Avant d'oublier, je voudrais remercier les revieweuses anonymes, à qui je ne peux pas répondre... donc merci à Melou (je ne l'avais pas encore fait je crois?...), Eileen19, Guest (bon il n'y en a qu'un) et Nouméa.

Ça fait plaisir d'avoir des retours sur les nouveaux chapitres.

Bon, place à la lecture!


Elle tendit la lettre à Severus, puis ajouta, un sourire en coin :

-Je pense que... Ça pourrait vous convenir.

A peine eut-elle finit cette phrase qu'Hermione entendit le juron étouffé de Severus. Dirigeant son regard vers lui, elle constata qu'il était livide. Elle fronça les sourcils mais, quand elle se retourna vers McGonagall pour lui demander des explications, cette dernière avait disparu. Décidément, les habitudes exaspérantes de Dumbledore étaient contagieuses.

La jeune fille dirigea à nouveau son attention vers le Maître des Potions, qui faisait les cent pas dans le salon, marmonnant des paroles incompréhensibles et, vraisemblablement, injurieuses.

-Severus. Interpella Hermione, ne parvenant pas à masquer son expression amusée.

Voyant qu'il ne semblait pas se résoudre à s'interrompre, elle ajouta :

-Vous êtes ridicule, on dirait que vous préparez un marathon. Donnez-moi ça.

Il la fusilla du regard.

-Je ne vous permets pas de me traiter de marathon. Et puis, tout ça c'est de votre faute, Hermione, si vous n'étiez pas si insupportable et incapable de…

Il se tut quand la gryffondore parvint à lui arracher la lettre des mains. Severus put ainsi observer le dégradé de couleur qui se faisait voir sur son visage, dérivant d'abord vers un blanc d'une pâleur maladive pour finalement rougeoyer de colère.

-On pourrait peut-être rejoindre les Mangemorts et éliminer Dumbledore ? Suggéra-t-elle, presque sérieusement.

-C'est une idée à considérer. Approuva Severus avec flegme, passant en revue les poisons les plus douloureux de sa connaissance.

Mes très chers amis,

Je suis au comble du bonheur, à l'idée que vous ayez pris votre mission tant à cœur, et que vous vous soyez résolus à coopérer. Pour vous aider dans votre quête, j'ai cru comprendre qu'il me fallait vous trouver un nouveau refuge, le vôtre étant désormais vulnérable.

Bien évidemment, je ne peux dévoiler ici votre nouvelle adresse, celle-ci risquant d'être interceptée.

Toutefois, des indices ont été disséminés, pour vous guider dans ce périple semé d'embûches! La gourmandise sait parler, et vous mènera vers le berceau privilégié pour une Renaissance. Vous y découvrirez le langage de l'union, et il vous suffira alors de trouver le lys rouge.

Mais attention ! Ce que les enfants refusent indique la mauvaise direction, et il vous faudra aller à son opposé.

Le décoiffé et son fidèle compagnon sont en bonne santé, bien que votre absence, miss, leur soit difficilement supportable.

Parasite-des-cheveux-de-graisse-épaisse se languit de vous.

Signé : Mister Lemon.

Hermione soupira et replia la lettre, avant d'enfouir sa tête entre ses mains.

-Pourquoi ? Interrogea-t-elle avec désespoir.

Pour une fois, Severus fit preuve de compassion et lui tapota maladroitement l'épaule. Elle était trop jeune pour de si mauvaises plaisanteries.

Car tout de même, ce vieux fou sur-glucosé avait osé leur imposer une chasse au trésor. En langage codé.

Les mots avada et kedavra résonnaient en boucle dans la tête de l'ancien mangemort.

A des kilomètres et des kilomètres, Albus plaisantait avec les tableaux des anciens directeurs. S'approchant de Fumseck, il ajouta :

-Et le meilleur, c'est que j'ai signé : Mister Lemon !

A nouveau, il partit dans un grand éclat de rire, et Minerva elle-même, en face de lui, ne put retenir un sourire amusé. Severus et Hermione auraient besoin de toute leur complicité nouvellement acquise pour faire face à ce que leur réservait le Directeur.


-Nous ne pouvons pas faire ça.

Severus l'ignora royalement et claqua sa propre portière, avant de mettre le moteur en route.

-Severus. Nous ne pouvons pas faire ça. Glapit-elle à nouveau.

Il lui jeta un rapide coup d'œil dédaigneux, puis fit démarrer la voiture que Minerva leur avait laissée en partant. En effet, ils avaient abandonné leur premier véhicule devant la gare moldue dans laquelle ils avaient pris le train à l'allé.

-Je refuse.

-Taisez-vous, Hermione ! J'essaye de réfléchir.

-C'est peine perdue. Est-ce que vous réalisez que nous sommes en train de partir sans avoir aucune idée de l'endroit où nous dormirons ce soir ?!

-C'est exact. En réalité, nous n'avons même pas la certitude que nous dormirons ce soir.

Severus pouvait sentir qu'Hermione bouillonnait, et le seul moyen pour lui de se détendre, c'était de l'irriter davantage. Bien sûr, Hermione elle-même avait conscience de ça, ce qui l'exaspérait encore plus.

-Nous devons essayer de comprendre les indications qu'il nous donne dans la lettre. Affirma Severus.

-Oh heureusement que vous êtes là pour me le signaler ! Railla-t-elle. J'aurais été incapable de comprendre que ce remake approximatif du père-noël nous envoyait une lettre codée !

-Inutile de me remercier, je sais bien que vous n'êtes rien sans mon aide.

-Arrêtez-vous.

-Quoi ?

-J'ai dit : arrêtez-vous, Severus !

-N'exagérons rien, vous n'allez tout de même pas descendre ?...

Hermione fit claquer sa langue avec impatience et déplaça elle-même le frein à main, de façon à stopper la voiture.

Elle en descendit, et se dirigea vers les deux panneaux sur le bord de la route.

Severus courut, à sa suite.

-Hermione, enfin ! Revenez ! Vous savez très bien que…

-Là !

Severus était arrivé au niveau de la jeune fille, qui pointait du doigt un détail sur le panneau.

Il fronça les sourcils.

-Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda-t-il avec humeur.

-Un citron ! Répondit-elle sur le ton de l'évidence.

Hermione retira alors sa main, et Severus put effectivement observer l'agrume qui ornait le panneau. C'était un dessin fait à la peinture, juste à côté de l'indication.

-Vous avez vu ça de si loin ?

-Au début, c'était juste une tâche qui me semblait suspecte et puis… Ça s'est précisé. Vous pensez que ça vient de Mister Lemon ?

Severus s'apprêtait à répondre, puis il fixa la gryffondore avec étonnement.

-Je vous demande pardon ?

Elle haussa les épaules en se mordant la lèvre pour s'empêcher de rire.

-Oui… Mister Lemon ! Peut-être qu'il cherche à nous dire quelque chose !

Le serpentard leva les yeux au ciel et se dirigea d'un pas vif vers la voiture, Hermione peinant à le rattraper.

Quand ils furent tous deux installés, elle demanda :

-Alors c'est ça ? La gourmandise sait parler. En fait, il va nous indiquer à chaque fois la bonne direction à l'aide… d'un citron…

-…Rajouté sur un panneau. Compléta Severus d'un ton exaspéré qui en disait long sur ce qu'il pensait de méthode du Directeur.

En même temps qu'il parlait, il avait suivi la direction indiqué par le citron. Maintenant qu'ils comprenaient mieux où le directeur voulait en venir, ils s'éloignaient pour de bon de leur refuge provisoire.

Hermione se retourna, mais la petite maison avait disparu depuis longtemps déjà derrière eux, recouverte par quelques arbres, sans compter les sortilèges d'ancienne magie.

Elle ne savait pas trop si elle en était heureuse ou pas.

Elle avait détesté cet endroit en y arrivant, elle l'avait trouvé sinistre et hostile. Elle aurait donné beaucoup pour pouvoir simplement tourner les talons et rentrer chez elle, dans sa vraie maison avec ses vrais amis. Fuir très loin et oublier cette mauvaise aventure.

Mais les choses avaient évolué, bien sûr. Elle avait trouvé certaines habitudes dans ce lieu.

Elle ne dévalerait plus jamais les petites marches de l'escalier pour montrer à Severus un passage intéressant qu'elle avait noté dans un grimoire.

Elle n'irait plus toquer à la porte de sa chambre, qui fermait mal, en plein milieu de la nuit, parce qu'elle venait d'avoir une idée révolutionnaire. Il ne la réveillerait plus à l'aube pour se venger d'avoir été interrompu dans son sommeil.

Parfois, elle cachait certaines des affaires de son ancien professeur, dans le double fond d'un des tiroirs du bureau du salon, juste pour l'énerver un peu. Il lui faudrait trouver une nouvelle planque. Hermione réalisa qu'elle avait oublié sa brosse à dent dans la salle de bains et, à cette pensée, elle eut envie de pleurer.

-Vous avez la… lettre – Severus mit tout le mépris qu'il put sur ce mot – avec vous ?

Hermione gigota un peu, se contorsionna pour atteindre son sac et réussit finalement à en extraire la lettre.

-Oui.

-Bien. Lisez là encore une fois.

Hermione s'exécuta, essayant tant bien que mal de déchiffrer les indices qui y étaient parsemés. Severus et elle amorcèrent un long débat. Mais le temps s'écoulait, et la lettre restait tout aussi hermétique. Ils dépassèrent un panneau près duquel un vendeur de sorbets au citron s'était installé, puis un autre au pied duquel ils trouvèrent un petit tas de bonbons multicolores. A chaque embranchement, une référence à des sucreries leur indiquait la direction à suivre. Et systématiquement, Severus levait les yeux au ciel avec exaspération, avant de bougonner des insultes inintelligibles, mais qu'Hermione imaginait parfaitement bien.

-Bon, donc nous avons trois éléments suspects, c'est ça ? Le berceau, l'union et le lys rouge. Conclut Rogue, la ramenant à la réalité.

-C'est ça. Confirma Hermione en re-parcourant des yeux pour une n-ième fois la lettre.

D'une main, il se pinça l'arête du nez. A ce stade, il n'espérait qu'une seule chose : que le lys rouge ne soit pas une référence à Lily. Vraiment, il ne pardonnerait jamais ça à Albus.

-Bon. Si nous mourrions pendant la guerre, où est-ce que nous aurions envie de renaître ? Interrogea-t-il pensivement.

-Le langage de l'union… Ça veut peut-être dire qu'il faut rejoindre le QG de l'ordre du phénix ? Suggéra timidement Hermione.

-Nous roulons actuellement à son opposé. Contra Severus avec agacement.

La pensée de Lily le rendait nerveux et irritable. Hermione devait en faire les frais.

Elle perçu son exaspération, et en fut légèrement blessée. Ça faisait un moment qu'un équilibre s'était installé entre elle et Rogue, et elle ne s'attendait pas à redescendre si soudainement au rang de cornichon méprisable.

L'évolution des choses entre eux avait été à la fois fulgurante et extrêmement lente. Leurs jours se succédaient et se ressemblaient, leurs recherches stagnaient, et ils continuaient à se rendre mutuellement la vie infernale, tout en s'habituant à la présence – agaçante, certes, mais devenue habituelle – de l'autre.

Elle se souvenait la première fois qu'ils avaient réussi à établir un contact entre leurs deux esprits.

Il était 4 heures du matin, et Hermione n'arrivait pas à dormir. Elle s'était réveillée en sursaut à 3 heures et n'avait pas réussi à retrouver le sommeil. Se tournant et se retournant dans son lit, elle essayait d'identifier la cause de son malaise, comme si elle sentait l'idée qui faisait progressivement son chemin en elle, bien qu'elle ne fût pas encore formulée.

Elle se releva brutalement, les cheveux plus ébouriffés que jamais, d'immenses cernes sous les yeux. Dans son mouvement elle renversa sa lampe de chevet qui s'écrasa sur le sol. Depuis sa chambre, elle entendit son professeur s'exclamer :

-Granger !

Mais elle ne prêta aucune attention à ce ton menaçant, elle ouvrit la porte à la volée, s'élançant dans l'escalier, évitant machinalement les marches un peu bancales. Malheureusement, arrivée en bas, elle se prit les pieds dans le tapis, que Rogue avait pris soin de plier un peu, quelques heures auparavant, dans l'espoir de la faire trébucher.

Hermione s'étala de tout son long. Ne prenant pas la peine de se relever, elle passa en revue ses dernières équations d'arithmancie, puis souffla :

-Mais qu'est-ce que je suis co…

-Je ne vous le fais pas dire. Lâcha Rogue d'un ton glacial, s'étant finalement levé pour comprendre le pourquoi de ce boucan.

Il lui tendit une main pour l'aider à se remettre sur pied, mais elle lui jeta à peine un regard et se releva toute seule pour lui faire face.

-Nos noms ! Il faut qu'on utilise nos noms pour la formule d'arithmancie ! C'est pour ça que ça ne marchait pas !

-Granger… Nous utilisons déjà nos noms. Rappela Rogue moqueusement.

Elle parut soudainement un peu troublée, et se perdit en balbutiements incompréhensibles.

- Si vous pouviez vous exprimez un peu plus clairement...

-Non je… Professeur… Je voulais parler de nos prénoms, en fait. Ça semble évident, c'est par nos prénoms que nous appellent les personnes qui nous sont les plus proches et… Ils nous sont individuels, tandis que les noms de famille englobent tout un groupe d'individus et…

Rogue n'attendit pas la suite et se précipita vers une pile de parchemins. Il griffonna pendant d'interminables minutes, puis vérifia certaines informations dans divers livres, puis finalement, dirigea à nouveau son attention vers la gryffondore.

-Ça peut marcher.

Hermione le regarda d'un air solennel, puis s'approcha pour regarder les nouveaux gribouillages du serpentard. Finalement, elle ne put réprimer plus longtemps son sourire éclatant et, pour une fois, Rogue ne s'en moqua pas. Tous deux venaient de franchir une étape décisive dans leurs recherches.

Ils étaient allés plus loin que tous les sorciers contemporains dans l'exploration de l'esprit sorcier.

Restait à tester la nouvelle formule d'ancienne magie. Il s'agissait d'un sort informulé, et, après avoir exécuté un mouvement précis de leur baguette, tous deux devaient se concentrer sur le prénom de l'autre.

Et, enfin, leurs deux esprits s'étaient mêlés. La sensation avait été incroyable. Elle était beaucoup moins désagréable que lors des exercices d'occlumencie et de légilimencie. Il ne s'agissait pas d'un esprit qui s'introduisait dans un autre, mais de deux esprits qui se mélangeaient, se rejoignaient par synthèse, se confondait sans hiérarchie.

Hermione pouvait voir ce que voyait Severus, et inversement. Tous leur sens étaient partagés. Malgré cette sensibilité décuplée, Hermione se sentait soudain bien au-dessus des considérations matérielles, elle se sentait libre, avait l'impression de flotter, quelque part entre Severus et elle-même. Il n'y avait plus aucunes limites, elles avaient disparu après le lancement du sortilège.

Lors de ce premier essai, ils n'avaient pas réussi à envoyer de messages formulés. Tout était ressenti, perception, émotion. Et puis, une fois le contact visuel rompu, tout s'était arrêté.

Aucun mot n'avait été échangé, mais leur relation était transformée.

Ils se connaissaient désormais au-delà des mots et de la matière, chacun avait saisi l'essence de l'autre et, après avoir tenté cette expérience de nombreuses fois, avaient fini par la maîtriser, par la connaître par cœur.

Puis, Severus avait trouvé comment envoyer de réelles phrases à sa collègue, se basant sur un principe similaire à celui de la légilimencie. Hermione avait mis un certain temps à maîtriser ce nouvel exercice, mais elle avait affaire au plus grand légilimens et occlumens de son époque, et ses progrès avaient été spectaculaires. A ce stade-là, Hermione et Severus avaient naturellement commencé à s'appeler constamment par leur prénom, puisqu'ils devaient le répéter sans cesse mentalement pour établir un contact par la pensée.

Un autre tournant décisif avait été l'abandon de sa baguette magique. La pratique de l'ancienne magie requérait de lourdes quantités d'énergie magique, et Hermione ne parvenait pas toujours à les canaliser par sa baguette.

Severus avait donc fini par lui suggérer de s'entraîner à la magie sans baguette. Après avoir fait se rencontrer leurs deux esprits, c'est leurs empruntes magiques qu'ils avaient donc entremêlées, puisqu'elles ne heurtaient plus la barrière de la baguette magique.

Quand ils s'adressaient la parole, leurs échanges restaient toujours agressifs ou très formels. Mais ils se connaissaient de mieux en mieux. Parfois, Hermione avait été effrayée par leurs progrès. Ils s'étaient fait, par défaut, les cobayes de leurs propres expériences, et étaient amenés à partager plus qu'aucun sorciers n'avait jamais échangés jusque là. Ils avaient besoin du contact visuel pour réussir l'envoi de messages formulés, mais leurs perceptions étaient désormais définitivement liées.

En permanence, ils savaient quand l'autre était troublé, énervé, triste, impatient, et leurs humeurs s'influençaient mutuellement. Ils avaient peu à peu pris l'habitude de respirer à l'unisson, s'étaient accordés sur un même rythme. Ils vivaient perpétuellement dans cet état de flottement, mais aussi de partage. La solitude était désormais un concept qui leur était tout à fait étrenger, inimaginable. Isolés du monde, loin de leurs amis et proches, loin de leur société, ils n'avaient jamais été aussi accompagnés.

Hermione dessina distraitement sur sa vitre embuée. Elle se sentait forte de cette union exceptionnelle, inespérée en temps de guerre. Elle savait que cette situation ne pouvait qu'être avantageuse, et une source de soutien pour elle.

Mais elle craignait d'aller trop loin, de ne pas se préserver suffisamment, de perdre le contrôle qu'elle avait jusqu'à présent été la seule à exercer sur elle-même.

Et puis, elle craignait les sautes d'humeur de son ancien professeur, elle ne pouvait se résoudre à partager toutes ses perceptions, impressions et émotions, avec quelqu'un qui ne lui portait de considération qu'en des occasions proprement exceptionnelles.

Elle admirait Severus, mais supportait de moins en moins bien que, lui, la méprise chroniquement. Elle ne pouvait accorder pleinement sa confiance à quelqu'un qu'elle jugeait aussi instable que lui.

Soupirant avec lassitude, elle ajouta un petit bonhomme dans le cercle qu'elle avait tracé, puis soupira à nouveau.

-Non ! S'étrangla soudainement Severus, en freinant brutalement puis en se retournant avec désespoir.

-Quoi ? S'écria Hermione en se redressant.

-Non… Répéta Severus, cette fois comme une supplication.

-Severus… Qu'est-ce qu'il y a ? insista-t-elle, inquiète.

-Je… Vous ne comprenez pas… C'est trop difficile.

Hermione ressentait la détresse du Maître des potions, mais ne savait que lui dire.

-Toutes ces déceptions, toutes ces pertes, toutes ces erreurs… La guerre… Je ne supporte plus...

Hermione l'observait avec des yeux effarés, ne l'ayant jamais vu dans cet état.

-Severus. Dites-moi ce qu'il s'est passé. Tout en l'exhortant à parler, elle avait posé une main sur son bras ce qui eut le don de le faire réagir.

-J'ai… J'ai raté la sortie de l'autoroute. Il y avait un citronnier planté à côté.

-Quoi ?!

Hermione retira sa main avec une mine dégoûtée, puis l'observa avec horreur.

-Mais comment avez-vous pu faire ça ?! Nous sommes fichus…

-Vous auriez pu faire attention, aussi, moi je conduis, c'est vous qui devriez regarder ! Accusa Severus.

Hermione parut sur le point de répliquer avec humeur, mais elle se ravisa.

-Bon. Tant pis. Il doit bien y avoir une autre sortie qui mène au même endroit. Il faut que nous restions unis face à l'adversité.

-Je vous en prie, railla Severus, j'ai déjà dû subir votre héroïsme gryffondorien, vous n'allez pas en plus m'infliger un sentimentalisme dégoulinant de poufsouffle.

-Débrouillez-vous, alors. Lâcha-t-elle froidement, tournant son regard vers la fenêtre.

Le silence s'installa, pendant qu'elle fixait sans les voir les vestiges de son dessin, la buée envahissant à nouveau la fenêtre.

Elle releva le regard vers la route. Son cœur se mit à battre la chamade, et Severus perçut son agitation.

Evidemment. Tout semblait limpide maintenant. Comment avait-elle pu ne pas le voir ?

-C'est Léonard de Vinci. Dit-elle sereinement.

Severus, qui ne pouvait que suivre ses émotions sans avoir accès à ses pensées, s'impatienta.

-Et dans votre calme olympien, pouvez-vous me faire part de votre idée géniale ?

-Léonard de Vinci ! Insista-t-elle en lui montrant le bonhomme encerclé.

-Oui, je vous remercie, mais qu'est-ce que vient faire…

A son tour, Severus sentit son pouls s'accélérer.

-Bien sûr. La Renaissance... Avec une majuscule.

-Le berceau privilégié pour une Renaissance.

Le même mot résonnait dans leur deux esprits.

-L'Italie. Affirmèrent-ils en même temps, d'un ton triomphal.

Hermione éclata de rire tandis que Rogue se contentait d'un fin sourire.

Il y avait quelque chose d'extrêmement satisfaisant à avoir résolu une partie de l'énigme. Et puis, objectivement, ce vieux fou ne manquait pas d'humour. Oser les envoyer, eux deux, en Italie. Il n'aurait pu trouver plus incongru.

L'hilarité se prolongea quelques minutes.

-Je présume que le langage de l'union doit nous indiquer la région dans laquelle nous allons ? Demanda Severus.

Hermione acquiesça.

-C'est la Toscane.

A nouveau, elle ne put empêcher un éclat de rire. Elle allait passer son été en Toscane, avec son ancien professeur de potion.

-Vous êtes sûre ?

-Oui. Lors de l'unification de l'Italie, c'est le dialecte toscan qui a été choisi comme langue nationale. Et puis, la Toscane est le « berceau de la Renaissance ». Je n'ai aucun doute.

-Bien… Il ne nous reste plus qu'à trouver un aéroport. Et un avion pour la Toscane.

Hermione se demanda comment il connaissait l'existence des aéroports. Puis elle réalisa qu'ils n'étaient pas encore tirés d'affaire.

De son côté, Severus se demandait quel rapport Lily pouvait avoir avec l'Italie. Il ne se souvenait pas qu'elle ne soit jamais allée là-bas.

Hermione sentit qu'il était préoccupé, mais ne fit aucun commentaire.

-Hermione… Félicitation. Pour votre… bon sens.

Le temps sembla s'être suspendu. C'est bien à elle qu'il l'avait dit. C'est bien ce qu'il avait dit. C'est bien lui qui l'avait dit.

Elle le regarda du coin de l'œil, puis eut un faible sourire. Après l'avoir tant attendue, elle obtenait enfin cette reconnaissance. Elle se sentait étonnement calme, presque solennelle. Quelle belle journée.

Pour une fois, Severus ne regretta pas d'avoir abandonné ses sarcasmes avec la gryffondore. Il respectait désormais sa jeune collègue, qui avait fait ses preuves trop souvent pour qu'il ne reste indifférent plus longtemps. Son jugement avait souvent était décisif pour eux. Il ne pouvait qu'admettre que, depuis plusieurs jours maintenant, ils formaient une véritable équipe, ils travaillaient à égalité, ensembles. Et cette union n'était pas déplaisante.

Et il savait qu'elle percevait son inquiétude, bien qu'elle ignore que cela concernait Lily, et il ne voulait pas qu'elle se méprenne, qu'elle soit blessée par sa préoccupation.


Quelques temps après, les citrons avaient mené Hermione et Severus à un aéroport. Après s'y être débattu, s'être perdu plusieurs fois, avoir rusé pour obtenir des billets au dernier moment, ils embarquaient finalement dans un vol à destination de Pise.

Severus était particulièrement nerveux à l'idée de se fier à une machine moldue qui l'emmenait à plusieurs mètres d'altitudes, et Hermione elle-même n'était pas rassurée. Ils commencèrent par se chamailler pour décompresser, mais les perturbations les firent taire.

Tous deux blancs comme un linge, ils maudissaient le Directeur avec hargne, se jurant de lui faire payer sa petite farce.

Severus traumatisa plus ou moins une hôtesse de l'air mais, finalement, ils touchèrent à nouveau le sol, à leur plus grand soulagement.

Aucun des deux n'était doué pour le Quidditch, et ils comprenaient désormais pourquoi. Ils arrivèrent à Pise en fin d'après-midi, et Hermione fut enchantée par le climat estival qui y régnait.

Elle déambulait dans la ville avec légèreté, ravie de ces vacances improvisées. Bien sûr, elle fut un peu irritée quand Rogue refusa catégoriquement de se laisser prendre en photo devant la tour de Pise, mais sa déception fut compensée quand il accepta de prendre deux chambres dans un hôtel situé tout près du monument. Ils s'installèrent et, vers 20 heures, Severus vint toquer à sa porte.

-Hermione? Préparez-vous, nous dînons au restaurant ce soir.

La jeune fille ouvrit la porte brusquement et l'observa avec effarement.

-Quoi?!

Il haussa un sourcil dédaigneux.

-N'inversez pas les rôles je vous prie, c'est moi qui suis répugné par ce genre de choses. Mais nous n'avons pas mangé depuis ce matin, et il faut bien se restaurer d'une manière ou d'une autre. A moins que vous ne préfériez mourir de faim?...

-Non... C'est juste que... Je n'ai rien à me mettre.

Il leva les yeux au ciel et tourna les talons.

-On se rejoint dans le hall dans une demi-heure.