Chapitre 9

Une lumière l'aveuglant brusquement, Oliver prit plusieurs secondes avant de comprendre que le soleil avait déjà pointé le bout de son nez. Difficilement, il se redressa, cherchant un quelconque objet pouvant lui indiquer l'heure. Il ne savait pas combien de temps il s'était assoupi, mais quelque soit la réponse elle ne lui conviendrait pas.

Pourtant, il ne put s'empêcher de penser que cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas dormi, et les évènements d'hier avaient sans doute été de trop... Brutalement, son visage s'assombrit.

Les paupières closes, il se visualisait les dernières instants passés avec sa mère. Il se souvenait du regard lourd qu'il avait posé sur elle, la culpabilité qu'il lui avait fait ressentir. Mais malgré tout, c'était sa mère et il l'aimait. Ses mains cachaient son visage, renflouant difficilement les larmes qui voulaient remonter.

Il n'aimait pas se montrer ainsi, en état de faiblesse. C'était cruellement égoïste, mais c'était sa façon d'être. On n'allait pas le changer de sitôt.

Même si, hier, il avait craqué.

Dans ses bras.

Il se rappelait la chaleur réconfortante que lui avait apporté sa partenaire. Oliver pouvait encore se souvenir de son odeur, de ce léger parfum fruité qui lui allait à merveille. Elle l'avait entouré, du mieux qu'elle pouvait, le supportant malgré tout. Elle tremblait, sanglotant avec lui. Le soutenant comme le ferait une vraie amie.

Mais elle était bien plus que cela, Oliver le savait mieux que quiconque. Mais il n'avait jamais osé se l'avouer. Et encore moins l'avouer à la principale intéressée. Il se rappelait alors les mots, très durs, qu'avait prononcé sa mère à l'encontre de Felicity. Et c'est en partie pour cela qu'il ne lui avait pas pardonné. Parce qu'on pouvait bien blâmer n'importe qui, mais pas elle. Pas Felicity. Elle était la seule exempt de tout reproche.

Et pourtant, il lui en avait fait voir des vertes et des pas mûres. Il se maudissait chaque jour pour ça. Mais malgré tout, il n'arrivait pas à faire autrement. Le danger qu'il représentait était immense. Mais surtout, il ne causait que souffrance à son entourage. Oliver a voulu, à maintes reprises, couper les ponts avec Felicity. Encore aujourd'hui, il essayait. En vain. Parce qu'il ne pouvait pas. Jamais il ne pourrait la rayer de sa vie. Il avait tenté, mais sans espoir. Jamais il ne pourrait.

Las de la soirée qu'elle venait de passer, Felicity s'était totalement effondrée sur son canapé. Il devait être dans les cinq heures du matin lorsqu'elle avait atteint son domicile, le soleil ne s'étant pas encore levé. La blonde avait jeté ses chaussures, accroché son manteau et posé son sac sur le sol avant de s'avachir complètement.

Elle avait dû s'assoupir quelques heures, peu suffisantes mais elle s'en accommodait pour l'instant. Sa pendule indiquait 9h20. Elle souffla un bon coup avant de se lever. Elle se dirigea vers la cuisine, se préparant une tasse de café. Attendant son dû, elle scruta la porte de sa chambre, toujours fermée. Elle se demandait quelle tête pouvait avoir Oliver lorsqu'il dormait. Elle se doutait bien qu'il n'aurait pas son visage des bons jours, et elle eut un pincement au cœur en pensant qu'il devait avoir un sommeil agité.

La mort de sa mère avait été un choc pour tout le monde. Les circonstances restaient inconnues, et pourtant, on savait très bien qui était le coupable. Malcom Merlyn. Felicity avait senti la haine bouillir en son fond intérieur, et lorsqu'elle avait débarqué dans la cachette de leur équipe, elle pensait retrouver un Oliver au bord de la crise des nerfs. Voir totalement incontrôlable. Qu'elle ne fut pas sa surprise de retrouver un homme totalement déboussolée.

Le mutisme dont il avait fait preuve l'avait touché, plus qu'elle ne l'aurait imaginé. Car jamais elle ne l'avait vu ainsi. Jamais elle n'aurait pût concevoir une telle réaction de sa part. Alors poussée par un élan inimaginable, elle l'avait prise dans ses bras. Tout s'était passé dans l'instant, son instinct avait prit le dessus. Et Oliver ne l'avait pas rejeté. Il avait même craqué. Dans ses bras à elle. Felicity avait été touché de le voir ainsi, aussi meurtri.

Et pour la première fois, il s'était reposé sur elle. Accordant sa pleine confiance. Se montrant totalement à elle.

Entendant du bruit dans la salle d'à côté, Oliver se releva entièrement du lit et quitta la chambre. Il avait pleinement conscience de l'endroit où il se trouvait actuellement. S'il n'était jamais venu ici, il se souvenait parfaitement de la soirée d'hier. Il ne savait pas combien de temps il avait passé dans les bras délicieusement chaleureux de Felicity, mais il savait qu'elle l'avait emmené chez elle. Il ne lui avait pas adressé la parole de tout le chemin, il ne s'y sentait pas capable. Pourtant, sans un mot, elle avait comprit qu'il la remerciait, et elle l'avait convaincu de prendre sa chambre, prétextant qu'elle devait ressortir. Oliver avait voulu lui dire de rester, de prendre sa place dans le lit. Mais il n'avait pas eu la force de prononcer ces quelques mots.

Lorsqu'il ouvrit la porte de la chambre, il aperçut Felicity, un café à la main, son regard orienté vers son téléphone portable. Elle écrivait un sms, et Oliver se sentit un millième de seconde agacé en essayant de se demander à qui elle pouvait bien écrire. Un certain visage brun à la face arrogante se dessina dans son esprit, mais il chassa bien vite l'idée en sentant le regard de la blonde sur sa personne.

Il la salua timidement. Elle lui rendit son sourire et lui proposa une tasse de café, qu'il ne refusa pas. Il s'orienta vers le canapé et s'y assit, profitant du confort de l'objet. Malgré son apparence, il était agréablement moelleux. Il y démêla une odeur connue, et son cerveau eut vite fait de percuter. Il reconnaîtrait ce parfum fruité entre miles. Felicity vint le rejoindre peu de temps après, portant leurs tasses. Elle le tendit à Oliver qui la remercia. Un silence s'ensuivit, l'un et l'autre ne sachant pas par quoi commencer.

Felicity savait quelle tache lui incombait, Sara venait de le lui faire rappeler par plus tard qu'il y a deux minutes. Pourtant, les mots ne venaient pas. Saurait-elle faire face à la situation ? Comment allait bien pouvoir réagir Oliver ? Elle ne pouvait plus prédire quoi que ce soir. Hier en avait bien été la preuve.

- Tu es allée où hier, après m'avoir quitté ?

Oliver avait décidé de la jouer franc-jeu. Il en avait plus qu'assez d'aller par quatre chemins. Il se devait d'être honnête avec Felicity, au moins sur certains points.

- Je suis retournée au repère.

- Pourquoi ?

- Honnêtement... Je ne sais pas. Je pense que je voulais savoir ce qu'était parti faire Diggle, Roy et Sara.

- Et tu as eu ta réponse ?

Le visage de Felicity se mit à s'assombrir, et Oliver comprit que ce n'était pas bon signe. Au regard du millionnaire, l'informaticienne comprit qu'elle venait de se griller. Il n'était pas idiot. Il avait remarqué que quelque chose n'allait pas.

- Il s'est passé quelque chose ? Roy ? Sara ? Dig ? Quelqu'un est blessé ? Enchaîna Oliver, sans respirer, la peur ayant reprit le pas sur son assurance.

- Non, la bande va bien. Sara a été touché mais rien de grave...

- Qu'y a t-il alors ? Felicity, tu sais que tu peux tout me dire...

- Je sais, mais c'est pas facile... Après hier, je... J'ai peur de ta réaction, conclut Felicity, dont les yeux s'étaient embués de larmes.

Dans un geste non prémédité, Oliver la prit dans ses bras. Sa main posé à l'arrière de son crane, il dirigea le visage de la blonde sur son pectoraux, et elle pu percevoir les battements de cœur de l'homme qu'elle aimait. Ils étaient rapides, sans doute bien trop rapide, et elle se mit à rougir inconsciemment en concevant qu'elle en était peut être la cause.

- Malgré tout ce qui s'était passé entre nous, j'aimais ma mère. Je l'aimais profondément, même si au fond, je lui en ais toujours voulu. Pas parce qu'elle avait soutenu Malcom dans son plan diabolique. Pas parce qu'elle n'avait pas réussi à lui faire face. Bien sûr, ces raisons sont totalement répréhensibles. Mais j'avais réussi à lui pardonner cela, parce qu'au fond elle n'avait pas vraiment eu le choix. Non. Ce que je lui ai toujours reproché, c'est de t'avoir fait du mal. D'avoir usé de ta gentillesse pour faire pression sur moi. D'avoir voulu rompre les liens qui nous unissait. D'avoir voulu t'éloigner de moi, alors que c'est bien la dernière chose que je souhaite. Parce que je tiens à toi, bien plus qu'à quinconce, susurra Oliver à l'oreille de la blonde, sa voix s'étant brisée sur ces dernières paroles.

Elle se détacha d'Oliver, rompant le contact avec l'homme qui la regardait, ébahi. Les mots qu'il venait de prononcer l'avait mise dans tout ses états. Son visage était entièrement rouge, la chaleur émanant de ses joues n'avaient rien a envier à un hammam. De timides larmes coulaient sur ses pommettes sans qu'elle ne puisse les contrôler. Oliver les supprimait, d'une attention délicate qui contrastait tant avec l'image qu'il donnait de lui. Mais elle savait qui il était vraiment. Elle savait à quel point il était intentionné. Et elle savait à quel point il venait d'être honnête avec elle, car Oliver n'était pas le genre d'homme à ouvrir de telle façon son cœur. Alors elle devait dire la vérité, elle aussi. C'était la moindre des choses.

- Oliver, après ce que je vais te dire, plus rien ne sera pareil. Je ne sais pas comment tu vas réagir, et au fond je n'ai pas envie de le savoir. Pourtant il faut absolument que je te le dise, car cela te concerne et au plus haut point... Thea... Ta sœur... Elle est complice avec Malcom Merlyn.

- Quoi ?! S'écria brutalement Oliver, faisant légèrement sursauter l'informaticienne qui faillit perdre le fil.

- Laisse moi finir, je t'en pris. Je ne dis pas ça à la légère. Roy a aperçu Thea, hier, s'entretenir avec Malcom. Et selon les mots de Sara, Roy lui a affirmé que ce n'était pas la première fois. Alors après les évènements d'hier soir, Sara, Roy et Diggle se sont concertés et ont décidé de se rendre chez toi. C'est Sara qui en a eu l'idée. Elle pensait pouvoir les trouver dans le manoir des Queen. Elle a eu raison. Enfin, en parti...

- Comment ça ? Osa demander Oliver, voyant que Felicity peinait à continuer sa tirade.

- Je sais que tu vois quelqu'un, Oliver. N'essaye pas de le nier, je t'ai vu avec elle. Avec cette Sandra. Ne soit pas surpris, je ne lui avais pas parlé avant hier... Parce que c'est elle, que l'on a retrouvé chez toi. Seule.

Oliver allait la questionner, avant de comprendre ce que ces mots signifiaient. Malcom n'avait pas seulement décidé de s'en prendre à sa mère. Il avait décidé de s'en prendre à toute sa famille. Mais alors comment Thea s'était-elle retrouvée dans l'équation ?

- Thea est de mèche, continua Felicity, comme si elle venait de lire dans les pensées de son vis-à-vis. En revenant au Verdant, après avoir écouté l'histoire de Sara, j'ai piraté les caméras de surveillances de toute la ville. Ca m'a prit du temps, et finalement, j'ai réussi à trouver des images où l'on voyait ta sœur. Au côté de Malcom.

La visage blême d'Oliver ne surprit guère Felicity. Il avait perdu ses mots. Littéralement.

Alors qu'il avait toujours oeuvré au confort de sa sœur, voilà qu'il apprenait qu'elle l'avait trahi. Et de la pire des manières. Son esprit se perdit dans des méandres jusque là insoupçonné. Et si Thea avait participé à la mort de sa mère ? Cela paraissait logique. Elle n'avait donné sa position qu'à deux personnes. Mais cela n'était qu'une hypothèse. Malcom était malin, il avait très pu agir seul. Comment Thea avait-elle prit le chemin de se rallier à lui ? Comment ce rapprochement s'était fait ? Pour quels raisons ? Tant de questions qui restaient sans réponses, et tant d'interrogations qui engouffrait de plus en plus Oliver.

Etait-il destiné à vivre une vie de souffrance infinie ? Etait-il destiné à sans cesse aller d'échec en échec ? D'abord la mort de sa mère, ensuite le kidnapping de son fils, maintenant la trahison de Thea. Et inconsciemment, il se souvint de Tommy. Et de Laurel. Ces morts aussi, il les avaient sur la conscience. Qu'allait-il pouvoir bien faire ? A quoi bon encore lutter si c'était pour aggraver la situation ?

Soudain, il sentit une main se poser sur la sienne, de manière subtile, toute en douceur. Ce contact le sortit de son état, et il releva le visage vers Felicity. Elle essayait péniblement de le consoler, il s'en doutait. Pourtant, les gouttes qui ruisselaient sur son visage contrastait avec ses intentions.

La voila, sa raison de vivre. Il l'avait en face de lui. Il devait continuer à se battre, pas seulement pour les autres. Pour elle. Tout était pour elle. Tout convergeait vers elle. Les pertes, les déceptions, les trahisons. Tous lui pourrissait son existence. Et pourtant, elle seule restait.Toujours.

De façon hésitante, il posa sa main droite, encore libre, sur sa joue. Il caressa délicatement les pores de son visage, augmentant doucement la chaleur corporelle de son acolyte qui s'était figée. L'entreprise séduisante d'Oliver intimidait la blonde, qui s'était solidifiée sur place. Cela fit sourire l'ancien millionnaire, et sortit timidement Felicity de son cocon. Elle entremêla les doigts de sa main à celle d'Oliver, geste qui encouragea l'homme à continuer.

L'atmosphère avait changé entre eux deux. Felicity le sentait. Elle avait devant lui un homme métamorphosé. Il n'était plus seulement impulsif. Il était sûr de lui, sûr de ses mouvements. Ce qu'il faisait, il y avait mûrement réfléchit. Il la désirait, plus que tout. Parce qu'il l'aimait. Et dorénavant, il ne voulait plus s'y cacher. Et sa pensée s'ensuivit du geste. Il prit goût à ses lèvres, une nouvelle fois, jouant avec la dextérité de sa langue. Il redécouvrit avec joie la douceur de ses cheveux, s'amusant à les démêler délicatement.

Il se remémorait leur baiser, échangé dans un excès de colère, de jalousie et de pulsion refoulée. En cet instant, tout était voulu, rien n'était dû au hasard. Il avait prit ses lèvres pour siennes car il passait un cap. Parce qu'il était sûr de son choix. Quoi qu'il fasse, tous les chemins menaient à Felicity, à ce moment partagé avec elle. Il l'aimait, à en mourir.

Et sans commune mesure, il lui susurra à l'oreille des mots qu'elle attendait depuis bien trop longtemps. La joie, les larmes, l'émotion prirent le dessus. Et le sourire le plus radieux qu'elle ait jamais vu de sa vie se dessina sur le visage d'Oliver. Parce que malgré la peine, il y avait toujours de l'espoir. Et celui ci avait comme figure l'amour.

Comme une boucle qui se répète, Oliver fut réveillé par une lumière aveuglante, le soleil étant bien ancré dans le ciel. Il bougea machinalement ses bras, s'étirant sans trop forcer. Un sentiment de bien être le submergea. Les battements réguliers de son cœur faisait soulever le visage apaisant et apaisé de Felicity.

S'il y avait bien une chose qu'il ne regrettait pas, c'était celle là. Trop longtemps il avait feinté, trop longtemps il avait retardé l'échéance. Mais il fallait se rendre à l'évidence : il l'aimait et c'est là tout ce qui comptait. Bien sûr, le malheur qui venait de le frapper avait rendu l'impossible possible, l'avait poussé à agir ainsi. Dans un contexte différent, il n'aurait sûrement pas oser la séduire ainsi, la pousser à l'extrême. Il n'aurait pas craqué. Mais il ne regrettait pas. Pas le moins du monde. Parce qu'il en rêvait depuis plusieurs mois. Et même les bras réconfortants de Sandra ne pouvait rien y changer.

Subitement, la réalité le frappa et son regard se voila. Il devait impérativement faire quelque chose pour elle. Bien sûr, les quelques mois passées en sa compagnie avait été charmant, mais ce qu'il ressentait pour elle n'était en rien comparable à ce qu'il ressentait pour son informaticienne. C'était cruel, mais vrai. Pourtant, rien ne changeait au fait qu'Anthony était son fils et qu'il devait tout faire pour le sauver. Même si le garçon ne le tenait pas dans son cœur, l'ignorant aux rares occasions où ils avaient été mis en contact. Rien ne changeait au fait qu'il était la chair de sa chair, le sang de son sang, et qu'il devait agir au plus vite. Il fallait le retrouver, le tirer des griffes de ce sale Merlyn et l'éliminer une bonne fois pour toute. Il s'était juré de ne plus tuer, pourtant, il savait que cet homme ne s'arrêterait pas tant qu'il lui restera un souffle de vie.

A son visage se superposa celui de sa sœur. Sa Speedy. Comment avait-elle pu tourner ainsi ? Pourquoi ? Automatiquement, son sang bouillonna. Malcom avait dû lui bourrer le crâne, il ne voyait pas d'autres raisons.

Sentant sûrement les battements irréguliers de son homme, Felicity sortit difficilement de son sommeil et jeta son attention sur Oliver. Le visage crispé, il ne remarqua pas de suite le regard qui se faisait de plus en plus insistant de la part de la blonde. Et lorsqu'il comprit soudain qu'il était observé, un faible sourire prit place sur son visage. Elle savait que le rêve était fini et que le monde réel les attendait.