Auteur: Leviathoune
Dessin: Un petit dessin sur mon blog à la date du 17/09/06 illustrera un passage de ce chapitre (lien dans mon profil).
Bêta : Sinelune, parce que c'est la plus jolie et la plus gentille et que je l'aime. Niahhh !
Résumé: La guerre est finie, l'Angleterre est victorieuse contre Voldemort et ses sbires. Draco commence sa nouvelle vie dans le Manoir Maloy, entouré de sa mère, Mude et de cet homme austère et volage mais extrêmement talentueux dans son domaine que son père lui envoie afin de l'aider à remettre à flot l'empire des Malfoy : Joshua Specton.
EFFET PAPILLON, Chapitre 8 : L'Ange du Libre Arbitre
Et là, vous êtes tenus en haleine, n'est-ce pas ?
Je suis certain que vous pensez tous mon histoire bientôt terminée, que vous vous demandez comment je vais vous annoncer que j'ai pu finalement échapper à mon mariage magnifiquement arrangé avec la belle et passionnante Mude Lahar mais avec laquelle je ne risque pas de mourir de passion, c'est vrai.
A ce niveau de mon histoire, vous vous attendez naturellement à un rebondissement inattendu mais magnifiquement émouvant. Peut être que vous vous dites que Potter se rendrait compte de son erreur et que, soudainement - comme par magie, évidement - il se tournerait vers Giny en lui claquant sa gueule piquetée de rousseurs contre un mur et qu'il transplanerait à tout va pour me retrouver.
Là, dans se déferlement de sensation, d'oiseaux bleus et de papillons roses, nous nous ferions l'amour comme jamais et nous nous déclarerions un amour pur et éternel par delà la mort elle-même.
Sur ce, je vous confirmerais que Potter est, décidément, le meilleur coup de ma vie et que tous mes problèmes se sont envolés comme autant de bulles de savons pour ensuite éclater et disparaître.
Et bien, cela va vous paraître grandement étonnant, mais ce n'est pas ce qui s'est passé et, grand merci Merlin, ce n'est pas ce qui m'attend.
Quoi que, je ne sais vraiment pas ce que l'avenir me réserve, en fait.
Je suis là, à l'attendre, et, ce faisant, je ressasse mon histoire pour passer le temps et je vous préviens, elle est loin d'être encore terminée.
Tout d'abord,je me suis marié avec ma Mude et je vous défends de trouver cela stupide car si les choses étaient à refaire, je ne changerais pas mes choix. Je les ai mûrement réfléchis, malgré mon jeune âge.
Mon mariage…
J'avais dix-huit ans, à l'époque, mais je me rappelle parfaitement de chaque moment car tout était résolument parfait.
Evidement, me direz-vous, puisque c'était un mariage Malfoy.
J'avais des tas d'écrits dans ma bibliothèque pour me conseiller sur la chose puisqu'il est vrai que, dans ma famille, les mariages ont été archivés dans les moindres détails depuis des siècles et des siècles. D'importants accords ont été scellés par ces alliances maritales ; elles sont le moyen d'élever un peu plus notre famille, à chaque fois. C'est un engagement très important mais, apparemment, pas seulement pour nous. Le monde sorcier tout entier est à chaque fois au courant lorsqu'il y a un mariage de Malfoy - et je ne parle pas seulement de notre communauté Anglaise, d'autant plus que Mude est une Américaine et une Lahar.
Notre mariage eut d'ailleurs lieu aux USA dans une église blanche et majestueuse : une bâtisse gigantesque, haute et gracieuse à l'architecture originellement Moldue. Les sorciers Américains avaient fait croire aux Moldus qu'elle avait été rasée durant une attaque à la bombe lors de l'une de leurs guerres Moldues. En fait, ils n'avaient fait que la dissimuler sous de puissants sorts qui la rendaient totalement invisible à leurs yeux et ils se l'étaient appropriée, totalement.
J'adorai cette idée.
Très Serpentarde, non ?
Quoi qu'il en soit, ce lieu était véritablement beau…
Les arches gothiques de pierre semblaient réellement organiques, à présent. Elles se tordaient et s'enchevêtraient en haut, très haut, et les voûtes abritaient des fresques sorcières somptueuses dont les personnages, plus vrais que nature, voletaient de-ci, de-là.
Des fées, des lucioles et des petites lumières dansaient avec des fantômes au milieu de la forêt de colonne. Les vitraux avaient été gardés tel quels, et les Saints des Moldus roulaient des yeux outrés vers les cieux en joignant leurs mains dans une pieuse prière.
La croix et l'autel avaient été remplacés par de mystérieux marquages cabalistiques et les murs étaient couverts de runes peintes à l'or, à l'argent et en d'autres métaux phosphorescents.
Parfois, les lettres se décollaient et volaient tels des papillons pour reformer d'autres mots, un peu plus loin.
Des plantes grimpantes abritaient des oiseaux, des souris, des écureuils et des chauves-souris dans leurs foisonnements qui envahissaient joyeusement les colonnes et montaient à l'assaut des voûtes.
Parfois, lorsqu'on ne regardait pas vraiment, une illusion se formait et l'église devenait une frondaison d'arbres de pierre blanche perdue au milieu d'une forêt profonde emplie de chênes centenaires et de hauts conifères. Alors, il n'était même plus étonnant de voir des biches et des renards traverser la salle en galopant légèrement sur le dallage de pierre anthracite.
C'était vraiment un lieu magnifique et empreint de magie où le son des cloches perdait absolument toute mesure pour devenir des échos mystérieusement divin.
Un lieu si majestueux et qui pouvait accueillir un grand nombre de personnes et qui donnerait de superbes photos pour la presse - car c'était ce qui m'intéressait, je vous le rappelle.
Beaucoup, beaucoup de monde - tous trié sur le volet par ma mère, Mude et ses parents (car c'était ce qu'elle voulait, également) et moi-même - fut invité pour la cérémonie.
Ensuite, la fête se prolongea dans les grands jardins à la française nouvellement rénovés par moult jardinier au Manoir des Lahar qui remontaient ainsi leur côte plus que basse dans leur société.
Cela m'arrangeait parfaitement puisque je n'avais plus envie du tout de revoir mon Manoir squatté à nouveau par toute sorte de gens. Dorénavant, ma demeure redevint mystère pour le reste du monde.
OoOoO
Parlons chiffons, à présent…
Pour l'occasion, Mude s'était choisi une robe d'un merveilleux rouge-orangé vermeille avec des reflets de soleil levant et des ombres pourpres.
La robe était on ne peut plus simple mais superbement coupée pour son corps svelte. Ses couleurs flamboyantes s'accordaient à merveille avec ses yeux particulièrement sanguins pour l'occasion - le coup de l'émotion, sans doute, je ne sais pas. Touche finale, elle serrait contre elle un bouquet de lys blancs piquetés d'oranges éclaboussures de soleil.
Ses cheveux vieil argent étaient encore trop courts pour lui permettre une coiffure très élaborée mais elle s'en sortit avec brio avec une coupe au carré plongeant acerbement sur ses fines joues. Du coup, elle mettait son cou délicat en valeur par une nuque très dégagée.
On avait presque exactement la même coiffure et tous s'accordaient à dire que nous allions ensemble à merveille. D'autant plus que mon costume était du même gris métallique que ses cheveux avec des broderies au bout des manches et sur la poitrine de la couleur de sa robe et de ses yeux ambrés.
Mon sourire était aussi resplendissant que le sien
Tous avaient suivi notre histoire et personne ne se doutait, pas même ma mère, que ce ne fut aussi un mariage d'amour tout simplement parce que, quelque part, nous nous aimions vraiment.
Oh, pas éperdument… pas comme j'avais pu aimer Potter, c'est vrai.
Nous nous aimions plutôt comme deux amis complices d'une vaste mascarade qui allait nous protéger superbement - j'avais eu beau détester Potter de tout mon cœur, nous n'avions été complice de rien du tout (à part d'une promesse) et nous ne nous protégions aucunement, à présent…
Alors…
OoOoO
Au moment de nous embrasser, Mude et moi, pour clore le pacte devant l'assemblée, je la pris dans mes bras en lui murmurant au creux de l'oreille de le faire comme si j'étais lui, comme si c'était avec lui qu'elle pouvait se marier.
Elle me sauta presque au cou pour me donner un baiser fougueux et désespéré tandis que je la serrais aussi fort que possible dans mes bras.
Les photographes nous mitraillèrent dans ce décor de rêve et la supercherie était consommée.
Voilà ce qu'en conclurent chacun : nous étions un magnifique jeune couple marié qui allait ensemble à merveille, comme si l'on avait été fait l'un pour l'autre depuis l'aube des temps et que nous nous étions trouvés malgré la distance, etc, etc…
Pas besoin d'en dire plus…
C'était un mariage parfait.
Pas comme celui de Potter qui eut lieu quelques mois plus tard, on ne sait où mais dans le petit creux chaleureux et très fermé de sa famille et de ses amis proches, point barre.
Quoi qu'il en soit, les années passèrent.
Mude et moi avions, apparemment, la même chambre ou, tout du moins, la même porte de chambre.
Ce même espace était dédoublé magiquement et, grâce à deux mots de passe différents, nous étions séparés sans pour autant intriguer les autres - ma mère en l'occurrence. Les elfes de maisons étaient au courant, bien sûr, mais ils n'avaient pas le droit de divulguer cette information et, d'ailleurs, ils ne comprenaient pas où était le problème puisque leurs buts étaient de simplement nous servir.
OoOoO
Pendant que Mude et ma mère achevaient de remettre en état le Manoir à leur convenance, je passais la plupart de mon temps - pour ne pas dire la quasi-totalité - avec Joshua Specton.
Ce vieux type avait une énergie qui défiait tout entendement.
Il me trimballait sans relâche d'un point du monde à un autre et c'est là qu'une comédie d'un autre genre débutait. Elle était encore plus subtile que mon mariage puisque des petites choses comme un sourire, un baiser, une étreinte étaient très facile à concéder, pour ma part.
Non, là… Je devais montrer que j'étais le chef qui maîtrisait tout, tout en étant un parfait incompétent en la matière. J'apprenais de mon mieux sous les directives de Joshua - j'étais carrément à ses ordres comme un petit chien, faut dire ce qui est - tandis que lui devait m'enseigner tout en paraissant être mon larbin le plus dévoué.
Bref… ce n'était pas une tâche facile tous les jours, d'autant plus que cet homme un peu fou nous amenait à reprendre en mains des affaires de plus en plus complexes et périlleuses.
La ferme des Dragons bleus que m'avait déconseillé ma mère le jour où elle m'avait fait découvrir la Chambre des Pierres s'avéra être une promenade de santé en comparaison à un réseau de coursiers travaillant pour des trafiquants de drogues Moldus en Amérique.
Joshua m'obligea à me faire passer pour un Moldu, il m'obligea même, pour l'occasion, à apprendre à conduire et à charger et à tirer avec une arme à feu et, même lorsqu'on fut pris dans une fusillade, il me cria de ne pas sortir ma baguette sinon tout serait fichu par terre.
Finalement, nos hommes furent soit tués de façon à peu près Moldu, soit ils redevinrent à nouveau nos hommes respectueux et dévoués après presque cinq années d'abandon à eux-mêmes et l'argent de cette affaire fructueuse recommença à entrer dans les caisses des Malfoy et dans les poches de Joshua. Je n'avais aucun scrupule à faire cela car, après tout, c'était grâce à nous s'ils arrivaient sans cesse à tromper les douanes, la police, les gardes-côtes, le FBI, le NSA, la CIA et j'en passe…
Tous leurs équipements, leurs bateaux, leurs avions, leurs fourgons, leurs armes… tout avait été acheté et fourni par mon père après les avoir criblés de sortilèges brouilleurs, de protections et de portes-bonheurs.
Depuis cette histoire, je ne vois plus du tout le monde Moldu de la même façon et il m'arrive souvent de louer une belle coupé noire et rutilante pour nos missions en terrain propice.
Cela fait rire Joshua mais lui aussi aime bien se faire conduire à toute vitesse, quand on en a le temps, évidement - transplaner ira toujours plus vite.
OoOoO
Joshua Specton…
Il était toujours surexcité, il ne me laissait pratiquement pas dormir, ce bougre de diable brun, tant il était passionné par ce que l'on entreprenait, lui et moi.
Et il est vrai que même-moi je commençais à prendre goût à cette vie des plus trépidante, comprenant un peu mieux pourquoi, le peu de fois où je voyais mon père durant mon enfance, je le trouvais soit inquiet, soit trop occupé pour faire attention à moi.
En fait, Lucius Malfoy avait agi envers moi exactement de la même façon que j'agissais envers Mude.
Fièrement, il me baladait en ville pour nous afficher avec superbe, quand il en trouvait le temps.
Cette prise de conscience n'était pas nouvelle pour moi et je ne la trouve pas spécialement horrifiante comme certains pourrait le penser - comme Potter, par exemple.
Mon père m'aimait, je n'avais aucun doute à ce propos.
Quoi qu'il en soit, pendant que j'étais occupé avec Joshua à brider secrètement l'empire emballé des Malfoy dans l'ombre de nos filets, Mude s'affairait d'une toute autre manière.
Bien sûr, elle pouvait se permettre d'être oisive, de dépenser à tour de bras et de s'afficher outrancièrement avec ses nouvelles robes et le reste.
C'était en partie son rôle et ce n'était guère pas sa passion mais elle trouvait la chose amusante et divertissante.
Toutefois, ce n'était pas ce qu'elle faisait de plus important et la plus éminente des ses contributions en tant qu'épouse Malfoy lui plaisait bien plus.
En effet, elle devait entreprendre tout ce dont je n'avais vraiment pas le temps, comme par exemple repérer toutes les œuvres caritatives dans le rouge, les quartiers qui auraient besoin d'un petit coup de pouce ou d'une rénovation. Les jeunes plus ou moins riches ou en difficultés qui verraient d'un très bon œil un tout nouveau terrain de Quidditch pour voler, les entreprises qui se sentiraient bien de se voir attribuer une aide financière, etc...
Elle fonda elle-même et en notre nom un orphelinat, elle finança des recherches à San Mango et dans les universités.
Sa plus grande fierté fut de créer un musée d'art contemporain sorcier.
Elle était également de tous les bals et réceptions et lorsque la chose s'imposait, elle me joignait et m'imposait de venir me montrer à son bras en monarque surpuissant dans des costumes hors de prix.
Plus qu'un couple, on était une fine équipe dure en affaires, elle et moi.
Mais, évidement, il y avait aussi notre vie privée…
Je savais qu'elle voyait toujours son amour, elle m'en glissait quelques mots, parfois. Elle lui avait fait construire une maison, je ne sais où, et ils s'y retrouvaient assez souvent, le soir.
Elle faisait mine d'entrer dans notre chambre puis, une fois devant sa cheminée, elle le rejoignait et le matin venu, elle revenait de la même manière.
Moi…
Je n'avais pas le temps de retomber amoureux et, d'ailleurs, je n'en avais aucune envie. Toutefois, je ne dirais pas que je restais sans rien tirer, loin de là - j'étais encore jeune, sans parler du fait que la jeunesse d'un sorcier dure bien longtemps.
Souvent Joshua me traînait dans des bars des plus louches où il finissait indubitablement quasi-ivre mort dans les bras d'une ou deux filles très chaudes. Il m'incitait toujours à tromper ma femme - femme qu'il draguait tout autant que ma mère, à présent.
Jamais, devant lui - ou quiconque - je ne donnais l'impression d'être infidèle.
Mais, comme Mude, j'avais ma vie…
Mon travail me permettait de baiser des filles du monde entier en leur promettant de revenir dès que j'en aurai le temps, et l'envie.
J'avais quelques relations suivies de-ci, de-là.
C'était la belle vie.
OoOoO
Trois ans après mon mariage, j'essayai à nouveau avec un garçon - me pensant guéri d'Harry Potter.
Cruel échec.
Moi qui pensais mettre, ce soi- là, ce fut moi qui fus pris, les larmes aux yeux, le cœur et la gorge serrés.
Je m'enfuyai deux heures plus tard en laissant derrière moi un adonide alangui dans son lit sous oubliettes.
Comme je voulais guérir de Potter, ou plutôt, comme j'aimais bien cela - la queue - je baisais de plus en plus avec des hommes, sans pour autant supplanter les femmes.
Petit à petit, je crois que j'oubliais les bras de Potter, enfin… pas tout à fait…
Non…
Pas du tout, en fait.
Je me mis à rechercher des types qui lui ressemblaient un peu, qui avaient comme une étincelle de lui dans leurs yeux, des cheveux noirs ou une odeur particulière, avant de me remettre aux femmes avec emphase.
J'aimais les deux, peut-être plus les femmes parce qu'avec elles, il n'y avait pas des fantômes d'yeux verts et de cheveux d'airains ébouriffés dans nos ébats. Avec elles, j'avais vraiment l'impression d'être simplement moi-même ; mon désir, le jeu, elles et juste moi.
OoOoO
Pendant six ans, cela marcha ainsi et à merveille.
Mais un soir, alors que je rentrai, épuisé, d'une mission en Asie, où des champs d'herbes à potions extrêmement rares luttaient pour pousser à cause d'une grave sécheresse, je trouvais Mude dans le petit salon où j'avais l'habitude de boire un verre avant d'aller me coucher.
Lorsqu'elle m'attendait ainsi, c'était souvent avec un petit carnet à la main pour me parler d'une réception à laquelle je devais absolument me rendre avec elle, ce genre de chose…
Mais là, je su presque immédiatement qu'elle n'allait pas bien du tout.
Ma Mude pleurait lamentablement avec une bouteille de Whisky pur feu dans la main.
Elle était complètement ivre et désespérée et mon cœur se serra comme si c'était mon propre désespoir que je voyais soudain s'étaler devant moi.
Avant cet instant, je ne savais pas que Mude et moi étions tellement liés mais c'est ce que je compris alors. J'étais plus satisfait de ma vie quand je la savais heureuse, le contraire aurait rendu ma culpabilité insupportable, et c'est ce que j'avais cru.
Je m'approchai d'elle et la pris dans mes bras pour lui caresser les cheveux qu'elle avait à présent longs jusque dans son dos.
« Mude… » gémis-je. « Mais qu'est-ce que tu as ? »
Elle hoqueta en se blottissant contre moi comme une enfant.
Ce qu'elle tenta de m'expliquer, je ne le compris pas tant elle articulait mal dans ses larmes. Elle était vraiment pitoyable, ainsi, et je me sentis du même coup complètement minable, me rappelant mes quelques cuites en solitaires ou avec Joshua.
On resta ensemble, comme cela, un moment et puis elle s'endormit.
Je la pris dans mes bras avec facilité - il fallait dire qu'avec ma demi-douzaine d'années d'aventures derrière moi et sa stature tout aussi fine, ce n'était pas bien difficile.
Devant ma porte, je n'hésitai pas et entrai avec ma femme dans les bras.
Cette nuit-là, après six ans de mariage, nous dormions ensemble pour la première fois, sans même s'être déshabillés, sans même se toucher intimement, un peu comme des enfants.
Cette chaste nuit fut pourtant un pivot important de ma vie, peut-être le plus important de tous.
OoOoO
Le lendemain, je regardais Mude, la mine froissée par une sévère gueule de bois, s'éveiller tout doucement dans mon lit.
On parla encore et on se rendit à Londres, sans l'avoir prévu et noté dans un calepin au préalable, non pas pour nous montrer comme un couple de rêve mais juste comme ça, pour se détendre et parler.
A la terrasse d'un glacier, côté Moldu, je me mis à lui dire ce que j'avais sur le cœur depuis la veille.
« Mude… Pourquoi tu ne m'as pas dit que tu n'étais pas heureuse ? »
« Qu'est-ce que tu racontes… » dit-elle en sirotant sa boisson. « J'ai juste eu un coup de blues, ça arrive. »
Je la regardai, soupçonneusement et elle réaffirma vivement ses dires.
« Draco, je me rappelle de chacun de tes mots pour me convaincre. Et ce n'est pas de ta faute, je t'assure, si j'en suis là. J'ai eu mille fois l'occasion de me rétracter. De plus, je pourrais te quitter si je le voulais. »
« Oui. » fis-je. « Si tu le voulais, tu pourrais le faire. »
Elle me sourit.
« Ce n'est pas que je le veuille mais j'aurais aimé que Lui me le demande, juste une fois. » déclara-t-elle, doucement. « Tu vois que ce n'est pas de ta faute... »
« Je comprends. » fis-je au bout d'un moment.
Mude devint silencieuse puis elle reprit tristement.
« Mais il ne l'a jamais fait. Jamais. Il est parfaitement heureux de nos arrangements et, quelque part, il a bien raison d'en être heureux. Il vit comme un pacha alors que sans toi, nous aurions dû nous enfuir dans le monde Moldu et peut-être même dans un autre pays, pour vivre ensemble comme des pauvres erres. »
Je levai les yeux aux ciels.
« Je sais cela. Qu'est-ce qui t'a rendu malheureuse, dans ce cas ? »
« Hier… Je lui ai parlé d'une chose importante dans la vie d'une femme. Je lui ai parlé de mon désir d'enfant. Je lui ai dit que ça ne me déplairait pas de le faire avec toi, parce que tu étais beau et charmant avec moi et que je t'aimais, quelque part... » Mude baissait les yeux sur sa coupe de glace en disant cela - elle touillait dedans sans y toucher. « Je le pense, tu sais, mais je lui ai surtout dit cela pour le rendre jaloux, pour voir s'il s'énerverait contre notre situation. J'espérais une réaction passionnée et… violente. »
« Et ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? » demandai-je.
« Il a paru étonné d'apprendre que je n'avais pas déjà couché avec toi. » soupira-t-elle. « Cela ne semblait même pas du tout le gêner que j'ai un enfant de toi. Alors, je l'ai quitté… Voilà pourquoi j'étais malheureuse, hier soir. »
« Ha… »
J'étais incapable de dire quoi que ce soit de pertinent puisqu'une seule pensée tournait et tournait dans ma tête.
« Mude… » lui fis-je doucement en lui prenant la main. « Et si on devenait réellement mari et femme, toi et moi ? »
Elle releva ses yeux vers moi.
« Que veux-tu dire ? »
« Et si on… » Je déglutis, me préparant à un vent acerbe de sa part - ce qui ne m'aurait même pas étonné. « Tu as parlé de ton désir d'avoir un enfant et depuis qu'on est marié, on n'en a jamais discuté vraiment, tous les deux. Les seuls moments où l'on abordait le sujet, c'était faussement devant ma mère ou des crétins lors de nos soirées mondaines qui nous posaient la question. Mais je voudrais tellement un enfant… de toi, que j'ai choisie il y a longtemps. Je voudrais arrêter de faire le con de droite à gauche de part le monde parce que ça ne me mène à rien. Je t'aime moi aussi et je veux te rendre aussi heureuse que possible. » En même temps que je tenais sa main, je faisais rouler sa bague de mariage entre mon pouce et mon index. « C'est pourquoi, je te demande si tu voudrais que l'on devienne réellement mari et femme, toi et moi. »
Mude me regardait en souriant avant d'éclater de rire.
« Draco… Tu n'es pas obligé de mettre tant de forme pour me demander cela. Ça te rend bien trop mignon et tu casses toute ton apparente de froideur aristocrate. »
« Mude… » me renfrognai-je.
Elle éclata encore plus de rire puis se pencha vers moi avec un sourire mutin.
« Très bien, alors viens à côté de moi et prouve tes dires, cher ange. »
Elle m'appelait souvent comme ça - je supposais qu'elle se moquait de moi avant qu'elle ne m'explique ce qu'était un ange.
Je déplaçai ma chaise pour me mettre à côté d'elle, je l'enlaçai et l'embrassai sans faire semblant et elle répondit à mon baiser au-delà de mes espérances.
Nous réglèrent notre consommation et allèrent dans un hôtel Moldu de grand standing.
Pendant trois jours, nous ne donnèrent pas de nouvelles et passèrent notre temps à faire l'amour, sans relâche.
Je ne sais pas lequel de nous deux avait eu le plus de chance.
Elle qui était resté malgré tout quelques années avec son amour ou bien moi qui avait batifolé tant et plus d'un bout à l'autre de la terre. Parfois, je me disais que j'aurais bien inversé la donne avec elle mais elle devait sans doute penser la même chose que moi à mon sujet.
Quoi qu'il en soit, c'était fini cette époque-là de songer à un passé perdu, à un avenir gâché, puisque nous deux, nous étions l'avenir.
Il est une chose de baiser, il en est une autre de jeter tous ses contraceptifs dans des toilettes Moldues et de faire l'amour en songeant aux conséquences.
Mude et moi, nous voulions un enfant et ça, ce n'était pas du vent, des regrets ou quoi que ce soit d'autre.
Pour la première fois, je comprenais vraiment Harry.
Baiser avec un garçon, c'est bien… La passion, c'est prenant, c'est sûr…
Mais jamais… jamais… cela aurait été autre chose que stérile.
Rien ne poussera dans ton ventre… Rien de toi et de moi, ensemble… Jamais notre avenir ne sera soudé en un même être créé de notre amour. Et si nous formions quand bien même un foyer, celui-ci resterait toujours désespérément vide.
Voilà ce qu'il avait dû penser quand il se perdait dans mes bras.
Au moins, en me quittant prétextant qu'il voulait une famille à lui, il ne s'était vraiment pas moqué de moi et quand Mude tomba enceinte, pour la seule et unique fois de son existence, sa Weasley avait eu le temps de déjà lui donner trois enfants et elle était à nouveau enceinte, par-dessus le marché.
Ils n'avaient vraiment pas chômé…
Je le savais car les journaux s'ébattaient sur le compte de sa famille parfaite et proche du peuple etc, etc, depuis des années tout autant que sur la mienne - bon, d'accord… Ils écrivaient plus sur la sienne que sur la mienne. Normal, il restait un héros au grand cœur et il était tellement photogénique avec ses perpétuels airs gênés et modestes.
OoOoO
Lorsque Mude et moi revinrent de notre petite escapade, les journaux d'il y a deux jours nous montraient en première page en train de nous embrasser à la terrasse du glacier Moldu, puis l'article nous décrivait recherchant un hôtel de passe pour ne plus en sortir de la journée.
Mon bon vieux reflexe revint et, ricanant, je souhaitai intérieurement à Potter de crever de jalousie en lisant ce gros titre là :
Toujours l'amour fou chez les Malfoy
Si j'avais su que ce genre d'escapades ferait tant de bruits, je les aurais tentées bien plus tôt.
Mais c'était très bien comme ça… finalement.
OoOoO
Notre chambre, qui était double, devint triple.
Désormais, sur un même espace se chevauchaient nos chambres respectives et notre véritable chambre commune.
Nous pouvions être seuls si on le voulait, il suffisait de donner notre mot de passe à la porte en entrant et le tour était joué.
Pourtant, nous n'utilisions pas cette possibilité.
Mude et moi dormions ensemble, utilisions la même salle de bain et nous vêtissions l'un devant l'autre.
Surtout, nous faisions l'amour tout le temps, et même lorsqu'il fut certain qu'elle était enceinte, nous continuions, comme si l'on avait besoin de s'aimer, ou d'aimer tout simplement en prévision de ce qui allait arriver.
Nos habitudes en journées ne changèrent pas tellement.
Chacun reprit son travail, à la différence que Joshua me faisait faire des missions beaucoup moins dangereuses et que Mude écopait de la présence de centaines de femmes qui l'entouraient et la gavaient sévèrement de discours à propos de sa grossesse.
Nous nous voyions rarement en journée mais le soir venu nous nous racontions tous, dans mon petit salon, enlacés, ma main posée sur son ventre.
Comme je le lui avais dit, je ne voyais plus personne - je n'en avais plus envie, de toute façon.
Quant à elle, peut-être qu'elle revoyait de temps en temps son amour. Je sais qu'elle avait toujours besoin de lui, qu'elle l'aimait vraiment et que, sans doute, il l'aimait aussi.
Je les imaginais enlacés de la même façon que moi et elle, le soir, dans cette maison en bord de mer qu'elle lui avait fait construire. Lui aurait son visage posé sur son ventre et tous les deux imagineraient qu'ils ont eu cet enfant ensemble.
Je n'étais pas jaloux car rien n'avait changé de fondamental entre elle et moi. Nous ne nous aimions pas de façon passionnée et dévorante. Nous ne nous possédions pas.
Peu importait, de toute façon.
J'avais l'impression que ce qu'il y avait entre nous était infiniment plus beau que quoi que ce soit, infiniment moins douloureux et destructeur. Et j'étais fermement décidé à tout faire pour nous préserver, à commencer par son bonheur à elle puisque d'elle allait tout découler.
OoOoO
Un soir, Mude en était à son septième mois de grossesse lorsqu'elle me raconta une chose étonnante qui me jeta littéralement un broc d'eau glaciale directement dans l'estomac.
« Qu'as-tu fait, aujourd'hui ? » lui demandai-je, comme à mon habitude, en nichant mon nez dans son cou.
Elle me raconta toutes ses choses qui composaient ses journées puis elle en vint à cette histoire qui lui était arrivée et qu'elle trouvait étrange et drôle.
« Ha oui, Draco ! Je suis aussi allée dans le magasin de madame Guipure pour me faire tailler une nouvelle robe à ma taille lorsque j'ai rencontré cette fille, Ginavria Potter. Figure-toi qu'elle s'employait avec la commerçante à faire exactement la chose que je projetais de faire en entrant. Elle était enceinte, tout comme moi, un peu plus que moi, même. Elle essayait un vêtement que la bonne-femme mettait à la taille de son ventre. Nous nous sommes regardées longuement et nous savions que chacune de nous connaissait parfaitement la réputation de l'autre mais nous ne nous étions jamais vues réellement. »
Moi, je ne disais rien, posant des questions banales, mais j'étais très curieux de savoir ce qu'elles s'étaient dit.
« Tu lui as parlé ? » lui demandais-je, l'air de ne pas y toucher.
« Pas vraiment, je l'ai simplement saluée, poliment, mais je ne pense pas que nous serions allées bien loin dans une discussion car Harry Potter est arrivé et, soudain, l'ambiance est devenue carrément polaire. »
Mude éclata de rire tandis qu'intérieurement je tressaillais de tout mon être.
« Ta mère m'avait vaguement raconté, qu'à l'école, tu t'étais attiré toute sorte d'ennuis parce que vous vous détestiez, tout le deux. C'est toujours le cas ? »
« Comment le saurais-je ? Je ne l'ai pas revu depuis des années. » fis-je, froidement.
« Tu ne trouves pas cela étrange ? Nous ne les avons jamais rencontrés lors de toutes ces réceptions que l'on a faites. Pourtant, Harry Potter est un héros. » Elle prit un air pensif. « Est-il vraiment comme les journaux le dépeignent ? »
Je haussai les épaules.
« Il n'a pas choisi d'être un héros et il a toujours détesté la célébrité. »
« En Amérique, on ne connait pas aussi bien sa légende qu'ici. Mais à force, j'en sais presque autant que vous. Je suppose que le but qu'il poursuit depuis toujours, c'est d'avoir une famille à lui. »
Je m'abstins de répondre, ayant peur que ma voix me trahisse.
« Mais ce que je voulais te dire, et qui a été très bizarre, c'est que, après nous être défiés du regard froidement un bon moment dans le magasin, Potter a voulu partir avec sa femme, comme s'il ne souffrirait plus ma présence une minute de plus, et lorsque sa femme est passée à côté de moi… » Mude me pris la main et la posa sur son ventre. « Le bébé m'a donné un grand coup de pied juste à ce moment là et il s'est agité pendant une bonne minute. Mais le plus étonnant, c'est qu'il se passait exactement la même chose pour la femme de Potter. Tu les aurais vu à s'affoler et à s'extasier comme si c'était leur premier bébé - ils étaient trop mignons, j'étais jalouse. Et puis, ensuite, Potter a semblé se rappeler de mon existence. Quand il a compris que, moi aussi, mon bébé faisait des sciènes, il a souri et il a dit une chose à sa femme suffisamment fort pour que j'entende. »
J'étais tenu en haleine, sérieusement.
« Et qu'est ce qu'il a dit ? »
« Ça promet, si ces deux-là vont ensemble à Poudlard. C'est ce qu'il a dit. »
C'est à ce moment là que j'ai senti le broc de glaçons se déverser dans mes entrailles. Un pressentiment faisait jour en moi, je ne le cernais pas encore très bien mais je sentais que ça allait entrainer quelque chose d'irrémédiable, de colossal, de dangereux, peut-être...
« Merde, dans le meilleur des cas, son minot aurait juste une année de plus à Poudlard. Mais il y aura toujours Durmstrang, dans le pire des cas. »
« Qu'est-ce que tu dis ? » s'exclama Mude.
« Qu'est-ce que tu penses de Durmstrang ? C'est une bonne école, en plus il enseigne la magie noire. »
« C'est beaucoup trop loin de chez nous, voyons. Et il y règne un froid indescriptible, la plupart du temps. Tu voudrais envoyer notre enfant à Durmstrange juste pour éviter de le confronter au gosse de ton ennemi d'enfance ? »
« Attend, il a déjà trois enfants, sans parler de tous ses amis Weasley qui ont dû copuler à qui mieux mieux depuis des années. Quand notre enfant sera en âge d'aller à Poudlard, il sera complètement cerné par une armée de rouquins! Tu imagines, ils seront tous à Griffondor, fiers de leur nombre, de leur connerie et de leurs taches de rousseurs et notre fils sera seul, pauvre petit, à Serpentard. »
Mude me regarda, éberluée avant d'éclater de rire.
« Mais qu'est-ce que tu en sais qu'on aura un fils et qu'il ira à Serpentard ? »
« Parce que c'est comme ça et ce depuis toujours. Les Malfoy vont à Serpentards, les Weasley à Griffondor. Et Potter s'est marié avec une Weasley alors je suis sûr et certain que tous ses gosses sont roux et moches, parce que c'est comme ça et c'est tout. »
Mude recommença à rire et, moi, j'étais content qu'elle ait pris mes élucubrations à la légère.
Je ne lui reparlais plus de mon inquiétude à ce propos. De toute façon, nous avions le temps avant que notre enfant ait onze ans et il lui fallait d'abord venir au monde.
OoOoO
Cela arriva, puisque c'est une chose des plus naturelles, mais pas au bon moment - comme cela arrive parfois.
Je travaillais avec Joshua.
On était sur une affaire assez sérieuse en Alaska à traiter avec une bande d'Inuits durs en négociations sur le commerce d'objets sacrés qu'ils fabriquaient dans le plus grand secret de leur tribu et de leurs traditions désuètes.
Personne n'avait de moyen de me joindre pendant tout l'après midi.
Quand je revins, harassé, au Manoir Malfoy, ma mère me sauta dessus, complètement hystérique, en me hurlant des insultes sur le fait que j'avais manqué la naissance de mon fils et que Mude n'était pas au mieux parce que ça ne s'était pas bien passé et que la naissance survenait un mois trop tôt et que mon fils était trop petit et donc qu'il avait été placé en couveuse et que j'étais un fils ingrat comme mon abruti de père qui ne pensait qu'à son travail et que…
Elle ne finit même pas sa phrase qu'elle m'obligea à la suivre en nous faisant transplaner en force.
OoOoO
A San Mango, devant une chambre d'hôpital, des infirmières s'affairaient en tout sens.
Au bout du couloir, des photographes me mitraillaient derrière les petites lucarnes des portes à battants clos.
« Monsieur Malfoy ! » s'écria une femme en s'agrippant à mon bras plus que de nécessaire. « Je vais vous expliquer la situation : l'accouchement est prématuré d'un bon mois. Cela n'est pas bien grave, rassurez-vous. Votre fils est actuellement légèrement plus fragile qu'un enfant mené à terme mais il a été placé en couveuse en attendant que vous, ou votre femme, vous en occupiez comme il se doit. Comme l'accouchement a été laborieux, je pense qu'il serait mieux que ce soit vous, mais je vais d'abord vous expliquer ce qui en est de votre femme. Elle ne va pas bien, toutefois ses jours ne sont pas en danger. Elle est épuisée par un travail contraint et anormalement prolongé. La naissance fut étrange, comme si votre enfant avait décidé de naître sans le consentement de la nature, du coup, votre femme souffre de quelques déchirures internes dont on doit évaluer les dégâts. Mais ne vous inquiétez pas, elle est en de bonnes mains, nous nous occupons bien d'elle. Elle ne souffre pas, nous lui avons donné des antidouleur, mais, malgré sa fatigue, elle a tenue à attendre votre venue avant de prendre une potion de sommeille sans rêve. Aussi, si vous n'avez pas de question à me poser, je vous demanderais d'aller la voir un petit moment pour qu'ensuite elle puisse dormir. Tout de suite après, je vous emmènerai auprès de votre enfant. Monsieur Malfoy, est-ce que ça va ? »
Tout le long de sa tirade, mes yeux avait été passablement écarquillés de stupeurs - je n'étais pas du tout préparé à une telle situation. Je me ressaisis en me dégageant doucement de sa poigne sur mon bras.
« Merci, je n'ai pas de question. Je vais aller voir ma femme, à présent. »
Elle acquiesça et me conduisit vers la salle où les infirmières s'affairaient.
Mude était allongée sur son lit d'hôpital et la qualifier de fatiguée était un doux euphémisme.
Des cernes immenses et aussi grises que ses cheveux soulignaient un regard plus sang que jamais.
Elle me jeta un regard meurtrier et, lorsqu'elle se redressa sur les coudes, ébouriffée, j'eus peur qu'elle ne se jette à ma gorge telle une harpie pour me châtier de mon absence en me suçant tout le sang - mais elle aurait, hélas, bien raison...
Normalement, lors d'un accouchement, par exemple, un homme marié est en mesure d'aider sa femme en lui donnant de son énergie.
Apparemment, j'avais tout foiré… mais je n'ai jamais laissé sous-entendre que j'étais un époux de conte de fée !
Merde…
Je m'approchai d'elle, doucement, et lui dis : « Mude, je suis tellement désolé. Pardon, je… »
« Draco. » me coupa-t-elle impérieusement. « Comme tu le sais : donner un nom à un enfant l'aide à entrer en ce monde. Cela lui donne une certaine puissance aussi, tu comprendras que, étant donné la situation et puisque tu n'étais pas là, je lui ai donné un nom que tu regretteras peut-être… »
Cela dit, elle s'abattit sur son coussin, les yeux orange et plus doux, elle souriait et je la regardais, la figure décomposée.
« Ho non… Tu lui as donné un nom trop pourri, c'est ça ? »
Elle rit, faiblement.
« Tu pourras choisir le deuxième prénom, si tu veux, cher ange. »
Je m'assis au bord du lit et l'embrassa sur le front en lui lissant ses cheveux.
« Mais je m'en fiche, je suis sûr que son prénom me plaira. Tu as de la classe, Mude, je le sais. »
« Si j'étais toi, je n'en serais pas si sûr… »
« Pourquoi ? » fis-je.
« Je lui ai donné un nom d'ange... »
« Une ange ? Un Malfoy au sang pur portant le nom d'un machin Moldu ? Tu fais vraiment fort, là… » bougonnai-je.
Je savais Mude passionnée de religion et d'ange, notamment.
En Amérique, à Salem, elle avait choisi cette option qui enseignait les catéchèses et les rites des plus grandes religions et, maintenant, elle aimait couvrir les murs du manoir de peintures de toutes sortes qui mettait en scène ce qu'elle appelait l'Annonciation et qui représentait toujours, en vis-à-vis, un ange et une vierge entouré de lys et de lumière.
« Selon les manuscrits de la mer morte, il était le dernier des dix-sept anges pourfendeurs envoyés par Dieu pour laver la terre des pécher de l'humanité. Sa mission était de tous nous détruire mais… contrairement aux directives du destin, de Dieu, l'ange décida de mettre fin à cette guerre céleste et de laisser vivre les humains. Pour cela, il demanda à être tué par eux et il attendit longtemps avant de se voir détruit - du moins, son enveloppe charnelle puisqu'un ange est un être immortel. Ce fut un jeune humain qui l'aimait qui lui donna cette mort là. Pour eux, par eux, il avait failli à sa mission sacrée. Il est ainsi devenu un ange déchu, pire qu'un démon engendré par les enfers puisqu'il avait renié Dieu et son paradis, tout cela parce qu'il aimait ce qui faisait l'humanité avec ses défauts fonciers et ses doutes crasses... Il s'appelait Tabris et cela veut dire Ange du Libre Arbitre. Je trouve que ce nom va à ravir à notre enfant, Draco. »
Sur ce… Mude ferma les yeux et s'endormit, sans l'aide d'une quelconque potion de sommeil tandis que, moi, je continuais à caresser ses cheveux, tendrement.
Si j'avais entendu ce nom sans sa signification je ne l'aurai sans doute jamais aimé mais, à présent… je ne pouvais m'empêcher de l'adorer, vraiment…
Le prénom Tabris roulait dans ma tête et je le murmurais doucement, comme pour m'entraîner à le prononcer.
Je me levai du lit de Mude et me dirigeai vers une infirmière.
« Je souhaiterais voir mon enfant, maintenant. » lui dis-je.
Elle acquiesça et me dirigea dans vers autre salle, celle des couveuses.
Dans les couloirs, des infirmières qui discutaient attirèrent mon attention.
Giny Potter a accouché, disaient-elles, toute à leur séance de potins agités.
Je m'arrêtai et leur demandai, acerbe : « Quand ? »
Elles sursautèrent et me regardèrent stupéfaites de me reconnaître.
« Quand a accouché Ginavria Potter ? » répétai-je.
« Aujourd'hui… » bredouilla l'une.
« Elle était là, ce matin encore. » fit une autre les yeux brillant en me regardant.
« Elle a accouché normalement, elle ? »
« Ho oui, elle en était même à plus de neuf mois de grossesse. Mais l'enfant ne voulait tellement pas sortir de son ventre que nous avons été obligées de provoquer sa mise au monde. »
Je leur fis un petit signe de tête et pris congé en remboitant le pas à mon infirmière.
Le flot de glaçons se déversait à nouveau, impressionnant et glacé, dans mes entrailles.
L'Ange du Libre Arbitre ?
Alors, ça avait été ça sa première décision ?
Je me fis la promesse de protéger tant que je pouvais mon enfant de ce lien étrange qui semblait le relier au dernier rejeton de Potter.
J'avais des années devant moi avant d'affronter de plus graves problèmes.
Pourtant… J'avais comme la nette impression de les sentir arriver à grand pas, dans mes entrailles.
Ce que je ne savais pas, c'est que je n'étais pas le seul à me tordre d'inquiétude à ce sujet…
A suivre…
NDA : Voilà, heu… Draco s'est marié, Harry s'est marié et les années ont passé et l'effet papillon ne s'est toujours pas déclenché MAIS ! Draco commence à avoir de sales pressentiments qui lui glacent le sang et, même si vous ne pouvez pas le lire parce que c'est Draco qui raconte son histoire, Harry aussi se ronge les ongles en sentant venir un truc pas net - je peux même vous dire que Giny et Mude ne sont pas totalement en reste... J'espère que vous aussi vous sentez venir le truc, lolilol.
En tout cas, dans la suite, il a des retrouvailles et, plus important… une trouvaille.
Je vous fais de gros bisous à tous et n'oubliez pas que j'attends vos petits et mignonets commentaires tout choupinounet qui me remplissent d'une joie intense et exubérante et…
Levia
