Bon sang, presque un an s'est écoulé depuis le dernier chapitre… Je suis plus que navrée de ne publier la suite de cette fanfiction que maintenant, mais j'ai eu une période riche en occupations diverses qui a fait que je n'ai pu reprendre l'écriture que depuis peu, sans compter que ce chapitre m'a donné beaucoup de fil à retordre.
Je tiens à rassurer tout le monde : je n'abandonne pas cette histoire. Je sais combien de chapitres elle aura et comment elle va se terminer, mais mettre par écrit ce que j'ai en tête est parfois plus compliqué que je ne le pensais.
Voici donc le chapitre 9, en espérant vraiment qu'il vous plaira.
Bonne lecture !
.
.
Chapitre IX
Sleepless nights
.
.
Xiaoyu brossait doucement les poils de Panda, qui grognait de bien-être.
En très peu de temps, elles étaient devenues inséparables. L'animal était vraiment très affectueux, et la jeune fille le lui rendait bien. Elle s'était entraînée avec Panda un après-midi et avait été stupéfaite de l'excellent niveau qu'elle avait. Elle avait donc décidé de lui enseigner quelques mouvements de son propre style afin qu'elles soient parfaitement coordonnées.
Lorsqu'elle eut finit de la brosser, elle se laissa aller dans son lit, soupirant profondément.
Cela faisait une semaine que Jin était partit pour Yakushima.
Il avait expliqué à Xiaoyu qu'il voulait se recueillir sur la tombe de sa mère avant que le tournoi ne commence. La jeune fille avait hoché la tête, le comprenant parfaitement. Heihachi n'avait opposé aucune objection à son souhait et il était partit le lendemain matin en train, avec un simple sac à dos.
Il avait dit qu'il rentrerait avant leur départ pour le tournoi, qui était maintenant dans trois jours.
Xiaoyu ne cessait de repenser à cette fleur de lilas rose qu'il avait piqué dans ses cheveux. Miharu la taquinait sans cesse à ce propos mais elle se refusait à croire que la signification de cette fleur s'appliquait à ce que Jin ressentait pour elle.
Sa nouvelle amie lui avait conseillé d'en parler avec lui, mais il était partit le lendemain sans qu'elle ait pu lui en toucher un mot. Elle se consolait en se disant qu'ils auraient tout le temps d'en parler à son retour.
Son regard se posa sur la photo que Miharu avait prise le jour de leur rencontre. Panda était venue l'attendre à la sortie du lycée et Xiaoyu avait tiré un Jin récalcitrant par le bras pour qu'il pose avec elles. Le flash les avait éblouis à cet instant précis.
Elle avait encadré la photo et ne se lassait pas de la regarder en souriant.
Elle ne s'était jamais sentit aussi heureuse. Avoir des amis comme Jin, Miharu et Panda était la plus belle chose qui lui soit arrivée. Sa vie était absolument parfaite et elle ne souhaitait qu'une chose, qu'elle continue ainsi.
Prise d'une impulsion subite, elle bondit hors de son lit, faisant se redresser la tête endormie de Panda.
« Ça te dit qu'on aille s'entraîner un peu ? proposa-t-elle.
L'animal hocha la tête en grognant et la suivit hors de la chambre, jusqu'à la salle d'entraînement. Xiaoyu poussa la porte et se figea en voyant Jin, dos à elle, qui frappait sans relâche dans un sac de frappe.
Son cœur fit un bond dans sa poitrine.
« Jin ! s'exclama-t-elle en se précipitant vers lui, ivre de joie.
Elle s'arrêta net en constatant qu'il ne s'était pas arrêté, pas plus qu'il ne s'était tourné vers elle pour la saluer. Il continuait de bourrer de coups surpuissants le sac qui tressautait à chaque assaut, comme si elle n'était pas là.
Indécise, elle s'approcha pour lui faire face, les sourcils froncés.
- Jin, répéta-t-elle d'une voix incertaine.
Il tourna les yeux une fraction de seconde pour la regarder, avant de reporter son attention sur le sac, mais ce fut suffisant pour que Xiaoyu comprenne que quelque chose clochait. Jamais il ne l'avait regardée avec autant de froideur.
Elle fit un pas en arrière, avec l'impression qu'une chape de plomb s'était abattue dans sa poitrine.
- Est-ce que tout va bien ? osa-t-elle demander, la voix chevrotante.
Elle n'obtint aucune réponse, mais elle vit les muscles de sa mâchoire se contracter, comme s'il contenait sa colère et elle en fut stupéfaite. Mais qu'est-ce qui lui arrivait ? Jamais il ne s'était comporté comme ça avec elle.
Il se détourna brusquement pour se diriger vers la porte et quelque chose sur son bras gauche attira son regard, avant qu'elle ne reconnaisse ce que c'était.
- Tu as un tatouage ? » s'exclama-t-elle avec une surprise visible.
Son dos se raidit à ces mots et sa main droite vint se plaquer par réflexe sur son bras gauche, comme si ce tatouage qu'elle lui avait jamais vu lui brûlait la peau. Il pivota sur lui-même pour lui adresser un regard polaire qui la cloua sur place et quitta la pièce sans un mot.
Elle resta seule dans la salle, alors que Panda frottait sa tête contre sa cuisse dans une vaine tentative de réconfort…
.
.
Bip – Bip – Bip – Bip – Bip – Bip – Bip – Bip – Bip…
Mes yeux papillonnent doucement avant de s'ouvrir lentement.
Encore endormie, je mets un peu de temps à réaliser que je ne reconnais pas l'endroit dans lequel je me trouve.
Allongée sur le dos dans un lit moelleux, je cherche du regard dans la pièce obscure l'origine de ce bruit répétitif qui m'a réveillée. Tournant les yeux à gauche, je reconnais un monitoring, comme dans les scènes d'hôpital des films, relié à mon bras gauche par un fil, ainsi que d'autres machines compliquées.
J'essaye de bouger mais j'en suis incapable. La douleur que j'ai ressentie durant le combat a reflué mais est toujours présente c'était une douleur sourde dans tout mon corps.
Je sens mon cœur se serrer soudainement quand je me souviens du combat, et de la façon dont j'ai perdu. J'ai beau avoir fait mon maximum face à Heihachi, j'ai tout de même honte de m'être évanouie devant tout le monde.
Je lève les yeux pour regarder par la fenêtre le ciel d'un noir d'encre, parsemé d'étoiles.
Depuis combien de temps suis-je là ?
Un léger ronflement me fait sursauter et grogner de douleur, et mon regard se dirige vers la source de ce bruit. Dans le coin droit de la pièce, près de la fenêtre, une personne est endormie sur un fauteuil.
Je plisse les yeux et finis par reconnaître Hwoarang à sa chevelure faiblement éclairée par la lumière de l'extérieur. Il est roulé en boule et j'entends sa respiration calme et régulière.
J'essaye de l'appeler mais ma gorge est tellement sèche que je ne parviens qu'à produire d'indistincts borborygmes. Je passe ma langue sur mes lèvres desséchées et je l'appelle à nouveau, puis avec plus de force, bien que cela ravive la douleur dans ma poitrine.
Il a un sursaut et lève la tête pour regarder dans ma direction, l'air encore endormi.
« Xiao ? dit-il d'une voix paniquée.
Je grogne pour lui indiquer que je suis réveillée et il bondit du fauteuil pour se précipiter à mon chevet. Il prend doucement ma main entre les siennes.
- Comment tu te sens ? me demande-t-il avec fébrilité et son expression angoissée me surprend. Il montre tellement peu cette facette de lui-même d'habitude que je suis désarçonnée.
- J'ai mal partout, je grogne d'une voix enrouée. Surtout dans la poitrine…
- Tu as cinq côtes cassées, m'explique-t-il sans lâcher ma main. Le docteur nous a expliqué qu'à cause de l'autre enfoiré, elles se sont repliées vers l'intérieur. Ça a formé un espèce de volet qui t'a empêché de respirer correctement. Ça s'appelle de la respiration paradoxale je crois et c'est à cause de ça que tu es tombée dans le coma.
- Combien de temps ? je murmure.
- Il est bientôt cinq heures du matin, répondit-il en regardant la pendule. Ça fait presque neuf heures que tu es là.
Je soupire avant de me stopper tant ma poitrine me brûle.
- J'ai autre chose de cassé ?
- Non, dieu merci. Tu as juste des ecchymoses et des hématomes un peu partout. Je te conseille d'éviter de te regarder dans une glace avant un moment, plaisante-t-il.
Je glousse faiblement. Il reste silencieux tandis que je digère ce qu'il m'a dit. Cinq côtes cassées. On peut dire que je m'en tire plutôt bien quand on connaît Heihachi et sa puissance. Cependant, c'est la première fois de ma vie que je me fais autant amocher et je sais qu'il va me falloir du temps avant d'être complètement guérie.
- J'avais raison en tout cas, je grogne en direction de Hwoarang.
Il hausse les sourcils, attendant la suite.
- Je t'avais dit que je ne gagnerais jamais face à Heihachi…
- Xiao, soupire-t-il. C'est vrai que pour son âge il est impressionnant, mais tu n'as pas démérité. Tu as fait un très bon match.
- Je me suis évanouie devant tout le monde… je souffle, le cœur lourd. J'ai honte…
Il me donne une légère tape sur le front.
- Je t'ai dit que c'est à cause de tes côtes ! Tu n'arrivais plus à respirer, c'est normal que tu te sois évanouie !
- Qu'est-ce qui s'est passé ensuite ? Je me rappelle t'avoir vu…
- J'ai vu que tu étais en train de perdre connaissance et j'ai flippé. Tu étais à terre et cet enfoiré allait te frapper alors je me suis interposé. Il a essayé de me frapper mais Panda s'est dressée devant lui. Elle fait peur cette bestiole quand elle s'énerve !
Je souris avec reconnaissance. Cette brave Panda…
- Du coup l'arbitre a arrêté le match et l'a déclaré vainqueur. J'en ai profité pour te mettre dans l'ambulance et voilà. Asuka et Miharu n'ont pas été autorisées à rester ici cette nuit, ajoute-t-il, mais elles ont promis de passer à la première heure de la matinée. Quant à Panda, elle monte la garde devant ta porte, les médecins ont refusé qu'elle reste près de toi.
Je hoche la tête et ferme les yeux.
- Merci d'être là, je lui chuchote.
Il serre ma main un peu plus fort entre les siennes.
- Tu es comme ma sœur, Xiao. Je serai toujours là pour toi si tu en as besoin.
Les larmes me montent aux yeux. Sa déclaration me touche plus que je n'aurais cru, mais je sens que je suis à fleur de peau depuis le début du tournoi et que la raclée que Heihachi m'a infligée n'a pas arrangé les choses.
- Tu veux bien aller me chercher un peu d'eau ? » je lui demande.
Il acquiesce avant de se précipiter hors de ma chambre.
J'attends que la porte se referme derrière lui pour laisser couler mes larmes…
.
.
C'était le grand jour.
Xiaoyu regardait le superbe paquebot affrété par la Mishima Zaibatsu dans le port de Yokohama et son cœur battait à un rythme frénétique. A ses pieds, Panda était sagement assise et se léchait une patte.
Les participants étaient presque tous arrivés et le départ était imminent.
La veille, elle avait apprit avec effarement que le tournoi ne se déroulerait pas au Japon, mais au Nouveau-Mexique. Heihachi avait éclaté de rire en la voyant aussi surprise et, lorsqu'elle avait demandé la raison pour laquelle il avait choisi cette destination, il lui avait répondu avec un grand sourire que c'était pour garantir plus de sécurité aux participants.
Bizarrement, ce sourire lui avait fait froid dans le dos, et elle avait quitté le bureau de Heihachi sans plus attendre.
Depuis l'incident avec Jin, elle était restée cloîtrée dans sa chambre, rejouant la scène encore et encore dans son esprit, cherchant à comprendre pourquoi son comportement avait subitement changé envers elle.
Elle qui était auparavant toute excitée à l'idée de participer au tournoi avait perdu tout enthousiasme. Même la perspective de voyager par bateau jusqu'au Nouveau Mexique ne lui procurait aucune joie.
Elle avait voulu contacter Miharu pour se confier à elle, mais s'était ravisée au dernier moment, se contentant de lui envoyer un message pour la prévenir de son départ. Son amie lui avait proposé de l'accompagner jusqu'au port, mais Xiaoyu avait refusé, préférant y aller seule.
Le crépitement des flashs des appareils photos la tirèrent de sa rêverie.
Tous les journalistes présents s'étaient précipités vers une berline noire qui venait de se garer près du paquebot. Heihachi Mishima en sortit, souriant, vêtu d'un costume noir. Il salua les reporters de la main, puis se dirigea vers l'estrade qui se dressait devant le bateau, escorté par de nombreux gardes du corps.
Xiaoyu ne prêta aucune attention à son discours. Elle avait les yeux rivés sur Jin qui venait d'arriver, à pied, un sac à dos négligemment jeté sur l'épaule. Il portait un pantalon noir et un tee-shirt blanc, et son visage était caché par ses longues mèches de cheveux. La jeune fille le dévorait des yeux, priant pour qu'il lui adresse un regard, mais pas une fois il ne se tourna vers elle. Il resta en retrait jusqu'à ce que le signal du départ soit annoncé et elle le perdit rapidement de vue dans la foule des combattants.
Elle avança tel un automate jusqu'à la passerelle et, alors qu'elle posait le pied dessus, un frisson la traversa et une exclamation lui échappa. Hébétée, elle regarda fébrilement autour d'elle, tremblante, comme si elle redoutait l'attaque d'un ennemi invisible.
Quelqu'un derrière elle lui cria de se dépêcher avec un fort accent et elle sortit de sa transe pour lui jeter un regard courroucé. Le grand jeune homme roux qui se tenait à sa suite lui adressa un grand sourire et elle fronça les sourcils avant de se remettre en marche.
Panda la suivait docilement et elle la caressa d'une main, plus pour se rassurer que pour lui faire plaisir. Elle avait l'impression étrange que quelque chose de malsain rôdait dans l'air, et que le frisson qui l'avait traversé était une sorte d'avertissement.
Le personnel du bateau les accueillit chaleureusement et conduisit chacun jusqu'à la cabine qui lui était réservée. Xiaoyu contemplait sans vraiment le voir le luxe qui s'étalait devant ses yeux, tout en suivant une jeune femme dans un dédale de couloirs. Cette dernière s'arrêta devant une porte et l'invita à entrer, puis elle se retira.
La jeune fille déposa son sac sur le grand lit qui lui faisait face et constata que la cabine était presque aussi grande que la chambre qu'elle occupait au Building Mishima. Elle sortit les quelques affaires qu'elle avait apportées et les rangea rapidement dans la penderie adjacente. Un grand panier d'osier avait été préparé pour Panda et l'animal s'y installa aussitôt, avant de bailler et de se rouler en boule, l'air satisfait.
Xiaoyu sourit et sortit de la cabine pour se diriger vers le pont supérieur.
Elle mit quelques minutes avant d'y accéder, croisant au passage plusieurs des participants qui ne lui prêtèrent aucune attention. Elle devait être la plus jeune de tous et, à en juger par les coups d'œil que lui lancèrent certains, ils devaient estimer qu'elle n'avait pas sa place parmi eux. Un sentiment désagréable s'insinua en elle, alors qu'elle atteignait le pont et elle constata avec plaisir qu'elle était seule.
Au loin, l'océan s'étendait, et le soleil n'allait pas tarder à se coucher. Elle admira la vue, accoudée à la balustrade, songeant que dans trois jours, elle serait dans un nouveau pays, un nouveau continent.
Le bateau se mit en branle quelque s minutes plus tard et, alors que le port de Yokohama s'éloignait de plus en plus, Xiaoyu se demandait si elle avait pris la bonne décision…
.
.
J'ouvre les yeux d'un seul coup, la respiration haletante.
La pièce est plongée dans le noir, silencieuse et mes yeux mettent un moment avant de s'habituer à l'obscurité qui règne.
Bip – Bip – Bip – Bip – Bip – Bip – Bip – Bip – Bip…
Ça y est, je me souviens…
Lorsque je tourne la tête, je sursaute et pousse un cri de surprise et de douleur mêlées. Une personne se tient assise dans l'ombre, sur le fauteuil près de la fenêtre. Lorsqu'elle se lève et s'approche, mon cœur se met à tambouriner dans ma poitrine, accélérant les bruits du monitoring.
Puis je le reconnais et mon rythme cardiaque s'emballe de plus belle, à ma grande honte.
« Jin… je murmure.
- Désolé de t'avoir fait peur, je ne voulais pas te réveiller.
Je ne réponds rien et j'appuie sur la commande qui permet de redresser mon lit. Je me retrouve assise et je le regarde, totalement réveillée. C'est la première fois que l'on se parle depuis la réception d'ouverture du tournoi, au manoir Mishima.
Il est vêtu d'un pantalon noir et d'une chemise blanche immaculée et je constate avec désespoir qu'il est toujours aussi grand et beau, et que mon estomac se noue toujours de la même façon en sa présence.
- Ça fait longtemps que tu es là ?
Il secoue la tête et nous restons silencieux. Je sens que Jin me fixe intensément et je ne me sens pas le courage de lui faire face.
Il va certainement me dire que j'ai été idiote et inconsciente de ne pas avoir abandonné plus tôt, je songe avec dégoût. Cependant je n'ai vraiment pas la force de me disputer avec lui une fois de plus.
Il s'approche et s'assoit sur le rebord de mon lit.
- Comment tu te sens ? demande-t-il, et c'est le ton de sa voix qui me fait lever les yeux pour rencontrer les siens.
Il a un air que je ne lui ai encore jamais vu et j'ai du mal à en croire mes yeux et mes oreilles.
- Jin… Est-ce que tu es inquiet pour moi ? je demande d'une voix qui sonne incrédule.
Ma question le prend au dépourvu.
- Bien sûr que je suis inquiet ! J'ai regardé tout ton combat et j'ai cru que Heihachi t'avait tuée ! Tu n'arrivais plus à respirer !
- Le médecin m'a expliqué que je faisais de la respiration paradoxale à cause de mes côtes cassées. J'ai eu de la chance qu'aucune n'aie performé un des mes organes et que Hwoarang soit intervenu.
- J'affronte Heihachi demain matin, dit-il d'une voix glacée. Je te promets qu'il va payer.
- Tu n'es pas obligé de...
- Je sais, mais je le ferai quand même…
Le silence s'installe à nouveau entre nous deux, puis, incapable d'en supporter d'avantage, je prends la parole.
- Tu peux y aller tu sais. Dis-le.
Il me regarda avec incompréhension, clairement surpris.
- Je sais que tu meures d'envie de me dire que j'ai été stupide et que si j'avais jeté l'éponge face à Heihachi, je ne serais pas clouée dans ce lit d'hôpital ! Alors vas-y, lâche-toi !
Il me fixe encore quelques secondes avec surprise, puis son visage s'adoucit et un sourire naît sur ses lèvres. Ses yeux pétillent d'amusement et il a un petit rire qui me surprend. Ce n'est vraiment pas la réaction à laquelle je m'attendais.
- Idiote, sourit-il, et je ne songe même pas à m'offusquer tant je suis touchée par la tendresse qu'il y a dans sa voix. Pourquoi veux-tu que je te blâme ? Au contraire, tu as été très courageuse. Je sais que tu apprécies Heihachi, ça n'a pas dû être évident pour toi de l'affronter. C'est un adversaire redoutable.
Je le regarde avec des sentiments mitigés. Dire que je suis surprise serait un euphémisme.
- Tu ne penses pas que j'aurais dû abandonner ?
- Tu es une combattante, Xiao, tout comme moi. Nous avons notre orgueil. Si tu avais abandonné, je pense que tu aurais eu des remords. Tu as fait tout ce que tu pouvais, tu peux être fière de ton parcours.
Je soupire et je me mords la lèvre. J'hésite à lui dire que ma perception de Heihachi a totalement changée mais je ne sais pas comment il va réagir. Il est si différent que je ne sais plus comment me comporter avec lui, par peur de ses réactions imprévisibles.
- Je sais ce qu'il a fait…
- Pardon ?
- Heihachi. Je sais ce qu'il a fait.
- De quoi tu parles ? demande-t-il un regard interloqué.
- Yoshimitsu m'a raconté qu'il a jeté Kazuya dans un ravin quand il était petit. Et mon grand-père m'a parlé de la raison pour laquelle il a lancé le troisième tournoi et pourquoi il t'a entraîné pendant toutes ces années… pour Toshin…
Je lève furtivement les yeux pour voir qu'il a l'air totalement pris de court, comme s'il ne s'attendait pas à ce que j'en sache autant.
- Il m'a dit aussi, je continue en tremblant légèrement, que tu me cachais la vérité sur ce que tu étais réellement pour ne pas que je te vois comme un monstre… Et il m'a conseillé de te demander pourquoi tu avais disparu après le troisième tournoi…
Lorsque je lève à nouveau les yeux, je constate qu'il est blême, comme s'il vient de voir un fantôme. Cette réaction que je ne lui ai jamais vue achève de me convaincre qu'il y avait bien anguille sous roche.
Il se lève et se met à faire les cent pas, fourrageant une main dans ses cheveux, l'air agité. Je le suis du regard, indécise sur la façon dont je dois réagir, puis je choisis de me taire et d'attendre qu'il se décide à me parler.
- Il a tenté de me tuer, finit-il par avouer.
Sous le choc, mon cœur fait une violente embardée qui ne passe pas inaperçue sur le monitoring.
- Juste après ma victoire sur Toshin, précise-t-il. Il m'a tiré dessus mais j'ai… j'ai réussit à m'échapper. Et j'ai quitté le pays pour l'Australie.
- Il a tenté de te tuer ? je finis par répéter d'une voix qui sonne aigüe à mes propres oreilles. Mais enfin… pourquoi ?
- Je ne lui servais plus à rien, explique-t-il en continuant d'aller et venir. Et puis, il a dû penser que je pouvais le battre à n'importe quel moment. Et, comme je suis son petit-fils, j'aurais pu hériter de la Mishima Zaibatsu.
Je reste bouche bée. Qu'est-ce que je peux bien dire de toute façon ?
- Tu as l'air surprise, constate-t-il avec un sourire amer en me voyant aussi désemparée. C'est pourtant le lot de chaque Mishima. Cette famille est vouée à la haine et la trahison.
- Tu n'es pas un Mishima, je souffle.
Curieusement, mes paroles semblent le toucher en plein cœur et il détourne la tête, se dirigeant vers la fenêtre.
- C'est ce que je pensais aussi. Mais j'avais tort... Leur sang coule dans mes veines. Je ne peux pas y échapper…
Il soupire longuement et, l'espace d'un instant, il a l'air si désemparé et si malheureux que je n'ai qu'une envie, le prendre dans mes bras pour le réconforter. Quatre ans plus tôt, peut-être que j'aurais pu agir ainsi, mais maintenant, avec tout ce qui s'est passé, j'ai l'impression douloureuse d'avoir un étranger face à moi.
- Est-ce que c'est ça que tu me cachais ? Tu avais peur que je te prenne pour un monstre à cause de ça ? Ou bien… est-ce qu'il y a autre chose?
Il ne répond pas mais je l'entends retenir son souffle. Puis, brusquement, il se saisit de sa veste en cuir qu'il avait laissée sur le fauteuil et se dirige vers la porte.
- Jin ! je m'exclame, ravivant la douleur dans ma poitrine. Je t'en prie, laisse-moi t'aider !
- Tu ne peux pas m'aider ! crache-t-il d'une voix furieuse en faisant volte-face. Personne ne peut m'aider !
Bien que blessée par sa réponse, je m'efforce de refouler les larmes qui me montent aux yeux.
- Pourquoi tu fais ça ? Pourquoi est-ce que tu te coupes de tous ceux qui t'entourent ? Je suis ton amie bon sang ! je m'écris en sentant la colère monter en moi.
- Je ne veux pas de ton amitié.
J'ai soudainement froid. Et mal. Terriblement mal au cœur. Il a dit ça avec tellement de désinvolture…
Je ne peux que le regarder sans parvenir à dire quoi que ce soit, et ma vision se trouble quand les larmes que je retiens menacent de se déverser sur mes joues.
Toutes ces années où il m'a tenue à l'écart, loin de lui, j'ai bêtement pensé qu'il faisait ça pour me protéger de je ne sais quoi, mais que je comptais quand même pour lui, peut-être pas autant que lui comptait pour moi, mais un peu tout de même... Je me suis raccroché à ça quand il a disparu, quand il a pris le contrôle de la Zaibatsu et quand il a commencé à semer le chaos sur la planète.
Pendant des mois, je m'étais voilé la face.
Et il vient de déchirer ce voile avec une telle facilité…
Il allait passer la porte quand je l'interpelle, et les mots franchissent mes lèvres sans que je ne puisse les contrôler, mais ma voix reste ferme malgré le bouleversement émotionnel qui m'assaille.
- C'est quoi la signification du lilas rose ?
Je le vois nettement se raidir et j'attends qu'il daigne me répondre, le cœur battant la chamade.
J'ai le sentiment que tout se joue en cet instant, que sa réponse déterminera tout ce qui va suivre. Et j'ai peur, si peur mon Dieu… Les secondes s'égrainent sans qu'il ne réponde, puis sans même me regarder, il fait coulisser la porte de ma chambre.
- Je ne vois pas de quoi tu parles. »
La porte se referme, et le bruit de ses pas qui s'éloignent au loin sont autant de coups de poignards dans mon cœur, qui résonne étrangement dans la chambre désormais vide.
Bip – Bip – Bip – Bip – Bip – Bip – Bip – Bip – Bip…
.
.
.
Ce chapitre est plus court que les autres, mais les cinq qui restent ( eh oui, bientôt la fin ) devraient être un peu plus consistants normalement. J'espère néanmoins que vous l'aurez apprécié. A bientôt pour la suite.
