9_ Sous le masque
Cette nuit-là, le pyromane venait encore pour « payer » la réparation de son lance flamme. Un lit repliable avait été installé dans l'atelier pour éviter les allers retours entre la chambre et la salle de travail. L'ingénieur était assis sur le matelas un peu dur et il regardait avec un sourire bienveillant son collègue entre ses jambes. La petite lampe de bureau était la seule source de lumière dans la pièce, éclairant les deux amants et plongeant les recoins dans la pénombre.
-Faudrait p't'être que j'pense à t'rendre la monnaie, non ?
Pyro releva la tête, gardant juste le gland de son partenaire sur la langue. Visiblement, il ne comprenait pas ou voulais en venir l'homme au casque jaune. Celui-ci lui fit reculer la tête d'une caresse sur la tête et il l'empoigna par les bretelles pour le relever près de lui. Il fit sauter les sangles en un tour de main et dégagea les épaules brûlées du jeune homme après avoir fait glisser la fermeture. Le démarreur de feu portait un débardeur blanc comme tout le monde sous son costume, et il fut vite enlever, dévoilant le torse à la peau torturée. Mais Engie n'en avait que faire, il voulait Pyro. Ce dernier avait compris le message et, dans un baiser langoureux, il débarrassa le mécano du haut de sa salopette et de sa chemise. Il enleva également ses propres chaussures en jouant du pied pour que l'autre puisse continuer de le déshabiller.
Une fois que son amant fut nu comme un ver, à part le masque remit en place et les gants, l'ingénieur le fit asseoir à cheval sur ses genoux, face à lui, pour embrasser son cou fragile. Sa main découverte caressa la peau blessée mais douce du pyromane. Ce contact chaud éveillait quelque frisson à mesure qu'il descendait sur le corps qui le chevauchait.
L'autre main, gantée de jaune, elle, coulait le long de la colonne vertébrale. Un doigt vint glisser entre les fesses du pyromane, le faisant sursauter.
-Ah oui, par contre, c'est papa qui pilote, informa Engie.
Il entendit pour toute réponse un bafouillage étouffé et un petit cri quand son doigt entra.
Le démarreur de feu s'accrocha aux épaules de son partenaire et vit derrière lui un petit flacon de lubrifiant mal rebouché. Il avait réellement tout prévu.
-T'en fais pas, j'connais, lui murmura-t-il pour le rassurer.
Il embrassa le masque noir tout en frayant une ouverture du bout de son gros doigt.
Ensuite, il l'enleva et dans une roulade il parvint à coucher Pyro sur le ventre en travers du matelas. Lui était debout et enlevait sa ceinture le temps que le jeune homme se mettent à quatre pattes, quelque peu désorienté. Il ne voyait pas l'ingénieur abaisser sa salopette et son sous-vêtement pour libérer son membre dur. Il se pencha un peu sur le pyromane, lui accordant une caresse et des mots-doux. Lorsque son pénis approcha de l'entrée, se frottant doucement contre l'anus rose, il tremblait d'excitation. Il se retenait de ne pas pénétrer son amant avec trop de force pour ne pas le blesser. La tête de son sexe glissa à l'intérieur très doucement. Ses mains flattaient gentiment les fesses rondes de l'incendiaire. Mais bientôt ce ne fut plus pour caresser mais pour maintenir le postérieur de son collègue contre son bas ventre.
Engie se sentait tellement bien, accueillit par la chaleur de ce corps qui l'avait toujours intrigué. Il poussa un soupir et recula progressivement ses hanches pour rentrer de nouveau, ignorant les gémissements du jeune homme. Il s'enfonçait toujours plus loin en lui, comme s'il désirait à tout prix fusionner avec son amant. Il fut un peu plus brusque dans ses va et vient et légèrement plus rapide.
Pyro éprouvait à la fois de la douleur et du plaisir. Il sentait tout son organisme trembler sous la robustesse de l'autre homme. Les deux grosses mains le maintenant avec force l'empêchaient de bouger le bas de son corps, si bien que lorsque le bas ventre de l'ingénieur vint donner un coup de butoir un peu trop violent, ses bras cédèrent et il se retrouva affalé sur le matelas, le cul en l'air, incapable de se relever.
Cela fit sourire le meneur qui continua d'entrer et sortir, frappant de son corps les fesses de son partenaire en grommelant de plaisir. Il poussait un souffle rauque chaque fois que son pénis glissait dans la chaleur du rectum et marmonnait parfois « Pyro, oh Pyro, bon Dieu ! ». Tandis que le pyromane suivait le mouvement « Mph !...mph !... mph !...mfff !...mph ! »
L'ingénieur se mordait la lèvre inferieur pour ne pas faire trop entendre son plaisir qui montait à vive allure et bientôt il se libéra. Il sentit le corps dans lequel il était tressaillir puis se détendre.
« Mmh…Mmmmmmmmmmmmh… .» Le liquide chaud qui jaillissait en lui apaisait toutes les douleurs qu'il avait eu avant, le comblant de bonheur.
L'homme plus vieux se retira et se laissa tomber sur le dos à côté de son amant, quelque peu essoufflé. Puis il tourna la tête vers le masque à gaz et parvint grâce à la lumière à distinguer un œil. C'était un œil clair, peut-être bleu qui le regardait d'un air fatigué mais admiratif et aimant. Engie rit et lui frotta la tête :
-Moi aussi j'sais chauffer, et pas b'soin d'lance flamme hein ?dit-il pour plaisanter. Mais tu peux r'baisser ton cul, petit, j'suis un peu rouillé pour faire ça d'fois d'suite !
Pyro rit aussi, il n'avait pas remarqué qu'il avait gardé la même position. Il vint alors se caler dans les bras de l'ingénieur, frottant son torse humide de sueur. L'autre l'embrassa sur le front et demanda :
-Tu t'inquiétais qu'tes cicatrices me r'pousse ?
L'homme au masque à gaz hocha timidement la tête de haut en bas. Alors Engie enleva son gant jaune. Il ne le vit pas mais Pyro écarquilla les yeux à la vue de la main mécanique au bout du bras droit de son partenaire.
-J'ai eu un p'tit accident y a deux ans, expliqua-t-il, un problème de Respawn et je m'suis r'trouver avec une main en moins. Mais ça m'a pas arrêté ! J'conçue ce p'tit bijou et d'puis j'm'en sors plutôt bien ! Enfin, à toi d'me confirmer, gamin.
Le jeune homme hocha vivement la tête, totalement impressionné car il n'aurait jamais soupçonné que ça main n'était pas de chair sous le gant.
Mais des bruits dans le couloir les tirèrent de leur béatitude. Ils se rhabillèrent en vitesse, rangèrent et ajustèrent les draps du lit. Puis le pyromane se tourna pour repartir mais l'ingénieur de nouveau assis sur le lit l'interpella :
-Hé, petit… Est-c'que je saurais à quoi tu r'ssemble un jour ?
Son sourire fut si doux qu'il fit faire un bond au cœur du démarreur de feu. Il se figea puis serra ses mains en marmonnant, ne sachant que répondre. Mais il ne put résister à ces lèvres douces étirées de chaque côté sur le visage serein de l'homme plus âgé. Il s'avança et s'installa à genoux, au pied de l'ingénieur, et il posa sa tête sur sa cuisse. Il lui laissait le choix.
Engie prit les bords du masque qui descendaient dans le cou, souleva précautionneusement et alors il le vit.
Il se revit il y avait quelques années avec sa femme. Ils se promenaient dans un parc, il faisait beau et chaud. Elle se tenait contre lui, entourant son bras robustes des siens, et lui, il regardait le paysage, profitant du vent qui le rafraichissait. Au bout du parc il y avait des HLM qui entouraient une toute petite coure décorée d'un arbre et de quelque banc autour. Ils avaient décidé de s'asseoir là un moment pour reposer leurs jambes et profiter de l'ombre. Mais alors ils avaient entendu des cris. Un jeune garçon d'une vingtaine d'année plus loin, au pied d'un des bâtiments. Quelques habitants étaient sortis sur leur balcon, bras croisés pour voir l'homme bruyant. Il ne se rappelait plus de ce qu'il disait à ce moment. Il avait l'air malheureux et désespéré mais malgré ça, personne ne l'aidait. Et alors qu'il examinait l'inconnu, il aperçut aux pieds de celui-ci deux jerricans apparemment remplit. Tous les voisins étaient là lorsque le gamin avait renversé le contenu sur lui-même en pleurant. Et puis il avait sorti un briquet.
Là, Engie s'était levé, effaré, il s'en rappelle. Les flammes s'étaient emparées du corps gesticulant du garçon. Ses cris étaient déchirants personne sur les balcons ne daignait bouger.
Il avait jeté un regard à sa femme qui hochait sa tête négativement, mais il ne pouvait pas laisser cette personne brûler sous ses yeux. Il avait attrapé sa veste et accouru auprès du garçon pour étouffer le feu. Une fois les flammes dévorantes disparues, il avait appelé du secours. Il avait gardé le corps de cet inconnu en attendant que l'ambulance arrive et il avait même attendu de connaitre l'avis du médecin, restant plusieurs jours à hanter l'hôpital, au plus grand malheur de sa femme. Jamais il n'aurait pu oublier ce visage mutilé, cette bouche à moitié scellée pour toujours, ces cheveux disparus sur le côté gauche du crâne, et cet œil d'un blanc laiteux qui ne verrait plus jamais.
Engie était plus que surpris. Il hésita puis caressa le visage anciennement blessé du pyromane, les yeux grands ouverts. Il frotta ses paupières et regarda de nouveau le visage posé sur sa jambe.
-Mais… comment…
-Tu te souviens de moi ? demanda Pyro de sa voix cassée.
-Je… Oui, oui, je m'souviens bien d'toi ! Mais…
-Ça n'a pas été facile pour te retrouver, mais j'ai beaucoup travaillé, j'ai tout fait pour être enfin en face de celui qui m'avait sauvé la vie. Je voulais tellement… te protéger à mon tour je…
Sa phrase finit en une quinte de toux.
-Ne… ne force pas, gamin, lui dit l'ingénieur. Je… Aha c'est assez incroyable ! C'est …
-Tu m'aimes toujours ?
-Je… hein ?...
Le seul œil du pyromane fixait l'homme en salopette, puis il ajouta :
-Parce que moi je t'aime depuis le jour où tu as voulu que je vive. Je n'ai jamais pu cesser de t'aimer… je…
Les lèvres de l'ingénieur sur sa joue le firent taire. Le mécano tira son partenaire sur ses genoux et il le sera très fort contre lui.
-Écoute, petit, ça m'touche énormément c'que tu viens d'm'apprendre, et j'veux qu'tu sache que maintenant, t'es à moi, j'te laisserai pas ! C'est compris, gamin ? C'est troublant qu'on c'soit rencontré auparavant dans d'telles circonstances mais ça m'empêche pas d't'aimer.
Il aperçut un sourire puis le corps dans ses bras se relâcha un peu. Il sourit lui aussi et transporta le pyromane jusqu'à sa chambre. Il déposa l'homme en combinaison ignifuge dans le lit et le débarrassa de son harnais et de ses chaussures. Automatiquement, Pyro se tourna pour serrer dans ses bras une étrange peluche rose en forme de licorne avant d'être recouvert d'une couverture par l'ingénieur. « Il est vraiment étrange quand même… Jamais sus ce qu'il avait dans la tête…» se dit-il avant de l'embrasser sur le front et de lui murmurer :
-Oui, Pyro, je t'aime.
Puis il retourna dans son atelier pour enfin finir d'adapter le Respawn à son protéger.
FIN
