Chapitre 8

Le samedi matin, Hermione se réveilla avec une mine affreuse. Elle avait fait un horrible cauchemar. Encore et toujours les mêmes images qui revenaient sans cesse pour la tourmenter. Cette nuit-là, elle avait revu des scènes de la Grande Bataille, de Ron qui se faisait foudroyer par le sortilège de Mort, et ensuite le décor avait brusquement changé. Elle s'était retrouvée au Ministère, avait revécu le moment où Severus la traitait de gamine, puis il y avait eu le contrat de mariage signé avec résignation, les larmes qu'elle avait versées dans les bras de Ginny, et finalement son sentiment de frustration alors qu'elle lisait la dernière missive de Severus. Elle s'était réveillée brusquement, le visage humide de sueur, le cœur battant la chamade et avec ce sentiment d'impuissance qui la rendait si triste.

Après s'être levée et débarbouillée, elle fit une natte avec ses cheveux et sortit de sa chambre en simple nuisette de coton. Il était encore tôt et elle n'avait pas faim. Elle se prépara du thé, s'installa au salon, et prit lentement une gorgée lorsque quelqu'un frappa à sa porte. Elle sourcilla et déposa délicatement sa tasse sur la table basse, se demandant qui pouvait bien lui rendre visite à cette heure un samedi matin. Elle sourit en pensant que ce devait être Ginny qui était pressée d'avoir des détails concernant la rencontre avec sa mère. Elle se précipita pour lui ouvrir en lançant un « J'arrive ! », mais se figea net en voyant que Severus se tenait devant elle. Les deux fiancés restèrent quelques instants immobiles, se dévisageant sans dire un mot, puis soudain Hermione réalisa qu'elle était en tenue plutôt légère. Elle rougit violemment, bredouilla une excuse et courut vers sa chambre pour se mettre quelque chose sur le dos.

Severus demeura un moment dans l'entrée des appartements d'Hermione, la bouche légèrement entrouverte. Certes, il était tôt, mais il n'avait jamais pensé surprendre la jeune Gryffondor dans cette tenue. Et il était totalement charmé par ce qu'il venait de voir. D'abord, il avait observé ses lèvres roses et pulpeuses, puis son cou délicat, qui lui donnaient envie de les embrasser. Ensuite, ses yeux s'étaient arrêtés sur sa poitrine, et il avait entrevu la forme de ses seins, ronds et fermes, sous le mince tissu de la nuisette. Son regard avait rapidement passé sur sa taille fine pour s'attarder sur ses hanches, puis sur ses cuisses, musclées et fuselées. Ces rondeurs toutes féminines, qui invitaient aux caresses, avaient engendré des pensées inconvenantes dans son esprit. Un bref instant, il s'était imaginé avec Hermione, dans une chambre aux lumières tamisées, en train d'embrasser et de caresser ce corps si séduisant.

Severus dut secouer la tête et prendre une grande respiration pour se ressaisir. Bon sang, que lui arrivait-il ? Il avait la gorge sèche et une bosse dans son pantalon. Heureusement que sa robe de sorcier cachait bien son état. Tout en se dirigeant vers le petit salon, il se demanda comment Hermione avait pu devenir une si belle jeune femme en seulement sept ans. Mais il se rappela le but de sa visite, et attendit le retour de sa fiancée en essayant d'effacer sa vision d'elle en nuisette. Hermione sortit de sa chambre vêtue d'un long peignoir, dissimulant ainsi ses formes à Severus. Elle le rejoignit au salon et lui offrit une tasse de thé, qu'il accepta volontiers. Elle l'invita d'un geste à s'asseoir sur le fauteuil adjacent au canapé qu'elle occupait avant son arrivée. Hermione était trop embarrassée pour regarder Severus dans les yeux et n'osait pas entamer la conversation. Après un moment de silence gênant, Severus se décida enfin à parler.

- Hermione, je vous prie de m'excuser pour cette visite impromptue. Je me rends compte qu'il aurait été préférable de vous prévenir à l'avance. Je suis désolé si je vous ai embarrassé. Ce n'était pas mon intention.

Hermione leva les yeux vers Severus et constata qu'il était sincère.

- Vos excuses sont acceptées, Severus.

- Dites-moi, qui espériez-vous voir ce matin ?

- Oh, je croyais que c'était Ginny… Elle a l'habitude de passer ici tous les jours.

Ils burent une gorgée de thé et Severus déposa ses mains élégamment sur ses cuisses avant de poursuivre la discussion.

- Vous devez connaître la raison de ma visite, je suppose. J'ai attendu votre réponse à ma lettre, mais comme elle tardait à arriver, j'ai décidé de venir jusqu'ici.

- Et bien, j'ai eu besoin de temps pour réfléchir à tout cela. Je dois dire que je suis très déçue que mes parents et amis ne soient pas conviés à la cérémonie de mariage. Pour mes parents, je peux comprendre; Molly m'a expliqué qu'ils ne peuvent pas entrer au Ministère de la magie parce qu'ils sont Moldus. Mais pour ce qui est de mes amis, je trouve ça injuste.

- Je vous rappelle qu'il y a quelques semaines à peine, ni vous ni moi ne désirions nous marier. Vous n'êtes pas sans savoir que le Ministère rend tous les mariages publics par le biais de la presse sorcière. Il m'apparaît donc inutile que vos amis assistent à cette cérémonie.

Hermione, indignée, haussa le ton.

- Ce n'est pas une raison valable ! Qu'est-ce que vous avez contre mes amis ? De quoi avez-vous peur ?

Severus lui lança un regard noir et haussa le ton à son tour.

- Je n'ai rien contre vos amis, Hermione. Je ne veux tout simplement pas être témoin de leurs regards dégoûtés et de leurs messes basses lorsque nous unirons nos magies ! Je tiens à ce que nous soyons seuls avec nos témoins à la cérémonie.

- Vous vous méprenez totalement en ce qui concerne mes amis. Ils ne sont pas dégoûtés par notre union et ne disent aucune méchanceté sur nous. (Severus la gratifia d'un haussement de sourcil démontrant son scepticisme.) Quoiqu'il en soit, j'accepte de renoncer à leur présence au Ministère, puisque vous insistez.

- Bien. Voilà une chose de réglée.

- En revanche, j'inviterai qui je veux à la réception que donneront mes parents ! Toute ma famille et mes amis seront présents !

Severus contenait sa colère du mieux qu'il le pouvait. Il s'obligea à baisser la voix pour ne pas effrayer Hermione.

- Cela représente combien de personnes ?

- Et bien, je ne sais pas. Je ne les ai pas encore comptées. J'ai fait une liste et…

- Montrez-moi cette liste !

Hermione jeta un regard furieux à Severus et se leva pour aller chercher sa liste d'invités. Elle revint et tendit le parchemin à Severus qui le lui arracha des mains. Hermione retourna s'asseoir à sa place avec un air boudeur. Severus consulta la liste tout en grommelant des paroles inaudibles. Puis, il sourcilla quand il lut les noms de tous les membres de la famille Weasley.

- Pourquoi les Weasley ? Vous étiez fiancée à leur cadet, il me semble. Cela risque de créer une ambiance étrange, ne croyez-vous pas ?

- Non, Severus. Les Weasley sont comme une deuxième famille pour moi. Je tiens à ce qu'ils soient tous présents.

- Bon, d'accord, puisque vous y tenez… Par contre, est-il vraiment nécessaire d'inviter des Aurors, votre famille éloignée et tous vos camarades de Poudlard ?

- Oui, bien sûr ! Ces personnes sont importantes pour moi. La plupart d'entre elles ont combattu à mes côtés et je suis proche de ma famille !

- Il va pourtant falloir que vous fassiez un choix. En ne comptant pas vos parents ni nos témoins, je suggère qu'il n'y ait pas plus de quinze invités.

- Quoi !? Mais enfin, c'est ridicule ! Vous coupez au moins la moitié de ma liste… Je refuse !

Severus poussa un long soupir en se pinçant l'arrête du nez. Il était conscient qu'il faisait de la peine à Hermione et voulait clore cette conversation au plus vite.

- Je propose donc vingt invités. C'est ma dernière offre. Je veux un mariage simple et discret.

Hermione baissa la tête pour cacher les larmes qui menaçaient de couler et se contenta de murmurer un « entendu » en guise de consentement. Severus reprit du thé pour laisser le temps à sa fiancée d'encaisser le coup. Elle se redressa pour reprendre la parole.

- Au fait, je vous ai trouvé un témoin.

- Ah bon ? Merlin soit loué ! Je ne savais vraiment pas à qui demander cela. Qui est-ce ?

- Harry s'est proposé de lui-même. J'ai immédiatement accepté puisque je le considère comme un frère et que pour rien au monde je n'aurais voulu qu'il manque la cérémonie.

- Potter ? Ma foi, je dois avouer que je suis surpris. Je croyais qu'il me haïssait…

- Oh, c'était le cas. Disons qu'aujourd'hui il vous porte un certain respect pour la protection que vous lui avez apportée. Il ne le fait pas vraiment pour vous; il le fait pour moi.

- Je vois. Quoiqu'il en soit, je vous remercie pour votre aide.

- De rien, répondit Hermione sur un ton amer.

Severus, constatant le chagrin de la jeune femme, décida de mettre fin à leur entretien. Mais il ne voulait pas quitter les appartements d'Hermione en lui laissant croire qu'il n'était pas affecté par la situation. Il reprit son habituel ton calme et tenta de réconforter sa fiancée.

- Hermione, regardez-moi. (Elle leva les yeux vers lui.) Je comprends que vous soyez contrariée. Ce ne sera pas le mariage dont vous aviez rêvé et croyez-moi, j'en suis navré. Ce n'est pas par dépit ou par vengeance que je vous impose ces contraintes. C'est seulement que je ne suis pas à l'aise lorsque je suis entouré de gens. Je n'aime pas quand l'attention est tournée vers moi. Et je regrette sincèrement que nous ayons eu ce désaccord.

Hermione était troublée et sans voix. Elle ne put que faire un hochement de la tête pour signifier à Severus qu'elle avait compris ce qu'il venait de dire. Comprenait-il vraiment ce qu'elle ressentait ? Severus se leva et s'approcha d'elle. Il lui caressa doucement la joue du revers de la main en lui disant au revoir. Elle comprit alors qu'il était réellement désolé de s'être disputé avec elle. Pour lui montrer qu'elle acceptait de lui pardonner, elle prit la main de Severus dans la sienne et lui fit un petit sourire. Le Serpentard parut soulagé et traversa la pièce d'un pas résolu. Alors qu'il atteignait la porte, Hermione se leva rapidement et lui demanda :

- Quand nous reverrons-nous ?

Severus s'arrêta puis se retourna lentement vers la jeune femme. Il esquissa un sourire et répondit :

- Bientôt, Hermione. Je vous le promets.

Et il sortit en laissant la Gryffondor à ses pensées. Hermione termina sa tasse de thé et retourna dans sa chambre pour s'habiller. Après avoir retiré son peignoir, elle s'observa dans le miroir, toujours vêtue de sa nuisette de coton. Elle se souvint du regard brûlant que Severus avait posé sur elle lorsqu'il était arrivé. Elle fut parcourue de frissons et se vit rougir à nouveau. Était-il possible qu'il ait éprouvé du désir pour elle ? Pourtant, elle pensait n'avoir aucun attribut susceptible d'attirer les hommes… Non, ce devait être la surprise, voilà tout. Bouleversée et confuse, elle se dépêcha d'enfiler des vêtements confortables et essaya de faire ses révisions. Une heure plus tard, elle ferma ses livres en soupirant. Elle n'arriverait pas à étudier dans cet état d'esprit. Elle décida d'aller parler à Ginny de sa querelle avec Severus. Son amie saurait sans doute la consoler.

Après avoir cherché la rouquine un bon moment dans le château, elle la trouva finalement dans le parc, assise sous un arbre. Elle semblait concentrée, le nez dans un énorme grimoire et les sourcils froncés. Hermione eut un sourire en coin; elle n'avait pas souvent vu son amie aussi sérieuse. Elle se racla la gorge pour attirer l'attention de Ginny.

- Hé, bonjour toi ! S'exclama Ginny.

- Je peux te déranger un instant ? Demanda Hermione.

- Oui, pas de problème. Ça va me faire du bien de prendre une pause. Dis donc, je suis passée te voir ce matin mais ton tableau n'a pas voulu me laisser entrer. Il paraît que tu avais déjà un visiteur ?

- Oui. Severus m'a rendu visite.

- Quoi ? Severus est venu à Poudlard ?

- Oui… Il voulait absolument qu'on ait une discussion à propos de ce qu'il m'a écrit l'autre jour.

- Oh, je vois. Et ça s'est bien passé ?

- Pas tellement, non. On s'est un peu disputé… Et j'ai dû finalement céder au sujet du nombre d'invités à la réception.

- Hermione, je suis tellement désolée… Est-ce que tu vas bien ? Je veux dire… Ça ne doit pas être évident d'avoir une prise de bec avec lui…

- Oui, ça va mieux maintenant. Mais j'ai bien failli me mettre à pleurer devant lui. Disons que ça n'avait rien à voir avec la soirée chez mes parents.

Ginny serra Hermione dans ses bras. Hermione, se sentant réconfortée, aborda un sujet plus délicat qui la tracassait depuis le début de la matinée.

- Ginny, quand je suis allée ouvrir la porte ce matin, je croyais que c'était toi. Je venais juste de me lever et j'étais encore en chemise de nuit. Ou plutôt j'avais ma nuisette et…Severus m'a regardé d'une drôle de manière.

- OK… Tu veux dire drôle comment ?

- Je ne sais pas…on aurait dit qu'il me détaillait de la tête aux pieds. Comme s'il n'avait jamais vu une fille de sa vie. Ses yeux étaient étranges…

- Est-ce qu'ils semblaient briller ? (Hermione hocha la tête.) Avait-il la bouche ouverte ?

- Je n'en sais rien. C'est possible…

- Hum… Je crois que tu lui as fait une forte impression, ma chère !

- Tu peux être plus claire, s'il te plaît ?

- Voyons, Hermione, il te trouve attirante ! Ce qu'il a vu lui a certainement plu, sinon il ne t'aurait pas regardé comme ça.

Hermione ne dit rien et baissa la tête, gênée. Ginny tenta de faire sourire son amie.

- Allez Mione, vois les choses du bon côté. C'est un obstacle de moins pour votre mariage !

- À coup sûr il voudra me sauter dessus une fois qu'on sera mariés.

- Mais non, pas nécessairement ! Tu lui plais physiquement, mais ça ne veut pas dire qu'il va se comporter comme un goujat. Tu as dit toi-même qu'il agissait en parfait gentleman !

- Oui, tu as raison. J'imagine toutes sortes de choses. (Elle poussa un long soupir.) Mes nerfs sont mis à rude épreuve depuis quelques temps…

- Viens, on va marcher un peu ! Ça va te détendre et après on fera nos révisions dans la salle commune.

- Merci, Ginny. Je ne sais pas ce que je ferais si tu n'étais pas là.

- Tu serais obligée de parler de tes soucis au professeur McGonagall, et ce serait très embarrassant !

Les deux jeunes femmes pouffèrent de rire et se promenèrent dans le parc jusqu'à l'heure du déjeuner. Hermione oublia sa mésentente avec Severus pour le reste de la journée. Lorsqu'elle rentra dans ses appartements le soir venu, elle se fit couler un bain et s'observa attentivement dans le miroir. Au fur et à mesure qu'elle enlevait ses vêtements, elle prenait le temps de regarder son corps. Elle réalisa à quel point elle avait changé depuis sa sixième année. Si un homme tel que Severus avait éprouvé du désir pour elle, c'est sans doute parce qu'elle était jolie. Elle se sentit flattée et gênée à la fois. Elle entra dans sa baignoire et tenta de se relaxer. Cette nuit-là, elle ne fit pas de cauchemar. Seuls les yeux noirs et brillants de Severus étaient apparus dans ses rêves…