9

Lentement, Stiles s'éveilla en clignant des yeux. Quelque chose n'allait pas. Quelque chose manquait. Lorsqu'il réalisa qu'il s'agissait du chant matinal de son fils, il se redressa vivement, l'esprit encore brumeux de son sommeil, mais en baissant les yeux il vit le petit Wyatt, toujours endormi, roulé en boule sous la couverture. Il soupira, rassuré, puis regarda autour de lui. Oui, l'arrière de la Toyota. Un frisson le parcourut des pieds à la tête et il soupira avant de se frotter les paupières. Un bref instant, il avait espéré que toute cette histoire ne soit qu'un rêve. Un grommellement lui fit relever la tête et il vit Derek, dormant toujours, allongé en travers des deux sièges avant. Il avait espéré que lui aussi serait un rêve.

Soupirant encore, Stiles regarda par l'une des vitres de la voiture. La Willard Bay s'étendait sur sa gauche, plus grande qu'il ne l'avait cru en l'apercevant dans la nuit ; à sa droite, c'était un désert de roches et de broussailles grises et brunes, typique de l'Utah. Il frissonna lorsqu'il réalisa que c'était la première fois qu'il mettait les pieds hors de la Californie. Et si tout se passait bien, il entrerait au Canada. Une réflexion des plus pratiques lui vint alors lorsqu'il se demanda comment il ferait pour quitter le pays sans son passeport.

Un nouveau grognement le surprit et il fronça les sourcils. Derek, encore endormi, tourna son visage vers lui en poussant un soupir grave, mais ne se réveilla pas. Curieux, comme de coutume, Stiles s'approcha de lui en veillant à ne pas le réveiller, ni son fils. Puis il étudia son visage, mangé de moitié par une barbe de trois jours déjà sombre. Il pencha la tête sur le côté, scrutant ses traits. C'était étonnant de voir à quel point ils étaient harmonieux. Son menton était un peu proéminent, mais ça passait inaperçu grâce à ses lèvres à la fois charnues et galbées. Quant au reste du visage, il n'y avait rien à dire. Son nez aurait pu être trop fin à sa base sans ses pommettes hautes, pas trop saillantes. Même l'écart entre ses deux yeux correspondait parfaitement à la forme et la taille générale de son visage, ni trop rond ni trop carré.

Sans pouvoir s'en empêcher, Stiles regarda son fils, qui dormait toujours lui aussi. Son petit pouce enfoncé dans sa bouche entrouverte l'empêchait de voir tout son visage, mais il était évident que c'était un Hale. Il fronça les sourcils lorsqu'il comprit. Non, Wyatt n'était pas un Hale. Il ne ressemblait pas à Peter et ses traits trop carrés, taillés à la serpe. Wyatt était le fils de Derek. Stiles fronça les sourcils puis pencha légèrement la tête, examinant le petit plus attentivement. A part peut-être pour le nez. Inconsciemment, il toucha son propre nez, tentant d'en deviner la forme exact. Ce nez était à lui. Et tous les grains de beauté aussi. Wyatt n'était pas un Hale, c'était son fils et celui de Derek. La colère le crispa et, les dents serrées, il fixa de nouveau le loup toujours endormi. Oh non, Wyatt était son fils, à lui et à lui seul.

De nouveau, Derek grogna, comme s'il l'avait entendu penser. Même dans son sommeil il fronçait les sourcils. Avec une moue moqueuse Stiles fit danser ses lèvres d'un côté puis de l'autre, et tendit le visage, toujours dans son inspection de celui du loup. Il était beau, il fut forcé de le reconnaitre. Et ses bras croisés sur sa poitrine faisaient ressortir ses pectoraux, saillants sous son tee-shirt, entre les pans ouverts de son blouson en cuir.

- Ça devrait être interdit d'être aussi sexy, soupira Stiles en se grattant l'arrière de la tête.

Le souvenir lui revint alors, si brusquement qu'il en eut le souffle coupé. Il avait déjà vu le torse de Derek nu. La nuit de la fête d'anniversaire de Lydia. Quand il l'avait attrapé pour le plaquer sur le lit.

Stiles sentit son corps frémir et il le maudit. Il s'était efforcé, jusqu'ici, depuis que Derek était revenu dans sa vie, de ne pas se souvenir de cette nuit où ils avaient couché ensemble, mais c'était dur. Car, en réalité, ça ne l'avait jamais quitté. Contrairement à ce qu'il avait tenté de faire croire à son père et à Scott, contrairement à ce qu'il s'était répété durant ces dernières années, il se souvenait de tout. Petit à petit, les jours passant après cet événement, les souvenirs lui étaient revenus une fois le brouillard de l'alcool dissipé. Il se souvenait du corps brûlant de Derek, de son désir, de ses yeux incroyables, et de sa détresse.

Serrant de nouveau les dents, jusqu'à s'en faire mal, Stiles se détourna enfin du loup endormi, maudissant le désir qu'il sentait grandir en lui. Pourquoi un mâle tel que lui, un étalon qui plus est, aussi sexy, beau comme une statue grecque, et qui pouvait sans doute avoir toutes les femelles qu'il voulait, s'était-il jeté sur lui de cette façon ? Il s'était posé cette question de nombreuses fois depuis cette nuit-là. Il connaissait assez bien le monde dans lequel il vivait pour savoir qu'il représentait le plus bas de l'échelle des races de Canidé. Il n'était même pas une race, il était plus bâtard que le plus bâtard de tous. Tant de sang et de race se mêlaient en lui que rien, dans sa forme originelle, ne permettait d'en déceler une plus que l'autre. Pourquoi Derek s'était-il jeté sur lui comme ça ? Comment avait-il pu être aussi excité, jusqu'à lui faire un enfant ? Un temps, il s'était simplement dit que Derek, excité par Allison et frustrée de la voir lui échapper, s'était vengé sur lui. Mais ensuite, par Mélissa, la mère de Scott, il avait appris que, si les croisements entre Canidé et Félidé étaient impossibles, c'était uniquement dû à une question d'hormone. Peu importe la force des effluves, il était impossible pour ces deux races de s'exciter mutuellement tant leurs odeurs différaient. Voilà pourquoi les choses n'avaient pas vraiment marchées entre Scott et Allison. Félidé et Canidé étaient incompatibles.

La question revint donc : pourquoi Derek s'était-il jeté sur lui comme un prédateur sur sa proie ? Il était Canidé certes mais … dans un grognement agacé, Stiles secoua la tête pour tenter de faire partir toutes ces questions de son esprit. Il tangua alors, et son pied tapa contre la paroi de la Toyota. Grimaçant et sifflant entre ses dents, Stiles se figea. Court silence, puis un couinement. Wyatt bougea sous sa couverture, retira le pouce de sa bouche, et ouvrit des petits yeux bouffis et ensommeillés, puis bâilla à s'en décrocher la mâchoire. De minuscules crocs apparaissaient à la place de ses incisives.

- Oh pardon bébé, chuchota Stiles en se penchant sur lui.

Voyant son père, Wyatt couina de bonheur ; ses petites oreilles noires apparurent sur le haut de sa tête, au milieu de ses cheveux en bataille, puis il roula sur le dos, son nez remplacé par une truffe humide et, les mains de chaque côté de la tête, se mit à couiner de plus en plus fort. Souriant, Stiles se mit à lui gratouiller la poitrine, comme il le faisait parfois lorsqu'il le réveillait de la sieste de l'après-midi et, immédiatement, Wyatt tenta de lui mordiller la main, les yeux ronds, tout excité. Puis il jappa.

Un bref aboiement grave lui répondit, suivit d'un grognement de poitrine. Surpris, Stiles se retourna. Derek montrait les crocs. Dans son sommeil, il avait entendu les couinements de Wyatt, et y répondait. Amusé malgré lui, Stiles pouffa de rire.

- Chanloup ? questionna Wyatt.

Stiles le fixa de nouveau, souriant. Parfois, souvent même, il ne comprenait pas ce que disait son fils. Alors il demanda :

- Quoi ?

- Chanloup ! claironna Wyatt en pointant un doigt sur Derek.

Son père déglutit, ayant peur de comprendre. Puis il regarda Derek de nouveau, qui était retombé dans le silence, les crocs toujours visibles sur ses lèvres retroussées. Wyatt, tout foufou, comme chaque fois qu'il sortait du sommeil, se remit à couiner et à gigoter. Un morceau de la couverture lui tomba alors sur le visage et il commença à la mordiller. De nouveau, Derek gronda.

- Chanloup ! s'écria Wyatt, tout content de ce jeu inconscient qui s'installait entre lui et son géniteur.

Stiles se souvint alors de ce qu'il avait dit hier à son fils : « Ça c'est ce qu'on appelle un grand méchant loup. » et des efforts du petit pour répéter grand méchant loup. Chanloup, c'était le surnom qu'il avait donné à Derek.

- Oh mon Dieu, souffla Stiles les yeux écarquillés.

Il reporta son attention sur son fils, les mains levées par la stupéfaction et la peur, comme s'il voulait repousser quelque chose.

- Oh c'est pas vrai ! dit-il en se mettant à battre des mains. C'est pas vrai !

Wyatt, voyant les mains de son père bouger au-dessus de lui, rit, aboya, et tenta de les attraper, ses petites menottes battant vivement l'air.

- Chut ! tenta Stiles en essayant de l'arrêter. Chut arrête ! Faut pas dire ça Wyatt d'accord ? Faut pas !

Croyant que son père voulait jouer, Wyatt attrapa l'une de ses mains avec les deux siennes et mordilla ses doigts, comme l'aurait fait un chaton. Et Stiles paniquait. Si Derek venait à entendre ce surnom, il n'était pas sûr de sa réaction. Joueur, voyant que son père ne bougeait plus, Wyatt aboya de nouveau pour se faire remarquer. Sauf que cette fois, ça réveilla Derek, qui gronda et se redressa.

Stiles fit volte-face, la bouche entrouverte et les sourcils relevés jusqu'au milieu du front. Derek grogna, cligna deux ou trois fois des paupières, éblouis par la lumière matinale qui entrait dans le véhicule, puis prit une grande inspiration, le nez retroussé comme s'il sentait une odeur trop forte. Ses yeux, ce matin, était d'un vert profond, couleur de la forêt. Ils se plantèrent dans ceux de Stiles, toujours écarquillés.

Tous deux se figèrent en se regardant. Wyatt couina encore, jouant avec la main de son père. Finalement, ce fut Derek qui demanda, l'air déjà agacé :

- Quoi ?

- Euh rien, répondit vivement Stiles en secouant énergiquement la tête avant de se figer, rien, rien du tout. Rien.

Derek fronça les sourcils. Et ça lui allait bien. Loin d'assombrir son regard, ça faisait ressortir l'incroyable couleur de ses yeux, qui virait déjà au gris-bleu.

- Ah ! s'écria alors Wyatt, heureux comme un pape. Ah ! Ah !

Stiles se tourna vers son fils. Evidemment, le petit avait vu que Derek s'était réveillé alors il gigota de plus belle, ouvrit la bouche, et dit :

- Ah ! Chan !

Mais Stiles, vif comme l'éclair, rabattit la couverture sur la tête du louveteau, rendant la fin du mot inintelligible. Avec un sourire un peu crispé, il glissa un regard à Derek, qui continuait de le fixer, les sourcils froncés et les mâchoires serrées.

- Hé hé, rigola Stiles alors que son fils éclatait de rire. Il, il est comme ça ! Toujours un peu foufou au réveil, tu sais … voilà quoi !

Il se tut, prit une grande inspiration, ferma la bouche et leva les yeux au plafond. Puis il pencha la tête sur le côté, fit une moue qui tendit ses lèvres en avant, avant de les rouvrir dans un claquement de langue, et de soupirer. Il regarda Derek à nouveau. Passa sa langue sur sa lèvre inférieure. Le loup se crispa, l'air en colère. Alors il esquiva son regard et tenta de calmer son fils, qui jouait de plus belle avec sa couverture, y perçant déjà des trous avec ses petits crocs.

Mais Derek n'était pas en colère pour ce que Stiles croyait. Ce que Wyatt avait failli dire lui avait complètement échappé. Il était agacé par l'excitation qui naissait déjà en lui alors qu'il était à peine réveillé, et qu'il avait suffi d'un mouvement des lèvres de la part de Stiles pour le mettre dans cet état. Il avait suffi d'une nuit dans un habitacle fermé pour que son odeur s'imprègne partout, assaillant ses narines alors qu'il était tout juste éveillé. Dans un grondement de douleur, Derek déplia ses jambes, raidies par toute une nuit passée dans la même position et, sans adresser un seul regard à Stiles et Wyatt, descendit du véhicule.

La portière se referma un peu sèchement derrière lui. Stiles jeta alors un coup d'œil derrière son épaule pour être sûr que le loup était bien sorti, puis il soupira et, agenouillé, baissa la tête.

- Quel caractère de con, dit-il aussi bas que possible.

- Con ! lança alors Wyatt avec joie.

Stiles soupira de nouveau puis se frotta le visage et regarda son fils jouer innocemment avec sa couverture, encore tout ébouriffé de sa nuit. En à peine quelques secondes, un sourire attendri se dessina sur ses lèvres.

- Tu peux régresser ? demanda-t-il alors au petit. Jusqu'à cette époque où tu ne faisais que manger, boire, dormir et faire dans ta couche ? Parce que là, à répéter tout ce que je dis, il va m'arriver des bricoles.

- Apa a ton c'est à pi di qui yè ? répliqua Wyatt avant d'éclater de rire et de rouler sous la couverture.

- Euh … ouais. J'ai rien compris.

Dehors, Derek prit une grande inspiration, se gorgeant de l'odeur humide et terreuse, froide, de la Willard Bay. Mais la fragrance de Stiles était tenace. Il grogna, s'éloigna un peu de la voiture pour uriner tranquillement, appréciant de déplier ses jambes et son dos, puis revint vers le véhicule. D'après l'heure qu'il avait vue affichée sur le tableau de bord avant de sortir, il était un peu plus de huit heures. Ils allaient devoir reprendre la route rapidement s'ils voulaient tenir la cadence des dix heures de route par jour.

Il ouvrit le coffre vivement et grogna lorsqu'une bouffée de l'odeur de Stiles lui parvint violemment. Puis, les dents serrées, il fourragea parmi toutes les affaires et les denrées qui s'entassaient dans le coffre, à la recherche du réchaud à gaz et des dosettes de café.

- Tu me passes les couches et les lingettes ? lui demanda Stiles depuis l'intérieur de la voiture.

Sans rien répondre, incapable de se décrisper, Derek s'empara des deux paquets demandés et les balança à l'intérieur. Un petit cri de surprise et de douleur, suivit d'un juron étouffé et d'un éclat de rire enfantin, lui indiqua que son colis était bien réceptionné et il sourit, moqueur.

- Aïeuh ! geignit Stiles derrière le rire de son fils.

Le changer lui prit une vingtaine de minutes tant l'enfant gigotait, pressé de sortir du véhicule. Finalement, ils s'en extirpèrent tous deux, sous les yeux de Derek qui, accroupit, se préparait un café. Stiles s'étira sous son regard, levant les bras au ciel en grognant, habillé du pantalon, du sweat et du blouson qu'il lui avait acheté la veille. Sitôt dehors, Wyatt se mit à courir en criant de joie, allant et venant entre son père et Derek en riant. Le loup sourit face à la joie innocente de l'enfant.

- Hey Wyatt regarde ! lança Stiles en agitant devant son fils une boule de tissu, manifestement son pantalon de pyjama qu'il avait noué autant que possible.

Le louveteau se mit à sautiller, intenable, jusqu'à ce que son père jette ce nouveau jouet, comme il l'aurait fait d'un ballon. Le petit se rua derrière en jappant bruyamment, puis tomba dessus et roula. Stiles rit.

- Bien joué mon fils ! s'écria-t-il vivement. Allez ramène, que je te le relance.

Mais Wyatt ne l'écoutait pas, tout heureux de jouer avec ce ballon improvisé. Il tenta même un coup de pied dedans, qu'il loupa largement, faisant rire son père de nouveau. Derek sourit, mais c'était un sourire amer. Parce qu'il n'était que spectateur de cette scène. Il n'y avait pas sa place. Stiles jouait avec son fils, sans se soucier de lui.

La réalité lui fit grincer des dents. Il tentait de sauver une petite famille à laquelle il n'appartenait pas. Pour Stiles, il n'était pas le père de Wyatt. Il était juste cet homme qui, quatre ans plus tôt, l'avait violé.

- Donne, rigola Stiles en tirant sur le ballon de tissu, que son fils refusait de lâcher. Donne Wyatt ! Allez bonhomme, j'vais pas te lancer avec !

Finalement, dans un cri excité, Wyatt lâcha le pantalon roulé en boule et, anticipant, l'envoie, se mit à courir. Son père tituba de deux pas en arrière, puis reprit l'équilibre et lança une nouvelle fois. Evidemment, il ne lançait ni trop loin ni trop fort, en sachant que d'un côté se trouvait la route, et de l'autre l'immense Willard Bay. Le louveteau tomba de nouveau sur son jouet, puis tenta un autre coup de pied dedans, qu'il loupa.

- Nan décidément, rigola Stiles, tu ne deviendras pas un footballeur mon fils.

- Ballon Apa ! répliqua l'enfant d'une voix aigüe. Ballon !

- Ouais t'as vu ça le super ballon que je t'ai fait ! Allez ramène-le, je vais le lancer.

Mais Wyatt l'ignora encore. Derek, lorsque de la fumée commença à monter au-dessus de l'eau dans la petite casserole, arrêta le réchaud et versa l'eau chaude dans deux gobelets en plastique, avant d'y verser une dosette de café dans chacun. Il se redressa, s'approcha de Stiles sans faire de bruit, et dit :

- On n'a pas de temps à perdre.

Stiles sursauta et s'éloigna de lui d'un pas en poussant un cri.

- C'est pas vrai ! lança-t-il vivement. Tu m'as foutu la trouille !

Sans s'excuser, les dents serrées, Derek lui tendit un gobelet, que Stiles regarda d'un œil sceptique, l'air de croire qu'un requin pouvait en surgir à tout moment pour le gober tout rond. Puis il releva les yeux sur le loup, un sourcil arqué.

- C'est pour moi ? demanda-t-il prudemment.

- Nan, répondit Derek d'un ton venimeux, c'est pour l'autre gars qui attend dans la voiture.

Le visage de Stiles se fendit d'un immense sourire alors qu'il haussait les sourcils de surprise, et il dit :

- Ma parole mais c'est que tu sais faire de l'humour !

Derek le fusilla du regard.

- Un petit test ! reprit Stiles avec énergie. Une devinette pour toi, voir si tu la trouve drôle : qu'est-ce qui est grincheux, n'a aucun sens de l'humour ni de conversation, et fronce toujours les sourcils ?

Ecartant les bras comme pour serrer la réponse contre lui, Stiles serrait fermement les lèvres pour se retenir de rire.

- Je te donne un petit indice, reprit-il sans se départir de son énorme sourire, son prénom commence par un D ! Allez, j'suis sûr que tu le connais !

Ombrageux, Derek balança le contenu de l'un des gobelets par terre, et s'en retourna près du réchaud pour boire son café, ravi de sa petite vengeance. Stiles fixa la petite flaque de café au sol, l'air un peu idiot.

- Ah ouais, dommage pour le café, dit-il en se grattant l'arrière de la tête, avant de crier en direction du loup : mais j'avais raison ! Grincheux et aucun sens de l'humour !

S'il avait entendu, Derek n'en montra rien, continuant de boire le contenu de son gobelet en lui tournant le dos. Wyatt revint vers son père au même moment, son ballon-pantalon dans les bras, et lui demanda :

- Gâteau Apa ?

- Nan pas de gâteau, répondit Stiles dans un sourire, mais hey ! on a des pains au chocolat !

Pour communiquer de la joie à son fils, il leva les bras au ciel en souriant. Evidemment, Wyatt l'imita en criant de bonheur, laissant échapper le pantalon roulé en boule, qui tomba directement dans la flaque de café. Les yeux écarquillés, Stiles se figea, les bras toujours en l'air, alors que son fils courait vers la voiture, visant le coffre, devinant que les viennoiseries se trouvaient à l'intérieur.

- J'suis maudit, soupira Stiles.

Derek, dont l'humeur s'était assombrie suite à la mauvaise blague de son compagnon de route, hâta le départ. A peine Wyatt prit-il son petit déjeuner, qu'ils reprirent la route.

...

- Pourquoi j'ai l'impression qu'on file droit dans un piège, Shérif ?

Jordan Parrish sortit de la voiture de son supérieur en refermant le col de sa veste, surpris par le vent froid. Le temps rafraichissait nettement, même dans cette région, à l'approche du mois de décembre. Stilinski sortit à son tour, et lui répondit :

- Sans doute parce que c'en est un. Mais si on suppose que ça n'en est pas un, c'est la seule piste que j'ai pour retrouver Stiles et Wyatt. Mis à part la famille Argent, personne ne semble vouloir m'aider à les retrouver.

Son adjoint lui adressa un regard pour le moins surprit et blessé.

- Sauf vous Parrish, se reprit Stilinski. Personne ne nous a suivi vous êtes sûr ?

- Aussi sûr qu'on peut l'être dans une circonstance comme celle-là, répondit l'autre en le suivant.

- C'était pas drôle.

Ils remontèrent ensemble la petite allée qui menait à la porte de la maison, qui s'ouvrit à peine furent-ils arrivés sous le porche. Une femme d'une quarantaine d'année, encore très belle, aux cours cheveux roux et aux yeux bleus de glace, se tenait devant eux. Elle était habillée avec goût mais strictement, et de discrètes petites boucle d'oreille en perle rehaussaient son visage aux traits carrés. Lorsqu'elle les reconnut, elle sourit.

- Shérif, dit-elle d'une voix sûre. Nous vous attendions.

- John, madame, répliqua Stilinski en tendant la main. Appelez-moi John.

- Bien.

Elle lui serra fermement la main, un peu raide, puis sourit et fit de même avec Parrish lorsque ce-dernier se présenta à son tour. La porte refermée, elle les conduisit dans un petit salon parfaitement meublé et propre. Maison et vêtements petit bourgeois, famille aisée. Les deux hommes ne s'étaient pas attendus à moins. Après tout, ils connaissaient l'historique de cette famille de Félidé, l'une des plus pures et des plus anciennes du pays. Ce qui les étonnait, en revanche, c'était leur grief contre le CRED.

Un homme entra dans le salon au même moment qu'eux, suivit d'Allison. Immédiatement, Stilinski devina qu'il s'agissait de son père, aussi tendit-il sa main avec sincérité.

- Monsieur Argent, dit-il, une boule d'émotion dans la gorge.

- Je vous en prie, appelez-moi Christopher, sourit son interlocuteur en lui faisant une franche et amicale poignée de main. Désolé de ne pas vous avoir reçu hier.

- Je vous en prie asseyez-vous, sourit la femme qui leur avait ouvert la porte d'entrée, et qu'ils devinèrent être son épouse.

Une fois qu'ils se furent tous installés, avec entre eux une belle table basse en verre, Allison prit la parole.

- Je suis désolée Shérif, dit-elle avec inquiétude. Je sais que vous vouliez garder le secret sur vos recherches à propos de la famille Hale, mais j'étais trop inquiète pour Stiles.

- Ne t'inquiète pas, sourit Stilinski avec calme, ça n'est pas grave. De toute façon on m'a retiré ma plaque et forcé à rester dans la ville, alors un peu d'aide est la bienvenue.

Rassurée, la jeune femme lui sourit, se triturant les mains. Assit à ses côtés, son père lui fit un sourire rassurant puis tourna le visage vers ses invités et attaqua le sujet sans préambule.

- Malheureusement, je dois vous dire qu'Allison a de bonnes raisons d'être inquiète, déclara-t-il gravement. Elle s'est infiltrée au CRED sous couverture pour nous aider à mieux comprendre leur façon de travailler, et depuis qu'elle y est nous avons découvert beaucoup de chose.

- Ça a l'air sérieux, dit Parrish en s'accoudant à ses genoux, mais je croyais que nous attendions d'autres membres de votre famille.

Il regarda autour d'eux, l'air curieux. Christopher lui sourit.

- Allison vit à San Diego depuis qu'elle travaille là-bas, dit-il non sans une certaine fierté dans la voix. Et pour ne pas qu'elle soit seule au cas où il se passe quelque chose, ma femme y vit aussi. Hier j'étais seul ici. Elles ne sont arrivées que ce matin.

Stilinski fronça les sourcils, attentif. Si Christopher Argent prenait la peine de mettre sa fille unique et sa femme en danger, c'est que la situation était plus sérieuse que ce qu'il avait cru d'abord.

- Pourquoi en voulez-vous au CRED ? demanda-t-il gravement.

Christopher le tempéra d'un signe calme de la main et d'un sourire.

- Parlons d'abord des risques que courre votre fils, John, dit-il en le fixant de ses yeux bleu-vert. Vous comprendrez très vite vous-même pourquoi je cherche à démanteler cette organisation. Avez-vous toujours le mail que ma fille vous a envoyé avec les informations que vous lui aviez demandé ?

- Euh, répondit Stilinski en se mettant à fouiller frénétiquement dans la poche de sa veste, oui. Attendez … oui. Le voilà.

Son interlocuteur tendit la main, réclamant le téléphone. Dès qu'il l'eut pris, il lut à voix haute :

- Ici. Enfants engendrés neuf. Enfants vivants zéro. Savez-vous ce que ça signifie ?

Stilinski garda le silence, surpris. En réalité, la seule information qui l'avait intéressé sur cette fiche d'identité, c'était le nom de celui qui avait pratiquement violé son fils, ainsi que les villes résidentielles. Et sa photo, bien sûr. Une photo qu'il avait regardée presque toute la nuit, la rage au ventre.

- Non, répondit-il finalement lorsqu'il vit que le père et la fille face à lui attendaient une réponse.

- Ça signifie simplement que ces neufs enfants ont été tués, déclara alors Christopher d'une voix rauque.

Stilinski et Parrish clignèrent des yeux, surpris. Le plus âgé sentit le mince espoir qui le tenait depuis la veille s'envoler brusquement.

- Attendez vous vous moquez de moi ! s'écria-t-il avec colère. Vous me faites perdre mon temps parce que vous êtes un de ces bornés qui lutte contre l'avortement ?!

Son adjoint, les sourcils froncés, semblait aussi remonté que lui.

- Non vous ne comprenez pas ! répliqua Allison, prenant même son père de court. Ces enfants ont véritablement été tués !

Les deux hommes gardèrent le silence, mais ils étaient crispés. La jeune femme reprit courageusement :

- Ce que le CRED veut, ce que les alphas veulent, ce sont des pures races. Hors tant que l'enfant n'est pas né, il est impossible de voir à quoi ressemblera sa forme originelle, ni même ce que son aura dégagera de puissance, pas même avec des prélèvements. Alors ils … ils attendent leur naissance et si … si l'enfant ne leur convient pas ils …

Elle se tut, les yeux embués de larmes. Stilinski, les yeux écarquillés, retint son souffle. Son sang était devenu de la glace dans ses veines.

- Ce sont des infanticides, souffla son adjoint à ses côtés, blême d'horreur. Ils tuent les nouveau-nés qui ne leur conviennent pas ?

- C'est ça, confirma Christopher tout en passant une main rassurante dans le dos de sa fille. Si l'enfant n'est pas conforme à leurs attentes, ils s'en débarrassent. Au début, ça ne se passait pas comme ça. Les enfants étaient placés à l'adoption ou, dans le pire des cas, abandonnés. Mais ça a conduit à une multiplication des races comme le chien-loup par exemple, dont le nombre augmentait alors que celui des loups plus purs descendait en chute libre. Le CRED n'a recourt à cette extrémité que depuis une vingtaine d'années.

Stilinski tenta de déglutir mais toute l'horreur de cette révélation lui restait en travers de la gorge. Vingt ans. Combien d'enfants morts durant ces vingt années ?

- C'est ce qu'ils ont l'intention de faire à mon fils ? demanda-t-il d'une voix tremblante de rage et de dégoût.

- Oui, répondit doucement Christopher, très certainement. Lui faire des enfants jusqu'à ce qu'il leur donne ce qu'ils veulent.

- Mais ! C'est impossible ! Qu'ils emportent Wyatt je peux comprendre, c'est un louveteau ! Mais mon fils n'a rien de !

- Non John.

- Stiles a forcément quelque chose, déclara Allison en reniflant. Un bâtard ne peut pas donner naissance à un louveteau aussi pur sans avoir quelque chose dans ses gênes, quelque chose de rare.

- Comme quoi ? demanda Stilinski, ébahi.

- On l'ignore, répondit Christopher. Allison ne travaille pas dans le bon secteur du CRED pour obtenir ce genre d'information, elle, elle ne fait que taper ses fiches.

Il brandit le téléphone toujours dans sa main sur l'écran duquel apparaissait la photo de Derek Hale. Stilinski ouvrit la bouche, prêt à dire quelque chose, mais les mots lui échappèrent brusquement et il se retrouva muet. Ses mains tremblaient. Il y enfouit son visage en soupirant. Venant en aide à son supérieur, Parrish demanda :

- C'est pour ça que vous en êtes arrivés à lutter contre eux ? Ils ont fait subir ça à une femme de votre famille ?

- Parler de moi n'est pas important, répondit Christopher, éludant la question. L'important c'est de venir en aide à Stiles.

- Je ne vous ferais pas confiance tant que vous ne me ferez pas confiance ! lança Stilinski en relevant vivement la tête, du feu dans les yeux. Je ne mettrais pas la vie de mon fils entre vos mains tant que vous ne nous direz pas.

- Ce n'est pas le plus important !

- Pour moi ça l'est !

Les deux pères de famille se fixèrent. Finalement, ce fut la mère d'Allison qui intervint.

- Chris, dit-elle avec fermeté.

Celui-ci soupira.

- Bon très bien, dit-il finalement, tout calme retrouvé. Mais sachez que je déteste me souvenir de ça !

Stilinski continuait de le fixer, attentif.

- Ma famille travaille avec le CRED depuis quatre générations, reprit Christopher d'une voix dure. Nous ne sommes pas des Reproducteurs, mais des agents. Là-bas, on nous appelle les Chasseurs. Mon boulot était de tracer les fuyards, ceux qui s'étaient échappés, afin de les ramener dans leur horde ou leur meute, à leurs alphas. Le plus souvent, vous vous doutez bien qu'il s'agissait d'adolescents ou de femmes.

Les deux hommes face à lui se crispèrent d'indignation, malgré la douleur qu'ils lisaient dans son regard. La douleur et la honte.

- J'ai travaillé quelques années avec mon père et ma sœur, continua-t-il difficilement, sans me rendre compte … pour bien que vous compreniez, sachez que j'ai grandi là-dedans, en entendant ce genre de récit et, je pensais m'être blindé. Je pensais que ça ne m'atteignait pas. Jusqu'à ce qu'on soit engagé par une famille pour retrouver une femme qui s'était échappée avec son enfant. Je me souviens encore des précisions du contrat : la vie de l'enfant leur importait peu, qu'il meurt leur était égal, mais nous devions leur ramener la femelle vivante.

Au fil de son récit, Christopher Argent s'était crispé. Ses dents serrées laissaient à peine passer les mots. Ses yeux étaient devenus froids, plein d'une rage ancienne qu'il n'avait jamais réussi à refouler.

- Elle venait d'accoucher, reprit-il d'une voix tranchante. On l'a retrouvée en deux jours à peine, en la repérant sur les caméras de surveillance d'une gare, et puis on a réussi à la coincer sur un pont au-dessus des voies ferrées et des aiguillages. Ce n'est pas son geste désespéré qui m'a fait prendre conscience de l'horreur et de la terreur que nous maintenions par notre travaille de Chasseurs, mais l'expression que son visage arborait à ce moment-là. Quand elle a compris qu'on la ramenait à son alpha, elle s'est jetée du pont, directement sur les voies, au moment où arrivait un train. Elle et le petit sont morts sur le coup.

Un silence intense et plein d'horreur s'abattit sur la petite assemblée. Stilinski, douloureusement, reprit son souffle, ne réalisant qu'au moment où sa poitrine commença à lui faire mal, qu'il avait retenu sa respiration tout le long du récit de son hôte.

- Son expression n'était pas celle de la peur, conclut ce-dernier avec rage, mais celle de la détermination et du soulagement. Elle a choisi la mort pour échapper à l'horreur de sa vie, elle a choisi de mourir pour échapper à l'emprise de son alpha, une personne censée la protéger. J'ai vu la sérénité sur son visage au moment de son choix. Deux jours après, je quittai mon emploi, ma famille, le CRED.

Pendant quelques minutes, personne ne parla. La maitresse de maison fixait son mari, une lueur à la fois compréhensive et dure dans le regard, alors que les yeux d'Allison, eux, étaient embués de larmes contenues. Quant à Christopher, son regard était si glacée, et son visage si figé de honte et de colère, que Stilinski se crut un instant face à la représentation terrible de la rage imagée. Un sentiment qui prenait les traits d'un homme, et non pas l'inverse.

- Et cet organisme dont vous nous parliez, reprit alors son adjoint d'une voix étrange, partagée entre la tristesse, la curiosité et le soutien.

- Quand j'ai quitté le CRED, répondit aussitôt Christopher, je savais que quelqu'un luttait déjà pour l'arrêter, car j'avais eu à faire à eux en tant que Chasseur. Prendre contact avec eux m'a pris du temps, car comme je vous l'ai dit, il ne s'agit que de quelques hommes et femmes disséminés aux quatre coins du pays. Finalement, c'est l'une d'entre eux qui a pris contact avec moi.

Il glissa un regard à sa femme, qui lui répondit d'un sourire, et les deux agents de police comprirent que ces deux-là s'étaient rencontrés de cette façon.

- Et où en êtes-vous ? demanda Parrish avec empressement. Qu'avez-vous réussi à faire jusqu'ici ?

- Pas grand-chose j'en ai peur, répondit Christopher en redressant les épaules. Aux yeux des autorités, le CRED est intouchable. Il s'agit pour eux d'une société à responsabilité limité tout ce qu'il y a de plus légale, dirigée par des actionnaires et un conseil administratif composé des plus grands administrateurs connus de notre époque. Des hommes qui se partagent de gros bénéfices, vu ce que les alphas déboursent pour avoir la paix et la sécurité. Nous sommes en contact avec le FBI, la CIA et même le NYPD mais ils ne peuvent rien faire sans preuve.

- Des preuves ?

- Voilà pourquoi Allison travaille là-bas. Mon père et ma sœur ne connaissent pas son existence, elle ne court donc aucun risque, et a pris un autre nom pour se faire embaucher. Malheureusement elle est encore bas dans l'échelle de la société, et n'a donc accès qu'à peu d'informations. La seule information intéressante que nous ayons est celle-ci.

Encore une fois, il brandit le téléphone dans sa main, avant de préciser :

- Le rapport enfants engendrés enfants vivants.

- Et le FBI ne peut rien faire avec ça ? s'étonna Stilinski.

- Ils ont tenté, mais comme je vous l'ai dit, le CRED semble intouchable, et ses actionnaires ainsi que ses administrateurs sont riches et influençables. Les procureurs ne peuvent pas s'attaquer à des requins pareils sans des preuves en béton.

- Quels genres de preuves alors ? demanda Parrish, les sourcils froncés.

- Des témoignages, des plaintes.

Stilinski prit une grande inspiration, de plus en plus perdu. Il ignorait comment aider son fils en ne sachant rien ; maintenant qu'il en savait plus, il ne savait toujours pas comment lui venir en aide, et c'était d'autant plus frustrant.

- Ce que nous allons vous demander va vous paraître très dur John, déclara soudainement la mère d'Allison, ses yeux bleus pâles fixant durement son invité consterné. Les autorités pourront nous aider si nous leur promettons un témoignage. Et pour ça nous allons avoir besoin de votre fils. Il faudra qu'il témoigne contre la meute Hale, et contre le CRED. Qu'il témoigne de ce qu'il aura vécu.

Le père de Stiles s'apprêtait à répondre et à la remercier, plein de gratitude, mais sa dernière phrase le laissa muet. Près de lui, son adjoint serra les dents. Il semblait avoir compris comme lui.

- De ce qu'il aura vécu ? répéta-t-il en fronçant les sourcils. C'est-à-dire ?

- Il devra fournir des preuves de la séquestration et des viols, répondit froidement la femme assise avec raideur dans son fauteuil.

Immédiatement, Stilinski se redressa, livide.

- Attendez ! répliqua alors Parrish. Votre plan c'est ça ? Vous allez les laisser le violer et agir seulement après ?!

- Nous n'avons pas le choix, tenta Christopher avec dureté, le témoignage doit être en béton armé, sans cela le CRED continuera !

- C'est mon fils ! rugit Stilinski en bondissant sur ses pieds, rouge de colère. Je ne vais pas le laisser subir ça !

- Il est sans doute trop tard John, contra son hôtesse en se levant à son tour. Depuis combien de temps le détiennent-ils ?

Stilinski serra les dents et les poings, puis sentit le désespoir l'envahir.

- Trois jours, répondit-il alors en tremblant. Trois … jours …

- Alors votre fils a très certainement déjà subi le pire John. Je suis désolée.

- Mais Shérif, déclara Parrish doucement, Stiles n'est plus chez les Hale.

- Quoi ? répliqua Christopher, surpris.

Sa femme se contenta de froncer les sourcils ce qui, loin d'assombrir son regard, rendit ses yeux presque blancs.

- Oui, soupira Stilinski en réalisant qu'il n'en avait encore rien dit aux Argent, ni au téléphone la veille, ni en cet instant. D'après ce que nous savons, Stiles n'est plus sur le territoire Hale. Un message nous est parvenu nous disant qu'il s'était enfuit avec cet homme.

Il pointa son propre téléphone du doigt, toujours dans la main de Christopher.

- Derek Hale. Si nous avons bien compris, ils sont en route pour Winnipeg.

- Vous comptiez nous le dire quand ?! s'énerva la femme avec une colère froide.

- Désolé que la fuite de mon fils et sa sécurité bouleverse vos plans !

- Veuillez nous excuser, déclara Christopher, se mettant debout à son tour. Nous étions persuadés de … excusez-nous. C'est une bonne nouvelle. Enfin, jusqu'à un certain point.

- Comment ça ? lui demanda Parrish.

- Des Chasseurs sont certainement à leur trousse maintenant, et les Chasseurs rattrapent toujours leurs proies.

- En attaquant le CRED avec un témoignage contre lequel il ne pourrait pas se défendre, on aurait eu une chance d'arrêter cette chasse, souffla Allison avec tristesse, malheureusement maintenant …

- On le peut toujours ! répliqua vivement Parrish. Ce mot ! Cette information, Shérif !

- Quel mot ? lui demanda Christopher, les sourcils froncés.

- La personne qui nous a prévenus de la fuite de Stiles, répondit Stilinski avec une nouvelle lueur d'espoir dans les yeux. Nous étions encore sur le territoire Hale lorsque quelqu'un nous a glissé un mot, entre les battants à peine ouverts d'un volet, alors que l'alpha était à peine entrée dans le manoir. Une personne prête à prendre ce genre de risque doit avoir assez de cran pour porter plainte contre le CRED !

- C'est trop risqué, décréta la mère d'Allison avec froideur, nous n'avons aucune garantie que cette personne acceptera de nous aider, nous n'allons pas risquer notre couverture pour ça.

- Pour ça ?! Des femelles et des androgynus se font violer, des enfants se font tués, les mâles eux-mêmes n'ont peut-être pas d'autres choix que d'obéir, et vous ne voulez pas risquer une couverture !

L'ancien Shérif et la femme de poigne se dévisagèrent intensément.

- Je suis désolé, soupira finalement Christopher. Je suis désolé de vous avoir … donné cet espoir. Nous ne pouvons pas …

- Papa ! s'écria Allison, le coupant en plein repentir. Ne dis pas ça s'il te plait ! Stiles n'est même pas encore majeur, et Wyatt n'est qu'un bébé ! Tu ne peux pas !

Le père fixa sa fille droit dans les yeux, de la honte et de la tristesse dans le regard. Mais une sonnerie de téléphone mit fin aux différents face à face, coupant court à l'intensité dramatique. Christopher adressa un bref coup d'œil au téléphone de John Stilinski, qu'il tenait toujours, et dit en lui tendant :

- C'est Scott.

Les yeux d'Allison s'agrandirent mais elle baissa la tête, alors que son père serrait les dents. Manifestement, évoquer le jeune homme entre eux était toujours douloureux. Sans réfléchir, Stilinski prit son téléphone et s'apprêtait à raccrocher rageusement, prêt à reprendre sa dispute avec la femme froide et autoritaire qui lui faisait toujours face, mais quelque chose l'arrêta. Ebahi par l'idée qui fusait dans sa tête, il fixait le petit icône rouge sur l'écran de son portable, figé.

- Shérif ? appela Parrish, légèrement inquiet.

Finalement, ce-dernier décrocha et mit l'appareil à son oreille.

- Scott ?

- Bonjour Shérif, répondit le jeune homme à l'autre bout du fil. Je viens de sortir de l'hôpital, je voulais savoir si vous aviez des nouvelles.

- J'ai besoin de savoir quelque chose Scott.

- Euh … oui ? Quoi ?

- Ton père travail toujours au FBI ?

Il y eut un court silence dans le téléphone. Stilinski savait que Scott n'était pas en bon terme avec son père suite au divorce de ses parents, mais il était prêt à tout désormais, même à troubler le meilleur ami de son fils.

- Aux dernières nouvelles, oui, répondit ce-dernier d'une voix tendue.

- Bien, soupira Stilinski avant de reprendre, après une courte inspiration : j'ai besoin que tu reprennes contact avec lui Scott. Pour Stiles.

...

- Essais de le calmer bon sang, gronda Derek les dents serrées.

- Qu'est-ce que tu crois que je fais depuis tout à l'heure, que je joue à la dinette ! répliqua rageusement Stiles.

- Apaaaaaaaaaaaaaaaaaa ! cria Wyatt avec énergie. Veux sortiiiiiiii ! Veux allon Apa !

- Chut Wyatt calmes-toi t'es chiant là.

Le petit se mit à crier en gigotant dans les bras de son père, de plus en plus insupportable. C'était l'après-midi, ils roulaient depuis des heures, et le louveteau n'avait pas une seule fois mit les pattes dehors, car lorsque Derek s'était arrêté pour refaire un plein d'essence il avait bien pris soin, cette fois, de fermer la voiture de l'extérieur. Enervé d'être resté dans le véhicule aussi longtemps, fatigué et pas rassuré, l'enfant s'était donc mit à crier et à gémir plusieurs minutes plus tôt, et Stiles ne parvenait pas à le calmer. Ce qui, évidemment, énervait Derek.

- La patience c'est pas une vertu chez toi hein ? lui demanda Stiles, lui aussi énervé.

- Me cherche pas, répliqua Derek avec froideur.

Evidemment, son humeur ne s'était pas améliorée depuis ce matin, et il avait passé son temps à grogner et à ignorer les questions de son passager – du moins autant que possible. Un cri de Wyatt retentit si fort que son père en sursauta.

- Hey oh du calme !

- Mets-le derrière qu'il joue avec la couverture, gronda de nouveau le loup.

- Hors de question qu'il soit sans ceinture, tu roules comme un dingue.

- Je roule normalement !

- Y'a des gens qui sont morts pour moins que ça.

Derek ne répondit rien mais ses mains serrèrent un peu plus le volant. L'impatience et l'enfermement jouant, les choses ne s'étaient pas améliorées entre eux.

Soudain, le téléphone sur le tableau de bord sonna. Wyatt se tut, surprit, puis se remit à crier une fois qu'il eut compris que ce n'était pas un jouet.

- Regarde ce que c'est, ordonna Derek à Stiles sans lui adresser un coup d'œil.

- La politesse risque pas de t'étouffer toi, répliqua l'androgynus en tendant la main vers le petit appareil.

Derek était si tendu que les muscles de ses bras commençaient à lui faire mal. Stiles, tout en retenant son fils contre lui du bras gauche, tenait le téléphone dans la main droite. Les sourcils froncés, il lut :

- Toutes les frontières … de l'état de … Wahsington, pfiou la vache c'est super abrégé, j'ai du mal à lire ! sont surveillées. Euh … Chasseur à vos trousses, chien-loup partis. Traduction ?

Le loup garda le silence.

- Allooooooooooooooo ! l'appela Stiles.

- Aaaaaaaaaaaah ! s'écria Wyatt en réponse.

- Ça veut dire quoi ? C'est quoi des Chasseurs ?

Attiré par l'écran du téléphone, le petit cessa momentanément de crier et tenta d'arracher l'objet des mains de son père.

- Je connais une blague super elle va te faire rire, reprit Stiles avec un sourire en coin, alors c'est deux chinois qui entrent dans un bar et …

- Chasseurs c'est le nom qu'on donne aux agents du CRED, répondit finalement Derek d'une voix rauque. Les gros bras de Madeleine sont tous des chiens-loups, ça veut dire qu'elle les a envoyé à notre poursuite, ils ont dû comprendre qu'on ne passerait pas par l'ouest mais par l'est.

Stiles sourit d'un air moqueur, ravi d'avoir obtenu ce qu'il voulait. Wyatt hoqueta dans ses bras, les yeux mouillés de larmes, accaparé par le téléphone que son père venait de lui abandonner. Sans trop savoir ce qu'il faisait, il appuyait et secouait, faisant aller et venir les différentes applications sur l'écran.

- Enlève-lui ça des mains il va faire n'importe quoi ! s'énerva Derek en lui jetant un regard réprobateur.

Obéissant, Stiles reprit le téléphone, mais voilà qu'elle fut la réaction de son fils :

- Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !

- Ok ok rends-lui ! s'écria Derek dans une grimace.

Souriant toujours, Stiles remit l'IPhone dans les menottes de Wyatt, qui cessa immédiatement de crier et reprit son exploration attentive, un air curieux et sérieux sur le visage.

- C'est qui cette femme ? demanda l'androgynus après seulement quelques minutes de silence. Pourquoi elle nous aide ?

- C'est ma cousine, répondit Derek, jugeant plus sûr pour ses nerfs de répondre tout de suite.

- Ah ! Donc c'est pas toi qui l'as engrossée.

Derek se raidit plus encore en montrant les dents, prêt à mordre. Mais Stiles, même s'il vit sa réaction, dit :

- Pendant un moment j'ai cru que tu l'avais violé elle aussi.

- Bordel mais arrêtes avec ça ! répliqua rageusement Derek.

- Bodel ? questionna Wyatt sans même lever les yeux du téléphone.

- C'est pas parce que tu te voiles la face que je vais en faire autant, je dis les choses telles qu'elles sont, déclara Stiles avec sérieux. Tu sais ce que tu risques pour un v.i.o.l sur mineur ?

- Ecoutes-moi bien, le menaça Derek avec fureur, tu remets ça sur le tapis encore une fois et !

- Dapi dapi ougeuh ! chanta l'enfant avec un grand sourire.

Stiles rigola en ébouriffant les cheveux épais de son fils, qui rigola à son tour. Derek, quant à lui, coupé dans son élan, prit une grande inspiration par les narines pour se calmer, mais aussi pour tenter de maitriser le rire qui menaçait de passer la barrière de ses lèvres. Oui, le rire.

- Ah ! s'écria soudainement Wyatt avec une joie sincère.

- Oh les jolis ballons ! commenta Stiles en fixant le téléphone.

Manifestement, à force de toucher l'écran à répétition, l'enfant avait finalement réussi à trouver un jeu aux multiples ballons de couleur. Un grand sourire aux lèvres, il brandit le petit appareil vers Derek et dit :

- Agade Chanloup ! Agade !

Surpris, le conducteur fronça les sourcils.

- Jolis ballons ! s'écria vivement Stiles avant que le loup ait pu dire quoi que ce soit. Ouahou tous les ballons ! allez joues maintenant.

Un peu brutalement, il ramena le téléphone vers le visage de son fils, jusqu'à lui écraser sur le nez. Le petit sursauta puis rit mais insista :

- A Chanloup ?!

Stiles éclata de rire brusquement, avant de tapoter la tête de Wyatt. Mais Derek, les sourcils toujours froncés, lui adressa un regard agacé et mauvais.

- Hé hé hé, rigola l'androgynus d'un rire forcé. Qu'il est drôle, on ne comprend pas un mot quand il parle …

Wyatt rit à son tour. Derek, lui, ne riait pas. Il avait la désagréable impression que Stiles continuait à se moquer de lui, et ça ne lui plaisait pas. Sans rien dire d'autre, Wyatt se plongea dans son jeu, enfin silencieux, et, durant quelques minutes, son père joua avec lui, ravi de l'agacer en crevant un ballon avant lui. L'enfant, tout en lui tapant sur les mains pour l'en empêcher, grognait et gémissait, comme un vrai petit louveteau. Et si tout Stiles s'amusa de ça, ce fut seulement pour un court instant, au grand dam de Derek.

- Elle s'appelle comment ?

Derek grogna.

- Elle s'appelle comment ta cousine ? répéta Stiles sans en tenir compte.

Nouveau grognement.

- Bon d'accord, je vais tenter de deviner ! s'écria énergiquement l'androgynus avec un air mutin. Alors … Sylvia ? Euh … Elisabeth ? Laurence ? Non ? Bon, essayons un prénom plus américain alors … Shakira ?

- Maxine, gronda Derek entre ses dents serrées.

- Oh c'est joli ! Et son bébé, c'est un garçon ou une fille ?

Derek sentit son cœur devenir de la pierre et tomber au fond de son estomac. Sa cousine était seule, entre les mains de Madeleine, et il ne pouvait plus rien faire pour elle. Et cet abruti d'androgynus qui lui parlait d'elle, remuant le couteau dans la plaie !

- On n'en sait rien, répondit-il tout de même, les yeux fixés sur la route.

- Ah, commenta Stiles, surpris. Ouais ceci dit, moi non plus je ne voulais pas savoir pour Wyatt, mais les services sociaux …

Là, l'androgynus se tut. Etonné, Derek lui adressa un coup d'œil, un sourire au coin des lèvres. Stiles babillait tellement qu'il ne se rendait pas compte de ce qu'il disait, ou alors trop tard. Les lèvres closes dans cette moue à la fois grotesque et furieusement excitante, il s'entêtait à regarder par la vitre les reliefs montagneux du paysage qui défilait alors qu'ils entraient tout juste dans l'Idaho.

Mais le sourire de Derek le quitta et il fronça les sourcils lorsqu'il se souvint des mots de Stiles. Il avait parlé des services sociaux. Que venaient faire les services sociaux dans cette histoire ? La réponse lui vint facilement : Stiles était mineur quand il avait eu son enfant, il n'avait que seize ans à peine, et il était donc normal que les services sociaux s'y soient intéressés. Mais jusqu'à quel point ? Et pourquoi n'avait-il pas voulu connaître le sexe de son enfant ?

Aussi discrètement que possible, Derek renifla l'odeur de Stiles. Ses hormones lui disaient qu'il était prêt à s'accoupler, qu'il était une femelle fertile, mais il y avait plus que ça. De la culpabilité derrière le désir réprimé. De la honte. Derek comprit alors que l'androgynus n'avait, dans un premier temps, pas désiré garder l'enfant. Et pourquoi en aurait-il été autrement ? Après tout, Wyatt était né d'un viol.

Dès que ces mots raisonnèrent dans sa tête, Derek retint son souffle. Il avait beau nier et s'énerver dès que Stiles prononçait ce mot, en l'épelant ou non, il savait, au fond de lui, qu'il était en tort et que l'androgynus avait raison. Oui, il l'avait agressé. Oui, il était coupable. Prit dans une vague de culpabilité à son tour, Derek ouvrit la bouche, prêt à présenter ses excuses, prêt à dire : « je suis désolé. », mais, encore une fois, Stiles le devança et dit :

- T'en sais rien ou tu t'en fous ? Parce que vu comme vous la traitez cette femme, je doute que tu t'en soucis. D'ailleurs je ne comprends même pas pourquoi elle nous aide ! J'ai bien envie de croire qu'elle le fasse pour moi, mais toi tu ne le mérite certainement pas. D'ailleurs je ne sais pas si tu sais mais …

Derek referma la bouche, gonflé de colère, alors que Stiles continuait son monologue. Il se blinda autant que possible, tentant d'ignorer ce qu'il ressentait. Car il savait que Stiles avait raison. Il ne le méritait pas. Pas après ce qu'il avait fait ces dernières années.

...

Stiles, crispé à cause du froid, remonta ses genoux plus encore. Mais ses pieds continuaient de dépasser de la couverture. Quel idiot aussi d'avoir enlevé ses chaussures ! La nuit était tombée, Derek avait arrêté la voiture sur le bas-côté, comme la veille, le long d'une route obscure, au beau milieu de … où ? Stiles ne savait plus. Les villes, les états, les routes s'étaient succédées, et il ne savait même plus où il se trouvait. Ce dont il était certain, en revanche, c'est que plus ils montaient au nord-est et plus il faisait froid. Inquiet pour son fils, il resserra ses bras autour de son petit corps chaud, appréciant de sentir l'odeur de ses cheveux noirs, juste sous son menton.

Avant qu'ils aillent dormir, et après s'être restaurés d'une autre boîte de conserve, dont le contenu avait été versé dans la minuscule casserole du réchaud à gaz, Stiles avait joué avec son fils autant que possible, le faisant courir et rire, pour le fatiguer. Car Wyatt avait somnolé l'après-midi, quelques heures avant, et n'avait pas bougé de la voiture. Heureusement, il avait toujours été un grand dormeur et n'avait donc pas eu de difficulté à tomber dans les bras de morphé, dormant désormais profondément, les yeux clos et la bouche entrouverte, ronflotant doucement. Mais Stiles, lui, ne dormait pas. Pas encore. Il échafaudait un plan.

Derek, de nouveau allongé sur les deux sièges avant de la voiture, poussa un soupir dans son sommeil – du moins le supposa-t-il car, de là où il était allongé, il ne voyait pas son visage. Attentif, Stiles dressa l'oreille. Le loup ne bougeait plus depuis un moment. Il avait passé toute sa journée à grogner et à lui jeter des regards assassins, ne voyant en lui qu'une gêne potentiellement avantageuse. Ne voyant en lui qu'un corps capable d'engendrer des louveteaux. Stiles savait pourquoi Derek l'aidait, pourquoi il le mettait à l'abri de la meute : afin de l'avoir pour lui seul. Pour lui faire des enfants. Il sentit son cœur s'affoler légèrement sous la colère et la peur, ce qui fit gigoter Wyatt, alors il prit une grande inspiration pour retrouver son calme. Ça n'était pas le moment de paniquer.

Il avait été aussi obéissant que possible. Chiant certes, mais obéissant – dans le cas contraire Derek aurait trouvé son mutisme soudain trop étrange. Depuis la veille, lorsqu'il avait tenté de l'assommer alors que le loup était au téléphone avec ses parents, Stiles avait compris qu'il ne pourrait pas avoir le dessus par la force. Impossible face à un gros gabarit de cette puissance. Il allait devoir être plus rusé que ça.

Lentement, s'efforçant de faire le moins de bruit possible et de ne pas bousculer Wyatt, Stiles sortit l'IPhone de sous la couverture et alluma l'écran. Encore une fois, le désespoir le submergea tandis que les différents chiffres qui composaient les numéros de téléphone de son père, de Scott, de Kira, et même du commissariat, dansèrent devant ses yeux sans qu'il puisse les assembler. Son père avait pourtant insisté pour qu'il apprenne et retienne ces numéros par cœur, arguant que ce serait bien utile le jour où il se retrouverait sans son portable à devoir appeler du secours. Mais Stiles n'avait jamais pris la menace au sérieux. A cette époque, qui était assez bête pour se retrouver sans téléphone portable de toute façon ? Lui, à l'évidence. Et maintenant qu'il en avait besoin, il ne parvenait pas à se souvenir de ces numéros, de simples numéros, qui pourtant pourraient le sauver lui et son fils.

Mais il avait un plan. Risqué, mais un plan tout de même. Plissant des paupières, il scruta l'écran de l'IPhone à la recherche de l'information qu'il cherchait. Evidemment, il avait bien tenté de se connecter à Internet mais n'avait même pas trouvé l'icône. Pas de connexion ici. Il trouva les chiffres dont il avait besoin. Dix pourcents. Voilà ce qu'il restait de la batterie du téléphone de Derek. Lorsque ce-dernier l'avait sorti de la boîte, Stiles avait bien vu que l'appareil était neuf, et n'avait peut-être, avec un peu de chance, jamais été utilisé. La batterie n'était donc pas pleine. Elle se déchargerait donc rapidement.

Inlassablement, Stiles pianota sur l'IPhone, ouvrant et germant les applications, jouant aux différents jeux dans l'obscurité, afin qu'il se décharge plus vite. Avec un téléphone à plat, Derek n'aurait d'autre choix que d'accéder à sa requête.


Bonjour ! Je sais je publie plus tard que prévu, j'ai pas d'autre excuse si ce n'est une grosse flemmite aigüe (j'suis restée trois jours à regarder le plafond sans pouvoir écrire l'angoisse !) hey mais hey STOP ! me lynchez pas, si je meurs vous n'aurez pas la suite :P

Donc, d'après vous que prévois Stiles ? Et le père de Scott alors, va-t-il accepter de les aider ? Les choses semblent encore très compliqué entre Derek et Stiles bref ! Je vous laisse imaginer la suite ;)

Bisous ! A bientôt :)