9.

Mon service à la librairie est fini, voilà, enfin. J'en suis, pour une fois, bien plus qu'heureuse, car, mon patron, M. Wilson, a vu que je n'étais pas dans un état incroyable, et comme il ne me connaît que sous ce jour, il a voulu me questionner. Toujours en me rapportant, à absolument chaque heure, une tasse de chocolat chaud, M. Wilson voulait en savoir plus sur ce que je vivais. Je ressemblais à la nièce préférée du trop gentil oncle bien attentif plutôt qu'à une employée en difficulté dans sa vie personnelle et privée.

Après avoir rassuré une dernière fois M. Wilson, je regarde si toutes mes affaires sont bien dans mon sac - j'ai dû utiliser mon cutter personnel plus tôt. Je range mon cutter dans ma trousse. Et je retombe sur la carte de visite de Seto Kaiba, que j'avais laissée là.

Des larmes me montent aux yeux. Je déteste cet homme, qui une fois m'attire, puis me repousse, et qui recommence ce jeu, inlassablement. Plus qu'un simple dégoût, je le hais cordialement.

J'ai dit au revoir à M. Wilson et à ma collègue alors que les larmes s'étaient à peine effacées de mon visage. C'est donc dans un départ précipité que je quitte la librairie, pour rejoindre le bus qui me ramènera chez moi, dans ma petite résidence tranquille. Le bus sera quasiment vide à cette heure, ô joie.

Durant mon trajet, qui est du genre plutôt long, je suis plongée dans une intense réflexion propulsée par ma haine envers Seto Kaiba. Ma conscience est aussi en rage, et ma Folie se sent irrémédiablement poussée par une envie folle illogique. Mais ma conscience et moi lui faisons confiance, et voilà ma Folie qui a le contrôle.

Je plonge ma main dans mon sac pour y prendre ma trousse, et j'en tire le petit carton blanc. Seto Kaiba, me voilà, enflure. Ah ah ah.

J'enregistre le numéro comme nouveau contact, en le nommant par le nom le plus charmant qu'il soit pour un homme de sa trempe.


De : Rebecca Hopkins

À : Un Beau Salaud.

Bonsoir Monsieur Kaiba, en espérant que votre soirée soit la plus délectable possible, avant mon arrivée.
Je tiens à vous dire que vous êtes un beau salaud, un des plus grands jaloux qu'il m'ait été possible de voir, et un petit prétentieux qui compte sur sa prestance pour en impressionner plus d'un. Mais je ne me laisserai pas faire, pas comme tous les autres qui s'écrasent devant votre Majesté.
Je ne vois pas comment vous en êtes arrivé là, dans tous les cas. Parce que vous êtes un connard, j'imagine.

J'appuie sur « envoyer », et au moment où mon petit message a fini d'être chargé et que mon téléphone fasse le cling caractéristique du message envoyé, je me rends compte de mon absolue connerie.
Je peux me faire renvoyer pour ce que j'ai dit à ce « professeur », merde ! Quelle idiote. Je m'en veux, vraiment, mais pas pour lui, enfin, je crois.
Je me rends compte vite que je n'ai pas signé le message, et que par conséquent, si je compte sur le fait qu'il doit avoir beaucoup d'ennemis, il ne se rendra pas compte que la diatribe vient de cette chère Rebecca.

J'ai les yeux rivés sur mon téléphone, en priant pour qu'il n'y ait aucun signal sonore indiquant un petit retour de flammes. Mais tu serais heureuse, qu'il fasse attention à toi, encore, pas comme aujourd'hui, quand il te snobait. Tais-toi, toi.
J'attends cinq minutes, dix, quinze... Rien. Pfiu. Je suis blanche comme tout, quand je regarde le reflet de ma stupide personne, dans la vitre du bus. Et je vois que je suis ratatinée, je me suis effondrée sous cette grande pression qu'était subir le courroux de Seto.

Le bus approche de ma destination. Je suis plus apaisée, néanmoins, je suis fatiguée. Je sais que je vais devoir vite aller au lit, aussi, car demain, je vais au cinéma avec Edo. Une promesse est une promesse, et je dois m'y tenir coûte que coûte.

Dans le hall d'entrée, j'écris un rapide message à Edo, lui indiquant demain le cinéma où nous devrions nous retrouver. Je suis pressée de le voir et de passer du bon temps avec lui, malgré la jalousie que peut ressentir Seto à l'égard d'Edo. Quel gamin !
Ts. Comment je peux penser à ce connard dans un moment pareil ? Je dois me détendre.
Je songe au message texte, celui envoyé à Seto, et auquel je n'ai pas eu de réponse. Ça m'énerve. Soit il me snobe encore, ou bien ma prédiction est juste et il a un tel nombre d'adversaire qu'il n'y prête pas attention. Quelle désinvolture de sa part.

Mai m'accueille avec un grand et beau sourire, en se mouchant pourtant toutes les trois secondes. Elle est heureuse, elle va mieux, et elle a pu faire le repas.

- C'est déjà ça à faire en moins, pour toi. Tu as eu une effroyable semaine. Je te devais bien ça, un début d'un weekend sous le signe de la détente.

Elle sourit de bon cœur. Je me débarrasse de ma veste, de mon sac à dos et de mon téléphone en posant tout ça dans ma chambre. Et quand je reviens, la petite table en face du canapé est pleine de bonnes choses.
Je sais que ce n'est pas Mai qui a absolument tout cuisiné, elle n'est pas trop familière avec l'espace kitchenette - sauf pour la vaisselle - mais je suis quand même heureuse.

Nous passons une partie de la soirée à manger le petit assortiment de nourritures diverses et variées : des parts de pizza, des chips, de la salade - pour le côté régime alimentaire « sain » - et de popcorn.
La télévision diffuse la première saison d'une série qui commence à dater un peu, Loïs et Clark : Les Nouvelles Aventures de Superman. J'aime bien cette série, un peu kitsch sur les bords, mais Dean Cain est parfait dans ce rôle, en gentil hypocrite... et après tout, c'est pour le bien de Loïs.
Je décide d'aller au lit vers 22h30, demain, je retrouve Edo au Regal Cinemas Fox Tower 10, enfin, s'il m'a répondu. Mai retire le DVD de la série et me donne la boîte, qui rejoint la collection dans ma petite chambre d'étudiante.

Une fois après être passée à la salle de bains et avoir dit bonne nuit à Mai, je me faufile dans mon petit sanctuaire, en passant la porte à l'écriteau en fer forgé.
Sur mon lit se trouvent mes affaires, posées en bataille, et qui n'attendent que d'être rangées, ce que je m'empresse de faire, question de pouvoir me prélasser.

J'atterris en douceur sur mon lit, et je me mets en tailleur, après avoir hissé mon sac sur le bord du lit, afin d'y prendre mon téléphone portable.
Mon vieux modèle de téléphone en main, je me mets contre des coussins moelleux, puis j'appuie sur un bouton dévoilant mon écran, laissé en veille plus tôt.

Il y a un message et un appel manqué. C'est bien certainement Edo qui a tenté de me téléphoner. Voyant que je ne répondais pas, il a dû tout simplement faire un message texte, question d'être sûr.
J'ouvre l'interface de messagerie. Mon cœur fait un gigantesque bond dans ma poitrine.


De : Un Beau Salaud.

À : Rebecca Hopkins

Bonsoir ma petite Beckie.
Ma soirée a été délectable à partir du moment où j'ai vu un numéro inconnu m'adresser un message.
Quelle surprise de voir, en l'ouvrant, que ce message était de vous, ce qui a été encore plus bon pour moi.
Je sais que vous me détestez, mais n'est-ce pas là une première forme d'amour ? Je serai toujours un peu « salaud » avec vous, encore plus lorsque vous me résisterez, car c'est un agréable plaisir pour moi.
En ce qui concerne la jalousie, je n'en suis pas certain.
J'aime quand on me résiste, Beckie, c'est tout à votre plus grand honneur, je vous en prie.
Sur le dernier point, je ne peux que vous rejoindre : j'en suis arrivé là car je suis un « connard ».
Passez une agréable soirée.
Seto.

Je manque de reprendre ma respiration, elle est comme coupée, et quand, enfin, j'ai repris contenance, ma respiration est sifflante. J'ai mal, très mal.
Je relis avec plus d'attention son message, un passage en particulier me fait me poser une myriade de questions... « Vous me détestez, mais n'est-ce pas là une première forme d'amour ? »... Non. Absolument non !
Et si je lui répondais, là, maintenant ? Après tout, son message date d'i peine une heure... ? Non, jamais de la vie, je ne lui répondrais pas. Il me provoque encore, il veut me salir, me faire me sentir au plus mauvais point. C'est du Seto Kaiba tout craché !
Je lis et relis encore... « Ce qui a été encore plus bon pour moi »... J'ai la tête qui tourne. J'ai chaud. Puis j'ai froid. J'ai la nausée. Et il aime quand on lui résiste... Mais qu'est-ce que je vais faire, moi ? Seigneur !
Ce qui m'effraie le plus, c'est cette fin de texte, ce « passez une agréable soirée ». Il se fout de ce que j'ai pu lui dire, il aime ça !

Je songe à me calmer, il le faut, et vite... Et si j'écoutais le message vocal que j'ai reçu ? À moins qu'il ne soit lui aussi de Seto Kaiba ?... Je m'en fous !
Bip bip biiip. Mon téléphone sonne une attente avant de me laisser accéder au message. C'est la voix de Edo me confirmant mon point et mon heure de rendez-vous. Ouf. Pas de Seto Kaiba en vue. Je l'ai trop eu.
C'est soulagée que je repose mon portable après avoir rapidement écrit à Edo un « message reçu ».

Je dors encore une fois très mal. Je suis pas mal agitée, en fait, durant mon rêve. C'est bon, très bon.
Je suis dans un grand lit tout blanc, où les tissus sont agréables à toucher, à caresser. Sur le ventre, nue, je laisse les étoffes éveiller mon toucher.
Puis, je sens une présence, derrière moi, même sur moi, un peu au-dessus. L'ombre que je perçois se glisse auprès de moi, soulevant dans un geste plutôt lent un des draps qui me couvrait le corps. C'est un poids agréable au-dessus de moi, qui se pose lentement.
Je perçois des mèches de cheveux brunes, et un souffle contre ma nuque, ainsi qu'un sourire que je sens plus que je ne vois. Il me chuchote quelque chose.
Son souffle chaud cesse un instant, puis une agréable douleur me tord le bas-ventre : il s'enfonce en moi, il est entre mes cuisses et commence à « jouer ».
Je vis un enfer agréable. Il me pénètre d'une façon lente et douce, mais ses mains tenant mes poings serrés me font mal. Il resserre ses mains à chacun de mes gémissements de plaisir... ou de douleur ?
Confiant, il accélère un peu le rythme, en faisant des mouvements plus lents encore, et plus douloureux. Oh ! C'est bon ! Encore ! Seto ! Seto ! Seto !
Ses yeux bleus me fixent, nos têtes tournées l'une vers l'autre, tandis qu'il s'affaisse sur moi après s'être totalement relâché.

Je me réveille dans un sursaut. Je suis en sueur et je tremble de partout. Seto Kaiba me faisait l'amour, j'étais heureuse, consentante et totalement à lui. Non ! Ce n'est pas possible ! Ça ne se peut pas !
Je me frotte les yeux et j'essaye de me retirer de mon esprit ces images et ces sensations. Ses yeux bleus me fixant avec toute la tendresse dont il pouvait faire preuve, et moi lui rendant ce regard bienveillant. Ses mèches de cheveux qui chatouillaient mon oreille et mon cou. Cette agréable chaleur, au bas-ventre.
Non. Pas de ça avec Seto Kaiba. Ton professeur et du surcroît un salopard de premier ordre ! Tu ne peux pas tout simplement rêver de ça, ce doit être une erreur, une grossière et fatale erreur !

Je regarde le cadran de mon réveil. Il est bientôt neuf heures, je devrais songer à me lever afin d'arriver à l'heure au bus... et au cinéma.
Je consulte mes messages, il y en a deux de la part d'Edo - pourquoi je ne rêve pas le plus simplement du monde que je promène avec ce gentil garçon, au lieu de faire l'amour avec l'autre connard?

Je me lève, mange un copieux petit-déjeuner et je me prépare en un coup de vent à la salle de bains, en enfilant mon sweat rouge à capuche et un jean. Je jette un œil aux affaires que je dois prendre dans mon sac : téléphone portable, porte-feuille, bloc-notes et stylo.
Je pars en laissant un mot à Mai, et je rejoins l'arrêt de bus le plus proche de la résidence, me menant dans le quartier où le cinéma se trouve.

Le bus est devenu mon plus grand allié depuis que ma Ford a décidé de prendre des vacances méritées, mais j'espère que je pourrais bientôt bénéficier de ma totale liberté, à nouveau. Le bus est un endroit où on rencontre sans cesse de nouveaux visages, et où l'on reconnaît les habitués, et puis aussi les pensées peuvent divaguer rapidement, trop rapidement même.
Je pense tout d'abord au film que nous irons voir Edo et moi, je me demande lequel nous allons choisir et je me rends compte que je ne connais pas si bien ses goûts que ça, sauf des trucs de gamins, enfin lorsqu'on était des gamins. Mais ça remonte à loin.
Puis, je me remémore qu'avec Seto, ça aurait été sûrement plus facile de trouver ce qui convient, vu ce qu'il a pu faire comme choix de livre la fois dernière, et qui se rapproche ce vers quoi je tends naturellement. Merde, voilà que je pense encore à lui... Je pensais bien qu'avec l'empressement de ce matin et l'auto-censure de mon esprit, couplé à la superbe sortie en prévision, je pourrais peut-être oublier mon rêve, et faire sortir cet homme de ma tête, juste le temps d'une sortie.

Je manque mon arrêt de bus, et je vois Edo qui est en train de m'y attendre. Merde. Il serait bien grand temps que ma Ford me revienne, car je commence déjà à avoir des absences, et ça n'est pas bienvenu.
Je fais un signe bref à Edo, lui disant que je le retrouve un peu plus loin, au prochain arrêt. Il lève un pouce en guise de « j'ai compris ».

Il me rejoint bien assez vite, il a, naturellement,
une longue foulée et une marche rapide, aussi il court vite, j'ai pu en attester la fois précédente.
Il me regarde affectueusement descendre du bus en m'adressant un grand sourire. Il se penche en avant, et me salue bien bas. Quelle marque de bienvenue !

- Si Madame Hopkins le souhaite, son serviteur pourrait la débarrasser de son sac et faire office de porteur pour Madame. Son serviteur sait que Madame a eu une petite semaine bien éprouvante. Tout pour Madame.

- Arrête ton char, toi, je dis en souriant. Je te paye un petit quelque chose à manger, avant qu'on aille chercher nos billets pour la séance !

Nous nous dirigeons vers le snack du trottoir d'en face. Edo remarque qu'il y a un petit bar, fermé à cette heure, et il propose qu'on aille y boire après notre séance. Je fais la promesse de m'y tenir, comme pour le cinéma, et voilà un Edo heureux et satisfait d'avoir pu m'inviter avec un grand « oui » directement de ma part.
Edo est un ami fantastique, et attentionné, et qui a toujours le mot pour rire, afin de remonter le moral de ses amis, je ne peux que constater que ça : avec sa présence, j'oublie tous les soucis qui me sont tombés dessus, et ça me fait le plus grand bien.
Les snacks finis, nous nous rendons au cinéma, moi avec le cœur et l'esprit on ne peut plus léger.
Edo et moi sommes dans la salle diffusant le film Ready Player One. C'est le dernier film estampillé Steven Spielberg, un type du cinéma que j'aime bien... Non, en fait que j'adore... Indiana Jones, Retour vers le Futur, ou encore Jurassic Park mes films favoris qui font de nouveau surface dans la pop-culture et qui remporte un franc succès chez les geeks. Il faut dire que je suis un peu - non, beaucoup - de ce genre là, et ce qui n'est pas appréciable selon les dogmes de la société. Et surtout quand on est une fille... Mais ça n'a pas l'air de beaucoup gêner Edo, je pense qu'il me voit comme un bon pote avec qui se marrer un coup !
La séance est agréable, le film est bon. J'ai pris à l'entrée du cinéma un gros stock de popcorns qu'Edo et moi nous nous partageons. Plusieurs fois, nos mains se rencontrent alors que nous piochons dans le paquet, ça me perturbe un peu, je n'ai jamais eu l'habitude d'être comme ça, là, au cinéma à me goinfrer avec quelqu'un en regardant un film. La plupart des séances cinéma que j'ai pu faire étaient pour l'Université ou pour un loisir personnel, et autant dire que je prenais les séances les plus matinales pour ne pas être dérangée.
C'est donc étrange et agréable d'être avec Edo, se sentir bien, appréciée, et passer un si bon moment. Je pourrais même m'y habituer !

Il est 18h quand le popcorn et le film finissent. Edo s'étire et passe un bras autour de moi alors que nous écoutons la bande-son du crédit final du film, et que les gens autour de nous se pressent pour gagner les sorties, en se bousculant.
Edo, son bras toujours passé par-dessus moi, a un sourire de bambin sur les lèvres. Il se tourne vers moi, puis, sans prévenir, me décoiffe d'un geste avec sa main, en la passant vite dans mes cheveux.

-On y va, Reb ? Je sais qu'il n'est pas l'heure d'aller au bar, mais on peut passer vite fait faire un tour en ville, si ça te tente ?

- Hum, oui, pourquoi pas ? Tu proposes quoi ?

Nous sommes dans une très grand magasin qui vend des tas de livres. J'ai mon sac plein à craquer de bonbons, venant d'un magasin spécialisé où Edo voulait m'emmener. Je suis aux anges.
Je vais dans les rayons, de long en large, et je regarde absolument tout. J'en ai la tête qui tourne, il y a tellement de livres ! Cependant, je ne m'attarde pas sur la plupart que j'ai déjà pu côtoyer chez M. Wilson.
J'en prends un, de Ray Bradbury, car j'affectionne beaucoup l'auteur. Le temps de finir mon tour d'inspection, le temps de constater avec un léger pincement au cœur un rayon « jeux » où je ne peux pas aller, car Edo me tire vers les caisses, trop pressé d'aller au bar pour m'offrir un verre.
Je passe mon article, que je paye en boudant un peu Edo. Mais je ne peux pas vraiment lui en vouloir.
Le bar est chaleureux, il y a de bonnes vibes, et comme il est du genre rétro, c'est tout à fait mon truc : il y a une borne d'arcade, dans un coin, avec un jukebox rouge qui passe de vieux airs.
Edo et moi sommes à une table, en train de boire et de grignoter des amuses-bouches, don gracieux du gérant du bar, qui a l'air de connaître Edo.
Je parle avec plus d'animation que d'habitude, à cause du verre de bière que j'ai à la main : je ne suis pas vraiment une fille qui « picole », et pour moi, la bière, c'est une première... C'est à peine, en fait, si j'arrive à supporter un verre de cidre ou cuisiner avec de l'alcool.
Le bar se remplit peu à peu. Comme Edo et moi sommes arrivés à son ouverture, il n'y avait pas grand monde, et je trouvais l'air plutôt à faire la fête. Mais avec l'arrivée des nouvelles têtes, que je ne connais que trop bien, je commence à me demander si nous ne devrions pas continuer la soirée chez Edo ou dans un autre établissement. En fait, des garçons de ma classe qui, disons le, ne m'apprécient guère depuis que je les ai repoussé, viennent d'entrer et m'ont porté un regard.
Edo me voit mal à l'aise et me recommande un verre. Par pitié, je ne supporte pas l'alcool, je suis déjà un peu embrouillée... Il essaye de me changer les idées, même s'il doit probablement ignorer ce que j'ai en tête, ou bien se mépriser sur ma soudaine « déprime », en tous cas, il me raconte des blagues et me commande encore et encore des verres.
Je bois, ça me donne du courage, et j'oublie les trouducs de l'autre côté du bar, qui me jettent un œil, de temps en temps. Comme si le fait que je sortais avec un ami les dérangeait. Les couillons. Ts. Ils percutent aussi vite que l'autre salaud. Pas des lumières, donc.

J'en suis à ma sixième bière quand je jette, d'un œil trouble, un regard à mon portable : il est 22h30, j'ai un tas d'appels manqués et des messages textes de... Seto Kaiba. Il me veut quoi encore, lui ?
Je ne me sens pas très bien, et je préviens Edo que je vais faire un tour dehors. Il m'accorde un court instant de répit, tout en me disant qu'il me rejoindrait, pour qu'on aille chez lui après. Je ne peux qu'approuver, ma tête tourne trop, et je n'ai pas envie de reprendre le bus dans cet état, car de toute évidence, Edo ne peut pas me reconduire après six « verres ».
Je quitte ma chaise, en reprenant mon sac sur mon dos, et je sors en passant près des trouducs. Ils tournent leurs têtes vers moi. Je crois apercevoir sur les visages qui me fixent quelque chose de mauvais. Juste une impression, ces cons sont trop occupés à boire pour lever le moindre doigt dans une bataille de pouces.

Je suis au bord du bar. Il fait frais maintenant, et je n'ai pas grand chose sur moi, un simple sweatshort... Je marche un peu le long du trottoir, avec mes idées pas claires du tout. J'ai chaud, je me sens bien et pas en même temps, et puis j'ai une drôle d'impression. Le fait de la présences des connards à l'intérieur m'irrite, en plus de voir que Seto m'ait encore contacté. Je ne lui ai pas répondu, et ça ne doit pas être dans les habitudes de monsieur, qu'on le fasse mariner autant.
Avec le courage que j'ai, et l'alcool qui coule dans mes veines maintenant, je décide de regarder les messages. Cependant, ma vue trop brouillée me fait lire de travers, et j'ai du mal à assimiler ce qu'il a écrit.
Au moment où je déchiffre un « passez une bonne soirée », je sens une présence autour de moi. Dieu. C'est quoi, ou qui ? J'entends distinctement au moins quatre personnes autour de moi. Ils étaient combien déjà, les trouducs, huh ? Merde. C'est pile leur nombre, mais c'est peut-être une coïncidence, non ?
J'entends leurs voix qui me lancent des insultes, ou quelque chose du genre. Je n'arrive pas à fixer leurs visages, ça me tourne trop. Merde.

Ils m'attirent un peu plus loin du bar, à quatre, ils rient, ils sont alcoolisés, au moins autant que moi. La blague n'est pas drôle, je veux retourner au bar, et j'essaye de partir, mais à quatre, ils me retiennent et m'emmènent toujours vers un angle mort de bâtiment.
Instinctivement, j'appuie sur un bouton me permettant d'appeler le dernier message consulté. Je sais que ça ne m'aidera pas, mais s'ils entendent une sonnerie, ça les fera peut-être flipper.

Je suis entourée d'eux, on ne voit plus le bar, et personne n'a dû me voir. Putain, il va se passer quoi.. ?
Ils tournent autour de moi, m'insultent toujours, et ils essayent de prendre mon sac et mon portable qui fait toujours un long bip, comme un S.O.S qui se perd dans le lointain.

- Alors, on fait plus la maline, maintenant, Rebecca ? dit une des voix, enfin, de ce que je peux en percevoir.

- On va faire quoi, de toi, chérie ? me lance un autre.

- Moi, je crois qu'on va bien s'amuser, hein, Rebecca ?

Non, putain, laissez-moi ! Je suis aphone, j'ai la tête qui tourne, et j'essaye de les repousser, mais mes gestes sont plus proches de ceux d'une enfant colérique que d'une adulte sur le point de se faire agresser.
J'aurais pas dû tant boire, je m'en rends compte dans des éclairs de lucidité. Quelle conne je fais, avec une capacité émotionnelle telle que je sois obligée de me mettre à boire pour me vider la tête.

Alors qu'un des types commence à me tenir pour m'immobiliser, tout en tentant d'arracher mon sac, une lumière blanche, aveuglante, baigne la scène.
Un gars de plus ? Non. Par pitié. Je me sens mal et j'ai envie de m'enfuir, ou de me gifler, enfin, d'avoir une vraie réaction. Mais je suis sans force, et ma tête me tourne davantage. Ça tourne encore et encore, et je distingue de moins en moins bien la scène.
La lumière provient des phares d'une grosse voiture noire qui s'est arrêtée juste devant nous, de façon à bloquer les types - et moi-même - dans l'angle mort de l'immeuble.
Quelqu'un, en sort, et malgré le contre-jour, je remarque qu'il est très grand. Il s'avance, toujours en étant baigné par cette lumière qui m'empêche de mieux le voir. Il s'arrête et fixe mes agresseurs.

- Non. Vous ne ferez rien à la demoiselle.

La voix calme, posée, mais cassante, m'est assez familière, mais je n'arrive pas à la situer. En tous cas, j'ai l'intime conviction que ce nouvel arrivant ne me veut pas de mal, et que c'est quelqu'un de mon côté. Il ne me fera aucun mal, je pense même qu'il est là parce qu'il veut m'aider.

- Tu veux quoi, toi, le bouffon ? On s'amuse avec une copine, tu veux pas nous laisser un peu, là, et faire ton héros ailleurs ? crie le gars qui me maintient à quelques centimètres de lui.

L'homme s'approche davantage, ça sent mauvais pour les connards. Il garde les mains dans les poches et je l'entends rire tout bas. Ça me glace le sang, même si les gars avec qui je suis ne m'attirent pas de sympathie.
Il approche de plus en plus. Et les gars, sans aucune raison, s'en vont, au moment où je m'évanouis.