoro est là on va pouvoir commencer ! s'exclama-t-il.

— Commencer quoi ?

— A vous raconter notre aventure !

Le bretteur ne put s'empêcher de sourire devant un tel enthousiasme. Son regard se posa sur un joli tas d'or et de pierres précieuses dans un coin de la cuisine, gardé jalousement par Nami. Apparemment, leurs amis avaient atteint leur but.

Robin, Brook et Sanji s'affairaient en cuisine et se relayaient pour apporter sur la table des plats emplis de nourriture, promesses d'une fête improvisée. Il repéra aussi quelques bouteilles d'alcool et se sentit soudain impatient de commencer. Mais avant toute chose, il se dirigea vers la cuisine, prit un verre dans un placard avant de se retourner vers l'évier pour le remplir d'eau. Sanji était debout à côté, un sourire aux lèvres et son regard vide balayant la pièce par-dessus le comptoir.

Sans trop savoir pourquoi, Zoro posa sa main dans le bas de son dos le temps de boire son verre d'eau, qui fit du bien à sa gorge sèche. Il sentit le Cook se tendre à ce geste, puis il se relâcha doucement, sans pour autant bouger. Il semblait comme paralysé, et il tourna légèrement sa tête vers lui comme s'il espérait trouver des réponses par ce simple geste. Le bretteur sourit, puis posa son verre à présent vide dans l'évier et s'éloigna pour aller s'asseoir à table.

— Allez viens Sanji ! lança Luffy bruyamment. On n'attend plus que toi !

— J'arrive, j'arrive, répondit le cuistot en allumant une nouvelle cigarette.

Il avait déjà repris ses esprits et s'assit à son tour autour de la table débordant de victuailles. La soirée promettait d'être parfaite.

Ils commencèrent à manger, parlant entre eux de tout et de rien, puis lorsqu'ils furent un peu rassasiés et qu'ils ralentirent un peu, Usopp se leva, un air important au visage.

— Mes amis, à présent que vous avez le ventre plein, permettez-moi de vous raconter la nouvelle aventure du Capitaine Usopp et de ses 6000 guerriers !

Tous les regards se tournèrent vers lui, et pour une fois, personne ne trouva de remarque à faire. Ils se turent simplement, et écoutèrent leur ami raconter son histoire, le sourire aux lèvres. Un instant décontenancé par cet auditoire étrangement attentif, le conteur commença finalement le récit de leurs aventures d'une voix forte et assurée.

— Le Grand Capitaine Usopp et ses compagnons partirent au petit matin, chargés d'un déjeuner consistant et d'un grand espoir. Sous le commandement de leur leader, chacun savait que cette mission allait être une réussite. Le Grand Capitaine Usopp prit la tête et mena ses hommes d'un bon train en direction du centre de l'île. Après plusieurs heures de marche, il octroya à ses compagnons un repos bien mérité lorsque, au détour d'une colline, il découvrit le lieu de bataille légendaire où ses fidèles compagnons Zoro le sabreur, Chopper le médecin, et Sanji le cuisinier avaient mis à terre deux énormes créatures à l'allure simiesque.

Mais le Grand Capitaine Usopp n'avait pas besoin de repos, quelques heures de marche n'étant rien pour ce surhomme. Il inspecta donc la scène, remarquant l'absence étonnante de corps. Mais nul doute qu'il y avait eu à cet endroit un grand combat. L'herbe, qui tout autour était haute et moelleuse, était à cet endroit piétinée. Son regard perçant remarqua des traces de sang, et un peu plus loin, un reste de lance brisée. En concertation avec sa grande archéologue Robin et fin stratège, il déduisit la présence d'autres créatures dans les environs. Ses compagnons tressaillirent d'effroi à la pensée que des êtres si puissants et dangereux puissent, à cet instant, les observer dans le but de les attaquer. Mais le Grand Capitaine Usopp rassura ses hommes "Tant que je serais là", dit-il "vous ne craindrez rien. Ces créatures, aussi grandes et puissantes soient-elles, ne sont rien face à ma force incommensurable. Dès qu'ils me verront, ils tomberont à genoux devant ma grandeur et me supplieront d'épargner leur vie."

Nami roula des yeux à cet instant, et Robin cacha son sourire derrière sa main. Mais Chopper et Luffy étaient tous deux pendus aux lèvres de leur ami et buvaient ses paroles. Le Capitaine semblait d'ailleurs avoir oublié qu'il avait fait partie de l'expédition. Mais la petite agitation se calma aussitôt lorsqu'Usopp continua son récit.

— Sur ces paroles réconfortantes, le Grand Capitaine Usopp invita ses compagnons à se restaurer, ce qu'ils firent avec joie. Lorsqu'ils eurent repris des forces, ils reprirent leur route, sans oublier de réveiller auparavant leur compagnon au chapeau de paille, qui s'était assoupi de façon assez étrange. Ils marchèrent, leur Grand Capitaine Usopp en tête, pendant encore environ une heure, dans ce paysage toujours aussi bucolique et printanier. Et puis ils arrivèrent devant une forêt. Une forêt qui, de l'extérieur, paraissait tout aussi accueillante. Mais le Grand Capitaine Usopp en avait vu, des forêts. Des forêts de toutes sortes, de toute taille, et il savait, en se tenant devant celle-ci, qu'elle était particulière. Mais il préféra garder ses méfiances pour lui, peu désireux d'effrayer ses compagnons. Ils y entrèrent donc, et il ne fallut que quelques centaines de mètre pour que les suspicions se transforment en faits. Cette forêt était sombre, peu de lumière atteignait le sol moussu. Le silence était oppressant. Pas un chant d'oiseau, pas un crissement d'insecte, pas même un souffle de vent dans les feuilles. Pourtant, malgré cette absence de brise, le bois craquait sinistrement, les branches frottaient les unes contre les autres, créant des sons d'outre-tombe à faire dresser les cheveux sur la nuque des plus peureux. Mais le Grand Capitaine Usopp était tout sauf effrayé. Il guida ses compagnons d'un pas assuré à travers les arbres, trouvant un sentier qui les mèneraient à la sortie. La fatigue se fit de plus en plus sentir, pesant un peu plus sur leurs épaules à chaque pas. Mais les compagnons tinrent bon et luttèrent contre l'épuisement…

A cet instant, Sanji ouvrit la bouche pour interrompre son ami, désireux d'en apprendre plus sur cette fatigue étrange, lorsque Robin le devança.

— Permettez-moi de préciser que cette fatigue n'était en rien naturelle. Je pense que dans cette forêt se trouve une plante, ou des plantes, qui ont la capacité de relâcher dans l'atmosphère des substances soporifiques, et que ces effets, suivant le sens du vent, peuvent être portés bien au-delà des limites de la forêt.

— Alors ça expliquerait pourquoi on s'est endormis hier, comprit Sanji.

— Probablement, acquiesça Robin. Avec notre Grand Capitaine Usopp ici présent, j'ai récolté quelques échantillons de plantes qui nous étaient inconnues, pour toi Chopper.

— Oh merci Robin ! J'ai hâte de les étudier, s'écria le petit médecin.

L'archéologue sourit à nouveau avant de se tourner vers le tireur d'élite.

— Mais je vous en prie, Grand Capitaine Usopp, continuez votre récit.

— Merci pour cette précision Robin. Pour en revenir donc à notre aventure, c'est alors qu'après un peu plus d'une heure de marche, les compagnons débouchèrent sur une immense prairie vallonnée. Les herbes hautes et sèches formaient des vagues sous le vent qui soufflait, quelques grands arbres majestueux s'élevant ici ou là. Et à quelques distances, sur la gauche des valeureux aventuriers, ils découvrirent un petit village, composé de maisons rudimentaires et communautaires, de tailles remarquables. De là, ils purent apercevoir pour la première fois ces énormes créatures à l'allure de gorille. Une petite tête, de longs bras, des jambes courtes et arquées, ils ne renvoyaient pas une image très intelligente de leur espèce.

Par mesure de sûreté envers ses hommes, dont certains tremblaient de peur, le Grand Capitaine Usopp décida d'observer l'ennemi avant de lancer toute attaque. C'est ainsi qu'il remarqua une activité inhabituelle à l'une des extrémités du hameau. Trois des créatures entassaient des branches et des fagots de bois, jusqu'à une hauteur considérable.

Le conteur fit une pause à cet instant, désaltérant sa bouche d'une grande gorgée d'eau. Il n'avait que rarement eu un auditoire aussi attentif et la sensation qu'il en retirait était exhilarante. Il balaya rapidement du regard les visages entourant la table, puis, satisfait, reprit son histoire.

— Il ne fallut que quelques instants au Grand Capitaine Usopp pour comprendre ce qu'il se passait. Les créatures constituaient un bûcher pour envoyer leurs morts dans l'au-delà. C'est alors qu'il établit son plan audacieux. Il en fit part à ses hommes qui, stupéfaits devant tant de génie, ne purent qu'approuver cette stratégie. Ils attendirent donc tous dans l'ombre de la forêt le moment propice pour s'infiltrer dans le village. Ce moment arriva à peine deux heures plus tard, lorsque des flammes s'élevèrent du bûcher, de plus en plus grande. Toutes les créatures semblaient s'être rassemblées autour de leurs morts. Sans un bruit, le Grand Capitaine Usopp et ses hommes avancèrent rapidement et envahirent le village. Ils se dispersèrent, fouillant les quelques maisons tout en longueur qui entouraient une petite place en terre battue. L'objectif était simple, trouver des indices menant au trésor convoité. En effet, dans sa grande mansuétude, le Grand Capitaine Usopp avait décidé d'épargner ces créatures de son courroux pour avoir blessé ses fidèles compagnons.

A cet instant, tous échangèrent des regards moitié consternés, moitié blasés, à l'insu du conteur. Zoro chercha le regard de Luffy, se demandant comment ils avaient réussi à le détourner de sa mission première de "casser la gueule à ces enfoirés". Mais rien sur le visage de leur capitaine n'indiquait de la colère ou de la frustration, au contraire, un grand sourire étirait ses lèvres. Le sabreur décida d'écouter la suite du récit sans l'interrompre, espérant trouver une réponse à sa question.

— Ce fut sans surprise que la fidèle et remarquable navigatrice du Grand Capitaine Usopp découvrit finalement une carte, rudimentaire mais assez compréhensible, sur l'emplacement du trésor. Dans le silence le plus total, ils s'éloignèrent du village et, sans perdre un instant, commencèrent leur quête. L'ambiance était joyeuse et les voix se délièrent à mesure que le village s'éloignait. Finalement à peu de distance des créatures, un peu plus loin dans la plaine, ils trouvèrent une colline, un peu plus élevée que les autres, avec contre son flanc, un énorme rocher cachant très certainement une ouverture. C'est alors que Franky le magnifique entra en action…

Des sourires éclairèrent les visages lorsque Franky se redressa fièrement sur sa chaise.

— En un rien de temps, grâce à sa force herculéenne, continua Usopp en souriant lui aussi de la réaction de son nakama, le rocher fut dégagé, et un tunnel mis à jour. Gagnés par l'excitation de la découverte, les compagnons s'y engouffrèrent. Le tunnel n'était pas très long, et bientôt, ils débouchèrent sur une salle circulaire, dont le centre était occupé par un amoncellement d'or. Les hommes du Grand Capitaine Usopp restèrent quelques minutes bouche bée devant ce spectacle, puis ils reprirent leurs esprits et, à eux tous, réussirent à tout emporter. Ils sortirent du tunnel et retrouvèrent la lumière aveuglante du jour. Mais c'est alors, que les ennuis commencèrent.

Usopp fit une pause à cet instant pour accentuer le côté dramatique de l'histoire. Il balaya à nouveau l'assemblée du regard et, remarquant une fois encore que tous étaient pendus à ses lèvres, il se décida à continuer.

— Des créatures, par dizaines, encerclaient la colline. Par un système quelconque, ils avaient été mis au courant de l'effraction et se tenaient là, devant le Grand Capitaine Usopp et ses hommes, prêts à défendre leur trésor. C'est alors que dans sa jeunesse intrépide, Luffy se lança à l'assaut sans plus de réflexion. Il eut temps de mettre à terre le premier d'entre eux avant que les autres ne réagissent et que les compagnons du Grand Capitaine Usopp ne se joignent au combat. Celui-ci fut rude et intense, mais les compagnons étaient à la hauteur de la grandeur de leur Grand Capitaine, et chacun apporta son aide à la destruction de l'ennemi. Finalement, le dernier fut mis à terre par le grand épéiste Brook. Fatigués mais heureux de leurs exploits, les compagnons prirent finalement le chemin du retour, chargés du butin des créatures. Et lorsqu'ils revinrent à bord de leur fidèle navire, ils organisèrent une grande fête pour célébrer l'occasion, et c'est dans les rires et les chants que se termina cette nouvelle aventure du Grand Capitaine Usopp.

Le silence s'ensuivit, chacun reprenant ses esprits après cette histoire longue et détaillée. Ceux qui y avaient participé revivant probablement ce qu'il s'était passé ce jour-là, les autres essayant d'imaginer ce que cela avait dû être.

— C'est un gros trésor ? demanda finalement Sanji.

— Assez oui, répondit Nami d'une voix excitée. On va pouvoir le vendre à la prochaine escale et faire le plein. En se débrouillant bien on pourra même en mettre un peu de côté.

— Namiii, s'éleva soudain la voix de Luffy. Est-ce que je peux garder ça ?

Il s'était relevé de table et avait un peu fouillé dans le trésor. Il tenait à la main une couronne en or, ornée de joyaux.

— Qu'est-ce que tu veux faire d'une couronne ? demanda-t-elle exaspérée.

— Bah, je vais devenir le Roi des Pirates non ? Un roi ça doit avoir une couronne.

— Et ton chapeau ? demanda Chopper.

— J'ai promis à Shanks de lui rendre quand je le verrais. Donc j'ai besoin d'une couronne.

— Hors de question, trancha Nami.

— Allez, s'il te plaît~ !

— Non. Ce serait ridicule de garder ça alors qu'on peut en tirer un bon paquet d'argent. Si tu veux vraiment une couronne on t'en trouvera une le moment venu.

— T'es pas marrante Nami…, bouda Luffy, dépité.

— Tu peux la garder jusqu'à la prochaine île, mais ne t'avise pas de la perdre ou de l'abîmer ! menaça-t-elle.

— Merciii Namii !

Le Capitaine sauta de joie avant de placer la couronne sur sa tête, par-dessus son chapeau. Elle tomba jusqu'au bord, cachant le ruban rouge, et Zoro trouva l'effet ridicule. Mais si Luffy était heureux, alors peu importait.

— Donc on fait quoi maintenant ? demanda-t-il ensuite. On met les voiles ?

— Oui, on n'a plus rien à faire ici, acquiesça Nami.

— Le mystère de l'île est éclairci, ajouta Robin.

— Et donc c'était ces créatures qui décimaient les équipages et les navires ? demanda Brook en sirotant une tasse de thé.

— Oui. Elles devaient être les gardiennes du trésor. Mais il est difficile de dire d'où vient le trésor en lui-même. Il me paraît peu probable que ces créatures l'aient constitué elles-mêmes. Elles sont relativement primitives et peu intelligentes. On a dû simplement les utiliser comme chien de garde.

— Donc le mystère n'est pas tout à fait résolu.

— Non Brook, en effet, mais c'est tout ce qu'on pourra en révéler malheureusement. A moins qu'il y ait une indication sur le trésor lui-même.

— On profitera de ces jours de traversée pour l'examiner.

— Je suis sûr que vous trouverez quelque chose, Robin-chwan, Nami-swan ! s'écria tout à coup Sanji. Vous êtes si belles et si intelligentes !

— Imbécile, souffla Zoro en plongeant dans sa chope de bière.

Heureusement, le cuisinier ne sembla pas l'avoir entendu, car il ne répliqua rien, évitant une nouvelle bagarre qui aurait gâché la fête. Celle-ci reprit d'ailleurs de plus belle, les plats furent terminé, les boissons coulèrent à flot. Brook sortit son violon et Franky l'accompagna à la guitare, et bientôt un rythme entraînant s'éleva dans la salle à manger.

A mesure que la soirée avança, Zoro changea la bière contre du sake, et continua à boire dans son coin, observant ses amis d'un regard bienveillant. Ses blessures le tiraient de plus en plus à force d'être assis, mais l'alcool permettait de diminuer cette gêne. Pour rien au monde il ne manquerait un tel spectacle. Tous semblaient s'amuser et passer un bon moment. C'étaient des moments finalement rares et après avoir été séparés d'eux pendant deux ans, c'était devenu des moments qu'il chérissait. Il avait trouvé une famille dans leur compagnie. Des amis avec qui s'amuser et rire. Même s'il restait toujours à l'écart il avait cette impression d'en faire partie. Lui qui avait toujours été plus ou moins seul au cours de sa vie, sans jamais beaucoup de distractions, il aimait ces moments de joie et d'insouciance. C'était dans ces instants que les liens entre eux se renforçaient. C'étaient des moments importants dans la vie d'un équipage.

Son regard se porta sur le Cook. Il dansait avec Chopper, plié en deux pour tenir ses petites pattes dans ses mains. Ils virevoltaient dans tous les sens, parfois percutant dans leur élan un autre de leurs nakama. Mais le sourire sur le visage de Sanji était tellement lumineux qu'il ne put en détourner le regard. Il avait toujours aimé le voir sourire ainsi. C'était un sourire heureux, sincère. Le genre de sourire qu'il avait rarement, ce qui en faisait quelque chose de précieux. Il semblait rajeuni, sans soucis, et Zoro aimait le voir ainsi. Il semblait avoir oublié son handicap, même lorsqu'il se cognait quelque part. Il gardait le sourire et c'était parfait.

Zoro sentait une douce chaleur envahir sa poitrine et ses pommettes. Mais son esprit qui commençait à s'embrumer un peu, mit cela sur le compte de l'alcool. De même que les battements de cœur plus rapides lorsque le regard vide de Sanji se posa sur lui, comme s'il savait qu'il était là, et qu'il voulait lui offrir ce sourire éclatant.