Salutations ! Voici ma participation pour le second défi d'Aventures ! J'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire, et j'espère qu'il vous plaira aussi ! Bonne lecture !
« Vite, dépêche-toi ! Prends mon fils, je te le confie ! Fuis, pars loin d'ici, et assure sa survie ! Il n'y a rien d'autre à faire, nous devons assurer une descendance. Les civils sont-ils tous partis ? » Hurlai-je à l'intention de Asgrim, mon messager depuis sept décennies.
« Mon roi, vous… vous êtes sûr ? Il est encore temps de fuir, vous aussi… Même vos fidèles guerriers n'y pourront rien, nous le savons… Il nous faut fuir, trouver une nouvelle terre, et… »
« JE T'ORDONNE DE M'OBEIR, ASGRIM ! Tu dois désormais accomplir ta nouvelle tâche. Pars, pars loin d'ici, avec mon fils, rejoins les autres. Quant à moi, je suis né ici, et je mourrai ici, avec mes guerriers ! Sois certain, Asgrim, que plus tard nos louanges seront chantées, que nos honneurs seront rendus ! Pars, maintenant, je te l'ordonne ! »
Alors que mon messager hésitait, j'enfilai promptement mon casque, puis ramassai mon marteau. Je l'accompagnai d'un dernier regard, alors qu'il s'enfuyait, tenant délicatement mon fils dans ses bras, par une porte dérobée connue seulement de la famille royale Von Krayn. M'assurant qu'il était bien parti, j'embrassai une dernière fois la salle du trône du regard, sachant qu'à l'extérieur, seule la mort m'attendait. Au loin, un brouhaha intense retentissait, au milieu duquel s'élevaient de féroces cris.
La peur au ventre, mais néanmoins résolu, je parcourus d'un pas leste les quelques mètres me séparant de l'extérieur. Ouvrant la porte en fer massive, je restai alors immobile pendant plusieurs instants, abasourdi par un tel déchaînement de violence mes fidèles guerriers nains se battaient courageusement contre des êtres venus tout droits des enfers, ignobles démons assoiffés de sang, et prêts à tout pour nous annihiler. La lutte était acharnée, et je distinguai difficilement quel camp avait l'avantage. Beaucoup de mes guerriers gisaient au sol, mais nombre de démons avaient eux aussi perdu la vie. Alors que je fonçai, tête baissée, à l'assaut, j'aperçus le général Durgrim, visiblement mal en point, aux prises avec deux créatures abominables. Je tentai de lui venir en aide, malheureusement en vain. Hurlant de colère autant que d'impuissance, j'assistai à sa mort douloureuse, tandis qu'un démon le déchiquetait de ses griffes puissantes. Autour de moi, les démons semblaient avoir pris l'avantage. Pire encore, me débarrassant d'un seul coup de marteau d'un démon qui s'était approché d'un peu trop près, je distinguai, face à moi, le commanditaire de ce massacre. Il me toisa d'un regard maléfique, avant d'éclater de rire, un rire puissant, cassant, qui me fit froid dans le dos.
« Enoch ! Aboyai-je. Tout cela n'a que trop duré ! Il est temps d'en finir ! Toi et tes démons serez renvoyés au plus profond des enfers ! C'est là qu'est votre place ! »
Son rire retentit de nouveau, alors qu'il balayait de la main l'ensemble de la bataille :
« Vois par toi-même, Roi Nain ! Ton royaume ne sera bientôt plus ! Les démons s'empareront de cette terre, avant de conquérir d'autres royaumes, plus loin encore ! Nous sommes inarrêtables ! Nous sommes invulnérables ! Tes guerriers ne peuvent rien contre nous, ni même les élémentaires ! Nous avons marché sur les Elfes il y a peu, et désormais nous sommes sur le point de marcher sur les Nains ! Regarde la réalité en face, Roi Nain ! C'est la fin, ici s'arrête ton chemin ! »
Je sus alors qu'il avait raison. Rien ne pouvait les arrêter. Nous n'aurions jamais pu les stopper. Malgré leurs vaillances, mes fidèles guerriers tombaient un à un. Les démons étaient bien trop nombreux, impossibles à repousser. Mais nous étions plus malins. Nous avions envoyé en lieu sûr le peuple, et nous, guerriers Nains, étions resté assurer nos arrières. Mieux encore, nous avions anticipé notre défaite. Parfois le sacrifice est nécessaire. Parfois est-ce même la seule solution.
Alors qu'Enoch poussait de nouveau son rire dément, je hurlai, fou de rage : « Fidèles guerriers ! Il est temps ! Ici s'achève notre existence, mais notre mort ne sera pas vaine ! Allez, il est temps ! »
Dans un sursaut, les nains, à la fois ragaillardis par mon discours, et résolus à affronter ce soir-même la mort, jetèrent au sol ce pour quoi nous étions réputés je fis de même, balançant les gemmes de pouvoir que nous avions accumulées depuis des millénaires, dans le but de détruire une menace future trop imposante. Alors que les gemmes rebondissaient une dernière fois sur le sol de pierre, j'aperçus, non sans satisfaction, le rictus fulminant d'Enoch. Ainsi, ma vie, et celles de mes fidèles guerriers s'achevèrent dans une intense déflagration. Nous fûmes soufflés par tant d'énergie, et désormais, à la place de l'ancienne cité naine, ne se tenait qu'un immense cratère. Cratère qui donnera plus tard son nom à la région. Sentant la vie me quitter, je pensai à mon fils, Grunlek, que je ne verrai jamais grandir, mais qui, je l'espère, gardera de moi le souvenir d'un père aimant, et d'un roi dévoué à son peuple. Un jour peut-être, il aura l'occasion de savoir que mes guerriers et moi, nous étions des héros.
Le monde se moque pourtant bien des héros. La vie reprend ses droits, faune et flore retrouvent leur équilibre. Les impulsions psychiques finissent en rumeur.
