Auteur : Natanael. Whoa, motivée : j'ai écris mon nom en entier…
Disclaimer : Kratos, Yuan et le monde appartiennent à Namco. Par contre, je me réclame de tous les autres personnages mis en scène dans cette fic.
Spoiler : Présence de spoiler détectée. Ceux qui ne sont pas très avancés dans le jeu, ne lisez pas ce qui va suivre.
Warning : Dans un futur vraiment très lointain : yaoi, scènes déprimantes et/ou un peu gores… Ames très, très, très sensibles s'abstenir.
Résumé : Dans son petit village coupé du monde par la guerre, Yuan voit arriver d'étranges individus un peu trop secrets pour être honnêtes. Intrigué, le jeune demi-Elfe enquête sans se douter des conséquences… YxK
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Un mal étrange
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Une fois rentré à l'auberge, Yuan grimpa quatre à quatre l'escalier menant au premier étage et s'enferma dans sa chambre. Il parcourut des yeux le bazar incommensurable qui y régnait en maître absolu, songeant vaguement qu'il serait grand temps qu'il y remette un peu d'ordre. Soudain, son regard tomba sur une petite boîte qui serait parfaite pour contenir le collier. L'adolescent l'y glissa et déposa le tout sur le tabouret qui lui servait de table de nuit. Il regarda son cadeau pendant une seconde en se demandant si cela serait suffisant pour se faire pardonner une semaine de bouderie inutile avant de décider que non. Peut-être que Kratos raisonnait différemment, mais pour lui, ce n'était pas assez. Il fallait qu'il trouve autre chose. Mais quoi ? Le jeune demi-Elfe s'assit sur son matelas pour réfléchir plus à son aise. Le vieux Ben avait parlé d'autre chose… Mais quoi, déjà ? Il y avait une histoire de cérémonie et un truc à propos d'un repas… Seulement Yuan ne connaissait rien à la cuisine Tesseha'llan, alors leurs rituels religieux…
Tout d'un coup, le jeune garçon aux cheveux bleu fit claquer ses doigts. Il venait d'avoir l'illumination du siècle (au moins). En fait, ce n'était pas bien compliqué : il allait préparer un bidule à peu près comestible, peu importe quoi, et allait le donner à Kratos en lui expliquant qu'il n'était pas trop au courant des traditions de son pays, mais qu'il avait quand même tenu à lui préparer un petit truc. Normalement, ça devrait passer, non ? Et de toute façon, c'est l'intention qui compte, comme on dit.
Aussitôt, Yuan se leva et quitta sa chambre. Il descendit à la cuisine et informa sa mère de son projet culinaire. Celle-ci le regarda comme s'il avait été une petite fée avec des ailes de papillon et des antennes de martien pendant un instant avant de sortir de la pièce en murmurant quelque chose à propos d'un tube d'aspirine. Son fils ne voulut pas comprendre ce qu'elle avait dit. Dès qu'Ellen fut sortie, le métis s'attela à la préparation d'un quatre quart nature, le seul et unique gâteau dont il connaissait la recette par cœur. Il aurait bien aimé y ajouter des quartiers de pommes, mais ce n'était plus la saison et on ne trouvait plus ces fruits nulle part. Tant pis. Le gâteau sera un peu moins bon, mais il fera avec.
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Le lendemain matin, Yuan était à peine réveillé qu'il bondissait hors de son lit. Il s'habilla rapidement, réunit tout aussi vite ses affaires scolaires et resta en arrêt devant son tabouret-table de nuit. La boîte qui contenait le collier de Ben y était encore, bien sûr, mais il se demandait s'il devait la prendre avec lui ou faire venir Kratos à la fin des cours… Après une légère hésitation, le jeune demi-Elfe opta pour la seconde option. Comme il était déjà en retard, il ne prit pas la peine de déjeuner et s'en alla directement à l'école. Rendu sur son lieu de torture préféré, le demi-sang put constater que le rouquin de Tesseha'lla était déjà arrivé. Le garçon aux cheveux de feu s'était assis par terre, le dos contre le mur du bâtiment où les écoliers subissaient quotidiennement les foudres de leur instituteur. Il avait passé ses bras autour de ses genoux et y cachait son visage. En le voyant dans une telle position, Yuan haussa un sourcil étonné. D'ordinaire, l'étranger se tenait toujours de manière à voir ce qui se passait autour de lui… Enfin. Après tout, il faisait ce qu'il voulait.
D'un pas qu'il voulait assuré, le Sylvaranti s'avança vers la silhouette recroquevillée contre le mur de pierre. Il s'arrêta à deux pas de son camarade et attendit qu'il veuille bien lever la tête pour lui parler. Comme Kratos n'avait de toute évidence pas remarqué sa présence, Yuan jugea nécessaire de la signaler. Il toussota légèrement, faisant sursauter l'autre garçon. Le jeune Humain leva les yeux vers lui et le sang-mêlé crut distinguer une sombre angoisse dans son regard grenat. C'était sans doute à cause de cela qu'il demanda, sans trop oser élever la voix :
« Est-ce que ça va ? »
Kratos le regarda fixement sans comprendre.
« Je… Tu… Tu me parles ?
-Je t'ai demandé si ça allait.
-Je vais bien. Répondit Kratos, reconstruisant le masque indifférent qui lui servait de visage.
-Vraiment ? Insista Yuan, soupçonneux.
-Vraiment. Appuya le rouquin, hochement de tête à l'appui.
-Ça n'en avait pas l'air quand je suis arrivé. Et tu as une sacrée tête de déterré. Plus vrai que nature !
-Je suis un peu fatigué, c'est tout. Je ne dors pas très bien, depuis quelques jours.
-Je vois ça. »
Les deux garçons se turent. Autour d'eux, les cris et les rires des autres enfants résonnaient joyeusement dans l'air frais du petit matin, faisant vibrer la neige qui semblait vouloir engloutir le village Sylvaranti sous son tapis de nacre. Yuan s'appuya le dos contre le mur, à côté de son voisin de classe, et se laissa glisser jusqu'au sol. Il regarda un moment les flocons blancs qui tourbillonnaient dans le vent glacé avant de murmurer :
« Il faut que je te parle. »
Kratos ne réagit pas. Le demi-Elfe avait parlé tellement bas qu'il crut une seconde que le Tesseha'llan ne l'avait pas entendu, lorsque celui-ci répondit sur le même ton :
« Je t'écoute. »
L'adolescent aux oreilles d'Elfe secoua doucement la tête, faisant tomber les flocons de neige qui s'accrochaient à ses cheveux.
« Non. Pas ici. Viens à l'auberge après la classe, d'accord ?
-Je ne pense pas. Soupira le rouquin, semblant soudain très las. Je n'ai pas envie de me refaire de fausses...
-S'il-te-plaît. Coupa Yuan. C'est important. »
Il y eut un autre semblant de silence. Kratos soupira de nouveau avant de chuchoter :
« Puisque tu insistes... »
Le métis aux cheveux bleus esquissa un sourire discret. Il avait gagné. Une fois de plus. Voyant leur vieux professeur se hâter en direction de la porte de sa classe, le jeune garçon se releva et tendit la main à son camarade pour l'aider à en faire de même. Le garçon aux yeux rubis hésita un peu avant de la saisir. Finalement, il posa sa main sur celle de Yuan, qui frissonna à son contact. Il avait les doigts gelés. Depuis combien de temps attendait-il là, sous la neige qui tombait sans discontinuer depuis plusieurs semaines ? Il ferait mieux de partir un peu plus tard de chez lui ou de mettre une veste plus chaude pour éviter de se transformer sur l'heure en statue de glace. Pourtant, le froid mordant ne semblait pas le gêner plus que cela... Le demi-Elfe haussa les épaules. Après tout, si Kratos avait envie de se changer en bonhomme de neige, c'était lui que ça regardait. Et sur cette bonne pensée, l'adolescent entra dans sa salle de classe.
La première partie du cours se déroula exactement comme d'habitude. A savoir : le maître monologuait un bidule totalement barré à propos de fonctions vectorielles qui conservaient le pourcentage trigonométrique, Kratos grattait de la plume dans son cahier, Yuan bâillait aux corneilles en regardant voler les mouches, Jun et Jessye végétaient gentiment dans leur coin et Karen cultivait des champignons dans son casier. Mais après la récréation, le Tesseha'llan aux cheveux roux délaissa son activité préférée et tira faiblement sur la manche de son voisin. Yuan, très surpris par cette attitude quelque peu inhabituelle, lui adressa un regard interrogateur.
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
Kratos n'avait pas l'air bien. Vraiment pas. Il respirait anormalement vite et son regard reflétait une peur qu'il n'arrivait plus à cacher. Son voisin demi-Elfe fronça les sourcils.
« Kratos ? Qu'est-ce que tu as ?
-Est-ce que tu as... de l'eau, s'il-te-pl... »
Le rouquin s'interrompit brusquement. Ses yeux grenats s'écarquillèrent soudainement, ses pupilles parurent se dilater et il porta vivement les mains à son thorax. Sa poitrine se soulevait et s'abaissait à un rythme effréné, sans qu'il ne parut parvenir à respirer. Avec un gémissement étouffé, le garçon aux cheveux de feu se recroquevilla sur son siège, ramenant ses genoux vers son visage. Ses lèvres prenaient peu à peu une teinte de plus en plus proche du violet. Il étouffait. Paniqué, Yuan l'attrapa brutalement par les épaules, luttant contre l'envie de le secouer comme un prunier.
« Kratos ? Eh, Kratos ! Appela-t-il à voix basse pour masquer l'inquiétude qui la faisait trembler. Qu'est-ce qui t'arrive ? Qu'est-ce que tu as ? Kratos ! Ça va ? Tu veux sortir ?
-Non ! Siffla soudain Kratos, le souffle court. 'Quiète pas. 'Va passer... »
Yuan le lâcha, pour lui laisser un peu d'air. Il regarda les soubresauts des épaules du Tesseha'llan s'affaiblir avant de s'arrêter définitivement. Le garçon aux cheveux de feu resta quelques minutes immobile, prostré contre son dossier, le visage enfouit derrière ses genoux. Il finit par relever la tête, l'air aussi impassible que d'ordinaire.
« Tout va bien. Murmura-t-il. C'est passé.
-Kratos... Fit Yuan, encore sous le choc. Ce... C'était quoi, ça ?
-Rien, commença le jeune garçon en se détournant, je... »
Il se figea et ne termina pas sa phrase. Yuan, qui comprenait de moins en moins ce qui se passait, suivit son regard. Quelques rangs vers l'avant de la salle, Jessye s'était retournée et fixait l'Humain avec un air qui ne présageait rien de bon pour ce dernier.
« Kratos, prévint le demi-sang à mi-voix. Je serais toi, je ferais attention à ma pomme.
-Je... D'accord. »
La blonde aux rubans eut soudain un sourire qui signifiait qu'elle venait d'avoir l'idée du siècle et se retourna en faisant voleter ses longs cheveux. Elle n'adressa pas un seul regard aux deux parias de Nieji durant tout le reste de la matinée. Mais le midi, alors que tous les élèves rangeaient leurs affaires dans leurs sacs, sacoches, cartables et assimilés, la jeune fille fondit sur le pupitre du rouquin tel un rapace sur sa proie, s'empara de son précieux carnet et s'enfuit hors de la pièce en poussant un cri de joie. Kratos resta une seconde immobile, le temps pour lui de digérer l'information, puis il bondit à sa suite avec la ferme intention de récupérer son bien. Il était tellement énervé qu'il en oublia de prendre le reste de ses affaires.
Yuan les récupéra donc et quitta lui aussi la salle de classe. Il se précipita dans la cour où un seul coup d'œil lui permit de comprendre la situation. Jessye brandissait le cahier, pages au vent, hors de la portée de Kratos. Au moment où celui-ci réussit presque à l'attraper, le peste blonde l'envoya à un de ses copains, qui lui-même le renvoya à un autre, et ainsi de suite. Leur but était clair : faire courir le Tesseha'llan, sans doute pour qu'il étouffe comme en cours ! Mais pour l'instant, le rouquin se tenait immobile près de Jessye, suivant de ses yeux carmins les bonds et rebonds de son cahier entre des mains étrangères. Il semblait calme, bien trop calme. Le calme avant la tempête, songea le sang-mêlé. Il le rejoignit et posa sa main sur son épaule.
« Ne rentre pas dans leur jeu, ils veulent te faire courir.
-Et alors ? Rétorqua Kratos d'un mordant que Yuan ne lui connaissait pas.
-Alors tu risque de nous refaire ton truc pas net de tout à l'heure et j'ai pas envie de me retrouver avec un cadavre sur les bras, si tu vois ce que je veux dire ! Répliqua le Sylvaranti sur le même ton.
-Ça ne marche pas comme ça. Répondit simplement le rouquin
-N'empêche.
-Je veux mon carnet !
-Kratos, je t'interdis de... »
A cet instant précis, le cahier revint entre les mains de Jessye-la-peste. La fille aux rubans partit en courant, défiant Kratos de la rattraper. Aussitôt, ce dernier s'élança à sa suite, ignorant les sages conseils de Yuan. Un phénomène totalement inattendu se produisit alors. Karen, le boulet de service, débarqua de nulle part en courant en sens inverse et percuta violemment l'odieuse blondinette. Karen et Jessye furent tous deux projetés au sol sous la violence du choc et le cahier valdingua à trois mètres. Kratos bondit dessus comme un chaton sur une pelote de laine et s'enfuit à toutes jambes avec son bien récupéré.
« ...Courir... »
Yuan soupira. Ce rouquin à la noix... Il était sourd, débile, ou les deux à la fois ? A moins qu'il ne le fasse exprès. Le jeune demi-Elfe considéra avec stupeur la mêlée de bras et de jambes qui fut jadis deux personnes répondant aux doux noms de Jessye et de Karen. Son regard s'arrêta sur la crinière violette de l'innocent du village et un second soupir lui échappa. La voix grave de Jun s'éleva derrière lui, aussi consternée que son propriétaire devait l'être.
« Franchement, ce type a-t-il eu un cerveau, un jour ? »
Yuan sourit malgré lui. Il ne put s'empêcher de répondre une remarque bien sentie.
« Dans une vie antérieure, peut-être... »
Jun se tourna vers le métis, l'air tout sauf convaincu.
« T'es sûr ?
-...J'ai dit peut-être. »
Les deux rivaux soupirèrent de concert. Jun s'avança vers ses deux compagnons et leur intima l'ordre de se relever immédiatement. Yuan, jugeant qu'il était plus prudent pour lui d'aller voir ailleurs s'il n'y était pas, préféra prendre la poudre d'escampette avant que les deux sbires du fils du maire ne soient de nouveau debout sur leurs jambes. Il remonta la rue principale du village sans enthousiasme, traînant derrière lui la sacoche de cet abruti fini de Tesseha'llan. En arrivant près de l'auberge de ses parents, il s'aperçut que l'abruti fini en question l'y attendait sagement, debout près de la porte. En le voyant, Yuan haussa un sourcil.
« Qu'est-ce que tu fais là, toi ?
-C'est toi qui m'as dit que tu avais quelque chose à me dire, ce matin.
-Ah oui, c'est vrai. Viens, suis-moi. »
Le jeune garçon entra dans l'auberge, ignora délibérément le regard étonné de son père et alla récupérer un truc enroulé dans un torchon dans la cuisine. Ceci fait, il fit monter le rouquin dans sa chambre. Le Tesseha'llan parut surpris par le mobilier restreint.
« Tu... N'as pas de lit.
-Bah, j'ai un matelas, c'est pareil. L'important, c'est qu'on puisse dormir dedans. Tiens, assied-toi dessus. Bouge pas. »
Le demi-sang attrapa la boîte posée sur son "tabouret de nuit". Alors qu'il allait se retourner pour la donner à l'autre adolescent, il entendit la respiration de ce dernier se faire de plus en plus irrégulière, comme pendant l'école. Pris de panique, il fit volte-face et vit le jeune garçon recroquevillé sur son matelas, en position fœtale, les bras croisés sur sa poitrine. Yuan ignorait ce qui lui arrivait, mais cela semblait véritablement douloureux et terrifiant. Etait-ce à cause de ça que Kratos avait eu l'air si mal en point, le matin même ? Celui-ci serrait les dents, mais cela n'empêcha pas une larme de couler le long de sa joue. Aussitôt, le demi-Elfe se secoua et se précipita au chevet de son camarade. Il l'entoura de ses bras et le serra contre lui, le berçant comme le faisait sa mère lorsqu'il était petit. Il ne dit pas un mot. C'était inutile. Il savait d'avance ce que dirait Kratos.
« T'inquiète pas. 'Va passer. 'Va passer... »
Combien de temps s'écoula avant que la respiration de Kratos ne reprit un rythme normal ? Yuan n'en avait aucune idée. Le jeune garçon aux yeux rouges finit par se redresser, et adressa un sourire hésitant au demi-Elfe.
« Ça va. C'est passé.
-Qu'est-ce qui se passe, Kratos ? Qu'est-ce qui t'arrive ? Interrogea Yuan, sa frayeur passée faisant encore trembler sa voix.
-Je ne sais pas. Je ne sais vraiment pas. Mais ce n'est pas grave. Tu voulais me montrer quelque chose ?
-Ah... oui... Attends. »
Toujours assis sur le matelas, Yuan tendit la main et saisit le torchon qu'il avait posé sur la table de nuit. Il l'enleva et révéla le gâteau qu'il avait préparé la veille. Il se tourna vers Kratos avec un sourire aussi éclatant que forcé.
« Je sais que vu ce qui vient de se passer, ça peut paraître hypocrite, mais bon anniversaire quand même ! »
Kratos ne répondit rien. Il regardait Yuan d'un air à peu près aussi éveillé qu'une vache devant un amplificateur d'énergie et pencha la tête sur le côté. Sans se départir de son sourire, l'adolescent aux longs cheveux turquoises expliqua :
« On est bien le 15 janvier aujourd'hui, pas vrai ? C'est ton anniversaire. Je ne connais pas les coutumes de ton pays, mais j'ai quand même tenu à te préparer quelque chose. Tu avais l'air si triste, l'autre jour, quand tu m'en avais parlé... Et moi, j'avais tellement de choses à me faire pardonner que je n'ai pas pu résister. Profites-en bien, c'est sans doute la première et la dernière fois que je te parle comme ça. »
Seul le silence lui répondit. Kratos continuait de le fixer, mais l'incompréhension avait déserté ses traits, laissant la place à une expression étrange, mélange de joie, de tristesse, de douleur, de surprise et d'incrédulité. Tout un amalgame de sentiments qu'il n'avait pas l'habitude de laisser transparaître sur son visage. Soudain très mal à l'aise, Yuan chercha désespérément quelque chose à rajouter. Il se souvint alors du collier et attrapa la boîte qu'il tendit au rouquin.
« Et... Tiens. J'ai ça aussi. »
Kratos regarda le paquet, Yuan, le paquet, à nouveau Yuan, encore le paquet. Il cligna des yeux plusieurs fois, comme s'il osait à peine croire ce qui était en train de se passer. Il resserra le col de sa chemise et demanda, la tête penchée sur le côté :
« C'est pour... moi ?
-Nan, répliqua Yuan. C'est pour Jun. En fait, je suis un de ses admirateurs secrets et je lui offre des cadeaux surprises, des trucs qui servent à rien mais qui font plaisir, enfin bref, le genre de chose qu'on ne fait pas à Sylvarant, quoi.
-...?
-Mais bien sûr que c'est pour toi, banane ! »
L'étrange mélange d'expression de Kratos disparut et un masque vide vint le remplacer. Sans prononcer une parole, il se saisit de la boîte et l'ouvrit. Il resta alors immobile, fixant de son regard inexpressif ce qu'il y avait à l'intérieur. Yuan avala difficilement sa salive alors que son cœur improvisait un solo de batterie. En fin de compte, il regrettait d'avoir eut cette idée stupide. Et si le collier ne lui plaisait pas ? Non, bien sûr qu'il n'allait pas lui plaire. Les garçons ne portent pas de collier, voyons. Qu'est-ce qui lui avait pris de...
Mais soudain, ses pensées se figèrent dans son esprit. Kratos avait bougé. Il avait levé sa main droite et avait caressé du bout des doigts la fine chaîne d'or qui soutenait le pendentif. Le cœur de Yuan se mit à battre à l'envers. Comment allait-il réagir ? Soudain, un sourire étira les lèvres du rouquin. Il saisit doucement la chaînette et l'éleva à la lumière. Après l'avoir regardé pendant un instant, il remercia Yuan d'une voix un peu éraillée par l'émotion. Il ne s'attendait visiblement pas à ce qu'on pense à lui comme ça. Ses doigts glissèrent sur le pendentif.
« C'est joli, ce qu'il y a d'écrit. Mais qu'est-ce que ça veut dire ?
-J'en sais rien. Le Nain qui l'a forgé a dit que ce sont des charmes pour protéger le porteur de tous les maux. J'en sais pas plus. »
Kratos hocha la tête.
« Un genre de porte-bonheur, en quelque sorte. Merci beaucoup. Je crois que je vais en avoir besoin... »
Yuan renonça à poser une question à propos de sa dernière phrase et regarda le jeune garçon passer la chaîne autour de son cou. L'ovale du pendentif brilla furtivement à la lumière du soleil qui glissait à travers la vitre de la fenêtre. Kratos releva les yeux vers le demi-Elfe.
« Je... vais rentrer chez moi maintenant. Je voudrais me reposer.
-Oui, il ne faut pas que tu te fatigues. Tu veux que je te raccompagne ?
-Ne te sens pas obligé...
-Je serais plus tranquille. Si jamais ça te reprenait...
-...D'accord. »
Les deux garçons descendirent à l'étage inférieur et quittèrent l'auberge. Ils ne parlèrent pas de tout le trajet. Yuan était à présent véritablement inquiet pour son rouquin de compagnon, même s'il faisait tous les efforts du monde pour ne pas le montrer. De son côté, Kratos ne laissait aucune émotion transparaître sur son visage. Mais lorsqu'il arriva près d'Iéna Tanor, le jeune garçon ralentit l'allure, redoutant sans doute le moment où il se retrouvait seul. Une fois devant la porte, l'adolescent aux cheveux bleus hésita à repartir, laissant derrière lui Kratos et ses problèmes. Et si une nouvelle crise le reprenait pendant l'après-midi, ou pendant la nuit ? Qui s'occuperait de lui ? Ce n'était pas vraiment comme si Yuan pouvait être d'une grande aide dans un moment pareil, mais au moins il pourrait le soutenir... le rassurer. Être là, quoi ! Et puis... Peut-être qu'il pourrait apprendre quel était ce mal étrange qui semblait dévorer Kratos ! ...Curiosité, quand tu nous tiens...
« Kratos... Tu veux que je reste avec toi ? » Proposa le jeune demi-Elfe à brûle-pourpoint.
Le Tesseha'llan aux cheveux flamboyants hésita. Mais, voyant que Yuan semblait vraiment être inquiet à son sujet, il eut l'air rassuré. Et il sourit. D'un façon certes un peu crispée, mais il sourit tout de même. C'était si rare de le voir sourire deux fois dans une même journée que cela valait la peine de le faire remarquer.
« Merci, Yuan.
-Hn. De rien. »
Les deux garçons se regardèrent, toujours plantés devant la porte de la maison forestière. Yuan avec son arrogance et son assurance habituelles. Kratos avec son indifférence et sa méfiance habituelles. Mais derrière cela, quelque chose d'autre commençait à se dessiner. Ce n'était pas encore de la confiance, mais... qui sait. Peut-être que cela pourrait le devenir.
« Et mince.
-Quoi ?
-J'ai oublié le gâteau chez moi...
-Yuan. Tu es un idiot.
-Eh oh !
-Tu es un idiot. Mais tu es aussi le garçon le plus gentil que je n'ai jamais rencontré.
-...Ah...
-...C'était un compliment.
-Euh... Merci. »
Oui, peut-être que cela pourrait devenir de la confiance... S'ils le voulaient bien.
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Et... Voilà ! Chapitre n°8 : terminé : On avance, on avance !
Yuan : Non, Nat. Recule.
Nat : Ah bon ? Pourquoi ?
Yuan : Parce qu'il y a un gouffre sans fond derrière toi et que si tu tombes dedans, tu ne pourras pas écrire la suite de ce navet, donc je n'aurais plus à me taper la honte pour ton bon plaisir. Voilà pourquoi. Maintenant, recule.
Nat : Cruelle créature.
Hum. Enfin bref, j'espère que ce chapitre ne vous aura pas fait fuir à toutes jambes...
Kratos : Pourtant, il y a de quoi...
Nat : Je ne relèverais même pas.
...Et qu'il vous aura plu au moins un tout petit peu ! A la prochaine !
