Disclaimer : Les personnages appartiennent à leur créateurs de chez Marvel Comics, mais plus particulièrement à ceux qui les ont adaptés pour le grand écran, chez Marvel Studio's, qui appartient à Disney. Les citations sont à leurs auteurs, de même que les chansons et toutes les références. Je ne tire aucun bénéfice financier de ce texte.

Rating : T

Pairing : Steve Rogers/Tony Stark. Autres sous-entendu et en background.

Note : Je crois qu'on signe là le chapitre le plus long de cette fic. Je suis en pleine rédaction du chapitre 12 et rien n'a égalé la longueur de celui-là. Presque 40 pages word, sans rire. A ce niveau là, c'est un monstre. Un cauchemar à éditer aussi.

Voici donc le chapitre final du premier "arc" de cette fic, que j'ai appelé l'arc Loki pour des raisons qui maintenant sont évidentes ! D'ailleurs à ce sujet les réactions ont été très variées, allant du "c'était prévisible et décevant" jusqu'au "c'était à prévoir mais triste quand même". Enfin, dans tous les cas, ça ne vous a pas laissées indifférentes... De même que le premier baiser échangé entre Steve et Tony. Même si "échangé" est peut-être un grand mot étant donné les circonstances. Désolée. Parfois j'oublie un peu que je suis dans une fic Stony et que du coup, le stony reste la chose la plus attendue par vous XD Pietro et son ultime réplique, et le duo Bucky/Clint font aussi l'unanimité, alors que vous piochez toutes des choses différentes pendant vos résumés de lecture. C'est très réjouissant et motivant. Etant donné qu'on est là dans un chapitre transition j'en profite pour vous balancer un peu de guimauve, vous dire à quel point votre soutien m'est cher, merci beaucoup pour tous les commentaires laissés, j'espère réussir à mener cette fic à son terme et j'espère qu'elle continuera à vous plaire encore et encore. Merci, vraiment merci beaucoup.

Note II: Pour les nouvelles moins réjouissantes, je suis toujours sans nouvelle de ma bêta pour le moment, et je n'ai pas encore décidé si cela influera sur le rythme des publications. Mais je verrais ça plus tard (et vu la longueur du bordel peut-être aurez vous besoin de répit ?), pour le moment je vous laisse découvrir la fin de la Phase I.

Bonne lecture à vous !


Primadonna Girl

Cause baby now we got bad blood
All I ever wanted was the world

You know we use to be mad love
I can't help that I need it all

So take a look what you've done
The primadona life, the rise and fall

Cause baby now we got bad blood
You said that I'm kinda difficult

Now we got problems
But it's always someone else's fault

And I don't think we can solve them
Got you wrapped around my finger babe

You made a really deep cut
You can count on me for misbehave

And baby now we got bad blood

Taylor Swift – Bad Blood + Marina & The Diamonds - Primadona Girl*

Chapitre VIII – Toi que j'appelais mon frère, Deuxième Partie

« Thor ? Répéta Sam. Il faut y aller maintenant. »

Son jet-pack de remplacement sous le bras, l'homme volant détailla le colosse sans savoir quoi faire ou dire. A part répéter à Thor qu'il était temps de partir. Toute l'équipe s'était déjà mise en route pour le quinjet et vu l'urgence de la situation, il allait de soi qu'ils n'allaient pas rester statique éternellement. Thor, les bras croisés, adossé à la baie vitrée de la salle commune, continuait de fixer le sol, ses prunelles complètement perdues dans le vide. Aucun doute qu'il faisait réellement peine à voir. Cependant il semblait résigné à ne pas bouger d'un ciel. Sam plissa les yeux.

« Thor ? Insista-t-il.

- Je savais pour Loki, » finit par avouer abruptement l'Odinson.


Autrefois, c'était un orphelinat. Un beau bâtiment en briques jaunes, avec de nombreuses cheminées. De loin, l'on aurait dit un château. D'ailleurs les enfants aimaient se dire que c'était un château. A présent, ce n'était plus qu'une ruine. Et ceux qui s'étaient proclamés un jour princes étaient réduits à leur triste état d'orphelins.

Un petit garçon aux cheveux dorés était à genoux sur le sol couverts de pierres et de gravats, les ongles arrachés et les mains blessées. Son visage était couvert de suie noire, de poussière grise et de sang écarlate, tandis que ses grands yeux bleus avisaient le cadavre d'un Ultron qui devait bien faire trois fois sa taille. Lui-même ne savait pas comment il l'avait eu. Il savait juste qu'il l'avait eu trop tard. Qu'il n'avait pas pu aider les autres. La petite fille aux cheveux noirs, sa meilleure amie, avait la gorge tranchée. Le trio de brutes avec qui il jouait le plus souvent, le brun aux yeux intelligents, le roux potelé et le blond vénitien, ils étaient aussi tombés. A l'odeur de la poussière se mêlaient l'odeur du sang et le sel de ses larmes. Il renifla. Il ne lui restait plus qu'un mince espoir de vie, un brun, pâle et chétif, allongé au milieu des décombres. Mais il respirait. Et le petit blond était prêt à le défendre farouchement. Il avait toujours dans la main la pierre avec laquelle il avait abattu l'Ultron. Celui qu'il contemplait était le seul qui lui restait. Personne ne le lui prendrait plus.

Et enfin, le garçon aux cheveux noirs ouvrit les yeux, après avoir toussé ardemment. Le blond ne retint plus ses larmes. Il était peut-être fort, mais il ne pouvait décemment pas être fort s'il était seul. Il ne pouvait être fort que s'il avait quelque chose à défendre, des amis sur qui compter, un foyer dans lequel retourner. Et tout ceci lui avait été arraché.

« Nous n'avons plus rien, sanglota-t-il. Nous n'avons plus rien… »

Les bras du brun s'étaient refermés autour de ses épaules. Il avait senti la chaleur de ses larmes tomber sur son épaule, alors qu'il cachait sa petite tête dans son cou.

« Si, dit alors le brun. Nous nous avons, nous, cher frère. »


« Tu quoi ? »

Heureusement que la plupart des membres de la Section Spéciale étaient installés dans le quinjet, autrement, les conséquences pour leur intégrité physique, qu'ils soient humains ou cyborg, auraient certainement été dramatiques. A voir la mine de Thor, il était évident qu'il n'attendait ni soutien, ni compréhension de qui que ce soit. Cependant, cela ne devait pas dire qu'il ne devait pas s'expliquer. A la vue des conséquences des actes de Loki sur l'équipe, qu'il s'agisse de leur repli ici à Manille ou des mutilations de Wilson et Barton, il leur devait bien ça.

« Loki ne peut décemment rien me cacher, amorça-t-il, contrairement à ce qu'il croit. Je savais qu'il avait des… desseins parallèles, dirons-nous. »

Difficile de dire lequel était plus proche du point de rupture entre Barnes, Romanoff et Banner. Et venant de Bruce, contrairement à ce que tout un chacun aurait pu croire, c'était encore pire que de se retrouver confronter à la colère de la Veuve Noire ou du Soldat de l'Hiver. Natasha restait froide même si elle avait porté sa main à son holster, et l'on était suffisamment habitué au besoin de Bucky de s'exprimer avec colère pour trouver cela assez prévisible. Pour Bruce, qui lui, était l'incarnation de la sérénité lorsqu'il n'était pas le Hulk, c'était autre chose. Vu sa manière de se triturer les mains et la tension dans sa mâchoire, il apparaissait soudain comme une menace plus importance que les deux autres. Un voile était passé devant ses yeux et il était devenu presque évident qu'il n'écoutait déjà plus, pour tenter de conserver le peu de sang-froid qu'il lui restait.

Tony, assis sur son siège, les coudes sur les genoux, tapait dans ses mains en se mordant la lèvre inférieure, attentif mais n'ayant aucune envie d'affronter le visage de l'Odinson, parce que Thor devait certainement avoir l'air aussi perdu et coupable que lui en d'autres temps, et qu'il ne savait pas s'il aurait le courage de l'accuser malgré son abdomen à peine remis en l'état par la technologie de T'challa.

Rogers et Danvers restaient aussi droits que des I, comme si leur formation militaire avait choisi ce moment pour se rappeler à leur bon souvenir et les forcer à affronter la situation avec dignité. Et si le calme de Carol s'expliquait par le fait qu'elle n'était pas aussi investie que ça dans cette affaire, qu'elle les connaissait trop peu et que pour elle Loki n'était qu'un visage flou à cogner -parce qu'il avait n'avait rien apporté sinon du tort à ceux qui l'avaient sauvé-, celui du Capitaine Rogers était tout aussi alarmant que les tremblements de Banner. Il devait encaisser, cela allait de soi. Accepter qu'il n'y avait pas un, mais deux traîtres, dans sa Section, sous sa surveillance, deux personnes qui avaient comploté contre le bien-être de leur équipe et le SHIELD lui-même, deux personnes qui avaient fait porter le chapeau à Nick Fury pour les conséquences de leur actions. Encore que Loki avait, d'une certaine manière, toujours été honnête. 'était presque comme si l'on s'attendait à ce qu'il soit la taupe. Thor, lui, il s'était presque toujours rangé de leur côté. Loki était celui qui complotait, qui agissait. Mais Thor était celui qui savait. Thor savait et l'avait vu agir, mais n'avait pas réagi. Alors là, tout de suite, Steve ne savait pas lequel des deux étaient le pire.

Sam et Clint étaient à ajouter à la liste de ceux qui étaient entre deux feux. Sam, qui avait été le premier à ingérer l'information et qui l'avait porté jusqu'au vaisseau, malgré tous ses efforts, avait bien du mal à prendre du recul. Il savait que Thor avait laissé filtrer la confession parce qu'il lui faisait confiance et parce que Sam était du genre à prendre en compte toutes les variables avant d'émettre un jugement, pour la simple et bonne raison que personne n'était parfait. Mais sur ce coup-là, à la vue de l'état de son oreille, de son équipement en général, en souvenir de son emprisonnement, il avait un peu de mal à rester serein. Et il n'avait aucunement envie d'être raisonnable. Il avait aussi une dignité et des émotions, et était parfaitement dans son bon droit d'être en colère. Clint lui aussi semblait avoir intégré cet état de fait, accroupi juste à côté de l'homme volant, les bras autour des genoux, sur la pointe des pieds, ruminant doucement. Il aurait bien voulu jouer la carte de l'écoute et de la tentative de compréhension mais dans l'immédiat, il n'avait plus d'yeux, il avait failli se faire tuer plusieurs fois, et ça, par la seule et unique faute de Loki Laufeyson. Ça, c'était un fait. Et voilà qu'on lui apprenait qu'en plus, Thor était au courant pendant tout ce temps, et avait donc été le spectateur actif de tous leurs malheurs. Décemment, non, aucun d'entre eux ne savait comment réagir, raison pour laquelle ils restaient tristement muets.

Wanda et Pietro, de leur côté, tentaient de rester neutres mais le fait qu'ils se soient un peu isolés du théâtre d'opération ne voulait pas dire qu'ils n'étaient pas attentifs. Bien au contraire. C'était dans les habitudes des jumeaux de rester dans leur coin en analysant la situation seuls pour ensuite voir comment ils agiraient, ensemble dans tous les cas. Mais c'était aussi, peut-être, les seuls à comprendre, pleinement en tout cas, le désarroi du blond. Parce qu'ils ne pouvaient s'empêcher de penser à leur réaction si jamais l'un d'entre eux passait de l'autre côté.

Pour la Vision, Maria Hill, et Coulson, le verdict restait à rendre. Les deux agents du SHIELD restaient aussi froids qu'impénétrables, et en ça ils arrivaient à rivaliser avec la neutralité de l'androïde, qui était réellement le seul à analyser la situation avec l'objectivité dont était capable une machine.

« Et donc, finit par dire Carol, à aucun moment, tu t'es dit que tu pouvais l'arrêter ?

- C'est ce que j'essayais de faire, s'avança malgré tout Thor en recouvrant un peu de contenance.

- Faut croire que c'était un piteux échec, » expectora Clint.

Ce fut à cet instant précis que Tony finit de faire le tri dans toutes ses émotions et toutes ses pensées contradictoires, étant donné qu'il bondit sur ses pieds et pointa le colosse du doigt :

« Donc tu savais ?! Clama-t-il, plus nerveux qu'il ne l'aurait cru. Tu savais qu'il était de mèche avec Obadiah ?! »

Thor ferma les yeux quelques secondes, mais l'instant suivant, soutenait le regard de l'ingénieur sans peine.

« Malheureusement oui, annonça-t-il froidement.

- Tu savais pour l'algorithme trafiqué, continua Tony.

- Je l'ai vu faire, concéda Thor, je l'ai même aidé. Comme pour toutes les charges explosives qu'il a fait installé dans le quartier général du SHIELD pour vous empêcher d'intervenir au cas où vous voudriez... Disons vous mettre en travers de sa route. »

Tony écarquilla les yeux, et recula d'un pas en levant les mains, soudain désarmé par cet aveu fait de sang-froid. Il préféra aller se replier dans le coin du vaisseau où se trouvaient Sam et Clint, et enfonça ses mains dans ses poches. Il remarqua que Jim ne s'était toujours pas manifesté, et quelque part, ce n'était pas plus mal. Ils étaient déjà suffisamment sur les nerfs comme ça apparemment. La nouvelle révélation avait coupé plus d'un souffle.

« Je ne pensais pas que ça aurait de telles conséquences, finit par dire Thor. Je me disais que… Que ce n'était rien, que ça ne ferait pas de dégâts.

- Pas de dégâts, répéta Tony. Mes amis sont morts !

- Ta colère est légitime, avoua l'accusé.

- Encore heureux !

- Mais comment aurais-je pu savoir ce qui allait arriver ? Il n'y a pas un jour depuis que je suis dans la Section Spéciale où je ne culpabilise pas !

- Ah oui ? Rebondit Natasha. Vraiment ?

- Vous devez comprendre que j'ai réussi à empêcher Loki à faire bien des erreurs… Enchaîna Thor.

- Vu ce qu'il est en train de faire subir à Tokyo ça ne m'a pas l'air franchement suffisant, » argua enfin Banner, les sourcils levés.

Thor soupira mais il ne pouvait aucunement se plaindre d'être ainsi reçu, au contraire même, il se réjouissait qu'aucun n'ai encore pris les armes pour se jeter sur lui. Certes, il se serait défendu, mais à la vue des circonstances, il n'avait pas envie de se battre contre un de ses amis. Parce qu'en dépit de ce qui était en train de se passer, il n'y avait pas une personne dans ce vaisseau qu'il ne considérait pas comme un ami cher.

« J'ai tenté de le préserver, s'avança-t-il, de lui faire sortir ces idées de la tête… Je ne pouvais pas me résoudre à le dénoncer ! Je voulais arranger les choses ! »


Ils s'étaient baptisés Thor et Loki. C'était les noms qu'ils s'étaient donnés. Et ils s'étaient bâtis une légende dorée, qu'ils traînaient derrière eux avec fierté. Leur passé leur appartenait personne n'avait besoin de savoir qui ils étaient réellement. Alors partout dans ce qui avait autrefois été la Norvège, l'on entendait parler de ces deux frères de sang, qui avait grandi dans le royaume d'Asgard, dévasté par les guerriers de Jotunheim. Leurs fiers camarades, Sif, Fandral, Volstagg, Higgun, Heimdall et bien d'autres, avaient sombré au combat. Et tous deux étaient revenus pour venger l'antique cité.

Mais Asgard n'était qu'un orphelinat. Ils n'étaient que deux orphelins sans attache et leurs camarades tombés au combat, des enfants sans défense qui n'avaient pas pu s'opposer à l'ennemi. Et les guerriers de Jotunheim, des Ultrons comme les autres.

A qui pourraient-ils le dire, pourtant ? A qui pouvaient-ils raconter cette histoire entendue des centaines de fois, d'innocents tombés face aux Ultrons ? Une histoire commune, une histoire tragiquement quotidienne, une histoire comme les autres, une histoire sans intérêt. Mais c'était leur histoire. Personne d'autre n'avait besoin de le savoir. C'était leur secret, tout cela, ça n'appartenait qu'à eux. Une petite chose qu'ils protégeaient, qu'ils gardaient au chaud quand ils s'endormaient le soir, l'un contre l'autre, dans les nuits norvégiennes glacées. Ils regardaient le ciel et rêvaient d'évasion, d'autres royaumes, d'un lieu où ils pourraient être en sécurité, d'un royaume doré, au ciel pur, peuplé d'hommes aux cœurs nobles. Parfois, ils rêvaient aussi de mondes glacés. Et parfois, ils rêvaient de mondes plongés dans les ténèbres.


« C'est une chose de savoir que Loki est un traître, avança Steve. Mais toi...

- Nous y voilà, soupira Thor. Avoue qu'il faisait le coupable idéal. Peut-être ne vous êtes vous pas dit que les choses avaient fini par tourner ainsi parce que vous l'avez toujours cantonné à ce rôle ?

- Thor...

- Suis-je en train de me fourvoyer ? Vous vous comportez comme des gens dignes de confiance mais qu'est-ce qui vous fait croire qu'elle est méritée ? Avez-vous réellement donné une chance à Loki ? L'avez-vous seulement soutenu ? »

Steve comprit à cet instant précis qu'il refusait éperdument d'avoir cette discussion maintenant. En d'autres circonstances, en d'autres temps, en d'autres lieux. Mais ce qui était en train de se passer ne permettait pas de s'arrêter. Ce n'était pas le moment, ou peut-être était-ce, au contraire, le meilleur moment. Mais il refusait d'avoir cette discussion. ça voulait certainement dire quelque chose à propos de lui, mais il aurait le temps d'y réfléchir plus tard. S'il ne crevait pas en tentant de défendre Tokyo. Sans répondre, il préféra simplement s'éloigner un peu de Thor.

Le grand blond avait l'air complètement abattu et voir une telle armoire à glace dans cet état, ça avait quelque chose de tragique et d'intimidant. Il allait de soi que sa confession lui avait pesé, de même que tous les actes qu'il avait perpétré en tentant de couvrir et de protéger Loki. Steve ne savait plus quoi faire de lui, ni quoi penser. Thor, contrairement à son frère, n'avait pas agi délibérément contre la Section Spéciale, mais pour tenter de ramener son frère sur ce qu'il considérait comme le droit chemin –là où il ne heurterait pas leurs amis. Son entreprise avait été un échec, d'accord. Quelque part, personne ne lui en voulait d'avoir essayé. Mais d'autre part, tous étaient en colère, et c'était quelque chose que Thor comprenait pleinement à son tour. Tout en continuant de se justifier, ce qui était aussi son droit.

Les conséquences étaient ce qu'elles étaient. S'il n'avait pas été aussi obstiné, s'il avait parlé, rien de tout ça ne serait arrivé. Mais était-ce bien le moment de se préoccuper de ce que les choses auraient pu être ? Pas vraiment. Il fallait à présent prendre les choses comme elles étaient et tenter de réparer les dégâts.

« Cap ? »

Steve sursauta et tourna la tête.

L'air était légèrement ouaté à l'extérieur le paysage au-dessus duquel le vaisseau planait était envahi par la brume matinale. Tous les visages étaient plongés dans l'ombre. Maria Hill et Coulson étaient aux commandes. Du reste, personne ne parlait. Certains somnolaient sur leurs sièges, d'autres restaient pensifs et les derniers cherchaient vainement le sommeil. Tout ce qui s'était passé et avait été dit au cours des derniers heures lui donnait l'impression que chaque seconde qui passait était une goutte de plomb dans son estomac.

Il avisa Tony, qui se frottait les yeux en retenant un bâillement, tout en le contemplant avec étonnement.

« Un traitre –ou deux, que sais-je- dans ma propre section, soupira Steve. Je ne sais pas vraiment comment je dois me sentir maintenant. »

Il croisa les bras et se cala contre la vitre, la mine sévère. Le vaisseau ronronnait légèrement, et flotter au-dessus des nuages leur donnait l'impression de flotter au milieu d'un havre de paix, mais à l'intérieur, l'ambiance était glaciale. On se préparait pour la guerre.

« Ce n'est pas de votre faute, dit Tony.

- Vous croyez ? »

Steve ne s'étonna même pas du fait que Tony devine aussi rapidement ce qui le turlupinait. En fait, Rogers s'en voulait d'avoir ce genre de pensée. Thor était certainement celui qui devait le plus en souffrir, Tony avait été physiquement blessé, Sam et Clint mutilés, mais tout ce qui touchait son équipe le touchait également personnellement, parce qu'il avait pris la responsabilité de les guider et une sensation d'échec s'était emparée de lui dès qu'il avait compris que Loki était la taupe de la Section Spéciale. Le reste n'avait fait qu'empirer les choses. Tony l'avait rapidement compris, parce qu'il se débattait toujours avec sa propre culpabilité. Il ne le montrait jamais mais parfois -souvent-, il pensait à Rhodey et à Pepper. Le souvenir de son laboratoire, transformé en monstre métallique, ne cessait jamais de l'arracher au sommeil. Et le capitaine était transparent, quand on le connaissait. Tony savait comment il fonctionnait. Il connaissait sa morale.

« Vous… Vous m'avez sauvé la vie. A moi, à Carol, à la Vision, certainement à tous les autres aussi, asséna l'ingénieur. Vous devez arrêter d'être aussi cruel envers vous-même. Vous n'êtes pas de ceux qui méritent un tel traitement. »

Le capitaine Rogers avait clairement le visage d'un père qui venait d'apprendre que son fils se retrouvait derrière les barreaux. Il sonda Tony quelques instants, avant de tourner la tête. Le fils Stark fronça les sourcils et posa sa main sur sa joue pour le forcer, d'une certaine manière, à affronter son regard. L'ingénieur voulait qu'il comprenne qu'il était sérieux. Qu'il prenait cette affaire autant à cœur que lui. Il avait fait de Loki son ami, il lui avait accordé sa confiance et l'avait aidé dans ses projets. Comme eux tous tous les membres de la Section Spéciale avaient placé leur confiance dans le Laufeyson. Il les avait tous trahis.

« J'agis comme si j'étais le meilleur parce que j'ai toujours l'impression d'être le pire être humain de ce monde, souffla Tony en regardant le sol. Ça a été une des plus intenses convictions de mon esprit et grâce à vous… Elle s'effrite. Elle s'en va. J'ai l'impression que je peux être quelqu'un de bien. A côté de vous… On a tellement envie d'être quelqu'un de bien. »

Pendant quelques instants, Steve eut l'air sensiblement perdu, avant de secouer légèrement la tête, sans répondre. Il était encore assailli par trop de pensées pour accepter tout cela d'un coup. Tout ce qui avait été enterré remontait brusquement à la surface. Au début, il avait tenu Tony pour responsable mais maintenant qu'il voyait les choses avec du recul, et surtout, qu'ils s'en allaient pour essayer de raisonner et peut-être affronter un des membres de leur équipe, il se rendait compte que tout serait revenu à la surface tôt ou tard. Rien ne restait jamais enfoui très longtemps il aurait dû le savoir.

« Et malgré les confessions de Thor… Quoi qu'il se passe aujourd'hui ce n'est de la faute de personne dans ce vaisseau, acheva Tony. Et surtout pas celle de Captain America.

- Vous comptez vraiment m'appeler comme ça ? se moqua Steve.

- On peut essayer Colonel, » continua l'autre en voyant que le blond était toujours sensible à l'humour.

Un faible sourire trancha le visage du Capitaine. Le fait que Tony dise des idioties l'aidait à prendre de la distance, il devait bien l'avouer. Ça ne réglerait pas tout, mais il avait besoin de relâcher la pression.

« Merci Tony. »

Au niveau des sièges, ils entendirent Sam bailler bruyamment certainement qu'il n'allait pas tarder à s'éveiller. Wanda et Carol discutaient à voix basse le reste était toujours silencieux et statique. Le ciel, de bleu sombre, devenait pâle. Il faudrait encore un peu de temps au soleil pour percer l'horizon. Steve se mordit la lèvre inférieure et prit une grande inspiration.

« Au fait à propos de … » Entonna-t-il.

Tony ne fit pas celui qui n'avait pas compris. Il se gratta l'arrière de la nuque et tenta de prendre les devants.

« Oui… Oui je… Vous m'en voulez, dit-il.

- Non… J'étais juste... Eh bien j'avoue que j'étais désarçonné, avoua Steve en haussant les épaules.

- Je ne voulais pas… tenta de se défendre l'ingénieur. Enfin si... Rogers ! Sachez qu'il n'y a rien que je fasse dont je n'ai pas envie. »

Steve fronça les sourcils et tourna la tête vers le fils Stark. Celui-ci prit une grande inspiration à son tour, avant de secouer la tête. Le blond ne put s'empêcher de se demander quelle mouche avait piqué l'homme au cœur bleu. Pour un peu, l'on aurait dit qu'il se préparait pour un match de boxe. Tony prit son courage à deux mains et choisi de tout dire d'un coup :

« Rogers je… Je veux me rapprocher de vous. M'excuser pour le comportement que j'ai eu auparavant parce que vous avez une vraie valeur pour moi, maintenant... Mais vous avez l'air tellement inaccessible. Quand je vous ai vu avec ce sourire, d'humeur si… fraîche. J'ai pensé que je pouvais…

- Une minute, le coupa un Steve complètement hébété, en levant la main. Je… De quoi vous parlez ?

- Eh bien, du… Du baiser ? bafouilla Tony. C'est bien ce dont on est en train de parler ? »

Le fait que le visage du Capitaine Rogers devienne violemment écarlate lui prouva que non, ce n'était pas vraiment de ça dont ils étaient en train de parler. Steve mit sa main en bâillon devant sa bouche et regarda par la grande baie vitrée les épaules sensiblement tremblantes. Il hésitait entre le fou rire et un profond embarras d'autant plus que les rires combinés de Sam, Bucky et Natasha résonnaient encore dans sa mémoire immédiate.

« Captain ? tenta Tony.

- Je suis désolé, articula Steve, de plus embarrassé et de moins en moins hilare. J'allais vous parler de la manière complètement idiote que vous avez eue d'aller affronter Loki seul. »

Tony tenta de faire comme s'il ne se sentait pas profondément humilié. Il cacha le tout derrière un sourire et un hochement de tête mais il soudainement envie d'attaquer la baie vitrée à coup de poing en métal pour se jeter dans le vide. Steve se racla la gorge. De tous les souvenirs ramenés à la surface, il était vrai que le baiser en faisait partie. Mais il essayait trop désespérément de l'effacer pour se sentir d'en parler. Surtout que ce n'était pas vraiment le moment, à ses yeux. Mais à présent qu'il avait été déterré avec tant de brutalité, il devait bien avouer qu'il ne savait qu'en faire. Il décida d'achever rapidement la bête.

« Tony, je… Vous comptez beaucoup pour moi aussi, avoua-t-il. Mais je…. »

Alors que l'ingénieur l'observait, le capitaine serra la mâchoire, tout en cherchant ses mots.

« C'est parce que je tiens à vous à vous que je pense que vous ne devez pas tenter de vous rapprocher de moi, dit-il avec clarté.

- Non, Cap, non, s'imposa immédiatement l'ingénieur. Vous n'allez pas me faire le coup du mec mystérieux qui éloigne les autres pour leur soi-disant propre sécurité.

- Pourtant il le faut, vous êtes membre de la Section Spéciale. Je suis votre Capitaine maintenant. »

Il allait se détourner d'une manière assez dramatique, si bien que Tony décida de jouer le jeu et de lui rattraper le bras d'une manière tout aussi dramatique. Steve soupira, et tenta d'offrir un faible sourire à l'ingénieur.

« Je suis désolé, dit le capitaine.

- Vous ne méritez pas d'être seul, insista Tony. Je refuse de vous laisser seul.

- Merci Tony, répéta alors le soldat après avoir pris le temps d'analyser ses paroles. Sincèrement. Mais vous n'avez pas à vous tracasser. Je n'ai besoin de rien de plus que ce que vous m'offrez déjà. »


Ils avaient fini par être reconnus. Dans tout Oslo, et dans les territoires alentours, on connaissait leurs noms. La ville tentait d'établir sa défense contre les robots et si la plupart des forces de l'ordre ne croyait pas en leur existence, ceux qui avaient accepté de croire en eux les appelaient comme ils le voulaient : Thor et Loki. Les hommes devaient bien avouer qu'ils étaient de plus en plus faibles face à leurs opposants métalliques mais l'idée de deux divinités veillant sur eux et les aidants à combattre cette menace les aidaient à tenir.

Mais les légendes n'étaient jamais à la hauteur de la réalité, malheureusement. C'était tout aussi vrai pour ces deux-là. Thor et Loki étaient des défenseurs, des vengeurs, mais ils agissaient par le vol et le meurtre. Mêlant la malice de l'un à la force de l'autre, ils formaient un binôme aussi bénéfique que dangereux pour la Norvège. Leurs agissements n'étaient en rien dictés par une quelconque noblesse d'âme uniquement par le souvenir amer d'une cité dorée qui était partie en fumée, toujours ravivé par le spectre d'une enfance détruite.

Au début, leurs cibles avaient uniquement été les robots. Puis ils avaient décidés de ratisser plus large.

Les alarmes retentirent dès que les premiers coups de feu furent donnés. L'ennui, c'était que c'était déjà trop tard. La silhouette massive de Thor s'abattit sur un des gardes tandis qu'il vidait son chargeur dans toute la pièce. L'arme à feu devint rapidement inutilisable, mais le blond n'avait pas peur de se servir de ses poings.

Loki jaillit à son tour, comme un serpent hors de sa tanière. Il se saisit de l'élan d'un assaillant pour le faire tomber, attrapa un bras prêt à lui décrocher un uppercut, le tordit, puis joua du coude pour casser un nez. Un autre gus se jeta sur lui, Loki lui donna un coup de pied dans le genou, puis lui écrasa son poing sur le visage, avant de retourner un autre et de lui déboiter l'épaule. Le cri qui retentit ne manqua pas de faire rire Thor qui s'était servi de son propre poids pour faire tomber un des nombreux hommes armés jusqu'aux dents qui se jetait sur lui. Acculé, il se servit du premier objet qui lui tomba sous la main. Un marteau. Plutôt massif, après tout ils se trouvaient dans un chantier, mais il en fit son affaire.

Au bout d'une dizaine de minutes, la cinquantaine de gardes avait fini au sol. Les deux frères se regardèrent, sensiblement essoufflés, avant de se tourner vers le petit bungalow, qui se trouvait à l'autre bout du chantier. Ils traversèrent le champ de ruines jusqu'à ce petit havre de paix et entrèrent sans frapper. Ou plutôt, en défonçant la porte. S'y trouvait un homme chauve, étonnamment fort, vêtu d'un costume sur mesure. Il ressemblait à une montagne, mais aucun des deux ne sembla particulièrement intimidé. Tous deux avaient les cheveux courts à l'époque. Ceux de Thor retombaient seulement au niveau de son menton et ceux de Loki, plaqués en arrière, arrivaient à peine à sa nuque.

« Wilson Fisk, s'amusa ce dernier. Enfin seuls.

- Félicitations, grogna le chauve. Vous êtes tombé bien bas depuis l'attaque des Ultrons 2. Etes-vous tellement en mal de violence que vous venez importuner un pauvre homme ?

- Si ce pauvre homme est un trafiquant de métal, assena Thor, nous nous sentons obligés d'interférer. »

Naturellement, il allait de soi que Fisk n'allait pas se laisser faire. Il ne s'appelait pas le Caïd pour rien après tout. Mais cela n'était qu'un challenge de plus pour les deux frères. Thor attrapa le marteau qu'il avait attaché à sa ceinture et le brandit avec un semblant de fierté. Fisk comme Loki affichèrent le même air incrédule.

« J'aime bien, se défendit simplement Thor. »


Le ciel était devenu sanglant. L'aube nimba le paysage d'une aura écarlate alors que la brume disparaissait peu à peu. Puis le sang se fit or et la sphère solaire perça enfin l'horizon. A présent, Steve et Bucky étaient aux commandes tandis que les deux agents du SHIELD prenaient du repos. Tout le monde s'éveillait lentement. La Section Spéciale s'éveillait toujours avec le soleil. Mais les cyborgs ne dormaient pas. Les robots, les intelligences artificielles, les androïdes, tout ce beau monde n'avait pas besoin de sommeil. Ils restaient juste en repos pour conforter les humains. Ou pour se faire croire qu'ils étaient aussi humais qu'eux. Pour tenter d'échapper à leur terrible vie artificielle, sans sentiments, sans ressenti, sans émotion. C'était ce à quoi réfléchissait Natasha en déambulant dans le vaisseau, les mains dans le dos, la tête basse.

Pietro fouillait le vaisseau à la recherche de nourriture et une forme très particulière de bonheur se peignit sur ses traits quand il tomba sur la réserve de fruits secs de Jim. Bucky se mit à crier sur l'I.A du vaisseau qui se défendait comme elle se pouvait.

« Garder la bouffe, c'est ton job, Jim ! insistait le Soldat de l'Hiver.

- Il est trop rapide, chouinait l'I.A. Comment j'aurais pu savoir qu'il les trouverait ?!

- Théoriquement, intervint Jarvis, vous devriez être apte à anticiper ses mouvements.

- Jarvis, vous n'êtes qu'un traitre, grogna Jim, vous n'avez aucune notion de la solidarité, je vous déteste. »

Un rire mesquin échappa à Pietro qui s'était mis à distribuer les fruits secs à l'ensemble des Avengers et ceux-ci acceptaient avec plaisir pendant que les deux I.A continuaient de se disputer comme deux chiffonniers. Tony eut envie de leur construire des corps tangibles juste pour les voir se crêper le chignon en vrai.

Arrivé au niveau de Wanda, Pietro remarqua que sa sœur était distraite. Comme toujours lorsqu'elle regardait la Vision, à dire vrai. Wanda avait toujours été de nature rêveuse, mais elle ne pouvait faire croire à personne qu'à chaque fois qu'elle regardait dans le vague, c'était dans la direction de l'androïde, de surcroît quand il avait le dos tourné. C'était un trop beau hasard. La brune refusa les fruits secs en levant distraitement la main. Puis elle fit quelque pas en direction de la Vision. Celui-ci était debout, là où s'était tenu Thor à l'aube, regardant le paysage. Les nuages défilaient dans ses yeux d'or, comme dans un miroir ou un objectif.

« Tu es pensif, s'étonna Wanda. Qu'est-ce qui te préoccupe tant ? »

Elle avait du mal à comprendre. La Vision était littéralement le dernier arrivant de la Section Spéciale. Il ne s'était attaché à personne, hormis peut-être Sam et Clint qui avaient partagés sa cellule, mais autant être lucide, il n'avait rien pu fonder avec qui que ce soit. Et pourtant, le combat qu'ils allaient livrer, contre Loki, individu qu'il connaissait à peine, semblait le troubler au plus haut point.

« La vulnérabilité du monde, répondit la Vision. Il est… assailli, constamment, de l'extérieur. Et voilà qu'il doit également s'occuper de ses maladies internes. »

Il se tourna vers Wanda, quelques instants. Elle le fixa droit dans les yeux. Le regard de la fille Maximoff était sombre, mais étonnamment perçant.

« C'est une noble cause de vouloir le protéger », ajouta la Vision.

La Sorcière Rouge eut un mouvement de recul, très discret. Elle ne s'attendait pas vraiment à ça. Pour un peu, elle eut l'impression que c'était elle qui avait été sondée, et non l'inverse. Son regard se fit plus doux et son expression moins froide. Elle baissa la tête et regarda ses mains, tout en se triturant les doigts.

« Est-ce que cela reste une noble cause quand on protège quelque chose pour nettoyer le sang que l'on a sur les mains ? dit-elle.

- Vous n'avez pas de sang sur les mains, » s'étonna la Vision.

La brune fut de nouveau désarçonnée, mais elle ne tarda pas à comprendre le sens des paroles de l'androïde, ce qui la fit rire doucement.

« Je… C'est une métaphore… » bafouilla-t-elle.

Il eut l'air incrédule alors qu'elle était à la fois désolée et amusée. Alors elle rit de nouveau, doucement, dévoilant à peine ses dents puis elle leva de nouveau la tête vers l'androïde. Ce fut à son tour de sourire.

« Vous êtes très belle, » dit-il alors.

Silence, puis un instant de flottement. Tous deux se regardèrent, l'air à la fois fasciné et incrédule quant à la créature qui se trouvait face à eux, dans ce vaisseau, ici, au-dessus des nuages. La Vision hocha la tête et se détourna, interpellé par Jim qui cherchait désespérément quelqu'un pour prendre sa défense. Ce ne fut que lorsque Pietro parut à côté d'elle que Wanda se rendit compte qu'elle avait oublié de respirer.

« Wanda, dit le jeune homme. Non. »

Sa sœur ne lui répondit que par une tape sur l'épaule.


Natasha ne quittait pas des yeux le bandeau qu'elle avait dans les mains. Un alliage de polymères, rien de métallique. Comme elle. Un bandeau noir, avec deux orifices bouchés par du verre rouge au niveau des yeux. Il y en avait six autres, en fait. Plus qu'un bandeau, c'était un masque. Il lui évoquait un masque de type « loup », ceux qui ne cachaient que la partie supérieure du visage. Mais plutôt que d'avoir deux yeux, il y en avait huit. Comme une araignée.

« Je l'ai fait pour toi, dit Bruce. Avec Tony, naturellement. Je… Je ne suis pas très mécanique. »

En rouge et en noir. Ses couleurs. Le noir qu'elle avait sur sa combinaison, le rouge de sa chevelure, et de ce petit symbole sur sa ceinture. Ce même petit symbole carmin que l'on retrouvait sur ces petites araignées couleur d'ébènes.

Les veuves noires.

« Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle d'un air intriguée.

- Un nouveau type de monocle, répondit le scientifique d'un ton beaucoup plus assuré, signe qu'il maîtrisait le sujet. Tu as huit types de visions différentes dessus thermique, nocturne, à rayons x, viseur, un optimiseur à 360 degrés… »

Elle sourit. L'objet était sincèrement beau. Natasha pensait n'avoir aucune vision de la beauté mais aucun doute que si elle en avait une, elle dirait que c'était beau. Le monocle unique et sans vie qu'elle avait toujours devant un de ses yeux avait été relevé, afin que ce soit ses yeux et uniquement ses yeux, qui admiraient le travail de Bruce. Des yeux d'araignées pour quelqu'un qui se faisait appeler la Veuve Noire. C'était bien trouvé. Le cadeau était beau, mais l'intention aussi était belle, ce qui rendait le présent encore plus appréciable.

« Bien entendu tu n'es pas obligé de… Commença alors le docteur Banner.

- Merci Bruce, l'interrompit Natasha. Je … Je l'aime beaucoup. »

Elle n'était pas sûre de ses propres paroles. Non pas qu'elle n'était pas sûre d'aimer le cadeau, mais elle n'était pas sûre d'en être capable. Elle ne savait pas si ce qu'elle ressentait était une émotion réelle ou des simulacres nés dans ses circuits pour qu'elle ne soit pas mise à l'écart. Si quelque temps auparavant, elle n'aurait eu aucun doute, les récents évènements la faisaient de plus en plus douter. Et elle détestait ça. Le doute. Elle aimait ce cadeau. Elle avait envie d'aimer ce cadeau.

En relevant la tête, la Veuve Noire remarqua alors que le regard du scientifique s'était également fait fuyant. Elle fronça les sourcils. En à peine une seconde, chacun avait réussi à se perdre dans ses pensées.

« Qu'est-ce qui ne vas pas ? » Demanda-t-elle.

Bruce baissa la tête et soupira. Pendant un moment même, Natasha se dit qu'il n'allait pas lui répondre.

« Même les membres de la Section spéciale sont dangereux pour la Section Spéciale, et pour les civils.

- Loki n'est plus un membre de la Section Spéciale au vu de ses agissements, dit la cyborg rousse.

- Je ne parle pas seulement de Loki. Je parle de nous tous. Nous sommes… Des bombes à retardement. »

Il disait cela, mais Natasha se doutait grandement du fait qu'il parlait surtout de lui. Banner avait toujours détesté partir sur le champ de bataille. La plupart du temps, il ignorait les alertes. Il évitait les conflits directs. Ce n'était pas qu'il les détestait, c'était qu'il se détestait tellement qu'il préférait rester à l'écart. Un sourire en coin traversa le visage de Natasha. Un sourire triste.

« Non, affirma-t-elle. Nous sommes…plusieurs épaves qui tentent de sauver les restes du monde du naufrage. »

Elle savait où il voulait en venir parce qu'elle était comme lui. Ils étaient semblables à leur manière. Un tempérament limité, une dangerosité accrue, cachée. Chez elle, sous les traits d'une très belle femme. Chez lui, sous une mine abattue et une carrure fragile. Mais à cause de ce qu'il cachait en lui, il n'aimait pas les conflits. Il en allait de même pour elle. Natasha était ce qu'elle était mais en dépit de tout, elle détestait la confrontation. Seulement elle savait qu'elle n'avait pas le choix. Pas parce qu'elle avait été créée pour ça, mais parce que c'était ce qu'elle avait à faire. Pour se racheter. Tous ici, voulaient se racheter. Ce qu'ils affrontaient, c'était le pire du pire. Et malheureusement, il n'y avait qu'eux pour le faire. Il y avait un moment où il fallait arrêter de suivre.

Elle se mit à souhaiter que Bruce aussi le comprenne.

« Je ne crois pas avoir quelque chose à faire ici, dit le scientifique.

- Tu plaisantes ? s'étonna la cyborg, fronçant une nouvelle fois les sourcils.

- Natasha, enfin, s'impatienta le docteur. Je suis… Je suis tellement… »

Elle savait ce qu'il allait dire. Différent. Pas à ma place. A part. Monstrueux.

Exactement ce qu'elle pensait d'elle.

« C'est vrai que tu l'es… l'interrompit-elle. Mais je ne vois pas en quoi c'est un mal. Tous les gars ici sont des durs à cuire. Des bagarreurs. Toi, tu ne bats jamais alors que tu sais que tu gagneras. »

La rousse lui sourit. Un sourire qu'elle espérait sincère. Tout en faisant un pas vers lui, elle baissa légèrement la tête.

« Je sais que tu n'aimes pas la violence. Celle des autres comme la tienne. Tu veux uniquement préserver la paix. Mais pour ça, parfois, il faut faire la guerre, Bruce.

- Mais pour combien de temps ? »

Cette fois, elle n'eut plus de réponse. Parce qu'elle n'avait jamais réussi à répondre à cette question, elle non plus. Le sourire de la Veuve Noire s'éteignit et elle regarda le sol, les lèvres pincées.

« Qu'importe, finit-elle par dire. Tant que l'on est bien accompagné. C'est vrai que tu es différent, Bruce. Mais parfois, ça fait du bien, de rencontrer des gens différents. Tu peux me croire. Loki a réussi à me faire douter de mon humanité, mais pas de ça. »

Une légère étincelle s'alluma dans les yeux du scientifique. Le sourire de Natasha revint. Puis elle tourna les talons, saluant le docteur de la main et le remercia de nouveau, avant de retourner s'assoir à sa place, à côté de Clint. Thor et Rogers étaient aux commandes. A l'extérieur, l'aube avait fini de faire saigner le ciel. Ils n'étaient plus très loin de Tokyo.

Clint tint à savoir ce qui avait retenu son amie pendant aussi longtemps. La rousse laissa l'archer passer ses doigts sur ce cadeau qu'elle ne savait nommer. Masque, bandeau, monocle, qu'importait. C'était un cadeau de Bruce pour elle.

« Ça fait du bien de rencontrer des gens différents, répéta-t-elle.

- On est tous différents, s'étonna Clint.

- Mais d'une certaine manière, nous sommes tous similaires. Des gens qui luttent avec cette part d'ombre qu'il y a en eux. Des gens qui ont du sang sur les mains et qui essayent de le laver en faisant le bien. Ou tout du moins, ce que l'on appelle le bien. On est tous différents, mais si tu retournes la pièce, nous sommes tous pareils. Et vient une personne qui… Non, s'arrêta la route. Pas une personne différente. Mais une personne qui fait la différence. Comme Barnes pour toi.

- Quoi, s'étonna Clint en levant la tête, comme pris au dépourvu. Qu'est-ce qu'il y a avec Barnes ? »

Il avait dit ça d'une manière tellement innocente que Natasha comprit qu'il ne se payait pas sa tête. Alors elle éclata de rire et rejeta la tête en arrière. Elle ne savait pas si ce rire était artificiel ou non, et sur le coup, elle s'en fichait. C'était bon. C'était parfois bon de se retrouver, tous les deux. En tant que cyborgs, ils avaient l'impression d'être les seuls à se comprendre, par moments. Natasha et Clint s'étaient souvent sentis isolés, avant d'entrer dans la Section Spéciale mais aussi en y étant acceptés. Puis étaient arrivés de bonnes choses. Des gens qui avaient traversés d'autres épreuves que les leurs, qui ne comprenaient pas tout, mais qui arrivaient à les apaiser. Parce qu'ils étaient justement, différents. Elle s'installa plus confortablement dans son siège, récupéra son cadeau, qu'elle posa sur ses cuisses, puis croisa ses mains à l'arrière de sa nuque. Puis elle lui dit des choses que lui disaient ses anciennes conquêtes, ce qui rendait l'archer faussement enthousiaste. Parce qu'il y en avait tout de même beaucoup.

Clint était assez doué pour ne pas être en mauvais termes avec des gens avec qui il avait partagé « plus que des rires ». Mais avant d'en arriver là, de nombreuses claques avaient volé. Parfois, c'était juste le malheur. Comme avec sa femme, Laura. Morte avant même qu'il ne devienne un cyborg. Une des seules choses dont il se souvenait de sa vie d'avant. Mais la plupart du temps, c'était de sa faute et uniquement de la sienne. Il devait bien l'avouer. Comme avec Bobbi, qui disait qu'il se détestait tellement qu'il n'acceptait pas que quelqu'un se rapproche de lui.

Clint fut secoué d'un rire sans joie à ce souvenir. « Il va te quitter, comme il le fait toujours, avait dit Bobbi à Kate. C'est son super-pouvoir. » L'archer posa sa main sur son visage. Natasha le vit clairement tiquer en passant ses doigts sur le bandeau qui cachait le trou béant de ses yeux. Elle abattit sa main sur l'épaule de son ami et le secoua légèrement.

Se détester soi-même. Certainement une des maladies commune à toute la Section Spéciale. Mais Natasha se dit qu'ils en étaient peut-être arrivés à un stade où ils ne pouvaient plus se le permettre. Ou alors, un stade où ils pouvaient se permettre d'aimer à nouveau. Parce que les choses étaient différentes maintenant. Clint n'était pas sûr que Natasha elle-même y croyait. Mais elle avait envie d'y croire. Et lui aussi.


Cette fois, Tokyo était en vue. Carol ne savait décemment pas si elle était prête à affronter ce qui se profilait. Elle l'espérait franchement. De toutes les manières, elle n'avait plus le choix. Elle devait être prête. Elle avait choisi de se retrouver ici. Ce qui se tramait, là, entre les murs de cette ville, elle ne pouvait pas le laisser arriver. Elle ne voulait plus que les actes d'une seule personne apportent le malheur. Elle avait perdu Jessica par égoïsme. Alors, elle refusait qu'une chose pareille arrive à quelqu'un d'autre et surtout pas à ceux qui lui avaient sauvé la vie, ceux qui l'aideraient sans doute à retrouver son amie. Elle l'avait immédiatement vu. Tous ces gens, c'était des épaves. Des gens qui avaient tout perdu et qui ne voulaient plus que ce genre de situation se répète. Des gens qui voulaient éviter que d'autres traversent les mêmes souffrances qu'eux. Des gens qui avaient accepté de mettre leurs dons au service d'un monde meilleur pour les êtres humains.

Autrement dit, des gens qui se battaient pour une cause perdue.

Jessica l'avait vu. L'humanité avait peut-être, finalement, mérité son sort. Les hommes étaient déjà responsables de la mort de leur propre civilisation. Leur perte était une fin logique. Cependant, ils refusaient de l'accepter. Tout comme elle refusait de perdre Jessica. Elle aussi, au fond, se battait pour une cause perdue. Mais elle avait rapidement compris que se battre, même pour ça, à plusieurs, ça valait mieux que se battre seul. Ils sauveraient leur monde. Et elle retrouverait Jessica. Parce que pour elle, Jessica était la seule chose qui importait. L'humanité était déjà morte. La vie d'une seule personne avait de la valeur pour elle. La Section Spéciale savait pourquoi elle se battait, ils l'avaient tous compris et elle aussi avait fini par comprendre pourquoi ils se battaient. Alors elle se battrait avec eux. Leurs buts étaient différents, mais au fond, la blonde avait l'impression qu'ils étaient semblables. Raison pour laquelle une assemblée aussi curieuse que la Section Spéciale arrivait encore à tenir debout. Malgré ce qui se dressait sur leur chemin.

Comme un membre de leur propre équipe. Carol avait plusieurs fois remarqué l'état complètement apathique du grand blond au marteau. Thor. Et elle n'osait imaginer ce qu'il pouvait ressentir. D'après ce qu'elle avait compris, Loki et lui étaient comme nés de la même chair et du même sang. Une douleur qui ne devait être que psychologique était devenue physique.

En fin de compte, si. Elle pouvait parfaitement imaginer ce qu'il pouvait ressentir.

« Donc, continuait de lui expliquer Jim, il vous faut un nom de code, sinon ça marche pas. Vision insiste pour garder la Vision. Bon, c'est pas cool, mais on a rien dit pour Thor alors

- Pourquoi je ne peux pas garder Carol alors, s'enquit la jeune femme.

- Parce que Carol c'est commun ! Il faut que vous ayez un nom qui vous détermine, pour que tout le monde sache que c'est vous !

- Alors je veux un « Captain » dans mon nom de code, ordonna la blonde, d'humeur joueuse. C'était mon rang dans l'Air Force.

- Hein ? s'étonna l'IA à la voix juvénile. Mais… Mais on a déjà un Capitaine ?!

- Il était pas passé Colonel ? s'étonna Carol

- Est-ce que ça va vraiment me suivre », soupira, au loin, Steve Rogers, allègrement moqué par toute l'équipe.

Mais naturellement, rien ne pouvait empêcher Jim d'être Jim. Alors il reprit sur le sujet afin d'empêcher la Section Spéciale de sombrer dans une nouvelle digression.

« Ensuite, il vous faut un uniforme ! Avec Jarvis et Olivia, on va rassembler les bases de données et vous proposer quelque chose, vous en pensez quoi ? »

Carol allait ouvrir la bouche pour répliquer, quand une sorte d'éclair noir, blanc et rouge s'abattit sur elle.

« Refusez !

- Quoi ? »

Elle reconnut Sam Wilson, celui qui se faisait appeler le Faucon. Tous avaient leur nom de code et il était vrai que tout cela allait certainement être un peu compliqué à retenir. Mais Carol assumerait. Étrangement, elle se plaisait déjà ici.

« N'acceptez jamais une proposition de costume d'Olivia, lui dit le Faucon. Ja-mais ! Si on l'avait écoutée, un tiers d'entre nous se baladerait avec le caleçon par-dessus les collants, l'autre tiers avec des maillots de bain une pièce et la dernière moitié… Vous êtes trop jeune pour assimiler.

- Je pense être dans la même tranche d'âge que vous, s'étonna pourtant Carol.

- Quand bien même, ricana Sam. Vous ne voulez pas savoir ! »

Elle le couva d'un regard incrédule, avant de se mettre à rire à son tour, sans pour autant savoir pourquoi. Sam était de ces personnes étranges dont le sourire ressemblait à un rayon de soleil. Rien que son rire donnait aussi envie de rire : pas parce que c'était drôle, mais parce que sa joie était communicative. Dès qu'il était heureux, il donnait envie d'être heureux avec lui.

« Toujours pas remis du lycra rouge et blanc, se moqua Pietro.

- Jamais ! Et il est interdit d'en parler ! »

Carol entrouvrit la bouche. D'accord. C'était déjà trop. Elle avait besoin d'un verre. Mais quelque chose lui disait qu'elle n'obtiendrait rien de plus que de l'eau, des fruits secs ou de la boisson nutritive.

« Le monde est fou, soupira-t-elle.

- Encore plus fou que nous, approuva Sam. C'est dire. Parfois, ça fait du bien de le réaliser. Ça nous donne l'impression d'être sain d'esprit. »

Se disant, il la regarda et se tapa la tempe avec son index. Carol rit de nouveau. Décidément, c'était plus fort qu'elle. Puis ses yeux, et manifestement ceux de Sam également, se posèrent de nouveau sur Thor, assis sur son siège et toujours dans un état d'abattement total. La jeune femme ne retint pas un soupir, et Sam ne chercha pas à cacher son air profondément attristé.

« Et c'est une bonne chose ? » demanda la blonde en baissant la tête.

Ils approchaient du mur et du peu qu'ils pouvaient voir, ajouté à ce qui était retranscris par les réseaux d'informations, c'était déjà l'anarchie complète. Dans toutes les rues de l'immense cité, les gens fuyaient à toutes jambes en hurlant, se protégeant comme ils le pouvaient des attaques. Les cyborgs étaient rapides, violents et naturellement sans pitié. Ils ne se contentaient pas de tuer, ils saccageaient le tout. C'était la toute première fois que Tokyo était attaqué de l'intérieur, et pour la première fois, tous se surprirent à espérer que des robots sous-classés débarquent pour rétablir le status-quo.

Mais ils avaient aussi compris que le vrai travail allait commencer. Carol et Vision firent un inventaire rapide de leurs compétences au Capitaine Rogers pendant que tout un chacun se préparait. Natasha installa ses nouveaux monocles, qui épousèrent la forme de son visage comme un masque de l'époque victorienne, Sam abaissa ses vieilles lunettes d'aviateur sur son nez, Wanda mit ses gants, Pietro ses chaussures, Tony prépara tout son matériel et fit une mise au point avec Jarvis, Banner tenta de garder le contrôle encore quelque temps, Clint vérifia son arc, Thor serra son marteau dans sa main, même s'il ne lui avait jamais semblé aussi lourd, Maria et Phil préparèrent leurs armes, Bucky apposa lunettes et masque sur son visage, rapidement rejoint par Steve, qui abaissait son heaume.

« Tendu ? s'enquit le blond auprès de son ami.

- Déjà attentif, le corrigea le Soldat de l'Hiver. Nous sommes beaucoup, et manifestement la bataille sera longue. Loki a un bâton de téléportation, putain. Il travaillait en douce avec le SHIELD. Le pire, c'est que nous ne connaissons pas le but final de son plan. C'est… Ça donne l'impression d'être pris au milieu d'une toile d'araignée. Le travail d'équipe sera plus primordial que jamais. Alors que certains d'entre nous ne sont pas en état … »

Il ne se sentit pas de continuer. Il jeta juste une brève œillade par-dessus son épaule. Steve n'eut pas besoin de suivre son regard pour savoir ce qui inquiétait son ami.

« Clint ira quoi que tu dises, souffla-t-il, afin de ne pas être entendu.

- Je sais, se résigna l'autre, sur le même ton. Et puisqu'il est aveugle, je serais ses yeux. »

Steve lui donna un léger coup de coude complice, juste avant que n'intervienne Tony Stark. Comme toujours. Qui n'était pas loin, et qui avait entendu. Naturellement. Si Rogers l'accueillit avec le sourire, Barnes ressentit une soudaine envie de taper sur tout ce qui avait un réacteur au milieu de la poitrine et un stupide bouc au menton.

« C'est pas malin, ça, Barnes, dit l'ingénieur. Vous êtes déjà le bras droit de Rogers ! Vous aspirez à incarner toutes les parties du corps de la Section Spéciale ?! Alors, quelle partie du corps de Romanoff vous voulez être ?

- Et vous, rebondit Natasha, de quelle partie de votre corps êtes-vous prêt à vous séparer ? »

Tony fit un véritable bond en arrière en la voyant porter le masque d'araignée qu'il avait fabriqué avec Bruce. Le masque, ajouté à la voix, et aux paroles, c'était trop pour lui. En fait, juste le fait d'être menacé par Natasha Romanoff, c'était trop. Boudeur, l'ingénieur tritura son réacteur et laissa le métal recouvrer lentement son corps.

« Ça va, on rigole, » dit-il alors que le métal coulait sur son menton.

L'ingénieur avait refusé que le métal lui recouvre le visage. Il faisait assez de mauvais rêves où il crevait étouffé sous des décombres métalliques pour autoriser ça. L'or et le titane entourait juste son visage, recouvrant son menton et son front, puis passant à l'arrière de sa tête. Mais le haut de sa tête était toujours à l'air libre. Ça, c'était une question de style. Ça lui donnait un air … supérieur. Il aimait bien.

« Eh Barnes, intervint alors Sam, qui, comme les autres, n'avait capté que le début de la conversation entre les deux soldats, en claquant des doigts. Tu voulais voir c'était quoi le but final de son plan, non ? »


La Norvège avait fini par tomber définitivement à son tour. Le pays s'était embrasé, cerné petit à petit par les robots, infecté par les humains apeurés qui y vivaient. D'alliance en alliance, de trahison en trahison, le dernier rempart contre la menace métallique avait fini par céder. Tout était parti dans les flammes. Le Docteur Fatalis s'était vengé allègrement de la résistance humaine dans ce secteur de l'Europe. Ceux qui avaient pu fuir l'avait fait. Mais ça ne voulait pas dire que c'était une option. Ça ne voulait pas dire qu'ils survivraient. Ça ne voulait pas dire que ça ne faisait pas mal.

« Thor, non ! »

Les bras de Loki se refermèrent autour des épaules massives de son frère qui voulait de nouveau se ruer sur le champ de bataille. Il était couvert de blessures, la moitié de son visage était écarlate à cause de la profonde entaille qu'il avait sur le front, un de ses bras était cassé et sa blessure à la jambe nécessitait des soins d'urgences. Pourtant le grand blond se refusait de lâcher son marteau, animé de fureur en regardant Oslo noyée dans les flammes. Dans ce genre de moment, le plus âgé perdait totalement le contrôle de lui-même. Loki savait que ce n'était pas sa carrure qui allait arrêter sa fureur vengeresse.

« Thor, je t'en supplie, écoute-moi ! »

Il noya son visage dans la nuque de son frère en resserrant sa prise sur ses épaules.

« Il faut y retourner, s'exclama Thor. Nous ne pouvons pas abandonner !

- Thor, c'est déjà trop tard, souffla Loki. Nous ne pouvons plus rien faire ! Nous ne sommes pas assez forts ! »

La masse de Thor finit par se figer, complètement inerte au milieu de l'espace. L'air sentait la chair brûlée, la suie, le métal chaud, le bois calciné. Oslo ressemblait à l'enfer. A Hel. C'était comme un cauchemar devenu réalité.

Loki ne fut assuré de la reddition de son frère que lorsqu'il entendit le bruit du lourd marteau métallique tomber au sol. Dès lors, il le lâcha et le laissa respirer, pour se remettre face à lui et le scruter attentivement.

« Tu as besoin de soins mon frère, dit-il. Allons-nous-en.

- Je ne veux pas abandonner.

- Thor ! s'exclama Loki. Il te faut être raisonnable maintenant ! Tu vas vers une mort certaine ! »

Il abattit ses mains sur les épaules massives de son frère et planta son regard d'acier dans le sien. Loki n'haussait pas souvent le ton. Il ne sortait pas souvent de ses gonds. Aussi étrange que cela pouvait paraître, surtout à la vue de leur passif, il n'aimait pas la confrontation. Il avait toujours préféré la conversation. Mais parfois, il savait qu'il était au pied du mur. Qu'il n'avait plus le choix.

« Je peux perdre un royaume, affirma-t-il. Mais je ne peux pas te perdre toi. »


Natasha et Maria parvinrent à charger une des nombreuses vidéos qui circulaient sur les réseaux de Tokyo et ce, depuis que le soleil s'était levé. Autrement dit, depuis le moment où Loki avait attaqué. Certains se penchèrent au-dessus de leurs épaules pour voir le brun aux yeux gris-vert parler à la caméra, un air terrifiant et horrifique sur le visage, d'autres en revanche se contentèrent de regarder par la baie vitrée pour contempler un autre type d'horreur. La ville entière était prise en otage par les cyborgs. Certains bâtiments partaient déjà en fumée, tandis que les explosions et les cris étaient audibles malgré l'épaisseur de la vitre. Au milieu du silence qui était tombé, tous entendirent la dernière invective de Loki :

« Je suis seul à pouvoir régner sur ce monde et le ramener à l'état d'ordre et de paix auquel il a droit. »

Maria finit par couper la vidéo. Elle en avait assez vu. Ils en avaient tous assez vu. Les informations leur arrivèrent à une vitesse lumière. De deux choses l'une, Loki avait commencé à répandre « l'ordre » en ville, en dirigeant ses troupes depuis le Nouveau Parlement, siège du pouvoir tokyoïte depuis l'invasion des robots. Et faire sauter le quartier général du SHIELD était dans ses plans manifestement la première et plus importante chose à faire pour apporter un nouvel ordre à la cité.

La Section Spéciale se savait sur tous les fronts. Ça n'allait pas être une partie de plaisir, vraiment pas. Presque instinctivement, la dizaine de personnes qui se trouvait dans le vaisseau se tournèrent vers celui qu'ils avaient toujours considéré comme leur chef et meneur : le Capitaine Rogers. Celui-ci baissa la tête, les mains sur les hanches, puis s'approcha du tableau de bord. Là, il déploya une carte holographique de la cité de Tokyo. Loki avait manifestement envie de jouer. Très bien. Steve se sentait terriblement joueur.

« Thor, » entonna-t-il.

L'interpellé se tendit comme un arc. Steve, le regard dur, se plaça face à lui. Ils en avaient déjà parlé au moment du départ et même s'il ne tenait pas à faire passer ça pour une flagellation publique, mais ils ne pouvaient plus s'offrir le confort de l'isolation.

« Je sais que tu as essayé de protéger ton frère. Je sais que tu as tout fait pour qu'il essaye de se ranger ou en tout cas, je te crois lorsque tu nous le dit. Mais il y a de fortes chances pour que tu ai à faire un choix aujourd'hui. Ton frère, ou la Section Spéciale. Tu ne pourras pas avoir les deux cette fois.

- Mon choix est déjà arrêté Captain. Et j'ai l'intime conviction que si jamais tu étais à ma place... Ton choix différerait du mien. »

Les yeux se baissèrent, mais personne n'osa réellement contester la décision du Capitaine, peu importait à quel point cela pouvait être difficile.

« Laissez-moi tenter de le raisonner, dit toutefois Thor. Une dernière fois, s'il vous plait. »

Il se tenait en retrait par rapport aux autres, les yeux plongés dans la ville désolée. Le vaisseau ne pouvait pas être vu, en mode furtif et stationnaire. Mais eux, ils pouvaient voir. Ça avait toujours été ainsi. Voir sans être vu. Sortir de ce vaisseau, c'était également se montrer au monde. Le capitaine savait que ce n'était pas le moment, mais tout ce qu'il avait envie de faire, maintenant, c'était de se replier au sol et se laisser dépérir.

« Dans tous les cas, repris Steve en posant ses mains sur ses hanches. Le problème a été retourné dans tous les sens mais la seule évidence qui s'impose, c'est que Loki est notre responsabilité. Pas seulement celle de Thor, mais la nôtre. »

Il ne savait pas s'il avait le temps de le leur dire maintenant. Mais il le fallait. Ce qui avait toujours fait tenir Steve Rogers, c'était qu'il savait pourquoi il se battait. Aujourd'hui, tous méritaient de savoir pour quoi ils allaient se battre.

« Le monde va changer aujourd'hui, soldats. La Section va apparaître au public de la pire des façons. Loki veut instaurer l'ordre, il dépeint le SHIELD comme une menace et il en sera de même pour nous. Nous pouvons même dire la principale menace. Il veut montrer qu'il est le seul à pouvoir tenir Tokyo. »

Il ne s'agirait pas seulement de mettre Loki hors d'état de nuire. Il s'agirait de savoir s'ils étaient vraiment ce qu'ils présentaient être. Les gentils de l'histoire les bons ceux qui protégeaient et servaient.

« Cette ville va sombrer dans le chaos, acheva-t-il. Et aujourd'hui, j'avoue que je me demande…Ce qui nous donne le droit d'intervenir. Peut-être que Loki a raison. Qu'il n'aurait qu'à prendre cette ville pour son plus grand bien.

- Non, soupira toutefois Thor. Ce n'est pas pour le bien de la ville qu'il fait ça. Mais pour lui-même.

- Loki estime que la liberté est un mensonge, rebondit Clint. Il veut instaurer la Terreur. Il va faire comme tant de gens ont fait avant lui. Imposer à une population innocente le choix entre liberté et sécurité. »

Le cyborg vérifiait consciencieusement ses flèches. La main métallique de Bucky pressa son épaule.

« Effectivement rien ne nous prouve que nous avons le droit d'intervenir, soupira Sam, la tête basse. Mais la ville où nous vivons est en danger. Nous voulons la protéger. »

Et ils étaient certainement les seuls à pouvoir le faire. C'était pour ça qu'ils étaient là. C'était parce qu'il y avait toujours des gens comme Loki qu'eux aussi existaient. Au début, ils avaient songé que seuls les robots étaient une réelle menace, mais à présent, ils se rendaient compte que parfois, la mission de la Section Spéciale était de protéger l'humanité face à d'autres humains. Et de donner leur chance à des machines qui n'étaient pas menaces.

Silence. S'ils ne s'étaient jamais dit ça en face, aujourd'hui, ils avaient la sensation d'être une véritable équipe.

« No pressure, fit Jim.

- Evidemment il fallait que quelqu'un intervienne pour tout gâcher, soupira Coulson. »


Sur une planète que beaucoup appelaient à présent le « monde métallique », il y avait énormément de contrées sauvages. Les robots ne frappaient que là où il y avait du métal. Le reste était laissé à l'abandon. Là où s'étaient tenues autrefois de grandes cités humaines, il ne restait que des ruines envahies par la végétation. Là où les êtres humains n'avaient pas creusé des mines infinies ou des puits sans fond, les êtres de métal n'avaient vu aucune raison de s'attarder. Chacun avait beau dire ce qu'ils voulaient, l'humanité avait grandement facilité la conquête des robots par leurs actions aux conséquences démesurées. Et le pire, c'est que quelque part, il le savait.

« Où sommes-nous d'après toi ? s'enquit Thor, les yeux rivés vers le ciel. »

Il ne restait déjà plus rien de leur feu de camp. Ils ne l'avaient laissé allumer que pour faire rôtir la perdrix que Loki avait attrapée plus tôt dans la journée. Mais il ne s'agissait pas d'être détectable. La menace métallique pouvait venir de n'importe où. Même s'ils avaient réussis à se débrouiller, mieux valait ne pas provoquer sa chance. Ce serait une erreur stupide digne du reste de leur espèce.

Après avoir bu quelques gorgées d'eau et tendu l'outre à son frère, Loki scruta la carte. La lune était pleine, lui offrant une visibilité presque complète. Puis il leva les yeux vers le ciel et scruta les étoiles à son tour. Le ciel nocturne était d'une grande pureté. Il ne se souvenait pas avoir eu une telle vue à Oslo. A aucun moment. Jamais. Ses prunelles tombèrent du ciel pour atterrir de nouveau sur la carte.

« Vu la position des étoiles, calcula-t-il, ce qu'indique cette foutue boussole en plastique qui perd le Nord à proximité d'un robot… »

Il lui fallut quelques temps pour se repérer mais cela faisait déjà trois mois qu'ils avaient fui la Norvège. La température, exceptionnellement froide, y compris en journée et le paysage fournissaient tout autant d'indices. L'herbe était haute, mais sèche, à pertes de vues, avec quelques petits arbustes, une profusion de mousses, de lichen. C'était la toundra sibérienne.

« Vanaheim, sans aucun doute. »

Thor ne répondit que par un grognement, signe qu'il avait déjà commencé à s'endormir. Loki secoua la tête, referma la carte et la rangea, avec sa boussole en plastique, dans son sac. Thor se servait du sien comme oreiller et cela avait l'air d'être une option acceptable. Il faisait inexorablement froid, si bien que les deux frères avaient décidé de dormir à proximité quand ils ne pouvaient pas faire autrement. Comme lorsqu'ils étaient enfants. Ils s'emmitouflaient sous la même cape, se collaient l'un contre l'autre, l'un posait sa tête sur l'épaule du second et ils se réchauffaient les mains en admirant la pureté du ciel.

« Loki ? Tu dors ? »

Ce fut au tour de Loki de répondre par une onomatopée, mais la demande avait été formulée avec tant de candeur qu'il n'avait pu s'empêcher de pouffer, ce qui le sortit du léger sommeil dans lequel il était déjà embarqué.

« Si l'on peut dire, » répondit-il tout bas.

Thor remonta leur couverture de fortune jusqu'à leur nez et Loki lui prit les mains pour profiter de la chaleur à son tour.

« Crois-tu qu'un jour, nous serons assez forts pour protéger ce qui nous tient à cœur ? »

Loki dut bien avouer qu'il ne savait quoi répondre. Leur orphelinat avait succombé au tout premier assaut des robots sur la Norvège. Ils avaient fui jusqu'à Oslo, une grande ville qu'ils avaient cru pouvoir protéger, en faire une ville puissante comme ses grandes métropoles asiatiques, à l'époque où ils étaient encore connectés avec le reste du monde. Mais la Norvège était tombée à son tour. Ils étaient plus grands, ils étaient sensé être plus forts. Mais la perte de leur pays était comme la destruction d'un immense orphelinat et leur fuite vers l'inconnu leur rappelait sans cesse cet échec alors que de leur enfance jusqu'à maintenant, ils s'étaient toujours appliqués à protéger ce qui restait de leur patrie. Et à cela aussi, ils avaient échoué.

« J'avoue que je n'ai rien qui ne me tienne plus à cœur que toi, mon frère, soupira Loki. Et tu as l'air plutôt bien portant, même si tu as maigri.

- Je ne peux rien y faire si tes dons pour la chasse sont médiocres, » se moqua le blond.

Le brun ravala un sourire amusé avant de donner une tape sur le sommet du crâne de son aîné, qui partit dans un immense fou rire. Le plus jeune secoua la tête d'un air qu'il voulait désappointé mais il ne parvenait à masquer son hilarité.

« Tu as raison, finit par dire Thor quand tous deux se furent calmés. Tant que nous sommes ensembles, tant que nous arrivons à nous protéger l'un l'autre, alors nous n'aurons jamais tout perdu. Tant que tu seras à mes côtés… Cela signifie que je suis assez fort. »


« Unités volants, dit Steve d'une voix claire, vous sécurisez le périmètre. Faites le tour du secteur à partir des murs.

- Steve, le coupa Maria. Vous voulez… Faire de toute la cité un périmètre de sécurité ?

- Nous n'avons pas le choix, rebondit le Capitaine. D'ordinaire nous aurions évacué la population du théâtre d'opération mais là… Tokyo tout entier est le théâtre d'opération.

- Ça s'annonce comme étant une pièce d'enfer, persifla Pietro.

- Pietro, souffla Wanda, non. »

Steve haussa un sourcil dans leur direction mais se garda de commenter. Il préféra retourner à la carte holographique que tous observaient nerveusement.

« Unités volantes, vous faire le tour de la ville. Votre mission est de concentrer les cyborgs. Vous tendrez un filet, et rassemblerez les forces ennemies dans un secteur aussi restreint que possible. Nous ne pouvons évacuer toute une cité, il nous faut limiter les dégâts par tous les moyens possibles. Unités terrestres, divisions. La première, avec Pietro, Hill, Coulson et moi, doit sécuriser le quartier général, évacuer le bâtiment de toute force ennemie et le barricader. La seconde, constituée de Thor, Hulk, Widow prendra le Parlement. C'est Loki que nous voulons. Buck, Barton, vous ferez comme d'habitude. Placez-vous sur une hauteur, gardez l'œil sur ce qu'il se passe, et agissez en conséquence. Vous êtes les yeux et les oreilles de la Section Spéciale.

- Heureusement que je suis pas sourd alors, » s'amusa Clint, s'attirant un coup de coude de Bucky.

Aussitôt dit, tout le monde sut ce qu'ils avaient à faire. Steve donna à toutes les unités volantes leur position au niveau des murs de la ville, chacun à une distance égale. Maria ouvrit le sasse. L'air et la lumière entrèrent, leur octroyant une vue intense sur la ville en feu. Tony avait fini de mettre ses bottes et ses gants à réaction. Il s'empressa de jouer avec son réacteur.

« Stark, s'enquit Clint, vous êtes sûr que votre truc là va marcher ?

- Bien sûr que ça va marcher, c'est moi qui l'aie construit.

- Vous pouvez voler et me porter en même temps ?

- Naturellement. Barnes ?

- Non merci, répliqua immédiatement le Soldat de l'Hiver sous son masque. J'ai mon véhicule. »

Se disant, il donna une tape bruyante sur l'arrière-train de Sam. Ce dernier sursauta et se tourna vers son coéquipier et ami avec un air si ahuri que le soldat au bras métallique parti dans un éclat de rire sensationnel. Tout ça avant que Natasha estime qu'ils avaient tous assez rit et ne les pousse dans le vide, tout en clamant de manière moqueuse « Avengers, assemble ! ».

Sam glapit, tout en tenteant de se souvenir comment fonctionnait ce maudit jet-pack de trente ans d'âge. Les ailes usées se déployèrent et il lui fallut quelques pirouettes hasardeuses pour se stabiliser. Les ailes étaient plus lourdes et dures que celles auxquelles il était habitué, mais ce n'était pas le temps des commodités. Malgré son vol maladroit, il piqua jusqu'à un Bucky Barnes qui hurlait à la mort en russe et lui attrapa la cheville. Ce fut comme un signal pour les autres. Carol et Wanda plongèrent en même temps, suivies par Vision, et une fois que Tony fut tout recouvert d'or et de titane –excepté le visage, Clint sauta également dans le vide, suivi de l'homme de métal qui le rattrapa maladroitement avant qu'ils ne touchent le sol.

« Très bien, argua l'ingénieur en regardant autour de lui, incapable d'apprécier les sensations de son premier vol tant la situation était tendue. Où est-ce qu'on va ?

- Ce bâtiment à l'ouest, répondit Sam dans son oreillette. Puis chacun son terrain de jeu. »

Tony allait approuver au moment où une suite de sons se mit à perturber la com. Il leva la tête, comprenant immédiatement que ce capharnaüm venait du vaisseau. Puis quand retentit un « Who let the dogs out ? Who, who who who ?! », il savait qu'il n'y avait qu'un seul coupable.

« Jim, s'exclama Bucky. Nique tes circuits !

- Pas de gros mot, rétorqua Steve, toujours dans le vaisseau.

- Dis-lui d'arrêter ça ! »

Steve ne répondit que par un rire étouffé même s'il savait que ce n'était pas vraiment le moment. En effet, Jarvis et Jim étaient littéralement en pleine scène de ménage, ce qui était assez impressionnant, même s'ils n'entendaient jamais que des voix artificielles. Jarvis exhortait l'IA du vaisseau à utiliser « un fond sonore plus approprié », si bien que Jim s'affola et le traita de traite et de « vieille Intelligence asthmatique ». Bref, ça envoyait du lourd.


Carol n'arrivait pas à croire que Loki, un type qu'elle n'avait pas vraiment connu, avait eu le cran de prendre tout le Parlement de Tokyo en otage. C'était fou, quelque part impressionnant, mais elle devait bien avouer que dès qu'elle avait vu ce ype entrer dans son champ de vision, elle avait compris qu'il avait la folie des grandeurs. L'indice révélateur ? Les talonnettes. Mais elle n'avait plus vraiment le temps de s'appesantir dessus. Carol piqua droit sur un groupe de cyborgs qui s'amusait à terroriser les habitants d'un immeuble. Elle passa la porte en volant, poing brandis devant elle et se contenta de jouer au bowling au milieu des rangs. Et ce fut un strike. Elle passa par une fenêtre en apercevant un immeuble en feu et en passe de s'écrouler. Alors elle vola tout autour pour repérer la population civile à aider. La blonde se rendit à une autre fenêtre et aida une petite fille et son père à évacuer le bâtiment.

« Je viens de commencer ce nouveau boulot et j'ai même pas une seconde à moi, ricana-t-elle.

- Carol, vous vous débrouillez très bien, lui dit la voix de Maria.

- Une merveille, répondit la voix de Thor, tonitruante. Comment dit-on merveille en anglais !

- Marvel, dit Clint, je suis sûr que c'est Marvel !

- Je suis sûr que non, soupira Bucky.

- Alors vous serez Miss Marvel, clama Thor, certainement en train de lever les bras là où il était.

- J'ai dit que je voulais un Captain dans mon nom, » répliqua Carol en s'envolant de nouveau.

Elle se saisit de deux cyborgs au sol et les envoya le plus loin possible à l'intérieur de la ville. Elle ne comprenait pas trop ce que le Colonel America avait voulu dire par « concentrer les forces ennemies dans le périmètre le plus restreint possible », donc pour le moment, elle le prenait au pied de la lettre. Envoyer les cyborgs loin. On aviserait plus tard. Ce fut que lorsqu'une dizaine de cyborgs armés se ruèrent sur elle qu'elle comprit.

Ah ouais, d'accord. Concentrer les forces ennemies, ça voulait dire, concentrer les forces ennemies sur eux.


Sam dégaina presque immédiatement ses automatiques, même si ses ailes et son jetpack avaient vraiment l'air d'avoir envie de le faire voler dans tous les sens. Mais il gardait le contrôle. Il ne s'entraînait pas pour rien après tout. Tout comme Carol, il ne comprenait pas vraiment comment il pouvait concentrer les forces ennemies alors, il repoussait le tout et avisait par la suite. Ils avaient pris le temps de parler dans le vaisseau mais à présent, ils étaient sur le terrain, l'heure n'était plus vraiment à la réflexion. Les coups de feu virent presque immédiatement dans sa direction. Le Faucon prit de la hauteur en jouant de ses ailes pour éviter de mourir. Quand même. L'homme volant fit une pirouette et attaqua ses ennemis par derrière. C'était pas très sport, mais à cette heure-ci ce n'était plus vraiment son problème. Et vint le moment où son jetpack l'abandonna à vingt mètres du sol. Sam vit le sol se rapprocher à une vitesse vertigineuse, mais continua de tirer dans le tas, tout en se servant d'une seule aile pour stabiliser sa chute. Un cyborg lui servit de tremplin d'atterrissage, ce qui était tout à son honneur. Tout en repliant ses ailes, Sam fit deux salto arrière pour éviter les salves de tirs, avant de bombarder à son tour. Ce fut quand le cyborg qu'il avait écrasé se mit à déconner qu'il comprit que quelque chose n'allait pas. Le cyborg roula sur le dos, ouvrit les yeux, et cligna des paupières comme s'il sortait d'un mauvais rêve. Sam hocha la tête sur le côté et haussa un sourcil.

« Qu'est-ce que… fit le cyborg. Où est-ce que... (Il aperçut Sam et écarquilla les yeux) Qui êtes-vous ? »

Soit c'était une mauvaise blague, soit c'était un très gros problème.


« Cap ! Cap ! »

Steve fit volte-face en reconnaissant la voix de Sam. Il se dirigea immédiatement vers le tableau de bord.

« Sam ? S'enquit-il.

- Cap ! Les cyborgs, ils sont contrôlés à distance ! »

Le peu qui restaient dans le vaisseau ne manquèrent pas de tiquer immédiatement. Steve fronça les sourcils, mais Natasha, elle, fusa à sa droite, triturant les commandes de communication.

« Stark, vous entendez ça ?

- Entendu Romanoff. Qui s'occupait de vous lorsque vous étiez endommagé, vous et Barton ? »


« Des ingénieurs du SHIELD, parfois Loki lui-même. »

Tony tendit les mains devant lui et envoya une puissante rafale sur tout un escadron de cyborgs. Les humanoïdes s'envolèrent avant d'atterrir de nouveau avec fracas sur le sol. Pourtant, ils revenaient tous à la charge. Wilson devait avoir touché un point sensible de manière involontaire.

« Romanoff, reprit-il, vous vous souvenez des circuits que je trouvais défectueux dans votre bras, et que j'ai remplacés ?

- Vous pensez que ça vient de là ?

- J'en parierais mon réacteur. Wilson, où avez-vous touché le cyborg qui a retrouvé ses esprits ?

- Je lui ait... écrasé le bras.

- Bingo. »


Les doigts de Natasha pianotaient à toute vitesse sur le clavier du tableau de bord. A côté d'elle, Bruce regardait l'écran, de même que Thor et le capitaine Rogers. A la gauche de la cyborg, Coulson, qui continuait sa progression vers le Nouveau Parlement alors que les yeux de Maria faisaient la navette entre l'extérieur et Natasha.

« Si la théorie de Stark est vraie, dit la cyborg, Loki doit avoir un émetteur, quelque chose qui centralise tout ça, qui le permet de contrôler tous ces cyborgs… je ne le trouve pas. Mais elle doit être là où est Loki.

- Alors le plan change, rebondit Steve. Vous prenez toujours le Parlement, mais votre mission, c'est de trouver cet émetteur.

- Et Loki ? Demanda Bruce.

- Pas de problème pour ça, dit Thor, je m'occupe de mon frère. »

Et si possible, il tenterait de lui parler. De manière étrange, Thor avait la conviction que Loki ne pourrait être raisonné. Il connaissait son frère il savait qu'il était terriblement buté. Il l'avait vu faire. Il savait que quand il prenait une décision ou qu'il se mettait une idée en tête, il n'y avait rien, rien que l'on puisse faire pour le faire rebrousser chemin. Ce n'était pas comme s'il n'avait pas essayé pendant tout ce temps. Steve se tourna vers lui, un élan de compassion dans le regard, comme s'il avait oublié toute colère et tout ressentiment en comprenant ce que Thor avait voulu dire lorsqu'il avait affirmé qu'il avait déjà choisi son camp. Il avait déjà eu à affronter des gens qu'il aimait. Bucky, avant qu'il ne soit accepté dans la Section Spéciale. Et Peggy, en d'autres temps, encore plus troubles, d'une autre manière, mais tout de même. La main massive de Thor se posa sur l'épaule du Capitaine.

« Ne vous en faites pas pour moi, » dit-il.

Sur ces mots, il alla récupérer son marteau et demanda à Maria d'ouvrir le sas. Banner laissa ses lunettes sur le tableau de bord et Natasha mit sur son visage le bandeau que le docteur venait de lui offrir.

« Et Jim, dit Bruce, fais-nous une faveur et change de chanson. »


Jane secoua la tête, comme pour secouer la gêne qui l'avait envahie dès qu'elle avait ouvert la bouche devant Fury. Le directeur du SHIELD l'avisait de son œil unique et sévère, ses mains croisées cachant la moitié inférieure de son visage. Jane tenta de dire quelque chose mais le regard du noir la clouait complètement sur place. Elle préféra tourner la tête vers la glace sans tain derrière laquelle se trouvaient les deux hommes appréhendés par le SHIELD qui venaient de lui sauver la vie. Ils étaient assis côte à côte, les mains emprisonnées dans des gangues faites de polymères dénuées de la moindre particule de métal. Le plus âgé était blond, bien bâti de sa personne, mal rasé, mais malgré sa haute stature, il avait l'air noble et doucereux. Le brun en revanche, était de stature plus nerveuse mais de son être se dégageait une froideur étonnante, presque paralysante. Erik Selvig et Darcy étaient en train de leur parler, à voix basse.

« Qu'importe, finit par dire Jane, ils m'ont sauvée, et…

- Mademoiselle Foster, intervint Fury, ils ont détruit un entrepôt à eux deux. Seuls. J'aurais plutôt tendance à croire que ces individus représentent un danger.

- Un danger ?! Ils ont arrêté un trafic humain, des gens allaient offrir des enfants à des Ultrons en échange de… je ne sais quoi !

- C'est pour découvrir ce je ne sais quoi que le SHIELD filait ce trafic depuis deux mois, mademoiselle Foster.

- Certes. »

Jane baissa de nouveau la tête, laissant retomber ses cheveux autour de son visage. Elle passa ensuite ses doigts derrière ses oreilles, et reprit une contenance. Fury, lui, soupira profondément, posa une de ses mains sur son bureau, et fit taper ses doigts contre le bois.

« Qui sont ces types ? Argua-t-il.

- Le premier a dit qu'il a dit qu'il s'appelait…Thor, tenta Jane. Et l'autre Loki. Je... Je ne sais pas si... Euh je ne sais pas ce que ça veut dire.

- Ce sont des personnages mythologiques. Nordiques. »

Erik Selvig venait d'entrer dans la pièce, talonné par Darcy, l'assistance qui travaillait pour lui et Jane. La jeune femme à lunettes darda ses grands yeux ahuris sur Jane et lui leva son pouce et on put lire sur ses lèvres « ils sont trop canons ! ». Fury se racla la gorge, et l'assistante se rangea immédiatement. Ses yeux étaient véritablement immenses.

« Explication, ordonna le directeur du SHIELD.

- C'est certainement un processus d'identification, rebondit-elle. Ils parlent de Tokyo, enfin, ils l'appellent « Midgard », un des neuf royaumes de la mythologie. Ils disent qu'ils sont envoyés pour protéger cet endroit et…

- Ils débloquent complètement, clôtura Selvig. »

Fury semblait réellement avancer dans son sens. Il hocha la tête et le scientifique soupira longuement, défait. Jane grimaça et Darcy hocha la tête sur le côté.

« La théorie qui prévaut est que tout ce… « processus d'identification » est dû à un traumatisme de l'enfance. Ils ont perdu leur foyer très jeunes et depuis eh bien… Ils n'ont plus rien. »

Jane alla se placer devant la vitre et posa ses doigts dessus. Les deux prisonniers parlaient comme si de rien n'était. Comme si leur environnement n'existaient pas, qu'ils n'étaient ni prisonniers, ni enfermés. Ils continuaient de se sourire, de rire ensemble.

« Ils n'ont plus qu'eux-mêmes, » comprit Jane.

- Hm, Janny, dit Darcy, faut que j'te parle.


Ce qui était tragique avec le vaisseau de la Section Spéciale, c'est qu'on pouvait entendre la musique diffusée par Jim sur la com. Sincèrement, c'était affreux. Parce que Barnes reconnut la chanson que Jim venait de mettre dès les premières notes.

« Oh non… »

A sa gauche, Clint ricana, et quand les paroles se firent entendre, il suivit en fredonnant. Barnes roula des yeux et voulut lui jeter un regard accusateur mais il savait que l'archer ne le verrait pas, alors, ça perdait tout son impact.

Ça sonnait tout simplement comme une grosse blague. Ou une mise en scène de très mauvais goût.

« Sept heures, dit-il. »

Clint décocha immédiatement sa flèche dans la direction indiquée, vers le haut. Il était peut-être aveugle mais son audition était pour ainsi dire parfaite et il lui fallait juste une direction précise. Il pourrait faire le reste. Bucky continuait son propre boulot tout en lui indiquant où étaient ses cibles. Et Barton devait bien l'avouer, c'était vraiment chic de sa part. Parce qu'assumer deux tirs ciblés souvent en même temps, ça devait être tout sauf drôle.

« Buck, fit Steve, comment ça se passe de là où vous êtes ?

- Ça stagne mais de manière plutôt positive, répondit le soldat. Tout le monde à l'air de bien se débrouiller, Sam et la Vision s'attaquent directement aux bras des cyborgs pour les faire revenir à eux-mêmes, Carol a tout un escadron à ses trousses mais ça a l'air de faire partie de sa stratégie, Stark se débrouille plutôt bien, il évacue des gamins d'une école. Et… Oh, Wanda est carrément en train de soulever une maison là.

- Barnes vous êtes sûr que vous êtes pas en train de dramatiser, se moqua Stark.

- Vous ça va, je vous signale que je vous ai encensé. D'ailleurs je ne vous demande pas de me croire mais…

- DON'T BELIEVE ME JUST WATCH ! »

Trop. C'était trop. Et la chanson, avec Clint qui reprenait à côté de lui et Wanda qui avait vu là l'occasion parfaite et qui avait chanté aussi, non, cette fois, c'était trop, il rendait son masque et ses armes. Cette fois, il se barrait. Bucky dut franchement prendre sur lui pour ne pas balancer son arme à feu par terre et prendre sa retraite. C'était bien parce que Tokyo était dans la merde.


Le Nouveau Parlement de Tokyo était le plus étrange des joyaux de la ville. Au milieu de la cité modernisée, taillée pour résister aux robots et autres êtres métalliques venus de l'extérieur, le bâtiment ressemblait à une construction japonaise traditionnelle, mais faites des nouveaux matériaux de verre, de plastique, de polymères. Il y avait aussi un peu de bois, une ravissante touche de couleur hors de prix étant donné que le bois se trouvait à l'extérieur de la ville, son exploitation était coûteuse, monétairement mais aussi en vies humaines. Natasha s'était laissé raconter que l'architecture du Parlement était largement inspirée de celle du château de Himeji. Des murs incurvés ressemblant à des éventails, des donjons d'une hauteur considérable, de sombres fenêtres sur des murs clairs. Clairement, c'était du gâchis que de vouloir défoncer cette belle porte. Mais Natasha n'avait pas le choix.

« Hulk, dit-elle. Entrons. »

Accrochée aux épaules du monstre vert, elle raffermit sa prise tandis que l'autre rugissait et fonçait droit vers la porte à double battant. Thor ne tarda pas à paraître, juste derrière eux. Il tapota l'épaule verte de l'autre. Natasha, toujours juchée en hauteur, sonda rapidement le couloir écarlate et désert. Elle se servit d'une des multiples visions pour sonder le bâtiment.

« Les otages sont au treizième étage, annonça-t-elle. Banner, c'est pour toi. Je viens de repérer la salle informatique, il y aura certainement quelque chose à en tirer. Loki y était. Il vient de se téléporter dans le bureau du Premier Ministre. »

Dès lors, chacun sut ce qu'il avait à faire.


Steve et le reste de la Section Spéciale en général avaient tellement l'habitude d'arriver dans leur quartier à vaisseau qu'ils avaient perdu l'habitude de s'y rendre à pied. Ils avaient laissé leur jet quelques rues plus loin, sur une piste praticable, puisqu'avec tout ce qui leur était tombé dessus ces derniers temps, il allait de soi que tous les accès s'étaient refermés. Même Hill et Coulson n'avaient pas pu les faire entrer. Alors ils allaient faire comme les autres et passer par la grande porte. Une dizaine d'agents du SHIELD s'y trouvaient, armés jusqu'aux dents.

« Et ça va pas défendre les civils, c'est triste, se plaignit faussement Pietro.

- Difficile de dire ce qu'il se passe ici ces derniers temps, surenchérit Maria.

- Eh, s'exclama un des gardes, qu'est-ce que vous faites là ! »

Le fusil chargé qu'il pointa vers eux n'impressionna réellement personne. C'était certainement un des avantages qu'il y avait à faire partie de la Section Spéciale.

« Fils, commenta toutefois Steve. Évite.

- Steve Rogers, dit un autre, Maria Hill, Phil Coulson, vous êtes en état d'arrestation.

- Et moi ?! s'exclama un Pietro manifestement outré.

- Vous êtes qui vous ? » demanda un autre des gardes.

Pietro ouvrit grand la bouche, cette fois clairement outragé et ses épaules s'affaissèrent. Le pire, c'est que ce n'était pas une vanne. L'autre ne savait vraiment pas qui il était. Voilà ce que ça coutait de faire partie de la Section de Manille. Qui était capable de placer Manille sur une carte d'ailleurs ?

I'm too hot ! Hot damn ! Pouvait-on entendre en toile de fond. Pietro posa sa main sur son cœur et remercia mentalement Jim. Lui, au moins, il avait toujours le mot pour le consoler.

« Nous sommes des agents de niveau 7, dit Coulson. Ne vous aventurez pas sur un terrain que vous ne connaissez pas et laissez-nous entrer.

- Tout le bâtiment est menacé, ajouta Maria. Il nous faut évacuer les lieux au plus vite. Soit vous nous aider, soit… »

Soit le fait qu'il n'ait pas été reconnu lui était vraiment resté en travers de la gorge, soit il en avait marre des négociations, mais Pietro fit ce qu'il avait à faire. Dans un rayon bleu et argenté, il assomma tous les gardes et vola l'arme d'un d'entre eux avant de pénétrer le bâtiment. Les trois autres le suivirent. A leur rythme, bien entendu. C'était dans ce genre de moment qu'ils comprenaient ce que ressentait Sam quand ils le dépassaient par la gauche.


Natasha se targuait de connaître un minimum Loki. Ou en tout cas, elle l'espérait. Elle avait réussi à cerner sa personnalité quelque peu chaotique depuis un certain temps et même si elle n'avait pas vraiment vu venir cette trahison, elle ne pouvait pas dire que venant de Loki, c'était terriblement surprenant. Quoi qu'il en soit, elle ne pouvait s'être trompée sur toute la ligne. Loki ne pouvait être un mensonge complet. Et s'il y avait quelque chose dont elle était sûre, c'était que ce type était un dramaturge né. Et qu'il avait une fixation sur Thor. De quelle nature, elle n'en savait rien et n'avait probablement pas envie de le savoir mais elle savait qu'elle existait. Autrement dit, en sachant que Thor était dans les parages, Loki allait certainement laisser en plan tout le reste. Ce dont elle comptait se servir allègrement.

So call the police and the firemen

Seuls deux cyborgs gardaient la salle. Au début, elle voulut se contenter de les désactiver mais le premier manqua de peu de lui trancher la gorge, si bien qu'il dût renoncer à ses organes internes et le second fut défenestré.

Too hot, hot damn

Ne sachant pas s'il s'agissait là d'un compliment de Jim ou d'un timing un peu trop parfait, Natasha allait directement s'installer derrière les ordinateurs. De petits fils s'échappèrent du bout de ses doigts et allèrent se brancher à un des écrans tandis qu'elle se mettait déjà à pianoter sur le clavier. Ça allait certainement prendre un certain temps, Loki n'était pas le dernier des imbéciles et s'il avait eu le cran de quitter la salle, c'était que tout ce bordel était méchamment crypté. Et pour ça, elle lui tirait tout de même son chapeau.


Steve ne savait pas si menacer tous ceux qui se trouvaient dans l'immeuble était une bonne idée mais Pietro était non seulement trop rapide mais en plus semblait beaucoup trop s'amuser avec l'arme pour s'arrêter. D'autant plus que dehors, c'était toujours le chaos complet et il ne savait pas s'ils étaient plus en sécurité dans un bâtiment qui allait sauter que dehors, avec tous ces cyborgs fous. A l'intérieur, c'était la panique complète. Tout le monde s'en allait en courant et en hurlant les agents se bousculaient, allant parfois jusqu'à se marcher dessus. Pendant que Pietro semait la panique et que Coulson tentait de limiter les dégâts, Maria et Steve progressaient jusqu'à l'ascenseur. Dès qu'ils passèrent les portes, la voix d'Olivia leur parvint.

« Captain Rogers ! Mais qu'est-ce qui est arrivé à votre œil ! Bonjour Maria, vous m'avez manquée !

- Plus tard les détails Olivia, argua Steve tandis que Maria levait une main polie. Où est le directeur Fury ?

- Dans son bureau, cloîtré depuis que Loki a commencé sa vendetta.

- Est-ce qu'il sait pour les charges dans le bâtiment ?! s'écria Hill.

- Des charges ? rebondit l'IA. Quelles charges ? »


« Pas de charge, répéta Banner en s'assurant que les otages sortaient du bâtiment.

- Olivia est formelle, rageait Steve.

- C'est impossible, s'exclama Thor, j'ai vu ces choses de mes yeux !

- Sans penser que c'était bizarre que personne et encore moins les IA ne remarquent des charges explosives dans le QG le plus sécurisé de la ville ? Le rabroua Natasha.

- Et qu'est-ce que ça voudrait dire, rebondit Pietro.

- Que Loki l'a dupé ! S'écria Sam. Qu'il savait qu'il allait retourner sa veste et qu'il a fait ça pour le garder occuper !

- Le salopard, souffla Tony.

- Pas de gros mots, répéta Steve. Et ça ne veut pas dire que nous sommes tirés d'affaire. »


Loki laissa les portes de l'ascenseur se refermer derrière lui. Les mains dans les poches, il s'adossa au miroir. Un soupir à fendre l'âme lui échappa.

« On s'ennuie, Loki, persifla Olivia.

- Comme toujours ce me semble, rétorqua le brun.

- Y a peut-être un truc pour toi, lui annonça l'IA de l'ascenseur. La direction de Séoul a appelé, au sujet d'un certain Anthony Edward Stark. »

Un sourcil noir se leva sur le front pâle.

« Et pourquoi ce n'est pas toute l'équipe qui est contactée ?

- Séoul veut ménager les scrupules de la Section Spéciale, se moqua Olivia. Et ils savent que vous n'en avez aucun.

- Evidemment. »


Natasha fronça les sourcils. Parce qu'elle avait compris que quelque chose n'allait pas. Et parce que ça l'agaçait. Pas que quelque chose n'allait pas, mais le fait qu'elle le comprenne trop tard. Elle jura ardemment, tentant d'accélérer le rythme mais Loki était vraiment un dieu de l'informatique quand il s'y mettait.

« Steve, dit-elle, Steve, est-ce que tu me reçois.

- Cinq sur cinq Nat.

- Loki a pas mis de charges dans le QG mais il s'est tout de même surpassé. Il y a une dizaine de missiles dans la ville, cinq d'entre eux sont braqués sur le QG, les autres sur des bâtiments et autres points stratégiques.

- Quelle emmerde, s'exclama Wanda.

- Et pour les cyborgs, demanda la Vision. Vous avez trouvé quelque chose ?

- J'ai réussi à décrypter ça. Mais je ne pourrais pas désamorcer les missiles et débrancher les cyborgs en même temps. »

Before we leave
Lemmi tell y'all a lil' something
Uptown funk you up
Uptown funk you up


Loki l'attendait. C'était aussi évident que le nez au milieu de la figure. Il était assis derrière le bureau de bois du premier ministre, au milieu de cette décoration japonaise traditionnelle. Et Thor devait bien l'avouer, son jeune frère transpirait l'élégance. En d'autres circonstances, il aurait adoré cette vision. Mais ce n'était pas le cas. Son frère était en train de détruire la ville. Ses amis risquaient leurs vies dehors. Les civils étaient en danger. Le blond avait entendu toutes les révélations de Natasha. Des missiles dissimulés en ville. Mais comment avait-il pu en arriver là ?

« Loki, soupira Thor. Mais qu'est-ce tu as fait ?

- Qu'est-ce que j'ai fait, répéta Loki, sans pourvoir s'empêcher d'arborer un sourire amusé. Parce que c'est moi le responsable ?

- Mon frère, tu es responsable. Tout ça, ce n'est que ton fait, c'est ta responsabilité ! Comment les choses ont-elles pu changer autant pour que tu en arrives là ? Avec toutes les fois où j'ai tenté de te raisonner ! »

Le visage mesquin de Loki se peignit alors soudainement d'une expression furieuse. Il montra les dents. Non pas dans un sourire, mais de façon menaçante, comme un animal agacé, prêt à sauter à la gorge de ton adversaire.

« Tu es celui qui le demande, s'écria-t-il. Cela fait bien longtemps que les choses ont changées, « mon frère » ! Et c'est par ta faute ! Depuis que tu t'es senti obligé de faire entrer tous ces… ajouts dans notre vie ! »

Au début, Thor ne comprit pas. Il devait bien l'avouer, parfois la réflexion n'était pas son fort mais là, c'était purement et simplement parce que Loki lui échappait. Son esprit semblait s'éloigner à vue d'œil. Le blond déglutit et resserra sa prise sur son marteau. Il ne voulait pas en arriver là. Il ne voulait pas se battre contre son frère. Comme il ne voulait pas se battre contre ses amis. Et là, l'Odinson comprit.

« Ajouts… Tu parles de nos amis ?

- Ce sont tes amis ! Répliqua Loki. Ces idiots, ces fous avec qui tu m'as remplacé ! Je n'arriverais jamais à comprendre pourquoi je te n'ai jamais suffi ! »

Thor réalisa qu'ils n'échapperaient pas à l'affrontement.


Etre un fugitif, c'était déjà quelque chose de compliqué. Mais être un fugitif aux yeux du SHIELD et de la Section Spéciale, c'était pire. Parce que quand on voulait passer inaperçu, être poursuivi par toute une organisation qui arrivait malgré son ampleur à être invisible, c'était potentiellement problématique.

Et c'était encore plus problématique quand on essayait de voler un vaisseau avec son frère. Frère qui n'avait, soit dit en passant, jamais piloté un vaisseau.

C'était presque à se demander comment faisait Loki pour rester calme, les mains dans le dos, se contentant d'observer Thor en train de se battre avec les commandes. Un petit sourire étirait ses lèvres, mais sinon, rien. Il ne se préoccupait pas du fait qu'un super soldat, son meilleur ami au bras métallique, deux cyborgs et un type ailé s'était élancé à leur poursuite. Non, franchement, ce n'était pas son problème. Thor, lui, semblait un peu plus comprendre ces variables et c'était peut-être la raison pour laquelle il sortait de ses gonds.

« J'arrive pas à la démarrer ! J'y arrive pas, j'y arrive pas ! »

Au moment où les portes du garage à vaisseau s'ouvrirent, Loki décida de que la plaisanterie avait suffisamment durée. Il appuya sur le bouton de démarrage. Le vaisseau se mit immédiatement à ronronner et les commandes s'allumèrent. Thor tourna la tête vers son cadet qui lui adressa un clin d'œil.

« Et dire que je te dis toujours ne pas cogner, mais d'appuyer doucement.

- Je me passerais de tes commentaires, » grogna Thor.

Et sur ces mots, il fit démarrer le vaisseau. Bien entendu, ce fut un brin chaotique. Les ailes firent tanguer le vaisseau des deux côtés, heurtant d'autres vaisseaux au passage et faisant naître une gerbe d'étincelle. Loki se tourna.

« Le type aux ailes est à nos trousses, annonça-t-il platement.

- Pas de commentaires, Loki ! » s'exclama Thor.

Le vaisseau se jeta enfin à l'extérieur. Thor manqua de peu de céder à la panique, en voyant le sol se rapprocher à une telle vitesse. Jusqu'à ce qu'une fois se fasse entendre :

« Salut les gars, je m'appelle Jim, je suis l'Intelligence Artificielle de ce vaisseau ! Et si vous voulez survivre, je vous conseille de tirer le levier sur votre gauche ! »

Alors que Loki frôlait la crise cardiaque, Thor éclata de rire et exécuta les ordres de cette drôle de voix. Ils reprirent de l'altitude rapidement, s'élevant maladroitement au-dessus des rues, plus des immeubles. Ce qu'ils n'avaient pas prévu, en revanche, c'était que le vaisseau soit complètement vide de carburant.


Les deux frères se jetèrent l'un sur l'autre. Le sceptre se heurta au marteau, une fois, deux fois. Loki recula pour envoyer un rayon en direction de son frère, qui le para. Thor envoya son arme vers son frère, qui l'esquiva, avant de faire tournoyer son bâton. Le blond se baissa pour éviter un coup fatal et renvoya un coup de poing dans la mâchoire de son frère. Loki valdingua et roula au sol, mais se redressa immédiatement, fila vers son aîné, lui donna un coup de genou dans le ventre et attrapa sa tête pour l'écraser contre le sol. Thor se saisit du col de son frère pour l'envoyer dans le mur.


« Natasha, désactive les cyborgs, » ordonna Steve.

La Veuve Noire releva ses huit yeux vers le plafond, comme si elle allait apercevoir le visage du chef de la Section Spéciale. Ses doigts cessèrent de courir sur le clavier.

« Mais Steve… Les missiles vont être lâchés dans trente secondes !

- Il n'y a pas le choix ! On peut évacuer la population ! Mais on ne peut pas abattre tous ces cyborgs ! »

Natasha baissa de nouveau la tête vers l'écran. Elle prit une grande inspiration, mais exécuta les ordres de son capitaine. Il aurait fallu faire un choix de toute façon.

De là où ils étaient, tous les membres de la Section Spéciale, qu'ils soient anciens ou nouveaux, virent les cyborgs qu'ils affrontaient s'arrêter en plein mouvement, sursauter, s'écrouler comme s'ils avaient été électrocutés et se réveiller difficilement, continuant parfois de trembler ou d'être secoués. D'adversaires, les Avengers devinrent alors des aides.

« Okay, Carol, Wanda, les gars, soupira Natasha dans toutes les oreillettes. Le QG est visé par plusieurs missiles. Je vais faire ce que je peux mais au cas où ça ne suffirait pas... Il évacuer le plus de monde possible. Il y en a aussi un à la Banque Centrale, au Grand Hôpital, l'Université de Tokyo, le Laboratoire Cho et le Building of Humanity.

- Division, ordonna Steve. Éloignez les civils des lieux le plus vite possible. Vision, Sam, au Laboratoire. Banner, si tu peux te retransformer, c'est le grand Hôpital pour toi et Carol. Wanda, Pietro, à l'Université. Buck, Barton, je crois que je n'ai pas besoin de vous le dire. »


A l'énumération des lieux par Natasha, Bucky comme Clint, de là où ils étaient, finirent par marquer un temps d'arrêt. Le silence qui s'était imposé entre eux s'alourdit après les ordres donnés par le Capitaine. Le Soldat fronça les sourcils et se tourna vers Hawkeye.

« Buck, soupira Clint. On est sur quel bâtiment ?

- Le Building of Humanity.

- Et merde. »

La terre se mit à trembler alors que les missiles décollaient. Dans différents endroits de la ville, le sol s'ouvrait, pour laisser décoller une dizaine d'obus volants s'élever au-dessus du sol. Les cris de la population civile retentirent en tous lieux. Personne ne tarda à attendre les lieux qui leur avaient été assigné. Et ce ne fut qu'à ce moment-là qu'ils se rendirent compte que la tâche allait être plus ardue qu'ils ne l'auraient cru. Le Laboratoire, l'Université, la Banque, cela passait encore. Pour l'Hôpital, ça s'annonçait difficile. Vraiment. Mais le bâtiment qui avait été assigné aux deux tireurs d'élite était celui sur lequel ils étaient juchés, alors peut-être devraient-ils d'abord s'occuper de ça.

Jim n'avait toujours pas fini de chanter. Bucky n'arrivait même pas à croire que la chanson n'était toujours pas finie. Comme quoi, les choses se passaient en très peu de temps, en fin de compte.

« Barton, dit-il en replaçant sa mitrailleuse dans son dos. On descend.

- Pas de problème, passe-moi ma flèche grappin. »

Le soldat fronça les sourcils. Il devait bien avouer qu'il ne savait pas du tout quelle flèche était la flèche grappin. Le brun fouilla dans le carquois, en sortit une flèche qu'il espéra être la bonne, et la tendit à Clint. Celui-ci l'encocha immédiatement, et sauta dans le vide. Bucky eut le temps d'apercevoir le missile qui arrivait dans leur direction, avant de sauter à son tour. Clint tira. C'était une flèche sonique.

Uptown funk you up
Uptown funk you up

Say what ?!

« C'était laquelle ?! s'écria Clint, qui avait bien compris qu'il ne s'agissait pas de la bonne flèche.

- Je sais pas !

- On TOMBE, Barnes !

- Combien de fois je t'ai dit d'étiqueter des foutues flèches ! COMBIEN DE FOIS !?

- Ah parce que maintenant c'est de ma faute ! »

Il leur fallu trois essais pour trouver la bonne flèche. Et tous ceux qui avaient écouté leur engueulade par le biais des oreillettes ne pouvaient que se réjouir que le Building of Humanity soit le plus haut des trois Métropoles. Le grappin finit par prendre. Bucky s'accrocha à Clint alors que la corde se tentait. Les deux tireurs d'élites brisèrent la fenêtre et s'écroulèrent sur la moquette. Tous deux roulèrent au sol, avant de relever la tête et de tenter de se remettre sur leurs pieds. Environ une trentaine de paires d'yeux étaient rivés sur eux.

« Circulez, s'exclama Bucky, y a rien à voir ! Tout le monde dehors, un missile vous arrive droit dessus ! TOUT LE MONDE DEHORS ! »


Tout le monde dehors. Dépêchez-vous. Circulez vers la sortie. C'était les mots qui revenaient le plus souvent dans ses oreillettes. Allez mon grand. Madame, ça va aller. Du réconfort, mais le plus souvent, de l'urgence. Steve se demandait sincèrement s'il avait pris la meilleure décision. Quoi qu'il advienne, il y aurait eu du dégât, ça, c'était certain. Il avait choisi la solution la moins pire. Mais il aurait juste voulu être capable de tout faire. De pouvoir sauver tout le monde. Alors que là, il le savait déjà, et il ne parvenait à l'accepter des gens allaient mourir. Il y aurait eu plus de morts si les cyborgs étaient toujours manipulés, c'était un fait. Mais il y aurait des morts tout de même. Steve savait qu'il ne pourrait jamais s'empêcher de penser qu'il était responsable.

Cependant sa culpabilité se transforma en colère quand il se rendit compte que Nick Fury n'était pas dans son bureau. Contrairement à ce que lui avait certifié Olivia.

Et à l'extérieur, il entendit tout s'embraser.

Les explosions retentirent comme autant de coups de tonnerre et les nuages de poussière en étaient les éclairs.


Naturellement, ils s'étaient fait prendre. C'était presque inéluctable, mais tout de même, c'était un coup dur. Et puis c'était un peu honteux. Encore, ils avaient de la chance que le type avec des ailes et le soldat blond en uniforme moulant ait prit la chose à la rigolade. Parce que le brun au bras métallique et les deux cyborgs n'avaient pas envie de rire avec eux. Pas du tout. Quoique, le cyborg blond, il était entre deux feuxvet peu souvent présent. La rousse, elle, était littéralement terrifiante.

Fury, le directeur borgne, à l'origine de l'initiative, faisait seulement semblant d'être outragé, alors que le docteur Erik Selvig était aussi sceptique qu'au premier jour. Darcy, difficile de dire où elle se situait dans l'équation. Mais Jane Foster était aux anges.

« Vous verrez, dit-elle. Vous serez en sécurité dans la Section Spéciale. »

Elle s'occupait de les soigner. Ou en tout cas, de soigner Thor. Quelques petites éraflures sur les bras, il fallait dire, c'était juste tellement dramatique. Loki avait clairement l'impression qu'il n'était pas à sa place dans cette pièce. Qu'il n'avait rien à y faire. Soudainement, il n'y avait plus qu'eux. Pas lui et Thor. Mais elle et Thor.

Loki eut l'impression d'être pourfendu de l'intérieur.


Et dehors, c'était le chaos complet. Les bâtiments grondaient, la pierre, les gravats, la poussière s'entremêlaient. Bientôt, les buildings et les constructions se mirent à s'écrouler comme des titans déchus.

Tony s'éleva au-dessus du sol, contemplant les dégâts en hauteur et ses yeux se posèrent sur le QG du SHIELD. Son souffle se coupa dans sa gorge. Sans plus rien dire, il fila droit vers l'immeuble de verre qui explosait de toute part.

« Rogers, s'exclama-t-il. Rogers, est-ce que vous m'entendez ?!

- Tony, clama-t-il. Je suis avec Hill, nous tentons d'évacuer les lieux, ça ne se passe pas comme prévu !

- J'arrive ! »


Natasha essayait. Elle essayait autant qu'elle le pouvait. Juste un missile. Si elle pouvait en arrêter juste un. Elle était une cyborg. elle devait réussir. elle n'avait pas le choix. elle devait réussir, comprendre la machine, déjouer ses tours. Un humain ne pouvait pas donner naissance à quelque chose capable de la contrer. Et pourtant, l'écran devint rouge. Et elle ne put rien faire de plus qu'écouter le chaos s'abattre sur la terre.


Loki atterrit douloureusement au sol. Mais il n'eut pas vraiment le temps d'être sonné. Les mains de Thor se refermèrent autour de sa gorge. Le brun donna un coup de genou au niveau de la ceinture du blond, avant de le repousser. Thor roula sur le sol et manqua de peu de se prendre un coup, mais retint le poignet de son frère. Loki, qui avait anticipé l'esquive, leva la jambe, et son tibia heurta le nez de Thor qui grogna alors que son nez se brisait. Loki siffla, à la manière d'un serpent prêt à achever sa proie. Un poignard s'échappa de sa manche.

« C'est fini, mon frère. »

Il disparut de la vue de Thor et le blond sentit une lame s'enfoncer dans son dos.


Thor continuait de chanter. Aqua l'avait rendu particulièrement enthousiaste, il fallait bien l'avouer. Loki bâilla pour la troisième fois consécutive, mais son aîné braillait avec tant de force que même un tremblement de terre passerait inaperçu. Thor passa son bras autour des épaules de son cadet, qui fut secoué d'un rire las, mais sincère. Il rejeta la tête en arrière, faisant ruisseler ses cheveux d'ébènes sur la peau de son frère. Loki posa ses doigts sur son front.

« N'es-tu donc pas résigné à te tenir un peu tranquille, soupira-t-il.

- Mon enthousiasme te manquerait. »

Loki leva les yeux au plafond. Qui avait dit que les ignorants étaient bénis, déjà ? Qu'il lui enfonce son sceptre dans la bouche. Mais bon. Thor restait son ignorant à lui.

He use to call me poison
Like I was poison Ivy
I could've die right there
Cause he was right besides me

Sur ce, Loki lui offrit un sourire, fit claquer une bise sur la joue mal rasée de son frère, qui retira son bras de son appui, laissant le brun de nouveau libre de ses mouvements. Le plus jeune se dirigea vers les appartements que lui avaient gracieusement assignés Strange, sans un regard en arrière.

« Bonne nuit mon frère.

- Bonne nuit Thor. »

Cet appel pourtant lui fit changer d'avis. Avant de taper le code d'accès à ses quartiers temporaires, il tourna la tête, vers son aîné, qui le regardait d'un drôle d'air, presque navré. Cette mine de chien abattu ne manqua pas de l'intriguer.

« Quoi ? s'impatienta-t-il, ses sourcils s'abattant sur ses yeux.

- Je n'aime pas te dire bonne nuit parce que je n'aime pas être loin de toi, dit Thor. Mais j'aime le sourire sincère que tu me donnes tous les soirs. »

Loki ricana. Il tapa le code, détournant le regard, et répondant :

« Quand il n'y a que nous.

- Il n'y aura toujours que nous, insista Thor. »

La porte de ses appartements coulissa de nouveau, mais Loki tourna encore la tête. Il n'y avait bien que Thor qui arrivait toujours à lui faire tourner la tête. Regarder en arrière. Faire flancher sa détermination. Peut-être que si c'était Thor, et pas Tony Stark, qui avait frappé à sa porte quelques heures plus tard, les choses auraient été différentes.


Jim raised me up
He hurt me but it feel like true love
Jim told me that
Loving him was never enough

C'était comme si la mort était tombée sur Tokyo. Les bâtiments ne s'écroulaient plus. A présent, il ne restait que de la poussière. Des civils terrifiés. Des cyborgs désorientés. Sam volait au-dessus de cette désolation, sans savoir qui il devait aider, où s'arrêter. Même les vivants semblaient morts. Le Faucon entendit un toussotement. Carol émergeait des gravats. La moitié de son visage était couverte de sang. Sam atterrit, aussi adroitement que possible, et rétracta ses ailes pour l'aider à se dégager sans faire trop de dégâts. La blonde avait la tête qui tournait et semblait prête à s'écrouler.

« Un terrible premier jour de boulot, articula-t-elle avant de se remettre à tousser.

- Même quand ce n'est pas le premier jour, soupira l'autre, ça reste terrible, comme boulot. »

Alors Carol leva les yeux et embrassa la vue. Des montagnes de pierre, de bois, des piliers entrecroisés, des fondations mises à nus. Tout ce qui était au sol, objet comme humain, était brisé, en miette. C'était une métropole, pourtant, il n'y avait personne dans tout le secteur. Ou tout du moins, ce furent ce qu'ils crurent avant de tomber sur les premiers cadavres.


Ultraviolence
Ultraviolence
I can hear sirens sirens
He hurt me and it feel like a kiss
I can hear violins violins
Gimme all that ultraviolence

Wanda ne pouvait plus bouger. Elle avait utilisé bien trop de magie. Tout son corps tremblait et elle voyait flou. Tout autour d'elle était opaque, impénétrable. Elle ne voyait pas la ruine, elle ne voyait pas les cendres, elle ne voyait pas ces gens qui la regardaient comme si elle était une sorte de monstre, elle ne voyait pas les enfants couverts de poussière qui appelaient leurs parents, elle ne voyait rien, sinon le cadavre posé sur le sol. La jeune femme tendit la main, une main tremblante, couverte de sang et de poussière, du sable sous les ongles vernis, la peau arrachée. Et elle hurla.

« PIETRO ! »

Ce fut à ce cri désespéré que Vision la retrouva enfin.


We can go back to New-York
Loving you is really hard
We can go back to the start
Where they don't know who we are

Il n'arrivait même pas à croire qu'il était encore vivant. Pendant environ une cinquantaine de secondes, il n'avait plus rien entendu. Comme si le missile avait directement visé ses oreilles. Tout revenait petit à petit. Les souvenirs, la sensation désagréable de fatigue – ses circuits devaient être en miettes -. Tout revenait, mais pas la vue. Les pieds de Clint heurtaient les briques et les pierres, le faisant trébucher à chaque pas.

« Barnes ! ne cessait-il de clamer. Barnes !

- Barton… » lui répondit une voix faible.

Un bruit, un son, à sa gauche. Clint tourna la tête, dans la direction de ce bruit et comprenant qu'il venait du sol, s'accroupit. Ses mains se mirent à tâter le sol. Il rencontra des bouts de verre, de la terre, du bois brisé, mais pas ce qu'il cherchait. Il ne voyait rien. Il ne savait même pas ce qu'il cherchait.

« Oh bordel Barnes… Tu m'as fait flipper ! Où tu es ?! Où tu es bordel ?! C'est horrible, je ne vois rien, je ne t'entendais plus, je… Oh c'est affreux…

- Clint, Clint… »

Les bras du sergent se refermèrent soudain autour de ses épaules. Clint sursauta, puis cessa de bouger. Bucky l'avait repéré de loin, mais n'avait plus la force de pousser le moindre cri. Il ne pouvait même pas se plaindre du fait qu'on entendait encore les chansons de Jim d'ici. Tout ce qu'il avait pu faire, c'était attendre que Clint soit assez près, se redresser un minimum et l'attraper au vol, comme un oiseau. Quelque part, il se réjouit que l'archer ne puisse pas voir dans quel état misérable il était. Et aussi dans quel état était la ville. Parce qu'il la voyait, les yeux grands ouverts et il ne put empêcher sa voix de se briser.

« C'est fini… Je suis là, murmura-t-il au cyborg qui le serrait contre lui, comme pour se rassurer lui-même. C'est fini. »


Maria aida Coulson à se redresser et passa son bras par-dessus son épaule. Elle se redressa lentement sur ses jambes, alors que son collègue, sonné, peinait à recouvrer conscience. Il était gravement blessé au genou. Mais au moins, il était encore vivant. Maria posa sa main sur son oreillette.

« Hill à la Section Spéciale, est-ce que quelqu'un me reçoit ?

- Vision, cinq sur cinq. Je suis avec les Maximoff. Pietro est gravement blessé.

- Barton, ici ça va, si l'on peut dire.

- Falcon, bien reçu. On s'en sort par là aussi.

- Natasha, je sors du Parlement. Pas de dégâts ici, je vais à la recherche du Hulk. Pas de nouvelles de Thor. Ni du Captain Rogers.

- Et est-ce que quelqu'un sait où est Stark ? demanda Carol.

- C'est lui qui nous a sorti de là, répondit douloureusement Hill. Mais c'est difficile à dire. »

Au-dessus d'eux, le ciel se couvrait de lourds nuages, d'un gris si sombre qu'ils semblaient noirs.


Heaven is on Earth
I will do anything for you baby
Blesse dis this, this union
Cyring tears of god, like lemonade

Steve avait l'impression d'avoir de la terre dans les poumons. Tout en rétractant son bouclier, il toussa ardemment. Son oreille le lançait terriblement, aussi arracha-t-il l'oreillette qui s'y trouvait. Elle était complètement grillée. Le blond siffla, ses cheveux recouvrant son front baigné de sueur. C'était à peine s'il reconnaissait l'endroit. Pourtant, il n'était pas si loin du QG. Ou tout du moins, de ce qui restait du QG. Il tenta de se relever, mais son corps ne répondit pas. Pourtant, il s'efforça de le faire. Parce qu'au loin, il aperçut le corps de Stark. Toujours enveloppé dans sa gangue de métal, mais inconscient, manifestement. Steve rampa jusqu'à la silhouette rouge et dorée, comme il le pouvait, malgré le fait que ses oreilles sifflaient, que sa gorge lui donnait l'impression d'avoir été râpée avec du papier de verre, que ses muscles se liquéfiaient. Parce que Stark l'avait sorti de là. Lui, Hill, Coulson. Il les avait fait s'échapper de l'immeuble attaqué par cinq missiles.

« Tony ? Tony ? Est-ce que vous m'entendez ? »

Il ne pouvait le payer de sa vie. Il n'en avait pas le droit. S'il avait pris ce risque, c'était pour s'en sortir. Le cœur de Steve devint plus lourd que tout le reste de son corps alors que son bras attrapait l'épaule de l'ingénieur, pour le faire rouler sur le dos. Tony avait du sang dans les cheveux, sur le visage et aux coins de ses lèvres. Ses pupilles s'entrouvrirent légèrement et un éclat étrange brilla à l'intérieur quand elles rencontrèrent celles de Steve.

« Eh… »

Ce fut la seule chose qu'il réussit à articuler. Steve prit une grande inspiration, en se trainant un peu plus jusqu'à lui. Il s'écroula sur la poitrine métallique, avant de se redresser sur ses bras faibles.

« Tony ! Restez avec moi ! l'implora-t-il.

- Cap… »

Tony toussa mais n'en fit pas davantage. Steve se rendit compte que ses yeux s'étaient remplis de larmes quand il ne vit plus rien. Il cligna des paupières et les deux gouttes tombèrent sur le visage de Stark. Stark dont les yeux se refermaient. Dont le souffle se faisait de plus en plus faible. Steve lui secoua l'épaule avec l'énergie du désespoir, tout en se mettant à renifler, incapable de réfréner ses sanglots. Incapable de se dire autre chose que « bon sang, c'est de ma faute ». Comme d'habitude. Oui, c'était un fait, Steve Rogers pensait parfois de manière égoïste. Peut-être qu'il l'était vraiment. En tous cas, il savait qu'il l'était assez pour refuser de perdre Tony Stark.

« Tony vous… balbutia-t-il. Vous aviez dit que vous ne me laisserez pas seul. Je suis désolé. Je voulais juste vous protéger… Mais je ne veux pas vous perdre Tony. Vous aviez promis… »

Les yeux de Tony s'ouvrirent de nouveau, un peu plus faiblement. Steve ne résista pas plus. D'abord, alors qu'il éclatait en sanglot, il laissa sa tête s'écrouler dans le creux de l'épaule métallique. Puis il redressa la tête. Il ne voulait pas que ces yeux se ferment de nouveau. Tout sauf ça. Ses lèvres s'écrasèrent presque contre celles de l'ingénieur. Le baiser avait un goût de sang. Un goût de mort. Alors que tout ce que Steve voulait, c'était le rappeler à la vie. Il le voulait désespérément et ce baiser était manifeste de ce désespoir. Les mots étaient devenus terriblement inutiles. Un faible sourire trancha les lèvres du fils Stark.

Mais les yeux de l'ingénieur se fermèrent malgré tout. Autour d'eux, tout devenait noir. Les nuages avaient définitivement pris possession du ciel. Tout devint lourd, humide.

« S'il vous plait Tony... Le supplia de nouveau Rogers. Vous aviez promis… Ne me laissez pas… Pas vous… S'il vous plait… TONY ! »


Le sang se répandit sur le sol en même temps qu'un premier éclair zébrait le ciel. L'on put voir une mine étonnée prendre possession du visage blafard de Loki. Ses yeux gris se posèrent d'abord sur la dague, sa propre dague, avant de remonter jusqu'au visage de son frère. Son frère qui se vidait de son sang face à lui. Mais qui, pourtant, avait réussi à retourner son arme contre lui.

I love you the first time, I love you the last time,
Yo soy la princesa, comprende mis white lines
Cause I'm our jazz singer
And you're my cult leader

I love you forever, I love you forever

Et là, il comprit. Il comprit ce que Thor avait voulu lui dire. Sa propre arme venait de s'enfoncer dans sa poitrine. Il l'avait cherché. Il l'avait provoqué. Il avait dégainé le couteau. Il était seul responsable de sa déchéance. Un autre éclair, suivit du tonnerre. Et Loki se mit à rire. Alors qu'il se sentait refroidir, il ne put s'empêcher de rire. Une main faible et diaphane s'éleva, avant de se poser sur la mâchoire de Thor.

« Tu avais raison… articula-t-il ».

Thor qui le regardait avec des yeux suppliants. Thor qui semblait l'implorer, pour qu'il ne meure pas. Comme s'il souhaitait que ce coup de poignard ne soit qu'une prise de conscience. Il était furieux. Bien sûr. Loki avait décidé de le tuer. Mais il était aussi furieux contre lui. Parce qu'il n'avait pas eu le cœur assez noble pour le laisser faire. Alors il espérait. Il espérait que ce n'était qu'une prise de conscience. Mais Loki savait déjà que cette prise de conscience s'accompagnait aussi de la mort. La mort de tout ce qu'il avait été, haine, et rancœur, pendant tant d'années. Tout ce qui faisait Loki allait s'éteindre avec cette prise de conscience. Alors Loki s'éteignit également.

« Ton enthousiasme me manquera. »

Et ce fut là que Thor se rendit compte qu'il n'avait pas été assez fort. Pas assez fort pour protéger la seule personne qu'il aimait vraiment. Il n'avait pas été assez fort pour protéger Loki de lui-même.

« Il n'y a toujours eu que nous Loki. » dit-il malgré tout.

Son frère sourit. Et ne résista pas plus longtemps à l'appel de la mort. Un éclair déchira le ciel alors que le corps de Loki s'écroulait dans ses bras.

Ultraviolence
Ultraviolence

Thor tomba sur les genoux. Son sang et celui de Loki s'entremêlaient au sol. Tout son corps le lançait. Les coups qu'il s'était pris. Le poignard qui s'était enfoncé dans sa chair. Mais toute cette douleur n'était rien. Absolument rien comparé au tonnerre qui s'échappait de sa gorge. Rien comparé à l'éclair qui venait de pourfendre son cœur.

I can hear sirens sirens
He hurt me and it feel like a kiss

La foudre frappa. Et frappa encore. Les éclairs étaient plus forts, plus éclatants, les nuages plus sombres, le tonnerre et ses grondements, toujours plus furieux.

I can hear violins violins

La pluie se mit alors à tomber. A grosses gouttes, énormes même. Comme autant de larmes millénaires versées pour les êtres que l'on a perdus. Et la foudre frappait, frappait encore.

Comme si elle n'allait jamais s'arrêter.

Gimme all that ultraviolence


*Mise en forme assez particulière, je le conçois mais je voulais qu'il ait la forme d'un dialogue, entre Thor et Loki naturellement. Je trouvais que les deux chansons s'imbriquaient assez bien, au niveau de la personnalité tout comme de l'état d'esprit du personnage représenté.

Et voilà. Fin du premier arc. Fin de la Phase I. J'avoue que j'attends vos réactions avec impatience parce que c'est LA charnière qui fait basculer la fic et vous vous doutez que beaucoup, beaucoup de choses vont changer pour nos héros ! Ce chapitre a été charcuté, mutilé, y a eu des coupures, des ajouts de dernières minutes, mais j'espère que ça donne quelque chose de lisible et de potable. Quoi qu'il en soit n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, en bien ou en mal, sur tout et n'importe quoi... Les personnages, la musique, des références que vous pensez avoir détecté, les flash-back, la fin... tout tout tout tout !

Ps : Sachez que plus les reviews sont longues plus elles sont appréciables, mais vous sortez d'un chapitre de quarante pages alors peut-être que vous voulez juste fuir.

Quoi qu'il en soit merci d'avoir pris le temps de lire, et à bientôt !