— Je vois que tu as gardé la même disposition à te faire haïr des gens… Thranduil…

Théo s'était exprimé en français en s'approchant du plus jeune qui le sondait sans broncher. Taquin, le brun s'empara des Ray Ban qui cachaient son regard dur, celui d'un roi, puis il voulu effleurer le bleu qui ornait sa mâchoire et qui virait au noir.

— Ne me touche pas !

Le sifflement de rage était suffisamment impérieux pour que Thorin retire ses doigts en haussant un sourcil intrigué, amusé par le français accentué par l'accent américain, mais correct.

— Rien n'a changé…

D'un geste sec, Raphael récupéra ses lunettes, le regard noir et le plus grand ne manqua pas de remarquer le plâtre qui ornait son poignet droit.

— Comment tu t'es fait ça ?
— Ca ne te regarde pas.
— Bien sûr que si. Tu es maintenant à mes ordres et mieux vaut que je sache de quoi sont fait les hommes qui travaillent pour moi…

Jamais Théo n'avait pris autant de plaisir à dire ce genre de chose et la manière dont Raphaël serra les dents lui fit comprendre que le jeune homme semblait avoir beaucoup de mal avec l'autorité, tant qu'il n'était pas en haut de l'échelle. En même temps, il ne put s'empêcher de se dire que c'était normal.

— Alors, comment ?

Mais la pilote et sa copilote rentrèrent dans l'avion à ce moment-là et pénétrèrent dans leur cabine après leur avoir souhaité un bon voyage et prié de s'attacher pour le décollage.

Thorin tint la durée du décollage et quelques minutes en plus, puis il se leva pour aller s'asseoir en face de Raphaël dont le regard si expressif lui priait cordialement d'aller se faire pendre ailleurs. Loin de se sentir intimidé, Théo s'installa confortablement dans le fauteuil de cuir, un léger sourire dangereux sur les lèvres, prêt à cuisiner le jeune homme durant la totalité du voyage, soit plus de six heures.

— C'est dommage, n'est-ce pas ? Si tu étais né quelques années plus tôt, nous aurions pu jouer d'égal à égal toi et moi…
— Ce n'est pas le cas aujourd'hui ?

Théo ne retint pas le léger rire moqueur que souleva la réplique du jeune blond et il planta son regard dans le sien pour répondre calmement :

— Non. Ce n'est pas le cas, et tu le sais aussi bien que moi… Raphaël. Il ne s'agit plus du rapport d'un roi… à un autre.

Retenant un sourire en coin, le brun se délecta de ce regard outré qui était posé sur lui, la réplique exacte de celui qu'un certain roi sylvestre lui avait offert après qu'il lui ait joliment proposé d'aller brûler en enfer il y a bien longtemps. Sauf que celui-là était chargé d'une pointe de crainte qui ne laissa pas le plus grand indifférent.

— Tu as raison d'avoir peur.
— Tu ne me fais pas peur.
— Ce n'est pas moi que tu devrais craindre… Du moins, pas seulement moi… Disons que je suis certainement le moins pire, car moi, je ne suis pas habité d'un esprit de vengeance acéré…

Théo ne manqua le froncement de sourcil franchement inquiet du plus jeune qui crispa sensiblement la mâchoire.

— Qu'est-ce que tu… En sais ?
— C'est simple… Il y a un certain russe albinos qui souhaite ma mort simplement parce que je suis à l'origine de l'extinction de son clan, et surtout parce que je suis qui a mis un terme à sa première vie… Lorsqu'il posera les yeux sur toi et qu'il se rendra compte que le roi qui a ordonné et contribué au massacre de la totalité des orcs et gobelins des royaumes du Nord s'est réincarné dans un riche héritier fragile et indiscipliné, il se fera un plaisir de tout mettre en œuvre pour te briser savamment…

Raphaël écarquilla les yeux et sentit soudainement sa bouche s'assécher, profondément persuadé que sa théorie de la malédiction était vraisemblable et fondée.

— Mais… Pourquoi ? Qui est cet homme ?

Théo fronça les sourcils, surpris par les questions du jeune homme.

— Comment ça, pourquoi ? Qu'est-ce que tu fous dans cet avion si ce n'est pas pour aller botter le cul d'Azog ?
— Azog ? Cette engeance que nous avons combattue sur les flancs de ta Montagne ?

Si le plus vieux fut flatté un instant d'entendre Thranduil évoquer le Mont Solitaire comme sa Montagne, il resta néanmoins consterné par sa réaction.

— Bien sûr ! Tu ne savais pas que lui aussi s'était réincarné ?
— Il y a… beaucoup de choses que je ne savais pas… Et que je ne comprends toujours pas…

Théo fronça les sourcils et le sonda longuement. La morgue dans laquelle Raphaël s'était paré avait disparu et le canadien se trouva soudainement devant un gamin déboussolé et totalement livré à lui-même dans un monde qu'il ne comprenait pas. Mais après tout, Raphaël n'avait pas un certain docteur Rob Rob pour lui expliquer le résultat de dix ans de recherches à travers le monde et éclairer un peu la raison de sa réincarnation.

Tellement imprégné du souvenir qu'il avait de Thranduil : roi sans faille et majestueux, Théo resta un instant troublé de voir cet aspect vulnérable du jeune homme qu'il était dorénavant et il tiqua soudainement en se rendant compte que, si Thranduil s'était réincarné aujourd'hui, cela voulait dire qu'il avait connu une fin prématurée à peu près à la même période que lui.
Mais il choisit de ne pas s'occuper de Thranduil maintenant, car Raphaël semblait bien plus intéressant et il se rassit confortablement dans son siège sans lâcher le plus petit du regard.

— Il y a un rapport avec l'état de ton bras ?

Le blond fit une moue agacée et haussa les épaules, sans répondre, puis il fronça les sourcils en voyant le sourire de son vis-à-vis s'étirer dangereusement pour devenir franchement prédateur. Refusant de se laisser intimider, il ne recula pas lorsque le grand brun se pencha vers lui, l'épinglant du regard.

— Il y a un truc que tu ne comprends pas, Raphaël : il y a sur cette planète des esprits dangereux et emplis de rage qui ont le pouvoir et la volonté de te faire beaucoup de mal…
— Tu fais partie de ces gens.
— Exact…

Le sourire qu'il lui envoya le fit frissonner de tout son corps, mais il n'exprima pas la moindre émotion et resta de marbre alors que l'autre s'approchait doucement de lui.

— Mais… je suis aussi l'une des seules personnes capables de te protéger et, surtout, d'apporter toutes les réponses à tes questions… Ce ne sera pas gratuit, bien entendu…
— Je refuse d'accepter quoique ce soit venant de toi !
— Je le sais, oui… Mais en as-tu le choix ?

Raphaël déglutit en se disant que, de tous, Thorin était bien sa pire calamité, mais, encore une fois, il ne montra pas son appréhension et il se permit même de lui répondre d'un sourire mesquin.

— Je ne pense pas que tu ais le pouvoir de me protéger… Théo…
— Tu te trompes, je connais Azog et je le-
— Ce n'est pas d'Azog que je parle… Celui-là ne me fait pas peur…

Théo haussa un sourcil et, encore une fois, son regard glissa sur le plâtre qui maintenait le poignet cassé du plus jeune.

— Qui t'a fait ça ?
— Un certain Lucas Fitzgerald…
— Le directeur du secteur dédié à la défense américaine ?
— Lui-même.

Le brun eut un discret froncement de sourcil et il reprit, intrigué :

— En quel honneur ?
— Je l'ai... tué, lorsque nous étions encore elfe.
— Ho.
— Et il se trouve que, si c'est sous tes ordres que je travaille, c'est à lui que je dois rendre des comptes…

Théo haussa un sourcil ennuyé, conscient de la chose, mais la révélation sembla le rendre pensif un instant, puis un nouveau sourire cruel étira ses lèvres et il se pencha vers le plus jeune :

— Je suis heureux de voir qu'il y a tout de même une justice… Être aux ordres de ses anciens ennemis, c'est le purgatoire idéal pour un enfoiré tel que toi…

Raphaël fronça les sourcils puis, lorsqu'il se rendit compte qu'il s'était penché lui aussi vers Thorin et qu'ils partageaient maintenant le même souffle, il se redressa en soupirant et il s'avachit royalement dans son canapé de cuir.

— Nous n'étions pas ennemis, toi et moi. Disons simplement que nos intérêts divergeaient…
— Ça ne change rien au fait que je t'ai toujours considéré comme un enfoiré.
— Un nain belliqueux et rancunier tel que toi comptait beaucoup d'enfoirés dans ses connaissances…
— Tu étais le pire.
— J'ai toujours eu tendance à sortir du lot.

Raphaël s'autorisa un petit sourire en coin parfaitement démoniaque qui se fana lorsqu'il croisa le regard de Théo. Un regard absolument redoutable par-dessus un sourire ravi.

— Raphaël… Tu es conscient que tu es profondément dans la merde, n'est-ce pas ? Tu ne devrais pas me provoquer avec ce genre de sourire…
— Je fais ce que je veux !
— Bien entendu... Tu es coincé avec moi dans cet avion le temps que nous traversions l'Atlantique et je serai ton supérieur durant les prochains mois… Tu n'éprouves donc pas le moindre instinct de conservation ?
— Si tu crois que c'est ce genre de menace qui te permettra de me tenir en laisse…

Raphaël était excessivement tendu, même s'il parvenait à le cacher subtilement et, malgré son attitude désinvolte, il restait considérablement sur ses gardes.
Bien sûr qu'il avait un instinct de conservation qui trainait quelque part au fond de lui, malheureusement, celui-ci lui conjurait de s'aplatir aux pieds du plus grand pour implorer sa clémence, son aide et ses explications.

Mais dans la mesure où cela ferait trop plaisir à cet abominable canadien et que Raphaël se savait parfaitement incapable de faire une chose pareille, il n'y pensait même pas, car quelque chose en lui le forçait à faire front, ne pas lâcher, ne surtout pas se laisser dominer ne serait-ce qu'une seule seconde, car s'il laissait Thorin prendre le dessus maintenant, jamais il ne parviendrait à rétablir la parité. Le Thranduil qui était en lui refusait de se laisser submerger et Raphaël ne voyait aucune objection à jouer sa vie pour ne pas froisser sa fierté.

Malheureusement, son jeune âge, son inexpérience dans ce monde et sa flagrante infériorité combative le désavantageait considérablement. Il avait beau être conscient, depuis peu, de posséder l'esprit d'un seigneur elfe millénaire, il n'en restait pas moins qu'il n'avait ni l'expérience, ni le savoir, ni la sagesse de Thranduil. Il restait Raphaël Halminton, riche héritier de vingt-et-un ans, et il avait devant lui un épineux problème incarné en Théo, surtout que ce dernier semblait être bien plus joueur que Thorin.

— Tu te sens menacé ?
— Ai-je tort ?

Le plus grand lui répondit d'un sourire mesquin. Il était parfaitement maître de la situation, tous les deux le savaient, et lui s'en régalait.

— Cela dépend de toi… Je n'éprouve pas vraiment la nécessité de te faire plus de mal… Te savoir dans ce merdier me ravit suffisamment pour ne pas ressentir le besoin d'en rajouter une couche…
— Tu es trop cruel pour te contenter de me tabasser et passer à autre chose...

Le ton grinçant et amer amena le sourire de Théo à s'étirer un peu plus et il répondit d'un hochement de tête.

— Bien entendu… Je ne vais tout de même pas m'en prendre à un gamin de ton âge… Et puis je n'ai pas l'intention de te donner l'occasion d'endosser le rôle de la triste victime incomprise et repentante… Ce serait trop simple pour toi et trop fade pour moi...
Asshole
— Si j'étais un asshole, je t'aurais renvoyé chez Fitzgerald proprement emballé… Car j'imagine que si tu es ici, au final, c'est pour fuir sa vengeance… Quel dommage pour toi… Ce mec n'est pas le seul esprit réincarné qui ne pouvait pas te supporter…
— Sa rancune est bien plus fondée que la tienne !
— Tu veux que l'on reparle de ça, maintenant ? J'accepte avec plaisir car, aujourd'hui, il n'y aura plus ni prison, ni gardes elfiques qui m'empêcheront de t'offrir en pratique ce que je m'étais simplement contenter de te proposer à voix haute lors de notre entrevue dans ton palais…

Cette fois-ci, Raphaël ne tint pas et il se pressa contre son fauteuil lorsque Théo se leva pour poser ses mains à plat sur la table et se pencher franchement sur lui, les yeux étincelants.

— Tu… Tu n'as pas les moyens de me faire du mal.
— Je ne parierai pas là-dessus si j'étais toi…
— Tu ne me fais pas peur !
— En es-tu certain ?

Thorin haussa un sourcil amusé et il leva doucement une main pour poser deux doigts contre la jugulaire. Ses yeux plantés dans ceux, farouches, du plus jeune, il lui envoya un sourire réjoui lorsqu'il constata que son rythme cardiaque était bien trop tumultueux pour être anodin malgré son masque bravache.
Raphaël serra les lèvres, furieux de sentir la panique fluctuer en lui. Ces émotions humaines étaient ingérables et la proximité de Thorin ne l'aidait pas. Il était indéniable que le plus grand s'était imposé comme le maître du jeu malgré les faibles tentatives du blond qui cherchait vainement à ne pas se laisser déborder, mais il ne faisait clairement pas le poids. Et le reconnaître était extrêmement compliqué pour un esprit tel que le sien.

— Je t'interdis de me toucher !

Avec rage, il repoussa la main de Théo qui haussa un sourcil en reconnaissant bien là le ton d'un roi implacable, même s'il en fut plus amusé qu'intimidé. Toutefois, il retira sa main et se rassit dans son fauteuil sans lâcher du regard le jeune homme qui fulminait.
Ils s'observèrent un long moment, puis, après l'avoir sondé attentivement, le plus grand haussa les épaules en s'adossant confortablement contre son dossier.

— Thranduil, je vais être bref. Je dirige une petite équipe de professionnels et notre but est très simple : mettre Azog et ses hommes les plus dangereux hors d'état de nuire avant qu'il ne soit trop tard. Beaucoup de vies sont concernées et, parmi elles, certaines personnes comptent beaucoup à mes yeux… Il se trouve que l'un d'entre eux a été enlevé ce matin, lors des attentats de Londres, et j'ai l'intention de tout mettre en œuvre pour le retrouver.

Théo se leva pour récupérer une pochette dans son sac et Raphaël en profita pour se détendre imperceptiblement, faisant nerveusement craquer ses doigts, conscient que le plus grand venait subitement d'arrêter de jouer, pour l'instant, et avait endossé son rôle professionnel. Il se rassit en face de lui et fit glisser sur la table quelques profils, cartes et dossiers qui portaient le sigle rouge des services secrets canadiens.

— D'après les compétences que j'ai relevées dans ton CV, je pensais te mettre à la tête de l'un de mes groupes d'intervention qui traque en ce moment le bras droit du terroriste, Vladimar. Malheureusement, au moment où nos ennemis découvriront ton existence, tu deviendras une proie et les choses risqueront de se compliquer drastiquement.
— Je sais me défendre.
— Vraiment ?

Raphaël fronça les sourcils, soudainement inquiet, mais, en un clignement d'œil et un juron, il se retrouva le dos plaqué sur la table basse, une main de Théo le maintenant par le col et un genou sur son torse pour l'immobiliser. Furieux de se trouver ainsi maîtrisé, le plus jeune voulu se débattre, mais le canon froid d'une arme à feu se posa sur son front et son regard fut happé par celui du brun.

— Voilà qui règle la question.

Théo lui envoya un sourire narquois et le blond, sous-estimé, sentit la défense du plus grand s'alléger et il sauta sur l'occasion. D'un enchainement rapide, il le désarma, envoyant l'arme glisser au sol et, profitant de l'effet de surprise, il fit basculer le brun et en profita pour lui donner un coup mesquin. Mais, avant qu'il ne parvienne à l'immobiliser, Thorin dont les réflexes étaient maintenant bien rôdés, repris le dessus et, sans qu'il ne sache comment, Raphaël se retrouva une nouvelle fois plaqué face contre la table, le plus grand installé à califourchon sur lui, lui maintenant les bras dans son dos d'une main, plaquant ses épaules contre le table de l'autre et, encore une fois, le plus jeune ne put que grincer des dents.

— Non, tu ne sais pas te défendre. Ne fais pas l'erreur de surestimer tes capacités ou de sous-estimer les leurs. Si ton agilité, ton expérience et ta dextérité te donnaient l'avantage sur eux lorsque tu étais elfe, aujourd'hui, vous jouez d'égal à égal, ils sont autant humains que toi et bien plus costauds. Ils sont aussi entrainés, armés, et extrêmement à l'aise avec les armes à feu… Ils ne feront qu'une bouchée de toi, crois-moi…
Got you, lâche moi maintenant.

Théo haussa un sourcil, puis il laissa son regard glisser sur le corps emprisonné par le sien et une drôle d'émotion l'assaillit lorsqu'il se délecta de la vue. Après tout, Thranduil, le grand roi de Mirkwood, le bâtard tout puissant qui s'était détourné d'eux et qui avait régné en ne suivant que ses propres intérêts, s'était réincarné en quelque chose de plutôt appétissant, sans défense et, actuellement, totalement à sa merci.
Le plus jeune sembla suivre le cheminement de ses pensées, car il commença à se débattre, mais Théo n'eut aucun mal à l'immobiliser en souriant dangereusement.

— Si tu veux que je te lâche, il va falloir que tu me le demandes plus poliment.
Fuck you !
— T'es vraiment un cas, toi… Je veux bien croire que tu possèdes ta fierté, mais un simple « S'il te plait » me suffit et tu auras l'air moins con que si tu restes comme ça…
— I don't give a damn ! Je ne suis pas le premier qui aura l'air con en refusant de ployer devant l'autre ! Let me go, fucking bastard !
Je t'ai connu plus poétique, tu sais… Les Etats-Unis ont vraiment un don pour transformer les gens… Mais c'est comme tu veux, de nous deux, je ne suis pas celui qui est dans la position la moins confortable… Je suis patient, je peux attendre…

Raphaël feula dangereusement et, sous sa main, Théo sentit son corps se tendre sensiblement, tel un félin qui s'amasse avant de bondir. Alors il assura sa prise qui maintenait les bras, s'assurant tout de même de ne pas brusquer le poignet blessé, même si l'idée de le heurter par mégarde le tentait, puis il attendit et, n'ayant rien d'autre à faire, il observa le corps crispé qui était coincé sous lui. Il détailla la nuque pâle qu'il devinait sous ses cheveux fins, le profil élégant dont les traits qui étaient restés considérablement similaires à ceux du seigneur elfe irradiaient d'une beauté troublante qui n'était pas humaine.

— Dit, moi, Raphaël, as-tu une petite amie ?
Fuck off !
Un petit ami alors ?
— Qu'est-ce que ça peut te foutre ?
— Rien, je suis simplement curieux de savoir si tu t'es adapté à ce monde et si tu as réussi l'exploit, malgré ton caractère de merde, de nouer des liens, ou bien si tu as gardé cette réputation de sainte nitouche intouchable et mal baisé…
How dare you-
Mais je me demande pourquoi je te pose cette question… Comme si toi tu étais capable de fraterniser avec qui que ce soit… Alors pour ce qui est de laisser un simple humain te toucher…
Shut up, tu ne me connais pas !
— Tu as une famille ? Des frères, des sœurs ? Si tu tiens à eux, tu ferais mieux de me le dire rapidement, histoire que l'on prenne dès maintenant des mesures de précaution…

Raphaël serra les lèvres, sans un mot, et Thorin, qui pensa qu'il n'obtiendra pas non plus de réponse à cette question, allait passer à autre chose, mais le blond se mit à parler doucement :

— J'ai une sœur de vingt-quatre ans. Elle vit à Boston en ce moment, elle vient de finir ses études de biologie et elle a été recrutée dans un laboratoire pharmaceutique.
— Vous êtes proches ?
— Plutôt, oui.
— Et elle sait ? Pour… ta première vie, elle est au courant ?
— Bien sûr que non ! Lucas et toi êtes les seuls à vous en être rendu compte.
— Tu n'en as jamais parlé à personne ? Comment as-tu réussi à trier tout seul tes souvenirs sans te penser fou et sans le devenir ?
— Ça n'a pas été difficile, je ne me rappelle de presque rien…
— Comment ça ?

Raphaël fronça les sourcils, sans répondre et, lorsque la poigne sur ses bras se relâcha sensiblement, il roula des épaules pour soulager la tension qui les habitait, puis il retint son souffle lorsque Théo se pencha sur lui, sincèrement curieux.

— Cela fait combien de temps, Raphaël, que tes souvenirs ont commencé à revenir ? Quelques mois, quelques semaines ?
— Deux jours.
— Deux jours !?

Les yeux écarquillés, le brun se redressa subitement en sondant le plus petit attentivement. Celui-ci profita de la surprise pour récupérer ses bras en gémissant d'inconfort et il chercha à se relever, mais la main de Thorin qui était restée sur ses épaules se fit plus lourde, le condamnant à rester face contre la table.

— Je suppose donc que s'ils reviennent en ce moment, c'est grâce à Fitzgerald… A tous les coups, tu n'avais aucun souvenir de mon existence avant que tes yeux ne tombent sur moi, de même pour Azog… Je me disais bien que tu avais remarquablement bien encaissé le savoir de Thranduil… En réalité, tu n'as que des bribes, et aussi son caractère… Que sais-tu d'autre sur ton ancienne vie ?
— Rien. Comme tu dis, je n'ai que des bribes qui se ravivent lorsque je vois quelque chose ou quelqu'un qui évoque… ma première existence.
— Tu sais… J'imagine que tu te poses beaucoup de questions vis-à-vis de cette histoire… Si tu v-
— Je n'attends rien de toi !
— Tu as tort… La mémoire que porte ton esprit va te revenir peu à peu, sous forme de rêves ou de flashs… sauf que ton cerveau n'a pas la capacité d'ingérer tout ça… Ce fut déjà dur pour moi alors que je n'ai pas vécu plus de deux siècles, donc qu'en sera-t-il pour toi qui es mort millénaire ? Les souvenirs de cette vie vont se noyer dans ceux de Thranduil, qui te consumeront… Tu es condamné à devenir fou, Raphaël.
— Je ne vois pas en quoi tu pourras me venir en aide dans ce cas-là !

La voix était soudainement inquiète et le brun ne manqua de relever la manière dont son visage se faisait de plus en plus pâle. Inconsciemment, la main qui tenait l'épaule se fit plus douce, presque rassurante et il se pencha sur le plus jeune qui tâchait de rester brave, même si sa situation l'alarmait.

— Je peux t'aider, j'en ai les moyens… Mon frère aîné a passé dix ans à étudier ce phénomène, il a eu l'occasion de rencontrer plusieurs réincarnations d'elfe, certains fous à lier, incapables de dormir sans de lourds traitements, d'autres qui sont parvenus à surmonter l'épreuve et qui arrivent à vivre avec, même si ces gens-là ont… quelques déviances vis-à-vis de la société actuelle. Rob est aujourd'hui psychiatre reconnu et ce n'est pas rare qu'il intervienne auprès de gens qui se retrouvent, comme toi, confrontés à leurs souvenirs.
— Parce que… c'est ainsi que ça se passe ? Le Valinor et les rivages blancs, ce sont des bullshit ? Non seulement les chinois ont raison au sujet de la réincarnation, mais en plus, nous sommes condamnés à revivre dans ces corps atrophiés ?
C'est un peu plus compliqué que ça… Je veux bien t'en dire plus, mais je ne sais pas si tu le mérites... Et puis le corps humain n'est pas si atrophié que ça, tu finiras par te rendre comptes que les sentiments qui le gouvernent valent tout ce que tu as perdu…

Raphaël serra les lèvres et resta immobile et silencieux, digérant doucement ce que Thorin lui annonçait et terrorisé à l'idée de se retrouver submerger par les souvenirs colossaux que portait son esprit. Le brun l'observa rassembler ses pensées sans chercher à prendre la parole, il savait que ce genre de chose était assez déroutant, à la différence que lui avait eu Finn et Rob à ces côtés, ainsi que l'esprit très malléables propre aux enfants qui lui avait permis d'accepter plus facilement la chose.

Raphaël aurait très bien pu passer sa vie entière sans jamais entendre parler de la Terre du Milieu ou bien des elfes de la forêt noire, mais sa première vie l'avait rattrapé et Thorin regrettait simplement que Lucas ait mis la main sur le plus jeune avant lui, car le brun se serait fait un plaisir de s'occuper de la réincarnation de Thranduil avec plus ou moins de finesse.

May you, please, let me go, now?
— If you wish it…

Amusé de l'entendre s'arracher la gorge sur des mots qu'il n'avait, sans aucun doute, pas l'habitude d'employer, même dans sa langue natale, Théo se souleva pour se réinstaller dans son fauteuil qui faisait face à celui du blond qui s'assit lui aussi, le regard noir.

— Et si nous en reprenions là où nous étions arrêtés, avant que je ne te démontre que tu es incapable de te défendre seul ? Et donc, par conséquent, tu intégreras mon équipe, il y a justement une place qui vient de se libérer…
— Et ça consiste en quoi ?
— Jayden Cooper traquait les cibles potentielles d'Azog, ce qui nous a permis plus d'une fois d'avoir quelques coups d'avance et d'empêcher à quelques réincarnations d'elfes de subir quelques moments… désagréables.
— Comment ça ?
— Il se trouve qu'ils ne tuent pas leur proie, c'est la raison pour laquelle ils deviennent de plus en plus tristement célèbres, en plus du fait que, aux yeux du commun des mortels, ils attaquent de manière totalement aléatoire… Ils les mutilent, les défigurent, saccagent leur vie, mais ne les tuent jamais.
— Pourquoi ?

Thorin resta silencieux, quelques secondes, observant la manière dont le plus jeune étudiait les dossiers qu'il avait sous les yeux, ses longs doigts caressant distraitement le bord acéré des feuilles. Le blond s'immobilisa soudainement et fronça les sourcils lorsque son regard tomba sur plusieurs photos des victimes d'Azog.

— Mais, ce sont…
— Il existe une théorie vraisemblable qui veut que les âmes qui sont réincarnées aujourd'hui sont celles des guerriers morts au combat durant le siècle que nous avons connu, plus ou moins, la période n'est pas du tout approximative… Donc, si elle s'avère fondée, tu es censé tous les connaître, Thranduil, car les elfes morts à cette période étaient tous sous tes ordres, lorsque tu les as contraint à…
— Ils sont morts à cause de ta folie ! La tienne et de celle de ta race !

D'un geste furieux, Raphaël avait frappé le poing sur sa table et, en réponse, les pupilles de Théo se rétractèrent et il se tendit, prêt à répliquer. Ils s'affrontèrent du regard, puis le plus grand récupéra les dossiers, maîtrisant sa voix pour reprendre calmement, passant outre la remarque su plus jeune :

— Il y a une autre théorie, à laquelle Azog semble croire : Certains pensent que le corps humain n'est qu'un passage pour rejoindre « le paradis », Valinor ou les Halls d'Aulë en ce qui nous concerne, quelque chose qui ressemble certainement à l'enfer, avec Morgoth, Sauron et tout, pour les esprits orcs. Cette théorie stipule que nous n'avons pas su trouver le passage lors de notre première mort, car le terme de notre existence n'était pas notre destinée ou une connerie du genre, et l'existence humaine nous permettra de le retrouver, à terme, si on a été sage. Il s'agirait d'un passage, en quelque sorte. Personnellement, je ne m'accroche à aucune de ces théories, je préfère attendre, profiter, surtout que j'ai l'occasion de rattraper beaucoup de choses, puis voir où cela nous mène. Par contre, Azog croit dur comme fer à cette deuxième théorie.
— Et donc, il fait en sorte de piéger les âmes ennemies…
— En s'assurant ainsi d'avoir une place de choix auprès de Morgoth une fois arrivé au terme de son voyage… C'est en cela qu'il croit, oui.
— Je vois.

La voix était basse, mais Thorin releva sans mal le souffle déterminé qui la fit vibrer. Raphaël n'était pas si indifférent, finalement, et apprendre qu'une lourde menace pesait sur les sujets qui l'avaient suivi dans la mort faisait rugir le roi qui était en lui.

oOo

— Je suis vraiment désolée, Ethan…
— Arrête un peu de t'excuser pour un oui ou pour un non.
— Tu mérites tellement-
— Tais-toi… De nous deux, c'est moi qui suis en train de me faire plaquer, c'est donc à moi de me lamenter.

Il la fit taire en l'enlaçant doucement, comme il en avait l'habitude depuis l'enfance et ils restèrent silencieux, observant sans un mot la brume qui se levait du jardin à l'italienne en contrebas. Bien sûr qu'il avait la gorge obstruée et qu'il se battait pour contenir les larmes qui couleront à l'instant où il se retrouvera seul, mais il sentait que lutter contre les sentiments de Billie ne leur apporterait rien.
Il l'avait perdue à l'instant où elle s'était jetée sur la voiture de Dwalin pour lui demander de l'aide, lorsque son regard avait croisé celui de Jayden dans le rétroviseur. Et puis Ethan avait toujours su, au fond de lui, que même si Billie l'aimait d'un amour sincère, il n'en restait pas loin qu'elle appartenait à l'homme de ses rêves, il ne faisait tout simplement pas le poids et il était suffisamment lucide pour comprendre qu'une page s'était irrémédiablement tournée, quoi qu'il fasse. Il déposa un léger baiser sur le front de la plus jeune et il raffermit son étreinte.

— Tu sais, Billie, tu restes ma meilleure amie avant tout… Si te perdre en tant que petite copine est supportable, je suis par contre incapable de supporter l'idée de te voir partir de ma vie… Tu… Tu restes celle avec qui j'ai grandi, la seule personne qui accueillait mes confidences sans me juger… Je t'aime, du fond du cœur, je t'aime Billie. Je pense que je ne peux que me réjouir pour toi, mais je te demande tout simplement de ne pas m'oublier.

En réponse, elle enroula ses bras autour de ses épaules pour cacher son visage dans la nuque du plus grand, comme elle l'avait toujours fait après un cauchemar.

— Promis.

A l'intérieur de la villa, prenant sur lui pour ne pas montrer à quel point la présence d'Ethan le contrariait, Dwalin, suivait l'actualité sur les attentats de Londres, inquiet. Son portable vibra soudainement et il décrocha immédiatement.

— Théo ? Tu es où ?
— Dans un avion, pour Londres, je ne sais pas si tu es au courant, mais-
— Oui, toute la presse en parle, c'est difficile de passer à côté. Tu as des nouvelles d'Eirik ?

Le silence qui s'étendit à l'autre bout du fil l'amena à pousser un juron et il se laissa tomber en arrière dans le canapé.

— Ils ont mis la main dessus ?
— Ce n'est pas confirmé. Il est pour l'instant porté disparu par les autorités londoniennes… Peut-être a-t-il réussi à-
— Il faut l'espérer… Tu dois faire attention à toi, Théo, ils vont certainement essayer de te faire chanter.
— Je sais, mais il est hors de question que je le laisse. Frérin vient de m'appeler. Apparemment, Kili a contacté quelques... Amis à lui qu'il a mis sur le coup.
— Des mafieux contre des terroristes, on aura tout vu… Frérin et Kili ne sont pas avec toi ?
— Kili a sauté dans le jet dès qu'il a appris pour Londres, Frérin l'a suivi. J'étais aux bureaux, j'en ai profité pour récupérer le plus d'informations possible avant de décoller… Comment ça va de ton côté ?
— On a eu quelques soucis : Ethan, le petit ami de Billie, s'est fait enlever par les hommes d'Azog. Mais on a géré ça rapidement et sans bavure.
— Je vois… Ils sont de plus en plus déterminés.
— De plus en plus nombreux, surtout, et organisés aussi… Il serait temps de demander des renforts et le mettre hors service une bonne fois pour toute… Est-ce que tu as besoin de mon aide ? J'ai regardé les horaires de vol, je pourrai être à Londres demain.
— Tu ne comptes pas rester avec elle ?
— Je ne peux pas rester à me tourner les pouces si je sais que Fili est sans doute en train de se faire torturer à l'heure qu'il est et que je peux faire quelque chose pour empêcher ça.

Le silence qui lui répondit rappela à Dwalin que Thorin n'avait pas encore accepté cette idée et il s'en voulu d'avoir annoncé tout haut ce que son ami redoutait sans oser y penser réellement.

— Je ne sais pas. Je ne me suis pas encore suffisamment rendu compte de la situation pour te dire avec exactitude si ton aide est nécessaire. Je pense que tu ferais mieux de rester sur la côte Est, Azog semble avoir une planque sur Philadelphie ou bien de ce côté là, j'ai demandé à une équipe de se charger de la débusquer… Et puis s'il commence à s'en prendre aux proches d'Ori, mieux vaut que tu sois là pour assurer le coup. Surtout que les termes de notre contrat sont très clairs : tu quittes l'équipe au moment où tu retrouves Ori.
— Certainement, mais c'était sous condition et il est hors de question que je vous laisse dans votre merde.

Du coin de l'œil, il vit Billie et Ethan rentrer dans la villa et il s'excusa auprès de Thorin, lui assurant qu'il était prêt à prendre le premier vol si son ami le rappelait.

— Attend, j'ai juste une dernière question à te poser.

Le ton s'était fait plus bas, presque conspirateur et Dwalin fronça les sourcils en se demandant ce que Thorin pouvait bien avoir en tête.

— Je t'écoute.
— Est-ce que, par hasard, tu te rappelles de la manière dont Thranduil est mort ?
— Sa majesté des elfes ? Je n'en sais rien. Je ne me rappelle pas de tout, tu sais, et puis le dernier siècle que j'ai vécu est assez flou, je ne me suis pas vraiment intéressé à ce qu'il se passait du côté de Mirkwood, on était déjà bien occupé avec les armées du Mordor… Et puis qu'est-ce qui te dis que Thranduil est mort… Ho. Tu l'as renc-
— Merci, je me débrouillerais. Fais attention à toi.

Thorin raccrocha sans lui répondre et Dwalin se demanda un instant ce qu'il devait penser de cette histoire. Mais Ethan et Billie pénétrèrent dans le salon, en face du plus grand qui rangeait son portable en suivant du regard le texan qui ramassa nerveusement son paquet de clopes avant de retourner sur la terrasse, le visage sombre et sans lui accorder le moindre regard.

— Qu'est-ce qu'il a ?

Billie, qui était restée plantée au milieu du salon, pris sa respiration avant de s'asseoir sur le canapé, à côté du plus grand.

— Je viens de lui expliquer que… lui et moi… C'est fini.
— Comment l'a-t-il pris ?

Dwalin fit en sorte de paraître parfaitement détaché, mais, au fond de lui, son sang rugit soudainement de bonheur aux mots de la plus jeune.

— Plutôt bien… Du moins, en apparence, il a un don pour cacher ses émotions… J'espère ne pas lui avoir fait trop de mal.
— Tu lui aurais fait du mal si tu avais à tout prix essayé de continuer avec lui alors que la flamme est éteinte. Mieux vaut s'arrêter sur un bon terme qu'attendre que les choses s'enveniment.
— Ca t'arrange bien, toi.
— Tu n'as pas idée…

Billie rougit subtilement sans supporter le regard trop intense de Jayden et elle reprit sa respiration.

— Si j'ai rompu avec lui, c'est parce que, comme tu dis, la flamme est éteinte et je préférais ne pas forcer les choses jusqu'à me dégoûter de lui. Ce n'est pas pour te sauter dessus moins d'une heure après.
— Peut-être, mais je me plais à croire que si la flamme s'est éteinte, c'est grâce à moi…
— Bien sûr que ça l'est ! Mais ce n'est pas une raison…
— Toujours tes principes…

Il lui lança un sourire qui la fit frissonner, mais elle ne se laissa pas séduire, refusant de tomber dans ses bras, surtout pas alors qu'Ethan était encore dans les environs. Jayden sembla comprendre ses réticences et il ne força pas la chose.

— Qu'avez-vous prévu ?
— Ethan ne veut pas rentrer maintenant au Texas. Il a besoin de réfléchir, je pense. Il part demain matin à Baltimore, prendre un avion pour New York, il a de la famille là-bas.
— Et toi ?

Elle se tritura un peu les doigts, le regard fuyant, puis elle parla timidement :

— Il y a un vol demain en fin de soirée pour Houston, ma mère pourra m'y récupérer. Mais… Je… ne peux tout simplement pas me résoudre à me séparer de toi…
— Il en est hors de question.

Elle hocha la tête, puis avec douceur, non sans rougir, elle posa sa main sur celle du plus grand qui noua leurs doigts ensemble.

— Est-ce que tu préfères… Que je t'appelle Jayden ou Dwalin ?
— C'est comme tu veux… Nous pouvons reprendre du début, apprendre à nous connaître petit à petit, ou bien… sauter quelques étapes…

Elle poussa une légère exclamation surprise lorsque le plus grand, d'un geste agile, l'attrapa par la taille pour la faire glisser à califourchon sur ses genoux, sans la lâcher de son regard intense. Elle le dévisagea longuement, puis, avec délicatesse, elle se pencha sur lui pour déposer un bref baiser sur sa joue.

— Je t'ai déjà dit que je ne voulais pas manquer de respect à Ethan.
— Il paraît que vous avez rompu…

Il lui envoya un regard qui la troubla, mais elle se redressa.

— Il est toujours dans cette maison…
— Si ça n'avait pas été le cas, qu'aurais-tu fait ? Ori était plutôt… spontané, dans le genre.
— Ne fait pas l'erreur d'imaginer me connaître simplement par les souvenirs que tu as d'Ori. Je suis une cow-girl du Texas, maintenant.
— Qu'est-ce que ça change ? Je sais de quoi il s'agit : tu es Ori, tu as gardé son caractère, c'est flagrant, même si je veux bien croire que certaines choses ont changé… Surtout ça, là.

Taquin, il posa franchement la paume sur un sein qu'il eut le temps de malaxer légèrement avant qu'elle ne lui retire sèchement la main, non sans avoir couiné pathétiquement. Puis elle s'exprima avec fierté :

— Je suis triple championne du club de tir de ma région, capable de toucher une cible en mouvement à cinq cent mètres avec un Remington 700 !
— Tu tires au sniper ?
— Ce n'est pas Ori qui le ferait, n'est-ce pas ? Mon père m'en a offert un pour mes vingt ans. Je n'avais qu'une vieille carabine avant, avec laquelle je dégommais les boîtes de conserve à cent mètres.

Dwalin haussa un sourcil franchement intéressé et il étudia plus intensément la jeune femme. Il se savait profondément amoureux d'Ori à un point où il ne s'était posé aucune question en ce qui concernait sa réincarnation, persuadé qu'il ne pouvait pas être déçu et s'étant préparé à tout, et surtout, au pire, que ce soit l'âge, l'origine, la mentalité, la situation familiale, peut-être même casé et avec des enfants… Mais il ne s'était pas vraiment attendu à tomber sous son charme une nouvelle fois.
Comme il l'avait souligné, elle était Ori, elle avait son caractère, ses mimiques et même son physique, masqué par sa féminité et son humanité, mais elle avait aussi sa propre personnalité et le plus grand adora découvrir ces aspects qu'il ne connaissait pas de celui, ou celle, dorénavant, qui faisait battre son cœur et que la vie au Texas avait révélés.


oOo

Merci d'avoir lu !
Et encore merci à ceux qui prennent le temps de reviewer.

Au prochain épisode :

Dwalin fait une découverte au sujet de Billie;
Les frères Robben VS les frères Holmes, première manche;
Des mafieux italiens, des terroristes slaves, des agents canadiens et les services britanniques pour une mission commando bordélique;

*
Ho, et je ne peux pas m'empêcher de faire de la pub,
donc je le dit à mes lecteurs cavaliers :

Venez nous voir au salon du cheval, on fait des démo d'équitation islandaise !
En plus, demain, à 10h, on aura la grande carrière, alors on vous propose du beau spectacle !
(Pour une fois que c'est pas fait à l'arrache et qu'on s'entraine un minimum avant de faire des démonstrations...)

Bref, c'était l'instant pub, vu que je suis très impliqué dans la promotion du cheval islandais depuis quelques années,
Et que là il s'agit d'un évennement majeur,
Je commence à en parler partout, même dans mes blogs de dessin, alors pourquoi pas ici ?