-Chapitre 9-
Notre futur
Rin n'aime pas être loin de notre enfant. C'est un fait que j'ai découvert depuis la seule dispute qu'il y a eu entre elle et Yuki. Pourtant, cela arriva de plus en plus souvent, alors que Yuki s'épanouissait dans l'adolescence. Elle était bien au village. Elle était bien auprès de son père officieux, Kohaku, loin de ma présence. Elle était bien auprès de l'humain Kyosato.
Alors que Rin préférait fuir la douleur de la perte de son ami Shippo loin des lieux où ses plus heureux souvenirs y résidaient, Yuki se complaisait à la vie sédentaire qu'elle souhaitait obtenir, auprès des amis qui lui étaient si chers.
Je m'en suis aperçu rapidement, surtout d'après le regard de Rin, mais je n'ai rien fait pour empêcher cela. Pourtant, si j'avais su les conséquences qu'apporterait l'union entrer Yuki et Kyosato, j'aurais sans doute tout fait pour l'arrêter. J'aurais tout tenté pour les séparer, puisque Rin n'aurait jamais supporté de les voir tués de mes mains. Et encore, je crois qu'elle ne l'aurait pas permis. Elle aurait stupidement choisi de passer le bonheur de sa fille devant sa propre vie.
Peut-être… peut-être si les évènements s'étaient enchaînés de façon différente… Si Yuki n'avait pas tué Rin en naissant… Peut-être aurais-je accepté notre fille… Si je l'avais… aimée… peut-être alors qu'elle n'aurait pas eu ce besoin de passer tout ce temps au village pour être auprès d'un père qui n'était pas le sien. Peut-être qu'alors elle ne se serait pas mise à aimer un humain comme Kyosato.
Où ai-je failli ? Quand ai-je échoué de protéger les intérêts de Rin ? Sa vie ?
« Tu crois qu'il neige encore dehors ? » demanda subitement Rin.
Elle sent mon malaise et mes doutes. Elle change de sujet pour cette raison.
« Sans nul doute. »
L'hiver est trop rude pour s'achever abruptement. Rin aurait peut-être le pouvoir de modifier le temps grâce au Shikon no Tama, mais à vrai dire, j'ignore si elle sait le faire. Elle utilise peu ses capacités de miko, et encore jamais en des masses importantes d'énergie. La dernière fois qu'elle utilisa la puissance du Shikon no Tama à son sommet était lors de la bataille contre Naraku. Mais aussi quand elle transforma Inuyasha en humain. Il y a si longtemps de cela, semble-t-il.
Nous l'avons revu cependant, il y a peine trois étés de cela. Dans des circonstances bien étranges.
« Yuki, attends-moi ! »
L'humain Kyosato, déjà essouflé, courait derrière Yuki. Sesshomaru les observait avec un certain désintérêt alors que Rin souriait doucement.
« Dépêche-toi, Kyosato, déclara Yuki en se retournant. Vraiment, tu es trop lent !
- Figure-toi que je suis humain ! Et je te rappelle que je cours plus rapidement que n'importe qui au village ! »
Yuki rit sans raison apparente, du moins pour ce que pouvait en juger Sesshomaru. Rin comprenait peut-être mais certainement pas lui. Et apparemment pas Jaken qui grommelait sur la stupidité des humains.
Ils venaient d'installer le camp pour la nuit. L'humain Kyosato, maintenant âgé de seize ans, les avait accompagné pour la toute première fois dans l'un de leurs voyages. C'était une demande de Yuki. Rin en était enchantée et le père de Kyosato, Kazuma, était d'accord. Sesshomaru n'avait pas vraiment d'argument contre, si ce n'était la perturbation qu'engendrerait la présence du garçon dans leur vie habituelle. Il s'y fit pourtant, comme à tant d'autres choses qu'imposait sa vie avec Rin.
Sesshamaru restait neutre envers le garçon, comme il l'était d'ailleurs envers Yuki. S'il n'y avait pas eu Rin, ils auraient sans doute pu passer pour de parfaits étrangers les uns par rapports aux autres et qui se côtoyaient par un caprice du hasard.
C'était une relation presque normale pour eux tous, à dire vrai, même depuis l'époque où Yuki et lui s'étaient enfin expliqués sur les sentiments qu'ils ressentaient l'un pour l'autre. Ou plutôt leur absence de sentiments réciproques.
Rin n'en parlait pas, ayant sans doute accepté les faits depuis longtemps. Pourtant, parfois, il semblait que ses yeux bruns prenaient un voile de tristesse qui éveillait toujours en lui un sentiment de culpabilité.
« Je suis bien contente que tu sois parmi nous, Kyo-chan, dit soudainement Rin en aidant Jaken à préparer le feu. Cela fait du bien à Yuki d'avoir quelqu'un d'autre avec elle.
- C'est vrai que ça change de Jaaken ! s'exclama Yuki.
- Argh, petite effrontée ! riposta le petit yokai. Tu devrais avoir plus de respect pour celui qui changeait tes couches souillées !
- Oy Jaken ! Tu n'es pas obligé de rappeler ça devant Kyo-kun !
- Moi je trouve ça amusant, dit l'humain.
- Oh toi ! »
Yuki sauta sur l'humain qui surpris, fut plaqué. Yuki le tenait contre le sol, à quatre pattes au dessus de lui. A côté de Sesshomaru, Rin riait.
« J'ai gagné ! déclara Yuki.
- C'est ce que tu crois ! »
Il réussit à la prendre de surprise en retournant la situation. Cette fois-ci, c'était Yuki qui était prise entre les bras de Kyosato. Elle avait été certaine de sa victoire trop rapidement. Un défaut qui pourait lui faire perdre maintes batailles.
« Tu vois bien ! » dit l'humain.
Elle ne s'avoua pas vaincue, Sesshomaru devait le reconnaître. Elle prit les mains du garçon qui tenaient ses épaules contre le sol, et passa ses jambes autour de la taille de l'adolescent. Puis avec un mouvement de hanche, elle le mit au sol.
« En effet, je vois bien Kyo-kun ! dit-elle en posant son front sur celui du garçon devant elle avec un sourire plein de malice.
- Yuki-chan, Kyo-chan, ne restez pas trop longtemps ainsi, sourit Rin espiègle. On pourrait se faire des idées. »
Les deux adolescents rougirent et Yuki se pressa de s'écarter du garçon.
« Maman ! s'insurgea Yuki embarrassée.
- Rin-sama, je suis désolé, s'excusa le garçon. Je t'assure que cela ne m'est pas venu à l'esprit ! »
Rin éclata de rire.
« Vous devriez voir vos têtes ! Je ne vous accusais de rien, voyons ! »
Voir Yuki au côté de Kyosato fi presque frémir Sesshomaru. Tous deux étaient adolescents. Tous deux atteignaient le monde des adultes. Ce qui rappela à Sesshomaru que le temps s'écoulait, touchant Rin, l'altérant plus que par le passé.
A l'observer jour après jour, il ne se rendait pas vraiment compte des changements du temps sur elle. Peut-être que son visage était plus mûr, peut-être que ses yeux étaient devenus plus sages. Il n'en était pas vraiment certain. Rin pour lui, restait Rin, une constante de sa vie qui n'avait pas à changer.
Yuki, elle, grandissait incontestablement. Elle était loin du nouveau-né pleurnichard qui réclamait les bras de sa mère. Elle était loin de la petite fille qui trottait en se moquant de Jaken ou en chantant avec Rin. Elle était devenue adolescente. Elle devenait femme.
Rin l'avait vu bien avant lui et commençait à la traiter comme telle. Elles avaient déjà eu la conversation entre mère et fille quelques temps avant que Yuki ne commençât ses cycles. Rin ne lui avait pas donné de détails sur le sujet, le lui mentionnant au passage, comme si de rien n'était. Peut-être avait-elle voulu l'impliquer dans la vie de Yuki à l'époque, mais Sesshomaru s'était contenté de répondre d'un hochement de tête final.
Il n'avait pas voulu voir à l'époque que le temps les rattrapait, même lui, un Taiyokai immortel. Mais à présent, il ne pouvait que le constater. C'était devant ses yeux.
Soudain, Rin se leva, tendue.
Sesshomaru se raidit à son tour, se souvenant de la dernière fois où Rin avait agi de la sorte. Quand le kitsune Shippo avait été tué.
« Rin ? Qu'est-ce qu'il y a ?
- Maman ? »
Yuki avait pâli, se rappelant également sans doute les circonstances de la mort du kitsune.
« Rowena. Rowena est là. Avec Kagome. »
Rowena et Kagome.
Il n'avait plus revu la femme de son frère depuis leur départ définitif dans le futur. Sa venue était donc bien étrange. Mais pas autant que celle de Rowena. Rin l'avait mentionnée par le passé. C'était la réincarnation de Rin dans le futur. Mais comment ?
« C'est grave, Maman ?
- Je… ne sais pas. Il faut rentrer au village. »
Les deux adolescents acquiescèrent et rassemblèrent leurs affaires dans le sac d'AhUn. Ils montèrent avec Jaken sur le dos du dragon à deux têtes et Sesshomaru porta Rin au creux de son bras.
Même contre lui, il la sentit tendue et inquiète. Il y avait de quoi. Quelle raison avait bien pu pousser ces deux femmes à traverser le Puit Dévoreur d'Os ? Est-ce qu'Inuyasha serait… Non, sans doute pas. Cela ne pouvait pas expliquer la présence de Rowena dans une époque où elle n'avait rien à faire. Mais Sesshomaru doutait que ce fût une simple visite de politesse.
Rin contre lui, ses mains nouées autour de son cou, ils s'envolèrent tous en direction du village. Et vite, très vite, ils y arrivèrent. Sous les indications de Rin, ils gagnèrent la maison du moine et de sa famille.
Sesshomaru posa Rin au sol. Elle se précipita vers la porte qu'elle ouvrit d'un mouvement rapide. Sesshomaru était derrière elle, quand il vit la femme qui ne pouvait être que la réincarnation de Rin. Elle aurait pu être aussi prise pour une lointaine parente aussi, tant elle lui ressemblait, mais Sesshomaru pouvait presque le sentir. La présence de l'âme de sa compagne chez cette femme. Il y avait de nombreuses différences aussi. Leurs yeux, bien sûr, les traits étrangers de Rowena, les quelques rides qui les tiraient, ou les filins blancs perdus dans la masse brune de ces cheveux. Oui, il y avait des différences, mais elles étaient incontestablement identiques. Même leurs odeurs se ressemblaient.
« Rin ! » appela Rowena dans un étrange accent.
Elle accourut dans les bras de Rin qui la serra à son tour.
« Rowena, comment… ? »
Rin n'acheva pas sa question. Rowena pleurait. Et étrangement, Sesshomaru détestait cela, alors qu'il aurait dû en être indifférent. Il aurait dû se moquer des pleurs d'une humaine. Mais elle est Rin.
Préférant s'intéresser à autre chose qu'à Rin et Rowena, il tourna son visage vers l'autre personne venue du futur. La miko Kagome. La femme de son frère.
Le temps était passé sur elle, les années, sans aucun remord. Quel âge devait-elle avoir ? Dans la quarantaine comme le moine et la taijiya ? Comme Rowena ? Malgré les années qui la marquaient, Sesshomaru devait reconnaître qu'il lui restait une certaine beauté, plus mûre que par le passé.
« Rowena, dis-moi ce qu'il y a ? demanda Rin en s'écartant doucement de l'autre femme.
- Seiji… il faut que tu l'aides, répondit Rowena. Il… Seiji ? »
Elle le fixa avec un mélange d'émotions qui surprit Sesshomaru par leur diversité. De la surprise, de la peine, de la joie et… Elle le regardait de la même façon que Rin l'observait.
« Non, Sesshomaru, » dit Rin à voix basse.
Rowena secoua la tête comme pour sortir de sa stupeur initiale.
« Seiji serait sa réincarnation ? demanda-t-elle. Comme je le serai avec toi ?
- Comment… ? demanda Rin surprise.
- C'est moi qui le lui ai révélé, expliqua la miko Kagome. Rowena souhaitait absolument savoir où tu étais et…
- Je comprends, Kagome-chan, rassura Rin. Tu n'as pas besoin de t'expliquer.
- Je comprends mieux… certaines choses, dit Rowena en l'observant.
- Je n'en doute pas, répondit Rin avec une certaine réserve gênée. Mais la raison de ta présence ici, Rowena, elle n'est pas…
- Rin ! Seiji est mourant ! Tu es la seule capable de le soigner. Je t'en prie, tu dois venir le sauver. Que ferai-je… sans lui ? »
Sesshomaru sentit Rin être gagnée par l'argument de Rowena. Surtout lorsque l'espace d'un instant elle croisa son regard. Elle allait accepter. Et il ne pouvait le permettre. Il ne pouvait pas la laisser partir dans un lieu qui lui était interdit. Il ne pouvait être séparé d'elle.
« Je…, commença-t-elle.
- Non, je refuse que tu y ailles, interrompit-il.
- Sesshomaru…
- Non, Rin. Ta place est avec moi.
- Je vous en prie, supplia Rowena avec une force qui le surprit. Seiji est toute ma vie, le père de notre fils ! J'ai tellement besoin de lui !
Notre fils ? Rin et lui, dans le futur, avaient eu un fils ? Il ne s'attarda pas sur l'idée, car déjà, Rin reprenait la parole.
« Sesshomaru, je dois y aller…
- Le futur ne te concerne pas.
- Mais Seiji me concerne… Si c'était toi qui…. Je ne pourrais pas le permettre. Je ne pourrais pas te perdre… à tout jamais…
- Je ne suis pas ce Seiji, » affirma-t-il avec une confiance qu'il ne ressentait pas.
Surtout quand Rin et Rowena échangèrent un regard qui reniait cette affirmation.
« Ce n'est pas… aussi simple que cela, » finit Rin d'un murmure.
Le silence tomba. Sesshomaru ne s'avouait pas vaincu. Il n'avait aucune envie de ressentir l'absence de Rin. Il se souvenait que trop bien du vide qu'il avait vécu lors des longs mois de son séjour dans le futur, dix-huit ans auparavant. Il se souvenait et ne voulait pas le revivre. Plus jamais.
Il devait trouver une excuse.
« Yuki a besoin de toi.
- Yuki a treize ans et peut rester chez Miroku et Sango. Tu le sais aussi bien que moi.
- J'ai besoin de toi. »
Il s'était forcé de l'admettre devant la bande d'humains. Quelque part, il s'en moquait. Tous connaissaient les sentiments qu'il éprouvait pour Rin.
« Et moi, de toi, répondit-elle. Mais je dois y aller, Sesshomaru.
- Peut-être qu'il pourrait passer le puits, suggéra l'humaine Kagome. Tu as le Shikon no Tama, Rin, peut-être…
- Je ne sais pas si…
- Tu n'as pas essayé, Rin, coupa Sesshomaru. Le Shikon no Tama réalise les souhaits, tu le sais mieux que moi. S'il y a une personne capable d'y parvenir, c'est bien toi.
- Mais ta place n'est das ce monde, Sesshomaru.
- Comme la tienne n'est pas là-bas.
- Mais…
- Je ne te laisserai pas y aller autrement, Rin. Ma décision ne bougera pas sur ce point. »
Il ne céderait pas, et elle le savait parfaitement bien. Elle acquiesça une fois, de mauvais gré. Elle avait accepté.
« Ce qui veut dire… que tu me laisseras toute seule ici, maman… »
C'était la petite voix de Yuki, derrière eux, plus celle de l'enfant qu'elle avait été que l'adolescente qu'elle était à présent. Le visage de Rin se crispa un instant en observant Yuki.
« Je suis désolée, Yuki-chan, je dois y aller. Seiji est un ami… qui m'est cher. Je ne peux pas le laisser mourir, tu comprends ? Nous reviendrons au plus vite, je te le promets. »
Yuki acquiesça sans les regarder et Rin se mordit la lèvre. Sesshomaru en voulut immédiatement à Yuki pour avoir fait culpabiliser Rin. Mais Rowena prit la parole avant qu'il ne la réprimandât.
« Vous avez eu une fille, dit-elle. J'aurais aimé avoir une fille avec Seiji. J'aurais aimé donner une petite sœur à Shinn.
- J'aurais aimé donner un petit frère à Yuki, aussi, dit doucement Rin puis plus bas, et un fils à Sesshomaru. »
Sesshomaru perçut très bien le message qui lui était adressé. Mais comme toujours depuis que Rin avait pour la première fois soulevé le problème, il ne releva pas. Un silence lourd pesa sur la maisonnée avant que la taijiya ne leur proposât de préparer leurs affaires.
Rin assembla les quelques vêtements qu'elle conservait encore de ses voyages dans le futur. Elle s'habilla elle-même dans l'une de ses tenues étranges qui lui allait encore malgré les années. Sesshomaru gardait un œil sur elle. Il la croyait capable de partir sans lui à la moindre faute d'inattention de sa part.
« Il faudra que tu empruntes des vêtements de l'époque moderne, lui dit Rin alors qu'ils se rendaient tous au Puits Dévoreur d'Os. Et de quoi masquer tes oreilles, sans doute aussi. Dans le futur, ils n'ont jamais vu de démon.
- Alors, ils n'en perdront rien d'en voir un maintenant, répondit-il froidement.
- Heu… Sesshomaru, commença la miko Kagome avec embarras.
- Ils auront peur, Sesshomaru, répliqua Rin. La peur née de l'incompréhension et de l'ignorance génère de la haine et de la violence. Nous ne sommes pas là pour créer des problèmes.
- Cela m'indiffère.
- Mais pas moi, répondit-elle aussi fermement que lui. Je te demande juste…. Un peu de coopération. »
La tension initiale qui ne les avait pas vraiment quitté repartit de plus belle. Elle ne reculait pas, et une partie de lui redoutait sa détermination. S'il n'obtempérait pas, elle le laisserait dans leur époque. Elle le ferait, il en était certain. Elle ne lui concéderait pas sa venue que s'il acceptait ses conditions en échange.
« Bien, je me changerait une fois de l'autre côté.
- Bien, fit Rin.
- Parfait, dit la miko Kagome avec une joie forcée, on piochera dans les vêtements d'Inuyasha. Il n'est peut-être pas aussi grand que toi, Sesshomaru, mais je crois que ça pourra faire l'affaire. »
Sesshomaru leva un sourcil devant le tutoiement de la miko. A croire qu'elle était restée trop longtemps auprès de ce crétin d'Inuyasha.
« Inuyasha, va-t-il bien, Kagome-chan ? demanda la taijiya.
- Aussi bien que possible. Il aime son métier, même si parfois, j'ai un peu peur pour lui.
- Que fait-il ? demanda l'humain Kohaku.
- Il est pompier. Il passe sa vie à sauver celles des autres, ce qui ne change pas vraiment du temps passé.
- Nous pourrions en parler pendant des heures, fit le moine. Mais il n'est pas là pour l'évoquer avec nous.
- Inuyasha voulait venir, répondit la miko en fronçant les sourcils. Mais le Puits ne l'a pas laissé passé.
- Pour quelle raison, Kagome-bachan ? demanda Ren.
- Je l'ignore. Je pensais que Rin aurait une idée… »
Rin parut soucieuse, mais elle finit par secouer négativement la tête.
« Tant pis, dit alors tristement la miko avant de se reprendre. Mais vous le verrez, Rin, Sesshomaru. Et vous verrez nos enfants !
- Vous avez eu des enfants ? demanda Rin avec enthousiasme.
- Oui, deux garçons et une fille. Pas autant que Sota, il en a eu cinq avec Hitomi ! »
Ils continuèrent à parler aussi joyeusement tout le long du chemin malgré l'ombre de tristesse et de mélancolie qui semblait planer sur le groupe. Sesshomaru se tenait un peu à l'écart, comme à son habitude, préférant écouter la conversation de Rin entretenait avec les autres plutôt que d'y participer. Il s'aperçut alors que Rowena préférait, elle, l'observer, plutôt que de discuter avec les autres humains.
Il lui fit face, s'attendant à ce qu'elle se détournât avec embarras, mais elle ne le fit pas. Elle lui rendit regard pour regard, comme aurait pu le faire Rin. Leur ressemblance physique n'était apparemment pas le point le plus marquant chez elles.
Ils auraient continué sans doute longtemps ainsi s'ils n'étaient pas arrivés au Puit Dévoreur d'Os. Là, ce fut le moment des adieux.
Jaken piaillait sur son devoir de serviteur fidèle qui veillerait sur Yuki et AhUn jusqu'à leur retour du futur. Sesshomaru ne lui prêta pas particulièrement attention, plus occupé par ce que faisaient Rin, Rowena et la miko Kagome.
Cette dernière embrassa tour à tour les membres de la famille de la taijiya et la hanyo Shiori qui malgré les années restait encore en froid avec Rin et lui depuis la mort du kitsune.
Sesshomaru se moquait bien de ce que la hanyo pouvait penser de lui. Mais il lui en voulait de faire culpabiliser Rin. Elle ne vivait pas aussi bien que lui la tension qui existait entre elle et son ancienne amie.
Rowena suivit l'exemple de la miko mais se contenta de serrer la main de l'humain Kohaku. Sesshomaru pouvait voir qu'il était mal à l'aise face à l'étrangère, sans doute parce qu'elle était la réincarnation de Rin.
Et ce fut le tour de Rin qui finit ses embrassades avec Yuki, refusant de la lâcher rapidement.
« Tu seras prudente, Yuki-chan. Ne fais pas de bêtises.
- Bien sûr, Maman.
- Et reste bien polie avec Kazuma-san, Sango, Miroku et Kohaku. Ne leur donne pas trop de soucis. A Jaken non plus, d'ailleurs.
- Maman, je ne suis plus une enfant !
- Je le sais bien, sourit Rin. Mais tu restes mon enfant. Tu vas me manquer Yuki-chan.
- Toi aussi, Maman », répondit Yuki en la serrant un peu plus dans ses bras.
Sesshomaru remarqua à nouveau que Rowena l'observait étrangement, mais il n'en prit pas compte cette fois-ci. Son expression lui rappelait les fois où Rin l'accusait de ne pas veiller sur Yuki, de ne pas l'aimer. Une vérité incontestable mais qui rendait mal à l'aise Sesshomaru devant la peine de Rin.
Après un moment, Rin s'écarta de Yuki et le rejoignit, son petit sac d'affaires en main. Ils se dirigèrent auprès du Puits Dévoreur d'Os, là où l'attendaient la miko Kagome et Rowena.
Rin se pencha au dessus du puits et lui prit la main. Il entendit distinctement le battement du cœur de Rin, prémices avant sa prise de pouvoir dans le Shikon no Tama. Elle embrassa cette force qui fit instinctivement frémir Sesshomaru. Il resta pourtant auprès d'elle, malgré cette énergie antagoniste à la force des yokai. Il savait que jamais Rin ne s'en servirait contre lui.
Elle leva son visage vers le sien.
« On y va. »
Ils montèrent tous les quatre sur le parapet du Puit et après un dernier sourire de Rin pour Yuki et ses amis, ils sautèrent. La puissance du Shikon no Tama devint tout, venant à encercler Sesshomaru, doucement, mais sans merci.
Au lieu de toucher le fond du puit, leur environnement se mua, devenant immatériel, intemporel, sans les repères de la réalité. Avant d'atteindre enfin le sol. Autre part, dans un monde à l'odeur différente.
« Nous avons réussi, » déclara Rin.
Il allait répondre quand soudain une lumière forte vint les éclairer du haut du puits.
« Papa ! Papa ! Il y a des gens dans le puit. Mais ce n'est pas Maman et Rowena-san ! »
Sesshomaru s'adapta vite à l'éclat de lumière. Il vit alors un enfant âgé d'une dizaine d'année et dont l'odeur lui était familière. Il était face à face avec l'un de ses neveux.
« Nous ferions mieux de remonter, » déclara Rin.
Pour toute réponse, il prit Rin dans le creux de son bras, et sauta vers le haut du puits. Et il vit son frère, avec un petit garçon de trois ou quatre ans dans un de ses bras et tenant la main d'une petite fille d'environ six ans de l'autre côté. Le troisième, qui tenait toujours la lumière étrange dans sa main, ne devait pas encore avoir dix ans.
Les yeux d'Inuyasha s'écarquillèrent de surprise, tandis que les deux aînés émirent des « ooh » admiratifs. Le plus jeune gémit un peu et serra le cou d'Inuyasha en cachant son visage. Ce geste sortit Inuyasha de sa stupeur.
« Rin, Sesshomaru, cela faisait longtemps. Dix-sept ans, je crois ?
- Oui, répondit Rin en redescendant du bras de Sesshomaru. C'est si bon de te revoir Inuyasha. »
Dix-sept ans. Inuyasha avait changé durant ces années. Ses cheveux, plus courts, étaient assemblés en une queue de cheval haute. Il paraissait étrangement plus posé à présent qu'il était humain et père. Il semblait avoir l'âge de Rin seulement et non celui de Kagome qui semblait avoir vieilli plus rapidement que lui. Ou plutôt, c'était Inuyasha qui vieillissait moins rapidement qu'elle.
« Sesshomaru, je n'aurais jamais cru te voir ici.
- Sesshomaru ? demanda le plus grand des garçons. Oncle Sesshomaru ? »
Rin émit un petit rire étouffé, alors que Sesshomaru leva un sourcil hautain devant l'appellation que lui avait attribué son neveu. Il aurait sans doute répondu, surtout face au sourire insolent qui commençait à poindre aux coins des lèvres d'Inuyasha. Mais du bruit s'élevait en provenance du Puit. Kagome et Rowena remontaient l'échelle qui y descendait.
« Maman ! » crièrent les trois enfants à l'unisson.
L'aîné fut le premier à enlacer sa mère, puis vint le tour de la fille qui lâcha la main d'Inuyasha. Le plus jeune, dans les bras de son père tendait ses mains vers sa mère, et Inuyasha le laissa trotter à terre jusqu'aux autres.
« Allons, allons, fit la miko Kagome en riant. Vous aussi vous m'avez manqué. Mais je n'étais pas si longue que cela, si ?
- En effet, dit Inuyasha. Mais c'est la première fois que tu pars aussi loin et dans un lieu aussi dangereux. Et sans moi.
- Inuyasha. »
Inuyasha s'approcha de sa femme à son tour et l'embrassa avec tendresse, un spectacle dont Sesshomaru aurait pu se passer. Sesshomaru lui-même se montrait rarement affectueux envers Rin en public. Même si parfois, il avait envie de la toucher ou de la prendre contre lui, peu importe que tous fussent témoins de sa vulnérabilité et de sa faiblesse. Il ne le faisait pas. Il était trop fier, même à présent. Même après dix-sept ans de vie commune avec Rin.
« Imbécile, dit la miko. Je ne risquais pas grand-chose ! Tu as dû inquiéter les enfants avec ton anxiété !
- Keh, même pas vrai, répliqua Inuyasha en croisant les bras.
- Si un peu, dit la petite fille. Papa voulait pas bouger du temple, alors on a réussi à rester avec lui.
- Ouais, dit l'aîné en souriant, on est pas allé à l'école. Jichan nous a trouvé des excuses.
- Quoi ?! s'écria la miko. Et tu les as laissé faire ? Inuyasha, l'école c'est très important.
- Oy, Kagome, tu as manqué pleins de fois l'école quand tu étais au lycée. Ca t'a pas empêché de devenir pédiatre aux urgences.
- C'est vrai ? demanda l'aîné. Est-ce que ça veut dire que je peux…
- Non ! fit Kagome catégoriquement. Tu ne sécheras pas les cours, Ken ! Et toi Inuyasha, ne leur donne pas de mauvais exemples.
- Mais on était inquiet, Kagome. Moi, je ne pouvais rien faire qu'attendre. T'imagines si quelque chose s'était passé au Jengoku Jidai ? On aurait rien su et…
- Tu sais alors ce que je ressens quand tu es sur certaines missions… »
Un malaise passa entre Inuyasha et sa femme, un malaise que ne comprenait pas très bien Sesshomaru. Kagome inspira doucement comme pour ravaler sa tristesse, puis se mit à sourire.
« Tu as présenté nos enfants à Sesshomaru et Rin ?
- Ah non, j'ai oublié ! Rin a le droit de connaître ses neveux et nièces. Sesshomaru aussi… je suppose…
- Inuyasha ! Toi et Sesshomaru avez fait la paix depuis le temps ! Bien, Rin, Sesshomaru, je vous présente Ken, notre plus grand…
- Salut, tante Rin, oncle Sesshomaru ! répondit-il en souriant à Rin.
- Izumi, notre fille… »
Izumi fit une rapide révérence ayant apparemment hérité les manières de sa mère, contrairement à son frère aîné. Tous les deux étaient physiquement un habile mélange entre leur deux parents.
« Et notre cadet, Sorata. Tu dis bonjour à ton oncle et à ta tante, mon cœur ? »
Le plus jeune, le portrait craché d'Inuyasha, se cacha le visage contre la jupe de sa mère, intimidé. Rin s'accroupit à sa hauteur.
« Bonjour, Sorata, je suis Rin. N'aies pas peur, Sesshomaru a l'air hautain, mais il n'est pas aussi méchant qu'il n'en a l'air. »
Sesshomaru leva un sourcil et Inuyasha s'esclaffa.
« Ouais, pas si méchant ! C'est vrai qu'il n'a pas plus tendre quand il faut trucider des tas de démons ! »
Sorata gémit et se serra contre sa mère. Inuyasha récolta les regards réprobateurs de Rin et Kagome.
« Inuyasha, je te prierai de ne pas avoir ce genre de discours en présence de nos enfants. Tu ferais mieux de monter dans notre chambre avec Sesshomaru pour lui trouver des vêtements qui pourraient lui aller.
- Tu veux que je lui prête mes vêtements ?
- Tout à fait ! Ne discute pas, Inuyasha. Tu ne vas pas avoir le comportement puérile d'il y a vingt ans !
- Oh, c'est bon ! C'est bon ! Tu viens Sesshomaru. »
Malgré son ton insolent, Sesshomaru se força de suivre Inuyasha sans une autre parole. Il trouverait bien une façon de rabaisser son frère à un moment ou à un autre.
Ce fut une belle après-midi de fin de printemps qui accueillit Sesshomaru dans le monde moderne. Des bruits étranges, agressifs même, lui parvenaient à ses oreilles. Mais puisque Inuyasha ne semblait pas y prêter attention, Sesshomaru continua comme si de rien était.
Une maison de pierre lisse avec un étage se dressait devant eux, d'une architecture différente de ce qu'avait connu Sesshomaru durant sa vie. Il ne s'en étonna pas, il savait d'après les récits de Rin que le futur recelait de nombreuses étrangetés dont il n'avait pas idée.
Devant la maison, sur un banc, était assise une vieille femme, souriante, à côté d'un homme bien plus vieux encore.
« Tu nous amènes un invité, Inuyasha ? demanda-t-elle.
- Ouais, c'est Sesshomaru.
- Sesshomaru ? Ne serait-ce pas ton frère ?
- De quoi ? demanda le vieil homme. C'est son père ?
- Non, jichan, dit la femme avec patience. Son frère.
- Ah oui… Son père fait bien jeune tout de même.
- On monte, mère !
- D'accord, Inuyasha.
- Mère ? demanda Sesshomaru intrigué.
- C'est la mère de Kagome. Elle voulait que je l'appelle comme ça depuis le jour où j'ai commencé à vivre ici. C'était bizarre au début, mais on s'y fait. Et à côté, c'était Jichan, le grand-père de Kagome. Il est un peu dure d'oreille comme tu l'as remarqué. Viens, c'est par là. »
Il ouvrit la porte d'entrée et lui fit monter les escaliers. Là, il pénétra dans une pièce qui devait correspondre à la chambre d'Inuyasha et de sa femme. Les meubles qui ornaient la pièce lui paraissaient étranges, mais Sesshomaru en devina la fonction pour la plupart. Inuyasha ouvrit les portes d'une armoire et se mit à chercher à l'intérieur.
« Elle est marrante, Kagome. Tu fais une tête de plus que moi. Et avec ça, elle veut que je te trouve un truc qui t'irait.
- Je ne souhaitais pas être vêtu de tes habits.
- J'imagine, fit Inuyasha en levant les yeux au ciel. Mais laisse-moi deviner, Rin t'a forcé la main. »
Sesshomaru ne daigna pas répondre.
« C'est bien ce que je pensais. Ton silence en dit long. Ecrasé par l'autorité d'une petit humaine, hein, Sesshomaru ?
- Et toi tu ne réponds plus avec de la violence à chaque remarque qu'on te fait. C'est un comportement nouveau chez toi. »
Inuyasha haussa les épaules.
« Tout le monde change, aussi bien toi que moi. »
Inuyasha se remit à recherche de vêtement qui pourrait le convenir pour sortir une sorte d'hakama bleu à la texture rêche et épaisse, un haori blanc sans ouverture à l'avant et d'autres accessoires tous aussi étranges.
« Tiens ce jean est suffisamment grand je pense, puisque je n'y ai pas fait faire d'ourlets. Ca devrait t'aller. Et ça, c'est un tee-shirt, avec cette veste ça devrait être bon. Et ça, c'est un caleçon, tu le mets en dessous du jean, forcément, c'est un sous-vêtement. Kagome dit toujours que je m'habille comme un adolescent, mais il faut avouer que c'est plus sympa. Je te trouve des tennis qui feront l'affaire et je dois avoir un bandana pour cacher tes oreilles. Les marques sur ton visage passeront pour des tatouages. Il y a pleins de jeunes qui ont des trucs bizarres tatoués sur leur face, de nos jours. »
Sesshomaru contempla d'un œil critique les vêtements que lui avait pris Inuyasha. Il n'avait pas vraiment le choix. Sesshomaru défit donc son obi ayant pris soin de poser le Tenseiga et le Tessaiga contre le mur.
« Elle te sert, le Tessaiga, je veux dire ? questionna Inuyasha.
- Seulement quand je souhaite protéger Rin. Cette épée… a toujours été réfractaire à mon rang de yokai.
- Tu veux dire que le Tessaiga réagit encore à ton contact ?
- En effet.
- Je vois. Au moins vos enfants à toi et à Rin pourront manier le Tesaiga sans problème, je pense. »
Sesshomaru se raidit.
« Yuki n'a jamais exprimé le besoin d'apprendre à se battre. Elle ressemble beaucoup à Rin.
- Vous n'avez eu qu'un seul enfant ? demanda Inuyasha surpris. Vus comment vous étiez l'un avec l'autre, j'aurais pensé que vous auriez fait des tas de gosses…
- Yuki est bien suffisante. »
Elle fut même de trop. Sesshomaru ne développa pas le sujet. Inuyasha aurait sans doute poser des questions que Sesshomaru n'avait nullement envie de répondre.
Inuyasha parut intrigué mais eut l'intelligence de ne pas chercher à en savoir plus. Devenir humain l'avait fait mûrir, Sesshomaru ne pouvait le nier.
« Et sinon, quoi de neuf au Sengoku Jidai ? demanda-t-il sur un ton plus joyeux. Je parie que Shippo et Shiori se sont mariés ! Comme Kohaku, Ren et Kiyoshi à tous les coups ! »
Sesshomaru hésita. Il ne savait comment annoncer la nouvelle à Inuyasha. Peut-être devrait-il laisser la charge à Kagome qui devait avoir été mise au courant. Derrière ses faux airs joyeux qu'elle avait montré jusque là, se cacher une tristesse indéniable qui devait trouver sa source en la mort du kitsune. Pourtant, Sesshomaru n'était pas assez lâche pour ne rien dire à son frère.
« Ren s'est effectivement mariée avec un Higurashi et attend maintenant son deuxième enfant. La taijiya et le moine en sont ravis. La lignée de ta femme est semble-t-il assurée, Inuyasha.
- Je me faisais pas de soucis là-dessus, Sesshomaru. Ensuite ?
- Le garçon Kiyoshi tient beaucoup de son père en particulier dans son obsession avec les femmes. Toutes les femmes. Même à vingt-trois ans, il reste encore célibataire.
- Keh, ça m'étonne pas ! J'ai toujours pensé que ce garçon était précoce.
- L'humain Kohaku, lui non plus, ne s'est jamais marié. »
Le silence tomba entre Sesshomaru et son frère.
« Il n'a jamais pu oublier Rin. »
Ce n'était pas une question et Sesshomaru ne dit rien d'autre. Tous le savaient. Sesshomaru avait cru comprendre que l'humain avait tenté de courtiser une ou deux fois des jeunes femmes, mais il semblait que Yuki avait du mal à l'accepter. Et que Rin… avait toujours été mal à l'aise en présence de ces femmes.
Sesshomaru préférait ne pas s'attarder sur la question. Et puis, il avait la dernière nouvelle à annoncer. La pire de toute qui affecterait Inuyasha.
« Le kitsune… Shippo est mort.
- Quoi ? »
Une expression de choc indéniable tira les traits d'Inuyasha.
« Ce n'est pas possible, pas Shippo. Tu essayes de te venger pour ce que j'ai dit tout à l'heure ?
- Je ne m'amuserai pas à te mentir Inuyasha. Pas sur un tel sujet. Je suis… désolé.
- Non... non pas Shippo. »
Inuyasha se laissa tomber sur son lit et amena ses mains à son front. Sesshomaru était mal à l'aise. Il se trouvait devant la détresse de son frère mais ne savait pas quoi faire. Devait-il dire quelque chose ? Sortir et le laisser seul avec sa peine ? Inuyasha décida pour lui.
« Comment… comment est-ce arrivé ? »
Il voulait parler.
« Lors d'une mission d'extermination de démon que lui et l'humain Kohaku devait accomplir. Il a été pris par surprise et est mort sur le coup. Rin et moi sommes arrivés trop tard.
- Si seulement j'avais été là, si seulement…
- Tu es un humain à présent, Inuyasha. Ta vie est dans ce monde, plus dans le Sengoku Jidai.
- Kohaku a dû s'en vouloir. Et Sango et Miroku… sans Kagome et moi, ils servaient de parents à Shippo. Et Shiori… Qu'est-ce qui est arrivé à Shiori ?
- Ils ont tous été affectés… L'humain Kohaku, le moine, la taijiya et leurs enfants. Rin aussi… infiniment… »
Sesshomaru se souvenait encore de l'odeur de ses larmes qui l'entouraient durant de nombreuses nuits après la mort du kitsune. Il se souvenait combien il avait eu du mal à lui redonner le sourire pendant de nombreux jours. Et la dispute avec Yuki qui avait suivi n'avait pas arrangé la situation.
Il se reprit. Il ne voulait pas montrer sa faiblesse devant Inuyasha qui le fixait intensément.
« La hanyo Shiori… était la compagne du kitsune. Elle ne s'est jamais vraiment remise de sa mort. Elle nous en veut encore, même après trois ans.
- Rin et toi, tu veux dire ? C'est idiot, si vous ne pouviez rien faire…
- Rin dit que si… la rancune qu'elle ressent pour nous peut la soulager d'une quelconque manière…
- Elle en serait contente, c'est ça ? Rin sait très bien que c'est faux.
- Sans nul doute. Mais comme tous, elle se sent coupable. Elle a perdu un frère, le jour de la mort du kitsune.
- Et elle perd une amie en restant en froid avec Shiori. J'ai connu Rin avec plus de combativité. »
Le commentaire d'Inuyasha affecta Sesshomaru. Il était vrai que Rin ne se contentait que de timides tentatives de réconciliation avec la hanyo. Il semblait presque q'une partie de sa volonté s'évaporait au fil du temps. Comme si elle cachait une fatigue derrière ses sourires lumineux. Ou peut-être pas. Sans doute pas. Sûrement pas. Rin restait Rin et rien ne changerait cela.
« Et Kami, Kagome ? Lorsqu'elle a appris pour Shippo, elle a dû…
- Je l'ignore. La taijiya et le moine lui en ont sans doute annoncé la nouvelle. Rin et moi n'étions pas présents.
- Je… dois aller la voir… Elle aura besoin de moi.
- Elle est avec Rin et Rowena. Elle ira bien pour l'instant. Pense d'abord… à te reprendre. »
Pourquoi Sesshomaru donnait-il des conseils à Inuyasha ? Même après leur trêve, cela lui paraissait étrange. Mais Inuyasha se rassit, ses coudes sur ses genoux, son visage dans ses mains.
Et Sesshomaru se tut laissant la peine de son frère s'épancher en silence. Il respectait cela, comme il l'avait respecté à la mort de la miko Kikyo.
Inuyasha pleurait à présent la mort d'un être qu'il avait considéré comme un petit frère et peut-être, s'il avait acquis la maturité suffisante à l'époque, comme un fils. Sesshomaru ne comprenait pas tout à fait les sentiments d'Inuyasha. Il savait que si Yuki venait à mourir, il ressentirait…. du soulagement. Aussi cruel et froid que cela pouvait paraître, ce serait ce qu'il ressentirait, s'il n'y aurait pas la douleur de Rin à affronter.
Sesshomaru connaissait pourtant ce qu'était de perdre un être cher. Rin n'était-elle pas morte par trois fois ? Il connaissait cette détresse, ce désespoir. Il se souvenait, et par ce simple souvenir, il pouvait compatir à la peine d'Inuyasha. En partie du moins, parce qu'il n'avait jamais définitivement perdu Rin.
De plus, Inuyasha était humain à présent. Il devait être comme Rin, plus sujet aux émotions, plus fragilisé par elles. L'un des nombreux inconvénients d'être mortel. Et pourtant…
« Quel effet cela fait… d'être humain ? »
La question s'échappa d'elle-même, sans que Sesshomaru ne pût vraiment la retenir. Une question inappropriée, en particulier face à l'état actuel d'Inuyasha. Néanmoins, son frère releva la tête pour le fixer intensément de ses yeux sombres et de façon déconcertante pour Sesshomaru. Il le jaugeait avec précaution, avec un regard aussi perçant que celui de Rin qui avait toujours été la seule à lire à travers lui.
« Etre humain, finit par dire Inuyasha, n'est peut-être pas aussi différent que d'être hanyo ou yokai. Bien sûr, un humain n'a pas les mêmes pouvoirs, les mêmes capacités. Mais… je ne crois pas avoir tellement changé de ce que j'étais. Mis à part… oui, le temps. On le vit différemment.
- Le temps ?
- Oui… En tant qu'humain, il m'est compté. J'en ai forcément conscience. Je n'y pense pas jour après jour, matin et soir, ou en rentrant de la caserne. Mais c'est présent, peut-être plus que pour Kagome, et Kami sait qu'elle voit parfois des horreurs dans son métier… Peut-être que je me souviens encore d'une époque où je ne faisais pas attention au temps qui passait. »
Comme lui ne le faisait pas avant qu'il ne connût Rin.
« Et peut-être, pour cette raison, je ressens plus fortement mes sentiments, mes émotions. C'était difficile au début. Lorsque je cherchais un emploi, je laissais souvent ma colère éclater pour des broutilles. Kagome et moi étions vraiment mal, je la rendais malheureuse et je l'aurais perdu si… je n'avais pas fait l'effort de contrôler ma colère. Mon travail à la caserne m'a en partie aidé.
- Tu me décris beaucoup de désavantages.
- Mais ce n'est pas que des désavantages, Sesshomaru. En tant qu'humain, on apprécie mieux ce qu'est vivre. On profite mieux de ses détails qui pourraient paraître insignifiants si j'avais une vie entière de hanyo pour les remarquer. Peut-être que si j'étais resté hanyo, je n'aurais jamais vu comment Kagome me sourit le matin lorsque je me lève. Peut-être que je n'aurais jamais été aussi touché lorsque j'ai tenu pour la première fois mes enfants dans les bras. Ce sont de bonnes émotions Sesshomaru. Des émotions qui rendent heureux. »
Un fossé s'était bien creusé entre Inuyasha et Sesshomaru. Et pourtant… il comprenait une chose. Même s'il ne ressentait rien pour Yuki, il savait ce qu'évoquait le sourire de la miko pour Inuyasha. Sans doute la même chose que celui de Rin pour lui.
Sesshomaru avait découvert qu'en côtoyant Rin, il goûtait lui-même un peu à ce qu'était la humanité, comme un pêché défendu mais qu'il ne pouvait refuser. Son père aussi le lui avait dit, il y avait si longtemps, qu'auprès d'Izayoi, il se sentait un peu plus vivre.
Tout cela, Sesshomaru l'entendait parfaitement bien.
« Et puis, surtout, je peux rester avec Kagome, en tant qu'humain. Je poursuis une vie avec elle. Avec ses peines, ses joies. Je peux vieillir avec elle.
- Tu as peu vieilli, remarqua Sesshomaru.
- Je sais. Kagome pense que c'est parce que j'avais encore dans les dix-sept ans en âge humain, lorsque Rin a purifié la part Yokai en moi.
- Je vois.
- Et toi, Sesshomaru… Envisages-tu de devenir humain ? Pour Rin ? »
Sesshomaru se tut, pris au dépourvu par la question de son frère. Que pouvait-il bien répondre à cela ? Par un non, bien évidemment, mais…
« Je n'ai… jamais réfléchi à la question.
- Pourtant, tu sais que Rin finira par vieillir et… mourir, n'est-ce pas ?
- Non, Rin ne mourra pas.
- Tu te mens à toi-même, Sesshomaru.
- J'ai le Tenseiga.
- Qui n'empêchera pas Rin de vieillir sans toi. Et si le Tenseiga faiblissait… »
Sesshomaru enfonça ses griffes dans sa paume. Inuyasha frôlait une vérité trop proche de la réalité.
« Le croc de notre père ne faillira pas. »
Il se força de le croire. A ne pas douter.
Les solutions étaient limitées. Rin refusait d'être yokai et surtout d'utiliser le Shikon no Tama à cet égard. Et il était impensable pour Sesshomaru de devenir humain. Et pourtant…
« Tu t'es réincarné en humain, dit Inuyasha comme s'il avait lu dans ses pensées. Un yokai ne se réincarne pas en humain à moins qu'il ait été humain avant. Ou qu'il l'ait désiré.
- Comment sais-tu cela ? demanda Sesshomaru masquant à peine sa surprise.
- Quand je suis rentré dans le passé après la rencontre avec Seiji et Rowena… J'étais surpris pour Seiji. J'ai donc demandé l'avis de Myoga qui a fait des recherches. Apparemment, lui, Totosai et Bokuseno ont tiré ces hypothèses.
- Je vois. »
Sesshomaru se rappelait l'esprit de son père, de leur père, qu'il avait croisé à la frontière du monde des morts et celui des vivants. Le monde des rêves, avait-il dit. Il souhaitait encore retrouver Izayoi qui se réincarnait depuis des décennies sans lui.
Est-ce que… est-ce qu'il ferait le même choix ? Si Rin venait à… Non ! J'ai le Tenseiga ! Il ne lui arrivera rien.
« Et Totosai, Myoga, et Bokuseno… ? Et le clan des loups ? Comment vont-ils tous ? »
Sesshomaru était soulagé du changement de conversation. D'autant plus que les nouvelles des derniers amis de leur père et des ookami yokai étaient moins dramatiques.
Rin rendait régulièrement visite à Totosai et Bokuseno, séjournant parfois quelques jours auprès d'eux. Myoga faisait des allers-retours entre le village et la forge de Totosai et la forêt de Bokuseno. Koga et Ayame attendaient leur quatrième enfant, les trois précédents, Kogaru, Amaya et Amiko ayant tous été mis au monde avec l'aide de Rin. Mis à part cela, il n'y avait plus de détails à ajouter.
Sesshomaru se concentra donc pour s'habiller silencieusement en écoutant les récits d'Inuyasha sur sa nouvelle vie, ponctués de quelques conseils sur la façon dont il fallait mettre un des vêtements. Ses enfants, sa femme, ses difficultés à trouver une place dans un monde où il n'était pas né, son métier…
C'était plein de détails étranges et insoupçonnés pour Sesshomaru, mais il ne se permit pas de demander plus d'explication. Il restait, même face à son frère, quelqu'un de fier.
Ils descendirent enfin, Sesshomaru habillé des vêtements qu'Inuyasha lui avait prêté. Sauf le bandana car Inuyasha jurait que Rin adorerait le lui mettre.
« Kagome me faisait toujours le coup quand j'étais hanyo, » expliqua-t-il.
Sesshomaru était un peu mal à l'aise avec ses vêtements qui ne lui appartenaient pas. Il s'efforça bien entendu de ne rien montrer.
Néanmoins, malgré lui, son malaise augmenta lorsqu'à son arrivée dans la salle commune où les femmes, enfants et aïeul réunis arrêtèrent leur conversation pour l'observer. La miko eut même le manque de goût absolu de rester la bouche ouverte.
« Ca te va bien, sourit Rin pour détendre l'atmosphère.
- Dans le genre délinquant, sans doute, répliqua la miko toujours pas remise. Tu n'avais pas autre chose à proposer Inuyasha ?
- Ce n'est pas si mal, Kagome, dit Rowena. J'aurais aimé voir Seiji habillé ainsi.
- Oui, acquiesça Rin. Je vais t'attacher le bandana si tu veux bien. »
Inuyasha lui lança un regard marqué que Sesshomaru décrypta par un « je te l'avais bien dit ». Rin se leva et traça avec douceur ses cheveux, un geste qu'elle aimait faire. Elle noua le bandana sur ses cheveux et ses oreilles et réarrangea les mèches sur son front pour masquer partiellement sa demi-lune.
Sesshomaru jeta un coup d'œil sur les autres personnes présentent dans la salle. Kagome et Inuyasha paraissaient intrigués voire fascinés par la démonstration d'affection de Rin et sans doute par le manque de réaction négative de Sesshomaru. Le reste de la famille restait curieuse mais sans plus. Cependant, Rowena… Sesshomaru crut discerner, l'espace d'une seconde, une lueur d'envie. Il n'eut pas vraiment le temps d'approfondir ses soupçons en certitude.
Rin le contemplait fièrement, un sourire aux lèvres. Non pour la première fois, Sesshomaru trouva Rin fascinante, belle, sans même chercher à l'être. Il aurait répondu à ses instincts, si Inuyasha ne vint pas s'asseoir à côté de la miko, en la regardant gravement.
« Kagome, j'ai appris… pour Shippo. »
Rin arracha son regard du sien, tournant son visage peiné vers le couple, en se mordant la lèvre. La miko Kagome s'effondra alors, apparemment incapable de retenir plus longtemps ce qu'elle avait masqué.
« J'aurais dû… j'aurais dû trouver le courage de te le dire… moi-même, Inuyasha.
- Kagome… »
Inuyasha prit sa femme dans ses bras, la laissant pleurer de tout son saoul, et s'effondrant à son tour. Sesshomaru se sentit de trop et se demandait comment il pouvait quitter la pièce discrètement.
La solution vient en la personne de Rin.
« Les enfants, dit-elle en prenant le plus jeune des enfants, Sorata, dans ses bras. Allons faire visiter le temple à votre oncle.
- Mais Tante Rin, argumenta l'aîné des enfants. Maman est…
- S'il te plait, Ken-chan. »
Elle lui tendit la main en souriant doucement. Et il finit par acquiescer en prenant sa main.
Ils sortirent tous pour laisser Inuyasha et Kagome seuls.
A l'extérieur, les deux aînés, Izumi et Ken regardèrent anxieux leur grand-mère debout à côté de Rowena, comme s'ils attendaient une réponse de sa part. Ce fut Rin qui la leur donna.
« Shippo était un ami très cher pour moi. Un frère. Mais pour vos parents, il était bien plus que cela. Ils l'ont connu lorsqu'il était enfant, et l'ont considéré sans vraiment s'en rendre compte comme un fils, je pense.
- Shippo-chan, dit Izumi, Maman nous en parlait souvent avec Miroku et Sango.
- On aurait aimé les connaître, ajouta Ken. On aurait aimé passer de l'autre côté du puits voir les yokai, et les samouraïs et tout le reste.
- Mais Maman ne voulait pas.
- Ouais et surtout quand on a essayé, ça marchait pas.
- C'est une bonne chose que le puits ne vous a pas laissé passer. Le Sengoku Jidai est une période dangereuse, en particulier pour les enfants de votre monde. Et il est encore plus dangereux d'interagir avec le passé et le temps. Les conséquences peuvent détruire le présent et le futur irrémédiablement.
- Alors, demanda Sesshomaru, pourquoi sommes ici ? »
Rin ne répondit pas et se mordit la lèvre.
Il pleuvait sur le Sengoku Jidai. Kyosato cherchait Yuki pour dîner. Il s'était porté volontaire quand Kohaku s'était levé de table pour ramener la jeune fille.
Kyosato aimait bien être avec Yuki depuis si longtemps… Depuis peut-être le premier jour où il l'avait vue, cachée dans les bras de Rin-sama. C'était un lointain souvenir, mais il ne l'avait pas oublié, aussi étrange que cela pouvait être.
Il pressa son pas, le vieux parapluie rose de Miroku-sama et de Sango-san en main. C'était un souvenir qu'ils leur restaient de la fameuse Kagome qu'il avait rencontré quelques jours auparavant.
Il savait où aller. Il savait où Yuki attendait le retour de ses parents. Au Puit Dévoreur d'Os. Il traversa d'un pas rapide la clairière de Goshinboku, et là, au Puits, il la vit.
Yuki était penchée au dessus, ses mains appuyées au rebord, son visage tourné vers le fond sombre. Elle ne leva pas sa tête à son approche, même si elle avait dû sentir sa présence.
Kyosato savait qu'elle en était capable. Elle était une hanyo, même si ses traits étaient essentiellement humains. Elle était aussi la fille d'une puissante miko, de Rin-sama, elle avait hérité de la perception des autres personnes. Dans leurs jeux d'enfant, cela la rendait imbattable à cache-cache.
Au fond, il avait été souvent vexé de toujours perdre face à elle. Jusqu'au jour où ils tombèrent de la falaise. Il était évident qu'en tant que hanyo, Yuki avait des capacités hors de la portée des humain. Mais jamais elle ne serait capable de vaincre un démon, par exemple. Elle n'avait jamais appris à se battre.
Et là où elle avait des faiblesses, Kyosato s'était acharné à en faire ses forces. Pour la protéger. En l'absence de Rin-sama, de Sesshomaru, de Kohaku même, ou même en leur présence, c'était à lui de la protéger.
Kohaku et son père lui avait appris à se battre pour qu'il réalisât son but.
Il s'était promis de la défendre.
Il se rendit compte soudain qu'il l'avait contemplée depuis un certain temps. Elle devenait jolie, il ne pouvait le nier. Elle l'avait peut-être toujours été mais parfois, aux moments les plus inattendus, il en prenait conscience. Plus souvent qu'avant, maintenant qu'elle était en âge de se marier.
Kyosato amena le parapluie rose au dessus de la tête de Yuki pour l'abriter.
« Tu vas attraper froid si tu restes sous la pluie comme ça.
- Je n'attrape pas froid, » dit Yuki sans le regarder.
Un autre détail vrai. Yuki ne tombait pas malade, contrairement à Rin-sama par exemple.
D'ailleurs les états fébriles de Rin-sama en hiver inquiétaient Miroku-sama, Sango-sama et Kohaku-sensei. Sesshomaru-sama aussi sans doute, il ne quittait jamais la chambre de Rin-sama quand elle était souffrante. Kohaku-sensei avait expliqué une fois qu'elle avait traversé une maladie grave par le passé. Qu'ils craignaient tous une rechute, même si elle avait écarté cette possibilité avec un sourire quand Kyosato le lui avait demandé.
Toutefois, Sesshomaru-sama ne tombait pas malade, à sa connaissance. Yuki tenait de son père sur le sujet.
« Kohaku-sensei s'inquiète, Yuki. Et moi aussi. En plus, c'est l'heure du dîner. »
Elle ne répondit pas.
« Yuki… Rin-sama et ton père reviendront, ne t'en fais pas. Tu leur manques, tu sais. Ils ne te délaissent pas.
- Je ne manque pas à Père. A Maman, sans doute. Mais pas à Père. »
Kyosato resta interdit. Il ne savait pas quoi lui repondre.
Il avait vu la distance entre Sesshomaru-sama et sa fille. Depuis si longtemps. Ils étaient presque des étrangers l'un pour l'autre. Et tous semblaient l'accepter, Yuki, Sesshomaru-sama, Kohaku-sensei, Miroku-sama, Sango-sama, et même Kyosato, ou faisaient semblant de ne pas le voir comme Rin-sama.
« Maman me manque, continua-t-elle. Ce n'est pas la première fois qu'elle n'est pas avec moi, mais… avant, je savais qu'elle n'était pas si loin. Je pouvais presque… la sentir. Et là, Maman n'est tout simplement pas là. Elle est absente de notre monde.
- Yuki… »
Elle le regarda enfin avec un air triste. Kyosato n'aimait pas la voir ainsi. Pas sa meilleure amie. Pas la jeune fille qu'il…
« Merci, Kyosato. »
C'était rare qu'elle l'appelât ainsi. Il avait plus souvent droit à des Kyo-chan enfantin, alors qu'il devenait un homme. Et il se sentit touché par ce petit bout de femme triste qui l'observait si intensément.
Il approcha son visage vers celui de Yuki, sans trop savoir ce qu'il faisait. Ses yeux bruns et dorés s'écarquillèrent et peut-être, ce signe fut ce qu'il l'arrêta dans sa lancée. Il sourit pourtant quand il vit les joues de Yuki rougir. Kyosato posa alors son front contre celui humide de la jeune fille en fermant les yeux.
Il ne voulait par se mettre à sourire plus encore parce qu'il la trouvait jolie avec ses joues rosées. Pas lorsqu'elle était si triste.
« Je suis là, moi, se contenta-t-il de dire. Je serais toujours à tes côtés. »
Il entendit Yuki expirer le souffle qu'elle avait retenu depuis qu'il avait posé son front sur le sien. Elle se détendit aussi, et Kyosato sentit les mains de Yuki agripper son haori et s'y accrocher.
Ils restèrent longtemps ainsi, et si Kyosato avait ouvert les yeux, il aurait vu les larmes de Yuki couler le long de des joues roses et de son sourire triste.
Rowena les avaient conduits rapidement dans la résidence des Tokumi dans les alentours de Tokyo. Rin n'avait pas su convaincre Sesshomaru de laisser Tenseiga et Tessaiga au temple avec Inuyasha, Kagome et le reste de la maisonnée, et encore moins de rester lui-même.
Rin devait admettre que Sesshomaru s'adaptait assez bien au futur. Il restait suspicieux envers de nombreux objets qui ne lui évoquaient rien, mais les acceptait ou agissait comme s'ils avaient appartenus à son univers depuis de nombreuses années. Il n'allait pas jusqu'à les utiliser bien sûr, et se contentait généralement de les ignorer.
Rin n'avait aucune idée sur l'opinion de Sesshomaru concernant le futur. Il ne disait rien, et les quelques questions que Rin posait à son compagnon sur le sujet ne trouvaient pas de réponses satisfaisantes.
Mais surtout, elle ignorait ce qu'il pensait de Rowena. Rin n'osaient demander l'avis de Sesshomaru sur sa réincarnation et pour cause. Elle craignait ce qu'il pouvait ressentir pour elle. Elle se souvenait parfaitement bien de comment aurait pu se finir l'histoire entre Seiji et elle. Comment tout aurait pu dégénérer.
Et quand bien même, elle avait confiance en Sesshomaru et Rowena, elle redoutait que ce qui aurait pu arriver entre elle et Seiji ne se produisît finalement entre eux. Elle était après tout tombée amoureuse de Seiji. Sesshomaru le pouvait tout aussi bien…
« Nous sommes arrivés, » déclara Rowena en arrêtant la voiture dans un parc.
Rin prit son temps pour contempler la demeure des Tokumi. Comme celle des îles du sud, celle-ci, perdue dans la forêt, était magnifique quoique d'un style plus traditionnel.
Ils sortaient de la voiture, quand la porte d'entrée s'ouvrit en grand, et un enfant, un garçon d'une dizaine d'année aux traités métissés, courut vers Rowena.
« Mommy ! cria-t-il en sautant dans les bras de Rowena.
- Shinn ! Tu sais bien que je n'aurais plus la force de te porter bientôt ! »
Shinn parla dans une langue que ne comprenait pas Rin. De l'anglais, sans doute, la langue maternelle de Rowena. Cette dernière répondit avec douceur à l'enfant, avant de se retourner vers eux.
« Shinn, voici Rin et Sesshomaru. Rin, Sesshomaru, je vous présente mon fils, Shinn. »
Rin trouva qu'il ressemblait plus à Seiji qu'à Rowena avec ses yeux sombres perçants et ses cheveux noir jais. Pourtant il semblait être un enfant joyeux et spontané, un trait de caractère qu'il tenait sans doute de sa mère.
« C'est comme dans les photos, s'exclama Shinn. Rin te ressemble beaucoup Mommy ! Mais Sesshomaru… sans les cheveux et les tatouages, il ressemble à Papa !
- Oui, acquiesça-t-elle simplement. Comment va ton père ?
- Pareil, je crois. Je ne l'ai pas trop vu. Le docteur dit que je fatigue Papa. Il n'est pas trop gentil le docteur, Mommy.
- Il veut simplement dire que ton père doit se reposer entre les cures. Ce n'est pas contre toi, Sweetie. Rin, Sesshomaru… vous venez ? »
Ils suivirent Rowena qui avait à présent déposé son fils au sol pour mieux lui tenir la main.
Rin se demandait pourquoi Rowena et Seiji n'avaient pas eu d'enfant plus tôt. Rowena avait bien dix ans de plus que Rin. Elle se demandait aussi pourquoi ils n'en avaient eu qu'un seul. Rin rêvait d'un second enfant, si Sesshomaru ne s'y était pas opposé. Est-ce que Seiji… avait les mêmes réticences que Sesshomaru sur le sujet ?
« Shinn… va prévenir les employés que nous avons des invités, tandis que j'amène Rin et Sesshomaru voir ton père. Ils auront besoin d'une chambre.
- D'accord Mommy ! A tout à l'heure ! »
Il détala au détour d'un couloir, et ils continuèrent de suivre Rowena à travers la grande maison, dans des longs couloirs richement décorés. Rowena s'arrêta enfin devant une porte. De l'autre côté, Rin pouvait sentir l'aura de Seiji, si proche de celle de Sesshomaru. Si familière pour elle. Mais elle pouvait aussi sentir son affaiblissement.
« C'est ici, dit Rowena. Notre chambre. Tu…
- J'irais seule », interrompit Rin.
C'était peut-être une idée venue de nul part. Trop brusque et échappant à la logique des choses. Ou peut-être pas. Elle souhaitait au fond d'elle-même avoir un moment seule avec Seiji. Aussi étrange que cela pouvait paraître à présent qu'elle vivait avec Sesshomaru, Seiji lui avait manqué. Elle s'en rendait compte maintenant, juste avant de le retrouver après ces dix-huit années de séparation.
Et puis il y avait… ce malaise en elle. Que ferait Sesshomaru devant cette vision affaiblie de lui-même dans le futur ? Elle en redoutait les conséquences.
« Je refuse, dit soudain Sesshomaru.
- Comment ?
- Tu m'as entendu, Rin. Je refuse que tu sois seule avec lui.
- Mais Sesshomaru, je…
- Je… ne vois pas d'inconvénients pour que Rin voit seule avec Seiji. »
Rin se tourna vers sa réincarnation. Elle paraissait étrangement triste, et en même temps… ce n'était pas de la simple tristesse.
« Rowena ? demanda-t-elle.
- Rin et Seiji ont toujours été proches…
- Raison de plus pour qu'ils ne restent pas seuls ensembles, dit Sesshomaru sans détour.
- Sesshomaru ! »
Il était jaloux ? Jaloux de lui-même ?
Rin n'en aurait pas dû être surprise. Parfois, lorsqu'elle vivait auprès de Rowena et Seiji, elle s'était mise à envier sa réincarnation.
« Sesshomaru, je vous en prie. »
Rowena prit la main de Sesshomaru qui se laissa faire. Rin ressentit un malaise croître en elle, mais s'abstint de commenter. Elle n'en avait pas le droit puisqu'elle souhaitait parler à Seiji, seule à seul.
Sesshomaru considéra longuement Rowena, renforçant le malaise de Rin. Puis il acquiesça.
Rin expira le souffle qu'elle avait retenu sans le savoir et Rowena sourit.
« Alors, j'y vais, dit Rin. Merci, Sesshomaru. »
Elle se força à sourire, malgré les mains encore entrelacés de Rowena et Sesshomaru. Elle leur tourna le dos puis, elle pénétra dans la chambre en veillant bien de fermer la porte derrière elle.
Et elle le vit, cet homme qu'elle n'avait pu s'empêcher d'aimer, et qu'elle aimait encore, dix-huit ans après. Comme elle aimait Sesshomaru.
Il était allongé dans son lit, endormi, sa respiration faible. Elle se rapprocha et vint s'asseoir sur une chaise à son chevet. Elle retint une exclamation en distinguant mieux les traits de son ami.
Seiji avait vieilli, c'était un fait. Elle ne pouvait le nier. A cause de la maladie ou simplement par l'âge, Rin ne pouvait pas vraiment le déterminer.
Même endormi, ses yeux étaient tirés, cernés par des ombres inquiétantes. Des rides étaient présentes, ici et là, au coin de ses yeux, sur son front également. Et ses cheveux… si différents de ceux de Sesshomaru et dans lesquels pourtant, elle avait rêvé passer ses doigts, il y a si longtemps… Ses cheveux… il les avait perdus.
« Seiji… »
Il n'était pas aussi endormi qu'elle ne l'avait cru puisque ses paupières se plissèrent avant de s'ouvrir complètement. Il la fixa alors d'un regard incrédule.
« Rin… ?
- Oui… »
Elle ne laissait échapper qu'un simple murmure incapable de lever plus la voix devant Seiji. Elle redoutait presque qu'il ne se brisât si elle élevait la voix. C'était idiot… Sesshomaru, non, Seiji était fort, elle le savait. Il ne pouvait pas…
« Pourquoi… es-tu là ? »
Le léger reproche dans le ton de Seiji blessa Rin.
« Rowena est venue me chercher… pour te guérir.
- De ton époque ?
- Oui.
- Elle n'aurait pas dû. »
Rin se mordit la lèvre. Seiji se mettait à parler comme Sesshomaru. Là encore, elle n'aurait pas dû être étonnée. Pourtant, elle se surprenait toujours en se rendant compte combien, parfois, Sesshomaru et Seiji pouvaient être semblables malgré les siècles qui les séparaient.
« Et le pire, reprit Seiji, c'est qu'au fond, je suis heureux de te revoir. Alors que j'avais cru tirer enfin un trait sur ton existence.
- Tu m'as manqué aussi. »
Et c'était vrai, alors qu'elle avait passé ces dernières années auprès de Sesshomaru, elle avait conscience qu'il avait été important pour elle. Que sa présence avait toujours pu la réconforter. Qu'elle l'aimait encore, comme elle aimait Sesshomaru.
Mais elle savait aussi que ce sentiment n'aurait jamais dû être. Qu'il était la conséquence de la transgression des règles du temps.
« Quelles sont tes nouvelles ? » demanda Seiji en détachant son regard.
Il les libérait ainsi du malaise dans lesquels ils s'étaient tous les deux plongés.
« Tu t'es mariée avec… Sesshomaru ?
- Nous ne sommes pas mariés, répondit Rin en essayant de sourire. Mais nous sommes ensemble. Et nous avons eu une fille. Yuki a maintenant treize ans.
- Tu as l'air d'en être heureuse…
- Oui…
- Mais… ? »
Rin releva ses yeux. Il avait perçu son hésitation.
« J'aurais aimé… avoir un autre enfant…
- Tu es jeune, tu peux encore en avoir. »
Rin se mordit à nouveau la lèvre. Elle ne se permit pas d'évoquer ses problèmes avec Sesshomaru devant Seiji. Surtout lorsque Sesshomaru écoutait toute la conversation depuis le couloir.
« Rowena aussi aurait aimé un autre enfant, dit Seiji comme pour combler le silence. Mais nous avions des problèmes de stérilité. Il nous a fallu sept ans pour avoir Shinn. C'était très dur pour Rowena.
- Je… je l'ignorais…. Pour toi aussi, cela a dû être…
- Pas autant. Et puis, Shinn est finalement venu lorsque nous n'y croyions plus. C'est suffisant. »
C'est suffisant. Seiji semblait distant par rapport à Shinn. Presque autant que Sesshomaru. Pourtant… peut-être qu'elle se trompait et que la relation entre Shinn et Seiji n'équivalait à celle entre Yuki et Sesshomaru. Elle n'avait pas été témoin des interactions entre Seiji et son fils.
« Tu sais que mes affaires ont mal tourné ? fit Seiji avec un sourire désabusé. Ma carrière partait bien grâce à mes contacts dans les milieux de la pègre. J'en suis même venu à être l'une des têtes de mon parti… »
Rin se souvenait de cette affaire qu'elle avait découverte un peu par hasard. Elle avait espéré qu'il aurait renoncé… pour Rowena. Mais voilà un détail que sa venue dans le futur n'avait pas changé.
« Quand ma place a été bien installée, j'ai tenté de couper les ponts avec les chefs de la pègre. Je n'ai pas hésité à employer le chantage quand c'était nécessaire. Mais je suis tombé sur un journaliste trop zélé qui a révélé les affaires du parti au grand jour. Ce scandale a brisé ma carrière.
- J'en suis désolée, Seiji.
- Vraiment ? Tu m'avais pourtant prévenu que cela se finirait mal. Heureusement que personne ne s'est attaqué directement à Rowena.
- Ou à Shinn, ajouta Rin.
- Oui, ou à Shinn, » acquiesça-t-il au grand soulagement de Rin.
Car cela signifiait que Seiji contrairement à Sesshomaru n'était pas indifférent à son enfant.
« Mais Rin, reprit Seiji, sache que je ne souhaite pas que tu me guérisses. Rowena a fait une erreur en t'amenant ici.
- Seiji ? »
Dire que Rin était surprise était un euphémisme.
« N'essaye pas de me soigner. Je refuse.
- Mais pourquoi ?
- Comme tu l'avais fait remarquer, il y a si longtemps, ta place n'est pas ici. Tu n'as rien à faire ici.
- Je…
- Quelles sont les conséquences sur le cours des choses, en transcendant le temps, Rin ? Dis-le moi, quelles sont-elles ?
- Peut-être… peut-être que le destin accepte parfois des changements. Peut-être…
- Comment peux-tu en être si sûre ? Comment sais-tu que tu ne commets pas une erreur en bouleversant le temps ? »
Rin savait de quelles erreurs parlait Seiji. Elle en avait déjà commis une lorsqu'elle combattit pour la dernière fois Naraku. Elle avait voulu évincer Kagome de la dernière bataille contre Naraku, alors que justement elle, plus que quiconque, avait sa place à ses côtés à ce moment-là.
Néanmoins, Kagome, elle, montrait bien que le futur devait parfois recréer le passé, et Rin avait prouvé l'inverse. Alors… alors…
Seiji la sortit de ses pensées en tirant affectueusement sur l'une de ses mèches de cheveux.
« Rin, ne fais pas une tête pareille. Je suis un traitement de pointe, Rowena s'est un peu emballée.
- Elle ne serait pas venue me chercher au-delà du temps si elle avait gardé le moindre espoir.
- Rin… »
Sa main glissa sur la joue de Rin qui se sentit réchauffée par son contact, malgré elle presque. Peut-être, aurait-elle dû dire quelque chose pour l'en empêcher. Peut-être aurait-elle dû parler quand Seiji posa son front contre le sien.
« C'est en te voyant, que je me rends compte combien tu m'as manqué Rin…
- Seiji… »
Elle s'écarta brusquement quand elle sentit Sesshomaru s'approcher. Il ouvrait la porte alors qu'elle était si proche de Seiji. Alors qu'elle ne l'avait même pas guéri. Et elle redoutait sa réaction devant sa réincarnation humaine si affaiblie. Comme si elle craignait de le perdre à jamais.
Sesshomaru gardait l'oreille tendue vers la chambre, de l'autre côté du mur. Là où était Rin et Seiji, sa réincarnation.
Il ne pouvait nier qu'il redoutait ce qu'il pouvait se produire entre eux. Rin n'avait-elle pas avoué une fois qu'elle avait aimé Seiji… autant qu'elle pouvait l'aimer, lui, Sesshomaru, son compagnon ?
Il sentit la main de Rowena serrer la sienne avec douceur. Elle lui souriait d'une façon apaisante, comme Rin aurait pu le faire.
« Ne vous en faites pas. Rin et Seiji sont seulement amis. »
Il s'émerveilla presque de la voir deviner ce qu'il l'inquiétait. Rin était la seule à être capable de lire à travers lui. Il l'observa pendant un moment. Oui, il pouvait comprendre pourquoi. Il y avait beaucoup de Rin en Rowena. Beaucoup trop même.
« Je les ai souvent enviés, continua-t-elle sa main tenant toujours la sienne. Ils étaient parfois plus complices que je ne l'étais avec Seiji… J'ai même cru qu'il finirait par s'aimer. Et peut-être que c'est le cas après tout. Rin a toujours su que Seiji était vous. »
Sesshomaru se tendit. Entendre cette femme, cette Rin du futur, dire des vérités qu'il n'appréciait guère, qu'il détestait envisager, le mettait mal à l'aise.
« Pourtant, dit-elle en pressant sa main, ils savent que nous les attendons. Ils savent que nous les aimons. »
Il considéra Rowena. Son air sérieux mais empli d'espoir lui rappelait Rin. Ses yeux étaient certes bleus gris, comme un océan agité, mais il pouvait s'y noyer aussi sûrement que ceux de Rin.
Je ne souhaite pas que tu me guérisses.
Sesshomaru tourna brusquement son visage vers la porte de la chambre. Seiji… sa réincarnation refusait l'aide de Rin ?
« Qu'y a-t-il ? » demanda Rowena inquiète.
Il vit son expression perplexe et se sentit mal à l'aise. Il n'osait pas lui dire ce qu'il avait entendu. Elle en serait... blessée. Il ne pouvait pas…
« Rien. Strictement rien.
- Oh. »
Il écouta les arguments de Seiji, ces histoires de destin qui ne devait pas être changé. L'une des raisons que Sesshomaru lui-même avait avancée pour convaincre Rin de rester à leur époque. Puis il entendit ce qui ressemblait à une déclaration de la part de Seiji. Pour Rin. Sa précieuse Rin.
« Sesshomaru ? »
Il était à la porte et prit la poignée pour l'ouvrir.
Et il les vit.
Rin était assise près du lit sur une chaise. Une teinte rosée naissait sur ses joues. Il était évident qu'elle fuyait son regard. Seiji lui tenait la main.
Sesshomaru observa sa réincarnation humaine… si différente et pourtant. Contrairement à Rin, il tenait son regard sans flancher, malgré ses traits tirés, cette faiblesse physique née de sa condition d'humain supportant sa maladie.
Néanmoins, il n'évoqua pas du dégoût ou de l'écoeurement à Sesshomaru, malgré ce qu'il aurait pensé. Non, seulement de la prudence. Car cet homme, aussi affaibli qu'il ne l'était, était capable de lui prendre ce qui comptait le plus à ses yeux.
« Vous avez fini ? »
Rowena entrait à sa suite, un sourire plein d'espoir aux lèvres. Rin fixa alors plus intensément ses mains qu'elle posa sur ses genoux.
« Rin ne me guérira pas, déclara Seiji. Je le lui ai demandé.
- Seiji… »
Rowena avait pali.
« Rowena. Ma décision est prise. Si je dois guérir, ce sera normalement, sans l'intervention de Rin.
- Mais Seiji… Rin est là pour toi. Pour toi, tu entends. Pour te ramener comme avant, en pleine santé…
- Rien ne sera plus comme avant, Rowena. Que Rin me guérisse ou pas.
- Je ne veux pas abandonner ! s'exclama Rowena. Je refuse que tu abandonnes ! Tu entends ! Rin, guéris-le. Guéris Seiji. »
Rin inspira, puis se mordit la lèvre.
« Je… je ne peux pas aller contre sa volonté. J'aimerai qu'il en fut autrement…
- Mais tu l'as dit toi-même, Rin. Si Sesshomaru avait été à la place de Seiji, tu n'aurais pas hésité. Jamais !
- Je… je suis désolée….
- Rowena, dit Seiji, ne t'en prends pas à Rin ainsi. C'est avant tout ma décision.
- Et sans doute la plus sage, » conclut Sesshomaru.
Il avait été contre cette exploration dans le futur depuis le début. Il la regrettait toujours à présent. La seule chose intéressante qu'il avait gagnée était de rencontrer Seiji, sa réincarnation. Cet homme éveillait sa curiosité, cette version humaine de lui, plus en proie au temps, aux doutes, aux émotions, à la maladie. Et il était proche de Rin. Beaucoup trop proche. Cela suffisait à Sesshomaru pour justifier un départ dans les plus brefs délais.
« Tu peux toujours changer d'avis, argumenta Rowena avec ténacité.
- Rowena…
- Tu peux toujours changé d'avis, répéta-t-elle. Rin et Sesshomaru peuvent rester le temps que tu réfléchisses. N'est-ce pas, Rin ?
- Je… oui, bien sûr. Nous pouvons attendre. »
Sesshomaru aurait dû savoir que Rin flancherait. Il aurait dû le deviner et imposer son avis plus tôt. Maintenant, il était trop tard.
Ils restèrent plusieurs jours chez les Tokumi pendant lesquels Sesshomaru s'employa d'observer sa réincarnation. Comment il se comportait en tant qu'humain. Comment il devenait plus faible, plus sensible. Ce n'était pas évident chez Seiji. Il cachait habilement ce qu'il ressentait.
Néanmoins, Sesshomaru sentait l'odeur de la maladie l'entourer, une nappe lourde, indélébile, inaltérable. Il la détestait, comme il détestait de voir sa réincarnation être aussi fragilisée. Il pensait que Seiji devait également se haïr.
Rowena et Rin portaient quasiment toute leur attention sur Seiji, qui, pour ce que pouvait en juger Sesshomaru, n'en demandait certainement pas autant. Ils ne manquaient pas d'apercevoir les regards inquiets que s'échangeaient les deux femmes quand elles croyaient qu'ils ne les voyaient pas.
Leurs joies étaient faussées, leurs sourires forcés. S'il n'y avait pas eu l'enfant de Seiji et Rowena, Shinn, pour amener le goût du bonheur par sa joie de vivre et son insouciance, ils n'auraient fait que vivre dans un mensonge.
Rin en souffrait, indéniablement. Sesshomaru le sentait à sa façon dont elle se raccrochait à lui, lorsqu'ils étaient seuls. A sa façon de se recroqueviller contre lui lorsqu'elle s'endormait dans un monde des rêves qui la hantaient sans répit.
Elle était affectée de voir sa réincarnation, de le voir lui, mourir à petit feu sans qu'elle ne pût rien n'y changer. Cette situation ne pouvait plus durer.
« Papa ! appela Shinn. Tu viens jouer au ballon avec moi !?
- Shinn, dit doucement Rowena, tu sais bien que ton père doit se reposer.
- Mais Mommy…
- Rowena, je peux encore jouer un peu avec mon fils. »
Seiji se leva de son fauteuil avec lenteur et fit quelques pas dans le parc. Sesshomaru avait été presque surpris lorsqu'il avait découvert que les rapport entre Seiji et son fils étaient meilleurs que les siens avec Yuki. Peut-être parce que Shinn n'avait pas tué Rowena.
« Seiji ! »
Rowena rattrapa Seiji par le coude alors que ce lui-ci semblait tomber. Elle devint son appui, son regard inquiet posé sur lui.
« Seiji, est-ce que ça va ?
- Papa ? »
Sesshomaru sentit Rin se tendre à ses côtés. Il savait qu'elle ne souhaitait qu'une chose, guérir Seiji. Et parfois, Sesshomaru se mettait à la comprendre. Voir sa réincarnation si affaiblie lui devenait odieux, comme si c'était une erreur, quelque chose qui ne devait pas être. Voir Rin tomber dans une profonde tristesse à chaque fois que Seiji laissait échapper un signe de faiblesse devait tout aussi insupportable.
Sesshomaru n'avait qu'un seul souhait : partir de ce monde auquel il n'appartenait pas et dont il ne voulait rien savoir.
« Je… je vais bien, déclara Seiji en se redressant. Je vais rester un instant dans la véranda. Rin et Rowena voudront sans doute jouer avec toi Shinn. »
Shinn acquiesça et les deux femmes échangèrent un regard prudent. Et il y avait de quoi. Il était facile de deviner quelles étaient les intentions de Seiji. Il voulait parler avec Sesshomaru, seul à seul.
Même après les quelques jours passés dans leur résidence, Sesshomaru n'avait échangé pas une parole avec sa réincarnation. Il n'avait pas grand-chose à lui dire et l'inverse était sans doute vrai. Mais ils se jaugeaient, s'évaluaient constamment pour mesurer qui était cet autre soi, comme on garde un œil critique sur son reflet dans un miroir.
A présent, Seiji faisait un pas vers lui, alors qu'ils s'étaient soigneusement évités. Rowena et Rin acquiescèrent et s'éloignèrent avec Shinn dans le jardin.
Sesshomaru et Seiji les observèrent en silence. Sesshomaru attendait d'entendre ce que Seiji aller lui dire.
« Comment va Rin ? »
Sesshomaru fut surpris. Il n'avait pas prévu une telle question.
« Elle pourrait aller mieux, » répondit-il avec une certaine hésitation.
Il n'allait pas lui raconter toute les fois où elle s'était réveillée en pleurant, hantée par les cauchemars du passé, par Naraku sans doute aussi. Des cauchemars plus fréquents, donc, comme toute les fois où elle sentait une pression la peser. Et en ce moment, cette pression était Seiji et son état de santé.
« Elle est inquiète, n'est-ce pas ? Je ne veux pas qu'elle me voie mourir. »
Le ton était sans détour, et Sesshomaru prit sur lui pour masquer son choc.
« Alors, ne meurs pas.
- Il faut être aveugle pour garder un quelconque espoir sur mon état de santé, Sesshomaru.
- Rin et Rowena veulent croire le contraire.
- Elles ne devraient pas. Et surtout, elles ne devraient pas jouer avec le temps et la vie pour changer le cours des choses.
- Elles sont profondément humaines.
- Je suis humain, je n'ai pourtant pas des considérations si naïves. »
Certes. Seiji avait un caractère différent de Rowena et de Rin. Un caractère et des convictions qui s'approchaient plus de ceux de Sesshomaru. Il ne pouvait le nier, Seiji était effectivement sa réincarnation.
« Pourtant, se surprit de dire Sesshomaru, si les rôles avaient été inversés…
- Nous aurions fait la même chose. Nous aurions essayé de couper le cours du temps, de briser le cycle de la vie. »
Ce que Sesshomaru avait accompli par le passé en utilisant trois fois le Tenseiga pour ramener Rin. Il comprenait parfaitement ce que Rin et Rowena essayaient de faire. Mais parce qu'il entendait aussi les conséquences de leurs actes, Seiji et lui devaient les arrêter.
« Quand rentrerez-vous dans votre époque ? demanda Seiji.
- Quand Rin comprendra que sa place n'est pas ici.
- Vous avez tous les deux une fille. Peut-être qu'en lui rappelant ses devoirs de mère… »
Sesshomaru se raidit à la mention de Yuki. Il mentirait s'il disait qu'elle lui manquait. Il ne ressentait pas la distance entre eux, l'absence de Yuki, comme un père aurait dû la ressentir pour son enfant. Sa fille unique. Sur ce point, il n'était pas Seiji, un père attentif pour son unique fils.
« Yuki… lui manque certainement. »
Seiji leva un sourcil interrogateur.
« Mais pas à toi. »
Ce n'était pas une question et Sesshomaru se tut. Il se contenta d'observer Rin et Rowena jouer au ballon avec Shinn.
« Il y a sans plus à cela que je ne souhaite savoir, reprit Seiji. Shinn est un bon garçon, j'ai fini par m'en rendre compte après quelques années. A prêter plus attention à lui. Je le devais, puisque Rowena l'avait tant désiré. »
Là encore, Sesshomaru n'avait rien à répondre.
« Je convaincrai Rowena de ne plus retenir Rin. Toi, tu veilleras à ce que Rin choisisse enfin de rentrer. »
Sesshomaru acquiesça.
« Rin aura du mal à accepter…
- Ma mort ? interrompit Seiji avec un demi-sourire. Elle le devra pourtant. Après tout, je n'ai rien à regretter. J'ai été comblé avec Rowena, malgré ma carrière qui s'est effondrée. J'ai été comblé avec ma femme, plus que je ne l'ai mérité. J'ai été heureux. Peu de personnes peuvent prétendre à cela. Je ne me plains pas. Et si je devais retourner dans mon passé, je n'y changerais rien, pas un détail. Je n'échangerais aucune puissance supérieure, aucun pouvoir, contre la vie que j'ai à présent. »
Sesshomaru considéra réellement pour la première fois Seiji. Ce frêle humain qu'il était devenu. Qu'il deviendrait dans le futur. Quelqu'un qui portait toutes les faiblesses qu'il avait exécrées. Et pour la première fois, Sesshomaru l'accepta, ce futur, ce destin. Cette réincarnation qui ne l'affaiblirait pas, même en tant qu'humain. Car il serait alors, encore, et pour longtemps avec Rin. Dans une vie qui méritait d'être vécue, même à l'ombre de la mort.
« Je comprends. »
Il comprenait et agirait en conséquences. Ils agiraient comme ils le devaient. Rin et Rowena finiraient par accepter le cycle de la vie, le cours du temps. Malgré les larmes que cela leur coûterait.
C'est le chapitre le plus long de l'histoire. Celui qui m'a donné le plus de difficultés à taper aussi.
Sinon, je voulais faire un peu de pub pour un projet d'écriture qu'on fait avec des amies sur un forum, Des Fics et des Lettres (l'adresse est sur mon profil). C'est Le Grand Chapionnat 2, sorte de RPG, où l'on se constitue une équipe de 8 personnages (mangas, livres, séries...), nous compris, qu'on fait concourir dans toutes sortes d'épreuves concoctés par les JS (juges sadiques). C'est avant tout pour s'amuser tout en se donnant une limite de temps, (mais 3 mois, c'est raisonnable, non?). Pour plus d'infos, voir sur le forum des fics et des lettres, ou m'envopyer un message par MP ou mail.
Passons aux reviews:
Cassegrain-MIB: Sesshomaru ne cède jamais sur la sécurité de Rin. Il trop peur de la perdre. C'est devenu en quelque sorte sa hantise. J'avais toujours eu conscience qu'en écrivant l'histoire d'amour entre Sesshomaru et Rin, il y aurait un côté pas très sain, surtout venant de Sesshomaru. Il est possessif, et parfois, cette relation est trop fusionnelle. Et passionnelle. Yuki est quand bien entourée. Elle a Kyosato, Kohaku, Sango, Miroku, Ren, en particulier, ainsi que Jaken. Là-dessus, je m'en fais pas pour elle. Finalement, si, je pense que Kagome et Inuyasha s'en sorte plutôt bien. Bien sûr, il y a toujours des sujets de mésentente, mais comme je ne crois pas au concept d'harmonie universelle, je l'applique là. Sinon, non, j'ai fait S au lycée, et suis dans le médical. Comme quoi, ça veut rien dire. Mais je lisais beaucoup et je m'en sortais quand même bien dans les matières littéraires. Ceci expliquant peut-être cela. Mais non, je n'écris que de la fanfiction, et encore à un rythme très lent. J'avais dans mon adolescence cette lointaine idée d'histoire originale, peut-être la mettrai-je en page un jour (dans très longtemps...).
Arwen: Vi, elle est passée! En même temps, je crois qu'à présent empêche les double review sur une fanfiction... Oh lala, c'est mauvais si tu pleures déjà! Surtout que là, on touche le mouvement final de cette histoire.
Cynthia: Ca n'a pas l'air, mais j'adore Jaken. Il est amusant à taquiner. Oui, le nombre de ff anglphones et impressionnantes, le plus dur après étant de faire le choix entre le bon et le moins bon. Je sais pas pourquoi en France on est moins dans la fanfiction?
Tarentule: Merci pour les 5 minutes de ton temps pour m'écrire une review. Oui, Shiori est aveuglée par sa douleur. Et peut-être, s'en veut-elle ensuite d'avoir dit toutes ces choses à Rin. Pafois aperès certaines paroles, les relations prennent un tournant définitif. N'empêche, je l'aime bien quand même. Va chercher l'erreur.
