Chapitre 9 – Alem, le retour
.
...tout bascule. Les tirs fusent des deux côtés. Il n'y a rien dans la pièce qui permettrait de se mettre à couvert.
En quelques secondes le silence se fait. L'odeur de sang et de poudre prend les survivants à la gorge. Les hommes des deux patrouilles sont morts. O'Neill, Ronon, Teyla et Lorne sont toujours debout, indemnes. McKay, Stackhouse, Markham, Caldwell et Jameson se relèvent avec quelques égratignures, mais bien vivants. Onze silhouettes gisent au sol, parmi elles Sheppard, Sam et Wells.
« Carter ! s'exclame Jack.
- John ! » s'écrie Teyla.
Ils se précipitent vers eux.
Caldwell s'occupe de Wells. Il s'est pris trois balles en pleine poitrine et il est toujours vivant. Conscient, il respire difficilement. Les deux hommes échangent un regard. Tous deux sont conscients qu'il est condamné, ce n'est qu'une question de temps.
Jack est auprès de Sam. Elle est inconsciente. Le militaire constate que deux balles l'ont atteinte, l'une dans la cuisse droite, l'autre au-dessus du cœur. Elle a pénétré par le seul endroit vulnérable de son gilet pare-balle, l'espace aménagé pour le bras. Un peu plus bas et c'était la mort assurée. Jack se crispe. Si elle ne reçoit pas des soins rapidement, c'est ce qui risque finalement d'arriver.
Teyla se tient aux côtés de John. Il a eu plus de chance que les autres, si tenté que ce mot ait un sens au vu des quatre plaies béantes de ses bras et de son torse. Deux balles ont traversé son bras gauche, une troisième s'est logée dans son épaule droite et la dernière s'est logée dans son abdomen. Aucun des tirs n'a été mortel. Il s'en sortira, la jeune femme peut le voir à son sourire.
C'est alors que la porte s'ouvrit à la volée. Tous se retournent, braquant le nouvel arrivant.
« Alem ! C'est pas trop tôt ! » dit Lorne en résumant l'avis général.
L'enfant ne leur laisse pas le temps de réagir.
« Il faut partir, d'autres vont arriver. Pas le temps pour les reproches ou les explications ! »
Son regard se pose sur les blessés et les cadavres qu'il a évité jusque là. Il a soudain le cœur au bord des lèvres. Il croise le regard de Sam, qui s'est réveillée à son approche, l'accroche. Elle ne le quitte pas des yeux, délibérément.
« Il ne doit pas voir ça. » souffle-t-elle au général.
Il acquiesce.
« Sors d'ici, Alem, ordonne-t-il, et attends dehors ! »
Le garçon ne se fait pas prier. À sa suite, et en silence, sortent tous les autres. Lorne et Stackhouse soutiennent John, Ronon porte Wells et O'Neill tient Sam dans ses bras. Alem, un doigt sur les lèvres, leur fait signe de le suivre.
Ils traversent les couloirs guidés par le garçon. Il porte son sac à dos avec toutes ses affaires. Il les conduit dans la zone où il s'est caché tout ce temps. Ils arrivent dans une pièce vide, semblable à celle qu'ils viennent de quitter.
« Ici, on est sera tranquille. Tous les détecteurs sont HS. Mais on ne pourra pas rester longtemps, ils sont déjà en train de nous chercher. »
Ils déposent les blessés au sol. Markham et Ronon montent la garde.
« Ils ont besoin de soins, fait remarquer Jack.
- Je sais, dit Alem, tenez. »
Il sort de son sac ce qu'il a volé à l'infirmerie et le tend au général.
« Ça devrait faire l'affaire, pour l'instant en tout cas. »
Le militaire partage entre Teyla et Caldwell les quelques compresses et médicaments Sans un mot ils se mettent à la tache. Alem tremble en les voyant faire. Il devait attendre que ça arrive, mais quand il les voit tous ainsi...
Les visages sont tendus, inquiets, sur le qui-vive, souffrants. Il ne sait plus s'il a fait le bon choix.
« Il faut qu'on trouve un plan rapidement, déclare Lorne en rompant le silence.
- Oui, confirme le garçon, mais avant il faut qu'on se sépare. On est trop nombreux, on attire l'attention.
- À qui la faute ? reproche Jack.
- Je sais que vous m'en voulez, mais c'était nécessaire.
- Nécessaire ? Tu te fous de moi !
- Ça devait arriver !
- Quoi ! »
O'Neill va exploser quand Wells intervient. Il est très faible. En fait, il devrait déjà être mort. Qu'il soit toujours vivant tient du miracle.
« Général, arrêtez. Il a raison, nous devons nous séparer maintenant ou nous réduisons nos chances de pouvoir reprendre la cité.
- Je suis d'accord. » approuve Teyla.
Tous les autres acquiescent à leur tour, bon gré, mal gré.
« Eh bien, on t'écoute, maugrée le général.
- On va devoir se diviser en plusieurs groupes. Carter, Caldwell, Wells, vous et moi, on va rester ici pour l'instant. Les autres... »
Il ne finit pas sa phrase et vide une partie du contenu de son sac à dos sur le sol : les plans de la cité, les radios et les armes, ce qu'il a pris dans les labos et à l'infirmerie. Il garde, sans leur dire, un zat, la machine ancienne, le gilet par balle, qu'il porte sur lui, la gourde et les rations. Stackhouse siffle.
« Faudra revoir la sécurité !
- C'est pas le moment !
- Désolé, général.
- C'est quoi le plan ? »
Alem sourit à Sheppard et entreprend de leur expliquer ce qu'il a prévu. Les yeux des adultes s'agrandissent de surprise. Ils trouvent incroyable qu'il ait imaginé ça... à son âge ! Le général le considère un instant et déclare avec le sourire :
« C'est un bon plan !
- Tu n'as pas eu l'idée tout seul, n'est-ce-pas ? »
C'est Wells qui l'interpelle faiblement. Le garçon se campe sur ses deux jambes face à lui, bras croisés.
« Si.
- Tu peux le dire, tu sais ! Si tes parents ou quelqu'un d'autre t'ont aidé...
- Mais vous me prenez pour qui ?
- Je dis simplement que...
- Vous croyez quoi ? Que je mens pour me faire bien voir ? Que je suis un incapable ?
- Je me pose des questions, c'est tout.
- Évidemment, de ta part ça ne m'étonne pas !
- Qu'est-ce-que... tu veux dire ?
- Rien. Foutez-moi là paix !
- Non. Explique-toi. Je crois qu'on attend tous des réponses. »
Alem jette un regard circulaire autour de lui. Effectivement, tout le monde est attentif à leur conversation. Chacun d'eux attend qu'il s'explique. Seulement il ne le peut pas. Il n'en a pas le droit s'il ne veut pas changer l'avenir. Pourtant il faut qu'il dise quelque chose, il faut qu'on lui foute la paix ! Sinon il ne s'en sortira jamais. Alors il s'accroupit à sa hauteur. Ils se toisent du regard. Finalement il prend une grande inspiration et lâche avec colère :
« Je suis ton fils ! »
Le silence dans la pièce suite à ces quatre mots est impressionnant. La surprise est totale. Alem se relève.
« Partez maintenant. »
Les autres obtempèrent, sans un mot, trop abasourdis pour réagir.
