Chapitre 9 :

La chaleur de l'eau enveloppait son corps, faisant iriser ses poils et bouger ses cheveux comme si l'action du vent en était la cause.

Son esprit était plongé dans une source de béatitude ou régnait un calme complet. Seul un léger bourdonnement venait tinter au creux de ses oreilles, pour le moins insensibles à cet impact…

D'ordinaire, Harry n'aimait pas les bains.

Pour lui, une douche avait l'avantage d'être plus rapide et de consommer beaucoup moins d'eau. Cependant, le jeune homme devait avouer que pour se relaxer et apprécier les senteurs des huiles qui lui étaient généreusement offertes, il n'y avait rien de tel qu'un bon bain, qui plus est, celui de ses appartements plus précisément.

La pièce exhalait une odeur particulière et lui rappelait le printemps, sa saison préférée.

Tout refleurissait à cette période de l'année. Tandis que le soleil rallongeait les jours, les parfums envahissaient l'atmosphère et les cieux adoptaient une jolie couleur azur.

Au fil de l'année, chaque saison possédait un charme plus ou moins prononcé. Mais le printemps révélait une élégance que le brun appréciait tout particulièrement.

S'enivrant une dernière fois de cette senteur, Harry ferma doucement ses yeux en prenant une bouffée d'air afin de remplir ses poumons.

De là, il plongea le reste de sa tête sous l'eau, déjà bien ensevelie par la mousse crépitante.

Une fois l'organisme privé d'air, le temps défilait toujours plus vite. Cependant Harry ne resta pas plus de vingt secondes sous ce liquide naturel. Car, même s'il pouvait demeurer en apnée plus longtemps, il ne le faisait jamais pour la simple et bonne raison que cela le terrifiait.

En effet, étant plus jeune, il avait failli se noyer. Cet incident était d'ailleurs la conséquence d'une des nombreuses plaisanteries cruelles que Dudley lui faisait subir à longueur de journée.

Harry savait pertinemment qu'il ne faisait pas le poids face à lui mais cela ne l'empêchait pas de se rebeller chaque fois qu'il en avait la possibilité.

Si seulement il avait su, il n'aurait pas répliqué à ces paroles cinglantes ce jour-là.

Il ne se souvenait plus exactement des événements, ni des raisons qui avaient conduit son cousin à le pousser dans ce lac, où jadis il allait se promener. Néanmoins, il se rappelait parfaitement de la peur qu'il avait ressentie.

Se débattre sans parvenir à rester hors de l'eau. Lutter contre chaque gorgée qui semblait vouloir l'étrangler, et tenter de s'accrocher à quelque chose d'inexistant.

Jamais il ne fut aussi angoissé de toute sa vie. Et jusqu'à la dernière seconde, il avait cru mourir.

Heureusement, un inconnu passant par là avait remarqué la scène, et Harry fut ainsi sauvé de justesse.

Le pire est que son cousin ne fut même pas réprimandé pour son attitude. A croire que sa vie ne valait vraiment rien pour son oncle te sa tante.

S'il ne l'avait pas encore compris à l'époque, aujourd'hui il savait au moins qu'il ne pouvait plus rien attendre de ces gens-là. Parfois, il pensait même qu'effacer leur existence de sa mémoire serait plus facile, ainsi que de balayer toutes les souffrances qu'il avait endurées par leur faute.

Depuis, Harry avait vaincu sa crainte de l'eau. Plus tard, il avait appris à nager et il s'était même rendu plusieurs fois à la piscine.

Cependant et malgré toute la bonne volonté qu'il avait déployée, le jeune homme était conscient que cette faiblesse quelque peu refoulée ne l'avait jamais quitté. Plus que ça, elle l'accompagnait chaque fois qu'il surmontait, ce qui était pour lui une épreuve. Par exemple, il pouvait nager dans l'eau sans vraiment s'y sentir à l'aise. Il pouvait prendre un bain sans rester plus d'une vingtaine de secondes sous l'eau, ou encore aller à la piscine en tâchant de rester non loin du bord.

On dit que le temps guérit les blessures. Harry espérait bien vérifier un jour la véracité de ce dicton.

Pendant qu'il observait l'eau se vider lentement, assis dans la baignoire, il tenta de chasser ses sombres pensées.

Il attrapa une serviette située à proximité et s'en recouvrit tout en appréciant la texture douce. Dès qu'il eut été sec, il revêtit ses affaires en regardant le reflet que lui réfléchissait l'imposant miroir de la salle de bain.

Aujourd'hui, il avait opté pour une chemise noire rayée et un pantalon en jean blanc. En plus d'être confortable, ce dernier possédait une jolie coupe. Pour éviter de le perdre, Harry enfilait généralement une ceinture noire qui s'accommodait avec ses chaussures.

Si l'ensemble paraissait simple en soi, sur le jeune homme il dévoilait un attrait qui ne laissait guère indifférent…

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D'un air impassible, il observait les feuilles s'empiler les une sur les autres, délivrant le parfum de l'encre encore fraîche.

D'ici trois minutes, l'imprimante aurait achevé sa besogne pour le grand bonheur de son patron qui attendait impatiemment ce dossier.

Théodore songea même un instant qu'il pourrait feindre un problème, histoire de faire languir son père un peu plus longtemps. Seulement, il n'était pas idiot au point d'attiser le courroux de ce dernier. Alors il se ravisa.

Parfois, il se demandait ce qui était le plus pénible ? Travailler pour son père qui était en même temps son patron ? Ou effectuer un boulot qui le répugnait ?

Cruel dilemme, songea-t-il. Son père était quelqu'un de peu appréciable, voir tout simplement détestable. Il était exigeant, et ses ordres étaient difficilement négociables.

Puis d'un autre côté, ce métier ne le passionnait guère. En réalité, il l'ennuyait au plus haut point. Mais il continuait à l'accomplir au risque de déplaire à son géniteur.

Théodore n'avait jamais parlé de sa relation avec Harry. Dans sa famille, l'homosexualité était contre nature, une chose abjecte qu'il fallait à tout prix éradiquer. Une chose que ne supporterait certainement pas son père et que son fils se lassait de dissimuler.

Toutefois, divulguer cette information ne lui causerait que du tort dans l'immédiat. Car, s'il venait à le faire, il perdrait son foyer, son travail, et sa famille le bannirait sans aucun doute possible. Or, Théodore vivait entièrement au dépend de celle-ci. Par conséquent il ne pouvait révéler ce secret qui lui pesait sur la conscience.

Soupirant, il rassembla la pile de feuilles et la rangea soigneusement dans une pochette adaptée. Il jeta un bref coup d'œil à sa montre afin de s'enquérir de l'heure qu'il jugea peu avancée.

Il se demanda soudain ce que pouvait bien faire son petit ami ?

Harry n'était parti que depuis trois jours, et pourtant il lui manquait cruellement comme si son absence datait de plusieurs semaines.

Hier soir, il s'était décidé à l'appeler. Le jeune homme lui avait alors relaté son arrivée, sa découverte des lieux ainsi que les personnes qui l'entouraient. Théo était soulagé d'apprendre que son compagnon s'était plus ou moins intégré à ce nouveau milieu. Il avait même ri lorsqu'Harry lui avoua s'être perdu plusieurs fois au sein du manoir qu'il décrivait comme un joyau.

Même si son petit ami lui certifia qu'il ne s'agissait que de futilité, quelque chose semblait pourtant le préoccuper.

En effet, il ne comprenait pas l'attitude austère et froide de son nouveau partenaire de travail. Pour une raison qui lui échappait, Harry avait l'impression que Severus Rogue avait franchement décidé de le haïr.

Théo avait donc supposé que cet homme était naturellement distant avec les gens ? Ou alors il agissait ainsi parce qu'Harry était nouveau et qu'il voulait tout simplement le tester ?

Quelles autres explications aurait-il pu fournir ? Son petit ami était une personne agréable, intéressante et qui plus est, intelligente. Il n'y avait aucune raison de le détester, surtout si on ne le connaissait pas.

Malheureusement, Harry se sentait mal à l'idée qu'une personne puisse l'exécrer sans en comprendre la cause. Il ne voulait surtout pas déplaire et encore moins créer d'ennuis à quiconque. Sa bonté était encore une qualité que Théo admirait chez lui.

- « Monsieur Nott. S'éleva une voix féminine. Votre père vous demande. »

Théodore soupira en décrétant d'un ton monotone.

- « Très bien, j'arrive. »

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Dès qu'il fut sorti de la salle de bain, Harry se dirigea vers son bureau pour s'emparer de son téléphone, qu'il glissa dans sa poche.

Son regard se posa rapidement sur l'appareil trônant au milieu de son pupitre. Un employé lui avait apporté un ordinateur portable flambant neuf sur ordre de Lord Voldemort. Il était en effet plus aisé et plus rapide de travailler sur informatique de nos jours. Mais Harry ne s'attendait vraiment pas à recevoir un tel outil qu'il serait seul à utiliser, et dont il valait mieux ignorer le prix.

Il était vraiment trop gâté ! Pensa-t-il.

Tandis qu'il quittait ses appartements, il croisa sa femme de chambre, Alice.

D'un naturel craintif et réservé, la jeune femme devait avoir environ vint-cinq ans et ne mesurait pas plus d'un mètre cinquante-huit. Son visage fin et ses grands yeux bleus étaient relevés d'une longue chevelure d'or. Bien que le jeune homme fût persuadé qu'en les détachants, elle ne serait que plus rayonnante, ils étaient toujours liés en un chignon.

C'est elle qui nettoyait sa chambre, lui apportait des serviettes et venait tous les jours faire le lit en changeant régulièrement les draps.

Bien entendu, n'ayant pas l'habitude, Harry avait pris soin de le faire la première fois qu'il dormit au manoir. Ce n'est qu'après avoir rencontré la jeune femme qu'il apprit qu'il serait désormais dispensé de cette tâche.

- « Bonjour Alice, comment allez-vous ce matin ? » Demanda-t-il poliment.

D'emblée, les joues de la jeune blonde adoptèrent une couleur rosé, révélant sa grande timidité. Certains auraient pu trouver son manque d'assurance des plus agaçants. Mais loin de cette image, Harry la trouvait tout simplement charmante.

- « Je vais bien, monsieur Potter. Je vous remercie de me le demander ».

- « Voyons Alice, ne m'appelez pas monsieur Potter. Je suis plus jeune que vous, et puis ne vous ai-je pas dit la dernière fois que vous pouviez m'appeler par mon prénom ? »

La jeune femme parut subitement embarrassée. Elle détourna quelques secondes son regard avant de le poser de nouveau sur le garçon.

- « Ici, les domestiques n'ont pas le droit d'appeler les assistants ainsi que les invités de Lord Voldemort par leur prénom ».

- « Oh, je vois ». Répondit Harry, qui manifestement, l'ignorait.

Il sembla réfléchir quelques instants avant de reporter son intention sur sa femme de chambre.

- « Voilà ce qu'on va faire. Lorsque vous et moi serons seuls, vous pourrez employer mon prénom et personne n'en sera rien. Vous êtes d'accord ? »

Elle acquiesça positivement en arborant un nouveau sourire qui embellissait son visage angélique.

- « Je vous ai déposé mon linge dans le panier de la salle de bain. Mais je peux très bien le mettre moi-même dans la machine si vous voulez ? »

- « Oh, non ! Je vais m'en occuper. Je vous le rapporterai dès qu'il sera lavé, séché et repassé ».

- « Très bien, dans ce cas il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une bonne journée ».

- « Bonne journée à vous aussi, Harry ». Murmura-t-elle avant de passer dans sa chambre pour commencer à nettoyer.

D'un pas fluide, le jeune homme continua sa route pour se diriger vers le couloir principal en vue de rejoindre les appartements de Colin.

Heureux d'avoir trouvé une personne de son âge et avec laquelle il s'entendait bien, il se plaisait à lui rendre régulièrement visite même, si celles-ci étaient parfois de courte durée.

Colin était un garçon discret qui s'intéressait à toutes sortes de chose, même les plus banales. Il appréciait énormément la présence d'Harry qui lui inspirait confiance.

Effectivement, depuis son arrivée au manoir, peu de personnes lui parlaient avec respect ou courtoisie. Il avait l'impression d'être sans cesse méprisé ou transparent face à leurs regards accompagnés de paroles blessantes.

Harry était différent, et il s'adressait à lui comme un ami. Il ne pensait pas valoir mieux et sa présence, telle une source de soulagement, le rassurait. Sans le savoir, il l'aidait à ne pas sombrer dans les pires méandres du moment…

L'aile ouest débouchait directement sur une série de chambres, dont celle de Colin. Harry s'apprêta à la franchir lorsqu'une agréable mélodie s'éleva alors dans les airs.

Bien que le son fût vague et lointain, il se surprit à ralentir sa course pour l'écouter plus attentivement.

Tel un papillon attiré par la lumière, il changea de direction pour se laisser guider par cette sublime symphonie.

Il gravit l'un des escaliers menant au troisième étage où débouchait un large couloir. Ce dernier était décoré de tableaux dont la peinture semblait ressortir de l'ombre pour accentuer les moindres courbes, les moindres traits, même les plus insignifiants.

Habituellement, Harry aurait prêté une plus grande importance à ses peintures dont la beauté était indéniable. Seulement, le garçon poursuivit son ascension vers une double porte qui captait toute son intention.

De là, il pouvait entendre chaque son délivré avec la plus grande grâce, et chaque touche pressée avec un soin démesuré.

Le morceau que le pianiste interprétait était tout simplement subjuguant. Les notes étaient à la fois légères et précises, et l'atmosphère qui en découlait relatait une expression mélancolique et profondément touchante, telle une caresse qui lui effleurait le corps.

C'était la première fois qu'Harry se sentait ainsi envoûté par une œuvre musicale. Lorsque les notes se firent plus intenses et plus soutenues, il put sentir son cœur vibrer.

Il ferma soudain les yeux, tentant de se concentrer le plus possible sur son ouïe afin d'apprécier la virtuosité de ce pianiste.

Immobile, il songea qu'il pourrait écouter ce morceau pendant des heures. Un instant, l'envie de pousser cette porte et découvrir qui pouvait bien s'y cacher lui effleura même l'esprit. Cependant, au risque de briser cette symphonie, il rejeta cette idée.

Envieux, le garçon aurait donné cher pour posséder cet insigne talent. Bien qu'on lui répétât souvent qu'il avait un don pour le dessin, il pensa que ce n'était rien en comparaison de ce qui lui était inexorablement présenté.

Par ailleurs, il n'avait pas le souvenir d'avoir rencontré un pianiste depuis qu'il vivait ici.

Peut-être était-il arrivé aujourd'hui ? Peut-être était-ce Lord Voldemort qui l'avait fait mander pour une raison quelconque ?

A moins qu'il ne s'agisse tout simplement d'une personne qu'il connaisse et dont il ignore les aptitudes pour le piano ? Mais le jeune homme douta quelque peu de cette hypothèse.

Soudain, la musique s'évapora. Comme s'il venait de s'éveiller d'un profond sommeil, Harry reprit conscience.

Il réalisa soudain qu'il était bien loin de ses appartements ou encore ceux de Colin. D'ailleurs, il n'avait sûrement aucun droit de se trouver là. Il n'était pas chez lui après tout. Errer dans les couloirs en écoutant aux portes comme un malotru ne lui ressemblait vraiment pas !

Avant que la porte ne s'ouvre dans un élan spontané, le jeune homme avait déjà quitté le lieu pour rejoindre la chambre de Colin.

Et tandis qu'il s'éloignait, la mélodie ne quitta plus son esprit.

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La chambre numéro dix-huit située au troisième étage de l'hôpital d'Héridas, était l'une des plus jolies de ce centre hospitalier.

En effet, Remus l'avait accommodé en fonction des goûts de sa femme.

Parfois, il lui apportait un bouquet composé exclusivement d'iris violets, ses fleurs favorites. D'autres fois, il lui lisait des livres, et notamment des poèmes. Mais ce que Remus préférait le plus, c'était ouvrir la sublime boite à musique qui reposait sur un meuble, non loin du lit de sa bien aimée.

Cette boite avait appartenu à la mère de Tonks, Androméda qui, à sa mort avait légué ses principaux biens à son unique enfant.

L'objet était de forme rectangulaire, et façonné dans le style du dix-huitième siècle. Elle avait été sculptée dans un bois noir précieux. Le coffret comportait un miroir intérieur sur le couvercle et un tiroir dans le bas laissait entrevoir de la place pour y déposer quelques bijoux.

Pour Tonks, cette boite ne valait rien, mais elle renfermait une valeur sentimentale. C'est pourquoi son mari avait pris soin de lui apporter, afin que sa douce mélodie l'accompagne dans ce monde où il ne pouvait l'atteindre.

Assis sur une chaise, il passa une main devant ses yeux fatigués tandis que le souvenir d'un rêve refit surface…

Ils étaient assis sur une serviette de pique-nique où reposait une multitude de fruits et de sucreries. Ils étaient ceints par des arbres en pleine floraison, et ceux-ci ressemblaient étrangement à des cerisiers au mois de mai.

Le ciel était très clair, et l'atmosphère reposante. Non loin d'eux, se situait un lac où il pouvait clairement entendre l'eau dévaler les petites cascades. Mais à cet instant, son esprit n'avait d'yeux que pour elle.

- « Pourquoi me regardes-tu ainsi ? »

Il lui avait souri avec toute la douceur dont il était capable en lui répondant d'un même ton :

- « Parce que tu es magnifique »

Ce compliment révéla son somptueux sourire et ce fut la dernière image qu'il entrevit avant de se réveiller.

Un réveil beaucoup trop brutal qui le ramena à la dure réalité.

Jours après jours, il se répétait qu'il aurait dû être présent ce fameux soir, et qu'il aurait préféré être à sa place. Il n'oublierait jamais l'instant où Tonks lui avait dit « ne t'inquiète pas, je n'en aurais pas pour longtemps ». Cette phrase restait gravée à jamais dans sa mémoire.

Le lundi, était son jour attitré pour aller faire les courses. Tonks adorait préparer ces biscuits à la violette, dont les enfants raffolaient. Cependant, Remus avait omis d'acheté la poudre d'amande pour qu'elle puisse les réalisés. Etant donné que le magasin n'était pas loin et que ce dernier n'était pas encore fermé, elle avait décidé d'y aller seule prenant comme à son habitude, son sac et sa veste qu'elle enfila tout en lançant d'un ton jovial :

- « Ne t'inquiète pas, je n'en aurais pas pour longtemps ».

Sur ce, elle avait quitté la maison pour ne plus jamais y revenir.

Remus travaillait chez lui ce soir-là. Il mettait au point un nouveau prototype, qu'il espérait dans un proche avenir fabriquer en grande quantité. C'est alors qu'il reçut un appel de l'hôpital lui expliquant qu'un chauffeur avait renversé sa femme et qu'il avait pris la fuite.

Plus tard, une enquête avait été menée. Malheureusement, personne ne put identifier la voiture, la plaque ou encore le chauffeur qui n'avait jamais pris la peine de se faire connaître.

Et Remus Lupin n'avait jamais pu accepter cela.

- « Papa ».

Hermione était à la porte, sa voix à la fois douce et triste fit sortir l'homme de ses songes, ou plutôt de ses souvenirs douloureux qu'il tentait tant bien que mal de ne pas ressasser.

Elle lui apporta un café tout chaud qu'elle déposa au creux de ses mains.

- « Une infirmière va bientôt arriver pour commencer à administrer le nouveau traitement. Les médecins disent que les résultats de celui-ci ont été concluants sur plusieurs patients dans le même état que maman ».

- « C'est ce qu'ils ont également dit sur les premiers, et pourtant il n'y a eu aucune amélioration ». Décréta son père.

La jeune fille arbora une moue compatissante.

- « Je sais » murmura-t-elle doucement.

- « Mais il n'existe encore aucun remède qui soit capable de sortir un malade du coma. C'est un état encore trop difficile à analyser et il existe tant de cas différents. Les médecins font tout ce qu'ils peuvent pour nous aider. Il faut leur faire confiance et essayer, même s'il n'y a aucune garantie que ce traitement sera meilleur que les précédents ».

Sa fille avait raison, il ne pouvait demander un miracle de la part des médecins. Il ne pouvait pas les accuser, ni même leur en vouloir.

Alors que lui restait-il à faire ? Prier, peut-être. Il le faisait déjà depuis des mois, mais en vain.

L'espoir était tout ce qui lui restait. Car, ne disait-on pas qu'il faisait vivre ?

- « Je vais chercher Luna à l'école ». Signala Hermione en enfilant son manteau.

Son père jeta un coup d'œil à l'horloge suspendue au-dessus de la porte d'entrée. Lorsqu'il était ici, l'heure défilait beaucoup trop vite, si bien qu'il en venait même à perdre la notion du temps.

- « Voudrais-tu manger quelque chose de particulier ce soir ? » Demanda sa fille, sachant qu'après avoir récupéré sa sœur à l'école, elle s'occuperait prioritairement du repas en revenant à la maison.

- « Non, il n'y a rien qui me vienne à l'esprit. Mais demande à Luna, je suis sûr qu'elle aura une idée en tête ».

Hermione acquiesça avant de s'emparer des clés du véhicule.

- « A tout à l'heure ! » Lança-t-elle.

- « Fais attention sur la route ! » Prévint son père.

- « Je serai prudente. En revanche, je crois qu'il serait bon de faire réviser la voiture ». Souligna la brune.

- « Elle fait un bruit de plus en plus étrange et si on tarde trop, cela pourrait bien s'aggraver ».

- « Je prendrai rendez-vous chez le garagiste ». Répondit Remus étant pleinement conscient qu'il aurait dû le faire depuis un moment.

Néanmoins, il avait souvent tendance à remettre à plus tard ce qu'il pouvait faire le jour même.

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Le feu se consumait lentement au gré des flammes qui frôlaient, rasaient ou transperçaient le bois sec. Parfois, de légers craquements survenaient tandis que la pièce s'imprégnait d'une chaleur euphorique où émergeait une lueur incandescente.

Une pluie torrentielle avait submergé la ville de Plymouth et ses environs. Le ciel noir grondait sous de puissants éclairs qui jaillissaient furieusement, fendant le ciel en deux.

Lorsque Colin s'éveilla, la première chose qu'il perçut à travers la vitre du plafond, furent les innombrables étoiles, chacune brillant d'un éclat singulier. Il les regarda quelques secondes avec attention avant de reporter son regard à ses côtés pour découvrir une place vide et froide.

Sans comprendre pourquoi, cette constatation le blessa.

Il savait pourtant qu'il n'avait rien de plus à attendre de la part de cet homme avec lequel il partageait des moments intimes. Cependant, le cœur et l'esprit sont des choses bien distinctes que Colin Crivey ne pouvait pas toujours commander.

Et malgré tout ce qu'il devait endurer, sa présence, ses baisers, ses caresses avaient le don d'effacer la colère qu'il lui portait.

Il jeta un coup d'œil sur le réveil situé non loin de lui où il était clairement indiqué une heure moins cinq.

En rejetant sa longue chevelure en arrière, Colin se redressa pour chercher des yeux ses vêtements qui avaient négligemment atterris sur le sol près du lit. Il les revêtit rapidement afin d'être couvert pour traverser les quelques sombres couloirs du manoir.

Puis, s'avançant lentement, il appuya sa paume sur la poignée de la porte et l'ouvrit délicatement pour quitter silencieusement la chambre du Lord.

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Une fois de plus, le sommeil lui échappait.

Il y avait longtemps que Lord Voldemort n'avait pas passé une nuit paisible et agréable où il se réveillerait au rythme du soleil levant. Il avait l'impression de ne même plus rêver, ou sans doute ne s'en souvenait-il pas.

Peut-être travaillait-il trop ?

Cette perspective lui était pourtant ridicule, le travail n'empêchait pas le sommeil de s'établir. Il devrait au contraire l'accélérer. A moins d'être stressé par quelque chose, ce qui n'était pas son cas.

Il jeta un coup d'œil par la fenêtre où la pluie cinglait avec force, émettant un bruit distinct qu'il appréciait particulièrement. Pour lui, la nuit était comme un tableau. Elle était à la fois une image que l'on contemplait pour sa beauté, mais aussi pour son mystère qui faisait depuis tout temps méditer les hommes.

Soupirant intérieurement, la vue du dossier errant sur son bureau lui rappela la tâche qu'il devait achever. Malheureusement, sa motivation était désormais infinitésimale. Il finit donc de remplir les derniers critères d'un des documents, puis referma le fichier et rangea son stylo plume dans son tiroir habituel.

De là, il avança sa main pour éteindre la lampe de son bureau, plongeant la pièce dans une obscurité totale.

Sentant qu'elle devenait trop pesante pour qu'il daigne y rester une minute de plus, il quitta enfin le lieu.

Les couloirs du manoir émanait une atmosphère froide, et celle-ci donnait l'impression que toute vie semblait éteinte. Seule la démarche assurée du Lord meublait le silence qui régnait entre les murs de son domaine.

Plus loin, il emprunta un des escaliers qui menait à l'étage inférieur. Il ne comptait pas regagner sa chambre dans l'immédiat. De plus, la perspective de rejoindre Colin ne l'enchantait guère.

Pendant qu'il traversait le corridor principal, il s'aperçut qu'une faible lueur éclairait un des principaux salons du manoir.

Qui pouvait bien être encore éveillé à cette heure-ci ?

Intrigué, il se dirigea sans plus tarder vers la source lumineuse. Cette dernière provenait d'une lampe disposée près d'un canapé, où une silhouette immobile reposait à l'extrémité.

Voldemort s'approcha davantage pour constater qu'il s'agissait de son jeune assistant. D'ailleurs, celui-ci s'était apparemment endormi.

Ses traits parfaits dévoilaient une expression sereine. Il détenait entre ses mains positionnées en croix, le livre que le Lord lui avait conseillé. Très doucement, l'homme lui ôta pour déposer l'ouvrage sur une petite table basse, puis en prenant soin de ne pas le réveiller, il fit de même avec les lunettes du garçon.

Il était inutile de porter le jeune homme jusqu'à sa chambre, puisqu'il se réveillerait sûrement. Voldemort le fit donc basculer délicatement d'un côté, afin qu'il puisse s'allonger sur toute la longueur du canapé.

Les lèvres du garçon étaient légèrement entrouvertes alors que son torse s'élevait au rythme de sa respiration, ralentie par le sommeil. La texture de sa peau paraissait si lisse et éclatante que l'envie de l'effleurer traversa l'esprit du Lord. Toutefois, il retint ce geste et se contenta de repousser les quelques mèches ornant son front.

Une conclusion s'imposa alors à lui. Ce jeune homme était vraiment beau. Une beauté différente de la sienne, mais tout aussi divine et fascinante.

Par ailleurs, il y avait quelque chose chez lui qui, inconsciemment, l'attirait. Quelque chose qu'il ne possédait pas.

Différemment des autres, Voldemort avait la sensation qu'Harry ne possédait aucune pensée malveillante, qu'il serait incapable de faire volontairement souffrir quelqu'un et cela même s'il détestait la personne. Tout chez lui ne reflétait que gentillesse, sincérité et bienveillance. Ce garçon était en quelque sorte l'innocence incarnée. Et ça, jamais le Lord ne l'avait décelé chez quelqu'un auparavant.

Baissant de nouveau son regard sur son visage, il songea qu'il pourrait l'admirer indéfiniment. Mais contre toute attente, il se dirigea vers une armoire pour s'emparer d'une couverture chaude. Il recouvrit son jeune assistant de cette dernière, puis éteignit la lampe en murmurant :

- « Fais de beaux rêves »

Enfin, il quitta le salon silencieusement en arborant un sourire discret.

En cet instant, Voldemort avait une certitude. Harry ne serait pas qu'une simple conquête.

Plus que cela, il serait un véritable défi qu'il se ferait une joie de relever.