ERIC POV

Les mains jointes derrière son dos, il avait observé le spectacle qu'était le combat avec une certaine joie qu'il dissimulait très bien. Son regard était fixe, sa mine inexpressive et pourtant intérieurement il jubilait.

Il repensait au jour où il l'avait poussée du haut de ce toit, convaincu qu'il n'envoyait qu'un bout de chair à l'abattoir. Au début, il était prêt à organiser un pari avec Quatre pour savoir combien de temps elle durerait parmi eux. Il n'aurait pas misé son argent sur plus d'une semaine. Et pourtant… et pourtant… son avis avait changé.

Le jour où il avait confronté Peter alors qu'il l'agressait, il l'avait très honnêtement méprisée. La Sincère n'avait même pas été fichue de livrer un combat digne de ce nom, et en plus elle se faisait minablement avoir par le pire des salopards. Pourquoi était-il venu à son secours alors ? Lui-même ne le savait pas trop. Le jeune homme mettait ça sur le compte d'une froide curiosité, celle de savoir quelle était la limite de la demoiselle, quand craquerait-elle… survivrait-elle ?

Il n'avait pas été des plus amical avec elle, et ne le regrettait pas. En quittant l'infirmerie après l'assaut de Peter, le blond était convaincu que Katherina rejoindrait les Sans Factions le lendemain. Or, il la surprit le soir même, seule, au milieu de la salle d'entraînement, à galérer à suivre son programme. Il l'avait observée, dans le silence le plus total. Et ainsi de suite. Il chronométrait son temps de travail, analysait ses mouvements. La jeune n'était pas mauvaise, bien que manquant de technique et d'entraînement… mais ce qui faisait vraiment sa force, c'était qu'elle ne lâchait rien. Elle était persistante et régulière dans ses efforts.

Le leader remarqua son changement de caractère. Elle s'affirma plus et avait gagné en assurance, dans sa démarche, dans sa manière de parler. Néanmoins, pour lui ce n'était que façade. Ce n'était pas en faisant quelques pompes tardives qu'on devenait un vrai soldat. Aussi, il l'avait testée. Il avait fait son Peter, juste pour voir l'évolution de la jeune femme. Elle ne s'était pas laissé faire. Lui si, il aurait pu parer son premier coup mais ne l'avait pas fait. Il aurait sincèrement pu abuser d'elle, mais elle aurait combattu, et c'était ça dont il voulait avoir la preuve sa combattivité. Ce qui lui manquait au début de son initiation. Ce qui faisait d'elle désormais une Audacieuse.

Elle avait envoyé Al à l'infirmerie et regagnait désormais les toilettes. Quatre avait dès lors interrompu les combats, s'occupant du blessé. Aussi, sortant de ses pensées qui divaguaient vers la silhouette de Katherina s'éclipsant aux toilettes, Eric recentra l'attention de tous sur lui, annonçant les combats suivants… qui, il devait se l'avouer, furent moins passionnants.

Quelques heures plus tard, les troupes, ou du moins ceux assez en état pour utiliser leur mâchoire, avaient rejoint le réfectoire où un bon repas les attendait. Quatre, comme à son habitude, s'était isolé quelque part pour manger dans la quiétude la plus totale, quoi que parfois embêté par ses groupies. Eric mangeait dès lors également seul, ayant quelque problème relationnel avec son « collègue », lequel il haïssait avec une passion sans limite. Et l'avantage, c'était que lui n'était jamais dérangé par des groupies.

Du moins, il le croyait, jusqu'à ce qu'il sente quelqu'un s'asseoir à ses côtés, lui qui occupait une table seul.

« Qu'est-ce que tu crois faire ? »

Lança-t-il à l'attention de la personne à sa droite, dont il connaissait l'identité sans avoir besoin de la contrôler.

« Je veux manger au calme… »

La voix quelque peu sèche de Katherina lui répondit. Eric daigna lui accorder un regard, indécis sur la suite à donner. La chasserait-il ? Il pourrait. Mais à vrai dire, il n'en avait nullement l'envie. Ce qu'il avait vu lui avait plu, et il comprenait pourquoi la jeune femme s'était rapprochée de lui. Toutes les tables observaient Katherina comme si elle fût un monstre, tous les initiés impressionnés par sa violence. Tous susurraient son nom et la désignaient de la tête, mais personne n'osait confronter son regard.

Même Peter, le chieur de service, semblait avoir gardé quelque distance avec la Sincère.

« Ok… »

Répondit Eric face à la demande de la jeune femme, tout en enfourchant un bout de viande qu'il enfila dans sa bouche presto. Un silence vint dès lors, seulement interrompu par le brouhaha naturel du réfectoire, et les glissements de service contre l'assiette. Katherina mangeait avec moins d'enthousiasme qu'Eric et faisait tourniquer depuis un moment sa fourchette, pensive. Le leader le remarqua mais ne commenta pas, décidé à manger dans la paix la plus totale.

« Pourquoi ? »

Ca y était, ce qu'il ne voulait pas…. Posant ses services, le jeune homme croisa le regard quelque peu triste de son initiée. Il fit comme à son habitude, il se perdit un instant dans ses yeux. Il devait avoir l'air de lui adresser par ce contact visuel froideur et indifférence, mais en réalité, il la sondait. Il voulait voir la vérité qui se cachait derrière ses iris et avait un don pour très vite l'intercepter. Il savait où Katherina vouait en venir. Pourquoi l'avait-il pris sous son aile, si on pouvait appeler les choses ainsi. Pourquoi l'entraînait-il, alors que rien ne l'obligeait ? c'était vrai, rien ne l'obligeait, et quelques semaines auparavant, il lui aurait adressé une droite pour s'incruster ainsi à sa table et lui parler sans autorisation.

Mais c'était avant… Aussi dur que ce fut pour Eric de se l'avouer à lui-même, il était quelque peu tombé sous le charme de l'ardeur de Katherina. Cette fille n'avait rien pour elle en matière d'entraînement, et pourtant, elle s'en était forgé un, à la sueur de son front et avec douleur, elle était arrivée à avoir des résultats. Plus le temps avançait, moins Eric doutait en elle. Et après le combat avec Al, il demandait à en voir plus. Le blond voulait voir son potentiel, le ressentir.

Et …. Les yeux qui l'observaient déclencher en lui un sentiment depuis longtemps oublié. Il voulait la protéger, instinctivement. Il ne contrôlait pas. C'était son corps qui lui dictait, et peut-être la raison principale pour laquelle il était venue la sauver à l'infirmerie, au final.

Mais ça, c'était son secret. Aussi, il n'offrit à Katherina que le silence en guise de réponse puis se leva, quittant la table et laissant la jeune femme seule face à ses interrogations.

Peut-être lui répondrait-il, si elle se présentait dans sa salle d'entraînement. Cette idée lui décrocha une once de satisfaction tandis que cela invitait son esprit à penser à des choses beaucoup moins sérieuses et conventionnelles au vu de son statut de mentor. Quittant le réfectoire, Eric accorda quand même un dernier regard à la silhouette de Katherina, sentant une chaleur envahir son bas-ventre, la même chaleur qui l'avait assailli depuis l'entrainement de la veille.

Il ne pouvait se mentir… il la désirait. Ou il désirait ce qu'elle représentait…. L'un ou l'autre. Dans tous les cas, il la voulait. Mais ça, à nouveau, c'était son secret…