La guerre des Princesses
Ce matin-là, il fallut beaucoup plus de temps que d'habitude à Harry pour se lever, malgré les appels de Ron. Lorsqu'il émergea de derrière ses rideaux, Neville venait juste de descendre, et visiblement, Dean et Seamus étaient partis depuis longtemps.
« Allez, debout Harry, on va presque être en retard. »
Harry se figea, jurant dans sa barbe. Bon sang, hier, le cauchemar, Ombrage et Rusard. Et surtout, Daphné. Comment diable allait-il dire tout ça à Ron ? Devait-il même en parler ?
« Dépêche-toi de filer à la douche, je t'attends en bas avec les filles, d'accord ? »
Par Merlin, les filles ! Comment diable Harry n'y avait-il pensé avant ? Discuter avec Ron de la rencontre qu'il avait faite la veille ne serait déjà pas facile, comment faire avec Eloïse ? Ou pire, Hermione ? Il essaya de résoudre ces questions sous la douche, puis devant le lavabo, en se brossant les dents. Sans succès.
En bas des escaliers, le comité d'accueil au grand complet l'attendait, Hermione, Eloïse, Ron. Harry essaya de composer un visage souriant en saluant ses amis.
« Bonjour à tous. Désolé du retard, nuit compliquée. Je vous raconterai plus tard, venez, on va manger. » Et appuyant ses paroles d'un geste, il se dirigea prestement vers la Grosse Dame, espérant que les autres emboîteraient le pas. A en juger par le regard soucieux qu'Hermione lui avait lancé avant de le suivre, son visage souriant ne l'avait pas dupée. Et connaissant son amie, Harry doutait qu'il pourrait garder pour lui les événements de la veille. Lorsqu'il pénétra dans la Grande Salle, il réalisa que ses espoirs avaient été vains depuis le début, Hermione ou pas Hermione. Entre le monstre de Serpentard trois ans plus tôt et le Tournoi l'année dernière, Harry avait eu plus que son lot de réactions violentes ou apeurées à son égard. Il avait subi plus d'une fois les ambiances lourdes et les murmures désobligeants. Et les regards outrés, les silences gênés qui se répandirent sur les tables à son entrée étaient éloquents.
Balayant la Grande Salle du regard, il réalisa que Daphné n'était pas là, ni le professeur Rogue. Harry ne savait pas si c'était une bonne ou une mauvaise chose pour la préfète. Ou pour lui. En revanche, Ombrage était bien assise à la table des professeurs, et semblait partagé entre le tuer du regard ou l'esquiver d'un air scandalisé. A côté du crapaud, McGonagall lui adressait ses sourcils les plus froncés, visiblement, le professeur de Défense avait tenue parole, les directeurs de maisons respectifs semblaient bien au courant. Harry se demandait si la fuite au niveau des élèves était de leurs faits, de celui d'Ombrage, ou bien d'une magie étrange, comme Dumbledore l'avait laissé entendre lors de sa première année, après le combat contre Quirrell.
Gardant la tête du groupe, Harry mena ses amis en bout de la table de Gryffondor, loin de tous les autres, espérant ainsi éviter garder un peu de calme avant la tempête qui s'annonçait. Avec un peu de chance, espérait-il, en se tenant loin de leurs camarades, ses amis ne sauraient pas ce qui s'étaient passés, et ne se rendraient compte de rien.
« Mais qu'est-ce qui se passe ? C'est quoi encore, la nouvelle rumeur ? » Peine perdue, Ron était loin d'être aussi obtus que ce que certains persistaient à croire.
« Je préfère ne pas savoir. » Lui répondit Harry, le plus honnêtement du monde, en s'asseyant dos au reste de la salle.
« Aucune idée, lui dit Hermione en s'asseyant en face de lui, mais si c'est une rumeur sur toi, Harry, ça ne vient pas de la Gazette, Eloïse et moi l'avons lue en vous attendant ce matin. Et ça ne vient pas de notre dortoir, Lavande ou Parvarti nous l'auraient dit. De toute façon, c'est surement encore un mensonge éhonté qui sera vite oublié d'ici midi, inutile de s'inquiéter. » Intérieurement, Harry aurait réellement aimé qu'Hermione ait raison. Mais lui savait la vérité, et d'ici midi, la situation serait bien pire que des regards étranges dans son dos et des chuchotements. Cette situation ne pouvait pas se terminer bien.
Il refit un tour d'horizon de la Grande Salle. A leur table, plus loin, Lavande et Parvarti justement étaient en pleine discussion, avec Neville, Dean et Seamus. Et même s'il ne comprenait pas pourquoi les filles semblaient terriblement en colère, à voir les regards meutriers qu'elles lui lançaient, il était invraisemblable qu'Harry ne soit pas leur sujet de conversation. Plus étonnant encore, Padma s'asseyait à sa table, revenant d'une discussion avec sa sœur et Lavande, et semblait tout aussi furieuse contre lui. Harry se demanda les raisons, elle ne pouvait quand même pas être jalouse ? Et Parvarti et Lavande aussi ?
La curiosité prit le dessus sur Eloïse, qui annonça partir à la pêche aux informations du côté des filles de Gryffondors. La jeune fille chercha à traîner Hermione avec elle, qui déclina poliment, laissant Eloïse se lever après un chaste baiser à Ron.
« Bon alors, tu nous racontes ? » Harry fut surpris de cette entrée en matière de Ron
- Quoi, comment ça ?
- Arrête Harry, le sermonna Hermione. Depuis ce matin, tu sembles inquiet. Peut-être même plus qu'avant la première tâche l'an dernier. Tu dois forcément savoir de quoi il retourne. »
Piégé, Harry était piégé. Et même s'il lui en coûtait de raconter ce qui s'était passé (Il ne pouvait s'empêcher de redouter la réaction de ses amis, surtout d'Hermione), il ne pouvait guère reculer l'échéance. Tôt ou tard, l'information allait se savoir. Il prit sur son courage Gryffondor pour se lancer.
« Bien, alors voilà. Hier soir…
- Hé, Harry, c'est vrai ce qui se raconte ? » C'était Dean qui l'interpellait à voix haute tout en s'approchant d'eux. Voix bien trop forte selon Harry. D'ailleurs, derrière lui, des murmures commençaient à naître, à s'amplifier, qu'il préféra ignorer. Ron comme Hermione échangèrent un regard avant de se tourner vers Dean, curieux.
« De quoi tu parles Dean ? » C'était Ron qui avait demandé, alors que les bruits allaient croissant derrière lui. Harry quant à lui avait abattu la tête, désespéré, un geste qui n'avait visiblement pas échappé à ses amis, ni à Dean.
« Comment ça, tu veux dire que vous n'êtes pas au courant ? » La voix de Dean semblait stupéfait, et en même temps, assez hilare. Harry coula un regard blasé vers lui, que son camarade esquiva en jetant un œil derrière Harry avant de reprendre avec un grand sourire éclatant. « Harry sort avec la princesse de glace ! La belle et implacable Greengrass ! Ils se sont fait prendre dans les couloirs par Ombrage hier, en pleine discussion. »
Intérieurement, Harry l'avait toujours admis, Dean était doué avec les mots. Mais pour une fois, il aurait vraiment, vraiment, voulu que son camarade se taise. Inévitablement, Ron manqua de s'étrangler avec son jus de citrouille en entendant la nouvelle avant de se tourner vers Harry, avec un air choqué et incrédule, comme s'il attendait de son meilleur ami, ou de Dean Thomas, un grand éclat de rire pour lui annoncer que ce n'était qu'une blague. Hermione en revanche, réagissait d'une toute autre manière. Après un petit cri étouffé, elle avait aussitôt tourné son regard vers Harry, avec un mélange de colère, de tristesse et de déception. Mais très vite, ses yeux s'écarquillèrent un instant, avant de se resserrer en un regard sombre qu'il ne lui avait jamais vu. Harry ressentit le besoin impérieux de s'expliquer, mais avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, une main sur son épaule le surprit et le força à se retourner.
La douceur des lèvres de Daphné le saisit, encore, et il lui fallut une bonne demi-seconde pour interrompre le baiser. Mais cela ne sembla pas troubler la jeune fille outre mesure qui se redressa dans la foulée, tout sourire.
« Bonjour Harry mon chéri ! Désolé pour le retard ce matin, mais le professeur Rogue voulait me parler suite à notre…. Petite escapade d'hier soir. Weasley, Granger, bonjour. » Harry se figea, n'osant pas se retourner pour voir comment Ron, et surtout Hermione, prenaient la chose. Mais à entendre les grommellements lugubres dans son dos (Il ne sut lequel des deux s'était fendu d'une réponse, fut-elle aussi impolie), ça ne pouvait pas être bien.
« Bien, je vous laisse, je vais déjeuner. Harry, tu m'attends à la sortie, il faut qu'on parle. » Et elle les laissa là, en lui lançant un clin d'œil séducteur avant de s'en aller. Lorsqu'Harry trouva le courage de se retourner, Hermione avait disparue, s'étant enfuie vers Eloïse et les autres Gryffondors de cinquième année. Dean s'était éclipsé également, même si Harry n'y accorda que peu d'importance. Quand à Ron, il était toujours à sa place, mais à voir son visage, Harry n'avait aucun mal à imaginer qu'il envisageait aussi de se lever pour aller voir sa petite amie. Heureusement, Ron resta pour finir son petit-déjeuner, mais il ne se retint pas de partager son opinion à Harry.
« Sérieusement, Harry ? Une Serpentarde ? Je ne pensais pas que tu pouvais tomber aussi bas, et surtout. Surtout ! Que tu pourrais être aussi cruel ! »
Après le baiser en pleine salle devant tout le monde, Harry s'était résolu à attendre Daphné à la sortie de la Grande Salle comme elle lui avait demandé, afin de récupérer sa cape en priorité, et surtout, de trouver une solution à ses problèmes, même s'il était en peine pour les nommer. La phrase de Ron l'avait troublé, Harry l'avait tournée dans sa tête en silence entre des regards à son montre, aux cinquièmes années de Gryffondor (et à Hermione en particulier, qui se faisait un devoir de ne surtout par regarder dans sa direction) et à la table de Serpentard où, exceptionnellement, semblait régner une certaine agitation. D'habitude, les serpents étaient plus discrets et réservés, surtout en public. Mais malgré l'éternité que dura ce petit-déjeuner, ou du moins, telle était l'impression qu'Harry en eut, il ne trouva pas en quoi il avait pu être cruel, comme le lui avait reproché Ron. Et la mine sombre de son ami l'avait découragé de relancer la discussion sur… sur le sujet.
Lorsqu'enfin les élèves sortirent de table pour rejoindre leur salle de cours respectives, Harry dut prendre encore sur lui et resta patiemment à sa table, attendant que la majorité des élèves ne soit partie. Bien évidemment, ce jour-là ne pouvait pas être une journée ordinaire, et tout Poudlard semblait prendre son temps pour quitter la Grande Salle, n'en sortait qu'après moult coups d'œil dans sa direction ou vers la table de Serpentard. Quand il estima le moment prudent, il se leva et amorça la sortie vers les couloirs. Harry vit en coin que Daphné l'imitait, son ami Tracey Davis à ses côtés. Dès qu'ils furent sortis de la Grande Salle, la jolie blonde lui prit la main, le faisant un peu sursauter, avant de le traîner presque de force vers un recoin derrière une tapisserie.
Là, Daphné avait laissé tomber le masque. Plus de sourire racoleur, de clin d'oeil ou de baiser. Ils étaient censés sortir ensemble, ils devaient donc continuer la comédie encore quelque temps. Le plan de Daphné était simple, maintenir les apparences encore une semaine ou deux, suffisamment pour qu'Ombrage ne se méfie pas et qu'aucun d'eux ne risque de mesures de rétorsions.
« Et donc, outre le comportement logique entre petit-copain et petite-copine, on va sortir ensemble à Préaulard ce weekend. » Harry avait rougi à la première partie de la phrase, ce qui lui avait valu un petit sourire en coin de Daphné, avant de grimacer à la fin.
« C'est que, Hermione m'avait demandé…
- Comme tu veux Harry, on peut aussi passer un mois en retenue avec Ombrage. »
Touché. La marque Je ne dois pas mentir était maintenant profondément ancrée dans sa main gauche. Harry frotta la mitaine qui camouflait la blessure, un réflexe acquis tout récemment avec les nombreuses retenues. Il n'était pas certain que la cicatrice disparaîtrait jamais un jour, maintenant. Et ce sans même compter les retenues qu'il avait obtenu avec le passage à tabac de Malefoy le weekend dernier.
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Alors Harry avait accepté. Il s'était plié au plan de Daphné, à contrecœur, du moins au début. Car ses amis l'avaient rapidement lâché. Ron le boudait au plus haut point, ce qui ne l'avait pas surpris, mais avait quand même déclenché une colère noire chez Harry. Hermione quant à elle, avait visiblement décidé de faire comme si de rien n'était, restant à ses côtés en cours. Mais elle l'avait ignoré, purement et simplement. Ce qui n'avait pas été sans quelques difficultés lors du cours de potions. Daphné s'était montrée très démonstrative, provoquant l'ire silencieuse d'Hermione, et un petit sourire sarcastique d'Harry devant les effort de Daphné et la réaction de sa meilleure amie. Si tant est qu'il pouvait encore la qualifier ainsi. Tracey et Blaise avaient tâché d'être le plus neutre possible dans l'histoire, épargnant ainsi les nerfs d'Harry qui leur avait adressé un chaleureux remerciement dans sa tête lorsqu'ils étaient intervenus pour calmer les deux filles qui s'étaient emportées l'une contre l'autre sur une ligne du devoir sur le polynectar, pendant que Rogue était occupé à rabrouer Neville pour un dosage de potion ratée.
D'autant que le cours de potion avait également signé le grand retour de Malefoy. Cela avait été la première fois qu'Harry revoyait le blondinet depuis le Samedi Noir. Oh, bien sûr, aucun mot n'avait été échangé, personne ne prenait le risque de créer de l'esbroufe dans le cours de Rogue, même Malefoy ne tentait plus ce genre de jeu. Mais si les regards avaient pu tuer ce jour-là, non seulement Daphné serait morte sous les yeux d'Hermione, mais Malefoy et Harry se seraient allègrement entretués ! Il sembla un moment que Drago Malefoy comptait venir le provoquer à la sortie du cours, mais il n'en fit rien. Au plus grand désespoir d'Harry qui avait saisi discrètement sa baguette, prêt à riposter. En anticipation s'il le fallait, même.
Et les autres cours n'avaient guère été mieux. McGonagall l'avait retenu à la sortie d'un désastreux cours de Métamorphoses où Harry avait bien failli s'emporter contre les regards qu'ils jugeaient méprisants et agressifs d'Eloïse Ron et Lavande installés juste à côté d'Hermione et lui. Ce qu'Harry n'avait toujours pas compris. Que Ron et Éloïse puissent lui en vouloir, il arrivait à le concevoir d'une certaine façon, même si ça lui échappait un peu. Après tout, il n'y était pour rien dans cette histoire. Mieux, Daphné Greengrass lui avait sauvé la mise ce soir-là. Pourtant lorsqu'il se tenait ce discours dans la tête, il entendait la voix de Rogue renifler et ricaner dans un coin. Enfin, toujours était-il qu'Harry arrivait à concevoir que Ron et Éloïse lui en veuille. Mais Lavande ? Même depuis que Neville et elle sortaient ensemble, ils n'avaient jamais réellement discutés ensemble, ni Hermione et Lavande entre elle non plus. D'ailleurs, même Parvarti et Padma semblaient en colère contre lui, sans raisons !
Hermione, quant à elle, avait essayé de lui parler à la fin du cours, avant que McGo n'interpelle Harry, ce qui n'avait fait qu'attiser encore plus sa colère. Et le sermon de McGonagall à la sortie du cours n'avait rien arrangé, l'austère professeure ayant repris encore une fois son discours sur la nécessité de faire profil bas face à Ombrage, discours qu'Harry avait eu l'impression d'entendre un millier de fois depuis le début de cette année. Il s'en était fallu de peu qu'il roule des yeux devant sa directrice de maison, mais même excédé, Harry avait su se contrôler, McGonagall n'était pas réputée pour supporter facilement l'insolence des élèves. Cela aussi, elle lui avait rabâché, d'ailleurs.
Et la semaine s'était poursuivie ainsi, entre provocations, regards mauvais, reproches et conjuration à ne pas « se laisser avoir par ce serpent ». Plus d'une fois, les mots avaient volés et fusés avec ses anciens amis. Sans qu'il ne sache pourquoi, c'était sur Hermione qu'Harry ressentait le plus le besoin de s'emporter. Tout l'agaçait chez elle, maintenant, son mépris, sa compassion, étonnamment. Harry s'en était fait la réflexion le vendredi soir, en rentrant de ses sempiternelles retenues avec Ombrage. Sa main gauche était maintenant toujours endolorie, et sans ses mitaines d'attapeur, la cicatrice serait à la vue de tous. Ombrage d'ailleurs, semblait plus réservée avec lui, comme si elle semblait se méfier. Harry n'y avait guère attaché d'importance, la situation avec ses « amis » étant suffisamment compliquée, si le crapaud voulait lui laisser un peu d'air, tant mieux pour lui. Enfin, toujours était-il qu'Hermione lui semblait être une véritable épine dans le pied. « Un galet de terre dure dans la chaussure », comme une petite voix dans sa tête l'avait qualifiée. Il ne savait pas pourquoi, mais cela l'avait bien fait rire sur le coup.
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Harry se promenait dans les rues de Préaulard, souriant, main dans la main avec Daphné, image idéale et idyllique d'un jeune couple amoureux, lui avait-elle demandé d'agir. Et cela attirait les regards, les reproches et les murmures, les doigts pointés vers eux. Sauf que l'image d'Epinal était fausse, Harry n'avait aucune envie de sourire, pas en étant le centre de l'attention comme en deuxième année, ou l'an dernier. Et il commençait à sentir le feu de la colère couler de plus en plus fort dans ses veines, mais Daphné lui serra la main un peu fort, attirant son attention. S'était-elle rendue compte de quelque-chose ? Toujours était-il que d'un petit geste du menton, elle l'invita à sourire de plus belle aux détracteurs. Il s'exécuta de mauvaise grâce, mais fut forcé d'admettre que cela semblait atténuer et faire se détourner petit à petit les commères et les enquiquineurs. Peut-être, songea-t-il, que Daphné avait raison, et qu'il devrait plus l'écouter.
« Alors, Harry mon chéri, que voulais-tu faire aujourd'hui ? » Harry roula des yeux un instant à la formulation, moins par réel mépris que par un agacement amusé devant la rengaine que Daphné utilisait à chaque fois en public. Cela dit, il n'avait guère réfléchi à ce qu'il comptait faire. Normalement, il aurait dû faire la tournée des librairies avec Hermione, mais…
« Je ne sais pas, je dois impérativement passer à la boutique d'accessoire de Quidditch, après comme tu le souhaites.
- Harry, je ne voudrais pas te faire de la peine, mais je pense que des achats sur le Quidditch, ce serait inutile, non ? Tant qu'Ombrage est là … » Harry se tourna vers elle, elle semblait réellement désolée. Comme si elle savait à quel point la punition infligée par le crapaud lui pesait. Ce qui n'est pas le cas de Granger, lui souffla la petite voix doucereuse, de plus en plus présente ces derniers temps. Harry se raidit, depuis quand appelait-il Hermione Granger ? On aurait cru entende Malefoy. Il se sentit grimacer de dégoût à cette idée. Daphné l'avait vu et semblait se tasser un peu. Elle devait se méprendre sur ce qui l'avait surpris et écœuré ainsi.
« Non, ne t'inquiète pas, ce n'est rien. Ce n'est pas tant pour le Quidditch que pour les gants que j'y vais. J'ai besoin de m'en acheter une nouvelle paire.
- Oui, j'ai vu cela. Tu as des problèmes de transpirations et tu cherches à me le cacher, c'est cela ?
- Mais pas du tout ! » S'emporta Harry. Avant de réaliser que Daphné avait son demi-sourire si caractéristique. « Tu me fais marcher, c'est ça ? » Elle se contenta de hausser les sourcils avant de reprendre leur promenade dans la rue, souriant de plus belle.
Il ne leur fallut que peu de temps pour arriver devant Le souaffle percé, la seule succursale de Quidditch de Préaulard. Harry se souvint que les Weasley s'étaient plaint de la boutique, il y a deux ans peut-être, qui n'étaient pas assez fournies à leur goût. Lorsqu'ils pénétrèrent à l'intérieur, Harry ne put que donner raison aux rouquins. La boutique était petite, très sombre, et les articles très limités. Quelques livres sur les tactiques, quelques robes et équipements, et deux ou trois caisses qui devaient contenir les balles nécessaires.
« Hé bien, on a vu des boutiques plus accueillantes ! » lui avait soufflé Daphné en entrant. Harry n'avait écouté qu'à moitié, concentré en partie sur la recherche des mitaines d'une part, et sur le fait que Daphné s'était rapprochée de lui pour lui murmuré ça à l'oreille, et qu'il pouvait ainsi très bien sentir qu'elle se collait contre lui dans son dos. Elle avait du sentir son trouble car elle ajouta rapidement, avec un rire dans la voix :
« Je t'attends dehors, le Quidditch, ce n'est pas vraiment mon truc. Je préfère les joueurs ! » Et l'avait laissé en lui plantant un bisou sur la joue.
Harry sortit de longues minutes plus tard. La boutique était très petite et le nombre d'articles limité, mais il lui avait fallu un petit moment pour se reconcentrer après le petit flirt que Daphné lui avait fait avant de sortir. Il était resté perturbé suffisamment longtemps pour que le propriétaire, un vieux sorcier grisonnant répondant au doux nom de Stirling ne lui propose son aide, de manière très revêche. Harry s'était repris et avait vite trouvé une paire de mitaines noires (et neuves) à sa taille, qu'il avait rapidement réglé et fourré dans son sac-sans-fond. Et se retrouvait de nouveau errant dans les rues froides de Préaulard, Daphné au bras, encore plus souriante.
« Et maintenant, lui demanda-t-il une fois arrivé dans la grande rue du village.
- Et bien, normalement, comme c'est notre premier rendez-vous en couple à Préaulard, tu devrais m'inviter à aller boire quelque chose, non ?
- Hum, oui, sans doute. Où voudrais-tu aller ? Par pitié, pas Pieddodu ! »
Daphné rit doucement à sa dernière phrase, avant de s'arrêter et de le regarder, incrédule.
« Pourquoi, tu connais ?
- Oui, Herm…. On m'en a parlé, et vu la description qu'on m'en a faite, je pense que je détesterais ce genre d'endroit ! » Il ne put pas rater le rictus amusé de Daphné lorsqu'il avait fourché sur le prénom d'Hermione, sans s'expliquer pourquoi. En quoi cela pouvait-il donc amuser Daphné qu'il préfère éviter de parler d'Hermione ?
« Ne t'en fais pas, Harry mon chéri. Je n'aime pas trop de ce genre d'endroit non plus. Et de toute façon, pour un premier rendez-vous, ça ferait sans doute trop. Les Trois Balais fera très bien l'affaire» Elle ajouta en s'accrochant à son cou, en susurrant à ses oreilles. « Pour les prochains rendez-vous par contre…. » Avant de déposer un baiser tendre sur ses lèvres et de l'inviter à reprendre leur promenade en lui prenant la main.
Comment cela, les prochains ? Est-ce que Daphné proposait réellement que… Que quoi, d'ailleurs ? Que ça devienne plus sérieux entre eux ? Harry ne savait que penser à cette idée. Joie, peur, méfiance ? Ou de continuer la mascarade encore un peu ? Bizarrement, cette dernière idée lui plaisait beaucoup moins que la première.
S'il avait été moins préoccupé, il aurait peut-être pu voir que leur baiser avait été observé par tous les élèves présents à ce moment. Dont une jeune fille brune venue avec des amis, en particulier, qui fondit en larmes en les voyant s'éloigner vers le bar de Madame Rosmerta.
Notes
Alors, tout d'abord, le petit jeu du chapitre : Effectivement, le titre était des plus explicites. Même si la guerre, comme celle de cette année, est feutrée. Mais visiblement, dans ce chapitre, Hermione accumule les batailles perdues. Sont-ce des victoires à la Pyrrhus pour Daphné, nul ne le sait (à part moi, bien sûr).
Côté écriture, c'était un chapitre clé. Un de ceux que j'ai du reprendre plusieurs fois. Je savais à quel résultat je voulais arriver, avec quelles pertes et profit de part et d'autres, mais j'ai eu du mal à le sortir. On entre d'ailleurs dans le "ventre", le "corps" du récit. Et je pense que je vais me permettre quelques écarts sur les délais de publication. Je dois bien intégrer tous les éléments nécessaires, bien évidemment, d'une part, pour la résolution du Sigil, mais comme je l'ai déjà fait pour le Feu, pour la résolution des T6 et T7. Il m'arrive encore d'affiner les T6 et T7 dans ma tête, et je dois donc rajouter un élément narratif qu'il me faut insérer prudemment. Typiquement, je vais ajouter au chapitre 10 un élément que je ne comptais pas exploiter finalement, mais dont je pense avoir besoin après coup. (Notez d'ailleurs que si ça se trouve, je ne l'utiliserais pas...)
Pour le prochain chapitre justement : le chapitre 10 s'intitulera "La vérité des livres" et croyez-moi sur parole, cette fois, c'est tordu, terriblement tordu. Normalement, même après lecture du chapitre, vous ne devriez pas savoir ce à quoi j'ai fait allusion avec précision.
Réponses aux reviews :
Tout d'abord, merci à tous pour vos messages, cela fait toujours plaisir !
Le Poussin Fou : Merci bien, j'avoue que c'est un personnage délicieux à écrire. Et en faire ce que je compte en faire est juste jubilatoire à écrire.
Karozthor : crois-moi, Harry non plus ne l'avait pas vu arriver ! :)
Black Jo : Pas forcément surprenant. J'ai collé au canon jusqu'à présent, il est temps que les différences et les divergences apparaissent de plus en plus. Et puis, j'ai toujours trouvé qu'il y avait TROP de membres du DA dans le canon. Sérieux, un type qu'on a présenté pour un opportuniste l'an dernier, puis un menteur pathologique cette année-là, s'il ouvre un club, j'y vais pas !
Azest : ce n'était pas le dernier loin s'en faut (puisqu'il y en a eu d'autres (cités ou non dans ce chapitre)
Gemini : Daphné est une serpentarde, une vraie. Une qui est rusée, futée et avec de l'ambition. Elle a vu une opportunité, et elle l'a saisie. Et très bonne clairvoyance sur la découverte, même si Dean a grillé la priorité. Quant à Hermione... On suit le point de vue d'Harry, on ne verra sans doute pas tout de ce qu'elle fait. Et je compte laisser des cailloux pour comprendre qu'elle
stephanie : héhé, merci. Oui, on a affaire à, au moins côté Harry, un véritable ado. Avec ses forces, et surtout, surtout, ses faiblesses. Ce qui rend les personnages plus intéressants, je trouve.
