Coquille vide

Rating : M

Pairing : SS/HP

Disclamer : Rien à moi sauf la dépression des personnages

Avertissement : Slash (relation homosexuelle entre deux hommes) donc homophobes, s'abstenir. De plus, cette histoire sera assez sombre psychologiquement parlant et contiendra quelques scènes de sexe donc âmes sensibles s'abstenir aussi. Elles seront néanmoins assez longues à venir (les scènes de sexe, pas les âmes sensibles, lol) alors ne vous emballez pas.

Note de l'auteur : Si c'est pas de l'update rapide, ça ? (se jette des fleurs) Pour ceux qui attendent la suite de mes autres fics, je viens de prendre une grave décision. Non, non je n'en abandonne aucune, rassurez-vous ! C'est juste que je suis incapable d'écrire quoique ce soit en dehors de Coquille Vide en ce moment. J'ai besoin de la terminer avant de pouvoir reprendre les autres. Je ne veux pas m'étaler mais je veux la finir pour pouvoir exorciser tout ce qui me touche dans cette fic et après seulement, je reprendrai les autres. A part si j'ai une soudaine pulsion qui m'incite à écrire un chapitre d'AH ou LPEET bien sûr ! En attendant, j'espère que vous ne m'en voudrez pas trop et je vous souhaite bonne lecture !

Oh et j'ai répondu à tous ceux qui avaient un compte ou m'avaient laissé leur mail. Quant à jenny944, Oxaline et Pitchoune.Z je n'ai pas pu vous répondre mais je vous remercie pour vos reviews :) Et si j'ai oublié quelqu'un, j'en suis navrée...

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Chapitre 9

Il m'en veut. Pire que ça, il est déçu, blessé. Il pense sûrement que je l'ai trahi. Peut-être même abandonné. Je le sens qui m'observe et je fais mon possible pour ne pas croiser ses yeux. Si verts. Trop verts. C'est fou comme ça me manque. Tout me manque. Je ne me sens pas bien. J'ai à nouveau l'impression d'étouffer. Il faut que je sorte.

Sans un regard et sans avoir entamé mon dîner, je m'excuse à peine auprès de mes collègues et quitte la table. Encore. C'est le troisième repas d'affilée que je ne touche pas. Mais il faut que je m'éloigne. Il faut que je l'évite. Il faut que je l'oublie.

Je ne comprend pas pourquoi c'est si dur. Il ne s'est pourtant rien passé, j'ai tout fait pour cela. Mais tant que je le croiserai dans les couloirs, tant que je lui ferai cours, tant que nous serons tous deux dans cette école... Il me sera impossible de tourner la page.

Je ne suis même pas sûr que ce soit ce que je veux.

Les yeux d'Albus aussi me suivent jusqu'à ce que je sois sorti et une soudaine bouffée de rancoeur m'envahit. Pas besoin de me retourner pour lire son expression, je n'y verrais que de l'inquiétude et de la tristesse. De toute façon, je lui en veux. Si seulement il savait combien je lui en veux... Mais il le sait sûrement déjà. Tout comme je sais que c'était la seule chose à faire. Après tout, c'est moi qui ait pris cette décision. En mon âme et conscience.

Car oui, Albus m'a laissé le choix. On ne peut pas dire qu'il était positivement rayonnant à l'idée que Potter et moi nous étions plus rapprochés que prévu mais pour la première fois depuis que je le côtoie, il n'a pas pris de décision à ma place.

C'est pour ça que je lui en veux tant.

Ç'aurait été tellement plus simple si ça avait été lui qui m'avait empêché de voir Potter... Au lieu de ça, il m'a laissé prendre mes responsabilités. Comme quoi il n'avait plus le droit de s'immisser dans nos vies, qu'Harry avait 17 ans, qu'il était majeur et que je n'entrais donc pas dans le cadre de la pédophilie... Que si c'était ce qu'Harry et moi voulions...

Mais moi, je ne voyais que ses yeux. Qui ne pétillaient pas. Qui me suppliaient presque intérieurement de ne pas continuer. Qui semblaient me hurler que Potter ne s'était attaché à moi seulement parce qu'il était faible psychologiquement et que ce serait profiter de sa vulnérabilité que d'en profiter. Mais le pire, c'est quand j'ai ouvert la porte de son bureau pour sortir et qu'il m'a dit :

" J'ai confiance en vous Severus, je sais que vous prendrez la bonne décision. "

Comment continuer à être aussi égoïste après ça... Il avait beau me laisser le choix, je n'en avais pas vraiment. Alors j'ai fait ce que me dictait ma conscience. J'ai fait ce que ce qui reste de bon en moi m'incitait à faire. Et Albus n'est pas intervenu. Bien sûr, son regard est loin d'être ravi pour autant et depuis, il reste prudent et gêné quand il me parle.

Je déteste ça.

Et je me déteste pour ça. Oui, je me déteste et ça empire à chaque fois que je me rejoue la scène. La scène qui a tout détruit, qui m'a détruit. La scène qui me hantera à jamais. La scène où Harry est parti.

Je me souviens du jour où j'ai décidé de l'aider il y a presque deux mois. Je me souviens avoir pensé que je pourrais sauver un de nous deux mais qu'un de nous ne s'en sortirait pas. Je ne savais pas alors combien ce serait vrai. C'était lui ou moi. J'ai cru un moment que ce serait lui et moi. Mais non, ça ne sera que lui.

C'est mieux ainsi.

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Je n'ai pas osé le réveiller, il dort toujours. Avec confiance. Confiance en moi. Confiance dont j'étais si fier. Confiance que je vais bientôt faire voler en éclat. Je ne sais pas si je suis assez fort pour ça mais je n'ai pas le choix.

La conversation que je viens d'avoir avec Albus se répète inlassablement dans ma tête pendant que je l'admire. J'ai cessé de le toucher de peur qu'il ne revienne à lui et qu'il me surprenne en pleine action. Comment lui expliquer que tout doit s'arrêter s'il me voit le regarder comme ça.

Ses paupières frémissent, un léger gémissement que j'aurais rêvé entendre en d'autres circonstances s'échappe de sa gorge, il va se réveiller. Instantanément, je reprend les barrières occlumens que j'avais abandonné quelques semaines plus tôt. Avec lui. Pour lui. Et alors que ses yeux rougis par les larmes papillonnent, je me répète que c'est la meilleure chose à faire. Non, c'est la seule chose à faire.

Je lui tend ses lunettes et me concentre sur les verres transparents plutôt que sur le regard inquiet qu'il me lance derrière eux. Inquiet. Parce qu'il a compris, bien sûr. Je ne sais pas comment c'est arrivé mais il me connaît bien mieux que je ne l'aurais cru. Il a tout de suite vu que mon esprit était protégé. Comme avant. Avant qu'il ne vienne s'immisser dans ma vie. Avant que je ne le laisse s'immisser dans ma vie. Je suis tellement désolé, Potter.

" Pourquoi ? "

Un simple mot. Puis un silence. Qui en disent longs tous les deux. Il ne m'accuse pas, il ne crie pas, il se contente de me fixer. Moi-même ne sais pas quoi lui répondre sans dévoiler ce que je cherche tant à cacher.

Pourquoi... Voilà un mot qui m'a hanté une bonne partie de ma vie. Un mot qui continuera à me hanter à jamais, sans doute. Un mot qui n'a qu'une seule réponse. Logique, précise et floue à la fois.

Parce que.

Parce que la vie est injuste. Parce que ma vie est injuste. Parce que je voudrais que la sienne soit meilleure que la mienne. Parce qu'il a encore une chance de s'en sortir, lui. Pour moi c'est trop tard.

" Ce n'est pas votre faute, Potter. "

Dès que je prononce ces mots, je sais que ce n'était pas les meilleurs. Pas sa faute. C'est vrai, c'est la mienne mais d'une certaine façon c'est la sienne aussi. Il est concerné. Et c'est justement pour ça que je dois tout arrêter avant qu'il ne soit trop tard pour lui. Oui, trop tard pour lui. Car pour moi, ça l'est déjà.

" Bien sûr... Ce n'est jamais de ma faute, n'est-ce pas ? "

Je sais de quoi il parle et j'ai une soudaine envie de vomir. Pendant toute la guerre, on n'a cessé de lui répéter qu'il n'était pas responsable de tous ces morts. Que c'était Voldemort qui était en tort. Que... Que ce n'était pas sa faute... J'ai vraiment mal choisi mes mots, je suis tellement stupide.

Je finis par le fixer et je me retiens de sursauter en croisant ses yeux. J'ai l'impression de retrouver le Potter d'avant. Avec son regard vide. Mort de l'intérieur. Je préférerais qu'il pleure, qu'il crie, qu'il me frappe ou me jette un sort. Tout sauf ça. Tout sauf ce regard que je hais. Je suffoque. Ce n'est pas ce que je veux. Merlin, qu'ai-je fait...

" Je pensais que vous entre tous, vous comprendriez. "

Je sens mes mains devenir moites. J'ai froid.

" Et vous aviez raison, je comprends. Ça n'a rien à voir avec ça. "

Je ne sais où je trouve la force de répondre. Je me sens me briser de l'intérieur.

" Alors pourquoi... Finalement, vous aussi vous me trouvez anormal n'est-ce pas ? C'était juste pour me calmer ? Tout ce temps, ce n'étaient que des mensonges ? "

Je le supplierais presque d'arrêter. De se taire. Je n'en peux plus, j'ai la nausée, je crois que s'il continue je vais vomir. Mais je ne peux pas, je ne peux pas me laisser aller maintenant. Je dois aller jusqu'au bout.

Je sais que je l'ai déjà dit mais... Je hais ma vie.

" Vous n'êtes pas anormal, Potter. "

" Je vous faisais confiance. "

Ses mots sont durs mais sa voix ne l'est pas. Elle est au contraire indifférente. Ses yeux ne reflètent rien. Inexpressifs. Vides. Je tremble.

" Je sais. "

Il n'y a plus rien à ajouter. Je n'en dirai pas plus et lui n'en demandera pas plus. Il se lève. Je ferme les yeux. Il enfile ses chaussures et s'en va. Sans commentaire. Sans regard. Sans rien.

La porte se referme doucement au loin. J'aurais préféré qu'elle claque. J'aurais préféré qu'il reste. J'aurais préféré tant de choses qui n'auront jamais lieu. Parce que je l'ai laissé partir. Parce que je l'ai fait partir.

Je cours dans la salle de bains et mon dernier repas finit dans les toilettes. Je sens quelque chose en moi se briser.

C'est fini.

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J'arrive dans mes appartements en tremblant. Je n'arrive plus à respirer, je crois que je vais m'évanouir. J'aimerais m'évanouir. Sombrer dans l'inconscience et ne plus rien ressentir. Comme avant. Seigneur, comme j'aimerais retomber dans l'apathie...

Mais non, j'en suis sorti et je vais tenir. Je vais survivre. Encore. Toute ma vie je n'ai fait que ça, survivre. Survivre pour quoi ? Qu'ai-je accompli ? À part trahir la confiance d'un gosse qui croyait en moi... Pour le protéger de moi... Je suis si pathétique.

Je m'effondre sur mon lit. Lit où il dormait seulement trois jours plus tôt. Lit qui porte encore son odeur.

Il n'a fait qu'un bref passage ici mais je me rends maintenant compte à quel point ce fut une erreur. Partout où mes yeux se posent, une image de lui s'impose à moi. Je revois souvent ses yeux. Eteints. Sans vie.

Je n'aurais jamais dû l'amener là.

Je n'aurais jamais dû le faire partir.

Non, je n'ai pas le droit de penser ça. Je refuse de penser ça. Si je le fais, alors là ce serait une vraie trahison pour Potter. Si je reviens sur ma décision, je ne me le pardonnerais jamais. Lui ne le fera sans doute pas. Il suffit de le regarder pour voir.

Les rares fois où j'ai en effet tenté un coup d'oeil vers lui, il était en train de me fixer. Je n'ai pas entendu d'échos du côté des autres professeurs et j'imagine qu'il a continué à agir normalement. Comme s'il n'était rien arrivé. Comme si ça ne le touchait pas. J'aurais détesté ça. Et je me déteste pour détester ça.

Cependant, ce n'est pas le cas. Il me fait savoir à chaque occasion combien il ne me pardonnera jamais. Tant mieux. C'était le but, n'est-ce pas ? L'éloigner de moi. Le faire me haïr. Parce que moi je n'en serais jamais plus capable...

Je suis si faible que je me dégoûte. Je crève à petit feu. J'espère seulement qu'il ne s'en rendra pas compte. Car il serait alors peut-être tenté de revenir et je sais que je ne pourrais pas le repousser une deuxième fois. Je ne suis pas si bon. Je ne suis pas si insensible. Pas en ce qui le concerne en tout cas.

De toutes façons, il n'y a aucun risque pour que ça se produise. J'ai entendu dire qu'il s'était réconcilié avec Weasley et Granger. Il passera sûrement les vacances de Noël avec eux. Et il sera absent deux semaines. Deux longues semaines.

Tant mieux, ça me laissera peut-être le temps de me reprendre. Alors que j'essaie de m'en convaincre, je me relève et vais me servir un verre de l'alcool le plus fort que je trouve. Je me retrouve bientôt dans un fauteuil face au feu. Je fixe les flammes sans les voir, mon esprit obnubilé par une seule pensée.

Comment vais-je survivre sans lui pendant ces deux interminables semaines...

A suivre...