Chapitre Huit

Quinze minutes plus tard, j'étais propre et relativement à l'aise – sauf pour la sensation de moiteur de ma main sous le bandage que j'avais accidentellement mouillé. Je grimpai les marches vers la salle de briefing lentement, vraiment très atypique pour moi, mais je voulais évaluer la situation. Une partie de moi avait peur que le Général Hammond ait déjà réussi à convoquer Jacob Carter durant les dix minutes pendant lesquelles j'étais sous la douche et ne pouvais pas entendre l'alarme. Heureusement, il n'était pas là. Je vis Daniel qui boudait toujours à cause de quoi que ce soit que Carter ait cassé. Teal'c était là également et je vis une lueur distincte d'amusement dans ses yeux. Le Dr. Frasier était assise dans mon fauteuil habituel, à côté de celui du Général. Carter n'était nulle part en vue. Je paniquai un instant, me demandant ce que Daniel lui avait fait.

Je grimpai le reste des marches et pris mon siège à l'autre bout de la table, saluant respectueusement Hammond tandis que subrepticement je vérifiai les coins aveugles de la pièce pour un Tok'ra caché. Teal'c me fit un signe de tête. Daniel me jeta un regard noir puis retourna bouder. Le Dr. Frasier sourit.

Hammond me rendit le salut. « Jack, si vous voulez bien, faites-moi un résumé. »

« Jack ! » Le cri enchanté étouffa mon grognement. Mes yeux tombèrent sur le fauteuil en face du Général Hammond. Il semblait presque vide, excepté pour une tête blonde ébouriffée et deux grands yeux bleus qui regardaient juste par-dessus le bord de la table. Je remarquai l'assiette devant elle avec une trace de glaçage au chocolat. Malgré toutes mes espérances, je fus véritablement surpris que quelqu'un ait donné le gâteau à la petite fille. Elle avait, après tout, bien plus plein d'énergie qu'aucun de nous dans un bon jour et peut-être que lui offrir du sucre n'était pas la chose la plus brillante à faire.

N'étant plus restreinte par les règles et le règlement concernant la manière de s'adresser à son supérieur, Carter grimpa sur la table de conférence et courut sur la surface, trébuchant légèrement sur un dossier devant Daniel, et sauta sur mes genoux. Daniel lui jeta un regard noir à nouveau, comme si elle avait marché sur ses papiers exprès. Je ne pus que sourire largement ; cela faisait longtemps depuis que quelqu'un avait été aussi heureux de me voir. Mais l'accueil enthousiaste de Carter était à peine terminé. Elle enroula ses bras autour de mon cou et m'étrangla presque tandis qu'elle plaçait un baiser bruyant et mouillé sur ma joue.

Teal'c leva un sourcil. Daniel réussit même à paraître légèrement amusé. Le Dr. Frasier se cacha derrière le dossier qu'elle venait brusquement de trouver passionnant tout en ayant une série de toux qui sembla ressembler suspicieusement à des rires.

Le Général Hammond sourit et regarda autour de la table. « Au moins, nous savons que c'est vraiment elle. »

Je n'avais jamais de toute ma vie été aussi mort de honte. Je voulais mourir. Je refoulai la boule dans ma gorge. « Pardon, mon Général ? »

A la manière des généraux, il choisit de ne pas me répondre et à la place demanda que j'explique pourquoi j'avais un bout de chou du nom de Carter bondissant avec joie sur mes genoux. J'expliquai du mieux que je pus, me censurant moi-même à plusieurs moments pour ne pas révéler mes sentiments surprotecteurs contraires à un supérieur au cours de sa mission. Carter s'amusa pendant la plus grande partie de la conversation, ignorant complètement son nom la énième fois qu'il fut mentionné. Il apparut que le velcro qui recouvrait ma montre lui procurait un étonnement quasi continuel.

Malheureusement, elle était toujours Carter et donc toujours à chercher pour des choses plus grandes et meilleures. Et étant Carter, elle se rappela où mon yo-yo avait été planqué dans mon autre pantalon et alla le chercher dans cette même poche dans mon nouveau pantalon pour le trouver. Et étant moi-même, il y avait là, bien sûr, un yo-yo pour qu'elle le trouve.

Elle le leva devant mon visage. « Joue. »

Je souris. « Sam. »

Les yeux de Sam s'agrandirent et elle parut d'une timidité touchante. « Pardon, Jack. Joue, s'il te plait. »

Je ne crois pas qu'aucun de nous ne put s'en empêcher ; nous commençâmes tous à rire. Heureusement, ses mots polis déconcentrèrent le Général Hammond de me réprimander d'avoir un yo-yo. Quand je retrouvai ma voix, je pris gentiment le jouet de ses mains et le remis dans ma poche. « Plus tard. »

Carter bouda et se rassit sur mes genoux. Je pensais qu'elle allait simplement se calmer. Apparemment elle attendait simplement une autre occasion. Elle commença à se tortiller et je pris cette opportunité quand le Général et le Dr. Frasier discutaient de quelque chose pour demander à Carter ce qui n'allait pas.

« Terre. » Je la posai par terre, me demandant comment elle pouvait passer de bien articuler et bien parler aux mots monosyllabiques sans avertissement. Je le mis sur le compte de la prérogative d'une enfant de trois ans. Je gardai un œil sur Carter et une moitié d'esprit à la discussion. Carter contourna la table et tira sur la manche de Teal'c.

Il baissa les yeux sur elle et puis me regarda. Je haussai les épaules. Il la regarda à nouveau. « Oui, enfant ? »

Elle agrippa simplement son genou, incapable de grimper toute seule. Teal'c me regarda à nouveau et je me rendis compte qu'il me demandait la permission puisque j'avais refusé de laisser Daniel la prendre plus tôt. J'acquiesçai mon accord. Une fois Carter sur ses genoux, j'arrêtai de faire attention au général et essayai seulement de deviner ce que préparait Carter.

Elle s'installa soigneusement pour être bien à cheval sur un des genoux de Teal'c. Puis elle sourit et elle appuya ses mains sur la table. « A dada ! »

J'en tombai de mon siège tellement je riais fort. Daniel pleurait de rire. Janet était toute rouge. Hammond haletait pour essayer de respirer. Je sus à cet instant précis que ceci était quelque chose que Carter n'oublierait jamais. Même les soldats gardant la porte étaient pliés de rire. Teal'c resta impassible.

Quand nous retrouvâmes à nouveau en grande partie notre calme, Teal'c se tourna vers moi, ignorant le fait que Carter était toujours en train de l'attendre pour qu'il fasse 'A dada.' « O'Neill, s'il vous plait, enlevez cette enfant de ma jambe. »

Je fis comme demandé, refoulant mon éclat de rire. Je posai Carter sur mon genou et docilement je commençai à faire sautiller ma jambe, déclenchant une série de gloussements joyeux de la part de Carter. « Teal'c, les enfants ne jouent pas à 'à dada' sur Chulak ? »

Teal'c me regarda, le trouble, l'inquiétude, et finalement la répugnance balayant son visage. Il se tourna vers le Général Hammond. « N'est-ce pas un comportement inconvenant pour un homme adulte et une petite fille ? »

Daniel s'étrangla avec une gorgée d'eau, la pulvérisant à travers la table de conférence. « Non, Teal'c. Les enfants jouent à 'à dada'. »

Teal'c me regarda puis Carter qui sautillait joyeusement. « Je crois fermement que ce comportement est étrange. »

« Teal'c, Carter n'a fichtrement que trois ans. Quelle part de ceci n'est pas étrange ? » Je ressentis une sacrée dose de fierté pour moi-même du fait que mon explosion n'a pas contenu de mots de cinq lettres.

« L'enfant ne devrait-elle pas être mise à se reposer ? » Teal'c avait parfaitement raison sur ce point. S'il y avait une vérité universelle dans la galaxie, je parierais sur le fait que tous les enfants deviennent grincheux quand ils sont fatigués.

« Je ne suis pas certain que de lui ordonner de rentrer chez elle et de prendre du repos marchera cette fois-ci. » J'y réfléchis pendant un instant. « En fait, je ne pense pas que ça ait déjà marché. » Je lui tapotai l'épaule. « As-tu envie de dormir, Sam ? » Elle secoua gravement la tête. Je haussai les épaules à tous ceux qui regardaient.

Le général s'éclaircit la gorge. « D'accord, eh bien, le Major Carter n'a jamais eu besoin de beaucoup de sommeil, cependant, je pense que nous devrions essayer de reprendre ce briefing pour le reste d'entre nous qui sommes levés depuis près de vingt-quatre heures et ont vraiment besoin de se reposer. » Il se tourna vers le Dr. Frasier. « Qu'ont révélé vos examens ? »

Janet s'éclaircit la gorge tout en regardant les papiers devant elle. « Sam semble être en parfaite santé. La plupart des examens sanguins prendront encore quelques heures. J'ai fait faire une comparaison ADN complète et cela ne sera pas terminé avant demain après-midi. »

Hammond hocha la tête. « Elle devrait probablement rester à la base jusqu'à ce que ces tests soient complets. »

« Pourrais-je suggérer, monsieur, que Carter reste à la base jusqu'à ce qu'elle ait quelque chose d'autre à porter aussi ? » Je pensai que le t-shirt était mignon, mais j'imaginai que les gens à l'extérieur de la montagne pourraient peut-être le ressentir différemment.

Carter se retourna et me regarda. « Jack ? C'est quoi l'ADN ? »

« C'est – euh – eh bien- » Je me mordis la lèvre. Je savais ce que c'était ; je ne pouvais simplement pas l'expliquer, certainement pas à une enfant. « C'est une sorte d'échelle tordue. »

Daniel se pencha en avant avec son sourire monsieur-je-sais-tout et je refoulai l'envie de lui rappeler que son domaine concernait les trucs vieux, à moitié rongé, des jarres brisés, pas un domaine du réel comme Carter. « En fait, Sam, c'est un moyen pour Janet de s'assurer que tu es vraiment toi. »

Je vis l'expression sur le visage de Carter et commençai à faire des mouvements de ma gorge. Je n'avais mis les mains sur aucune boule Quiès et elle était sur le point de se lâcher encore.

« Pourquoi devez-vous faire ça ? » Je devais lui donner le crédit, elle se retenait mieux que je ne l'aurais fait.

Et puis, il fallut que Teal'c parle. « Parce que je crois que vous pourriez être un clone. »

Carter se tourna vers moi, le menton tremblant, les larmes remplissant ses yeux. « Je déteste les clowns ! » Elle se jeta à mon cou et commença à brailler à nouveau.

Je lui tapotai le dos et fit à mes deux coéquipiers mon expression sévère 'vous avez mis en colère votre patron'. « Ca va, Sam. » Je sortis le yo-yo. « Hé, tiens, tu veux regarder ? »

Distraite, Sam hocha la tête et regarda alors que je lui faisais une démonstration lamentable de ce qu'un yo-yo était censé faire. Avec toutes ces années à l'avoir, je n'avais en fait pas beaucoup de temps pour perfectionner l'art.

Il se passa quelques minutes avant que je ne remarque que la salle était ridiculement calme excepté les rires de Carter. Je levai les yeux et surprit Hammond disant combien j'étais doué avec Carter.

Daniel éclata de rire. « Je crois que c'est parce qu'ils sont sur le même niveau intellectuel pour une fois. »

Rien que pour cela, je le frappai, accidentellement à la tête, avec le yo-yo. Au moins, Carter sembla trouver que c'était drôle.

Le général s'éclaircit la voix et je pouvais dire que sa patience avec le briefing qui n'était pas du tout bref, ni particulièrement utile, s'était amenuisée. « Je crois que je peux trouver une solution pour le problème des vêtements. » Il entra dans son bureau et un instant plus tard, sa voix se fit entendre à travers les haut-parleurs, demandant que quelqu'un dans la base ayant un jeune enfant se présente dans la salle de briefing.

Le Sergent Harriman apparut un instant plus tard. « Monsieur ? »

Le Général sourit au succès de son plan. « Sergent, quel âge a votre enfant ? »

« J'en ai quatre, monsieur, mais ma cadette a quatre ans. »

Le sourire du Général s'agrandit. « Sergent, s'il vous plait, rentrez chez vous, rassemblez des vêtements pour quelques jours et présentez-vous devant le Colonel O'Neill dès votre retour. Vous serez remboursé. »

Les yeux de Walter se tournèrent vers moi, s'arrêtant sur la blonde sur mes genoux. « Maj- » Il secoua la tête. « Oui, monsieur. » Je l'entendis bafouiller à lui-même sur son chemin en bas de l'escalier sur le fait qu'il n'avait jamais réalisé que le Major Carter avait une fille. Il n'avait pas dû remarquer qu'elle était venue par la Porte avec nous ni que le Major Carter n'avait pas passé cette Porte. J'avais un sentiment de malaise sur le fait que la « fille » de Carter assise sur mes genoux allait créer des rumeurs concernant la paternité du dit enfant et que je n'en verrais jamais la fin.

« Colonel, j'attends que vous gardiez un œil sur elle jusqu'à ce que nous puissions résoudre ce problème. »

Mon esprit s'attarda sur son ordre, me demandant comment exactement j'allais le suivre, puisque Carter était facilement plus maligne que moi, même à trois ans. « Oui, monsieur. » Je devais simplement trouver un moyen.

« Puisqu'il semble que nous n'allons nulle part, allons tous nous coucher. Nous réessayerons après que tout le monde se sera reposé. » Le Général se leva pendant que tous les autres rassemblèrent leurs papiers. « Jack, emmenez le Major dans vos quartiers et mettez-la au lit. »

J'essayais de calculer comment je pourrais arriver à mettre, une enfant pleine d'énergie, au lit, mais le reniflement de mes soi-disant amis attira mon attention au libellé de sa demande. Je rencontrai ses yeux et découvrit une expression d'horreur sur le visage de mon supérieur. Je fis un grand sourire. « Ce n'est rien, monsieur. J'oublierai que j'ai entendu ça. »

Il acquiesça alors que la teinte rouge sur ses joues commençait à s'effacer. « Et j'espère que vous ne serez pas aussi affectueux avec elle une fois qu'elle sera à nouveau adulte. » Il se détourna avec un sourire.

J'ouvris la bouche pour protester, mais il n'y avait rien à dire. Carter s'était lovée contre moi et je la tenais dans une attitude protectrice. Je secouai la tête et essayai de me rappeler que c'était Carter, mon second. Mais pour une raison ou une autre, cela ne me fit que désirer la tenir encore plus près.