HA-HAAAY !
Alors, voilà, je vais étonnamment raccourcir mon blabla d'autatrice inutile (cet adjectif va aussi bien à blabla qu'à autatrice) et vous envoie ce chapitre. Discrètement. Car il est 20 heures 02 et donc, baaaah je suis en retard d'une heure et deux minutes sur l'heure limite. Autant dire que je suis dans une merde noire.
Ah oui, aussi. ... Pas taper... Bah euh... Ce chapitre...
... Ce chapitre est peut-être - je dis bien peut-être ! - l'avant-dernier.
... *fuit*
Nan mais c'est plus probablement l'avant-avant dernier ! Je vous l'assure !
... Bon, breeeeef...
ENJOY YOUR MEALS ~
(And... Moi, j'aime bien ct'e chapitre, 'reste à voir si vous ne le trouverez pas trop, disons, rébarbatif...)
Disclaimer : ... Depuis le temps, je suis obligée de le dire ? ... Oui ? Bon ben... Ces deux saletés de sadiques (entendre Obha et Obata) détiennent tous les droits sur A et B, et L...
« Oh, le visage ! Deux trous noirs au milieu d'un masque de gélatine blanche. Deux puits menant droit aux portes de l'enfer, du vide et du néant. »
Je suis ta nuit – Loïc Le Borgne.
How to use it – Shinigami's eyes section
« - Quand le Shinigami a donné ses yeux à un humain, il se retrouve lié au Ningen no Shi qu'il a créé. Il mourra en même temps que ce Ningen no Shi. »
L'eau froide daigna enfin sortir du robinet en un crachat de chat contrarié et un homme baissa la tête dessous, ses cheveux s'aplatissant sur son crâne alors qu'il faisait craquer son cou. Soudain, l'eau gelée s'arrêta de couler avec un dernier sursaut et l'homme releva les yeux, donnant un coup du plat de la paume sur le robinet déficient. Rien.
Il soupira et secoua ses cheveux trop emmêlés, les gouttes cristallines volant en tous sens. Connerie. Et en plus, il ne pouvait même pas réparer ça. Il aurait bien volontiers tapé dans son compte en banque, mais il ne fallait pas se faire remarquer à ce stade de l'affaire. Utiliser ses réserves, c'était comme laisser un signal lumineux derrière lui. Non, impossible.
Il se releva totalement et croisa son reflet dans le miroir. Comme d'habitude, il se détestait. Il se détestait parce qu'il devenait trop maigre, trop pâle, que ses cheveux prenaient trop de volume, que ses réveils nocturnes – malheureusement devenus quotidiens – le laissaient avec des cernes noirs sous ses yeux vides. Parce que chaque jour, un peu plus, il ressemblait à son assassin.
S'il avait pu, Beyond se serait laminé le visage.
Mais il ne pouvait pas, déjà parce que ça lui ferait trop mal et que ça ne servirait à rien, et puis parce que ça ne l'aiderait pas du tout à finaliser son plan. Saloperie. Et dire qu'il ne pouvait même plus reculer. C'était ça, ou rien. Mais s'il avait su que toute cette mascarade allait engendrer autant de dégâts, il aurait prit quelque chose de moins désagréable. Mais c'était trop tard, beaucoup trop tard. Tout était en place, il ne pouvait pas gâcher ça maintenant. Il savait que L entendrait parler de son affaire. Il savait que s'il y participait, ce ne serait pas lui qu'il enverrait. Qu'il DEVAIT lui ressembler. Faire croire, ne pas éveiller les soupçons, dissimuler, mentir. Jouer avec la personnalité qu'il connaissait trop à son goût du détective. Et puis la grille était envoyée, on avait vaguement entendu parler de ça à la télévision…
Tout était en place. Donc, il ne pouvait pas abandonner. Pas à cause d'un mouvement d'humeur.
Il prit une serviette et sécha du mieux qu'il put ses cheveux, gardant les yeux obstinément baissés pour éviter de se regarder. Il se faisait honte.
L le hantait. Tout le temps, partout, et douloureusement. Il n'aurait jamais pensé que son plan allait lui faire aussi mal. Il avait pensé que ce ne serait qu'un déguisement, mais delà à devenir malade à cause de lui… Malade de lui.
Car ce n'était pas devenir son sosie qui allait l'enlever de sa tête. Il le haïssait. Il le haïssait vraiment, de tout son cœur – il le haïssait et pourtant ne pouvait pas s'empêcher de garder cette fichue photo. Il n'osait pas la brûler, ni la déchirer, ni la détruire de quelque manière que ce fût. Car, obligatoirement, certaines nuits qui le laissaient pantelant, les cuisses moites et couvertes de blanc… C'était cette putain de photo qu'il tenait dans une main. Il n'y arrivait pas, il n'arrivait pas à l'oublier. Il le dévorait de l'intérieur, merde !
Beyond alla s'accouder à la fenêtre de son appartement délabré. La ville était incroyablement lumineuse, mais de très fausses lumières avec de très faux gens qui grouillaient dedans.
- Qu'en pensons-nous, A ? Ne trouvons-nous pas que nous sommes courageux de traverser tout ça ? murmura t-il en continuant à fixer les lumières.
Bientôt, il devrait encore migrer – il avait vaguement repéré un entrepôt désaffecté dans un coin de la ville –, et avant qu'on ne vienne réclamer son loyer. Ca serait reporté quelque part, et L avait des yeux partout. Il jeta un œil à la montre accrochée au mur. Trois heures du matin. Avec un soupir, il donna un coup de pied puéril dans le mur en plâtre, attrapa un t-shirt propre – bon sang, même de ça, il en manquait ! –, un long manteau noir, et sortit de son logement. Avant de s'arrêter net, les yeux rivés sur un petit tas sanguinolent au pied de sa porte.
Un oiseau. Il l'enjamba et se promit secrètement de tuer le chat qui venait régulièrement déposer ce genre de cadeaux devant sa porte. On faisait ça de plus en plus souvent, et il retrouvait des taches écarlates sur les murs, comme si on s'était amusé à lancer le volatile partout, dans une copie bizarre d'une balle de caoutchouc. Il imaginait bien le corps qui craquait contre le plâtre blanc cassé, éclaboussant le mur et recouvrant les autres graffitis humains, avant de glisser et de tomber dans un bruit mouillé. Et le chat qui s'en allait comme il était venu, le museau ensanglanté, les pattes évitant les petites flaques rouges pour ne laisser aucune trace. Remake félin d'un crime parfait, se dit-il avant de ricaner tout seul.
Il poussa le portail de l'immeuble décrépi et respira à pleins poumons l'air enfumé de la ville. Los Angeles. Les Anges. Cette ville n'avait rien d'angélique mais il se faisait rire tout seul. Au cœur de l'enfer, on prie quand même… Ca, et une infinité d'autres détails, ne manqueraient pas d'alerter L. Il croisa les bras derrière la tête et continua à avancer. Avec un peu de chance, traverser la ville à pied lui prendrait assez de temps pour arriver au magasin quand il ouvrirait. Quelle heure ? Seize ? C'était ça… Oui, il pouvait attendre. C'était le prix à payer. Les dernières touches à son travail, à son plan. Putain, que c'était long, deux ans. Surtout quand on les passe seul. Ca avait été compliqué pour lui, ça l'était toujours, du reste. Etre entièrement seul… Il avait perdu cette habitude.
xOx
Saloperies. Des perles de verre dans un lac chimique, ce n'était que ça. Des bouts de verre sombre. Rien. Que. Ca.
Un déguisement. Juste pour ça. C'était une partie maîtresse de son plan. Si on voyait L à sa place, ceux qui le connaissaient lui feraient confiance, tandis que ceux qui ne l'avaient jamais vu ne se méfieraient pas forcément.
Rien que ça… Rien que ça…
Il les prit, les reposa, réprima un frisson, les reprit. Les reposa, encore hésitant, puis les releva une dernière fois et se décida à écarquiller les yeux, déposant en tremblant les fines coques noires sur ses iris. Il battit plusieurs fois des paupières, le temps de s'habituer, puis baissa la tête, ses mains se crispant sur le lavabo. Il ne voulait pas voir. Il ne voulait pas se voir.
Quelque chose tomba de la tablette sous le miroir et il releva les yeux par réflexe. Et son cœur manqua deux ou trois battements.
Putain de bordel de merde.
Qu'est-ce qu'il avait fait ?
Deux prunelles noires, vides, sans sens, le dévisageaient. Des gouffres sans fond. Les mêmes. Les mêmes que les siennes. Deux abîmes à la place des yeux. Beyond n'était définitivement plus lui : il était L.
Dans un brusque accès de colère, il prit la glace à deux mains et la lança à travers la pièce, s'écorchant les paumes. Elle explosa sur le sol avec un bruit cristallin, les fragments de miroir s'étalant sur le sol carrelé. Le brun regarda partout : et partout il y avait ces yeux, ces deux yeux noirs d'encre qui le fixaient sans rien ressentir.
Meurtrier. Meurtrier. Meurtrier.
Est-ce qu'ils parlaient de L, ou de lui ? De toute façon, est-ce qu'il y avait une différence réelle entre eux, maintenant ?
Il secoua la tête, cherchant un endroit vide de miroir pour poser son regard. Il finit par lever la tête, espérant un quelconque réconfort au plafond, mais l'ampoule nue acheva de lui brûler la rétine. Il ferma du plus fort qu'il put les paupières, avançant à tâtons dans la salle de bains, finissant à quatre pattes sur les morceaux qui griffèrent ses genoux au lieu de son cerveau. Il réussit à atteindre la porte, attrapa la poignée, ouvrit et se jeta dans le salon, arrachant les lentilles de couleur de ses yeux.
Il haletait, les lentilles redevenues morceaux de verre dans le creux de sa main. Oh, s'il avait pu… S'il avait pu les écraser et les jeter dans un coin, oublier son plan, oublier qu'ils étaient morts, A et lui, vivre sans… Tout ça. … A la réflexion, il ne pouvait pas. Il ne pouvait pas faire comme si il ne s'était rien passé : c'était aller dans le sens de L. L… Il s'aperçut que son sang s'agitait dans ses veines en pensant que lui ne devait rien ressentir. Après tout, il était L, et L n'a pas besoin d'éprouver des sentiments, il l'avait prouvé à maintes reprises.
En fermant les yeux, il retourna dans la salle de bains, cherchant à l'aveuglette la boîte pour remettre les lentilles dedans. Oui, tout était sa faute. Sa peur, sa douleur, l'obligation de disparaître et de vivre comme une bête, c'était sa faute. SA PUTAIN DE FAUTE. Il l'avait aimé, lui, il avait tout fait pour l'épargner. Et lui, il les avait tués.
Quelque chose brûlait ses viscères, son cœur, aussi. Son cerveau bouillonnait, comme ça lui arrivait souvent en pensant à L et à ses meurtres. Oh, si seulement il pouvait ressentir, allez, ne serait-ce qu'un quart de sa douleur… Un seul quart… Quelle sentence pour un assassin, hein ? Le cœur vibrant du cerné dans son ventre, ses yeux de néant enfermés dans un bocal de formol, ses mains de pianiste clouées sur les touches. Sans langue pour parler, allongé sur un lit pour fous, ceinturé de manière à ne plus bouger… Comme la Belle au Bois Dormant… Pour l'éternité. Voilà la punition.
Mais après. Après lui avoir gâché la vie, il lui gâcherait la mort. Quand ils seraient tout deux en Enfer pour leurs crimes, il le retrouverait.
Le seul problème était que c'était maintenant qu'il le voulait.
Il devait se calmer. Tout de suite. Et puis, de toute façon, n'avait-il pas déjà tout réfléchi, pendant ces deux longues années ? Repéré les gens, repéré les lieux, tout vu, tout imaginé ? Même la date concordait.
Beyond sortit de nouveau de la salle de bains, écartant du bout des pieds les bouts du miroir brisé, et alla sous son lit chercher une boîte qu'il ouvrit avec soin. Il savait ce qu'il y avait dedans, bien sûr, mais il préférait revérifier. Rohypnol. En quantité suffisante pour ce qu'il comptait faire. Il s'en était procuré difficilement, il devrait être prudent avec les doses pour ne pas en gaspiller. Cordes, blackjack, couteau, batte de fer. Neuf poupées vaudou, petits hommes de paille. Tout y était.
Il resta un bon moment assis devant la boîte, son pouce empalé sur ses canines – une manie qu'il n'arrivait pas à perdre –, ses yeux courant sur les armes différentes qui restaient bien sagement immobiles dans leur coffre. Finalement, sa main attrapa la corde, le couteau et les quatre premières poupées et les fourra dans la grande poche gauche de son manteau. Bien. Il y jeta aussi deux comprimés et se releva, faisant craquer son cou.
Tout était prêt. Maintenant, il ne devait plus compter que sur la chance – la chance et ses yeux. Il claqua la porte de son appartement, remarquant à peine qu'il y avait de nouveau un petit moineau mort dans le coin du couloir, comme si on l'avait posé là plutôt qu'ailleurs pour ne pas le déranger.
Il descendit la rue, puis en traversa cinq autres, en monta deux et arriva devant un bar qu'il avait repéré depuis longtemps. Il avait vu un homme y aller durant ses nuits d'insomnies, griffonnant sur d'innombrables feuillets tout en buvant du vin d'origine douteuse.
Believe Bridesmaid. Exactement ce dont il avait besoin. Ecrivain, donc possédant des livres. Habitant dans un immeuble proche d'ici. Avec des portes qui correspondaient parfaitement à ce qu'il cherchait. Et puis, lui aussi avait un nom étrange. Ils auraient pu s'entendre, finalement.
Beyond s'assit sur un des sièges, repoussant la serveuse au chignon lâche qui venait prendre sa commande, et attendit. Selon ses estimations, l'homme ne devrait pas tarder à arriver, s'il avait un peu de chance… Il avait un nœud au ventre, là où sa colère l'avait brûlé. Comme s'il avait le trac. Il devait être parfait, sur ce coup-ci, s'il ratait son entrée, tout son plan partirait en fumée.
Soudain, au bout de la rue, le brun vit entre deux voitures la silhouette d'un homme qui descendait la rue, de petits points blancs serrés contre sa poitrine. Sûrement lui. Il se retourna, ses jambes frissonnant sans qu'il ne puisse les contrôler. Le stress, probablement ? Oui… Oui, ça devait être ça… Il ferma les yeux quand l'homme s'assit sur le siège à côté de lui, hélant la serveuse d'une voix grave. Il devait attendre encore un peu le bon moment… Sa main glissa vers sa poche alors qu'il entendait le bruit mat d'un verre qu'on posait sur le comptoir en plastique. Beyond entrouvrit les paupières, regardant discrètement l'écrivain enlever le capuchon de son stylo et commencer à écrire. Le verre n'avait pas de couvercle, malgré la nouvelle loi pour lutter contre les empoisonnements : et c'était tant mieux. Il n'aurait pas pu y glisser le cachet, sinon.
Le vent souffla brusquement, emportant, pêle-mêle, un sac plastique, des feuilles, un semblant de plume de pigeon et la page sur laquelle l'homme écrivait. Il se leva brusquement, renversant presque son verre sur le sol de béton, et courut après le papier sans regarder derrière lui. Beyond jeta précipitamment deux coups d'œil autour de lui. Personne ne s'intéressait à lui. Il prit à la hâte un somnifère dans sa poche et, sa main secouée de frissons qu'il jugeait déplorables, il le jeta dans le liquide. Le médicament disparut dans les méandres de l'alcool et il tourna la tête, son cœur battant à grands coups désordonnés dans sa poitrine. Personne ne l'avait vu.
Ca marchait. Ca. Marchait. L'homme revint, et il ne put pas s'empêcher de fixer un instant les chiffres changeants au-dessus de sa tête.
1045
La chance était avec lui. Il inspira profondément, serrant étroitement la corde dans sa main jusqu'à s'en griffer les paumes. Son plan était simple, son plan était très simple. Maintenant qu'il y avait le cachet dans le verre, et qu'il avait vu les chiffres, tout allait aller dans son sens. C'était facile. Pas la peine d'avoir le trac, non, pas la peine. Ca allait forcément marcher : les nombres étaient avec lui. Il entendit soudain qu'on soulevait un verre, l'entrechoquant contre un autre. Il osa le regarder. Oui, c'était lui qui buvait. Et manifestement, il ne se rendait compte de rien. Un léger sourire fleurit sur le visage de Beyond. Un sourire qui, bientôt, lui déchira les deux joues, caché dans la manche de son long manteau noir, alors que la… La victime, oui, recommençait à écrire. Restait à l'attirer dans la dernière partie de son piège.
- Monsieur, dit-il soudain en prenant une voix inquiète, vous allez bien ?
L'homme se tourna vers lui, sursautant à la vue de ses yeux cramoisis. Ah, c'était vrai, il avait oublié ses lentilles, ou au moins ses lunettes. Tant pis, si tout se passait bien, jamais l'homme ne pourrait parler de ça.
- Bien ? fit-il d'une voix un peu pâteuse. Non, pas vraiment, maintenant que vous me le dites, je me sens un peu fatigué…
- Vous devriez rentrer, Monsieur, en continuant à jouer la comédie malgré son cœur qui s'agitait chaotiquement. On dirait que vous allez vous évanouir à tout moment.
- Oui… acquiesça t-il en rangeant ses affaires, un trop peu lentement pour être normal. Oui, je vais rentrer… Vous avez raison. Ca doit être cet alcool, je le tiens de moins en moins bien… Merci Monsieur. Bonne soirée.
Il se leva, laissa quelques pièces sur le plastique bordeaux, et commença à remonter la rue à pas lents. B le suivit des yeux jusqu'à ce qu'il soit assez loin pour qu'il ne se soucie plus de lui, et se leva à son tour, marchant sur ses traces. D'après ses estimations, le somnifère mettrait encore deux minutes avant de faire tomber l'homme dans les vapes. Et, si tout se passait bien… Si tout se passait bien, il tomberait dans son immeuble. Quand personne ne le verrait. C'était risqué, bien sûr, mais il s'en fichait totalement. Le nœud dans ses entrailles restait solidement ancré, faisant trembler ses jambes. La corde enroulée bien sagement autour de son poignet, il regardait de loin la durée de vie de l'homme se raccourcir.
Ils entrèrent dans l'immeuble. Beyond monta un peu les marches, continuant à observer sa victime. Il manqua sursauter quand, enfin, alors qu'il allait ouvrir la porte de son appartement, l'homme s'écroula presque sans bruit sur la moquette grise du couloir. Il s'approcha de lui à pas de loup, un autre sourire commençant à trembler sur son visage. Tout était parfait. Il saisit son bras et l'emmena dans l'appartement, claquant la porte. L'intérieur était à peu près comme il l'avait imaginé, et il repéra déjà les livres dont il aurait besoin.
Il entrevit les couvertures d'une série de manga qu'il connaissait. Akazukin Chacha, hein ? Très bien, ça, il allait gagner un temps précieux. Il allait se servir de cette collection pour mettre son indice. Il alla feuilleter à toute vitesse les tomes quatre et neuf – les seuls qui l'intéressaient, que ce soit par l'histoire en elle-même ou par sa propre idée. Quand il eut terminé sa vérification – trois minutes – il jeta un coup d'œil dans la pièce et avisa un livre sur la table de chevet. Personne ne s'en rendrait compte, et il devrait faire l'affaire. Il se jeta presque dessus, notant les pages qui l'intéressaient.
Q. U. A. R. T. E. R. Q. U. E. E. N. Avec assez de sens et assez d'artifice pour qu'il n'y ait qu'une personne intelligente pour deviner. Parfait. Il prit les deux tomes qu'il avait feuilletés, les rangea dans un coin, et glissa le livre dans l'étagère de manière à ce qu'il n'y ait pas de trou. Une idée de génie, avec le recul. Il aurait bien été fier de lui, s'il se souvenait comment faire pour éprouver quelque chose d'autre que la haine.
Puis reporta son attention sur l'homme, paupières fermées, inconscient du danger. Il n'avait plus beaucoup de temps. D'un geste lent, il sortit la longue corde de sa poche et l'enroula soigneusement autour du cou de vautour de l'homme. Très bien, pas une réaction, même pas un frémissement.
Il serra.
Il serra du plus fort qu'il pouvait, imaginant que les cheveux châtains de sa victime devenaient noir d'encre, et la peau blafarde. Ses jointures blanchirent alors qu'il se crispait sur la corde. Il serra presque jusqu'à lui en faire craquer les vertèbres, se retenant de saisir sa gorge à deux mains pour terminer le travail. Ses bras tremblaient aussi, mais plus de trac, juste de haine. Il ferma étroitement les yeux, lui aussi, et serra encore une dernière fois. Avec un « clac » sec et écoeurant, la nuque craqua.
Dans sa tête, un homme cerné avait le cou brisé.
Brusquement, comme une bougie soufflée par un coup de vent, les chiffres orange disparurent. Il ne l'avait pas vu, pourtant : il n'avait jamais aimé voir ça, surtout depuis le garçon qui lui avait appris que ce qu'il voyait, lui, c'était la mort des autres.
L'homme était immobile pour toujours, maintenant. Le nœud de son ventre se décontracta brusquement. C'était allé vite, plus simplement que ce qu'il n'aurait pu croire. Il rouvrit les yeux, lâchant la corde qui laissa ses paumes rouges. Parfait. Il prit son couteau, lança son manteau puis, après deux secondes de réflexion, son t-shirt dans un coin de la pièce pour ne pas les tacher, et regarda le corps qui refroidissait doucement. Bien.
Avec difficultés, il réussit à aussi enlever le haut de l'homme. C'était une des pièces maîtresses de son plan. Il entendit des ricanements dans sa tête, mais il les chassa. Ni nécrophile, ni cannibale, après tout. Il reprit le couteau abandonné et, tentant de s'appliquer, le planta sans douceur dans les intestins de sa victime. Il y eut une longue rigole de sang qui alla tranquillement tremper le tapis et s'étendre sur son pantalon. Mais il s'en fichait. Il déchira « proprement » la peau, traçant une ligne rose, noire et rouge sur la peau. Un I. Il se souvenait de toutes les pages. Et scarifia, découpa dans la chair de l'homme son indice.
Parce que dans un jeu, il y a toujours des pistes, n'est-ce pas ? Si L ne remarquait pas toutes les allusions, avec ça…
Au bout d'un moment, il se releva, ses chaussures s'enfonçant dans le tapis qui était devenu une énorme éponge, gorgée de sang. Il avait fini. Il entendit des gouttes tomber sur les flaques rouges, sûrement ses cheveux. Le sang n'avait pas souillé grand-chose, sauf lui. C'était celui qui avait tout pris. La chose la plus rouge de la pièce, mis à part peut-être sa victime. Il lui remit son pull informe, devant parfois extraire à deux mains le tissu des plaies dans lesquelles il s'était coincé. Il haussa un sourcil devant la scène. Finalement, ce n'était pas si laid que ça : c'était presque beau dans son apocalypse. Oui, beau. Il avait bien fait.
Eprouvait-il du remords, de la joie, de l'excitation ? Non. Il était juste rassasié. Calmé. Le L de sa conscience était mort jusqu'à ce qu'il revienne le hanter. Et à ce moment-là, eh bien…
Il essuya consciencieusement ses semelles sur un morceau de tapis épargné par le sang, pour ne laisser aucune trace, puis reprit son manteau, en sortant les poupées, avant d'y cacher la corde, le couteau et de mettre le t-shirt. Maintenant, il devait juste trouver des clous. Un tiroir sous la table de chevet en contenait. Avec un sourire vacillant, Beyond empala les poupées sur les murs, espérant que la magie vaudou causerait ne serait-ce qu'un pincement au cœur de L.
Puis il sortit, manteau sur le corps, Akazukin Chacha quatre et neuf sous le bras. Une femme lui passa devant sans le remarquer : elle se fichait qu'un homme sorte d'un immeuble avec deux mangas. Peut-être même qu'elle ne l'avait pas vu. Beyond rabattit la capuche sur ses cheveux un peu trop poisseux et gouttant trop rouge pour être normaux, puis se dirigea vers son propre appartement.
Le lendemain, le meurtre défrayait la chronique, personne ne comprenant ni le motif, ni la manière. On avait nommé ça, dans les journaux, « l'affaire des meurtres aux poupées de paille. » On disait aussi que toutes les empreintes, celles de la victime ou du tueur, avaient été effacées, des douilles des ampoules aux pages des livres. Il se savait maniaque, mais…
B ne se souvenait pas d'avoir procédé à un tel ménage.
xOx
La deuxième crise de rage survint elle aussi à un moment propice, mais plus tôt que ce qu'il avait cru. On l'avait poussé à bout toute la journée, les voix ne cessant pas de piailler de façon crispante alors qu'il emportait ses affaires dans une voiture qu'il venait de voler – il se débrouillerait pour ne laisser aucune trace. Peut-être par le feu. Et là, ça avait été le déclic. Il n'avait pas totalement compris pourquoi.
Peut-être parce qu'il évitait toujours les choses en rapport avec A – et qu'on l'empêchait de le faire. Si penser à L lui faisait sentir de la colère, penser à A lui faisait ressentir une immense peine, quelque chose de trop grand et presque trop abstrait pour pleinement le définir…
Quelque en fût la raison, l'envie d'assassiner le L qui venait le hanter, comme un fantôme aux yeux abyssaux, l'avait reprit. C'était une vraie haine, quelque chose qui gigotait dans ses veines et faisait flamber son cerveau. Il n'avait jamais autant détesté quelqu'un, jamais autant voulu déchirer, mordre, découper la chair d'un humain. Jamais autant voulu passer sa colère sur un seul être. De dépit, il avait recommencé à se mordre les doigts, imprimant des marques vives sur ses phalanges rongées. Son autodestruction à place de celle d'un autre. Parce que c'était trop tôt, bien trop tôt… Non ?
- … Non, souffla t-il brusquement alors qu'il continuait à rogner sa peau trop rouge. Non.
Non, ce n'était pas grave. C'était même très bien. Plus vite les meurtres se dérouleraient, plus vite L en entendrait parler, plus vite ce serait réglé. Il se leva lentement, avec l'impression d'être une vieille machine qui se remettait en marche, et se dirigea vers son « lit » qu'il avait péniblement essayé de monter dans ce vieux hangar. La boîte à jouets était là. Il en sortit cette fois trois poupées, la batte de métal, son couteau, un autre cachet et referma le couvercle, plongeant les pièces de ses crimes dans le noir. Beyond soupesa la batte de métal. Elle était parfaite, vraiment. Mieux que ce qu'il n'avait cru au premier abord, d'ailleurs. Il avait fait une bonne affaire en achetant ça. Il fourra le tout dans un des sacs noirs qui avaient transporté ses maigres possessions, mit des lunettes et sortit. Il avait un nouveau L à tuer.
Il se dirigea vers la banlieue sans emprunter sa voiture volée, c'était bien trop risqué. Il préférait être à pied pour éviter les caméras de surveillance. Inutile de se faire pincer alors qu'il avait si bien commencé… Sa proie – s'il pouvait s'exprimer ainsi – était une fillette qu'il espionnait depuis un bout de temps. Il l'avait souvent entendue parler avec ses amies, quelques jours avant son premier meurtre, de sa mère qui partait en voyage bientôt. Aujourd'hui, ça ferait trois jours que la gamine était seule. Il devait espérer qu'elle n'irait nulle part – les chiffres indiquaient cette date, bien sûr… Mais si elle était tuée par autre chose, tout était foutu.
Beyond arriva au pied de l'immeuble qu'elle habitait au bout d'une heure de marche. Il s'en fichait. Il était arrivé. Il composa le code d'entrée et se glissa dans le couloir éclairé par de petites ampoules banales. Tout sauf le décor normal d'un meurtre dans les films d'horreur. Mais était-il vraiment normal, même dans sa façon de procéder ?
Il arriva enfin devant l'appartement qu'il cherchait. L'étiquette collée sur la porte indiquait les noms des habitantes. Il ouvrit son sac, fouilla un peu et en sortit la batte de métal, qu'il tint fermement malgré ses mains moites. Son cœur recommençait à battre la chamade, et il appuya sur la sonnette, retenant son souffle. Il avait un peu moins peur que la première, un petit peu moins…
Non. En fait, il était toujours mort de trouille. S'il se ratait… S'il ratait… Si on le voyait… Si elle ne voulait pas se laisser faire…
- J'arrive ! fit une voix de jeune fille derrière la porte.
Une enfant blonde, d'environ treize ans, ouvrit la porte. Elle avait un sourire accroché aux lèvres : Beyond ne lui laissa pas le temps de l'effacer. C'aurait été cruel. Plus que de tuer une personne vouée à mourir.
Le coup partit tout seul avec un sifflement. Son bras fut presque emporté par le poids de son arme, et cette dernière, avec un bruit mélangeant os et sang, solide et mouillé, défonça le petit crâne blond. Comme l'autre crâne d'un fantôme dans les cathédrales de son cerveau.
Tout simplement.
Le corps chut sans un bruit. Il n'y avait pas de peur dans les yeux de la fillette, juste de la surprise. Beaucoup. Et du sang, aussi. Beaucoup. Il se baissa et, attrapant le cachet de sa poche, le lui mit dans la bouche. Il devait rester assez de salive pour qu'il se dissolve. Il n'avait pas trouvé d'autre moyen pour faire croire qu'elle aussi s'était laissé droguer. Puis il entra et referma soigneusement la porte. Et frappa encore le cadavre, deux, trois, neuf fois. Jusqu'à ce que la figure et le corps deviennent quasi-méconnaissables, la peau broyée à certains endroits, les membres tordus dans des positions loufoques. Petit pantin brisé, veux-tu jouer avec moi ? Il plissa les yeux lorsqu'un vaisseau éclata, le jet carmin décrivant une courbe vers ses yeux. Il était taché, maintenant.
La danse des chiffres et des lettres orange cessa, soufflée par le vent mortuaire, mais Beyond avait pris soin de ne pas les regarder.
Le brun saisit le bras ballant du cadavre et le traîna derrière lui jusqu'au centre de la pièce. Il y avait une large trace rouge sur le lino, maintenant. Dommage. C'était une belle couleur. Il s'accroupit à côté du corps déformé de la jeune fille, puis dégagea des mèches poisseuses qui collaient à la peau de son visage d'un geste pratiquement machinal. Alors il prit son couteau et le leva au-dessus des yeux de la fille.
Sa main tremblait. Il ne comprenait pas, et n'avait même pas envie de comprendre pourquoi. Probablement parce que cette partie de son plan lui rappelait trop de mauvais rêves. Mais il le fallait. Sans ça, L ne comprendrait pas. Personne ne comprendrait. Il ferma les yeux le plus étroitement qu'il put et abaissa violemment son couteau. Il entendit l'œil éclater comme une bulle de savon alors que la lame s'enfonçait plus de que raison, et il la retira brusquement de la tête, écœuré. Est-ce qu'Alive l'avait perçu, elle ? Ou est-ce qu'elle était devenue trop folle pour l'entendre, ce petit bruit délicat ? Il rouvrit les yeux. Et rencontra une cavité vide, avec deux paupières inutiles et flasques, en haut de son visage. Son estomac se retourna et la bile remonta dans l'estomac.
Oui, A avait dû l'entendre, ce bruit d'œil qu'on explose. Et c'était cet unique son, plus que le sang ou les os, plus que le meurtre lui-même, qui lui filait l'envie de vomir. Il se retint de vider ses entrailles sur le sol et leva de nouveau son couteau, essayant de boucher ses oreilles avec l'autre main. Peine perdue. De nouveau, la lame s'enfonça brusquement dans l'orbite et il y eut ce son horrible, écoeurant. Il avait tout vu un peu au ralenti, comme dans les cauchemars. La bile remplit sa bouche d'un goût aigre. Il frissonnait violemment, les deux yeux maintenant devenus des ravins dans le visage. Une jeune fille blonde étalée sur le sol, le regard noir, noir, noir… N'aurait-elle pas été couverte de rouge, elle… Il retira précipitamment ses lunettes et les mit devant ses yeux – s'y reprenant trois fois pour ne pas mettre une des branches dans une plaie – pour cacher ce qu'il venait de faire. Il jetterait ce couteau dès qu'il serait rentré, se promit-il avec un haut-le-cœur. Son cœur pulsait avec force contre ses côtes. Beyond essaya de respirer normalement, essuyant le sang qu'il avait sous le nez en même temps.
Après quelques minutes, il essaya de se relever, s'appuyant sur le bras tordu et retordu de la jeune morte, quand un rire strident, deux voix désaccordées en une, transperça l'odeur lourde et moite de la pièce. Le brun se figea, incapable de dire d'où venait ce rire. Tout battait à grands coups sourds dans son corps alors qu'il restait là, assis et nerveux, cherchant à percevoir le moindre bruit. Mais il n'y avait que le silence. Un très épais silence. Quelque chose se distilla brusquement dans ses veines, bien plus glacé que la colère ou le trac. Il connaissait ces voix. Il savait qu'il ne les avait pas inventées, mais qu'elles n'étaient pas sous son crâne, et qu'il préférait tuer mille fois que se retrouver devant elles. Il n'y avait toujours rien d'autre que l'absence de bruit alors qu'il attendait, retenant sa respiration de manière à entendre le plus infime des chuchotements. Rien. Toujours qu'un silence trop pesant pour être normal.
Soudain, quelque chose frôla son cou sous la forme d'une caresse glacée. Il sursauta brusquement puis se raidit, les nerfs à fleur de peau. Il osa tourner les yeux avec lenteur, essayant d'apercevoir quelque chose. Un frémissement, une couleur, un truc. Mais rien, rien du tout… A tel point qu'il se demanda fugacement s'il n'avait pas rê
Deux yeux apparurent devant les siens.
- AAAAAH !
Beyond hurla alors qu'il reculait en tombant à moitié.
Ce n'était pas vrai.
Pas vrai.
Impossible.
Illogique, improbable, insensé, abstrait. Son cerveau ne s'empêchait pas de faire défiler ces mots à la suite pour lui prouver son absurdité, en état de choc. Son illusion, chimère, aberration. Il rêvait. Il délirait complètement.
Pas possible… Pas possible…
Pas possible que les monstres de ses cauchemars prennent vie. Ridicule, impensable, irréalisable.
- Tu as peur ? Tu es effrayé ? Tu penses que nous allons te dévorer, comme quand tu étais petit ?
- Oh, penses-tu ça ?
- Penses-tu ?
- Ne le penses-tu pas ?
- Ne penses-tu pas ?
Le visage du brun s'était vidé de toute couleur.
Impossible. Purement impossible. Et pourtant… Pourtant, il les connaissait, ces monstres, ces deux figures rouges et violettes… Il les avait vues… Jamais aussi réelles… Aussi proches, aussi peu chimériques… Un rire tremblant comme une flamme de bougie sortit soudain de sa gorge, d'abord faible, puis hystérique.
- Je délire, hein ? demanda t-il d'une voix stridente. Je délire ! JE SUIS DANS UN CAUCHEMAR ! UN CAUCHEMAR ! finit-il par hurler en continuant à reculer. JE…
Deux longues, longues mains gantées et griffues se plaquèrent sur sa bouche, glacées, presque fantomatiques, alors que deux longs corps souples venaient se coller contre le sien.
- Mais si tu vis dans un cauchemar, ne sommes-nous pas terriblement belles ? ronronna l'une des apparitions.
- Et terriblement monstrueuses à la fois ? Cauchemardesques, même ? fit l'autre sur le même ton, un large sourire ouvrant ses joues.
Il les regarda un instant, son cerveau toujours bloqué, incapable de bouger ou de se débattre. Oui, admit-il d'une façon qui le dépassait.
Oui, elles étaient belles. Elles étaient belles et elles le répugnaient en même temps. Elles le répugnaient parce qu'une de leur jambe, à chacune, était encore attachée à leur corps mais paraissait… Hmm… Morte. Elle traînait derrière elles, formant un angle étrange. Parce que les bandages autour d'un de leurs yeux étaient ensanglantés, du sang caillé qui luisait encore. Parce que leurs yeux avec une dizaine d'iris colorés avaient un éclat malsain. Que leurs dents pointues come des flèches étaient grises, que leurs griffes étaient longues, que leurs oreilles et leur queue avaient la douceur d'un tapis d'aiguilles. Et que leur odeur, à mi-chemin entre la décomposition, le sang et la rose, le faisait suffoquer. Comme un mort qu'on essayait de déguiser en vivant en lui mettant du parfum et des habits. Idiot.
Belles… Il ne savait pas. Peut-être parce que la violette et la rouge avaient chacune une fleur accrochée derrière l'oreille, et que elle était de la couleur de l'autre. D'une façon ou d'une autre, c'était beau. Et peut-être, peut-être parce qu'il y avait une longue chaîne brillante et étonnamment propre qui reliait leurs colliers de cuir. Il savait qu'elle ne pouvait pas se briser. Peut-être parce qu'elles, on ne pouvait pas les séparer. Et que c'était son seul souhait, à lui.
Les deux créatures le lâchèrent et allèrent flotter au-dessus du cadavre, leur jambe morte se balançant sous elles avec un mouvement circulaire, en gloussant de façon dissonante.
- Alors, alors, que penses-tu de nous ? rit la monstre rouge, ses épaules frêles s'agitant.
- Oui, vas-y, dis-nous, dis-nous ! renchérit la violette en se mettant à sourire.
Il lutta un moment avant de trouver une phrase correcte. Il n'y croyait toujours qu'à moitié… Qu'à un quart, même…
- Vous… Vous êtes des cadavres de chats ambulants, murmura t-il, les yeux dans le vague. Des fleurs séchées entre deux pages…
Les deux monstres rirent encore, vrillant les oreilles de Beyond.
- Nous sommes les crocs qui griffent trop et les yeux qui ne mordent pas assez, nous sommes le savoir qui ne se laisse pas voir et l'invisibilité qui sait tout, dirent-elles avec application, comme une élève de sept ans récite une poésie. Nous sommes le relatif et l'absolu, le mort et le vivant, le réel et la chimère, le chat et l'humain, la superposition de deux états qu'on ne peut pas superposer. Nous sommes une et un.
Le sourire démentiel et les longs vêtements rayés firent brusquement réagir les neurones endormies de Beyond.
- Vous êtes le Chat Chester ? demanda t-il, son cerveau commençant à trouver cette situation de plus en plus grotesque.
- Oh, qu'il est doué, notre petit meurtrier ! chantonna la violette en se déplaçant vers lui avec un mouvement de balancier. Beyond fronça imperceptiblement les sourcils. Il n'aimait pas être appelé comme ça.
- Nous sommes le Cheshire Cat, en effet, en effet ! répondit l'autre en s'asseyant sur le corps froid au sol, et en le regardant d'un œil critique. Les lunettes lui vont très bien, ne trouves-tu pas ?
La remarque parfaitement déplacée de la créature, assise nonchalamment sur le cadavre blond, acheva de détruire le mental de B.
- Nous sommes aussi ce que vous, humains, nommez Shinigamis… Déesses du décès…
- Les deux immortelles liées pour toujours, les plus vieilles porteuses de mort…
Il était à présent convaincu de rêver. Deux monstres parlant en Nous et qui se disaient être Shinigamis ne pouvaient pas exister. Il sourit faiblement puis se figea.
Si elles disaient vrai… Si elles disaient vrai, ça expliquerait tellement de choses… Les cadavres d'oiseaux, les objets utilisés comme balles de laine – amusements puérils dignes d'un chat. Et puis ces choses anormales, qu'il ne se souvenait pas d'avoir faites…
- C'est vous qui avez nettoyé la chambre de… commença t-il, incapable de trouver un mot qui convienne pour désigner la victime.
- Oui, c'était nous. Ce fut très long, surtout loin de nous, soupira la rouge en se peignant avec ses griffes.
Il commençait à comprendre leur mode de langage – après tout, il avait tout de suite eu le même quand A était partie. Le nous était double, il y avait le Nous qui signifiait deux, et le nous qui signifiait un… La phrase faisait le reste. Sa tête bourdonnait, assimilant les informations à toute vitesse alors qu'il commençait vaguement à y croire. C'était dément, irréalisable. Mais ça semblait si réel.
- Comment ça, « loin de nous » ? demanda t-il quand même.
Elles gloussèrent de concert et la violette lui fit un autre sourire plein de dents. Il avait l'impression qu'elle pourrait le dévorer n'importe quand.
- Allons, allons… Nous ne pouvons pas s'éloigner de toi. Mais nous avons l'avantage d'être – elle fit une grimace – deux. Reliées. Nous pouvons donc nous éloigner si nous restons ici de notre côté…
- Et nous avions décidé de, comment t'expliquer… T'aider dans ton entreprise qui nous a parue follement amusante, renchérit l'autre.
- Contrairement à notre idée.
- Certes. Mais ne sommes-nous pas très fières du résultat, à vrai dire ?
- Tout au contraire.
- Et même tout au contraire du contraire.
Le déluge de paroles criardes faisait horriblement mal aux oreilles du brun, mais il n'osait pas vraiment leur demander de piailler moins fort. Soudain, quelque chose sonna étrangement dans sa tête. Elles avaient dit qu'elles ne pouvaient pas s'éloigner de lui. Des Déesses de la Mort. Et il leur manquait un œil… La Mort et les Yeux. Bien sûr.
- C'est aussi vous qui m'avez donné ces yeux, n'est-ce pas ?
Sa voix était devenue glacée, mais les monstres ne semblèrent pas s'en apercevoir et continuèrent à ricaner follement, leur queue s'agitant dans les airs.
- Bien deviné, bien deviné ! Ta si chère mère t'avait tant et tant maudit, après tout, c'était dans l'ordre des choses que naisse de son ventre déformé un être exceptionnel, ne penses-tu pas ?
- Ca faisait un million sept-cent-soixante-dix-sept ans que nous t'attendions, notre cher, si cher petit humain… Patiemment, les millénaires se sont écoulés, les hommes sont nés, sont morts, les guerres sont venues, ont disparues… Et c'est toi que nous avons choisi pour notre anniversaire mortuaire…
Beyond se leva et se dirigea vers elles. Alors comme ça, c'était aussi de leur faute. Pourquoi lui ? Pourquoi ne pas avoir jeté leur dévolu sur un autre gamin, sur un autre enfant ? Juste pour s'amuser, juste comme ça, elles l'avaient maudit aussi sûrement que sa mère l'avait fait. S'il n'avait pas eu ces Yeux, il aurait été normal. Aurait vécu une existence normale, n'aurait pas été rejeté, n'aurait pas été laminé. On l'aurait considéré comme quelqu'un digne d'être un humain. Et il était une moitié de monstre, finalement. Il allait se mettre à hurler quand on prit la parole avant lui.
- Oh, fâché ? Penses que sans nous, tu aurais été seul à maintes reprises. Nous avons toujours été là, fit la rouge avec une voix bien moins aigue.
- Et que tu aurais vécu avec la moitié de tes sens pendant plusieurs années. Nous n'osons penser que tu aurais pu passer à côté de la moitié de toi.
- C'aurait été horrible. Imagine, nous sans nous !
- C'est quelque chose qui n'a aucun sens ! Nous sommes toujours avec nous !
Il inspira profondément, triturant la peau de ses mains pour s'empêcher de les frapper. Elles l'avaient toujours emmerdé, tout au long de sa vie, de sa naissance et sûrement jusqu'à sa mort. Il n'avait pas mérité ça. Non. Elles le répugnaient. Mais elles pouvaient lui être utiles. Très utiles. Une idée germait dans son cerveau. C'était inutile pour son plan, bien sûr, mais ce serait la prolongation de sa vengeance, contre elles et contre l'autre.
- Vous devriez vous faire pardonner, fit-il d'une voix toujours polaire.
- Ah ? Nous ne savions pas.
- Si. Combien de temps êtes-vous capables d'être séparées ?
Il les vit brusquement secouer la tête et attraper les mains de l'autre, comme repoussant de toutes leurs forces cette hypothèse.
- Trop douloureux ! Trop cruel ! cria la rouge. Méchant ! Méchant humain ! Nous t'aimons, nous, ne nous oblige pas à ça !
- Combien de temps ? répéta t-il, presque joyeux de voir ces monstres de cauchemar se sentir mal.
- Longtemps, avoua la violette. Très longtemps.
- Ou pas.
- Mais ne nous y oblige pas, le supplia t-elle.
Quelque chose dans leur étreinte lui faisait penser A et lui quand ils refusaient de se séparer, et un vague remords lui fit se mordre la lèvre. Mais tant pis. Pour tout ce qu'elles lui avaient fait subir, elles le méritaient. Amplement. Il suffisait de tirer sur les bonnes cordes. Il se sentait aussi manipulateur que L, ce qui ne lui plaisait pas vraiment.
- Nettoyez cette pièce, s'il vous plaît. Et ensuite, j'aimerai que l'une d'entre vous parte… Loin.
- Non !
- Si. Pour vous faire pardonner… Et nous venger un peu en même temps.
Les oreilles de chat des deux se redressèrent à l'évocation du Nous, et Beyond sut qu'elles accepteraient, maintenant. Il avait compris. Elles étaient un peu – et même totalement – comme Alive et lui, au final, hein ? C'était pour ça qu'elles voudraient l'aider, parce qu'elles-mêmes ne pouvaient envisager la vie, ou la mort, sans l'autre.
- Vengeance pour la perte de ton propre nous ? demanda finalement la rouge.
- Exactement.
Elles se regardèrent un bref instant, puis la violette poussa un long soupir qui ressemblait plus à un feulement qu'à autre chose.
- Que voulons-nous ? Il est comme nous.
- C'est notre faute ?
- Non. C'est la notre.
- Nous y irons.
- Nous savons.
- Parce que c'est notre faute aussi, n'est-ce pas ?
- Peut-être. Mais ce n'est pas pour ça.
- Nous veillerons sur notre sauveur, hein ?
- Promis.
Beyond sourit quand les deux Shinigamis tournèrent leur tête démente vers la sienne, résignées. Elles le répugnaient, certes, mais il se promit malgré tout de ne pas les séparer trop longtemps.
- Alors commençons, clôt-il en remettant ses affaires dans son sac.
Commençons la fête des fous qui rient, la fête des morts, entre deux déesses démentes et leur petit protégé ensanglanté.
« Et Narcense s'éleva dans l'ascenseur, s'interrogeant sur l'avenir qui s'annonçait. »
Le Chiendent – Raymond Queneau
- L ? On vous demande au téléphone. Pourriez-vous venir, s'il vous plaît ?
La voix polie et bien trop soumise d'un officier de police le sortit de sa rêverie. Lawliet poussa un long soupir et se leva de sa chaise, laissant sa cuillère sur le bord de sa table, prête à tomber. Mais il s'en fichait. En fait, il se fichait de tout. Les jours, les mois et les ans se succédaient à une vitesse effrayante. Il pouvait être le début de l'année, gris et terne, et voilà que le lendemain on célébrait Noël sans qu'il ne se soit aperçu du temps passé.
En fait, il n'arrivait plus à trouver quelque chose d'à peu-près digne d'intérêt. Il enchaînait toujours et encore la même journée, au point de se demander, parfois, s'il n'était pas pris dans un piège temporel. Comme dans son rêve récurent. Il était dans un ascenseur aux portes closes et voyait l'humanité se déchirer à travers les vitres jour après jour. Mais rien de plus. Parce qu'il ne pouvait rien faire.
- J'arrive, fut sa réponse.
- Merci, nous vous attendons en bas.
Décidément, il n'aimait pas cette voix. Trop sage, trop grave et en même temps trop faible. Aucune fierté, cet officier se laissait écraser par sa prétendue supériorité. Aucune répartie non plus, rien d'intéressant en réalité. Comme d'habitude. Il descendit les escaliers à pas lents, les yeux dans le vague, et arriva bien vite dans le hall inondé de soleil. Soudain, le policier qui l'avait contacté sur le talkie-walkie surgit devant lui. Il passa à peine dessus. Il en avait tellement vu. Cheveux châtains coupés en brosse, barbe naissante, yeux bleu pâle. Un homme typique, en somme.
- Ah, L, vous êtes là.
« Vas-y, gueule mon identité encore plus fort si tu veux ! »
Ce n'était certes pas poli, mais Lawliet n'avait pas envie d'être poli, du moins pas en pensées. Pas avec lui.
- L'homme au téléphone s'impatiente, le combiné est-là bas, à côté du comptoir…
Il se dirigea vers le comptoir sans un seul mot pour le policier, puis prit le téléphone entre deux doigts, ce qui était dans son habitude. Deux jeunes filles s'arrêtèrent pour le regarder en gloussant, mais il n'en avait cure. Elles aussi étaient banales. Toute l'humanité était banale, stupide. Et il la protégeait quand même. Il ne savait plus pourquoi, au final. Peut-être qu'il espérait que quelqu'un viendrait changer ça ? Mais c'était ridicule.
- Allô ? fit-il dans un français impeccable.
- Ryuzaki, ici Walter, retentit la voix de Watari conformément au code utilisé. Pourriez-vous venir, s'il vous plaît ?
- Pourquoi ? répondit-il en jetant un regard glacé à une femme qui louchait sur lui.
- Nous avons un… projet qui pourrait vous intéresser, dit prudemment le vieil homme.
Et pourtant, Watari était l'un des premiers à connaître l'ennui de L, comment pouvait-il penser que quelque chose allait l'intéresser ?
- Je ne peux pas encore me déplacer, j'attends quelqu'un. Pourriez-vous m'envoyer les détails par mail ?
Il sentit sa déception à travers les grésillements du combiné, mais l'homme se reprit très vite et il entendit à nouveau sa voix.
- J'aurais préféré que nous en parlions de vive voix, mais… D'accord.
- Bien. Au revoir, Walter.
Il allait raccrocher quand Watari reprit la parole, d'une voix qui surprit le cerné.
- Ryuzaki. Quoi que vous déduisiez, ne prenez pas de décisions à la légère. Et même… Ne prenez pas de décision du tout avant de m'en avoir parlé. Prenez soin de vous.
Il fronça les sourcils et reposa le téléphone sur son socle, inquiet. Il ne comprenait pas ce que Watari avait voulu dire. C'était étrange. Qu'on lui demande de ne rien tenter, surtout venant du vieil homme, était carrément anormal. Et puis, il parlait comme s'il anticipait ses réactions… Ca devait être une grosse affaire.
Lawliet évita volontairement l'ascenseur – son rêve commençait à lui faire vaguement « peur » – et reprit les escaliers, réfléchissant à toute vitesse. Il ne comprenait vraiment pas. Qu'est-ce qui pouvait faire dire à Watari des paroles qu'il n'aurait jamais prononcées en temps normal ? C'était pourtant le premier à lui dire d'aller vite et bien. Il accéléra le pas et se retrouva finalement devant la porte de l'appartement qu'il occupait. Quand il poussa la porte, il entendit le bruit caractéristique lui signalant qu'il venait de recevoir un nouveau message. Avec une vraie curiosité, il ferma la porte et se dirigea vers l'écran et se voûta encore plus, ses cheveux lui tombant devant les yeux. Il attrapa la souris et, en trois clics, ouvrit le message. Il n'y avait aucun texte, juste un dossier en pièce jointe. Il l'ouvrit. C'était une condensation de coupures de presse, photos, témoignages et des petites enquêtes de la police locale, comme d'habitude. Il lisait avidement quand quelque chose le frappa de plein fouet lors de la description du premier meurtre.
« Believe Bridesmaid, journaliste free-lance de quarante-quatre ans, célibataire,– photo – habitant dans un quartier près d'Hollywood, Los Angeles, USA. Aucun casier judiciaire. Il s'est fait droguer puis a été retrouvé mort par étranglement, la nuque brisée – photo – et de multiples coups de couteau lui ont été donnés après sa mort – photo. Quatre poupées vaudous étaient accrochées aux murs de la pièce – photos – et tout l'appartement a été nettoyé de fond en comble, enlevant les traces ADN du meurtrier, mais aussi de la victime. »
Quelque chose de froid et métallique coula dans ses veines. Poupées vaudous. Los Angeles. Les initiales. Bordel de merde. Il s'obligea à respirer longuement, fermant les yeux. Pas de conclusions hâtives. Un hasard, un simple hasard… Il regarda la description du deuxième meurtre.
« Quarter Queen. Jeune fille âgée de treize ans – photo. Sa mère était partie en voyage lors du meurtre. Droguée, puis morte après avoir été frappée à maintes reprises par un objet lourd, probablement en métal – photo – et a eu les yeux crevés. Là encore, c'est une dégradation post-mortem. Trois poupées vaudous ont encore été trouvées sur les murs – photos – et les traces ADN encore effacées. »
Il n'arrivait pas à y croire. Ses yeux relisaient la même phrase encore et encore. La jeune fille, blonde et de treize ans, s'était fait crever les yeux. Les yeux. Les initiales, évident. « Les anges », comme il l'avait déjà entendu à propos d'une personne. Et puis ces poupées de paille.
« - As-tu déjà entendu parler des poupées vaudous, Law… »
Il n'osait pas y croire. Il ne voulait pas. Ca ne pouvait pas être. Il passa directement à la troisième victime.
« Backyard Bottomslash. Vingt-huit ans, travaillant dans une banque, célibataire – photo. Droguée comme les trois autres. Son bras a été roué de coups, provoquant une minuscule hémorragie interne. Le bras gauche et la jambe droite ont été sectionnés – photos –, cette dernière a été retrouvée dans la salle de bains – photo – mais pas le bras. Encore ici, aucune empreinte n'a pu être relevée. Deux poupées vaudous ont été retrouvées clouées aux murs – photos. »
Lawliet manqua s'étouffer. C'était l'évidence même. Ca ne servait à rien qu'il regarde les autres preuves, de toute façon. Il n'avait jamais, au grand jamais été aussi sûr de l'identité de quelqu'un. Toutes ces allusions, ces bons souvenirs et ces mauvais rêves, il n'y avait qu'une personne qui les connaissait.
Qu'importe ce qu'avait dit Watari, il savait pertinemment qui était le coupable. C'était un jeu, une vengeance. On venait publiquement le défier, lui, L, de résoudre cette énigme. Il tremblait, sans vraiment savoir pourquoi. Il avait brusquement l'impression qu'il faisait froid, très froid autour de lui. Et dire qu'il l'avait cherché. Bordel. Et pourtant, il avait juré d'envoyer se faire exécuter les criminels, hein ?
Quand il alla se coucher, au bout de plusieurs heures de recherches sur le meurtrier, il eut beaucoup de mal à s'endormir. Quelque chose sifflait sans arrêt à ses oreilles qu'il n'aurait pas le cran d'envoyer le meurtrier en prison. Que, cette fois-ci, il faiblirait, il faiblirait parce que la race humaine était ainsi. C'était l'ordre des choses. Il ne pourrait pas. Il se boucha les oreilles et ferma du plus fort qu'il put les yeux.
« L'ascenseur monte.
Des hommes et des femmes vivent, meurent, s'entretuent pour de l'argent, pour de l'amour, pour de la lumière, de la place. Pour le plaisir, parfois. Et lui il regarde tout ça. Il ose finalement tourner la tête pour la première fois, et voit qu'une fille est là aussi, dans la cabine. Elle sourit, face au tableau de commandes.
- Pourquoi est-ce que je monte ? demande t-il.
La fille tourne les yeux et lui fait un grand sourire vide.
- Parce qu'il n'y a pas de grande différence entre ta vie et l'ascenseur. »*
Lawliet se réveilla en sursaut, les draps l'emprisonnant autant que la cage d'ascenseur qu'il venait de quitter. Il s'assit, la tête dans la paume de sa main droite. Toujours ce rêve idiot qui n'arrêtait pas de le hanter. Il était certain qu'il avait une signification, mais il ne la connaissait pas. Il se leva en se dépêtrant de son carcan, jetant à peine un regard au réveil. Trois heures du matin. Il se dirigea vers la cuisine dans l'intention de trouver quelque chose de sucré qui lui enlèverait le goût bizarre de sa bouche. Le cerné revenait dans sa chambre quand il surprit son reflet dans le miroir accroché à la porte d'entrée.
Le gâteau et les couverts tombèrent avec un bruit sourd alors qu'il s'éloignait précipitamment de la glace, où son image le fixait.
Non. Ce n'était pas SON image. C'était une sauvegarde ratée qui avait des yeux incontestablement rouges.
Il secoua la tête et osa regarder de nouveau son reflet, persuadé d'avoir rêvé.
L'image aux yeux rouges lui fit un grand sourire vide.
- Il n'y a pas de grande différence entre ta vie et l'ascenseur.
Il fit demi-tour et courut loin du miroir, le cœur battant à tout rompre, mourant d'envie de sortir de l'immeuble, le plus loin possible de l'apparition dans le noir.
Est-ce que c'était possible que la vengeance de Beyond Birthday s'étende aussi loin ?
- Alors ?
- Ah, nous nous entendons enfin !
- La chaîne, encore.
- Le encore est bien de mise. N'est-ce pas ?
- Alors ?
- Alors nous allons comme nous pouvons aller loin de nous.
- Aussi vrai que faux pour nous. Allons-nous bien dans notre… Entreprise ?
- On ne peut mieux. C'est quelqu'un de follement amusant, très distrayant.
- Nous avons beaucoup de chance. Mais nous n'y toucherons pas. N'est-ce pas ?
- Non, mais nous voudrions rentrer au plus vite. Autant pour éviter d'y toucher que pour redevenir le nous réel.
- Voulons-nous que nous demandons à notre petit tueur ?
- Si fait.
- Il nous dit qu'il dort.
- Donc il ne dort pas.
- C'est un fait.
- Nous voulons revenir.
- Il dit dans quelques jours.
- Nous nous manquons, le savons-nous ?
- Nous nous manquons aussi.
- Il ne nous reste plus beaucoup de temps, n'est-ce pas ?
- Si, si. A peine le temps de défier le temps.
- Encore et encore. C'est ironique, ne trouvons-nous pas ? A force de diriger la mort, elle finit toujours par nous mordre.
- Ne pensons pas à ça. Nous serons toujours liées, nos chères.
- Nous espérons…
- Nous le serons.
- Oui. Toujours.
- Et quand ils nous jugerons, ils ne pourront pas nous séparer.
- Ils devront envoyer nos atomes compacts pourrir en Enfer, tellement soudés qu'on ne pourra pas faire la différence entre nous et nous...
* Passage inspiré de la chanson "The New Millenium" chantée par Len. J'aime cette chanson. Avec "Rakshasa and Carcasses" par Senka et Miku, c'est celle qui m'a permis d'écrire tranquille BD
Bref ! If you have any questions, tell me by review, I'll ask (... Peut-être que cette phrase est réussie, mais sûrement pas Oo)
Babaaaaaay ~
Tach-sama vous salue !
